Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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L’œil de Caine, de Patrick Bauwen

L’Œil de Caine, c’est la nouvelle émission de télé-réalité de la reine du genre aux États-Unis, Hazel Caine. Le pitch du programme est très simple : dix candidats, chacun porteur d’un secret, vont être emmenés dans un lieu protégé, où ils devront identifier et dévoiler les cachotteries les uns des autres ; le vainqueur sera le dernier à garder son secret.
Problème : un invité mystère s’invite à la fête en détournant le bus et en l’échouant en plein milieu du désert du Nevada, dans un ancien village minier. Là, les dix candidats comprennent qu’ils vont autant devoir s’entraider que se méfier les uns des autres, car le but du jeu devient beaucoup plus clair, et plus terrifiant en même temps : c’est à la promesse d’un véritable jeu de massacre qu’ils vont devoir échapper…

Bauwen - L'Oeil de Caine - LGFJ’ai découvert Patrick Bauwen dès ce premier roman. A l’époque, je traînais régulièrement sur l’excellent site-forum Polars Pourpres, et Nico, webmaster et créateur des lieux, avait beaucoup fait pour soutenir la sortie de ce livre. Ayant confiance dans le goût très sûr du garçon en matière de thriller, je n’avais pas tardé à embarquer – et ne l’avais pas regretté.
(Donc, publiquement, merci Nico !)

Si L’Œil de Caine commence lentement, c’est pour mieux t’embarquer, mon enfant. Je me rappelle pourtant avoir été dubitatif à la lecture du début (disons les trente ou quarante premières pages) ; le style de Bauwen n’avait rien de transcendant, et la mise en place était fastidieuse. Introduire une bonne dizaine de personnages principaux induisait ce côté laborieux – rien à voir avec l’entrée en matière virtuose des Dix petits nègres d’Agatha Christie, référence absolue pour qui adopte ce genre de schéma narratif : un lieu clos ou réduit dont il est impossible de s’échapper, un groupe réduit de caractères, un secret pour chacun, et un tueur caché au milieu.
Dix petits nègres est du reste l’une des références assumées par un Bauwen sans complexe, tout comme la série Lost ou le film Identity. Aucune présomption de sa part, le romancier est tout simplement joueur, et reconnaissant envers toute œuvre susceptible de piquer son imagination.

Bauwen - L'Oeil de Caine - Albin MichelUne fois les éléments de l’intrigue mis en place, L’Œil de Caine se transforme en feu d’artifice. Suspense et tension ne faiblissent pas jusqu’au bout, conduisant le roman à un bouquet final qui en laissera plus d’un pantois. Je n’en dis évidemment pas plus…
Paru en 2007 chez Albin Michel, le premier livre de Patrick Bauwen propose aussi une réflexion prenante sur la télé-réalité, dont il dévoile les artifices et les excès, en imaginant certains bien avant que ces derniers deviennent la norme d’un genre télévisuel dont la seule solution pour se maintenir à l’antenne est de toujours repousser les limites du mauvais goût et de l’abrutissement intellectuel.

Perfectible sur le plan littéraire et narratif, mais d’une efficacité redoutable une fois la mise en place achevée, L’Œil de Caine lançait il y a un peu plus de dix ans la promesse Patrick Bauwen. Promesse tenue deux ans plus tard par Monster – on en parle demain !

L’Œil de Caine, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2008
ISBN 9782253123118
477 p., 8,10€

Première édition : Albin Michel, 2007
ISBN 9782226173737
485 p., 22,30€

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COUP DE COEUR : La Note américaine, de David Grann

Au début des années 1920, aux États-Unis, la plupart des Indiens ayant survécu aux exterminations méthodiques des colons sont parqués dans des réserves. Tous, à vrai dire, sauf ceux de la tribu Osage. Après avoir été repoussé de leurs territoires d’origine au fil des années, ils ont fini par accepter l’offre de terres arides et minérales au fin fond de l’Oklahoma. Un cadeau à double tranchant pour ceux qui ont condescendu à leur faire ce présent qu’ils pensaient misérable : le sous-sol s’est révélé extraordinairement riche en pétrole, assurant la fortune des Osages qui en avaient la propriété exclusive.
Une telle situation ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde.

Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. On retrouve la femme abattue d’une balle dans la tête. S’ensuivent des empoisonnements, l’explosion d’une maison, d’autres disparitions, d’autres meurtres. La terreur s’empare des Osages, ces Indiens qui vivent comme des colons – voire mieux que la plupart d’entre eux, puisqu’ils ont même des domestiques blancs… Un affront insoutenable pour certains. Les premières enquêtes sont bâclées, à tel point que le gouvernement fédéral se voit obligé d’intervenir. Un jeune homme de 29 ans, à la tête du BOI (Bureau Of Investigation), est chargé des investigations. Il s’appelle J. Edgar Hoover, il est assoiffé de pouvoir, et voit dans cette terrible enquête l’occasion de parvenir à ses fins.
Tout est en place pour l’un de ces grands drames qui nourrissent la terre américaine de sang et de violence.

Grann - Note américaineC’est cette histoire ahurissante que David Grann, journaliste au New Yorker, narre ici par le détail. Et le résultat est exceptionnel à tous les titres. La Note américaine est avant tout d’une rigueur et d’une richesse documentaire formidables. Fouillant dans toutes les archives disponibles, suivant sur le terrain la piste des descendants des victimes comme des coupables, Grann s’attache à dresser le tableau le plus complet possible, et y parvient d’une manière magistrale. Même sans être familier avec l’Histoire américaine, on comprend tout, on saisit tout, et on apprend énormément de choses, en commençant par le parcours singulier de la tribu Osage qu’il faut bien maîtriser pour capter la suite de l’affaire.
David Grann du reste ne s’en tient pas à la seule restitution du drame, il va plus loin en intervenant dans le récit, pour ouvrir de nouvelles portes, élargir les perspectives de son histoire, et interroger la nature même de son pays, dont il est toujours utile de rappeler que ses racines baignent abondamment dans le sang.

La Note américaine est aussi un livre captivant – pour reprendre un cliché vieux comme le crime, il se dévore comme le meilleur des polars. Sauf que tout est vrai, bien entendu. Ce qui rend le récit encore plus fort, plus glaçant ; ce qui permet à David Grann de toucher au plus juste et au plus profond des âmes, que ce soit pour restituer la terreur des victimes ou l’horrifiante noirceur des meurtriers ou de leurs commanditaires. Le journaliste maîtrise l’art du romancier pour mener son histoire à un rythme implacable qui brise toute tentation de lâcher prise. J’insiste sur ce point, car la nature seule du récit suffit à justifier de s’y plonger ; mais la virtuosité littéraire mise en œuvre par Grann, restituée par la traduction puissante de Cyril Gay, participe largement de l’enthousiasme qui naît au fil des pages.

On peut comprendre que la parution l’année dernière aux États-Unis de la Note américaine ait secoué l’opinion publique outre-Atlantique. Ils n’ont d’ailleurs pas fini d’en entendre parler, car Martin Scorsese s’est emparé du livre et travaille en ce moment même à son adaptation sur grand écran. Un signe, parmi d’autres, de l’importance du travail de David Grann, que je vous invite ardemment à découvrir, tout en remerciant les éditions Globe de nous en avoir offert aussi vite la lecture.

La Note américaine, de David Grann
(Killers of the Flower Moon, traduit de l’américain par Cyril Gay)
Éditions Globe, 2018
ISBN 978-2-211-23289-0
366 p., 22€


La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker

On le surnomme « capitaine 100% », parce qu’il a la réputation d’avoir élucidé toutes ses enquêtes. Toutes ? D’après la journaliste Stephanie Mailer, ce n’est pas le cas. Elle est prête à prouver que le capitaine Jesse Rosenberg s’est trompé de coupable lors de sa première grande investigation vingt ans plustôt, le meurtre sordide du maire de la petite ville d’Orphea, dans les Hamptons, ainsi que de sa famille et d’une passante.
Après avoir prévenu Rosenberg qu’elle publiera son travail après une ultime vérification, Stephanie Mailer disparaît brutalement. De quoi achever d’inquiéter l’intègre policier, qui décide de repousser son départ à la retraite pourtant imminent pour tenter de retrouver la journaliste, et pour reprendre entièrement l’affaire du quadruple crime d’Orphea. Il n’est pas au bout de ses surprises et de ses désillusions…

Dicker - La Disparition de Stephanie MailerJe sais ce que vous allez me dire : ce n’est pas beau de tirer sur les ambulances. Flinguer Joël Dicker, ce serait aussi facile que de cramer Guillaume Musso ou, à l’inverse, de crier au génie dès que paraît un Modiano. Ce serait toutefois oublier que notre ami suisse a été précédemment bien reçu en terres cannibales, aussi bien pour La Vérité sur l’affaire Harry Quebert que pour Le Livre des Baltimore (qui avait déjà moins fait l’unanimité parmi les fans du précédent). Pas d’animosité gratuite donc à l’encontre de Joël Dicker ; mais pour ce nouvel opus, une vraie grosse déception.

Qu’est-ce qui a changé ? La fin de tout effet de surprise, sûrement, pour commencer. Harry Quebert nous avait pris de court ; puis, en partant dans d’autres directions que le suspense policier, Le Livre des Baltimore avait prolongé le plaisir d’une lecture pure et innocente. Cette fois, j’attendais vraiment Dicker au tournant, consciemment ou non, davantage prêt sans doute à ne rien lui passer.

Dans le même temps, le romancier suisse lui-même sait désormais beaucoup plus ce qu’il fait, alors que le succès de Harry Quebert était le fruit du hasard, concocté sans arrière-pensée ni certitude commerciale. Dicker le reconnaît lui-même dans une interview à Paris Match : « Je n’ai pas écrit [La Disparition de Stephanie Mailer] de la même façon. J’ai désormais plus conscience des outils que j’ai entre les mains. » Un aveu de clairvoyance qui signe, pour moi, la fin de cette innocence auparavant si appréciable. Même s’il se défend d’écrire des polars, Joël Dicker en reprend nombre d’ingrédients ; après avoir participé à l’efficacité redoutable (parce qu’instinctive) de Harry Quebert, ces techniques se retournent cette fois contre lui dans La Disparition de Stephanie Mailer, où tout m’a semblé orchestré avec la lourdeur d’un arrangeur hollywoodien travaillant sur la partition d’un film de Michael Bay.
Tirant en longueur sur 640 pages, l’histoire se complique rapidement par l’ajout d’une pléthore de personnages et de sous-intrigues, pas tous utiles – surtout quand on découvre le fin mot de l’histoire, pas à la hauteur de cette interminable attente. À force de vouloir masquer l’essentiel, de proposer des fausses pistes ou de chercher à créer des rebondissements sensationnels – mais bien souvent téléphonés -, Dicker s’embourbe dans le superflu et noie toute puissance potentielle de son récit.

Ah, et les personnages, tiens, parlons-en. Comment peut-on garder son calme devant cet ex-flic transformé en histrion hystérique qui se prend pour un grand dramaturge, dont les interventions et dialogues signés Dicker sont aussi navrants, voire plus, que ses écrits rendus volontairement nullissimes dans une recherche d’effet comique ? Ou devant une figure de critique détestable pour qui la littérature contemporaine n’est forcément que détritus ? (Bordel, ce cliché pathétique !!!)
Et je n’insiste pas sur la journaliste qui s’apprête à faire une grande révélation et disparaît stupidement dans la foulée, ni sur Jesse Rosenberg, le héros du roman, incarnation du flic modèle qui, découvrant qu’il a merdé, repousse le moment de prendre sa retraite pour se rattraper…

Après, c’est peut-être moi, hein. Quand on lit beaucoup, on finit par changer. Je deviens sans doute moins indulgent avec ce genre de livre – et avec d’autres d’ailleurs, notamment en polar, ce qui m’incite à cette mise au point. Néanmoins je n’avais pas non plus crié au génie avec les précédents romans de Dicker, qui m’avaient enchanté mais dont je n’avais aucune peine à pointer les faiblesses et naïvetés. Problème, dans La Disparition de Stephanie Mailer, je ne vois plus que les scories, et elles sont majeures. Le style efficace (à défaut d’être élégant, et ici il apparaît vraiment d’une grande pauvreté), le sens de la construction et le rythme ne me suffisent plus, s’ils ne dissimulent plus les grosses ficelles censées se confondre dans l’ombre des coulisses.

À vérifier lorsque paraîtra son prochain roman, mais le charme Dicker est pour moi rompu, en tout cas sur ce livre… ce qui n’empêchera pas La Disparition de Stephanie Mailer de cartonner en librairie et de satisfaire un large public, qui n’a pas besoin de mes pinaillages pour s’éclater avec un bon gros pavé de plage !

La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker
Éditions De Fallois, 2018
ISBN 9791032102008
640 p., 23€


Entre deux mondes, d’Olivier Norek

Juillet 2016. Au cœur de la Jungle de Calais, deux hommes que tout devrait opposer s’associent, d’une alliance fragile et désespérée. L’un est français, flic fraîchement débarqué dans le nord qui découvre la réalité extrêmement complexe de ce no man’s land invraisemblable ; l’autre est syrien, ancien policier lui aussi, excellent agent de la police militaire de Bachar el-Assad qui œuvrait dans l’ombre pour l’Armée Syrienne Libre, et qui cherche éperdument sa femme et sa fille envoyées vers la France quelques semaines avant lui.
Ensemble, ils vont tout faire pour tenter de sauver Kilani, un enfant soudanais que la mort menace à chaque instant…

Norek - Entre deux mondesEn trois romans – Code 93, Territoires et Surtensions -, Olivier Norek s’est imposé avec force dans le monde du polar. Solidement appuyé sur ses connaissances de terrain, cet ancien policier a rapidement fait ses preuves d’écrivain, en racontant ses histoires avec une efficacité narrative admirable, un art de la construction romanesque remarquable et une capacité à créer des personnages costauds et inoubliables.
En développant les enquêtes du commandant Victor Coste et de ses adjoints au cœur d’une Seine-Saint-Denis qu’il connaissait comme sa poche, Norek s’était créé une zone de confort dans laquelle il évoluait avec aisance. On pouvait se demander ce qu’il vaudrait en quittant cet espace privilégié pour d’autres décors et d’autres problématiques. Dans son propre intérêt de romancier sans doute, il n’a pas tardé à se lancer ce défi. Le résultat s’appelle Entre deux mondes, et il est immense.

Oui, Entre deux mondes est un fabuleux polar. La maestria narrative d’Olivier Norek y est intacte, qui vous embarque dès les premières pages pour ne pas vous lâcher jusqu’à la fin. J’aurais sans doute du mal à citer un autre auteur capable de se montrer aussi efficace en ne lâchant rien sur l’élégance du style – fluide, d’une simplicité choisie qui ne cède jamais à la facilité – ni sur l’ambition de développer une histoire complexe en multipliant intrigues et personnages sans jamais perdre son lecteur.
Les fils attachés à Bastien et sa famille, Adam et sa famille – les deux se répondant en miroir -, au petit Kilani mais aussi à de nombreux personnages secondaires tout aussi bien campés et passionnants, forment une pelote homogène d’où émerge une réflexion bouleversante sur la force des relations familiales, ainsi que de multiples points d’entrée sur la question épineuse des migrants dans le monde en général, et en France plus particulièrement.

Car Entre deux mondes est avant tout une plongée hallucinante dans l’enfer de la Jungle de Calais, espace de non-droit improbable dont Norek, qui est allé y enquêter avant son démantèlement, donne à voir toute la complexité en tentant de comprendre et de nous faire comprendre comment on a pu en arriver là. Il en raconte l’organisation interne, la violence ordinaire, les injustices terrifiantes comme la volonté de tenter d’y préserver un semblant d’humanité, voire de banalité quotidienne ; il évoque aussi le travail extraordinaire des associations humanitaires qui font leur possible pour aider ces milliers de gens en détresse, parqués sur un immense terrain vague qui n’avait pas pour vocation de devenir une prison à ciel ouvert pour y cantonner la misère de la planète.

Avec Entre deux mondes, Olivier Norek s’impose clairement comme un auteur incontournable, créateur de suspense virtuose qu’il met au service d’un regard plein d’acuité sur la frénésie, la violence et la cruauté de notre monde, tout en se défendant de ces dernières par une empathie dingue pour des personnages profondément attachants. Un alliage imparable qui tout à la fois cogne et enthousiasme le lecteur, pour le laisser K.O. de bonheur polardesque, et peut-être un peu plus concerné par ce qui l’entoure. Bref, si je n’ai pas été assez clair sur les précédents romans du gars, je conclurai sans ambiguïté : Norek est un auteur à ne manquer sous aucun prétexte.

Entre deux mondes, d’Olivier Norek
Éditions Michel Lafon, 2017
ISBN 978-2-7499-3226-2
413 p., 19,95€


Zone 52, de Suzanne Stock

Signé Bookfalo Kill

Partie étudier à Chicago, loin de chez ses parents, Melissa Stacker travaille comme serveuse pour subvenir à ses besoins. Une nuit en sortant du boulot, elle est agressée par deux hommes dans un couloir glauque de la gare. En tentant de s’échapper, elle tombe  sous les rails – et voit le train engagé sur la voie dérailler brutalement juste devant elle, alors qu’elle s’attend horrifiée à mourir écrasée.
Un miracle ? Si l’on croit les hommes, apparemment mandatés par le gouvernement, qui surgissent soudain dans sa vie et tentent de l’enlever, ce qui s’est passé ne doit rien au hasard. Sans le savoir, Melissa est porteuse d’un secret extraordinaire – le genre de secret pour lequel des individus déterminés seraient prêts à tuer n’importe qui…

stock-zone-52En dépit de quelques fragilités stylistiques, le deuxième polar de Suzanne Stock, déjà remarquée pour Ne meurs pas sans moi, est un roman qui vaut le coup d’œil. La romancière a le sens du rythme et sait parfaitement emballer le tempo pour empêcher son lecteur de lâcher prise dès les premières lignes lues.
L’efficacité est le maître-mot de Zone 52, qui s’appuie par ailleurs sur une intrigue bien conçue (dont je n’ai pas dévoilé plus à dessein), pas forcément d’une originalité folle, mais dont Suzanne Stock a le bon sens de doser les effets et d’éviter les lourdeurs ou les démonstrations trop appuyées. Les rebondissements s’enchaînent avec fluidité, les révélations surgissent au compte-gouttes, et les personnages bien campés dans l’ensemble (même si certains, comme l’agent du FBI Jessie O’Malley, auraient mérité plus d’épaisseur) achèvent de dynamiser le récit.

Sans pouvoir vous en dire plus, et pour cause, j’ai surtout apprécié que Suzanne Stock aille au bout de son histoire sans facilité ni concession au polardement correct. Elle fait preuve en l’occurrence d’une audace à saluer – qui me pousse en outre à lui « pardonner » des dialogues parfois naïfs (elle use et abuse des points de suspension) et quelques séquences d’émotion à bon marché, notamment avec le personnage de Jay, petit garçon très mignon et un peu trop superficiellement tire-larmes à mon goût.

Avec Zone 52, Suzanne Stock démontre en tout cas un savoir-faire remarquable en matière de suspense, de construction et d’efficacité, qui me donne envie de revenir sur son premier roman à côté duquel j’étais passé. Un thriller prenant et de bonne facture !

Zone 52, de Suzanne Stock
Éditions le Passage, 2016
ISBN 978-2-84742-342-6
245 p., 18€


Cartel, de Don Winslow

Signé Bookfalo Kill

Les amateurs éclairés de thrillers géopolitiques ont probablement tous dans leur bibliothèque La Griffe du chien, roman-monstre qui fait référence dans le genre depuis plus de dix ans qu’il est sorti. Il est en outre considéré comme le chef d’œuvre incontestable de son auteur, l’Américain Don Winslow, qu’on n’a sans doute jamais vu aussi brillant et inspiré avant et après ce livre jusqu’à aujourd’hui.
Vous comprendrez que, dans un tel contexte, on puisse considérer la parution de sa suite, Cartel, comme le plus gros événement polar de cette rentrée 2016. Et que les attentes placées dans ce roman aient été énormes. A ce sujet, je mets tout de suite fin au suspense : Winslow a largement relevé le défi. Cartel est aussi puissant, vertigineux, soufflant, intelligent et effroyable que son prédécesseur.

Winslow - CartelPour mémoire, ou pour ceux qui ne l’ont pas lu, La Griffe du chien relatait la lutte sans merci sur une trentaine d’années entre Art Keller, un agent de la DEA, et les Barrera, famille mexicaine ayant révolutionné la structure du trafic de drogue dans leur pays pour amplifier la distribution aux États-Unis et s’inscrire dans le grand mouvement de la mondialisation, avec un réalisme économique porté par des méthodes ultra-violentes.
Dans Cartel (que l’on peut aborder sans avoir lu La Griffe…), on retrouve les deux principaux protagonistes. Art Keller vit désormais reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant aussi longtemps Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et, tout en réorganisant son cartel et en repensant son emprise sur le trafic de drogue au Mexique, il met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte.

Comme Freddy Michalsky avant lui, l’excellent traducteur Jean Esch a su restituer la langue sèche de Don Winslow et le rythme implacable que le romancier imprime au récit. Cartel est un roman impitoyable, qui ne laisse aucun répit au lecteur, plaqué au mur par tant de violence et de terrifiante clairvoyance. Autour de Keller et d’Adan Barrera gravitent des dizaines de personnages, trafiquants, narcos, flics et politiques joyeusement corrompus ou désespérément intègres, journalistes, victimes (plus ou moins) innocentes. Des gamins tueurs et des policiers jouisseurs, des psychopathes hallucinants et des héros du quotidien dont les pauvres moyens les destinent à devenir des Don Quichotte tout juste propres à être empalés sur les ailes de leurs moulins à vent.

« Le Mexique, patrie des pyramides et des palais, des déserts et des jungles, des montagnes et des plages, des marchés et des jardins, des boulevards et des rues pavées, des immenses esplanades et des cours cachées, est devenu un gigantesque abattoir.
Et tout ça pour quoi ?
Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer. » (p.375)

En ce début de XXIème siècle (le roman se déroule entre 2004 et 2014), rien n’aurait donc changé entre le Mexique et les États-Unis ? Non, tout est pire. C’est le constat lucide et affligeant que dresse Cartel, opéra de brutalité que Winslow a une nouvelle fois documenté à merveille, faisant le tour de la question, montrant les dégâts sociaux dans la société mexicaine, révélant les limites perpétuelles d’une lutte perdue d’avance par les rares bonnes âmes naïvement décidées à améliorer la situation.
Avec ses codes et ses bonnes manières, la loi est faible face à ceux qui jouent sans règle. Et le regard de Winslow porte bien sûr jusqu’à la sphère politique, les compromissions tactiques et les aveuglements stratégiques des États-Unis répondant à la corruption soigneusement stratifiée du pouvoir mexicain.

Cartel a eu un impact physique sur moi durant ma lecture. Entre l’asphyxie et le combat de boxe. Suspense parfaitement maîtrisé, mené à deux cents à l’heure, appuyé sur une structure complexe en raison de ses nombreux personnages suscitant un réseau nerveux d’intrigues complémentaires, ce polar éblouissant est une raclée nécessaire à encaisser. De celles qui font réfléchir et voir plus loin. Bien au-delà des approximations et simplifications d’un Donald Trump, par exemple. Et ça fait du bien.

Cartel, de Don Winslow
(The Cartel, traduit de l’américain par Jean Esch)
Éditions du Seuil, 2016
ISBN 978-2-02-121315-7
716 p., 23,50€


Une fille et un flingue, d’Ollivier Pourriol

Signé Bookfalo Kill

Les frangins Aliocha et Dimitri rêvent de cinoche. Cannes, les marches, les stars, le grand écran, les vivats du public, l’argent… Ah oui, l’argent, parlons-en. Le nerf de la guerre, du genre qui empêche de monter au front si on n’en a pas. Fauchés comme les blés, étudiants à l’école de cinéma de Luc Besson, les deux frères décident alors d’appliquer l’un des préceptes de leur mentor : « Un film, c’est un hold up. »
Au culot, ils imaginent alors un scénario improbable, qui implique la participation active de Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Rien de moins ? Quand on n’a pas de pognon, on a des idées, hein – et on sait jamais, ça pourrait marcher…

Pourriol - Une fille et un flingueVoici une comédie (dé)culottée sur le cinéma, d’autant plus crédible qu’Ollivier Pourriol fraye dans ce milieu. Pas du genre langue de bois (on se souvient de On/Off, son pamphlet impitoyable contre le Grand Journal dont il avait été chroniqueur malheureux durant un an), Pourriol s’amuse donc beaucoup avec un paquet de figures du cinéma français, des vedettes citées ci-dessus à d’autres, souvent évoquées par leurs seuls prénoms mais très vite reconnaissables pour peu que l’on connaisse un peu ce petit monde.
Pour les mettre en scène, il imagine une histoire complètement frappadingue, qui réserve quelques surprises amusantes (le personnage de Deneuve est exploité d’une manière fort réjouissante) et surtout des dialogues en forme de morceau de bravoure, dont Depardieu est souvent le héros. Depardieu, héros de papier dont la grandiloquence, l’excès et la clairvoyance désabusée servent de porte-parole à un regard sans concession sur le cinoche à la française, toujours avec humour néanmoins.

Bon, par contre, on ne lira pas Une fille et un flingue pour son style, sa mise en forme se limitant le plus souvent à des dialogues balancés à l’emporte-pièce. Ca marche, c’est efficace, mais d’un point de vue littéraire, c’est sans grand intérêt. Évoluant dans un registre proche de Laurent Chalumeau (Kif), Ollivier Pourriol joue la carte de la pochade hautement référencée, et s’offre par le roman un casting de rêve (incluant Godard et Steven Spielberg !) qui ne prend pas grand-chose au sérieux. Sympa sans plus, mais assez réjouissant pour qui s’intéresse aux coulisses pas forcément glorieuses du Septième Art.

Une fille et un flingue, d’Ollivier Pourriol
Éditions Stock, 2016
ISBN 978-2-234-08031-7
288 p., 19€


En douce, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

C’est un soir de 14 juillet à Begaarts-Plage, sur la côte landaise. Tandis que le feu d’artifice enchante la foule, les regards d’un homme et d’une femme se croisent. Curiosité, tension, séduction. Ils se cachent, se cherchent, se trouvent. Émilie mène la danse – et bonne danseuse, elle l’est. Malgré la prothèse qui remplace l’une de ses jambes perdue dans un terrible accident de voiture. Et parce qu’elle sait ce qu’elle fait, et qui elle séduit. Au creux de la nuit, elle l’emmène chez elle, dans un mobil-home posé au milieu d’un chenil.
Puis, après avoir achevé de faire tourner la tête de son invité, elle sort un flingue de sous son oreiller, et elle tire. Genou en miettes, Simon Diez comprend que ce n’est que le début de ses ennuis. Car Émilie ne l’a pas choisi au hasard. Et elle est très, très en colère…

Ledun - En douceEn anglais, « to beg » signifie supplier, mendier. Beg, Begaarts : le parallèle était trop tentant pour ne pas que je l’évoque (d’autant que la petite ville de Begaarts n’existe que dans l’imagination de Marin Ledun, et désormais de ses lecteurs). Parce qu’Émilie aurait toutes les raisons de supplier – pour un peu d’attention, de soutien, de considération, d’amour. Et qu’elle ne le fait pas. La voir démarrer sa vengeance à Begaarts ne manque alors pas d’ironie…
Émilie est une pure héroïne ledunienne. Une femme fracassée mais forte, qui se tient debout au milieu des bourrasques et trace son chemin en dépit de tous les obstacles, volontaires ou non, qui se dressent devant elle. Elle ressemble à Carole Matthieu, la médecin du travail des Visages écrasés (bientôt sur nos écrans, incarnée par Isabelle Adjani). Ou à Laure Dahan, la cyber-maman de Marketing viral et Dans le ventre des mères. Des femmes bousculées, abîmées, tourmentées, malmenées (beaucoup par les hommes, mais tout autant par la société et son fonctionnement naturellement inique), mais des femmes qui ne cèdent jamais. Des combattantes acharnées qui refusent d’être des victimes sociales, alors que tout les désigne ainsi.

Le parcours furieux et désespéré d’Émilie invoque en finesse ce fameux cadre social sans lequel un roman de Marin Ledun ne serait ni complet, ni brillant. Il raconte ici comment un fait divers, un accident presque banal (même s’il est violent), devient le premier engrenage d’un déclassement inéluctable, qui fait d’un être humain à qui tout souriait un moins que rien, un rebut de la société. Un individu qui, parce qu’il n’est plus entier, est jugée indigne de tenir sa place parmi les autres alors même qu’il en est parfaitement capable, au terme d’une descente aux enfers d’autant plus longue qu’elle est foncièrement injuste.

Tout fait cruellement sens sous la plume de Marin Ledun, plus acérée et précise que jamais ; son style s’est d’ailleurs dépouillé pour viser droit au but et faire vibrer la corde sensible des mots les Chenilplus justes, qui sont aussi les plus douloureux. Voyez l’atmosphère anxiogène qui sert de cadre principal au roman, ce chenil écrasé par la chaleur de l’été, résonnant des aboiements assourdissants des chiens enfermés, empuanti des odeurs de fauve et d’excréments.
C’est dans cette boue qu’a été rejetée Émilie, là qu’elle a fomenté sa révolte, de là enfin qu’elle décide de rejaillir. Le décor est parfaitement approprié, effarant, inoubliable. On voudrait sans cesse le fuir mais on y reste cloîtré, à la limite d’y étouffer, comme Émilie qui n’a plus que cela pour survivre, comme ces chiens oubliés, comme Simon devenu son prisonnier.

Quel roman, encore une fois ! Et quelle belle surprise aussi, de voir Marin emprunter cette direction inattendue, démarrant comme dans un pur thriller, jouant ensuite la carte d’un huis clos terrifiant aux faux airs d’un Misery des laissés pour compte, pour mieux ignorer ces codes et suivre sa propre route, trouble et indécise jusqu’au bout. En douce prouve une nouvelle fois l’immense talent de son auteur, littérairement capable de tout – et surtout d’imposer sa voix, son regard sans concession, une manière bien à lui de conduire son récit. Ignorant les artifices, il se contente de peu pour en dire le plus possible. Et ce n’est pas le moindre de ses talents.
Une bonne claque à ne pas esquiver – parce que, parfois, finir au sol est le meilleur moyen de finir vainqueur.

En douce, de Marin Ledun
Éditions Ombres Noires, 2016
ISBN 978-2-08-138984-7
251 p., 18€


ƎƆI⅃OԳ, de Hugo Boris

Signé Bookfalo Kill

Trois gardiens de la paix sont mandatés à titre exceptionnel pour reconduire à la frontière un étranger en situation irrégulière – entendre, l’escorter du centre de rétention de Vincennes jusqu’à Roissy, où un avion le ramènera de force dans son pays. Ce sont des flics de terrain, deux hommes et une femme ordinaires, pas des héros, qui doivent aussi composer avec leurs problèmes. Et des soucis, ces trois-là en ont. À commencer par Virginie, qui s’apprête à avorter le lendemain matin ; l’enfant n’est pas de son mari mais d’Aristide, un de ses collègues. Lequel Aristide s’arrange pour faire équipe avec elle sur cette mission particulière. Erik, le chef de groupe, ignore leur histoire. Mais ce n’est pas le moindre des ennuis qu’il va devoir gérer durant cette soirée pas comme les autres…

Boris - POLICE2Dans Trois grands fauves, son précédent roman paru chez Belfond il y a trois ans, Hugo Boris tissait des liens invisibles mais d’une pertinence éblouissante entre Danton, Hugo et Churchill – trois monstres issus de trois siècles différents, faits de voracité, de volonté hors normes et d’une vie marquée par les drames. Son style enflammé faisait de ces portraits un roman grandi par l’Histoire, et de ce projet atypique un livre remarquable.
Le changement de registre est flagrant, forcément, ce qu’on ne saurait reprocher à Hugo Boris, pas plus que de revenir à un cadre romanesque plus classique. D’emblée, il y a ici une volonté de réalisme indéniable, une tentative de se glisser dans les uniformes de ses héros et de se porter à la hauteur de leur quotidien ; une démarche similaire à celle de Bertrand Tavernier dans L.627 ou de Maïwenn dans Polisse (quoi qu’on pense de ces films, ce n’est pas le sujet). Le jeu sur le titre tel qu’il est présenté sur la couverture, qui reproduit le mot POLICE à l’envers tel qu’on le lit sur le capot des voitures tricolores, semble diriger le projet dans cette direction. Et semble suggérer également que c’est l’envers du décor policier que l’on va visiter.

De fait, Boris reste au plus près de ses personnages, dont il fait sa matière première. Leur vie privée, saisie à un moment charnière, conditionne leurs actes, parasite leur travail, oriente leur mission dans une direction inattendue. Dès lors, le réalisme s’effrite un peu pour laisser la place au romanesque – et, me semble-t-il, le roman perd autant en force et en acuité. Je ne vous dévoilerai rien des péripéties de nos trois héros et de leur prisonnier (leur « retenu », selon le terme officiel), mais j’ai achevé la lecture de ƎƆI⅃OԳ sur une question toujours embarrassante au moment du point final : « tout ça pour ça » ?
En même temps, la conclusion paraît logique et respecte le pacte de crédibilité du récit, mais bon… En fait, le problème à mon avis, c’est qu’il y avait là un sujet – le traitement des étrangers en situation irrégulière en France – qui aurait pu donner matière à un roman hautement politique, brûlant, engagé en somme. Mais s’il y a engagement de la part de Hugo Boris, il reste bien timide, manque de percussion, d’acuité ; submergé par les émotions intimes des personnages, il se noie, perd consistance. Et c’est dommage.

Hugo Boris fait néanmoins preuve d’un sens du récit impeccable, le rythme du roman ne faiblit pas, le style s’adapte au sujet et s’attache à restituer au mieux le langage des policiers et les méandres de leurs fragilités psychologiques. ƎƆI⅃OԳ est un roman prenant, mais dénué de cette force qui aurait pu en imprimer la marque dans l’esprit du lecteur.

ƎƆI⅃OԳ, de Hugo Boris
Éditions Grasset, 2016
ISBN 978-2-246-86144-7
189 p., 17,50€


A première vue : la rentrée polar 2016 – les pointures !

Faute de temps (et sans doute un peu de courage, avouons-le), ces deux dernières années, nous avions omis de consacrer une chronique aux polars dans la rubrique « à première vue ». Et pourtant, le genre policier fait lui aussi sa rentrée ! Pour commencer, petit éclairage sur quelques grands noms attendus entre fin août et novembre – et ça fait déjà du beau monde, sachant que nous avons effectué un premier tri (très subjectif) parmi les très nombreuses parutions annoncées dans les semaines qui viennent…
Bref, attention, il y a du lourd !!!

Winslow - CartelTRAFFIC : Cartel, de Don Winslow (Seuil, 8/09)
C’est sans doute l’événement polar de la rentrée : près de quinze ans après, Don Winslow donne une suite à son plus grand roman, l’énormissime Griffe du chien. On retrouve l’agent de la DEA, Art Keller, reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant trente ans le baron de la drogue Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte… 700 pages de violence et de furie pour scruter avec plus d’acuité que jamais l’Amérique d’aujourd’hui. Grosse claque attendue.

Ellory - Un coeur sombreMAFIA FLOUZE : Un cœur sombre, de R.J. Ellory (Sonatine, 6/10)
Le romancier anglais qui parle des États-Unis mieux que la plupart des auteurs américains revient avec un héros qui n’a rien pour lui au départ : mauvais père, mauvais mari, Vincent Madigan doit tellement d’argent à Sandia, roi de la pègre d’East Harlem, que sa vie ne tient plus qu’à un fil. Pour s’en sortir, il n’a plus le choix, il doit réussir un gros coup, et pour cela prendre tous les risques…

George - Une avalanche de conséquencesMURDER BY THE BOOK : Une avalanche de conséquences, d’Elizabeth George (Presses de la Cité, 22/09)
Clare Abbott, féministe et écrivaine, est retrouvée morte par son assistante, Caroline. Cause du décès : arrêt cardiaque. Rory Statham, éditrice et amie de longue date de la défunte, est convaincue que Caroline n’est pas étrangère à la mort de Clare. Elle fait donc appel à l’enquêtrice Barbara Havers. La nouvelle brique (500 pages environ) de la reine américaine du crime.

Ledun - En douceMISERY : En douce, de Marin Ledun (Ombres Noires, 18/08) (lu)
Un soir de fête, une femme, un homme. Elle danse merveilleusement bien, en dépit de sa prothèse de jambe. Il a bu, elle lui plaît. Il la suit, elle vit dans une caravane au milieu d’un chenil, loin de tout et de tous. Bien sûr, la soirée ne se termine pas comme il l’imaginait. Elle dégaine un flingue et lui tire une balle dans le genou – et ce n’est que le début de ses ennuis. Car elle est très, très en colère. Et elle n’a rien à perdre… Un roman noir, très noir, avec un personnage féminin d’une force inouïe, dont Marin Ledun a la spécialité, qui irradie cette histoire terrible de vengeance et d’impossible rédemption. Magnifique.

Cook - Sur les hauteurs du Mont Crève-CoeurSECRET STORY : Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, de Thomas H. Cook (Seuil, 25/08)
L’abondante bibliographie de Thomas H. Cook n’a pas fini de dévoiler toutes ses pépites ! La preuve avec ce roman paru en 1995 aux Etats-Unis, situé à Choctawn, dans le sud américain. Au lycée, Ben tombe amoureux de Kelli, qui vient d’arriver de Baltimore ; mais Kelli n’a d’yeux que pour Troy… Lorsque le corps de Kelli est retrouvé sur le mont Crève-Coeur, le shérif soupçonne Ben d’en savoir plus qu’il ne le dit. Trente ans plus tard, il décide de révéler la vérité.

Carrisi - La Fille dans le  brouillardGONE GIRL : La Fille dans le brouillard, de Donato Carrisi (Calmann-Lévy, 31/08)
Dans un village des Alpes italiennes, une jeune femme est enlevée. Le très médiatisé commissaire Vogel est chargé de l’enquête. Mais lorsqu’il comprend qu’il ne peut résoudre l’affaire, et pour ne pas être ridiculisé, il décide de créer son coupable idéal et accuse à l’aide de preuves falsifiées, le professeur de l’école du village. Ce dernier perd tout et prépare sa vengeance depuis sa cellule.

Manook - La Mort nomadeL’EMPIRE DES LOUPS : La Mort nomade, de Ian Manook (Albin Michel, 28/09)
Troisième – et dernière ? – enquête de Yeruldelgger, l’explosif commissaire venu de Mongolie. S’il rêve d’une retraite bien méritée, ce n’est pas pour tout de suite : un enlèvement, un charnier, un géologue français assassiné et une empreinte de loup marquée au fer rouge sur les cadavres de quatre agents de sécurité requièrent ses services…

Camilleri - Une lame de lumièreQUANDO SEI NATO NON PUOI PIU NASCONDERTI : Une lame de lumière, d’Andrea Camilleri (Fleuve Noir, 8/09)
Le vétéran du polar italien (91 ans !!!) confronte son emblématique commissaire Montalbano à l’actualité, en l’occurrence le drame des migrants qui affecte particulièrement l’Italie. A la suite d’un énième naufrage mortel au large de Lampedusa, le ministre de l’Intérieur italien décide de se rendre sur place, prévoyant au passage une halte à Vigata, la ville de Montalbano. Mais ce dernier n’a pas très envie de jouer le jeu politique.

Rankin - Tels des loups affamésWOLF : Tels des loups affamés, de Ian Rankin (Editions du Masque, 21/09)
Bien qu’à la retraite, John Rebus est plus que jamais de retour aux affaires. Cette fois, c’est son ancienne protégée, l’inspectrice Siobhan Clarke, qui lui demande d’enquêter sur des menaces de mort visant un caïd et un juge – lequel est d’ailleurs rapidement retrouvé étranglé. Mais Malcolm Fox, le chef du Service des Plaintes, s’en mêle et perturbe leurs investigations… Inoxydable Rankin.

Coben - IntimidationNE LE DIS A PERSONNE : Intimidation, de Harlan Coben (Belfond, 6/10)
Un avocat sans histoires, Adam Price, mène une vie paisible avec sa femme Corinne. Un jour, un inconnu lui fait une révélation si stupéfiante sur Corinne qu’Adam demande aussitôt des comptes à cette dernière, qui refuse de répondre et disparaît. Adam décide malgré de la retrouver, mettant le doigt dans un engrenage redoutable. Mister Best-Seller America est de retour avec un suspense à la mécanique sans doute prévisible mais bien huilée, comme d’habitude.

Et aussi (mais plus rapidement) :

Brunetti en trois actes, de Donna Leon (Calmann-Lévy, 28/09)
C’est un peu du « polar de mamie », certes, mais Donna Leon reste incontournable et continue d’ailleurs à bien figurer dans les meilleures ventes du genre. Cette fois, son commissaire Brunetti retourne à la Fenice (déjà cadre de son roman le plus célèbre, Mort à la Fenice), pour enquêter sur l’agression d’une jeune chanteuse, protégée de la grande diva Flavia Petrelli.

Marconi Park, d’Ake Edwardson (Lattès, 21/09)
Le romancier suédois confirme le retour de son héros emblématique, Erik Winter, confronté cette fois à une série de crimes mettant en scène des cadavres à la tête enfouie dans un sac plastique et couvert d’un carton mentionnant une lettre peinte en noir. Brrr.

Message sans réponse, de Patricia MacDonald (Albin Michel, 3/10)
Une sombre histoire de famille, bien sûr… Neuf ans après avoir plaqué sa famille pour son amant, une mère de famille est retrouvée morte avec son fils handicapé, apparemment à la suite d’un suicide. Sa fille née de son premier mariage enquête sur la deuxième vie de sa mère, dont elle ignorait beaucoup de choses…

Il était une fois l’inspecteur Chen, de Qiu Xiaolong (Liana Levi, 3/10)
Retour sur la jeunesse de l’incontournable inspecteur Chen pendant la Révolution culturelle.

La Main de Dieu, de Philip Kerr (éditions du Masque, 2/11)
Kerr poursuit son escapade dans le milieu du foot, avec cette deuxième enquête de l’entraîneur Scott Manson.

Kabukicho, de Dominique Sylvain (Viviane Hamy, 6/10)
Retour vers son cher Japon pour la romancière Dominique Sylvain, sur les traces d’une jeune Française qui devient hôtesse de club dans le quartier de Kabukicho grâce à son amie Mary. Mais celle-ci disparaît sans laisser d’autre trace qu’une photo inquiétante reçue sur son téléphone par son père…

Rome brûle, de Giancarlo De Cataldo & Carlo Bonini (Métailié, 8/09)
Suite de Suburra, paru en début d’année, qui révèle violemment les trafics et malversations peu glorieuses dont Rome est aujourd’hui le théâtre.