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À première vue : récapitulatif 2020

En cette fin de quatrième semaine, je vous propose un petit outil qui pourrait s’avérer fort utile, si jamais vous cherchez à découvrir la rentrée d’un éditeur en particulier.

Vous trouverez donc ci-dessous la liste, dans l’ordre alphabétique, des éditeurs abordés cette année dans la rubrique « à première vue ». Pour en savoir plus sur leurs publications, il vous suffit de cliquer sur le nom qui vous intéresse.

Pour vous faciliter encore un peu plus la vie, je laisserai cet article épinglé en haut du blog durant quelque temps.

Actes Sud
Agullo
Albin Michel
Autrement
Aux Forges de Vulcain
Christian Bourgois
Delcourt
Fayard
Finitude
Flammarion
Gallimard
Gallmeister
Éditions du Globe
Grasset
Éditions de l’Iconoclaste
Julliard
Lattès
Liana Levi
Métailié
Éditions de Minuit
Éditions de l’Olivier
Le Passage
Philippe Rey
Plon
P.O.L.
Rivages
Éditions du Rouergue (la Brune)
Robert Laffont
Seuil
Stock
Sabine Wespieser
Verdier
Zoé
Zulma
Bonus :
Sonneur, Fosse aux Ours, Viviane Hamy, Tripode

(…et, si j’ai le courage de l’écrire, un article recensant les parutions d’éditeurs ne sortant qu’un seul livre, comme Viviane Hamy ou le Sonneur… Je vais essayer, promis !)


À première vue : la rentrée Lattès 2020

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Première occurrence de la maison Lattès dans la rubrique « à première vue ». Fidèle au rendez-vous de la rentrée littéraire, c’est un éditeur dont les parutions m’attirent rarement, d’où ce manque… Même s’il m’arrive d’en apprécier certaines à l’occasion – je garde notamment un souvenir passionné des Gens dans l’enveloppe, d’Isabelle Monnin.
Cette année, Lattès envoie cinq livres sur la ligne de départ. Dont deux Adrien, ce qui n’est sûrement qu’une coïncidence. À première vue, pour être honnête, je n’y vois rien de palpitant, à titre personnel en tout cas. Je vous laisse donc juge de ce programme, qui saura peut-être vous intriguer.


Intérêt global :

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Les disparus de Joola, d’Adrien Absolu

Quatre ans après un récit-enquête consacré au virus Ebola, Adrien Absolu récidive dans le même registre, avec une investigation littéraire consacrée au drame du Joola, bateau parti en septembre 2002 avec deux mille personnes à son bord, et qui n’arrivera jamais à destination. Presque tous les passagers périssent lors du naufrage.
Obnubilé par ce drame dont toutes les réponses n’ont sans doute pas encore été livrées, l’auteur se rend à Casamance, et reconstitue heure et heure la journée fatale, tout en enquêtant sur certaines victimes.

Adrien Borne - Mémoire de soieMémoire de soie, d’Adrien Borne

Lorsqu’il part faire son service militaire en juin 1936, Émile n’a aucune idée de la découverte ahurissante qu’il va faire dans le livret de famille, confié par ses parents à l’instant du départ. À côté du prénom de sa mère, le jeune homme découvre en effet celui d’un certain Baptistin. Qui n’est pas celui de son père. C’est le point de départ d’une enquête familiale.
Rien de très original sur le papier, si ce n’est le cadre de l’intrigue, une magnanerie (lieu d’élevage des vers à soie), et son moment, l’entre-deux-guerres. Pas suffisant pour me retenir plus longtemps.

Diane Mazloum - Une piscine dans le désertUne piscine dans le désert, de Diane Mazloum

Le refuge d’enfance de Fausta, c’est un village perdu dans les montagnes, à la frontière de trois pays en guerre, dont le sien, le Liban. Dans ce village, elle a fait construire une piscine, sur un terrain qui hélas ne lui appartient pas. Lorsqu’un certain Leo débarque du Canada pour régler la vente du terrain en question, qui appartient à sa famille, tout bascule, l’espace de trois jours dans ce village fascinant, lieu de paix à la croisée des périls…

Olja Savicevic - Adios cow-boyAdios Cow-Boy, d’Olja Savicevic
(traduit du croate par Chloé Billon)

De retour dans sa ville natale, Dada retrouve sa mère et sa sœur avec l’espoir de libérer sa famille du passé. Telle une cavalière solitaire, elle enfourche sa mobylette pour tenter de faire la lumière sur la mort de son jeune frère, passionné de westerns, disparu quatre ans plus tôt.
Un roman d’apprentissage qui offre le portrait d’une génération perdue, au cœur d’une banlieue croate abîmée par la guerre.

Hella Feki - Noces de jasminNoces de jasmin, d’Hella Feki

En janvier 2011, à l’aube du Printemps Arabe, un jeune journaliste croupit dans les geôles tunisiennes, dans l’attente de son sort. Dehors, pour tromper l’inquiétude, la femme qui l’aime part sur ses traces, remontant jusqu’à sa ville natale, dans l’espoir de le retrouver, pendant que son père se remémore l’indépendance.


À première vue : semaine 3, le programme

Bon, c’est pas tout ça, mais il y a encore beaucoup d’éditeurs à évoquer, et je ne veux pas vous retenir tout l’été. À partir de demain, nous passerons donc à deux présentations par jour, une le matin et une en fin de journée, sauf pour les plus gros programmes qui, impliquant plus de lecture, garderont le privilège d’avoir un jour pour eux  tout seuls. (Même si certains ne le mériteront pas forcément. Oui, c’est injuste. Mais c’est pour vous que je fais ça.)

Voici en images la liste des éditeurs de cette troisième semaine :

Un peu de teasing supplémentaire ?
Je vous donne particulièrement rendez-vous sur les présentations de Métailié, Liana  Levi et des éditions du Globe. Et, dans une moindre mesure, Gallmeister et l’Iconoclaste.

À demain donc, avec justement Gallmeister pour ouvrir le bal !


Moi et François Mitterrand d’Hervé Le Tellier

Le Tellier - Moi et François MitterrandDéjà, tout est dans le titre. Moi d’abord, François Mitterrand après. Hervé Le Tellier nous offre un bijou de pure loufoquerie, un petit bouquin bidonnant sur l’idiotie de l’administration et des courriers-types rédigés par on ne sait quel rédacteur disposé dans un sombre bureau sous les toits du Palais de l’Élysée.

Le protagoniste écrit au Président de la République un jour de 1983 pour le féliciter de son accession au pouvoir… deux ans plus tôt. Déjà là, première bizarrerie. Surtout que sa lettre est en fait une carte postale envoyée d’Arcachon où l’auteur avoue avoir mangé des huîtres. Débute alors une formidable correspondance entre les deux hommes, où Le Tellier s’amuse à trouver mille et une nuances entre les mots stéréotypés d’une lettre type immuable, qu’il reçoit systématiquement en réponse à ses courriers plus ou moins loufoques.
Et les choses ne s’arrêtent pas là, puisque la correspondance se poursuit avec Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy (plus difficilement, on se demande bien pourquoi)…

Vous l’aurez compris, ce petit ouvrage est très drôle, complètement barré et on ne regrette qu’une chose. Qu’il soit si court!

Moi et François Mitterrand d’Hervé Le Tellier
Editions JC Lattès, 2015
9782709656269
89p., 10€

Un article de Clarice Darling.


La fin de l’innocence, de Megan Abbott

Signé Bookfalo Kill

Lizzie et Evie sont les meilleures amies du monde, comme on peut l’être quand on a treize ans. Voisines, elles sont inséparables depuis la petite enfance et partagent tout, affaires personnelles et secrets, ainsi qu’une grande admiration pour Dusty, la sœur aînée d’Evie, aussi belle qu’impénétrable.
Puis Evie disparaît. Brutalement. L’hypothèse de l’enlèvement est rapidement avancée, surtout quand Lizzie apprend aux policiers que, la dernière fois qu’elle a vu Evie, une voiture bordeaux est passée deux fois de suite près d’elles.
Commence alors une longue attente, angoissante certes, mais aussi excitante, surtout pour Lizzie. Placée au centre de l’attention générale, elle se retrouve confrontée à des sentiments aussi puissants que contradictoires, de ceux qui vous font grandir à toute vitesse et basculer vers l’adolescence sans crier gare.

Troublant. Fascinant. Flirtant parfois avec un malaise difficile à définir. Le nouveau roman de Megan Abbott ne manquera pas de susciter des réactions fortes, à la hauteur de l’ambition de la romancière. Car son propos n’est pas de raconter une énième histoire d’enlèvement d’enfant, avec FBI sur les dents et monstre pédophile à neutraliser avant qu’il ne soit trop tard. Si enquête il y a bien, fatalement, elle est reléguée au second plan, permettant au récit d’avancer, et surtout aux personnages d’évoluer. Parmi eux, les flics sont des fantômes, réduits à leur seule fonction, et seul le chef a un nom. Ce sont les autres, la famille, les proches, et ceux qui tournent autour, qui intéressent la romancière. Ceux-là, et la manière dont ils interagissent.

Désir,  amour, jalousie

Des émotions très puissantes guident les personnages, et pas toujours d’une manière conventionnelle dans un roman. Au premier degré, il y a l’amitié qui unit Lizzie et Evie, bien sûr ; une amitié fusionnelle, intense, presque totale – presque seulement, car le drame est l’occasion pour Lizzie de se rendre compte qu’elle ne connaissait peut-être pas aussi bien sa meilleure amie que cela.
Mais surtout, supplantant ce thème de l’amitié déjà vu et revu (même si elle le traite très bien), Megan Abbott s’intéresse à des sentiments beaucoup plus forts et incontrôlables : le désir, l’amour, la jalousie. Tous étroitement liés, surtout dans la relation des jeunes aux adultes et réciproquement ; et c’est là que la romancière pousse très loin son sujet.
Privée de père (ses parents sont divorcés), Lizzie éprouve une fascination pour Mr Verver, le père d’Evie, qui dépasse confusément le manque de figure paternelle dans sa vie. Dusty, la grande soeur d’Evie, se montre également très proche de son père, et exprime une jalousie manifeste à l’égard de quiconque tente de se l’accaparer : sa sœur, qui a supprimé en naissant son statut d’unique, ou Lizzie, qui profite du drame pour s’incruster dans leur famille.
Puis il y a les secrets d’Evie, les raisons qui ont pu la pousser à se laisser disparaître…

Un roman de l’adolescence, dans la lignée de Virgin Suicides

La fin de l’innocence est un excellent titre. Meilleur peut-être, une fois n’est pas coutume, que le titre original, The End of everything. Foncièrement, il s’agit d’un superbe roman de l’adolescence, comme le montre d’ailleurs le fait d’avoir choisi Lizzie comme narratrice. Un choix pas du tout anodin, car c’est cela, finalement, qui crée le malaise, plus que les péripéties du récit. Le regard de Lizzie sur les événements reste celui d’une fille de treize ans, avec ce que cela comporte de naïveté et de romantisme. La manière dont elle juge les faits finit ainsi par s’avérer en décalage avec la manière dont un lecteur adulte doit lui-même les percevoir. D’où le malaise, et la nécessité de faire l’effort de remettre les choses en perspective, à la place de Lizzie, et de ne pas prendre tout ce qu’elle dit pour argent comptant.

Ce livre peut surprendre, voire choquer, surtout dans son dernier tiers, où Abbott s’affranchit du semblant de suspense de son intrigue pour emmener son lecteur dans une direction extrêmement instable. Plus que d’autres, c’est un roman à ne pas lire passivement, à ne pas prendre au premier degré ; un roman à lire avec recul et discernement, sous peine de dénaturer son propos.

Megan Abbott signe un livre puissant sur l’adolescence, avec tout ce que cela comporte de fêlures, de troubles, de perturbations, sans parler de l’obligation de se confronter à la responsabilité de grandir. Une œuvre dans la veine de Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides, ou du Petit Copain de Donna Tartt. De sacrées références.

La Fin de l’innocence, de Megan Abbott
Éditions Jean-Claude Lattès, 2012
ISBN 978-2-7096-3528-8
331 p., 21€


La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

Qu’est-ce que ce livre inconnu au bataillon qui truste les premières places des ventes sur Amazon? 1h30 plus tard… verdict…

La liste de mes envies est une caricature de livre. Une ébauche, un brouillon. Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, est une femme comme on n’en fait plus. Dévouée corps et âme à sa famille, à son magasin et à ses fidèles lectrices sur son site internet de couture. Mariée à Jocelyn (ah ah!), elle a deux grands enfants et un mort-né auquel elle pense souvent. Du jour au lendemain, Jocelyne gagne à la loterie nationale, la somme faramineuse de 18 millions et quelques d’euros. 

Moralité? : l’argent ne fait pas le bonheur. On n’est heureux qu’avec sa famille, même si on ne la choisit pas. On choisit ses amis. Quand on est riche, on n’est plus sûr de rien. Même quand ton mari est rustre, attends, ça passera. La patiente est la mère de toutes les vertus… Et tant d’autres encore. 

Un ramassis de clichés vous dis-je. Quant au style… Grégoire Delacourt a écrit un livre pour la ménagère de plus de cinquante ans qui n’a pas eu la vie qu’elle escomptait. C’est niais. Cul-cul oserai-je dire. Et le style littéraire est d’une pauvreté à faire pleurer dans les chaumières. Normal, c’est le but. 

La liste de mes envies est un ouvrage simple, lambda, qui plaira à toutes celles qui aiment Marc Lévy et Guillaume Musso. La comparaison n’est pas flatteuse, Grégoire Delacourt a au moins eu le mérite de ne pas écrire une histoire d’amour plate comme on en fait trop souvent, mais il ne s’éloigne pas, hélas, du malheureux Sujet-Verbe-Complément qui fait de son ouvrage, un texte d’une platitude sidérante. 

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt
Editions JC Lattès
9782709638180
185p., 16€ 

Un article de Clarice Darling.