Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Polars

Piste noire, d’Antonio Manzini

Signé Bookfalo Kill

Rocco Schiavone est un citadin pur souche. Un Romain, un vrai. La montagne, le grand air, les sports d’hiver, ce n’est vraiment pas son truc. Le voilà pourtant nommé sous-préfet à Aoste, une promotion qui a tout d’une punition – et c’est exactement ce qu’elle est. Si cette situation exaspère son caractère déjà naturellement odieux, voilà qu’un crime très sale vient s’ajouter à la liste de ses emmerdements : un type a été broyé par une dameuse sur une piste de ski.
Autant dire que les autochtones du Val d’Aoste vont très vite apprendre à découvrir le caractère de cochon du policier Schiavone – mais aussi son coup d’œil remarquable et sa clairvoyance redoutable…

Première enquête du sous-préfet Rocco Schiavone, Piste noire donne clairement envie de poursuivre la série. Antonio Manzini ne bouleverse pas le genre, mais il y ajoute une gueule, une vraie. Un personnage entier, drôle, joyeusement furibard et plein de surprises inattendues à mesure que l’on avance dans la lecture et que l’on en apprend plus sur lui. Déjà, planter un flic plus citadin tu meurs en pleine montagne, le faire patauger dans la neige en Clarks parce qu’il est hors de question qu’il s’abaisse à porter ces énormes chaussures de ski qui font ressembler les gens à des Yéti, ça fonctionne à plein régime.
Ensuite, Antonio Manzini l’entoure d’une belle galerie de personnages secondaires, que ce soit ses adjoints plus ou moins décérébrés ou les habitants du coin, qui lui donnent tous du fil à retordre. Puis le romancier pousse son héros loin dans ses retranchements ; sans trop en dire, disons qu’il lui confère une capacité à jongler avec les limites de la morale qui va beaucoup plus loin que ce qu’on pourrait imaginer – et ce qui nous donne une scène d’anthologie aux deux tiers du livre, avec une histoire de braquage qui tourne au rocambolesque le plus réjouissant.

Seul bémol néanmoins, Manzini glisse parfois vers des clichés qui ne font aucun bien aux stéréotypes sur les Italiens. Schiavone est excessivement macho, et ses considérations sur les femmes flirtent régulièrement avec le mauvais goût et la lourdeur. De même, les personnages féminins ne sont pas toujours servis comme ils le devraient, même si certaines protagonistes s’en tirent mieux que d’autres, laissant espérer du mieux pour la suite de la série.

Pour le reste, l’enquête est bien menée, poussée en avant par les déductions habiles de Schiavone, ainsi que par l’humour énergique qui préside à l’ensemble du récit. Bon galop d’essai, Piste noire ne demande qu’à être confirmé, dans une suite déjà parue et intitulé Froid comme la mort. On dirait que l’ami Rocco n’a pas fini de patauger dans la neige… et tant mieux !

Piste noire, d’Antonio Manzini
(Pista Nera, traduit de l’italien par Samuel Sfez)
Éditions Folio Policier, 2016 (première édition : Denoël, 2015)
ISBN 978-2-07-046753-2
291 p., 7,20€


Seules les bêtes, de Colin Niel

Signé Bookfalo Kill

Épouse d’un notable local, Évelyne Ducat a disparu. Sa voiture a été retrouvée à proximité d’un sentier de randonnée s’élevant vers le causse, ce plateau où vivent encore – ou plutôt survivent – quelques éleveurs. L’événement bouleverse la région entière, mais plus encore certaines personnes liées de près ou de loin à la disparue. Il y a Alice, assistante sociale qui vient en aide aux agriculteurs ; son mari Michel, éleveur lui-même ; et Joseph, l’un de ses collègues, qu’Alice est venue soutenir avant d’en faire son amant. Puis Maribé, jeune femme au physique ravageur récemment débarquée en ville. Et Armand, qui vit au fin fond de l’Afrique et s’enrichit en arnaquant par Internet des gogos occidentaux.
A tour de rôle, ils prennent la parole et dévoilent leur rôle dans cette affaire. Car, oui, parfois à la faveur d’une coïncidence ou d’une ressemblance troublante, tout est lié…

niel-seules-les-betesJ’avoue, un peu honteux, que je n’avais jamais lu Colin Niel avant ce roman, en dépit de son excellente réputation. Je ne connais donc pas ses polars guyanais, et c’est en toute innocence que j’ai investi avec lui ce coin de France rurale, rude et hostile, rencontré ses habitants rugueux et plongé à la découverte de vies plus secrètes les unes que les autres.
Si j’ai apprécié au départ la précision documentaire avec laquelle le romancier dépeint le cadre qu’il a choisi, la beauté sèche des décors, la difficulté rencontrée par les habitants du coin pour vivre décemment – surtout les agriculteurs -, la première partie ne m’a pas vraiment emballé. La faute sans doute à sa narratrice, Alice, dont la voix et les enjeux ne m’ont pas vraiment intéressé. Cette introduction est pourtant indispensable, et elle permet à l’intrigue de décoller dès la deuxième partie, consacrée à Joseph, où Niel offre quelques fulgurances absolument magnifiques (l’histoire de l’armoire normande…), développant une atmosphère prégnante que l’on n’a plus envie de quitter, et faisant évoluer le suspense grâce à une première bifurcation inattendue – ce ne sera pas la dernière.

En effet, Colin Niel se permet justement de nous éloigner peu à peu de son cadre originel, en introduisant deux nouveaux narrateurs aux profils très différents. Sans trop en dire, la quatrième partie, qui nous emmène par surprise en Afrique, m’a totalement fait décoller, autant par le détour admirable que le romancier prend dans son intrigue, que par le travail bluffant sur le style, la langue africaine.
De manière globale, Seules les bêtes est un livre superbement construit, dans une architecture qui fait penser à l’éblouissant Un pied au paradis de Ron Rash (roman noir rural, lui aussi), mais avec une audace dans l’élaboration de l’histoire qui a emporté mon adhésion. Je n’aime rien tant qu’être étonné, surtout en polar, et là Colin Niel m’a parfaitement cueilli, aussi bien par les ramifications du récit que par son écriture, dont les changements de registre sont remarquables et permettent de faire exister avec force les cinq narrateurs successifs.

Bref, je vous recommande chaleureusement Seules les bêtes, qui est bien davantage qu’un énième avatar de polar rural (LE genre à la mode en ce moment, avec tout ce que cela comporte de répétitif et de lassant), en s’avérant beaucoup plus ambitieux et surprenant. Une belle découverte pour moi !

Seules les bêtes, de Colin Niel
Éditions du Rouergue, 2017
ISBN 978-2-8126-1202-2
224 p., 19€


Jeux de miroirs, d’E.O. Chirovici

Signé Bookfalo Kill

Agent littéraire de son état, Peter Katz reçoit par courrier un manuscrit intitulé Jeux de miroirs, d’un certain Richard Flynn. Ce dernier, dans le courrier qui accompagne le texte, annonce qu’il va y évoquer son histoire d’amour passionnée avec Laura Baines, sa colocataire d’alors et brillante étudiante en psychologie, mais aussi et surtout sa rencontre avec le professeur Joseph Wieder, célèbre spécialiste de psychologie cognitive – dont Laura était l’élève et l’assistante -, assassiné au milieu des années 1980. L’affaire n’ayant jamais été élucidée, Katz est très vite intrigué par la lecture du manuscrit – mais s’aperçoit que ce dernier est incomplet : il manque la fin, où pourrait être évoquée la solution d’un mystère criminel qui avait tenu en haleine les États-Unis en son temps.
Peter Katz tente de prendre contact avec l’auteur pour obtenir la suite. Problème : dans l’intervalle entre l’envoi du texte et le moment où l’agent l’a lu, Richard Flynn est mort des suites d’une grave maladie. Commence alors une nouvelle enquête, sur les traces du manuscrit disparu…

chirovici-jeux-de-miroirsSous l’impulsion de son éditeur, les Escales, ce roman s’avance en fanfaron. Couverture argentée imitant la texture du miroir (ooooh), bandeau rouge annonçant sans ambages « LE ROMAN ÉVÉNEMENT »… Bon, autant le dire tout de suite, Jeux de miroirs ne sera pas l’événement littéraire de l’année. Ni même du mois ou de la semaine, hein. On va se calmer un peu et parler en toute simplicité, ça ne fera pas de mal.

Ceci posé, c’est un livre agréable. Fluide, prenant et bien construit. E.O. Chirovici y fait preuve d’une efficacité toute américaine, d’autant plus appréciable qu’il est roumain et qu’il s’agit de son premier roman rédigé en anglais (après une quinzaine de livres publiés dans sa langue natale, non traduits en français). La promesse annoncée par le pitch est tenue ; il n’y a pas à dire, le coup du manuscrit inachevé, quand c’est bien fait, ça tourne à plein régime.
Chirovici se montre très habile, par ailleurs, en changeant de narrateur quand nécessité s’en fait sentir : après l’agent Peter Katz, c’est un de ses amis journalistes, chargé de l’enquête sur le manuscrit, qui prend le relais, avant de le passer au policier à la retraite qui a mené les investigations sur l’assassinat de Joseph Wieder. L’alternance de points de vue, les témoignages souvent discordants que les différents narrateurs apportent sur l’affaire permettent à Chirovici d’illustrer le thème principal du roman, à savoir les tours et les détours que peuvent jouer la mémoire et les souvenirs, suivant ce que l’on veut leur faire dire…

Pour être honnête, la solution de l’intrigue ne bouleversera certes pas l’histoire du suspense littéraire, mais l’intérêt de Jeux de miroirs réside plutôt dans ses personnages, dans leur complexité, dans la manière dont E.O. Chirovici scrute le caractère souvent insaisissable des êtres, mais aussi des faits, parfois moins évidents qu’ils n’en ont l’air. Pas un événement, non, mais un bon roman. On s’en contentera largement.

Jeux de miroirs, d’E.O. Chirovici
(The Book of Mirrors, traduit de l’anglais par Isabelle Maillet)
Éditions les Escales, 2017
ISBN 978-2-365-69202-1
304 p., 21,90€


La Voix secrète, de Michaël Mention

Signé Bookfalo Kill

Paris, 1835. Tandis que le roi Louis-Philippe échappe par mirale à plusieurs tentatives d’assassinat, un tueur en série sème la panique dans les rues de la capitale en massacrant des enfants, dont il rend alternativement la tête ou le corps au gré de ses fantaisies macabres. Allard, le chef de la Surêté, réalise alors que le meurtrier semble s’inspirer des crimes de Pierre-François Lacenaire, le célèbre dandy assassin, qui attend l’heure prochaine de son exécution en recevant ses nombreux admirateurs et en écrivant ses mémoires du fond de sa prison.
Lié par une étrange relation amicale avec lui, Allard entreprend alors de convaincre Lacenaire de l’aider à stopper ce tueur fou…

mention-la-voix-secreteTouche-à-tout audacieux, capable de faire d’un match de football une tragédie noire au suspense implacable (Jeudi noir) ou de reprendre sans complexe et avec talent l’histoire de l’Éventreur du Yorkshire (dans Sale temps pour le pays et ses suites), pourtant déjà immortalisée par David Peace (1974 et ses suites), Michaël Mention s’aventure avec succès dans la célèbre collection Grands Détectives des éditions 10/18. Il s’en approprie intelligemment les codes tout en faisant œuvre originale, lorsqu’il choisit par exemple l’année 1835 et le règne de Louis-Philippe, rarement évoqués dans les polars historiques.
Faire de Lacenaire, figure naturellement haute en couleurs, l’un des personnages principaux de la Voix secrète, est également une belle idée, dont Mention exploite la verve, la culture et l’élégance, sans dissimuler sa folie criminelle pour autant. Les autres acteurs du roman, qu’ils soient réels ou fictifs, sont à la hauteur de cette démesure.

Pour le reste, Michaël Mention mène son récit tambour battant, s’amuse à l’occasion avec la forme du texte (voir l’enchaînement choc entre la fin du prologue et le premier chapitre !), restitue parfaitement l’atmosphère du Paris d’alors, et tient bon la barre du suspense sans jamais faillir. Petit bonus mais non des moindres, il tisse régulièrement quelques liens discrets avec notre époque, un art de la mise en perspective qui donne toujours une intelligence et une profondeur bienvenues aux romans historiques.

Bref, guère besoin d’en dire plus : La Voix secrète est un excellent polar historique, qui ne souffre pas du caractère parfois empesé du genre grâce à la vista littéraire de son auteur. On recommande sans hésitation !

La Voix secrète, de Michaël Mention
Éditions 10/18, coll. Grands Détectives, 2017
(Roman paru aux éditions le Fantascope en 2011,
intégralement révisé pour la présente édition)
ISBN 978-2-264-06878-1
229 p., 7,10€


Kabukicho, de Dominique Sylvain

Signé Bookfalo Kill

Dominique Sylvain a une immense passion pour le Japon, où elle a vécu longtemps – une influence qui apparaît à intervalles réguliers dans ses romans, dont le premier, Baka !, se déroulait déjà dans ce pays. Kabukicho lui permet d’y retourner une nouvelle fois, à l’occasion d’une plongée étonnante, trouble et sulfureuse, dans le quartier « chaud » de Tokyo qui donne son titre au roman.

sylvain-kabukichoKabukicho, en effet, est le quartier de la nuit de la capitale japonaise. Une sorte de Pigalle puissance mille, où se mêlent les appétits sexuels les plus débridés, des jeux de dupes et de masques vertigineux entre menteurs patentés, et l’emprise des yakuza, les mafieux locaux. Une poignée de personnages taillés au cordeau, comme toujours chez Dominique Sylvain, nous permet de traverser le miroir : Marie, jeune Française venue poursuivre son rêve du Japon et devenue par hasard hôtesse au Club Gaia, salon sélect où la prostitution n’est pas la bienvenue ; Yudai, hôte le plus célèbre du quartier, séduisant et charismatique ; Yamada, policier du commissariat de Shinjuku (l’arrondissement de Tokyo dont fait partie Kabukicho) rondouillard et partiellement amnésique…
Dans la fureur du quartier rouge, tous se cherchent et sont parvenus à un moment charnière de leur existence. Il suffit d’une disparition, celle de Kate Sanders, collègue de Marie au Club Gaia dont elle était la favorite, pour que tout bascule. Alors que Jason, le père de Kate, débarque à Tokyo comme un ouragan désespéré, tous vont tenter de savoir ce qu’est devenue la jeune Anglaise qui avait tout pour elle et aucune raison de s’évaporer ainsi.

Ce roman cache bien son jeu, c’est le moins que l’on puisse dire. De l’intrigue et de ses évolutions, je ne vous dirai bien sûr rien de plus. J’avoue pourtant que j’avais pressenti une partie de la solution – mais à aucun moment que Dominique Sylvain irait si loin dans la noirceur et la violence. Il faut dire que le rythme de Kabukicho est trompeur. A la manière des beaux mensonges dont les acteurs du quartier chaud de Tokyo sont les spécialistes, la romancière prend d’abord soin d’endormir son lecteur – non pas que le livre soit ennuyeux, au contraire ; mais hormis la disparition de Kate, actée dès le début, et le débarquement tonitruant de son père à Tokyo, il ne se passe pas énormément de choses dans les premiers chapitres.
En guide experte, Dominique Sylvain prend en effet le temps d’exposer son décor si particulier, et il y a beaucoup à dire. On est éberlué par la découverte de Kabukicho, ses rites et ses figures, qui mêlent des perversions humaines universelles à des éléments culturels typiquement japonais. Le mélange est détonnant et fascine très vite, d’autant que la romancière le décrit avec précision et sobriété, affûtant encore son style déjà considérablement aiguisé dans son précédent opus, L’Archange du chaos.

Puis, petit à petit, Dominique Sylvain fait tomber les masques, tandis que le tempo s’élève inexorablement et que le ton du roman se durcit. Kabukicho confirme la tendance de son auteure à oser totalement le noir, à assumer une tournure plus cruelle à ses histoires – évolution passionnante que ses précédents livres amorçaient et que ce nouvel opus appuie avec maestria, grâce notamment à une fin effarante (et réjouissante !)
Loin de rester confinée dans son confort de romancière reconnue et ses habitudes, Dominique Sylvain fait évoluer son œuvre, et cette remise en question audacieuse débouche aujourd’hui sur l’un de ses meilleurs livres. On ne peut que la féliciter, et attendre la suite avec une curiosité renouvelée.

Kabukicho, de Dominique Sylvain
Éditions Viviane Hamy, 2016
ISBN 978-2-87858-321-2
277 p., 19€


Zone 52, de Suzanne Stock

Signé Bookfalo Kill

Partie étudier à Chicago, loin de chez ses parents, Melissa Stacker travaille comme serveuse pour subvenir à ses besoins. Une nuit en sortant du boulot, elle est agressée par deux hommes dans un couloir glauque de la gare. En tentant de s’échapper, elle tombe  sous les rails – et voit le train engagé sur la voie dérailler brutalement juste devant elle, alors qu’elle s’attend horrifiée à mourir écrasée.
Un miracle ? Si l’on croit les hommes, apparemment mandatés par le gouvernement, qui surgissent soudain dans sa vie et tentent de l’enlever, ce qui s’est passé ne doit rien au hasard. Sans le savoir, Melissa est porteuse d’un secret extraordinaire – le genre de secret pour lequel des individus déterminés seraient prêts à tuer n’importe qui…

stock-zone-52En dépit de quelques fragilités stylistiques, le deuxième polar de Suzanne Stock, déjà remarquée pour Ne meurs pas sans moi, est un roman qui vaut le coup d’œil. La romancière a le sens du rythme et sait parfaitement emballer le tempo pour empêcher son lecteur de lâcher prise dès les premières lignes lues.
L’efficacité est le maître-mot de Zone 52, qui s’appuie par ailleurs sur une intrigue bien conçue (dont je n’ai pas dévoilé plus à dessein), pas forcément d’une originalité folle, mais dont Suzanne Stock a le bon sens de doser les effets et d’éviter les lourdeurs ou les démonstrations trop appuyées. Les rebondissements s’enchaînent avec fluidité, les révélations surgissent au compte-gouttes, et les personnages bien campés dans l’ensemble (même si certains, comme l’agent du FBI Jessie O’Malley, auraient mérité plus d’épaisseur) achèvent de dynamiser le récit.

Sans pouvoir vous en dire plus, et pour cause, j’ai surtout apprécié que Suzanne Stock aille au bout de son histoire sans facilité ni concession au polardement correct. Elle fait preuve en l’occurrence d’une audace à saluer – qui me pousse en outre à lui « pardonner » des dialogues parfois naïfs (elle use et abuse des points de suspension) et quelques séquences d’émotion à bon marché, notamment avec le personnage de Jay, petit garçon très mignon et un peu trop superficiellement tire-larmes à mon goût.

Avec Zone 52, Suzanne Stock démontre en tout cas un savoir-faire remarquable en matière de suspense, de construction et d’efficacité, qui me donne envie de revenir sur son premier roman à côté duquel j’étais passé. Un thriller prenant et de bonne facture !

Zone 52, de Suzanne Stock
Éditions le Passage, 2016
ISBN 978-2-84742-342-6
245 p., 18€


Mauvais coûts, de Jacky Schwartzmann

Signé Bookfalo Kill

Globalement, on peut dire de Gaby Aspinall que c’est un salopard. Vous pouvez y aller, il ne s’en offusquera pas – d’ailleurs, il est le premier à l’admettre. Acheteur dans une multinationale déshumanisée (pléonasme), il a pour mission d’écraser les faibles, de les pressurer jusqu’au point de rupture, ce qu’il fait sans aucun état d’âme. A part culbuter l’inaccessible Itsuka, sa n+1 – une garce séduisante comme on n’en fait plus -, il n’a aucun désir particulier, si ce n’est de nourrir sa haine quotidienne contre, en vrac, le rugby, Nespresso, les syndicats ou Alain Souchon.
Enfin, ce n’est pas parce qu’on est une crevure professionnelle qu’on est totalement insensible. Confronté à la mort de son père, au surgissement dans sa vie d’une adolescente affirmant être sa fille et à la perspective d’un rachat de sa boîte par les Américains, Gaby va sans doute être obligé de revoir ses priorités…

schwartzmann-mauvais-coutsPas facile de résumer ce roman à l’intrigue fuyante ! Ce que j’ai fait laborieusement ci-dessus, tout en ayant conscience que l’essence de Mauvais coûts n’est pas tant dans son histoire (même si elle est prenante et parfaitement menée) que dans ses personnages, ses situations et surtout, surtout, son écriture. Jacky Schwartzmann, dont c’est le troisième livre mais le premier publié par les excellentes éditions lyonnaises de la Fosse aux Ours, déroule en effet un style réjouissant, pétillant d’un humour impitoyable et d’un cynisme frappé au coin du bon sens. Une sorte d’Audiard sous acide, puissamment énervé, en somme.
Les exemples sont si nombreux dans le roman qu’on voudrait le citer en entier (alors qu’il vous suffit de l’acheter, si c’est pas bien foutu quand même) ; mais allez, pour le plaisir, un petit extrait choisi au hasard, immergeant un Gaby en grande forme dans une réunion syndicale :

« Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvé dans la même pièce que des blaireaux d’une cinquantaine d’années avec des pulls en laine. Pas que. Y avait aussi des jeunes cons, mais avec le même orthodontiste : dents longues. (…) Une ambiance procès : si t’es pas d’accord sur un truc, t’es un putain de capitaliste qui mange des enfants crus. (…) Si un jour quelqu’un avait voulu monter une Radio Connard, il aurait posé des micros dans cette salle. »

« Houellebecq revisité par Iain Levison », avance l’éditeur sur la quatrième de couverture : ma foi, même si ce genre de comparaison m’horripile en général, il faut reconnaître qu’ici, c’est très bien résumé. De Houellebecq, Schwartzmann recycle la vision implacable de la société, y ajoutant la verve désespérée et réjouissante de Levison pour faire passer la pilule.
Le résultat est un cocktail à haute tension, violemment drôle, politiquement incorrect au dernier degré, et pourtant capable d’une belle humanité au détour de pages d’autant plus saisissantes qu’elles sont inattendues. La scène où Gaby retourne chez son père après la mort de ce dernier est ainsi poignante – à l’image de tous ces moments dans le roman où Schwartzmann souligne l’atroce solitude qui est le lot de tous ses personnages ; cette « ultra moderne solitude » chère à, tiens donc, Alain Souchon.

Bref, si vous voulez briller dans les salons de polar de cet automne et éviter de répondre Mary Higgins Clark quand on vous demandera votre dernier coup de cœur, lisez Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann. Dans notre belle société capitaliste où on passe notre temps à acheter n’importe quoi, ça vous fera au moins une dépense, si ce n’est utile, au moins revigorante. Et, bordel, ça fait du bien par les temps qui courent !

Mauvais coûts, de Jacky Schwartzmann
Éditions la Fosse aux Ours, 2016
ISBN 978-2-35707-091-2
197 p., 17€


Cartel, de Don Winslow

Signé Bookfalo Kill

Les amateurs éclairés de thrillers géopolitiques ont probablement tous dans leur bibliothèque La Griffe du chien, roman-monstre qui fait référence dans le genre depuis plus de dix ans qu’il est sorti. Il est en outre considéré comme le chef d’œuvre incontestable de son auteur, l’Américain Don Winslow, qu’on n’a sans doute jamais vu aussi brillant et inspiré avant et après ce livre jusqu’à aujourd’hui.
Vous comprendrez que, dans un tel contexte, on puisse considérer la parution de sa suite, Cartel, comme le plus gros événement polar de cette rentrée 2016. Et que les attentes placées dans ce roman aient été énormes. A ce sujet, je mets tout de suite fin au suspense : Winslow a largement relevé le défi. Cartel est aussi puissant, vertigineux, soufflant, intelligent et effroyable que son prédécesseur.

Winslow - CartelPour mémoire, ou pour ceux qui ne l’ont pas lu, La Griffe du chien relatait la lutte sans merci sur une trentaine d’années entre Art Keller, un agent de la DEA, et les Barrera, famille mexicaine ayant révolutionné la structure du trafic de drogue dans leur pays pour amplifier la distribution aux États-Unis et s’inscrire dans le grand mouvement de la mondialisation, avec un réalisme économique porté par des méthodes ultra-violentes.
Dans Cartel (que l’on peut aborder sans avoir lu La Griffe…), on retrouve les deux principaux protagonistes. Art Keller vit désormais reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant aussi longtemps Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et, tout en réorganisant son cartel et en repensant son emprise sur le trafic de drogue au Mexique, il met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte.

Comme Freddy Michalsky avant lui, l’excellent traducteur Jean Esch a su restituer la langue sèche de Don Winslow et le rythme implacable que le romancier imprime au récit. Cartel est un roman impitoyable, qui ne laisse aucun répit au lecteur, plaqué au mur par tant de violence et de terrifiante clairvoyance. Autour de Keller et d’Adan Barrera gravitent des dizaines de personnages, trafiquants, narcos, flics et politiques joyeusement corrompus ou désespérément intègres, journalistes, victimes (plus ou moins) innocentes. Des gamins tueurs et des policiers jouisseurs, des psychopathes hallucinants et des héros du quotidien dont les pauvres moyens les destinent à devenir des Don Quichotte tout juste propres à être empalés sur les ailes de leurs moulins à vent.

« Le Mexique, patrie des pyramides et des palais, des déserts et des jungles, des montagnes et des plages, des marchés et des jardins, des boulevards et des rues pavées, des immenses esplanades et des cours cachées, est devenu un gigantesque abattoir.
Et tout ça pour quoi ?
Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer. » (p.375)

En ce début de XXIème siècle (le roman se déroule entre 2004 et 2014), rien n’aurait donc changé entre le Mexique et les États-Unis ? Non, tout est pire. C’est le constat lucide et affligeant que dresse Cartel, opéra de brutalité que Winslow a une nouvelle fois documenté à merveille, faisant le tour de la question, montrant les dégâts sociaux dans la société mexicaine, révélant les limites perpétuelles d’une lutte perdue d’avance par les rares bonnes âmes naïvement décidées à améliorer la situation.
Avec ses codes et ses bonnes manières, la loi est faible face à ceux qui jouent sans règle. Et le regard de Winslow porte bien sûr jusqu’à la sphère politique, les compromissions tactiques et les aveuglements stratégiques des États-Unis répondant à la corruption soigneusement stratifiée du pouvoir mexicain.

Cartel a eu un impact physique sur moi durant ma lecture. Entre l’asphyxie et le combat de boxe. Suspense parfaitement maîtrisé, mené à deux cents à l’heure, appuyé sur une structure complexe en raison de ses nombreux personnages suscitant un réseau nerveux d’intrigues complémentaires, ce polar éblouissant est une raclée nécessaire à encaisser. De celles qui font réfléchir et voir plus loin. Bien au-delà des approximations et simplifications d’un Donald Trump, par exemple. Et ça fait du bien.

Cartel, de Don Winslow
(The Cartel, traduit de l’américain par Jean Esch)
Éditions du Seuil, 2016
ISBN 978-2-02-121315-7
716 p., 23,50€


En douce, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

C’est un soir de 14 juillet à Begaarts-Plage, sur la côte landaise. Tandis que le feu d’artifice enchante la foule, les regards d’un homme et d’une femme se croisent. Curiosité, tension, séduction. Ils se cachent, se cherchent, se trouvent. Émilie mène la danse – et bonne danseuse, elle l’est. Malgré la prothèse qui remplace l’une de ses jambes perdue dans un terrible accident de voiture. Et parce qu’elle sait ce qu’elle fait, et qui elle séduit. Au creux de la nuit, elle l’emmène chez elle, dans un mobil-home posé au milieu d’un chenil.
Puis, après avoir achevé de faire tourner la tête de son invité, elle sort un flingue de sous son oreiller, et elle tire. Genou en miettes, Simon Diez comprend que ce n’est que le début de ses ennuis. Car Émilie ne l’a pas choisi au hasard. Et elle est très, très en colère…

Ledun - En douceEn anglais, « to beg » signifie supplier, mendier. Beg, Begaarts : le parallèle était trop tentant pour ne pas que je l’évoque (d’autant que la petite ville de Begaarts n’existe que dans l’imagination de Marin Ledun, et désormais de ses lecteurs). Parce qu’Émilie aurait toutes les raisons de supplier – pour un peu d’attention, de soutien, de considération, d’amour. Et qu’elle ne le fait pas. La voir démarrer sa vengeance à Begaarts ne manque alors pas d’ironie…
Émilie est une pure héroïne ledunienne. Une femme fracassée mais forte, qui se tient debout au milieu des bourrasques et trace son chemin en dépit de tous les obstacles, volontaires ou non, qui se dressent devant elle. Elle ressemble à Carole Matthieu, la médecin du travail des Visages écrasés (bientôt sur nos écrans, incarnée par Isabelle Adjani). Ou à Laure Dahan, la cyber-maman de Marketing viral et Dans le ventre des mères. Des femmes bousculées, abîmées, tourmentées, malmenées (beaucoup par les hommes, mais tout autant par la société et son fonctionnement naturellement inique), mais des femmes qui ne cèdent jamais. Des combattantes acharnées qui refusent d’être des victimes sociales, alors que tout les désigne ainsi.

Le parcours furieux et désespéré d’Émilie invoque en finesse ce fameux cadre social sans lequel un roman de Marin Ledun ne serait ni complet, ni brillant. Il raconte ici comment un fait divers, un accident presque banal (même s’il est violent), devient le premier engrenage d’un déclassement inéluctable, qui fait d’un être humain à qui tout souriait un moins que rien, un rebut de la société. Un individu qui, parce qu’il n’est plus entier, est jugée indigne de tenir sa place parmi les autres alors même qu’il en est parfaitement capable, au terme d’une descente aux enfers d’autant plus longue qu’elle est foncièrement injuste.

Tout fait cruellement sens sous la plume de Marin Ledun, plus acérée et précise que jamais ; son style s’est d’ailleurs dépouillé pour viser droit au but et faire vibrer la corde sensible des mots les Chenilplus justes, qui sont aussi les plus douloureux. Voyez l’atmosphère anxiogène qui sert de cadre principal au roman, ce chenil écrasé par la chaleur de l’été, résonnant des aboiements assourdissants des chiens enfermés, empuanti des odeurs de fauve et d’excréments.
C’est dans cette boue qu’a été rejetée Émilie, là qu’elle a fomenté sa révolte, de là enfin qu’elle décide de rejaillir. Le décor est parfaitement approprié, effarant, inoubliable. On voudrait sans cesse le fuir mais on y reste cloîtré, à la limite d’y étouffer, comme Émilie qui n’a plus que cela pour survivre, comme ces chiens oubliés, comme Simon devenu son prisonnier.

Quel roman, encore une fois ! Et quelle belle surprise aussi, de voir Marin emprunter cette direction inattendue, démarrant comme dans un pur thriller, jouant ensuite la carte d’un huis clos terrifiant aux faux airs d’un Misery des laissés pour compte, pour mieux ignorer ces codes et suivre sa propre route, trouble et indécise jusqu’au bout. En douce prouve une nouvelle fois l’immense talent de son auteur, littérairement capable de tout – et surtout d’imposer sa voix, son regard sans concession, une manière bien à lui de conduire son récit. Ignorant les artifices, il se contente de peu pour en dire le plus possible. Et ce n’est pas le moindre de ses talents.
Une bonne claque à ne pas esquiver – parce que, parfois, finir au sol est le meilleur moyen de finir vainqueur.

En douce, de Marin Ledun
Éditions Ombres Noires, 2016
ISBN 978-2-08-138984-7
251 p., 18€


A première vue : la rentrée polar 2016 – les pointures !

Faute de temps (et sans doute un peu de courage, avouons-le), ces deux dernières années, nous avions omis de consacrer une chronique aux polars dans la rubrique « à première vue ». Et pourtant, le genre policier fait lui aussi sa rentrée ! Pour commencer, petit éclairage sur quelques grands noms attendus entre fin août et novembre – et ça fait déjà du beau monde, sachant que nous avons effectué un premier tri (très subjectif) parmi les très nombreuses parutions annoncées dans les semaines qui viennent…
Bref, attention, il y a du lourd !!!

Winslow - CartelTRAFFIC : Cartel, de Don Winslow (Seuil, 8/09)
C’est sans doute l’événement polar de la rentrée : près de quinze ans après, Don Winslow donne une suite à son plus grand roman, l’énormissime Griffe du chien. On retrouve l’agent de la DEA, Art Keller, reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant trente ans le baron de la drogue Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte… 700 pages de violence et de furie pour scruter avec plus d’acuité que jamais l’Amérique d’aujourd’hui. Grosse claque attendue.

Ellory - Un coeur sombreMAFIA FLOUZE : Un cœur sombre, de R.J. Ellory (Sonatine, 6/10)
Le romancier anglais qui parle des États-Unis mieux que la plupart des auteurs américains revient avec un héros qui n’a rien pour lui au départ : mauvais père, mauvais mari, Vincent Madigan doit tellement d’argent à Sandia, roi de la pègre d’East Harlem, que sa vie ne tient plus qu’à un fil. Pour s’en sortir, il n’a plus le choix, il doit réussir un gros coup, et pour cela prendre tous les risques…

George - Une avalanche de conséquencesMURDER BY THE BOOK : Une avalanche de conséquences, d’Elizabeth George (Presses de la Cité, 22/09)
Clare Abbott, féministe et écrivaine, est retrouvée morte par son assistante, Caroline. Cause du décès : arrêt cardiaque. Rory Statham, éditrice et amie de longue date de la défunte, est convaincue que Caroline n’est pas étrangère à la mort de Clare. Elle fait donc appel à l’enquêtrice Barbara Havers. La nouvelle brique (500 pages environ) de la reine américaine du crime.

Ledun - En douceMISERY : En douce, de Marin Ledun (Ombres Noires, 18/08) (lu)
Un soir de fête, une femme, un homme. Elle danse merveilleusement bien, en dépit de sa prothèse de jambe. Il a bu, elle lui plaît. Il la suit, elle vit dans une caravane au milieu d’un chenil, loin de tout et de tous. Bien sûr, la soirée ne se termine pas comme il l’imaginait. Elle dégaine un flingue et lui tire une balle dans le genou – et ce n’est que le début de ses ennuis. Car elle est très, très en colère. Et elle n’a rien à perdre… Un roman noir, très noir, avec un personnage féminin d’une force inouïe, dont Marin Ledun a la spécialité, qui irradie cette histoire terrible de vengeance et d’impossible rédemption. Magnifique.

Cook - Sur les hauteurs du Mont Crève-CoeurSECRET STORY : Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, de Thomas H. Cook (Seuil, 25/08)
L’abondante bibliographie de Thomas H. Cook n’a pas fini de dévoiler toutes ses pépites ! La preuve avec ce roman paru en 1995 aux Etats-Unis, situé à Choctawn, dans le sud américain. Au lycée, Ben tombe amoureux de Kelli, qui vient d’arriver de Baltimore ; mais Kelli n’a d’yeux que pour Troy… Lorsque le corps de Kelli est retrouvé sur le mont Crève-Coeur, le shérif soupçonne Ben d’en savoir plus qu’il ne le dit. Trente ans plus tard, il décide de révéler la vérité.

Carrisi - La Fille dans le  brouillardGONE GIRL : La Fille dans le brouillard, de Donato Carrisi (Calmann-Lévy, 31/08)
Dans un village des Alpes italiennes, une jeune femme est enlevée. Le très médiatisé commissaire Vogel est chargé de l’enquête. Mais lorsqu’il comprend qu’il ne peut résoudre l’affaire, et pour ne pas être ridiculisé, il décide de créer son coupable idéal et accuse à l’aide de preuves falsifiées, le professeur de l’école du village. Ce dernier perd tout et prépare sa vengeance depuis sa cellule.

Manook - La Mort nomadeL’EMPIRE DES LOUPS : La Mort nomade, de Ian Manook (Albin Michel, 28/09)
Troisième – et dernière ? – enquête de Yeruldelgger, l’explosif commissaire venu de Mongolie. S’il rêve d’une retraite bien méritée, ce n’est pas pour tout de suite : un enlèvement, un charnier, un géologue français assassiné et une empreinte de loup marquée au fer rouge sur les cadavres de quatre agents de sécurité requièrent ses services…

Camilleri - Une lame de lumièreQUANDO SEI NATO NON PUOI PIU NASCONDERTI : Une lame de lumière, d’Andrea Camilleri (Fleuve Noir, 8/09)
Le vétéran du polar italien (91 ans !!!) confronte son emblématique commissaire Montalbano à l’actualité, en l’occurrence le drame des migrants qui affecte particulièrement l’Italie. A la suite d’un énième naufrage mortel au large de Lampedusa, le ministre de l’Intérieur italien décide de se rendre sur place, prévoyant au passage une halte à Vigata, la ville de Montalbano. Mais ce dernier n’a pas très envie de jouer le jeu politique.

Rankin - Tels des loups affamésWOLF : Tels des loups affamés, de Ian Rankin (Editions du Masque, 21/09)
Bien qu’à la retraite, John Rebus est plus que jamais de retour aux affaires. Cette fois, c’est son ancienne protégée, l’inspectrice Siobhan Clarke, qui lui demande d’enquêter sur des menaces de mort visant un caïd et un juge – lequel est d’ailleurs rapidement retrouvé étranglé. Mais Malcolm Fox, le chef du Service des Plaintes, s’en mêle et perturbe leurs investigations… Inoxydable Rankin.

Coben - IntimidationNE LE DIS A PERSONNE : Intimidation, de Harlan Coben (Belfond, 6/10)
Un avocat sans histoires, Adam Price, mène une vie paisible avec sa femme Corinne. Un jour, un inconnu lui fait une révélation si stupéfiante sur Corinne qu’Adam demande aussitôt des comptes à cette dernière, qui refuse de répondre et disparaît. Adam décide malgré de la retrouver, mettant le doigt dans un engrenage redoutable. Mister Best-Seller America est de retour avec un suspense à la mécanique sans doute prévisible mais bien huilée, comme d’habitude.

Et aussi (mais plus rapidement) :

Brunetti en trois actes, de Donna Leon (Calmann-Lévy, 28/09)
C’est un peu du « polar de mamie », certes, mais Donna Leon reste incontournable et continue d’ailleurs à bien figurer dans les meilleures ventes du genre. Cette fois, son commissaire Brunetti retourne à la Fenice (déjà cadre de son roman le plus célèbre, Mort à la Fenice), pour enquêter sur l’agression d’une jeune chanteuse, protégée de la grande diva Flavia Petrelli.

Marconi Park, d’Ake Edwardson (Lattès, 21/09)
Le romancier suédois confirme le retour de son héros emblématique, Erik Winter, confronté cette fois à une série de crimes mettant en scène des cadavres à la tête enfouie dans un sac plastique et couvert d’un carton mentionnant une lettre peinte en noir. Brrr.

Message sans réponse, de Patricia MacDonald (Albin Michel, 3/10)
Une sombre histoire de famille, bien sûr… Neuf ans après avoir plaqué sa famille pour son amant, une mère de famille est retrouvée morte avec son fils handicapé, apparemment à la suite d’un suicide. Sa fille née de son premier mariage enquête sur la deuxième vie de sa mère, dont elle ignorait beaucoup de choses…

Il était une fois l’inspecteur Chen, de Qiu Xiaolong (Liana Levi, 3/10)
Retour sur la jeunesse de l’incontournable inspecteur Chen pendant la Révolution culturelle.

La Main de Dieu, de Philip Kerr (éditions du Masque, 2/11)
Kerr poursuit son escapade dans le milieu du foot, avec cette deuxième enquête de l’entraîneur Scott Manson.

Kabukicho, de Dominique Sylvain (Viviane Hamy, 6/10)
Retour vers son cher Japon pour la romancière Dominique Sylvain, sur les traces d’une jeune Française qui devient hôtesse de club dans le quartier de Kabukicho grâce à son amie Mary. Mais celle-ci disparaît sans laisser d’autre trace qu’une photo inquiétante reçue sur son téléphone par son père…

Rome brûle, de Giancarlo De Cataldo & Carlo Bonini (Métailié, 8/09)
Suite de Suburra, paru en début d’année, qui révèle violemment les trafics et malversations peu glorieuses dont Rome est aujourd’hui le théâtre.