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À première vue : la rentrée Albin Michel 2020

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Intérêt global :

sourire léger


Du côté d’Albin Michel, on se félicite d’avoir fait des efforts en terme de parution, histoire d’absorber le choc économique lié à la crise du coronavirus, passant notamment de 400 (!!!) publications sur l’année, à « seulement » 300.
Pour la rentrée littéraire, cela se traduit par une cohorte de… onze écrivains. Ce qui est moins que les seize de 2018, en effet. Mais reste sans doute un peu excessif.
Une poignée de belles choses se détache néanmoins de ce programme. Au moins deux, en ce qui me concerne, avec un ou deux jokers en plus. C’est déjà pas si mal.
(Oui, j’ai décidé d’être aimable cette année. Pour l’instant, en tout cas. Le jeu ne fait que commencer.)


L’ÉVÉNEMENT


Colson Whitehead - Nickel BoysNickel Boys, de Colson Whitehead
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé)

Jusqu’à présent, ils n’étaient que trois auteurs à avoir remporté deux fois le Pulitzer, le plus prestigieux prix littéraire américain : Booth Tarkington (auteur notamment en 1918 de La Splendeur des Amberson, adapté plus tard au cinéma par Orson Welles), William Faulkner et John Updike. Excusez du peu. Colson Whitehead rejoint donc ce club très fermé, puisque son nouveau roman vient d’être distingué, trois ans après le formidable Underground Railroad, où il revisitait avec brio et un souffle narratif exceptionnel l’histoire de l’esclavage aux États-Unis.
Nickel Boys aborde à nouveau la question noire, en s’inspirant cette fois d’un fait divers contemporain. En 2011, une terrible maison de redressement pour délinquants, l’école Dozier, ferme ses portes. Trois ans plus tard, on y découvre un charnier, cinquante tombes sans doute tués par le personnel de l’établissement au fil de ses effroyables années de sévices.
Par le prisme de la fiction, Whitehead investit l’histoire de ce lieu, qu’il rebaptise « Nickel Academy », en racontant l’histoire d’Elwood, un jeune Noir brillant et bien élevé qui, à la suite d’une erreur judiciaire, est arrêté à la place d’un autre. Nous sommes dans les années 60 et, si les États-Unis tentent de faire progresser le statut des Noirs, on est encore loin du compte. Sans pouvoir se défendre, Elwood est envoyé à la Nickel Academy, dont il découvre l’horreur, et tente d’y résister à sa manière, notamment en écrivant sans faillir tout ce dont il est témoin ou victime.


LE TRANSFUGE


Buveurs de vent, de Franck Bouysse

Franck Bouysse - Buveurs de ventPierre Fourniaud, le patron de la Manufacture de Livres, doit être assez embêté. Franck Bouysse, qu’il a révélé et qui a fait les beaux jours de sa petite maison d’édition avec (entre autres) Grossir le ciel, Né d’aucune femme ou Glaise, a cédé aux sirènes d’une grande maison. Le voici donc chez Albin Michel avec un très beau titre, Buveurs de vent, et une histoire bien dans son style.
On y rencontre quatre frères et sœur qui vivent dans la vallée du Gour Noir, où ils aiment à se retrouver près d’un viaduc devenu le centre de leur petit monde. Mal compris par leurs parents, ils tentent de se frayer un chemin dans la vie, soudés les uns aux autres. Et, comme tous ceux de la vallée, sous l’emprise de Joyce, qui règne en maître absolu sur les poumons économiques de la région, les carrières, le barrage et la centrale électrique…


L’INÉVITABLE


Les aérostats, d’Amélie Nothomb

Amélie Nothomb - Les aérostatsS’il existait quelque part une statue d’Amélie Nothomb, personne n’arriverait à la déboulonner. La romancière belge attaque sa vingt-neuvième rentrée littéraire (record ? Sûrement !), avec un livre au titre énigmatique dont le pitch est, comme d’habitude, réduit à sa plus simple expression : « La jeunesse est un talent, il faut des années pour l’acquérir ». Pourquoi s’emmerder à écrire des résumés ? C’est Nothomb, il suffit de mettre sa bouille sur la couverture et ça se vend tout seul.
Plus sérieusement, elle y narre la rencontre entre deux adolescents déphasés (évidemment) : lui est un lycéen dyslexique, elle une étudiante trop sérieuse et mal à l’aise avec ses contemporains qu’elle ne comprend pas. Ensemble, ils vont affronter leurs manques.
Moins ambitieux et risqué sans doute que Soif, son précédent qui donnait la parole à Jésus sur sa croix, mais cela reste du Nothomb dans le texte, version intimiste. Cela peut donner des jolies choses, toute ironie mise à part.


PLACE AUX FEMMES


Véronique Olmi - Les évasions particulièresLes évasions particulières, de Véronique Olmi

Il y a trois ans, Bakhita avait propulsé sur le devant de la scène Véronique Olmi, auteure jusqu’alors suivie par un lectorat fidèle, mais plus restreint que celui rencontré grâce à ce livre événement, finaliste malheureux du Goncourt. Son nouveau livre est donc beaucoup plus attendu. Il devrait être aussi plus classique, qui narre l’éducation d’une jeune fille, entre les années 60 et 80, partagée entre sa vie modeste avec sa famille, et des vacances nichées à Neuilly chez des proches dont l’éducation bourgeoise est très différente de la sienne.

Ketty Rouf - On ne touche pasOn ne touche pas, de Ketty Rouf

Premier roman, consacré à une femme, Joséphine, professeur de philosophie le jour et stripteaseuse la nuit, histoire de pimenter son quotidien bien morne par ailleurs. Sa vie bascule lorsqu’un de ses élèves assiste un soir au spectacle et la reconnaît.
Elle voulait du piment ? Hé ben voilà : ça pique.

François Beaune - Calamity GwennCalamity Gwenn, de François Beaune

C’est marrant comme, parfois, certains raccourcis troublants se créent. L’héroïne du nouveau roman de François Beaune, en effet, voudrait être Isabelle Huppert, mais se contente pour le moment de travailler dans un sex-shop à Pigalle. Une voisine de la Joséphine de Ketty Rouf ? À travers son journal, où elle consigne ses observations et sa vie, Beaune dresse un portrait de femme en forme de point d’interrogation sur notre société.
Pas la promesse la plus follement originale du programme, je vous l’accorde.

Sébastien Spitzer - La fièvreLa Fièvre, de Sébastien Spitzer

Et on continue dans le raccourci évoqué ci-dessus : Spitzer s’empare en effet d’Annie Cook, personnage bien réel qui vécut à Memphis au XIXème siècle, où elle tenait… un bordel. Hé oui. Plutôt haut de gamme, mais il n’empêche, on reste dans le sujet.
Cela dit, ce n’est pas le thème du livre, et Annie Cook est une figure assez passionnante sur le papier, puisqu’elle transforma son établissement en hôpital improvisé lorsque la fièvre jaune déferla à Memphis dans les années 1870. Elle fut elle-même emportée par la maladie en 1878, non sans avoir aidé, soutenu, soigné comme elle le pouvait nombre de patients. Une véritable héroïne, dévouée et déterminée jusqu’à la mort, dont le destin bouleversa évidemment les Américains.
Pas impossible, par ailleurs, que des journalistes inspirés trouvent le moyen de tisser des liens entre l’intrigue du romancier et ce que nous vivons en ce moment…


AMERICA


Stephen Markley - OhioOhio, de Stephen Markley
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé)

On reste brièvement aux États-Unis avec le premier roman de Stephen Markley, qui met en scène le retour de quatre anciens élèves à New Canaan, la petite ville de l’Ohio où ils ont grandi. Quête amoureuse, quête de vengeance, règlements de compte familiaux ou errance personnelle, les quatre jeunes gens incarnent une certaine jeunesse américaine d’aujourd’hui, à la dérive. Sur le papier, un grand classique de littérature américaine, qui ne lui apportera peut-être grand-chose de neuf, mais pourrait plaire aux amateurs de ce qui est devenu un genre en soi.


DÉJÀ VU


Antoine Rault - De grandes ambitionsDe grandes ambitions, d’Antoine Rault

Les destins de huit protagonistes, des années 1980 jusqu’au début du XXIe siècle. Chacun parvient, dans le domaine qui est le sien, à un haut niveau de pouvoir. Clara sera chirurgienne, Diane, une actrice reconnue, Jeanne, cheffe du Parti National, Stéphane, son homme de l’ombre, Marc fera fortune dans l’Internet, Sonia finira ministre d’État et Frédéric, président de la République.
Du classique, là aussi. On a déjà pas mal lu ce genre de choses en littérature française, y compris chez Albin Michel (Le Bonheur national brut de François Roux, par exemple). Pas grand-chose de plus à en dire, donc.


BLOUSON NOIR


Tom Connan - RadicalRadical, de Tom Connan

La caution « jeune rebelle » de la rentrée Albin Michel, laquelle est bien plan-plan par ailleurs (ce qui est quand même l’esprit maison). Après deux romans auto-publiés, le jeune Tom Connan (25 ans) s’installe donc rue Huyghens pour balancer une histoire de rencontre amoureuse sur fond de malaise social. Soit la rencontre explosive entre un étudiant de gauche et un militant d’extrême-droite jouant les activistes dans la frange radicale des Gilets Jaunes.
Honnêtement, je passe mon tour.


FOLLE JEUNESSE


Daniel Picouly - Longtemps je me suis couché de bonheurLongtemps je me suis couché de bonheur, de Daniel Picouly

Un point supplémentaire pour la jolie pirouette du titre. Sinon, le bon élève Picouly replante sa charrue dans la veine de fiction autobiographique qui avait fait le succès du Champ de personne, il y a bien longtemps. Son narrateur, dont l’avenir est suspendu à son éventuelle admission en seconde générale plutôt qu’en technique, tombe amoureux d’une jeune fille prénommée Albertine (oh, ah) qu’il voit acheter un roman de Proust (ah, oh) en librairie. Du coup, il se met à lire À la Recherche du temps perdu (oooh).


 

Lectures hautement probables :
Nickel Boys, de Colson Whitehead
Buveurs de vent, de Franck Bouysse

Lecture éventuelle :
Les aérostats, d’Amélie Nothomb


A première vue : la rentrée Albin Michel 2018

Et allez, c’est reparti pour une tournée de seize ! Comme l’année dernière, Albin Michel joue la rentrée façon arrosage à la kalach’, Gallimard style, histoire de balayer la concurrence par sa seule omniprésence sur les tables des librairies. Côté qualité, on se pose sans doute moins la question, mais c’est un autre débat – pour s’amuser tout de même, il peut être intéressant de rejeter un œil sur la rentrée Albin 2017, histoire d’analyser les titres qui ont survécu dans nos mémoires à l’année écoulée… Oui, le résultat ne sera pas forcément flatteur.
Néanmoins, on a envie de retenir quelques titres dans ce programme 2018, d’attendre avec curiosité, voire impatience, quelques auteurs (coucou Antonin Varenne) lancés dans la tornade. Et ce sont ceux-là, et ceux-là seulement, que je mettrai en avant, poussant le plus loin possible la subjectivité et l’éventuelle mauvaise foi qui président à l’exercice « à première vue » ; les autres n’auront droit qu’au résumé sommaire offert par le logiciel professionnel Electre, loué soit-il. Je vous ai déjà fait perdre assez de temps comme cela depuis début juillet !
Du coup, cela devrait aller assez vite…

Varenne - La Toile du mondeEXPO 00 : La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Le plus attendu en ce qui me concerne – je ne me suis toujours pas remis du souffle extraordinaire et de l’audace aventurière de Trois mille chevaux vapeur. Après Équateur, où l’on recroisait Arthur Bowman, héros du précédent évoqué, nous découvrons ici Aileen Bowwan, fille d’Arthur, journaliste au New York Tribune dont la réputation scandaleuse tient à la liberté flamboyante avec laquelle elle mène sa vie. En 1900, elle débarque à Paris pour couvrir l’Exposition Universelle. Son immersion dans la Ville Lumière en pleine mutation est l’occasion d’une confrontation entre mondes anciens et nouveaux…
Rien que pour le plaisir, la première phrase : « Aileen avait été accueillie à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. » Très envie de lire la suite. On en reparle, c’est sûr !

Chaon - Une douce lueur de malveillanceSPLIT : Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon
(traduit de l’américain par Hélène Fournier)
Charybde ou Scylla ? Pour le psychiatre Dustin Tillman, le choix semble impossible. D’un côté, il apprend que, grâce à des expertises ADN récentes, son frère adoptif vient d’être innocenté du meurtre d’une partie de sa famille, trente ans plus tôt – condamnation dans laquelle Dustin avait pesé en témoignant contre Rusty. De l’autre, il se laisse embarquer dans une enquête ténébreuse, initiée par l’un de ses patients, policier en congé maladie, sur la disparition mystérieuse de plusieurs étudiants des environs tous retrouvés noyés. Ou comment, d’une manière ou d’une autre, se donner tous les moyens de se pourrir la vie… Avec un titre et un résumé pareils, Dan Chaon devrait nous entraîner dans des eaux plutôt sombres. A voir également.

Roux - FrackingERIN BROCKOVICH : Fracking, de François Roux
J’avais beaucoup aimé le Bonheur national brut, Tout ce dont on rêvait m’avait en revanche laissé plutôt indifférent. Où se situera François Roux cette fois ? Pour ce nouveau livre, il part aux États-Unis pour raconter le combat d’une famille contre les géants du pétrole et leurs pratiques abominables au Dakota.

Hosseini - Une prière à la merENTRE DEUX MONDES : Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
(traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois, illustrations de Dan Williams)
Par l’auteur des superbes Cerfs-volants de Kaboul, un texte en hommage aux réfugiés syriens qui prend la forme d’une lettre adressée par un père à son fils en train de dormir, longue prière pour que leur traversée vers « l’Eldorado » européen se déroule sans encombre, et récit de la métamorphose d’un pays en zone de guerre.

Enia - La loi de la merÀ L’AUTRE BOUT DU MONDE : La Loi de la mer, de Davide Enia
(traduit de l’italien par Françoise Brun)
Davide Enia fait le lien avec le texte de Hosseini, puisqu’il campe son nouveau livre à Lampedusa, pointe de l’Europe méditerranéenne où aboutissent nombre de réfugiés maritimes. Pendant trois ans, le romancier italien a arpenté la petite île pour y rencontrer tous ceux qui en font la triste actualité : les exilés bien sûr, mais aussi les habitants et les secouristes.

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Hollinghurst - L'Affaire SparsholtLE CŒUR ET LA RAISON : L’Affaire Sparsholt, d’Alan Hollinghurst
(traduit de l’anglais par François Rosso)
Oxford, automne 1940. David Sparsholt, athlétique et séduisant, commence son cursus universitaire. Il semble ignorer l’effet qu’il produit sur les autres, notamment sur le solitaire et romantique Evert Dax, fils d’un célèbre romancier. Aux heures les plus sombres du Blitz, l’université devient un lieu hors du temps où se nouent des liaisons secrètes et des amitiés durables.

Hoffmann - Les belles ambitieusesGENTIL COQUELICOT MESDAMES : Les belles ambitieuses, de Stéphane Hoffmann
Énarque et polytechnicien, Amblard Blamont Chauvry a tourné le dos à la carrière qui s’ouvrait à lui et a choisi de se consacrer aux plaisirs terrestres. Un tel choix de vie provoque la colère des femmes de son entourage qui manœuvrent dans l’ombre pour lui obtenir une position sociale. Insensible à leurs manigances, Amblard se laisse troubler par Coquelicot, une jeune femme mystérieuse.

Hardcastle - Dans la cageFIGHT CLUB : Dans la cage, de Kevin Hardcastle
(traduit de l’anglais (Canada) par Janique Jouin)
La domination de longue haleine de Daniel sur les rings de free fight est anéantie par une grave blessure à l’œil qui l’oblige à arrêter le sport de combat. Il se marie alors avec une infirmière avec laquelle il a une petite fille et devient soudeur. Quelques années plus tard, le couple peine à gagner sa vie. David s’engage alors comme garde du corps puis reprend les arts martiaux. Premier roman.

Toledano - Le retour du phénixIKKI : Le Retour du Phénix, de Ralph Toledano
Juive d’origine marocaine, Edith épouse Tullio Flabelli, un prince romain. Dix ans plus tard et après la naissance de ses trois enfants, Edith réalise qu’elle n’est pas heureuse dans son mariage. Elle convainc son époux de passer l’été à Jérusalem avec elle. Ils retrouvent leur entente d’antan mais sont déçus par l’atmosphère qui règne en ville où le paraître l’emporte sur l’être.

Bleys - Nous les vivantsI SEE DEAD PEOPLE : Nous, les vivants, d’Olivier Bleys
Bloqué par une tempête lors d’une mission de ravitaillement des postes de haute montagne de la cordillère des Andes, un pilote d’hélicoptère installe un campement de fortune. Rejoint par Jésus qui entretient les bornes délimitant la frontière entre l’Argentine et le Chili, il entreprend une randonnée qui se change peu à peu en expérience mystique.

Picouly - Quatre-vingt-dix secondesNUÉE ARDENTE : Quatre-vingt-dix secondes, de Daniel Picouly
En 1920, la montagne Pelée se réveille. Le volcan prend la parole et promet de raser la ville et ses environs afin de punir les hommes de leurs comportements irrespectueux.

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Et encore… :

Ce cœur qui haïssait la guerre, de Michel Heurtault
En Allemagne, au lendemain de l’armistice de 1918. Anton, jeune ingénieur, se passionne pour la conquête spatiale et obtient un poste pour travailler sur une fusée financée par l’armée. Une place qui met à mal son désir de neutralité face à la montée du nazisme. Deux femmes parmi ses proches l’amènent à s’interroger sur son engagement politique et à prendre position.

Concours pour le Paradis, de Clélia Renucci
Venise, 1577. La fresque du paradis sur les murs du palais des doges a disparu lors d’un incendie. Un concours est lancé pour la remplacer auquel participent les maîtres de la ville dont Véronèse, Tintoret et Zuccaro. Entre rivalités artistiques et déchirements religieux, les peintres mettent tout en oeuvre pour séduire la Sérénissime et lui offrir une toile digne de son histoire. Premier roman.

Le Malheur d’en bas, d’Inès Bayard
Marie et son époux Laurent sont heureux jusqu’au jour où la jeune femme est violée par son directeur. Elle se tait mais découvre peu de temps après qu’elle est enceinte. Persuadée que cet enfant est celui de son agresseur, elle s’enferme dans un silence destructeur qui la pousse à commettre l’irréparable. Premier roman.

Une vie de pierres chaudes, d’Aurélie Razimbaud
A Alger, Rose est séduite par Louis, jeune ingénieur au comportement étrange. Ils se marient et ont une fille. Pourtant, Louis semble malheureux et se réveille chaque nuit, hanté par les souvenirs de la guerre d’Algérie. Au début des années 1970, la famille s’installe à Marseille mais Louis est toujours perturbé. Rose découvre qu’il mène une double vie depuis des années. Premier roman.

Les prénoms épicènes, d’Amélie Nothomb
Le récit d’une relation fille-père. Des prénoms portés au masculin comme au féminin.
(Bref.
Rien qu’à cause de son titre, ce Nothomb-là, je pense que je vais faire l’impasse. Certains de ses précédents romans m’ont trop agréablement surpris pour risquer une rechute.)


On lira sûrement :
La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon

On lira peut-être :
Fracking, de François Roux
Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
La Loi de la mer, de Davide Enia



Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb

Marie est belle, très belle. Elle le sait très bien et s’en sert moins pour séduire que pour provoquer la jalousie et la haine chez les autres, sentiments dont elle se nourrit pour exister. Elle aurait pu en vivre longtemps, mais voilà qu’elle tombe amoureuse d’un jeune homme tout aussi radieux qu’elle, et surtout enceinte de lui. Elle a dix-neuf ans et son avenir qu’elle imaginait vertigineux s’arrête à une maternité ni imaginée ni désirée.
Lorsque sa fille Diane vient au monde, elle ne lui manifeste que mépris, jalousie ou indifférence – une fin de non-recevoir opposée sans répit à l’appel d’amour d’une fillette trop précoce pour ne pas en souffrir. Surtout lorsque naissent ensuite un frère, très choyé, puis une petite sœur, objet de toutes les affections par une Marie transfigurée. De cet affront, Diane décide alors de faire une force…

Nothomb - Frappe-toi le coeurComme cela lui arrive de temps à autre, Dame Amélie s’est creusée la tête pour son opus 2017. Résultat, des bonnes nouvelles en pagaille : dans Frappe-toi le cœur (titre emprunté à Musset), elle ne se met pas en scène ni ne cause d’elle, parvient à surprendre le lecteur au fil d’une histoire qui s’étire sur plusieurs années (c’est plutôt une spécialiste de l’intrigue sur temps court), et débarrasse globalement son écriture de ses scories habituelles – dialogues à l’emporte-pièce, facilités exaspérantes, patronymes invraisemblables et narration réduite à sa plus simple expression.
Pour une fois, Nothomb prend son temps. Pour approfondir ses personnages au-delà de quelques mots et clichés psychologiques vite emballés, et pour les faire évoluer tel qu’on évolue au cours d’une vie. Des personnages qui, donc, s’appellent simplement Marie, Diane, Elisabeth, Olivia ou Célia. Des femmes – mères, filles, sœurs, amies – qui s’affrontent dans un ballet réglé par une mécanique terrible mêlant cruauté, incompréhension, jalousie, regret, déception, dont Amélie Nothomb huile les rouages avec une rare finesse. Son regard clinique finit par serrer le cœur, tant le spectacle de ces enfants psychologiquement mutilées par leurs mères est navrant et douloureux.

Passées des premières pages familières (présentant une jeune fille d’une beauté stupéfiante inversement proportionnelle à son intelligence), Frappe-toi le cœur délaisse donc la bonne humeur factice et les fantaisies sans lendemain, usuelles chez la romancière, pour examiner la souffrance et l’amertume de vies abîmées par celles qui pourtant les fabriquent.
Inattendu, ce choix assumé jusqu’au bout d’un récit sombre et sans artifice superflu finit par constituer une excellente surprise, faisant de ce vingt-sixième roman d’Amélie Nothomb l’un de ses meilleurs, tout simplement. Et un signe supplémentaire que cette rentrée littéraire 2017 est placée sous le signe de la qualité, puisque même le Nothomb annuel sort du lot. Étonnant, non ?

Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2017
ISBN 978-2-226-39916-8
180 p., 16,90€


A première vue : la rentrée Albin Michel 2017

La maison Albin Michel fait partie de ces éditeurs chez qui la production dérape quelque peu : quinze romans sont en effet alignés pour cette rentrée 2017, douze français pour trois étrangers. Un menu d’autant plus étouffe-chrétien que tous les plats ne semblent pas spécialement raffinés… Alors, comme votre temps est précieux (et le nôtre aussi), on va essayer d’aller à l’essentiel – en toute subjectivité, comme d’habitude.
(Allez au bout de l’article quand même, on finira en causant de littérature étrangère et ça ira un peu mieux.)

Nothomb - Frappe-toi le coeurCRUELLA : Frappe-toi le coeur, d’Amélie Nothomb (lu)
Une jeune fille d’une beauté renversante se délecte de l’admiration haineuse qu’elle provoque chez ses rivales. Jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’un garçon et rapidement enceinte de lui. Elle a dix-neuf ans et pense que sa vie est déjà finie. L’indifférence et la jalousie qu’elle voue à sa fille, dont on découvre très vite qu’elle est encore plus jolie que sa mère, vont bouleverser bien des existences…
Si elle ne nous épargne pas certaines facilités ou niaiseries occasionnelles, Nothomb surprend avec cette intrigue beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord, se déroulant sur plusieurs décennies et abordant des thèmes approchés au début de son œuvre : la malédiction de la beauté, la jalousie maladive, mais aussi l’égoïsme de l’ambition, les déceptions amoureuses, filiales ou amicales… Plutôt un bon cru – bien plus intéressant que celui de l’année dernière, et de loin.

Estienne d'Orves - La Gloire des mauditsSECRETS ET MENSONGES : La Gloire des maudits, de Nicolas d’Estienne d’Orves
Brillant mais dilettante, Nicolas d’Estienne d’Orves est capable du meilleur comme du pire. Avec ce nouveau roman, proche dans l’esprit des Fidélités successives, on l’espère du bon côté de la barrière. Il raconte ici l’histoire de Gabrielle Valoria, fille d’un collabo exécuté sous ses yeux à la Libération, qui se prépare à écrire la biographie de Sidonie Porel, grande romancière et figure fascinante de cet après-guerre agité. En enquêtant sur son sujet, Gabrielle plonge dans un monde de manipulations et de trahisons…

Guenassia - De l'influence de David Bowie sur la destinée des jeunes fillesZIGGY : De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles, de Jean-Michel Guenassia
Guenassia n’arrête plus. Après avoir laissé passer vingt-trois ans entre ses deux premiers romans, puis encore trois entre le deuxième et le troisième, le voici qui enchaîne les titres au rythme d’un par rentrée littéraire depuis 2015. Cette fois, il nous présente Paul, jeune homme de 17 ans au look androgyne qui se plaît à brouiller les frontières tout en cultivant son amour exclusif des femmes. Bientôt, c’était inévitable, sa route croise celle d’un certain David Bowie… Opportuniste, Guenassia ? On peut se poser la question.

Olmi - BakhitaAMISTAD : Bakhita, de Véronique Olmi
Habituée des textes courts, Véronique Olmi se lâche : 464 pages pour raconter le destin de Bakhita, enlevée à sept ans dans son village du Darfour, réduite en esclavage, avant d’être rachetée par le Consul d’Italie et d’être ensuite affranchie. Elle décide ensuite de devenir religieuse et de se consacrer aux enfants pauvres. Albin Michel y croit beaucoup et annonce un grand livre. A voir.

Delsaux - SangliersSEUL CONTRE TOUS : Sangliers, d’Aurélien Delsaux
Entre l’Isère et le Dauphiné, Les Feuges est un village où le loyer dans la zone pavillonnaire est moins élevé qu’ailleurs, où la chasse aux sangliers fédère les hommes qui passent leur temps dans le seul bistrot du coin, où les enfants subissent la violence paternelle en toute impunité. C’est là que survient la première tuerie raciste dans un lycée français (résumé Electre).

Mordillat - La Tour abolieTHE DARK TOWER : La Tour abolie, de Gérard Mordillat
Au coeur de la Défense s’élève la tour Magister. Au sommet, l’état-major, qui lutte pour ses profits. Dans ses sous-sols, un petit peuple misérable, qui lutte pour sa survie. Quand les damnés du progrès décident d’investir la tour et d’atteindre ses hauteurs, tout est remis en cause et la violence explose au grand jour. Homme de gauche jusqu’à la caricature, Mordillat creuse son sillon de révolté social et politique. Pas forcément avec finesse sur ce coup.

Favier - Le courage qu'il faut aux rivièresLA PARITÉ, C’EST PAS GAGNÉ : Le Courage qu’il faut aux rivières, d’Emmanuelle Favier
Dans son village des Balkans, Manushe est « vierge jurée ». Elle a renoncé à sa condition de femme pour jouir des mêmes droits que les hommes. Sa rencontre avec Adrian, homme énigmatique et ardent, bouscule ses certitudes et met en péril son serment. Premier roman.

Guenyveau - Un dissidentMARKETING VIRAL : Un dissident, de François-Régis Guenyveau
Un jeune scientifique rejoint une entreprise américaine très mystérieuse, dont le projet est de façonner l’homme de demain grâce à tous les moyens offerts par la science et les nouvelles technologies. D’abord enthousiaste, ce qu’il découvre sur place et les doutes sur sa propre personnalité remettent en question son engagement initial. Premier roman également.

Et encore, en vrac :

SUR LE FIL : La Nuit des enfants qui dansent, de Franck Pavloff
Un jeune funambule et un vieil Hongrois vivant confit dans son passé décident de partir ensemble à un festival rock à Budapest. (Je fais très court mais je ne sais pas comment vous donner envie, même avec les versions les plus longues des résumés.)

LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES II : Le Songe du photographe, de Patricia Reznikov
A Paris, un adolescent en rupture de famille trouve refuge dans une communauté d’artistes d’Europe de l’est. Auprès d’eux, le garçon fait son éducation historique, esthétique et sentimentale. Un hommage à la culture de la Mitteleuropa.

CONNECTING PEOPLE : Vous connaissez peut-être, de Joann Sfar
C’est l’histoire d’un type qui rencontre une fille sur Facebook et qui adopte un chien à qui il essaie d’apprendre à ne pas tuer ses chats. C’est la suite de Comment tu parles à ton père. Que je n’ai pas lu. Donc je ne pourrai pas lire celui-ci. Dommage.

PARDON ? : La Vengeance du pardon, d’Eric-Emmanuel Schmitt
Quatre histoires sur le pardon. Désolé, donc.

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Whitehead - Underground RailroadLE P’TIT TRAIN S’EN VA DANS LA CAMPAGNE : Underground Railroad, de Colson Whitehead
(traduit de l’américain par Serge Chauvin)
Attention, voici venir le prix Pulitzer 2017 et le National Book Award 2016 – autant dire qu’on ne boxe plus du tout dans la même catégorie. Whitehead y relate le périple d’une jeune esclave qui parvient à fuir la plantation de coton où elle est asservie, et entreprend de rallier les États libres du nord des États-Unis, un terrifiant chasseur d’esclaves sur ses talons. L’Underground Railroad du titre était le nom donné à un réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite ; le romancier le matérialise sous la forme d’un véritable train souterrain. Rien que pour cette idée, ça donne envie d’embarquer, non ?

Ransmayr - Cox ou la course du tempsTIC-TAC : Cox ou la course du temps, de Christoph Ransmayr
(traduit de l’allemand (Autriche) par Bernard Kreiss)
Grand maître horloger à Londres, au XVIIIème siècle, Alistair Cox est convoqué en Chine par l’empereur tyran Quianlong. Ce dernier lui ordonne de lui confectionner une série d’horloges capables de mesurer les subtiles variations du temps. Cox s’attèle à sa tâche au péril de sa vie, car les humeurs de l’empereur sont changeantes et ses exigences toujours plus élevées…
(C’est marrant, dès qu’on passe en littérature étrangère, proposer un résumé des livres est tout de suite plus intéressant !)

Watkins - Les sables de l'AmargosaMAD MAX : Les sables de l’Amargosa, de Claire Vaye Watkins
(traduit de l’américain par Sarah Gurcel)
Dans une Californie transformée en désert, au cœur de Los Angeles livrée aux pillards et à la menace d’une dune de sable mouvant qui s’apprête à l’engloutir, Ray et Luz trouvent l’espoir d’un avenir meilleur en la personne d’une fillette qu’ils ravissent à un groupe de marginaux. Ils prennent alors la route, à la recherche d’une colonie mystérieuse où ils espèrent refaire leur vie.


Pourquoi je n’ai pas dépassé la page 50 : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Vous le savez, j’ai souvent fait preuve d’une certaine indulgence à l’égard d’Amélie Nothomb sur ce blog. Indulgence coupable, me direz-vous peut-être, et je ne pourrais vous en vouloir ; mais c’est ainsi, l’excentrique romancière belge me fascine depuis longtemps et m’amuse assez souvent pour que je lui passe ses mauvaises manies.
Il faut néanmoins savoir lever le pied sur la complaisance et se montrer parfois plus rude – ou plus objectif. Vous l’aurez compris, ce sera le cas cette année, avec cet opus dont je n’ai vraiment pas pu dépasser la page 50 tant la perspective d’une purge se dessinait au fil des premiers chapitres. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai préféré couper court.

Nothomb - Riquet à la houppe2Qu’est-ce qui cloche dans ce Riquet à la houppe ? Bon, déjà, le fait qu’Amélie Nothomb s’inspire à nouveau d’un texte préexistant pour pondre son roman. Elle avait déjà adapté un conte en 2012 (Barbe Bleue) et un roman d’Oscar Wilde l’année dernière (Le Crime du Comte Neville). En panne d’inspiration ? Étant donné le résultat, la réponse est oui, sans aucun doute.
En effet, non contente de pomper les intrigues des autres pour structurer sa propre histoire, voici que la romancière belge se plagie elle-même. Dès le début de ces cinquante premières pages, j’ai eu le sentiment désagréable de relire sans le vouloir certains de ses livres précédents – en particulier Attentat. Riquet à la houppe s’ouvre en dressant les portraits croisés de Déodat, jeune garçon dont la laideur repoussante est compensée par une intelligence exceptionnelle, et de Trémière, jeune fille au physique aussi délicieux que son esprit est limité. Leur rencontre est bien sûr inévitable…

Bon, que Nothomb ressasse depuis longtemps les mêmes thématiques, ce n’est pas un scoop. Mais qu’elle le fasse d’une manière aussi désinvolte et dénuée d’inspiration, c’est insupportable. Honnêtement, j’imagine que quelqu’un découvrant son œuvre par ce roman pourrait peut-être y trouver de l’intérêt et y prendre du plaisir. Et encore… Car le rythme est poussif, les situations convenues et les personnages finalement superficiels derrière leurs caractères extrêmes. On est loin de la sincérité avec laquelle Amélie Nothomb campait des personnages au-delà des limites dans ses premiers romans ; encore une fois, la romancière déroule sa recette avec les mêmes ingrédients, sans génie ni folie.

Résultat : je me suis ennuyé. Et je suis vite passé à autre chose – en songeant que, de toute façon, je ne passais pas à côté d’une pépite de la rentrée littéraire. Mais en étant bien triste de constater une fois de plus quel gâchis de talent représentait la carrière d’Amélie Nothomb.

Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2016
ISBN 978-2-226-32877-9
198 p., 16,90€


A première vue : la rentrée Albin Michel 2016

Ça dérape un peu chez Albin Michel ! Neuf titres français et trois étrangers rien qu’en août, c’est plus que les années précédentes et ce n’est pas forcément pour le meilleur, gare au syndrome Gallimard… Il devrait y avoir tout de même deux ou trois rendez-vous importants, comme souvent avec cette maison, que ce soit du côté des premiers romans comme des auteurs confirmés.

Gros - PossédéesLE DÉMON A VIDÉ TON CERVEAU : Possédées, de Frédéric Gros
C’est l’un des buzz de l’été chez les libraires, et c’est souvent bon signe. Pour son premier roman, l’essayiste et philosophe Frédéric Gros s’intéresse au cas des possédées de Loudun, sombre histoire de possession et exorcisme de bonnes sœurs soi-disant habitées par Satan réincarné sous la forme du curé Urbain Grandier. Nous sommes en 1632, Richelieu est au pouvoir et entend mener une répression sévère contre la Réforme ; humaniste, amoureux des femmes, Grandier est une cible parfaite… Une réflexion sur le fanatisme qui devrait créer des échos troublants entre passé et présent.

Guenassia - La Valse des arbres et du cielL’HOMME A L’OREILLE COUPÉE : La Valse des arbres et du ciel, de Jean-Michel Guenassia
Après un précédent roman (Trompe-la-mort) moins convaincant, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes revient avec un roman historique mettant en scène les derniers jours de Vincent Van Gogh, en particulier sa relation avec Marguerite, une jeune femme avide de liberté, fille du célèbre docteur Gachet, connu comme l’ami des impressionnistes – mais l’était-il tant que ça ? Guenassia s’inspire aussi de recherches récentes sur les conditions de la mort de Van Gogh, fragilisant l’hypothèse de son suicide… On attend forcément de voir ce que ce grand raconteur d’histoire peut faire avec un sujet pareil.

Gougaud - LithiumWERTHER MINUS : Lithium, d’Aurélien Gougaud
Elle refuse de penser au lendemain et se noie dans les fêtes, l’alcool et le sexe sans se soucier du reste ; Il vient de se lancer dans la vie active mais travaille sans passion. Ils sont les enfants d’une nouvelle génération perdue qui reste assez jeune pour tenter de croire à une possibilité de renouveau. Premier roman d’un auteur de 25 ans, qui scrute ses semblables dans un roman annoncé comme sombre et désenchanté.

Hoffmann - Un enfant plein d'angoisse et très sage2ABOUT A BOY : Un enfant plein d’angoisse et très sage, de Stéphane Hoffmann
Ce titre, on dirait un couplet d’une chanson de Jean-Jacques Goldman, tiens ! (C’est affectueux, hein.) Antoine, 13 ans, aimerait davantage de considération de la part de ses parents, duo d’égoïstes qui préfèrent le confier à un internat suisse ou à sa grand-mère de Chamonix plutôt que de l’élever. Mais le jour où ils s’intéressent enfin à lui, ce n’est peut-être pas une si bonne nouvelle que cela… Une comédie familiale pour traiter avec légèreté du désamour filial.

Lacroix - PechblendeQUAND NOTRE CŒUR FAIT BOUM : Pechblende, de Jean-Yves Lacroix
Deuxième roman d’un libraire parisien spécialisé dans les livres d’occasion – ce qui explique sans doute pourquoi le héros de ce livre est justement libraire dans une librairie de livres anciens (ah). A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le dit libraire tombe amoureux d’une assistante de Frédéric Joliot-Curie, mais se trouve confronté à un dilemme cruel lorsque le conflit éclate et que son patron décide d’entrer dans la clandestinité.

Rault - La Danse des vivants2MEMENTO : La Danse des vivants, d’Antoine Rault
A la fin de la Première Guerre mondiale, un jeune homme se réveille dans un hôpital militaire, amnésique mais parlant couramment aussi le français que l’allemand. Les services secrets français imaginent alors de l’affubler de l’identité d’un Allemand mort et de l’envoyer en infiltration de l’autre côté de la frontière… Après Pierre Lemaitre racontant l’impossible réinsertion des soldats survivants à la fin de la guerre dans Au revoir là-haut, le dramaturge à succès Antoine Rault s’intéresse au début de l’entre-deux-guerres dans l’Allemagne de Weimar. Une démarche intéressante, pour un livre présenté comme un roman d’aventures.

Nothomb - Riquet à la houppe2AMÉLIE MÉLO : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Nothomb n’en finit plus de se recycler, et cette année, la peine est sévère. Je l’annonce tout net, j’ai tenu cinquante pages avant d’abandonner la lecture de ce pensum sans imagination, remake laborieux d’un conte qui rejoue grossièrement Attentat, l’un des premiers livres de la romancière belge. Franchement, si c’est pour se perdre dans ce genre de facilité, Amélie devrait prendre des vacances. Ça nous en ferait.

BATTLEFIELD : Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez
Le parcours épique d’une femme, respectable mère de famille qui se lance corps et âme dans la lutte contre le franquisme dès 1936, se révélant à elle-même tout en incarnant le déchirement de l’Espagne d’alors.

MON PÈRE CE HÉROS : Comment tu parles de ton père, de Joann Sfar
L’hyperactif Sfar revient au roman, ou plutôt au récit, puisqu’il évoque son père (tiens, quelle surprise). Je le laisse aux aficionados, dont je ne suis pas…

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James - Brève histoire de sept meurtres2BUFFALO SOLDIER : Brève histoire de sept meurtres, de Marlon James (un peu lu)
Cette première traduction mais troisième roman du Jamaïcain Marlon James a reçu le Man Booker Prize en 2015 et arrive en France auréolé d’une réputation impressionnante. Et pour cause, ce livre volumineux (850 pages) affiche clairement son ambition, celle d’un roman choral monumental qui s’articule librement autour d’un fait divers majeur, une tentative d’assassinat dont fut victime Bob Marley en décembre 1976 juste avant un grand concert gratuit à Kingston. En donnant une voix aussi bien à des membres de gang qu’à des hommes politiques, des journalistes, un agent de la CIA, des proches de Marley (rebaptisé le Chanteur) et même des fantômes, Marlon James entreprend une vaste radiographie de son pays.
Une entreprise formidable – peut-être trop pour moi : je viens de caler au bout de cent pages, écrasé par le nombre de personnages, le style volcanique et un paquet de références historiques que je ne maîtrise pas du tout… Ce roman va faire parler de lui, c’est certain, il sera sans doute beaucoup acheté – mais combien le liront vraiment ? Je suis curieux d’avoir d’autres retours.

Enia - Sur cette terre comme au cielRAGING BULL : Sur la terre comme au ciel, de Davide Enia
Une grande fresque campée en Sicile, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 90, qui entrelace le destin de trois générations, dont le petit Davidù, gamin de neuf ans qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amour et de la bagarre dans les rues de Palerme. Premier roman de Davide Enia, finaliste du prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

COLLISION : La Vie nous emportera, de David Treuer
Août 1942. Sur le point de s’engager dans l’U.S. Air Force, un jeune homme se trouve mêlé à un accident tragique qui bouleverse non seulement son existence, mais aussi de ses proches. Une fresque humaine et historique à l’américaine.


Le Crime du Comte Neville, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Un matin, le comte Neville doit aller récupérer Sérieuse, sa benjamine âgée de dix-sept ans, chez une voyante qui l’a trouvée frigorifiée en pleine nuit dans la forêt. Après avoir sermonné l’aimable aristocrate belge, la madame Irma (qui s’appelle en réalité Portenduère) prédit sans transition qu’il va tuer l’un de ses invités lors de la prochaine grande fête qu’il donnera dans son château.
Hélas, cette fête devait être l’apogée de l’historique bastion familial, car le comte Neville s’apprête à le vendre, incapable de l’entretenir plus longtemps comme il se doit. Rongé d’inquiétude, il se voit alors proposer une étrange solution par Sérieuse…

Nothomb - Le Crime du comte NevilleJe ne saurais déroger à la règle voulant que nous ouvrions nos chroniques consacrées à la rentrée littéraire par la présentation du Nothomb annuel. Il faut croire que vous y avez pris goût, vous aussi, puisque notre article de l’année dernière sur Pétronille est devenu la publication la plus consultée de ce blog, avec des statistiques aussi inattendues qu’hallucinantes.
Et puis, comme nous n’aurons pas souvent l’occasion de rigoler avec cette rentrée 2015, autant commencer avec un peu de gaieté et de bonne humeur littéraire – et dans ce registre, Amélie est devenue incontournable.

Le Nothomb 2015 est donc un cru léger et pétillant ; pas une cuvée inoubliable, certes, mais pas de quoi rougir. En romancière cultivée, Amélie Nothomb esquisse une aimable variation sur le Crime de Lord Arthur Savile, bref roman diabolique d’Oscar Wilde. Elle y ajoute ses ingrédients personnels : quelques larmes de Champagne, une adolescente délicatement amorale, un pneu, une réflexion – gentillette – sur le monstrueux (ici moral), des aristocrates finissants mais dignes (ça, c’est pour la partie autobiographique, car il y a du familial nothombien dans cette tribu Neville), le tout servi avec des dialogues précis comme un texte de théâtre.

Alors, non, rien de franchement nouveau ; et on pourra même déplorer des personnages quelque peu superficiels, une intrigue qui touche très vite ses limites, ce qui est un comble pour un roman aussi court ; et une fin trop rapide, exécutée en deux pages à peine. Cependant, soyons honnêtes, nous n’en sommes plus à attendre de profonds bouleversements littéraires en provenance du front belge… Amélie Nothomb est ici en service minimum, ça fonctionne et c’est déjà ça.

Le Crime du Comte Neville, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2015
ISBN 978-2-226-31809-1
144 p., 15€


A première vue : la rentrée Albin Michel 2015

Ils sont dix cette année à se présenter sous les couleurs des éditions Albin Michel : sept romans français et trois étrangers. A première vue, pas forcément de quoi bouleverser la rentrée littéraire (comme chez l’ensemble des éditeurs), mais quelques rendez-vous intéressants sont à espérer néanmoins, entre arrivées de transfuges prestigieux, incontournables (coucou Amélie !), projets inattendus et gros morceaux, avec une nette prédominance de sujets de société.

Nothomb - Le Crime du comte NevilleAMÉLIE WILDE : Le Crime du comte Neville, d’Amélie Nothomb (lu)
Vieil aristocrate belge sur le point de vendre son château familial, le comte Neville apprend qu’il va tuer l’un de ses invités au cours de la fête qu’il s’apprête à y donner. Sa fille adolescente, prénommée Sérieuse, lui propose une solution aussi audacieuse que terrible… Inspirée par le Crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde, Amélie Nothomb signe une fantaisie pétillante, bien dans son style quoique assez sage au final.

Rutés & Hernandez Luna - MonarquesQUATRE-MAINS TRANS-MARITIME : Monarques, de Sébastien Rutés & Juan Hernandez Luna
En 1935, Augusto, un affichiste mexicain, entame une correspondance involontaire avec Jules Daumier, jeune Français coursier à L’Humanité. Le second entreprend alors de rechercher Loreleï, jeune femme dont le premier est éperdument amoureux, et qui semble avoir disparu. Quelques dizaines d’années plus tard, les petits-fils d’Augusto et Jules poursuivent l’échange… Après la mort précoce en 2010 de Juan Hernandez Luna, Sébastien Rutés a poursuivi et achevé seul ce projet original de roman épistolaire à quatre mains.

Viguier - Ressources inhumainesVIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ : Ressources inhumaines, de Frédéric Viguier
Ce premier roman d’un auteur de théâtre suit le parcours d’une jeune femme quelconque au sein d’un hypermarché, qui gravit les échelons de simple stagiaire à chef de secteur, donnant ainsi un sens à sa vie. Jusqu’au jour où son statut est menacé par l’arrivée d’une nouvelle stagiaire…

Mordillat - La Brigade du rireVIVE LA SOCIALE : La Brigade du rire, de Gérard Mordillat
Une petite bande de chômeurs kidnappe un journaliste de Valeurs françaises pour le forcer à travailler selon ses propres idées extrémistes (semaine de 48h, smic en berne, travail le dimanche…) Transfuge de Calmann-Lévy, Mordillat propose une comédie sociale féroce et engagée, bien dans son style.

PETIT POUCET CHINOIS : Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, d’Olivier Bleys
En Chine, un homme économise assez d’argent pour racheter la maison familiale, dans le jardin de laquelle sont enterrés ses parents. Mais une compagnie minière essaie de les expulser pour exploiter la richesse du sous-sol.

LIGHT MY FIRE : L’Envers du feu, d’Anne Dufourmontelle
Premier roman d’une psychanalyste réputée, qui met en scène… une psychanalyste (on ne se refait pas). Cette dernière écoute le récit d’un Américain d’origine russe, qui tente de retrouver une femme disparue, tout en luttant contre un rêve obsédant de feu qui parasite ses souvenirs.

NICOLE GARCIA : Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, de Claire Delannoy
En découvrant à la mort de son mari que ce dernier avait une fille cachée, une femme s’entoure de ses amies proches pour questionner leurs amitiés et leurs amours. Vous le voyez venir, le film choral avec toutes les actrices françaises qu’on voit toujours à l’affiche dans ce genre d’histoire ?

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Mari - Les folles espérancesDICKENS ITALIEN : Les folles espérances, d’Alessandro Mari
(traduit de l’italien par Anna Colao)
Pour son premier roman, Mari balance un pavé de 1000 pages qui suit quatre personnages, parmi lesquels Garibaldi, dans une quête de liberté et d’amour dans l’Italie du XIXème siècle. On l’attend comme l’une des révélations étrangères de cette rentrée.

Mengestu - Tous nos nomsTEARS FOR FEARS : Tous nos noms, de Dinaw Mengestu
(traduit de l’américain par Michèle Albaret-Maatsch)
Un jeune Africain fuit l’Ouganda en proie à la guerre civile, y abandonnant son meilleur ami, pour rallier l’Amérique des années 70, où il trouve l’amour. Entre Afrique et Amérique, un roman du déchirement et de la quête d’identité dans des pays qui se cherchent.

INISHOWEN : La Neige noire, de Paul Lynch
(traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso)
Après avoir vécu aux États-Unis, un Irlandais revient s’installer en 1945 dans une ferme de son pays avec femme et enfant. La mort accidentelle d’un ouvrier dans l’incendie de son étable le confronte à l’hostilité des autochtones, qui se confond avec la rudesse de la région.


Pétronille, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Bon, vous connaissez la chanson, je ne vais pas m’étendre sur le sujet outre mesure : qui dit rentrée littéraire dit Amélie Nothomb, et vice versa, voici donc le moment venu d’évoquer l’opus 2014 de la célèbre romancière chapeautée. Et cette année encore, c’est un bon cru, quoique pour des raisons différentes de la Nostalgie heureuse de l’année dernière.

Nothomb -PétronilleInscrit dans sa veine autobiographique à tendance drolatique, Pétronille relate l’amitié étrange (forcément) que noue la Belge la plus célèbre des lettres francophones contemporaines avec une jeune femme, Pétronille donc, Fanto de son patronyme, qui se présente à elle lors d’une séance de dédicaces. Nous sommes dans les années 90, au début de la carrière d’Amélie.
Il s’avère que cette Pétronille, d’apparence « si jeune » qu’elle ressemble à « un garçon de quinze ans », est une fine lettrée, étudiante en littérature élisabéthaine ; qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche, et qu’elle semble donc avoir toutes les qualités pour devenir la compagne de beuverie idéale d’Amélie Nothomb. Car, oui, l’objectif suprême de la romancière depuis qu’elle est arrivée en France est de trouver quelqu’un avec qui partager régulièrement sa boisson favorite : le champagne…

Si vous êtes un tant soit peu familiers avec l’œuvre de Nothomb, vous reconnaissez dans ce résumé des éléments clefs de nombre de ses livres. Une relation d’amitié complexe et possessive, qui suscite fatalement des dialogues de haute volée, de l’humour, du champagne… et de la littérature, car Pétronille Fanto devient elle aussi romancière, suscitant l’admiration de sa célèbre consœur. Entre deux aventures rocambolesques d’Amélie (dont une visite d’anthologie chez Vivienne Westwood) et des considérations diverses sur la France ou les libraires, la parution des livres de Pétronille, auxquels l’auteur d’Hygiène de l’assassin rend de vibrants hommages, rythme le récit.

Pétronille Fanto existe bel et bien, sous un autre nom évidemment, elle a fait paraître plusieurs romans qu’Amélie Nothomb s’amuse à déguiser sous des titres synonymes. C’est sans doute cette véracité qui rend ce nouveau livre si vif, si drôlement sincère, à défaut d’être original dans l’œuvre de l’auteure belge. Ah si, quand même, la fin, brusque et inattendue, vaut le détour et permet de quitter Pétronille sur une note aussi déconcertante que réjouissante.

Bref, pour les amateurs, un Nothomb de très bonne tenue, amusant et bien vu. En fait, Amélie a rendu le plus bel hommage qui soit à sa boisson favorite, elle a inventé la littérature champagne !

Pétronille, d’Amélie Nothomb
  Éditions Albin Michel, 2014
ISBN 978-2-226-25831-1
169 p., 16,50€


A première vue : la rentrée littéraire Albin Michel 2014

A tout seigneur tout honneur, nous ouvrons le bal des présentations de la rentrée littéraire 2014 avec l’éditeur qui a remporté le Prix Goncourt l’année dernière – pour notre plus grande joie car nous avions adoré Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre.
Comme chaque année, Albin Michel revient avec un mélange intéressant de grands romans populaires et d’œuvres plus intimistes, dont se distingue un premier roman très prometteur.

Roux - Le Bonheur national brutLA FRESQUE ALBIN MICHEL : Le Bonheur national brut, de François Roux
Cela pourrait presque devenir un genre en soi. Après Le Club des incorrigibles optimistes et La Vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia, ou Les fidélités successives de Nicolas d’Estienne d’Orves, voici Le Bonheur national brut, premier roman de François Roux qui raconte, à travers le destin de quatre amis, la France des années 80 à nos jours. Trente ans d’histoire récente, des destins passionnants et exemplaires, un style affûté, tous les ingrédients sont là pour faire de ce gros livre un franc succès. En d’autres termes, on en attend beaucoup.

Nothomb -Pétronille (pt format)L’INCONTOURNABLE : Pétronille, d’Amélie Nothomb (lu)
Un titre et un prénom d’héroïne improbables, une histoire d’amitié possessive et complexe, du Champagne qui coule à flot, Amélie qui se met en scène au fil de 169 pages vite dévorées, c’est du Nothomb en puissance. Sans surprise, mais avec son humour et ses dialogues ciselés, c’est plutôt un bon cru.

VOYAGES :
L’Enfant des marges, de Franck Pavloff : direction Barcelone, dans les pas de Ioan, photographe de renom qui vit reclus dans les Cévennes depuis la mort de son fils en mer, et qui sort de sa retraite pour tenter de retrouver son petit-fils disparu dans la capitale catalane.
Barcelone est un décor romanesque par excellence, et l’histoire est en partie autobiographique. Cela pourrait donner un beau livre, par l’auteur de Matin Brun.
La Belle de l’étoile, de Nadia Galy : après le suicide de son amant, une femme part s’installer à Saint-Pierre-et-Miquelon, au climat rude mais aux habitants bienveillants. Elle y relit la correspondance de son homme disparu et y répond tout en se confrontant à la nature belle mais sauvage de l’île.
Le cadre original du roman est pour beaucoup dans la curiosité qu’il suscite. A voir.

SOCIÉTÉ :
Madame Diogène, d’Aurélien Delsaux : le syndrome de Diogène est une pathologie consistant à tout accumuler chez soi, à ne jamais rien jeter. Héroïne de ce premier roman, une vieille dame en est atteinte et se replie chez elle, malgré les gens, proches ou services sociaux, qui tentent de l’approcher.
Jeancourt-Galignani - L'AudienceL’Audience, d’Oriane Jeancourt-Galignani (lu) : au Texas, un professeur ne peut avoir de relations sexuelles avec ses élèves, même si ces derniers sont majeurs et consentants. Pour avoir couché avec quatre garçons de sa classe de mathématiques, Deborah Aunus est arrêtée et jugée. Les quatre jours de son procès sont l’occasion de voir défiler proches, témoins, victimes supposées, autant que d’interroger les paradoxes d’une société américaine à la fois puritaine et voyeuse.
Projet ambitieux, mais roman pas tout à fait à la hauteur. De qualité, mais pas saisissant, faute d’élever le débat comme son sujet le promettait.

HUIS CLOS : Madame, de Jean-Marie Chevrier
Une veuve aristocrate vit seule et s’attache au fils de ses fermiers, Guillaume, qu’elle a rebaptisé Willy. Elle souhaite en faire son héritier, malgré la jalousie instinctive de ses parents. Elle a perdu son fils quatorze ans plus tôt, le jour de la naissance de Willy. La date anniversaire approche et un drame se prépare…

Estienne d'Orves - La DévorationINCLASSABLE : La Dévoration, de Nicolas d’Estienne d’Orves
Comment mieux définir ce romancier que par ce qualificatif ? Capable de changer de genre comme de chemise, pas toujours convaincant, il nous avait surpris et épatés avec ses Fidélités successives. Il revient avec un roman radicalement différent, dans lequel un romancier, pressé par son éditrice de quitter son registre habituel, se passionne pour l’histoire d’un cannibale humain ayant tué et mangé sa petite amie. Voulant en faire le sujet de son prochain livre, il entreprend de se mettre dans la tête du meurtrier cannibale. Un périple potentiellement dangereux…


L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier

Signé Bookfalo Kill

Au Paradise, le palace parisien, des destins se croisent durant une semaine. Celui de Craig, professeur anglais de littérature française aux Etats-Unis, à Paris pour des recherches ; d’Elena, Italienne travaillant dans la mode, en mission dans la capitale ; et de Sébastien, concierge de nuit.
Lorsqu’un autre client est assassiné dans sa suite, leurs trajectoires prennent un détour inattendu…

Carlier - L'Assassin à la pomme verteL’Assassin à la pomme verte n’est pas un polar, plutôt une comédie de mœurs à suspense. L’intrigue criminelle n’est qu’un moteur de l’histoire, pas son sujet ; d’ailleurs on sait très vite qui a tué et pourquoi. Ce qui intéresse Christophe Carlier, c’est le parcours de ses trois personnages principaux, à qui il donne la parole à tour de rôle, dans des paragraphes courts qui dynamisent le récit.

La lecture de ce bref roman est plaisante, d’autant que le romancier a une jolie plume, bien qu’un peu riche en lipides littéraires par moments. Pas étonnant d’ailleurs qu’elle ait séduit Amélie Nothomb (cf. le blurb sur le bandeau et en quatrième de couverture…), tant le style de Christophe Carlier et son propos finalement léger durant l’essentiel du roman, tirant vers le marivaudage, ont des affinités avec les manières de la romancière belge.
Certaines scènes d’ailleurs sont plutôt amusantes, notamment une visite de Craig à la B.N.F. qui parlera sans doute à nombre de lecteurs ayant tenté de fréquenter l’endroit… D’autres saisissent avec finesse l’atmosphère si particulière des hôtels (et le fait que celui du roman soit un palace n’y change pas grand-chose), l’état d’esprit entre parenthèses de ceux qui y séjournent. C’est sensible et bien vu.

Rien d’inoubliable néanmoins au final, si ce n’est justement une fin inattendue, qui tire le roman vers une chute plus sombre et désenchantée que prévu, et entraîne une dernière fois le parcours de tous les personnages dans la même direction, par un joli jeu de circonstances et de hasards. Carlier autorise enfin un peu d’émotion à s’immiscer dans un récit plutôt froid auparavant, à l’image de ses personnages observant le monde à distance, dans le miroir déformant du grand hôtel.

Pour son premier roman (couronné du prix du même nom), Christophe Carlier montre donc qu’il est un habile tricoteur, aisance qu’il a depuis retrouvée dans son deuxième, L’Euphorie des places de marché, sans décoller toutefois de l’anecdotique. Un auteur à surveiller, au cas où.

L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier
Éditions Pocket, 2014
(Première édition : Serge Safran, 2012)
ISBN 978-2-266-23785-7
157 p., 5,70€


La nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

C’est la troisième rentrée littéraire des Cannibales, et vous savez désormais que chaque rentrée digne de ce nom commence par la lecture du nouveau roman d’Amélie Nothomb, aussi inévitable qu’une gueule de bois après une soirée au Beaujolais nouveau.
En 2013 néanmoins, trêve de persiflage, je mets le holà à l’hallali : le cru est excellent. Mieux, La Nostalgie heureuse est peut-être l’un des meilleurs romans de Nothomb – en tout cas son meilleur depuis longtemps.

La raison de cette résurrection tient en un mot : Japon. Oui, encore. Encore, et tant mieux, si cela doit autant inspirer notre Belge préférée.
Nothomb - La Nostalgie heureuseL’argument de départ est véridique : Amélie Nothomb est sollicitée par une équipe de télévision qui, dans le cadre d’une série documentaire diffusée par France 5, Empreintes, souhaite partir avec elle sur les traces de son enfance japonaise. Persuadée que le projet ne se fera jamais, la romancière accepte – et c’est ainsi que, fin mars 2012, elle foule à nouveau le sol nippon, seize ans après l’avoir quitté.
Plus récit autobiographique que roman, La Nostalgie heureuse retrace les différentes étapes de son périple, de ses retrouvailles chaleureuses avec son ex-amant Rinri (Ni d’Eve ni d’Adam racontait leur liaison) à celles, bouleversantes, avec sa vieille nourrice Nishio-San ; évoque aussi son retour sur certains lieux de son enfance, comme l’école maternelle où elle était la seule Occidentale au milieu des petits Japonais, ou sa visite troublante à Fukushima, un an après le tsunami.

Je disais que le point de départ était véridique, mais c’est tout le livre qui s’imprègne de cette véracité. Intime et intimiste, le texte est heureusement dépouillé des affèteries habituelles dont Nothomb ornementait lourdement ses précédents romans. Ici, pas de noms ridicules ni d’excès de Champagne ; pas non de festival langagier aussi brillant que vain. Les dialogues, pour lesquels la romancière a une facilité (trop) manifeste, se font rares ; à l’exception de quelques phrases exécutées avec une familiarité regrettable, son véritable talent de plume peut donc enfin s’épanouir, déroulant une élégance simple et fluide, ainsi que de subtiles réflexions sur l’identité, l’écriture ou le passé.
L’humour cher à Amélie trouve aussi sa place, dans des scènes (la traductrice qui engueule l’éditeur japonais devant Nothomb bien embarrassée) d’autant plus amusantes qu’elles sont justes.

La Nostalgie heureuse porte bien son titre paradoxal. A la fois émouvant et apaisé, ce roman-miroir offre une réflexion sobre et touchante d’Amélie Nothomb sur ce qu’elle fut et sur ce qu’elle est devenue, suffisamment éloignée de l’image de phénomène médiatique que la déferlante littéraire nous renvoie chaque année en septembre pour que, enfin, on puisse apprécier sans arrière-pensée la sincérité de sa démarche d’écriture. Une très belle surprise, qui donne le coup d’envoi d’une prometteuse rentrée 2013.

La Nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2013
ISBN 978-2-226-24968-5
152 p., 16,50€


A première vue : la rentrée littéraire Albin Michel 2013

Hormis le sempiternel Amélie Nothomb (on y revient…), que nous réserve cette année la rentrée Albin Michel ? Avec sa volonté de toucher le plus grand nombre et son équilibre entre grosses pointures commerciales et auteurs plus littéraires, voilà un éditeur qui ne figure pas forcément parmi les lauréats des grands prix littéraires, mais qui offre souvent des bons moments de lecture. Petit tour d’horizon – toujours Cannibale, donc toujours aussi subjectif…

Lemaitre - Au revoir là-hautNOTRE FAVORI : Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre
Auteur célébré de romans noirs, Pierre Lemaitre change de genre mais ne lâche pas son sens de l’engagement social.
Au revoir là-haut évoque l’impossible réintégration des survivants de la Première Guerre mondiale, auquel on préfère les morts, célébrés à grands frais par l’Etat. Mais une poignée de rescapés imagine une parade qui va frapper les esprits…
…tout comme ce grand roman au souffle épique, dont la résonance contemporaine devrait troubler plus d’un lecteur !

Nothomb - La Nostalgie heureuseLA BONNE SURPRISE : La nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb
Si l’on fait un panorama de son œuvre inégale, on réalise que la plupart des bons romans de la prolifique Amélie Nothomb sont liés ou ont lieu au Japon. La nostalgie heureuse ne fait pas exception à la règle et apparaît comme son meilleur livre depuis longtemps – voire l’un de ses meilleurs tout courts : superbement écrit, dépouillé de ses affèteries habituelles, lesté d’une réflexion sobre et touchante de l’auteur sur elle-même, ce qu’elle fut et ce qu’elle est devenue.

LES POINTURES :
Petites scènes capitales, de Sylvie Germain : l’auteur du bouleversant Magnus raconte ses personnages au travers de moments clefs de leurs vies. A voir, pour son écriture délicate et sa sensibilité.
Les perroquets de la place d’Arezzo, d’Eric-Emmanuel Schmitt : gros pavé pour le dramaturge et romancier à succès, qui se pose sur une place huppée de Bruxelles pour y livrer une réflexion sur l’amour et sur la sexualité via une galerie de personnages hauts en couleur.

LE PREMIER ROMAN : Haute époque, de Jean-Yves Lacroix
Une exploration de Guy Debord, le mythe et l’homme. L’auteur est libraire de livres anciens.

VOYAGE VERS AILLEURS :
La Transcendante, de Patricia Reznikov : après l’incendie de son appartement, Pauline ne récupère qu’une chose, un livre : La Lettre écarlate, de Nathaniel Hawthorne. Elle décide de partir à Boston, sur les traces de l’écrivain…
Concerto pour la main morte, d’Olivier Bleys : un pianiste français, dont la main se dérobe lorsqu’il veut jouer un concerto de Rachmaninov, s’exile dans un village russe perdu au milieu de nulle part, pour essayer de s’y retrouver.

INTIMISTES :
Muette, d’Eric Pessan : une adolescente fugue et s’installe dans une grange, à deux heures de la maison de ses parents. Une façon différente d’essayer de trouver sa place dans le monde.
La nuit en vérité, de Véronique Olmi : une histoire à trois personnages. Une mère, femme de ménage ; son fils Enzo, adolescent mal dans sa peau et maltraité à l’école, qui se réfugie dans la lecture ; et l’appartement luxueux dans lequel ils vivent, vers les jardins du Palais Royal, dont les propriétaires, qui emploient la mère, sont toujours absents.

Pour notre part, les romans de Lemaitre et Nothomb sont déjà lus et largement approuvés, celui de Sylvie Germain est en cours de lecture ; ce sera sans doute tout pour les Cannibales dans cette rentrée Albin Michel – mais on ne sait jamais !


Deux ans !

gateau01Hé oui, les Cannibales Lecteurs ont déjà deux ans ! Quand WordPress nous a annoncé la nouvelle ce matin, nous en avons été les premiers surpris… Le temps passe !
C’est l’occasion de donner un petit coup d’œil dans le rétro – vite fait, parce qu’on est surtout là pour parler livres, et que les statistiques, ce n’est pas notre fort ni notre truc ni notre raison d’être. Mais tout de même, pour le fun :

– Sans compter celui-ci, nous en sommes à 265 articles, soit environ 260 chroniques, si on enlève nos rares articles annexes (annonces de vacances, explications de disputes avec des auteurs énervés…)
– Vous nous avez laissé 390 commentaires, qui nous ont tous fait chaud au cœur – même quand vous n’étiez pas d’accord avec nous ;-)
– Le blog a été vu 61126 fois depuis sa naissance, dont 39572 fois en 2012, et déjà 12914 en 2013.
– Le premier article était consacré à la revue Collection.

Les trois chroniques les plus lues sont à ce jour :
1. L’Art de Tim Burton (catalogue de l’exposition de la Cinémathèque)
2. Tuer le père, d’Amélie Nothomb, éd. Albin Michel
3. Prison avec piscine, de Luigi Carletti, éd. Liana Lévi

Pour rigoler un peu maintenant, passons aux critères de recherche
– Les cinq plus populaires :
1. delphine de vigan (593)
2. prison avec piscine (352)
3. lucile de vigan (309)
4. cannibales lecteurs (262)
5. l’art de tim burton (256)

– Les plus flippants :
« torture chinoise » (41 fois quand même !!!), « camp de concentration cannibalisme » (1 fois seulement, mais ça suffit !), « soumise comment bien choisir sa maîtresse » (hum)…
– Quelques inattendus, pris au hasard (il y en a un paquet…) :
« chaise sur le pont », « des corps de femme en lévitation », « orgie dans un monastère », « slip trash bd » (!!!), « pierrot l’idiot », « guerite de surveillance elysée » (il prépare un sale coup, celui-là, ou quoi ???)
Dont quelques-uns liés au nom du blog :
« questions droles sur cannibale », « pourquoi devient on cannibal psychologiquement » (les fautes sont d’origine), « le cannibale corse », « dessins de cannibale », « pourquoi et comment utiliser la fiction pour révéler une histoire vérédique dans cannibale » (compliqué !!!)
– Celui qui reprend carrément au mot près une phrase d’un de nos articles :
« esteban s’ennuie tout seul dans son immeuble »… Chapeau :-)
– LA bonne question :
« pourquoi des pese personne jardins du luxembourg »…

gateau02Nous avons chroniqué 69 romans français, 57 polars, 37 romans étrangers, 29 romans jeunesse, 24 B.D., 10 livres d’histoire et 10 livres d’art, 6 livres de cinéma, 3 de théâtre.
17 articles nous ont paru hors catégorie, alors nous les avons appelé les « inclassables ».

Merci à tous ceux qui nous suivent depuis longtemps, à ceux qui passent et qui s’arrêtent quelques minutes, à ceux qui nous aiment bien et à ceux que nous énervons.
Merci aux auteurs qui nous écrivent parce qu’ils sont heureux de la bonne critique que nous avons faite de leur livre, mais aussi à ceux à qui nous avons réservé une chronique plus mitigée et qui viennent – courtoisement – en parler avec nous.
Merci à ceux qui font vivre la littérature quoi qu’il arrive : éditeurs, lecteurs, blogueurs… Quels que soient nos goûts, nos affinités, nos différences, nous partageons et faisons partager la même passion – un combat commun pour la singularité et la culture auquel nous ne devons jamais renoncer.

De notre côté, nous entrons dans la troisième année de notre blog avec la même envie de vous faire partager nos découvertes et nos coups de coeur comme nos coups de griffe. Les Cannibales ont toujours les crocs, alors rendez-vous à la prochaine chronique, puis à la suivante, et encore à la suivante…

Bookfalo Kill & Clarice Darling


Barbe Bleue, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Tiens, c’est le début de la rentrée littéraire 2012 ! Vous savez comment je le sais ? Hé oui, gagné.
Il y a un nouveau Amélie Nothomb.
Barbe bleue, ça s’appelle. Et comme vous vous en doutez, c’est une variation nothombienne et contemporaine sur le conte de Charles Perrault.

Il était une fois (donc) Don Elemirio Nibal y Milcar. Il avait 44 ans et vivait seul dans sa grande maison de maître du VIIe arrondissement de Paris, ce qui l’arrangeait parce qu’il n’appréciait pas la compagnie des hommes. Mais cela l’embêtait quand même un peu parce qu’il aimait beaucoup la compagnie des femmes. Surtout les jeunes. Il passait donc des petites annonces pour proposer de partager ses appartements en colocation. Bon, il devait en passer souvent parce que ses colocataires avaient une fâcheuse tendance à disparaître.
Saturnine Puissant, elle, ignorait tout de cette histoire. Jeune Belge en exil à Paris (hum), elle voulait juste déserter le canapé que lui prêtait une amie à Marne-la-Vallée depuis des mois. Cette offre trop belle pour être honnête lui convenait donc parfaitement.
Don Elemirio et Saturnine commencèrent donc à cohabiter, plus ou moins harmonieusement. Sauf qu’entre eux se dressait un secret. celui que Don Elemirio dissimulait dans une chambre noire, la seule pièce à laquelle Saturnine n’avait pas le droit d’accéder et qui n’était pourtant pas fermée à clef…

Bon, j’arrête là, vous connaissez tous plus ou moins l’histoire de Barbe-Bleue. Amélie Nothomb l’adapte tout de même à sa sauce, faisant de Don Elemirio un Barbe Bleue désacralisé, avec des motivations et une forme de « morale », comme tous ses « monstres » habituels, pour lesquels elle garde toujours la même affection. On pourrait même lui en faire une sorte de devise.
Le freak, c’est chic, le glauque, c’est choc.
Quant à Saturnine, c’est une jeune femme d’aujourd’hui, indépendante, forte tête, loin de la cruche trop curieuse du conte original. Et les deux vont s’affronter, dans un mélange familier d’admiration et de répulsion . Le schéma est connu, il était déjà en place dans le premier roman de Nothomb, Hygiène de l’assassin. C’était il y a vingt ans. Cela n’a guère varié depuis.

Pour le reste, c’est du Nothomb sans surprise. Une fois passée l’exposition, le roman se résume à une suite de dialogues plutôt brillants (hormis quelques facilités occasionnelles), articulés autour de dîners à fleurets mouchetés. Au menu, provocation, séduction, champagne et discussions érudites sur des sujets aussi divers que le féminisme, les origines espagnoles du Christ ou la photographie.
Ça fait 170 pages, ça se lit en deux heures maxi et ça s’oublie aussitôt. Comme d’habitude depuis quelques années, quoi.

Et sinon, la rentrée littéraire commence. Avec des vrais morceaux de littérature dedans. On vous en reparle bientôt !

Barbe bleue, d’Amélie Nothomb
  Éditions Albin Michel, 2012
ISBN 978-2-226-24296-9
170 p., 16.50€