Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée Gallimard 2018

Petit coup de mou chez Gallimard cette année, puisque je n’ai décompté que 17 nouveautés annoncées entre mi-août et fin septembre – il y en a tout un gros paquet qui déboule en octobre, bien entendu, mais comme j’ai fixé la date du 30 septembre comme limite à mes présentations, ça ne compte pas (et heureusement pour le peu de temps libre dont je dispose). Seulement 17 donc, mais sans atteindre la vingtaine rituelle de ces dernières années, ça laisse quand même la respectable maison loin en tête devant ses camarades.
Alors, comme pour Albin Michel hier, on va tâcher d’être efficace en mettant en avant les titres les plus tentants du lot, pour ne laisser que quelques miettes de résumé aux autres – en toute subjectivité, je le rappelle pour les distraits du fond de la classe.

Kerangal - Le monde à portée de mainENCHANTER LES VIVANTS : Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal
(éditions Verticales)
Si je devais désigner un auteur dans l’ensemble de la rentrée qui devrait faire parler de lui (d’elle, en l’occurrence) à peu près à coup sûr, je mettrais quelques billets sans hésiter sur Maylis de Kerangal. Celle qui avait frappé les esprits et conquis un large public avec ce roman fort et exigeant qu’était Réparer les vivants revient enfin, et le sujet promet d’être à la hauteur de ses ambitions littéraires. Soit l’histoire de Paula Karst qui, durant ses études aux Beaux-Arts de Bruxelles, fait l’apprentissage du trompe-l’œil, ce qui l’amènera à travailler pour le cinéma, notamment à Cinecitta, mais aussi sur un projet de reconstitution de la grotte de Lascaux.
Kerangal possède ce don unique de métamorphoser en belle littérature des sujets extrêmement techniques (la transplantation cardiaque dans Réparer les vivants, la construction d’un viaduc dans Naissance d’un pont), il y a donc tout dans ce qui est annoncé ici pour qu’elle nous propose un nouveau livre flamboyant. Grandes attentes !

Sansal - Le train d'ErlingenFORTRESS : Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu, de Boualem Sansal
Lui aussi, son précédent roman avait fait couler beaucoup d’encre (parfois polémique) et rencontré un grand succès en librairie. Après 2084, Sansal creuse le sillon de l’oppression des peuples par le fanatisme religieux, toujours de manière métaphorique, en imaginant cette fois une ville, Erlingen, encerclée par un ennemi inconnu, que la narratrice du roman désigne sous le nom de « Serviteurs ». Dernière héritière d’un grand empire industriel, cette femme écrit à sa fille, qui vit à Londres, pour lui raconter son quotidien et scruter l’évolution des pensées assiégées. Pendant ce temps, la population inquiète s’en remet à l’arrivée hypothétique d’un train qui pourrait l’évacuer…

Beraber - La grande idéeKEYZER SÖZE : La Grande Idée, d’Anton Beraber
Ce premier roman de presque 600 pages est lancé par Gallimard comme la révélation de sa rentrée – avec l’espoir sans doute qu’il rencontre la même bonne fortune que Les Bienveillantes de Jonathan Littell ou L’Art de la guerre d’Alexis Jenni, tous deux couronnés d’entrée de jeu par le Goncourt. Dans les années 70, un étudiant se lance sur les traces d’un individu mystérieux du nom de Saul Kaloyannis, survivant d’une guerre perdue un demi-siècle auparavant. Les témoins qu’il rencontre dressent le portrait mouvant et insaisissable d’un homme qui parcourt le globe et l’Histoire du siècle, selon les dires héros gigantesque ou traître insondable.
De l’ambition ici à première vue, mais gare à l’indigestion toujours possible avec ce genre de pavé gallimardesque parfois trop bavard, appliqué ou cérébral. En revanche, si le style est là, ce pourrait être virtuose. Une vraie curiosité, en tout cas.

Smith - Swing timeCHOU BI DOU WOUAH : Swing Time, de Zadie Smith
(traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson)
Petit à petit, l’Anglaise Zadie Smith a conquis son public. Dans ce nouveau roman, elle évoque le destin de deux fillettes métisses qui se rencontrent dans un cours de danse à Londres. Devenues amies, elles s’éloignent néanmoins au gré des péripéties de la vie, la première débutant une carrière prometteuse de danseuse tandis que l’autre, plus sage, devient assistante d’une chanteuse mondialement célèbre. Quelques années plus tard, à la suite d’événements choquants, leurs chemins se croisent à nouveau. Sujet assez classique, mais si c’est bien raconté…

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Sinon, en littérature étrangère, il y aura :

Halliday - AsymétrieAsymétrie, de Lisa Halliday
(traduit de l’américain par Hélène Cohen)
A New York, Alice est abordée par un homme bien plus âgé qu’elle, en qui elle reconnaît le célèbre écrivain Ezra Blazer. C’est le début d’une relation autant charnelle qu’intellectuelle. A Londres, Amar Jaafari est retenu à l’aéroport alors qu’il tente de rejoindre sa famille en Irak. Ces deux récits en apparence étrangers l’un à l’autre se révèlent étroitement liés. Premier roman.

Hertmans - Le coeur convertiLe cœur converti, de Stefan Hertmans
(traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin)
Au début du XIe siècle, la jeune Vigdis, issue d’une puissante famille de Rouen, se convertit au judaïsme par amour pour David, le fils du grand rabbin de Narbonne. Le couple se réfugie à Monieux où il a trois enfants et mène une vie paisible. Mais les croisés font halte dans le bourg, tuent David et enlèvent les deux aînés. Vigdis, restée seule avec son bébé, part à la recherche de ses enfants.

Dragoman - Le bûcherLe Bûcher, de György Dragoman
(traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly)
Dans la Roumanie des années 1990, Emma, une orpheline de 13 ans, est adoptée par une inconnue qui dit être sa grand-mère. Elle suit dans son village natal cette femme étrange qui partage sa maison avec l’esprit de son mari défunt et pratique la sorcellerie. Peu à peu, la jeune fille découvre les secrets de cette ville et l’implication de ses grands-parents dans l’ancien régime totalitaire.

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Et chez les francophones, il y aura aussi :

Nuit sur la neige, de Laurence Cossé
En septembre 1935, le contexte politique est particulièrement violent en France mais Robin, 18 ans, accorde plus d’importance à ses tourments intimes qu’à l’actualité collective. Il noue une amitié intense et troublante avec Conrad, un camarade de classe préparatoire, et sa rencontre avec une jeune fille à Val-d’Isère l’initie à la féminité et à la mort.

Tenir jusqu’à l’aube, de Carole Fives
(coll. l’Arbalète)
Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de 2 ans. Sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation tendre mais trop fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits, de plus en plus loin et toujours un peu plus longtemps.

François, portrait d’un absent, de Michaël Ferrier
(coll. L’Infini)
Une nuit, Michaël Ferrier reçoit un appel lui annonçant la mort par noyade de son ami François et de sa petite fille, Bahia. Après le choc de la nouvelle, la parole reprend et les souvenirs reviennent : la rencontre de Michaël et François, les années d’études, d’internat, la passion du cinéma et de la radio. La mémoire se déploie et compose peu à peu une chronique de leur amitié.

Dix-sept ans, d’Eric Fottorino
Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle ainsi dans toute son humanité, avec ses combats et ses blessures.

Deux mètres dix, de Jean Hatzfeld
Histoire de quatre sportifs de très haut niveau, deux Américains et deux Kirghizes, entre les jeux Olympiques de 1980 et aujourd’hui. Ils sont champions haltérophiles, elles sont sauteuses en hauteur, et leurs rivalités sont mêlées d’admiration et d’incompréhension réciproques. Entre les deux femmes, Sue et Tatyana, naît même une profonde amitié.

La Vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui
Jmiaa, prostituée de Casablanca, vit seule avec sa fille. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Chadlia, qui veut réaliser son premier film sur la vie d’un quartier populaire de la ville et cherche des actrices. Premier roman.

Maîtres et esclaves, de Paul Greveillac
Kewei naît en 1950 dans une famille de paysans, au pied de l’Himalaya. Au marché, aux champs et même à l’école, il dessine du matin au soir. Repéré par un Garde rouge, il échappe au travail agricole et part étudier aux Beaux-arts de Pékin, laissant derrière lui sa mère, sa jeune épouse et leur fils. Devenu peintre du régime, son ascension semble sans limite. Mais bientôt, l’histoire le rattrape.

Mauvaise passe, de Clémentine Haenel
A Paris, une jeune femme d’une vingtaine d’années vit une relation sentimentale chaotique avec un musicien de 40 ans. Quand ce dernier la quitte, elle sombre dans une spirale destructrice : tentative de suicide, internement en hôpital psychiatrique, séjours dans des squats où elle est victime de violences. Une grossesse inattendue la ramène peu à peu à la vie. Premier roman.

Je suis quelqu’un, d’Aminata Aidara
(coll. Continents Noirs)
Un secret hante les membres d’une famille éclatée entre la France et le Sénégal jusqu’au jour où le silence se rompt. Une quête de vérité commence et la parole se déploie : celle de Penda, la mère, qui se livre dans un journal intime et celle d’Estelle, sa fille, au travers de délires cathartiques. Face à elles, Eric, fils de harkis, entretient le trouble avec ses promesses. Premier roman.

En guerre, de François Bégaudeau
(éditions Verticales)
Dans une France contemporaine fracturée, François Bégaudeau met en regard violence économique et drame personnel, imaginant une exception romanesque comme pour mieux confirmer les règles implicites de la reproduction sociale.

On lira sûrement :
Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal
Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu, de Boualem Sansal

On lira peut-être :
La Grande Idée, d’Anton Beraber
Swing Time, de Zadie Smith
Le coeur converti, de Stefan Hertmans
Asymétrie, de Lisa Halliday

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Avant la chute, de Noah Hawley

Un avion privé se crashe en mer, entre l’île de Vineyard et New York. Contre toute attente, le drame laisse deux survivants : Scott Burroughs, un peintre sur le retour, et un petit garçon de quatre ans à qui l’artiste sauve la vie en le ramenant à la nage, malgré un bras blessé, jusqu’à la côte.
Transformé du jour au lendemain d’anonyme un rien loser à ce genre de héros que les Américains adulent, Scott doit affronter une célébrité qu’il n’a pas recherchée, puis une vague de soupçons qui, très vite, interrogent sa survie – d’autant que d’autres questions surgissent bientôt au sujet des autres passagers de l’avion, puis de l’accident lui-même… D’ailleurs, s’agit-il bien d’un accident ?

Hawley - Avant la chuteLe bandeau jaune apposé sur la couverture du roman proclame que Noah Hawley est également scénariste, créateur de la série Fargo. Un rappel commercial, certes, mais pas inutile pour appréhender ce deuxième livre publié en France après Le Bon père (2013). Car Hawley approche la construction d’Avant la chute d’une manière qui évoque le temps laissé dans une série à la fabrication des personnages, à leur compréhension en profondeur, privilégiant cet aspect de la réflexion romanesque à un rythme trépidant et à un suspense de tous les instants.

Débuté par la plongée de l’avion dans l’océan et par le sauvetage héroïque du petit JJ par Scott Burroughs, Avant la chute alterne ensuite des chapitres consacrés à l’enquête et à tout ce qui l’entoure, et des parties entièrement consacrées à chacune des onze personnes présentes dans l’avion au décollage : sept passagers, un garde du corps et trois membres d’équipage ; onze personnes ayant toutes ou presque des zones d’ombre et des choses à cacher… Ces retours dans le passé, soigneusement élaborés, patiemment tissés, complexifient d’autant la compréhension du drame, proposant au lecteur de nouvelles pistes, parfois complémentaires, parfois contradictoires de celles suivies par les policiers ou par les journalistes.

Assez éloigné finalement du genre policier, Avant la chute est un roman savamment psychologique qui nécessite un peu de patience – amateurs de lectures haletantes, passez donc votre chemin ! Mais si vous appréciez les puzzles littéraires qui mettent en avant la difficile compréhension de l’humain, et proposent mine de rien de nombreux sujets de réflexion bien de notre temps – les dérives sensationnalistes des médias, l’attrait irrésistible de certains pour les théories du complot, les mécanismes de la rumeur et du doute, la lutte quasi impossible pour son droit à la vie privée, ou les conséquences inenvisageables de certains choix sentimentaux -, alors vous serez largement servis avec ce livre copieux et intelligent.

Avant la chute, de Noah Hawley
(Before the Fall, traduit de l’américain par Antoine Chainas)
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782070149742
544 p., 22€


Hével, de Patrick Pécherot

Dans un vieux bahut d’avant-guerre, André et Gus trimballent du fret sur les routes défoncées et enneigées du Jura. Poissards et hantés par leur passé, ils courent après les clients et au-devant des ennuis avec l’entêtement buté des ânes aiguillonnés par la carotte du malheur.
Un homme parcourt la région à pied, évitant les routes, les villes, et les barrages de pandores de plus en plus nombreux. Il cherche André. Ce qu’il lui veut ? Sûrement pas du bien.
On est en 1958. La Guerre d’Algérie fait rage, loin là-bas. Loin ? Pas tant, en fait.

Pécherot - HévelLe style de Patrick Pécherot est un régal à chaque fois renouvelé. Vivace, imagé, gouailleur, percutant. Quelle verve ! Il n’y a pas grand-monde pour écrire comme lui aujourd’hui, et pour cause : c’est sans doute une langue d’un autre temps, héritage croisé des polars de Léo Malet ou Jean Amila, et du cinéma d’Audiard bien sûr. Pour autant, rien de suranné chez Pécherot. Son écriture est bien plus vivante et authentique que celle de nombre de ses contemporains, parce qu’elle est naturelle, évidente et fluide. Un régal, je vous dis, d’autant plus gourmand qu’il est rare.

Pour ceux qui, néanmoins, gardent un souvenir mitigé de sa précédente sortie (Une plaie ouverte) : rassurez-vous. Si Hével est à nouveau remarquablement construit, sa structure n’est pas aussi élaborée, ni le contexte aussi complexe. Soucieux comme le plus souvent d’asseoir son intrigue sur un solide fond historique, Pécherot choisit cette fois la Guerre d’Algérie comme fond dramatique. Il le fait à sa manière, avec une distance qui n’exclut pas la justesse, en s’engageant avant tout derrière ses personnages et leurs ombres chargées en douleur – personnages dont il narre les errances dans des décors à la fois magnifiques et sombres, des forêts blafardes de neige près de la frontière suisse aux petites villes tiraillées d’ennui, de misère ou de racisme contextuel – en pleine guerre d’Algérie, il ne fait spécialement pas bon d’avoir une « gueule de métèque »…

Afin d’ajouter au plaisir déjà immense de la lecture, Hével est en outre parcouru d’apartés réjouissants sur l’art de raconter une histoire. Ces mots-là, Pécherot les place dans la bouche d’un Gus revenu de tout, qui relate aujourd’hui les faits d’alors à un journaliste avide de sensations fortes et de révélations choquantes. Pas le genre du vieux Gus, ni de Patrick Pécherot qui en fait son porte-parole, avec une ironie violente qui fera vibrer ceux pour qui le polar n’est pas qu’affaire d’effets de manche.

Hével, de Patrick Pécherot
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782072785054
224 p., 18€


Ma ZAD, de Jean-Bernard Pouy

Fallait pas le chercher, le gars Camille. En filant des palettes inutilisées, piquées à son boulot (responsable des achats du rayon frais à l’hyper du coin), il voulait juste donner un coup de main à des jeunes gens dont l’idéalisme et l’engagement lui plaisaient. Mais voilà, avec cette histoire, il s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment – c’est-à-dire sur la ZAD de Zavenghem, pile au moment où des fachos embauchés à vil prix ont foncé dans le tas pour déloger les activistes. Résultat : quelques mauvais coups, une garde à vue histoire d’échanger quelques amabilités avec les condés, puis retour à la maison pour découvrir que le hangar où il stockait son matériel vient de partir en fumée, qu’il n’a plus de boulot et plus de copine.
Alors, non, fallait pas le chercher, le gars Camille. Parce que maintenant, il va s’engager dans la lutte à fond. Et forcément, ça va faire mal.

Pouy - Ma ZADQuel bonheur de retrouver Jean-Bernard Pouy dans une telle forme ! D’ailleurs, ça ne trompe pas, l’ami Jibé écume les médias depuis la rentrée, d’autant plus que, hasard du calendrier judiciaire, son nouveau roman est tombé pile au moment où le gouvernement décidait de plier définitivement l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En bon collègue (oui, n’oublions pas qu’Édouard Philippe a aussi écrit des polars), le Premier Ministre a donné au revenant Pouy des munitions pour faire entendre sa voix d’infatigable anar.

Et cette voix, c’est vraiment une joie de la retrouver intacte dans Ma ZAD. Le style virevolte, crochète volontiers par quelques blagues tellement pourries qu’elles font immanquablement rire, pique les autorités sans donner de signe de lassitude… quoique, si, les héros sont fatigués. Ça épuise, de conspuer les abuseurs de pouvoir et autres profiteurs des guéguerres économiques. On sent bien, à la mélancolie qui sourd parfois des réflexions de Camille, que l’engagement citoyen se teinte de désenchantement. Le moyen de faire autrement, vu le monde dans lequel on vit ?
Quoi qu’il en soit, on se marre beaucoup en lisant Ma ZAD (oh, la description de l’hypermarché au début du roman, avec son allée en descente et en cul-de sac !!!), on ne s’ennuie pas une seconde, on accompagne une brochette réjouissante de personnages pétillants (ah, la petite Claire !!!), et on se prend à croire, l’espace de quelques pages, qu’on peut parfois renverser les empêcheurs de rêver en rond.

Bref, Pouy inaugure en beauté la nouvelle ère de la Série Noire, et on espère que sa reprise du service se perpétuera pour quelques livres de plus. Parce qu’on a drôlement besoin de zigotos dans son genre pour y croire encore.

Ma ZAD, de Jean-Bernard Pouy
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782072753756
208 p., 18€


COUP DE CŒUR : Jake, de Bryan Reardon

Un matin, le monde paisible de Simon Connolly s’écroule. Heureux mari et père au foyer, il apprend qu’une tuerie vient d’être perpétrée dans le lycée de ses deux enfants. En se précipitant sur place, il découvre rapidement que son fils aîné, Jake, a disparu. Il ne figure pas parmi les victimes, mais reste introuvable dans l’établissement et alentour.
Lorsqu’on apprend que le garçon était le seul ami de Doug Martin-Klein, un gamin asocial que personne n’est vraiment surpris d’identifier comme l’auteur du massacre, la rumeur ne tarde pas à courir. Jake aurait été son complice, et aurait réussi à fuir avant l’intervention des forces de l’ordre…
Confronté à l’innommable, Simon tente coûte que coûte de retrouver Jake en premier, tout en affrontant doutes et culpabilité. A quel moment la situation a-t-elle pu lui échapper ? Son fils a-t-il pu commettre une chose pareille ? Et surtout, où est-il et pourquoi se cache-t-il ?

Reardon - JakeJe l’avoue, je ne lisais plus trop la Série Noire depuis quelques années. A l’exception, et encore, de quelques noms majeurs de la collection (Ferey, Nesbo, Manotti), les propositions de l’éditeur Aurélien Masson ne m’inspiraient plus autant qu’à ses débuts. Mais voilà, Masson est parti créer Equinox, une nouvelle collection de polar aux Arènes, et Stefanie Delestré l’a remplacé. Après avoir retaillé le format de la Série Noire et revu légèrement sa maquette, cette excellente éditrice réalise des débuts parfaits, avec le retour gagnant de Jean-Bernard Pouy, un Caryl Ferey très bien tenu, et donc ce premier roman de Bryan Reardon qui m’a laissé pantelant d’émotion.

En anglais, le roman s’intitule Finding Jake, subtilité intraduisible en français (qui n’a donc retenu avec sobriété que le prénom du garçon). « Finding Jake », c’est « trouver Jake » bien sûr, mais aussi « découvrir Jake », au sens d’essayer de comprendre qui il est vraiment. Et c’est ainsi que fonctionne le roman, alternant des phases au présent qui relatent les minutes, puis les heures qui suivent le massacre, et des chapitres remontant à l’enfance de Jake, depuis ses premiers mois jusqu’au drame.
Outre que ce système d’alternance fonctionne toujours bien dans un polar, tenant le lecteur en haleine et l’obligeant souvent à tourner les pages pour dérouler le plus vite possible les deux fils du récit, le dispositif ici a le mérite de faire la part belle à la réalité des personnages, de jouer de leurs ambivalences, de leurs multiples facettes, d’autant plus que cette réalité est placée sous l’éclairage cru d’une catastrophe. Ce qui semblait anodin à l’époque peut soudain prendre un tout autre sens… mais interpréter a posteriori une attitude, une phrase, un moment de vie, n’est-ce pas se tromper un peu plus ?

Tenant l’ensemble du roman sur ce fil fragile, Bryan Reardon creuse le sillon du doute et de la culpabilité d’une manière intime, profonde, avec d’autant plus d’empathie et d’humanité que nous suivons l’histoire du point de vue de Simon, narrateur du drame. Les hésitations, les coups de colère, les atermoiements de Simon sont les nôtres, jusqu’à ce que la vérité soit enfin dévoilée, après plus de 300 pages d’horrible incertitude.
Alors l’émotion explose enfin, et c’est le regard très flou que j’ai lu les vingt ou trente dernières pages de Jake, profondément bouleversé par la sincérité des sentiments qui irradie de ce final d’une force incroyable.

Dans la lignée d’un Thomas H. Cook (on pense bien sûr aux Feuilles mortes, dont le sujet est très proche), Bryan Reardon nous offre avec Jake un roman noir extraordinairement juste, sensible et touchant, un condensé d’humanité qui laisse les larmes aux yeux et le cœur un peu plus ouvert. Une découverte que je serais très heureux de vous voir partager.

Jake, de Bryan Reardon
(Finding Jake, traduit de l’américain par Flavia Robin)
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782070147243
352 p., 21€


A première vue : la rentrée Gallimard 2017

Pour ceux parmi vous qui découvrent ce blog et la rubrique « à première vue » (pour les autres, ce sera un énième rappel), il faut que vous sachiez que, de tous les programmes de rentrée littéraire, celui des éditions Gallimard est définitivement un cas à part. Cette année comme les précédentes, c’est le plus énorme de tous : 19 titres, 15 français pour 4 étrangers, à paraître durant la deuxième quinzaine d’août. Et cette année comme les précédentes, c’est la rentrée la plus médiocre pour ce qui est du rapport qualité/quantité.
En gros, Gallimard, c’est Goliath. C’est gros, ça gueule, ça montre les muscles, mais quand il s’agit d’éviter de se prendre un petit caillou envoyé dans la tronche par un petit David de rien du tout, il n’y a plus grand-monde.
Bon, j’exagère un peu bien sûr ; cette année comme les précédentes, on devrait trouver une poignée de lectures potentiellement intéressantes, et c’est de celles-ci que je vais entreprendre de vous parler en détail, pour ne laisser que quelques miettes au reste. Et on commence par la littérature étrangère, parce que c’est plus souvent de ce côté-là que viennent les pépites chez Gallimard.

Pamuk - Cette chose étrange en moiRESTENT NOS RÊVES ET NOS ESPOIRS : Cette chose étrange en moi, d’Orhan Pamuk
(traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy)
Prix Nobel de littérature en 2006, Pamuk est évidemment le très grand nom de la rentrée Gallimard (en attendant les deux Prix Nobel français en octobre, Le Clézio et Modiano). Avec ce roman de presque 700 pages, il nous replonge dans les rues d’Istanbul, entre 1969 et 2012, à la suite de Mevlut, qui vend de la boza (une boisson fermentée appréciée des Turcs) dans les rues. Son métier ambulant lui permet de saisir les profondes mutations de la ville durant les décennies où il l’arpente inlassablement, tandis qu’il s’efforce de trouver le bonheur et de donner un sens à sa vie.

Hill - Les fantômes du vieux paysDE VRAIS OUBLIS, DE FAUX SOUVENIRS : Les fantômes du vieux pays, de Nathan Hill
(traduit de l’américain par Mathilde Bach)
Là aussi, voici venir un pavé de 720 pages, premier roman de Nathan Hill qui débute par l’agression du gouverneur Packer, candidat à l’élection présidentielle américaine, par une certaine Faye Andresen-Anderson. Très vite surnommée Calamity Packer par la presse, elle fascine et intrigue tout le monde – sauf Samuel Anderson, un romancier et professeur d’anglais à l’université de Chicago qui noie son temps libre dans un jeu vidéo en ligne. Rappelé à l’ordre par son éditeur, qui lui a versé une avance pour un roman qu’il n’a jamais écrit, Samuel propose alors d’écrire un livre sur Calamity Packer, promettant d’en faire un document choc qui la détruira. Pourquoi tant de haine ? Parce que Faye Andresen-Anderson est sa mère et qu’elle l’a abandonné quand il était enfant. Pourtant, en se lançant dans une vaste enquête pour documenter son travail, Samuel agite tant de poussière qu’il réveille nombre de vieux fantômes inattendus…

Hope - La Salle de balUNE VIE DE PEINE ET SI PEU DE PLAISIR : La Salle de bal, d’Anna Hope
(traduit de l’anglais par Élodie Leplat)
Début du XXème siècle, asile d’aliénés de Sharston, Yorkshire. Les hommes et les femmes qui y sont enfermés y vivent et y travaillent séparément. Ils se réunissent pourtant chaque vendredi soir dans la salle de bal de l’asile, où ils peuvent danser librement sous la conduite et la surveillance étroite du docteur Fuller. Ce dernier entend mener de grands projets révolutionnaires pour guérir ses malades – des projets où l’eugénisme entre en ligne de compte, et qui pourraient menacer la vie des patients…

Kinsky - La RivièreLA VIE COULAIT COMME DE L’EAU : La Rivière, d’Esther Kinsky
(traduit de l’allemand par Olivier Le Lay)
Une femme s’installe provisoirement dans la banlieue de Londres, au bord d’une rivière. Là, elle se promène, fait des rencontres et évoque des souvenirs en lien avec des paysages, principalement des fleuves.

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Audin - Comme une rivière bleueY AURA DU SOLEIL SUR NOS FRONTS : Comme une rivière bleue, de Michèle Audin
A la manière d’Eric Vuillard dans son extraordinaire 14 juillet, Michèle Audin plonge en profondeur dans une page historique, la Commune de Paris, en s’appuyant sur des documents qui témoignent de la vie de nombreux anonymes durant les 72 jours que dura ce conflit utopiste et sanglant. Grâce à cette matière première inédite, la romancière saisit au plus près le quotidien de quelques personnages dont elle tire les fils romanesques, et donne à voir comme jamais ce moment si particulier dans l’Histoire de la capitale.

Dugain - Ils vont tuer Robert KennedyQUAND LE MONDE DISPARU L’ON EST FACE A SOI : Ils vont tuer Robert Kennedy, de Marc Dugain
Un professeur d’histoire contemporaine américain est persuadé que la mort de ses parents, en 1967 et 1968, est lié à l’assassinat de Robert Kennedy alors que ce dernier était candidat à l’élection présidentielle de 1968. Il se lance dans une enquête ténébreuse qui met en parallèle l’histoire de ses parents, le destin funeste du frère de JFK, et l’Histoire agitée des États-Unis dans les années 60. Après La Malédiction d’Edgar, Dugain se frotte à nouveau à l’histoire américaine et devrait concilier comme à son habitude exigence documentaire et grand roman populaire.

Désérable - Un certain M. PiekielnyAINSI PASSAIT SA VIE AU MILIEU DE NOS HEURES : Un certain M. Piekielny, de François-Henri Désérable
M. Piekielny avait fait promettre à son jeune voisin, Roman Kacew, de toujours parler de lui lorsqu’il croiserait des gens importants une fois devenu adulte. Devenu l’illustre écrivain Romain Gary, Roman tint parole. Mais qui était ce M. Piekielny ? Ce mystère valait bien une enquête, que François-Henri Désérable (auteur du brillant recueil de nouvelles Tu montreras ma tête au peuple) se charge ici de mener.

Haenel - Tiens ferme ta couroneON INTERDIRA LES TIÉDEURS : Tiens ferme ta couronne, de Yannick Haenel
Auteur d’un énorme script sur Herman Melville, l’auteur de Moby Dick, un scénariste rencontre à New York le cinéaste américain Michael Cimino. C’est le début d’aventures rocambolesques – un genre où l’on n’attend pas forcément Yannick Haenel, auteur de livres exigeants, cérébraux (Cercle), parfois polémiques (Jan Karski). Une possible curiosité, donc.

Humbert - Comment vivre en hérosÀ NOS ACTES MANQUÉS : Comment vivre en héros ?, de Fabrice Humbert
Élevé par son père, héros de guerre, dans l’idée de toujours se comporter d’une manière exemplaire et courageuse, Tristan Rivière échoue dès l’âge de 16 ans en prenant la fuite sans venir en aide à son professeur de boxe attaqué par plusieurs adversaires. Dix ans plus tard, il est toujours rongé par le remords lorsque le destin lui offre la possibilité de se rattraper : dans le train où il voyage, une jeune femme est agressée par une bande. Comment réagir ? A partir de là, Fabrice Humbert joue au roman à possibilités multiples pour évoquer la fragilité de nos choix et de nos destins. Là aussi, on demande à voir.

Reinhardt - La Chambre des épouxSI TU AS LA FORCE ET LA FOI : La Chambre des époux, d’Eric Reinhardt
Un compositeur apprend que sa femme est atteinte d’un grave cancer du sein, qui nécessite chimiothérapie et opération. Alors qu’il est prêt à abandonner la symphonie sur laquelle il travaille pour soutenir pleinement sa compagne, celle-ci lui enjoint au contraire de poursuivre son travail avec autant d’acharnement qu’elle mettra à suivre son traitement et à guérir. En changeant le métier de son héros, le romancier transpose la propre histoire de son couple au moment où il écrivait Cendrillon. Honnêtement, Reinhardt, ce n’est pas ma tasse de thé, mais comme il fera forcément partie des auteurs mis en avant par les médias, il fallait bien lui laisser ici une place importante.

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Et pour le reste, rapidement :

ENVOLE-MOI : Ascension, de Vincent Delecroix
Chaïm Rosenzweig, écrivain sans grand succès qui a publié quelques romans sous le pseudonyme de Vincent Delecroix, est choisi par la Nasa pour faire partie de l’équipage d’une navette spatiale. Après quelques mois passés à préparer la mission à Houston, Chaïm embarque à bord de la navette avec des cosmonautes bigarrés et dubitatifs quant à la réelle utilité de sa présence.

IL SUFFIRA D’UN SIGNE : L’Ombre sur la Lune, d’Agnès Mathieu-Daudé
Le vol d’un tableau de Goya réunit la Giganta, une Chinoise de 2 mètres, le Sicilien Attilio qui a tué sa femme le jour de leur mariage et la discrète Blanche, employée de musée persuadée d’être le sosie d’un footballeur célèbre. Depuis leur rencontre dans les tribunes d’un stade madrilène, la relation mouvementée d’Attilio et de Blanche les mène à fuir en Andalousie.

SUR LES RUINES D’UN CHAMP DE BATAILLE : Les rêveuses, de Frédéric Verger
En 2013, il a frôlé le Goncourt avec son premier roman, Arden. Verger retourne vers la Seconde Guerre mondiale, avec l’histoire d’un soldat allemand engagé dans l’armée française, qui vole les papiers d’un mort pour éviter d’être arrêté et exécuté comme traître par ses compatriotes vainqueurs. Problème : il est rapatrié vers la famille à laquelle il prétend faire partie, et dont il ne sait évidemment rien…

ENSEMBLE TOUT EST PLUS JOLI : La Louve, de Paul-Henry Bizon
Un couple abandonne la boucherie familiale pour se lancer dans l’agriculture bio et créer un réseau régional de petits exploitants. Leur bonne volonté se heurte à l’hostilité des grands producteurs. Premier roman.

Y’A LES CHOSES QU’ON PEUT FAIRE ET PUIS CELLES QU’ON DOIT PAS : Un élément perturbateur, d’Olivier Chantraine
Hostile à toute forme d’engagement, Serge Horowitz vit chez sa sœur et doit son travail à son frère, Ministre des Finances. Hypocondriaque, il fait échouer des négociations avec une entreprise japonaise à cause d’une crise d’aphasie. Le voilà sommé de réparer son erreur, ce qui risque de causer de nouveaux problèmes…

OÙ LES AIGLES RECULENT : Le Cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier
Pour celui-ci, je vous mets l’argumentaire de l’éditeur parce qu’il est vraiment énorme : « Pour la première fois, à l’égal d’un Sebald, d’un Bolaño, un écrivain français investit l’immense champ de l’histoire européenne du XXe siècle, de ses utopies, de son désastre. Du XVIIIe siècle des Lumières au règne sinistre de la Stasi, Le Cénotaphe de Newton offre une métaphore vertigineuse du XXe siècle. L’homme sans qualités de Musil a un successeur. »
C’est bien de ne douter de rien, quand même. Par contre, faudrait arrêter la drogue.

COMPTE PAS SUR MOI : Survivre, de Frederika Amalia Finkelstein
Il y a trois ans, nous avions tellement détesté son premier roman que nous n’avions même pas pu le lire en entier. Autant le dire tout de suite, le pitch de son deuxième ne nous donne pas du tout envie de nous en approcher à moins de dix mètres – soit l’histoire d’une jeune femme que la vue des militaires armés sur le quai du métro parisien, à la suite des attentats de novembre 2015, angoisse profondément. Du coup elle réfléchit à sa génération d’ados mal grandis, ultra-connectés mais tellement solitaires.

COMME UN BATEAU DÉRIVE : Sauver les meubles, de Céline Zufferey
Tiens, puisqu’on cause de solitude contemporaine, voilà un premier roman qui en parle aussi. Ben oui, ça rigole pas en ce moment, qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse. Voilà donc l’histoire d’un photographe qui, ne parvenant pas à percer, accepte de réaliser des photos de meubles pour un catalogue. Évidemment, gâcher son talent le déprime, du coup il accepte de suivre un collègue dans un projet de site porno à prétention artistique.

QUE DES VIES, PAS LES MIEUX, PAS LES PIRES : La Fin de Mame Baby, de Gaël Octavia
Dans une ville de banlieue, le destin croisé de quatre femmes, en particulier Mame Baby, idole du quartier, dont la mort est auréolée de mystère.


Numéro 11, de Jonathan Coe

Signé Bookfalo Kill

Certes, Jonathan Coe est plutôt un romancier « classique » d’un point de vue formel, mais il faut se méfier de l’eau qui dort. L’animal est souvent capable de surprendre, voire de déconcerter – ce qui est le cas avec son nouveau roman, dont je me demande bien comment je vais réussir à vous le résumer sans trop en dire.

coe-numero-11Numéro 11 est en effet composé de cinq parties qu’on dirait juxtaposées, tant elles traitent de sujets différents et jouent de registres changeants – idée suggérée d’ailleurs par le sous-titre du roman, Quelques contes sur la folie des temps.
« La Tour Noire » mêle chronique d’enfance et ambiance de conte gothique (avec une ou deux scènes de trouille parfaitement maîtrisées), sur fond de critique politique ; « le Come back » tire à boulets rouges sur la téléréalité et les ravages de la célébrité artificielle ; « le Jardin de Cristal », poétique et mélancolique, s’intéresse à l’université anglaise et à certaines de ses dérives potentielles ; « le Prix Winshaw », aussi violent qu’hilarant, matraque la presse à sensation et la course en avant incontrôlable de la communication décomplexée sur Internet ; et « What a whopper ! » soulève le voile sur la vie hallucinante des super riches, dans un mélange détonnant de réalisme glacé, d’analyse sociale implacable et… de fantastique.

Oui, il y a tout ça dans Numéro 11, dont la continuité est assurée par certains personnages que l’on retrouve d’une partie à l’autre, en particulier Rachel et Alison, deux amies que l’on suit de l’enfance à l’âge adulte au cours de trajectoires dissemblables, pas toujours heureuses mais systématiquement édifiantes. Cette variété impressionnante de tons et de sujets est à la fois la (grande) force et la (petite) faiblesse de ce roman. Gourmand, Jonathan Coe semble ne pas vouloir choisir entre les propos qu’il souhaite aborder, et leur association paraît parfois saugrenue, le passage d’une partie à une autre désarmant.
Mais après tout, pourquoi pas ? En dépit de cette construction – ou peut-être justement grâce à elle -, Numéro 11 est très rapide et agréable à lire, bien aidé par le style toujours aussi fluide du romancier anglais. Coe a le sens du spectacle, des variations et des atmosphères, capable de passer sans effort d’un passage oppressant à une comédie policière réjouissante ou à une réflexion pointue sur la satire en tant que genre littéraire, dans une mise en abyme passionnante – la satire étant précisément l’un des domaines de prédilection de l’écrivain.

D’ailleurs, rappelez-vous de son chef d’œuvre, Testament à l’anglaise, comédie cinglante qui mettait en scène la terrifiante famille Winshaw, incarnation du cynisme flamboyant des années 80. Winshaw… comme dans « le Prix Winshaw », titre de la quatrième partie de Numéro 11 ? Oui, messieurs dames, sans en être une suite (les deux romans peuvent se lire de manière totalement indépendante), Numéro 11 est un peu la réponse contemporaine de Testament à l’anglaise. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne s’est arrangé, comme le prouve dans la fiction la prospérité florissante de la famille emblématique imaginée par Coe il y a plus de vingt ans.
Le tableau social, économique, politique que dresse Jonathan Coe de ce début de XXIème siècle est aussi effroyable que l’on veut bien le penser. Le fossé se creuse inexorablement entre le peu de gens qui ont tout et l’immense majorité qui a peu ; la dernière partie le met en scène dans une vision froide de notre monde qu’un recours habile et mesuré au fantastique rend encore plus terrifiante.

Beaucoup plus audacieux et risqué qu’il n’en a l’air, au point d’en être parfois un peu fragile, Numéro 11 démontre encore une fois que le savoir-faire, l’à-propos et l’intelligence de Jonathan Coe restent d’une actualité brûlante. Un auteur à ne décidément pas sous-estimer, et un roman à tenter !

Numéro 11, de Jonathan Coe
(Number 11, traduit de l’anglais par Josée Kamoun)
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017839-1
444 p., 23€


Judas, d’Amos Oz

Signé Bookfalo Kill

Jérusalem, décembre 1959. Shmuel Asch, jeune étudiant au physique de taureau hirsute qui dissimule un caractère hypersensible et sentimental à l’excès, décide d’abandonner ses études lorsque sa petite amie le quitte. Oublié, le mémoire sur « Jésus dans la tradition juive » ; Shmuel, que ses parents récemment ruinés ne peuvent aider, accepte un emploi étrange : cinq heures chaque soir, il devient l’homme de compagnie de Gersholm Wald, un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison sombre et biscornue, en compagnie d’Atalia Abravanel, une quarantenaire aussi mystérieuse, fuyante que séduisante.
Tandis qu’il tombe inexorablement amoureux d’Atalia, Shmuel subit plus ou moins les assauts de rhétorique intellectuelle ou politique de Wald, tout en continuant à réfléchir sur le regard des Juifs sur Jésus, mais aussi sur Judas, l’apôtre peut-être le plus méconnu et le plus injustement traité de tous…

Oz - JudasC’est le premier roman d’Amos Oz que je lis, aussi n’aurai-je pas de point de comparaison pour déterminer si ce livre est à l’image de son œuvre ou non. En tout cas, c’est une belle découverte, tant pour le plaisir de goûter à une prose fluide que pour apprécier l’intelligence et la finesse avec lesquelles Oz entremêle différents types de récit – politique, historique, théologique et intime.
Commençons par évoquer l’art et la manière : ce n’est guère une surprise tant l’auteur est estimé depuis de nombreuses années, mais Amos Oz écrit bien, avec une clarté qui n’exclut pas l’ambition. Au fil de chapitres plutôt courts, maniant parfois un humour piquant ou plein de dérision, le romancier instaure une atmosphère poignante, légèrement étouffante, dans laquelle les névroses, blessures et obsessions de ses personnages s’épanouissent sans lourdeur. Cette construction vive et aérée lui permet en outre de passer d’un sujet à un autre avec souplesse, en évitant de farcir en une seule fois la tête de son lecteur des nombreuses informations complexes qu’il manipule avec maestria.

Car le propos de Judas est ambitieux – ou plutôt les propos. Le titre l’évoque, le sujet du mémoire de Shmuel Asch aussi, il est ici question de théologie ; miraculeusement, ce n’est jamais ennuyeux, car Amos Oz privilégie une réflexion plus historique que religieuse, nous invitant au passage à une tentative de réhabilitation audacieuse de la figure de Judas, dont le nom est synonyme de traître et que Asch s’emploie à parer des atours du héros maudit.
Oz en profite pour tirer des parallèles constructifs avec l’histoire contemporaine, interrogeant la création controversée de l’État d’Israël ; ce n’est évidemment pas un hasard si le roman se déroule entre 1959 et 1960, alors que David Ben Gourion, l’un des artisans majeurs de cette création, est Premier Ministre. Nul besoin pour autant de connaître ce pan de l’Histoire par cœur (ce n’était guère mon cas, je l’avoue), Oz le rend accessible et compréhensible à tout lecteur. Et certains passages grattouillent carrément :

« Vous avez voulu un pays, grinça [Atalia]. Vous avez voulu l’indépendance. Des drapeaux, des uniformes, des billets de banque, des tambours et des trompettes. Vous avez versé des fleuves de sang innocent. Vous avez sacrifié une génération entière. Vous avez expulsé des centaines de milliers d’Arabes. (…)
– Ne pensez-vous pas que nous nous sommes battus en 1948 parce que nous n’avions pas le choix ? objecta Shmuel, l’oreille basse. Nous étions dos au mur, non ?
– Vous n’étiez pas le dos au mur. Vous étiez le mur. » (pp.212-213)

De même que cet extrait sur les religions, qui paraît presque naïf d’évidence mais fait toujours du bien à lire :

« Le judaïsme, le christianisme – et n’oublions pas l’islam – dégoulinent de bons sentiments, de charité et de compassion, tant qu’on ne parle pas de menottes, de barreaux, de pouvoir, de chambres de torture ou d’échafauds. Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang. » (pp.84-85)

Pourvu d’une humanité réconfortante et d’une petite dose d’humour salvatrice, Judas est un roman attachant, qui invite à la réflexion, et dont la hauteur de vue s’avère plus que nécessaire en ces temps troublés que nous affrontons.

Judas, d’Amos Oz
(Ha-Besora Al-Pi Yehuda, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen)
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017776-9
348 p., 21€


A première vue : la rentrée Gallimard 2016

Bon, cette année, promis, je ne vous refais pas le topo sur les éditions Gallimard et leurs rentrées littéraires pléthoriques dont la moitié au moins est à chaque fois sans intérêt ; je pense qu’à force, vous connaissez le refrain, et il ne change guère cette année : 13 romans français, 4 étrangers, c’est à peine moins que l’année dernière – et on n’en parle que des romans qui paraissent fin août, il y en a beaucoup d’autres en septembre (dont un Jean d’Ormesson, mais je saurai vous épargner).
Je vais sans doute m’attacher à être plus elliptique cette année que les précédentes, car cette rentrée 2016 me paraît à première vue dépourvue d’attraits majeurs. Comme je n’ai pas pour objectif de vous faire perdre votre temps, on va trancher dans le vif ! Et commencer par les étrangers, ça ira plus vite (façon de parler)…

Oz - JudasJE CHANTE UN BAISER : Judas, d’Amos Oz (lu)
A court d’argent et le coeur en berne après que sa petite amie l’a quitté, Shmuel décide d’abandonner son mémoire sur « Jésus dans la tradition juive ». Il accepte à la place une offre d’emploi atypique : homme de compagnie pour un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison, sous la houlette d’une femme aussi mystérieuse que séduisante… Mêlant avec art récit intime de personnages étranges et attachants, réflexions sur l’histoire d’Israël et un discours théologique passionnant, Amos Oz emballe un roman de facture parfaite et sert l’intelligence sur un plateau.

Von Schirach - TabouPORTRAIT DE L’ARTISTE EN TUEUR : Tabou, de Ferdinand von Schirach
Un célèbre photographe avoue un crime pour lequel on n’a ni corps, ni même d’identité formelle de la victime. Qu’est-ce qui l’a mené là ? Y a-t-il un rapport avec ses expérimentations artistiques audacieuses ? Dans la lignée de ses livres précédents, le romancier allemand élabore une réflexion sur la violence et le doute, le rapport entre vérité et réalité.

Stridsberg - BeckombergaÀ LA FOLIE : Beckomberga – Ode à ma famille, de Sara Stridsberg
Ouvert en 1932 près de Stockholm, Beckomberga a été conçu pour être un nouveau genre d’hôpital psychiatrique fondé sur l’idée de prendre soin de tous et de permettre aux fous d’être enfin libérés. Jackie y rend de nombreuses visites à son père Jim qui, tout au long de sa vie, n’a cessé d’exprimer son mal de vivre. Famille et folie, le thème de l’année 2016 ? Après En attendant Bojangles, mais dans un genre très différent, Sara Stridsberg propose en tout cas une nouvelle variation sur le sujet.

Clegg - Et toi, tu as eu une familleON THE ROAD : Et toi, tu as eu une famille ?, de Bill Clegg
Famille encore ! Cette fois, tout commence par un incendie dans lequel périssent plusieurs proches de June, dont sa fille Lolly qui devait se marier le lendemain du drame. Dévastée, June quitte la ville et erre à travers les Etats-Unis, sur les traces de ce qui la lie encore à sa fille, par-delà la mort. Dans le même temps, le roman se fait choral en laissant la parole à d’autres personnes affectées par l’incendie, dans une tentative de transcender l’horreur par l’espoir et le pardon.

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Appanah - Tropique de la violenceVOYAGE AU BOUT DE L’ENFER : Tropique de la violence, de Nathacha Appanah
A quinze ans, Moïse découvre que Marie, la femme qui l’a élevé, n’est pas sa mère. Révolté, il tombe sous la coupe d’une bande extrêmement dangereuse qui va faire de son quotidien un enfer… Nous sommes à Mayotte, minuscule département français perdu dans l’océan Indien, au large de Madagascar. Un bout de France ignoré, méprisé, étouffé par une immigration incontrôlable en provenance des Comores voisines, et où la violence et la misère vont de pair. La Mauricienne Nathacha Appanah en tire un roman qui devrait remuer les tripes.

Bello - AdaHER : Ada, d’Antoine Bello
Un policier de la Silicon Valley est chargé de retrouver une évadée d’un genre très particulier : il s’agit d’Ada, une intelligence artificielle révolutionnaire, dont la fonction est d’écrire en toute autonomie des romans à l’eau de rose. En menant son enquête, Frank Logan découvre pourtant que sa cible développe une sensibilité et des capacités si exceptionnelles qu’il en vient à douter du bien-fondé de sa mission…

Benacquista - RomanesqueBONNIE & CLYDE : Romanesque, de Tonino Benacquista
Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se réfugie dans un théâtre. La pièce à laquelle ils assistent, Les mariés malgré eux, se déroule au Moyen Age et raconte l’exil forcé d’un couple refusant de se soumettre aux lois de la communauté. Le destin des deux Français dans la salle et des personnages sur scène se répondent et se confondent, les lançant dans une vaste ronde dans le temps et l’espace, une quête épique où ils s’efforceront de vivre leur amour au grand jour…

Del Amo - Règne animalPORCO ROSSO : Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo
Au cours du XXe siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. En deux époques, cinq générations traversent les grands bouleversements historiques, économiques et industriels. C’est déjà le quatrième roman du jeune Jean-Baptiste Del Amo (34 ans), qui revient ici avec un sujet sérieux et ambitieux – du genre qui doit mener à un prix littéraire…

Slimani - Chanson douceLA MAIN SUR LE BERCEAU : Chanson douce, de Leïla Slimani
Dans le jardin de l’ogre, le premier roman de Leïla Slimani – histoire d’une jeune femme, mariée et mère de famille, rongée par son addiction au sexe -, n’était pas passé inaperçu, loin de là. Son deuxième, qui relate l’emprise grandissante d’une nourrice dans la vie d’une famille, pourrait constituer une confirmation de son talent pour poser une situation de malaise et provoquer une réflexion sociétale stimulante.

Tuil - L'InsouciancePOST COITUM ANIMAL TRISTE : L’Insouciance, de Karine Tuil
En 2009, le lieutenant Romain Roller rentre d’Afghanistan après avoir vécu une liaison passionnée avec la journaliste et romancière Marion Decker. Comme il souffre d’un syndrome post-traumatique, son retour en France auprès de sa femme et de son fils se révèle difficile. Il continue à voir Marion, jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle est l’épouse du grand patron de presse François Vély… Il y a de l’ambition chez Karine Tuil, à voir si le résultat est à la hauteur.

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ÇA FAIT PAS UN PLI : Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci
Un jeune Japonais tombe amoureux d’une femme à peine entrevue, et quitte tout pour la retrouver. Il finit par échouer en Toscane, où il s’adonne en ermite à l’art du pliage japonais. Pour tous, il devient Monsieur Origami…

UNSUCCESS STORY : L’Autre qu’on adorait, de Catherine Cusset
A vingt ans, Thomas a tout pour réussir. Il mène des études brillantes, séduit les femmes et vit au rythme frénétique de Paris. Mais après avoir échoué à un concours que réussit son meilleur ami, et s’être fait larguer par sa petite amie, sa vie entame une trajectoire descendante que rien n’arrêtera… Think positive à la française.

ROMAN PAS X : Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre
Inspiré par la mort de sa mère, Duteurtre annonce un livre à la croisée de l’autobiographie, de l’essai et de la fiction. Il ira croiser sans moi, son Ordinateur du Paradis m’ayant dissuadé de perdre à nouveau mon temps avec cet auteur.

NAISSANCE DES FANTÔMES : Crue, de Philippe Forest
Un homme marqué par le deuil revient dans la ville où il est né, où les constructions nouvelles chassent peu à peu les anciennes. Il rencontre un couple, s’envoie Madame et papote avec Monsieur qui affirme que des milliers de gens disparaissent. D’ailleurs, Monsieur et Madame disparaissent à leur tour. Puis la ville est envahie par les flots…

À L’EST D’EDEN : Nouvelle Jeunesse, de Nicolas Idier
Dans le Pékin contemporain, des jeunes vivent d’excès. Ils sont poètes, rockers ou amoureux, et incarnent la nouvelle jeunesse de cette ville en mutation.

UNE BELLE HISTOIRE : Les deux pigeons, d’Alexandre Postel
Théodore a pour anagramme Dorothée. Ça tombe bien, ce sont les prénoms des héros du troisième livre d’Alexandre Postel (intéressant mais imparfait dans L’Ascendant et Un homme effacé). Ils sont jeunes, ils sont amoureux, et se demandent comment mener leurs vies… C’est une romance d’aujourd’hui.

ENGAGEZ-VOUS RENGAGEZ-VOUS QU’ILS DISAIENT : Nos lieux communs, de Chloé Thomas
Sur les pas des étudiants d’extrême gauche, Bernard et Marie sont partis travailler en usine dans les années 1970. Bien des années plus tard, Jeanne recueille leurs témoignages et celui de leur fils, Pierre, pour tenter de comprendre leurs parcours. Premier roman.


L’Angoisse de la page folle, d’Alix de Saint-André

Signé Bookfalo Kill

On ne dirait pas comme ça, mais j’aime bien Alix de Saint-André. Je l’avais découverte il y a longtemps avec son premier livre, un polar joliment intitulé L’Ange et le réservoir de liquide à frein, à la fois drôle, tragique et étrangement mélancolique. D’autres livres sont passés par là depuis (Papa est au Panthéon, qui m’avait bien amusé, ou En avant, route !, récit assez hilarant de pèlerinages à Saint-Jacques de Compostelle), et ont contribué à me rendre sympathique cette journaliste écrivain fofolle et iconoclaste.

Saint-André - L'Angoisse de la page folleSi je rappelle tout ceci, c’est évidemment parce que L’Angoisse de la page folle ne m’a pas convaincu du tout. Pourtant, sur le papier, ce bouquin semblait lui aller comme un gant : elle y raconte comment un traitement au baclofène, médicament générique censé neutraliser les addictions, l’a conduite sur la voie de l’insomnie chronique, doublée d’une frénésie aussi générale qu’incontrôlable – la rendant au passage totalement hermétique au mal de l’écrivain, l’angoisse de la page blanche…
Un peu foutraque au départ, le récit se structure ensuite au fil d’emails reconstitués par Alix de Saint-André, puis d’un journal qu’elle a tenu, histoire de trouver par l’écrit la mémoire qui lui a fait défaut lorsque le traitement lui est monté au cerveau. Problème : le dispositif est longuet, plein de détails personnels et de références à des personnages que nous ne connaissons pas, parfois répétitif et au bout du compte assez inintéressant. Qu’a voulu faire la romancière finalement ? Un procès de la médication à outrance ? On ne dirait pas. Un récit personnel plein d’ironie et de sincérité ? Ouais, bon, oui, bof.
Formellement, même si le rythme est soutenu et le ton enlevé, rien d’excitant non plus…

Bref, pas d’effets secondaires pour moi à la fin de cette lecture. Ni angoisse, certes (c’est déjà ça), ni plaisir (c’est bien dommage). Un oubli quasi instantané, à la limite, ce qui n’est guère plus glorieux.

L’Angoisse de la page folle, d’Alix de Saint-André
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017988-6
320 p., 21,50€