Inclassables

À travers

Haugomat - A travers

 

Tom Haugomat

Éditions Thierry Magnier, 2018

ISBN 9791035201708

184 p., 20€


Voilà un livre que je serais bien en peine de qualifier. Ce n’est pas tout à fait une bande dessinée, bien qu’il raconte une histoire par l’image – et exclusivement par l’image, car il n’y a pas de texte, pas de bulle, rien.
Ce n’est pas non plus un album pour la jeunesse, car son propos est d’une maturité et d’une profondeur qui appellent l’expérience, du genre qu’on acquiert avec l’âge.
Alors, qu’est-ce au juste ? Un exercice graphique ? Quelque chose de nouveau qui n’a pas encore de nom ?

haugomat01Bon, en fait, on s’en fout. Ce n’est pas comme si, par ici, on avait envie de perdre du temps avec les étiquettes et les idées toutes faites. Or, l’idée de Tom Haugomat, merveilleuse, se suffit à elle-même.
À travers, c’est le titre ; c’est aussi le concept du livre. Page de gauche, une scène représentée dans son ensemble, où l’on voit le héros de l’histoire regarder quelque chose à travers un objet – des jumelles, la fenêtre d’une maison ou la vitre d’une voiture, un écran (de télévision, d’ordinateur…), un hublot, une loupe, entre les barreaux d’un lit d’enfant… Vous pouvez compter sur Tom Haugomat pour trouver, à chaque page, un nouvel angle à la fois étonnant et d’une justesse absolue.
Et page de droite, le résultat en gros plan de ce que regarde le personnage.

À quoi sert ce concept ? À raconter, tout simplement, une vie d’homme. De la naissance à la vieillesse, en passant par tous les âges et tous les états de la vie. A chaque page, une date précise d’une année de son existence. Se déroule ainsi l’histoire d’un homme ordinaire, avec ses joies et ses peines, mais aussi d’un individu hors du commun. En effet, le héros d’À travers, adulte, travaille pour la NASA, devient astronaute, ce qui l’amène à vivre des expériences exceptionnelles – qui autorisent l’auteur à multiplier les trouvailles visuelles et les points de vue.

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À la fois minimaliste (servi en seulement quatre couleurs : bleu, noir, rouge, blanc, parfois nuancées) et minutieux, le dessin de Tom Haugomat se niche au creux des étendues de la page, sans en coloniser tout l’espace. Laissant aux blancs, au vide alentour, le soin d’ouvrir la porte à l’imagination et au rêve, tout en resserrant le cadre sur le point de fuite fixé par le regard du personnage.
Le résultat est follement poétique et incroyablement émouvant. On s’y retrouve, on y cueille des échos de notre propre vie ; on parcourt aussi des moments marquants de l’Histoire récente – l’explosion de Challenger en 1986 (j’avais huit ans mais je m’en souviens avec une netteté foudroyante) ou les attentats du 11 septembre, par exemple.

Une escapade sublime, signée d’un illustrateur de 35 ans qui n’a pas fini de faire parler de lui et de son trait déjà reconnaissable entre tous.

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Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka

jablonkaS’il y a bien un livre terrifiant en cette rentrée littéraire, c’est celui-là. Tout le monde se souvient du meurtre de la jeune Laëtitia Perrais, 18 ans, au début de l’année 2011. On se souvient de l’horreur de sa mort, de l’emballement médiatique qui a suivi, du président de la République hystérique qui provoqua un séisme dans le monde pourtant si discret de la magistrature. On n’oublie pas l’abomination quand, quelques temps après sa mort, on apprend que Laëtitia était régulièrement violée par l’homme chez qui elle et sa sœur avaient été placées par l’Assistance Publique. En 18 ans de vie, Laëtitia Perrais n’a vécu que dans l’horreur, la douleur, l’angoisse, la peur. Pour mourir de la même façon. Dans l’horreur, la douleur, l’angoisse et la peur.

Ivan Jablonka, professeur d’université, a toujours été écrit sur les enfants perdus. Il a signé plusieurs ouvrages sur les enfants de l’Assistance Publique, mais aussi un ouvrage formidable que j’avais lu avec beaucoup d’intérêt, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, sur ses aïeux disparus à Auschwitz. L’auteur se fait la voix des enfants abandonnés, des laissés-pour-compte de la société, des destinées tragiques. La trajectoire de la comète Laëtitia, qui recoupe tous ces thèmes, était faite pour rencontrer Jablonka.

A la fois polar, essai sociologique et documentaire, Laëtitia ou la fin des hommes part d’un sordide fait divers. Jablonka suit les procès, rencontre ceux qui ont côtoyé la jeune fille et cherche à savoir qui elle était, ce qu’elle aimait et comment sa vie a été un drame permanent. Cet ouvrage retrace une vie cabossée et l’auteur rend à la victime toute la dignité qui lui  a été ôtée au fil des années. Ce livre m’a serré plusieurs fois le cœur car les mots sont durs, parfois crus. Mais il fallait en passer par là pour voir en face toute la violence faite aux femmes, verbale, physique, morale.

Je me demande si la sœur jumelle de Laëtitia et sa famille ont lu cette plongée au cœur de la misère et ce qu’ils en ont pensé. S’ils se sont reconnus. S’ils ont apprécié l’hommage rendu à cette jeune fille perdue dans ce livre-choc. Un livre qui aurait pu aussi s’intituler Laëtitia ou la folie des hommes

Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka
Éditions du Seuil, 2016
9782021291223
400 p., 21€

Un article de Clarice Darling.


Le Monde caché d’Axton House, d’Edgar Cantero

Signé Bookfalo Kill

Bien que très surpris d’apprendre l’existence d’un lointain cousin américain au second degré du nom d’Ambrose Wells, A. accepte l’héritage laissé par ce dernier à sa mort : Axton House, un manoir situé en Virginie. Le jeune homme y débarque, accompagné de Niamh, une adolescente muette et débrouillarde, pour découvrir que la bâtisse est la cible d’un certain nombre de rumeurs inquiétantes, mêlant histoires de fantômes, malédictions familiales et réunions occultes se déroulant chaque solstice d’hiver. En bons fans de la série X-Files, A. et Niamh, armés de leur bon sens et d’outils technologiques divers, décident d’essayer de démêler le vrai du faux. Sans se douter que, peut-être, la vérité est ailleurs…

Cantero - Le Monde caché d'Axton HouseLes quelques lignes ci-dessus sont une tentative de résumé rationnel. Ce qui est assez mignon-naïf de ma part, étant donné qu’il n’y a pas grand-chose de rationnel dans le Monde caché d’Axton House. Bien au chaud dans la ligne éditoriale sans filet des éditions Super 8 (qui avaient republié l’année dernière, grâces leur en soient éternellement rendues, le sublime Carter contre le Diable), le premier roman de l’Espagnol Edgar Cantero est un joyeux ramassis délirant qui convoque un paquet de références plus ou moins geeks – en vrac, X-Files bien sûr, mais aussi Shining (le film de Kubrick avec son labyrinthe), Paranormal Activity, Stephen King, La Chute de la Maison Usher d’Edgar Poe (entre Edgar, on se comprend)… Références toutes plus vaines les unes que les autres, parce qu’à l’arrivée, ce bouquin ne ressemble à rien d’autre qu’à lui-même, et c’est ce qui en fait un objet littéraire unique en son genre, c’est-à-dire jouissif – pour peu qu’on soit réceptif à la littérature de genre ludique, tendance briseuse de frontières.

Mêlant extraits de journaux, citations d’essais en tous genres, transcriptions de captations audio ou vidéo, schémas, codes secrets et autres surprises, le Monde caché d’Axton House pourrait être foutraque, et pourtant non. Tout est clair, limpide, terriblement addictif, grâce à une construction impressionnante qui ne laisse rien au hasard, tout en ménageant beaucoup de place à un humour pince-sans-rire délicieux, porté par un duo de héros tout simplement irrésistibles, et à un sacré lot de rebondissements qui tiennent en haleine de bout en bout.

Ni thriller ni roman d’épouvante ni roman fantastique ou gothique ni comédie – mais un peu de tout ça, et d’autres choses encore, Le Monde caché d’Axton House est impossible à étiqueter. Ce qui en fait un livre inclassable, et donc hautement recommandable !

Le Monde caché d’Axton House, d’Edgar Cantero Traduit de l’anglais par Paul Benita Éditions Super 8, 2015 ISBN 978-2-37056-024-7 460 p., 19€

P.S.: Gruznamur est raide fan de ce roman et le fait savoir sur son excellent blog Emotions ! Et il n’est pas le seul, voyez par exemple chez Book en Stock, Un dernier livre avant la fin du monde, Des mots sur des pages


Le Corps des libraires, de Vincent Puente

Signé Bookfalo Kill

Si vous fréquentez régulièrement ces hauts lieux de perdition (en tout cas pour qui aime vraiment les livres) que sont les librairies, vous n’êtes pas sans savoir que ceux qui les animent, ces drôles de bestioles dénommées libraires, sont pour la plupart des névropathes en puissance. Néanmoins, aucun de ceux que vous avez pu croiser durant vos pérégrinations ne peut être aussi bizarre ou iconoclaste que ceux présentés dans le Corps des libraires – qui, en dépit de son titre, n’est pas un essai d’anatomie commerçante, précisons-le d’emblée.

Puente - Le Corps des librairesAinsi, la librairie l’Ectoplasme, à Strasbourg, ne vend que des « fantômes », c’est-à-dire des faux livres destinés à faire joli dans une bibliothèque (ou à faire croire que vous êtes un gros lecteur alors que le dernier roman que vous ayez terminé était sans doute signé Enyd Blyton). Ou encore, à Saragosse, trois libraires affirment pouvoir deviner ce que vous souhaitez lire rien qu’en vous dévisageant ; ensuite ils vous imposent un livre, et malheur à celui qui refusera de l’acheter !
Une petite dernière ? Alors, pour le plaisir : à Ferrare, la librairie Maratoneta vous propose, soit d’acheter honnêtement votre livre, soit de tenter de le voler, la gageure pour le gagner officiellement étant d’échapper à la vélocité de libraires sévèrement formés à la course à pied ; en cas d’échec, il faudra s’acquitter de quatre fois le montant de l’ouvrage choisi…

D’une langue alerte et élégante, pleine de poésie et d’une délicieuse dérision, Vincent Puente (lui-même libraire, on ne se refait pas) dresse l’inventaire pince-sans-rire de ces magasins à nul autre pareil – et pour un certain nombre d’entre eux, heureusement… Son humour un rien dandy y fait souvent mouche, tandis que l’auteur joue des codes de l’érudition au fil de portraits loufoques ou de visites guidées dans des lieux aussi uniques qu’improbables.
Pas besoin d’être bibliophile pour apprécier cette exploration, c’est de l’insondable bizarrerie humaine dont il est question ici, et l’on se régale à chaque chapitre du coup d’œil fantasque de l’auteur.

Ah, tout de même, une dernière précision : Vincent Puente a précédemment écrit un livre intitulé Anatomie du faux.
Voilà.

Le Corps des libraires, de Vincent Puente
  Éditions La Bibliothèque, 2015
ISBN 978-2-909688-71-8
122 p., 12€


Mauvais sang ne saurait mentir, de Walter Kirn

Signé Bookfalo Kill

A la fin des années 90, le journaliste Walter Kirn accepte une mission étrange : transporter du Montana à New york, dans son pick-up déglingué, une chienne gravement handicapée qu’un millionnaire de la Grosse Pomme a adoptée. Cet homme s’appelle Clark Rockfeller – oui, comme la grande famille américaine. Fasciné par son étrangeté, croyant y déceler un sujet romanesque, Kirn entretient son lien avec Clark, à tel point qu’ils deviennent amis, d’une amitié bizarre, compliquée, dont le journaliste ne parvient pas à se dépêtrer en dépit des nombreuses mésaventures, parfois humiliantes, qui l’émaillent.
Aussi tombe-t-il de haut en découvrant, des années plus tard, que Clark Rockfeller n’existe pas, et que cet homme qu’il a pourtant fréquenté de près est un manipulateur de génie, accusé de meurtre…

Kirn - Mauvais sang ne saurait mentirEn France, nous avons Christophe Rocancourt ; aux Etats-Unis, ils ont Christian Karl Gerhartsreiter. Deux imposteurs compulsifs, deux mystificateurs ayant élevé leur art à un niveau de duperie qu’aucun acteur de Hollywood ne pourrait atteindre. C’est donc le récit des méfaits extraordinaires de Gerhardtsreiter que fait Walter Kirn, tandis qu’il suit le procès de celui qu’il rencontra sous le nom de Clark Rockfeller, et que des dizaines d’autres personnes ont connu sous d’autres identités, pour finir aussi abusées que lui l’a été.

C’est une histoire d’autant plus stupéfiante qu’elle est totalement vraie. Mauvais sang ne saurait mentir n’est pas un roman, mais bien le récit journalistique d’une amitié trompée, dans lequel Kirn s’attache autant à retracer le parcours invraisemblable de Gerhardtsreiter, sa quête effrénée du rêve américain, depuis son arrivée d’Allemagne jusqu’à son procès pour meurtre, qu’à essayer de comprendre comment lui, journaliste, diplômé, réputé intelligent et clairvoyant, a pu se laisser abuser de la sorte.
Cette réflexion sur la naïveté, la crédulité, s’avère aussi intéressante que l’histoire de l’accusé, véritable artiste du mensonge, prestidigitateur du quotidien, obsédée par la fiction au point de vouloir en devenir une en volant la réalité des autres.

Le seul petit point faible du livre reste son style. Comme je l’ai dit, Walter Kirn est journaliste, et son écriture s’en ressent. Il lui manque la verve du romancier pour insuffler au texte une puissance supplémentaire, et le récit reste relativement plat, factuel, malgré quelques passages plus inspirés que les autres.
Néanmoins, le sujet de Mauvais sang ne saurait mentir supplante ce défaut, et une fois qu’on a intégré le fonctionnement littéraire de Kirn, on ne peut que se laisser aspirer par l’histoire vertigineuse et pourtant bien réelle de Christian Karl Gerhardtsreiter.

Mauvais sang ne saurait mentir, de Walter Kirn
Traduit de l’américain par Eric Chédaille
  Éditions Christian Bourgois, 2015
ISBN 978-2-267-02721-1
261 p., 21€


Atlas des lieux maudits d’Olivier et Sybille Le Carrer

atlasEn 2010, les éditions Arthaud nous avaient offert le magnifique ouvrage Atlas des îles abandonnées de Judith Schalansky et récidivent cette fois avec Atlas des lieux maudits, d’Olivier et Sybille Le Carrer. 
Les mêmes ingrédients sont là. Papier à l’ancienne, cartes du monde datant du 19ème siècle, textes qui font froid dans le dos. Olivier Le Carrer a recensé les endroits hantés, les lieux où il ne vaut mieux pas mettre les pieds. Cela va des plus communs, comme le Triangle des Bermudes ou Amityville, aux noms les plus exotiques, tels Eilean Mor, Aokigahara ou encore Cap Bojador. 

Les histoires sont bien trouvées, mais les textes manquent parfois de finesse poétique et rendent certaines descriptions lourdes, je repense au texte sur le Golfe d’Aden, qui indique que le Pôle Emploi somalien n’a pas grand chose d’autre à proposer que l’option « piraterie ». Cependant, si les écrits sont bien moins rédigés que l’Atlas des îles abandonnées de Judith Schalandsky, cet ouvrage n’en reste pas moins d’une grande qualité qui fera son petit effet au pied du sapin. 

Atlas des lieux maudits d’Olivier et Sybille Le Carrer
Editions Arthaud, 2013
9782081295529
135p., 25€

Un article de Clarice Darling. 


Les gnomes de Wil Huygen et Rien Poortvliet

Il était une fois, en 1988, un livre que ma mère a acheté et qui s’appelait Le grand livre des Gnomes. J’adorais cet ouvrage parce qu’il décrivait avec minutie, la vie des gnomes, leurs moeurs, leurs ennemis, leur habitat traditionnel, et bon nombre de sujets dignes d’une encyclopédie. J’ai gardé de ce livre, un souvenir émerveillé, tant par la richesse des dessins que par l’imagination des auteurs. 

gnomesAussi, quelle ne fut pas ma surprise quand Albin Michel a réédité ce superbe ouvrage. Intitulé cette fois plus sobrement, Les Gnomes reprend exactement le contenu du précédent ouvrage. Vous saurez tout sur l’habillement, la construction des maisons, l’histoire et les légendes propres au peuple gnome, et bien d’autres choses, le tout richement illustré par les magnifiques peintures de Rien Poortvliet (Enfant, son prénom me faisait beaucoup rire)

Je ne saurai que trop vivement vous conseiller cet ouvrage, pour vous, pour vos proches (peut-être pas vos jeunes enfants impressionnables, les représentations des trolls sont terrifiantes) ou pour tout ami à qui vous ne savez pas quoi offrir à Noël. C’est un livre original, passionnant, drôle, hyper documenté, et ainsi, vous ne pourrez plus passer à côté de nos petits amis gnomes lors de vos prochaines pérégrinations en forêt. 

Les Gnomes de Wil Huygen et Rien Poortvliet
Editions Albin Michel, 2013
9782226209603
230p., 29€90

Un article de Clarice Darling.


365 expressions parisiennes expliquées de Dominique Foufelle

ArgotL’argot parisien est une perle, comme toutes les langues peu usitées. Dominique Foufelle a collecté 365 expressions que nous jugeons aujourd’hui improbables, alors qu’elles s’entendaient à tous les coins de rue de Paname au XIXème. En ce temps là, tout ce beau monde jaspinait le latin français! Le populo de Pantruche aimait fourmiller et traîner dans les trimes pour s’astiquer le corridor à l’aide d’un verre de perroquet ou de macadam. Si vous n’entendez rien à ce que je viens de dire, précipitez-vous sur les 365 expressions parisiennes expliquées. C’est drôle, très fourni et imagé, et vous apprendrez des tas de choses sur l’étymologie de certaines expressions qui persistent toujours dans le langage courant. 

En bref, un ouvrage parfait pour les fêtes de Noël si vous ne savez pas quoi offrir à votre vieille tante parisienne ou à des nostalgiques de l’Ile de France. 

365 expressions parisiennes expliquées de Dominique Foufelle
Editions du Chêne, 2013
9782812306945
229p., 15€90

Un article de Clarice Darling


Les Cannibales croquent des chroniques estivales

Vacances plageIl fait trop chaud pour critiquer ! Nous nous accordons donc quelques jours de vacances, histoire d’aller voir ailleurs si l’air est plus frais (non, pas dans le genre d’endroit représenté sur cette photo… Ça, c’est juste pour le rêve ;-))
Mais nous ne vous abandonnons pas tout à fait, chers amis lecteurs : en effet, nous avons préparé quelques chroniques d’été, consacrées à des classiques, ou à des livres que nous avons lus et aimés il y a quelques années, bien avant la création de ce site.

Pas de sommeil pour le blog des Cannibales, donc, même si ses auteurs s’en vont crapahuter (j’adore ce mot, pas vous ?!?) à l’est d’Eden jusqu’à la mi-août, en attendant la reprise des affaires littéraires.

Nous espérons que ces chroniques vous plairont et vous inspireront l’envie de saines lectures, et surtout, que vous passerez un très bel été de votre côté.

Rendez-vous après le 15 août pour les premières sorties et les premières chroniques de la rentrée !

Clarice Darling & Bookfalo Kill


Deux ans !

gateau01Hé oui, les Cannibales Lecteurs ont déjà deux ans ! Quand WordPress nous a annoncé la nouvelle ce matin, nous en avons été les premiers surpris… Le temps passe !
C’est l’occasion de donner un petit coup d’œil dans le rétro – vite fait, parce qu’on est surtout là pour parler livres, et que les statistiques, ce n’est pas notre fort ni notre truc ni notre raison d’être. Mais tout de même, pour le fun :

– Sans compter celui-ci, nous en sommes à 265 articles, soit environ 260 chroniques, si on enlève nos rares articles annexes (annonces de vacances, explications de disputes avec des auteurs énervés…)
– Vous nous avez laissé 390 commentaires, qui nous ont tous fait chaud au cœur – même quand vous n’étiez pas d’accord avec nous ;-)
– Le blog a été vu 61126 fois depuis sa naissance, dont 39572 fois en 2012, et déjà 12914 en 2013.
– Le premier article était consacré à la revue Collection.

Les trois chroniques les plus lues sont à ce jour :
1. L’Art de Tim Burton (catalogue de l’exposition de la Cinémathèque)
2. Tuer le père, d’Amélie Nothomb, éd. Albin Michel
3. Prison avec piscine, de Luigi Carletti, éd. Liana Lévi

Pour rigoler un peu maintenant, passons aux critères de recherche
– Les cinq plus populaires :
1. delphine de vigan (593)
2. prison avec piscine (352)
3. lucile de vigan (309)
4. cannibales lecteurs (262)
5. l’art de tim burton (256)

– Les plus flippants :
« torture chinoise » (41 fois quand même !!!), « camp de concentration cannibalisme » (1 fois seulement, mais ça suffit !), « soumise comment bien choisir sa maîtresse » (hum)…
– Quelques inattendus, pris au hasard (il y en a un paquet…) :
« chaise sur le pont », « des corps de femme en lévitation », « orgie dans un monastère », « slip trash bd » (!!!), « pierrot l’idiot », « guerite de surveillance elysée » (il prépare un sale coup, celui-là, ou quoi ???)
Dont quelques-uns liés au nom du blog :
« questions droles sur cannibale », « pourquoi devient on cannibal psychologiquement » (les fautes sont d’origine), « le cannibale corse », « dessins de cannibale », « pourquoi et comment utiliser la fiction pour révéler une histoire vérédique dans cannibale » (compliqué !!!)
– Celui qui reprend carrément au mot près une phrase d’un de nos articles :
« esteban s’ennuie tout seul dans son immeuble »… Chapeau :-)
– LA bonne question :
« pourquoi des pese personne jardins du luxembourg »…

gateau02Nous avons chroniqué 69 romans français, 57 polars, 37 romans étrangers, 29 romans jeunesse, 24 B.D., 10 livres d’histoire et 10 livres d’art, 6 livres de cinéma, 3 de théâtre.
17 articles nous ont paru hors catégorie, alors nous les avons appelé les « inclassables ».

Merci à tous ceux qui nous suivent depuis longtemps, à ceux qui passent et qui s’arrêtent quelques minutes, à ceux qui nous aiment bien et à ceux que nous énervons.
Merci aux auteurs qui nous écrivent parce qu’ils sont heureux de la bonne critique que nous avons faite de leur livre, mais aussi à ceux à qui nous avons réservé une chronique plus mitigée et qui viennent – courtoisement – en parler avec nous.
Merci à ceux qui font vivre la littérature quoi qu’il arrive : éditeurs, lecteurs, blogueurs… Quels que soient nos goûts, nos affinités, nos différences, nous partageons et faisons partager la même passion – un combat commun pour la singularité et la culture auquel nous ne devons jamais renoncer.

De notre côté, nous entrons dans la troisième année de notre blog avec la même envie de vous faire partager nos découvertes et nos coups de coeur comme nos coups de griffe. Les Cannibales ont toujours les crocs, alors rendez-vous à la prochaine chronique, puis à la suivante, et encore à la suivante…

Bookfalo Kill & Clarice Darling


Envies d’enfance, de Stéphanie Rigogne-Lafranque

Signé Bookfalo Kill

Rigogne-Lafranque - Envies d'enfanceUne fois n’est pas coutume sur ce blog, je vais aujourd’hui vous parler cuisine. Ne vous inquiétez pas, cela ne devrait pas se reproduire très souvent, d’abord parce qu’en général, j’ai du mal à distinguer une casserole et un fait-tout ; ensuite parce qu’un blog à dominante littéraire n’est sûrement pas le lieu le plus approprié pour chanter les louanges d’une recette, aussi appétissante soit-elle, ni pour encenser tel ou tel livre de cuisine, même s’il en existe beaucoup qui sont magnifiques, bien conçus, superbement mis en page, etc.

Envies d’enfance sort donc de l’ordinaire, précisément parce qu’il joint le littéraire au culinaire, ainsi qu’à l’artistique, de la plus jolie des manières. Entre les 55 recettes, originales ou non, qu’elle a imaginées, recréées, remaniées, Stéphanie Rigogne-Lafranque a choisi de glisser des petits textes, très bien tournés, souvent drôles ou émouvants ; des encarts qui tirent de beaux souvenirs de la mémoire du temps, jouant sur la nostalgie à petites touches, dans des évocations personnelles qui touchent pourtant tout le monde, tant il est facile de partager ces instants d’enfance que l’on peut tous avoir connus.

Cerise sur le gâteau (celle-ci était facile mais je ne pouvais pas m’en priver), Stéphanie Rigogne-Lafranque s’est associée à Junko Nakamura pour le graphisme du livre. Au lieu des traditionnelles photos qui présentent le plat terminé – dont l’image élégante et attrayante n’a en général pas grand-chose à voir avec ce que vous avez vous-même réalisé… -, l’illustratrice japonaise a imaginé des dessins pastel, poétiques et délicats, réalisés par « empreintes de papiers découpés » (dixit l’éditeur). Des petits cailloux visuels comme autant de doux clichés échappés de l’enfance : un chat qui dort près d’un vieux poële, une chasse aux coquillages sur la plage, un tricot abandonné, des jeux dans le jardin…

Quant aux recettes, dont les saveurs et les ingrédients jouent bien sûr sur le contexte enfantin voulu par leur auteur – gâteau au citron, croquettes de fromage, pancakes aux herbes, madeleines miel-amande, flans au saumon ou riz au lait… -, elles sont nombreuses à mettre l’eau à la bouche et, pour la plupart, paraissent faisables – même pour quelqu’un qui a du mal à distinguer une petite cuillère d’une fourchette à escargot.
Alors, faites-vous plaisir, plongez dans ce très beau petit livre plein de douceur et de tendresse… et régalez-vous !

Envies d’enfance, de Stéphanie Rigogne-Lafranque
Illustrations de Junko Nakamura
Éditions du Rouergue, 2013
ISBN 978-2-8126-0477-5
79 p., 18€

Suivez les aventures de ce livre sur le blog qui l’accompagne : Ma ligne de chance.
Retrouvez-le également sur le site de l’éditeur : Le Rouergue, ou sur sa page Facebook.


La bête d’Eve Dumas et Francis Léveillée

L’âge avançant, nombreuses sont mes camarades féminines à se multiplier pour permettre de payer nos retraites. C’est gentil de se dévouer.
Mais y en a marre des sempiternels trucs cul-culs dégoulinants roses ou bleus. Il faut un truc drôle. Un truc rock n’roll. Parce que n’oublions pas les heures de souffrance qu’elles vont endurer à l’accouchement et les années d’angoisse qu’elles se préparent.

Les Québécois des Editions de la Pastèque ont pensé à tout. Eve Dumas et Francis Léveillée ont réalisé un ouvrage de naissance drôle, que les heureux parents vont s’empresser de remplir. Il faut ainsi recenser le prix d’un pack de bière à la naissance du bambin ou encore les films pourris sortis le mois de sa naissance. Mais aussi la date de la première  nuit complète (enfin!) ou du premier caca dans le bain. La maman est gentiment dénommée la Baleine et les parents étaient « jeunes et beaux » au moment de leur rencontre. Mais plus maintenant. 

Si certains peuvent trouver les illustrations étonnantes pour un livre de naissance, c’est cependant enfantin sans être niais. Les termes typiquement québécois vous donneront l’impression que votre enfant est né au coeur de la Belle Province et rien que pour ça, on remercie la Pastèque, et on attend tous avec impatience l’arrivée de la Bête !

La bête d’Eve Dumas et Francis Léveillée
Editions La Pastèque, 2009
9782922585667 
96.p; 24,60€ 

Un article de Clarice Darling.


En Tarzizanie d’Orion Scohy

Voici l’un des livres les plus étranges qu’il m’ait été donné de tenir entre les mains. Je crois que je n’avais pas vu cela depuis… la Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski.

En Tarzizanie, ovni littéraire pas tout à fait identifié d’Orion Scohy ne pouvait qu’être édité chez P.O.L, éditeur qui promeut bon nombre d’ouvrages différents des autres (et parfois incompréhensibles…) 

Ce bouquin raconte (si j’ai bien tout suivi) l’histoire de Tarzan et de ses multiples avatars, perdu(s) dans les méandres de la jungle des villes contemporaines. Une jungle aux aspects protéiformes, qui passe de la forêt de mots à la jungle humaine, et bien d’autres. Ce Tarzan en a marre d’être constamment enfermé dans son rôle de pauvre type et rêve de s’émanciper. En commençant par prendre ses libertés vis-à-vis de son créateur, Edward Rice Burroughs.

Autant vous le dire tout de suite, on ne comprend pas tout à cet ovni venu d’un autre monde littéraire. A mi-chemin entre prose, poésie, roman, essai littéraire… vous vous sentirez peut-être perdu. Mais la magie de cet ouvrage tient en sa mise en page. En Tarzizanie est le digne descendant des Calligrammes d’Apollinaire ou encore la poésie concrète d’Ernst Jandl.

On ne peut pas décrire l’ouvrage d’Orion Scohy. Il faut l’ouvrir pour le croire. Ecrire le mot mouche en forme de mouche (si! Avec la typographie, tout est possible!) et bien d’autres noms d’animaux est tout simplement génial. Bref, vous ouvrirez ce livre non pas pour y lire une histoire lambda (bien qu’il y ait écrit Roman sur la couverture) mais vous participerez à ce livre. C’est vos yeux qui vont faire le liant entre les mots, les textes et vous vous construirez votre propre histoire, un peu comme les romans dont vous êtes le héros.

Parce qu’au final, le Tarzan du monde moderne, c’est vous, c’est moi, c’est chacun de nous!

OïoïoïOïoïoïoïoOïoO

En Tarzizanie d’Orion Scohy
Editions P.O.L, 2012
9782818016213
230p., 16€

Un article de Clarice Darling


L’urgence et la patience de J.-P. Toussaint

De Jean-Philippe Toussaint, je n’avais lu que La salle de bains, son premier roman, paru en 1985 (déjà!). Ouvrage étrange dont je ne sais toujours pas, après toutes ses années, si j’aime ou pas. Au moins, le pari est réussi, je m’en souviens encore!

L’auteur a publié cette année L’urgence et la patience, toujours aux éditions de Minuit. Une sorte de documentaire sur Jean-Philippe Toussaint, sa vie, son oeuvre. Ce qui l’a poussé à écrire, ce qui l’inspire, où il travaille, comment, sur quelles machines, sa passion pour Proust, sa rencontre avec Jérôme Lindon et Samuel Beckett. Le tout dans le style Jean-Philippe Toussaint. Minimaliste. Sobre. Efficace. Parfois ennuyeux.

Ecrire est pour lui un sacerdoce, exigeant un rituel, comme un entraînement. Ne pas boire d’alcool. Se lever à heure précise. Ecrire demande un engagement total, aucun abandon n’est possible. Ne pas se précipiter, accepter les critiques, se remettre en question sans cesse. Vivre sur le fil de la littérature.

Un ouvrage pour les amateurs de cet auteur délicat et cultivé. Pour les autres, cela peut être une bonne occasion de découvrir l’univers de cet écrivain.

L’urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint
Editions de Minuit, 2012
9782707322265
107p., 11€

Un article de Clarice Darling.


Les lois fondamentales de la stupidité humaine de Carlo M. Cipolla

Intéressant ce titre! Encore un ouvrage au vitriol sur mes congénères, j’adore!

En fait, pas du tout. Le livre n’est absolument pas drôle. C’est un sérieux ouvrage scientifique. Si j’avais prêté attention à la maison d’édition, j’aurais pu m’en rendre compte. Les Presses Universitaires de France ne sont pas connues pour avoir publié du Desproges…

Il décrit avec une méthode chirurgicale notre société. Qui peut être qualifié de stupide? Où les rencontre-on le plus? Quelle est la définition de la stupidité? Avec pourcentages, micro et macro-analyses, graphiques et probabilités à la clé, vous saurez tout sur vos collègues de boulot, vos enfants, vos voisins et la société entière.

Carlo M. Cipolla, historien de l’économie à Berkeley, avait publié cet ouvrage en 1976 dans sa langue d’adoption et il a fallu 36 ans pour avoir une traduction en langue de Molière. Dès l’introduction, l’auteur prévient d’emblée le lecteur:

 » (…) ce petit livre ne saurait être taxé de cynisme ou de défaitisme, pas plus que ne pourrait l’être un ouvrage de microbiologie. »

Vous voilà prévenu. Les lois fondamentales de la stupidité humaine ne s’adressent pas à tout le monde (évidemment), mais principalement aux scientifiques. Pour ma part, un livre vraiment étrange, que mon esprit littéraire a bien eu du mal à apprécier. Une oeuvre à mille lieux de ce que j’attendais derrière ce joli titre.

Les lois fondamentales de la stupidité humaine de Carlo M. Cipolla
Editions des Presses Universitaires de France, 2012
9782130607014
71p., 7€

Un article de Clarice Darling.