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Un flic bien trop honnête, de Franz Bartelt

Éditions du Seuil, 2021

ISBN 9782021479348

208 p.

17,90 €


Dans une petite ville de province, un assassin prolifique terrorise les arrêts de bus et les passages piétons : plus de quarante cadavres sont à déplorer. Quatre ans que l’inspecteur Gamelle, dépressif et fraîchement largué, ainsi que le bourrin, son adjoint cul-de-jatte, pataugent dans la semoule. Quatre ans que les astres refusent de s’aligner pour leur donner une piste. Sacré Saturne !
Bien loin de laisser tomber l’affaire, Gamelle sera amené à se poser les mauvaises questions, à se méfier des bonnes personnes et à suivre les idées saugrenues d’un aveugle particulièrement intrusif…


Je suis très loin de bien connaître l’œuvre abondante de Franz Bartelt, grand bonhomme humble, drôle et fichtrement sympathique que j’ai eu le bonheur de côtoyer durant trois jours à l’occasion d’une récente édition des Quais du Polar. Mais je garde un excellent souvenir d’Hôtel du Grand Cerf, du culte Jardin du bossu ou du Fémur de Rimbaud. Aussi attaquais-je ce nouveau roman avec joie et espoir d’un bon moment.
Raté, hélas.

On retrouve dans Un flic bien trop honnête les ingrédients typiques du cocktail Bartelt : des personnages iconoclastes aux noms improbables, une situation de départ invraisemblable qui dégénère dans la bonne humeur, une intrigue tordue dont l’aspect policier passe très vite au second plan, des rebondissements insensés…
Sauf que le tout semble avoir été assemblé par-dessus la jambe – si vous me passez l’expression étant donné qu’un des protagonistes est cul-de-jatte.

Le roman démarre pourtant bien, entre le coup de sang de l’inspecteur qui cogne gratuitement un aveugle, la description hilarante de son bureau arrangé « comme dans un de ces films français qui singent les séries américaines », et l’entrée en scène de personnages tous plus barrés les uns que les autres.
Très vite, cependant, l’intrigue trop ténue peine à faire tenir le tout ensemble, et ne sert qu’à dérouler une suite de dialogues certes brillants, voire réjouissants à l’occasion, mais qui ne suffisent pas à susciter un réel intérêt sur la longueur.

Du reste, le roman, fort bref, souffre d’une conclusion totalement bâclée, à tel point que j’ai cru qu’il manquait des pages dans l’exemplaire numérique que j’ai lu. Le coupable est prévisible, le principal rebondissement final aussi, et la chute donne vraiment l’impression que l’auteur a renoncé lui-même à poursuivre par manque d’intérêt pour sa propre histoire.
A moins qu’il ait réalisé les limites de son exercice, en glissant dans les dernières lignes cet aveu signé de l’assassin :

« Peut-être mes crimes sont-ils un peu trop littéraires…, se navrait-il. Évidemment, c’est le risque quand on ne veut voir que le côté récréatif des choses ! »

Reste un moment de lecture plaisant, grâce au style enlevé et au délicieux humour décalé de Franz Bartelt ; hélas, aussi vite oublié qu’il est terminé.


Qu’en pense-t-on ailleurs sur la blogosphère ? Sonia Boulimique des livres est tout aussi réservée que moi, tout comme L’œil de Sauron, tandis que Clete sur Nyctalopes déclare sa flamme à Franz Bartelt (avec mesure toutefois), ainsi que The Killer inside me, plus enthousiaste.


Toucher le noir (collectif dirigé par Yvan Fauth)

Éditions Belfond, 2021

ISBN 9782714494337

336 p.

21 €

Un recueil de nouvelles signées Solène Bakowski, Eric Cherrière, Ghislain Gilberti, Maud Mayeras, Michaël Mention, Valentin Musso, Benoît Philippon, Jacques Saussey, Danielle Thiery, Laurent Scalese & Franck Thilliez.
Sous la direction d’Yvan Fauth.


Onze grands noms du thriller français nous font toucher le noir, jusqu’au creux de l’âme…
Ces onze auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour du toucher. Avec eux, vous plongerez dans les plus sombres abysses, effleurerez la grâce et l’enfer d’un même geste, tutoierez l’horreur du bout des doigts…
Dix nouvelles inédites pour autant d’expériences tactiles, éclectiques, terrifiantes et toujours surprenantes.
Oserez-vous frôler le noir d’aussi près ?


Pour ceux qui sont familiers avec le petit monde du blog polar, le nom d’Yvan Fauth est devenu ces dernières années l’une de ses institutions les plus respectables. (Il va sans doute détester que je le traite d’institution, mais c’est évidemment un compliment.) Et c’est mérité. Le garçon est humble, totalement passionné, capable de renouveler son enthousiasme sans jamais donner l’impression de s’essouffler, et de porter loin sa curiosité, hors des sentiers battus ou non, selon ses envies.
Son empathie et son sens de l’écoute l’ont conduit à interviewer des dizaines d’auteurs, dont il suit l’œuvre avec une fidélité remarquable. Cette confiance solide qu’il porte à nombre d’écrivains, ces derniers ont décidé de la lui rendre de la plus belle des manières, en participant à tour de rôle à une série de recueils de nouvelles consacrés aux cinq sens.

L’idée était excellente, la réalisation l’est tout autant si j’en juge par ce nouveau livre consacré au toucher, et logiquement intitulé Toucher le noir, qui fait suite à Écouter le noir (2019) et Regarder le noir (2020), tous publiés par les éditions Belfond – avec un certain courage, dois-je le souligner, quand on connaît le manque d’intérêt chronique des Français pour les nouvelles, encore plus sans doute dans le genre policier.
Fort heureusement, le succès est au rendez-vous, ce qui n’est que justice, étant donné l’implication totale des écrivains dans le projet et la qualité des textes proposés.

Sur les onze écrivains réunis cette fois par Yvan, il y en a la moitié dont je n’ai jamais rien lu. Parmi les autres, ceux dont j’ai abordé au moins un livre par le passé, deux au moins ne m’avaient pas ou peu convaincu. (Non, je ne préciserai aucun nom, cela n’a aucun intérêt.)
Qu’à cela ne tienne, je me suis lancé sans arrière-pensée ni a priori d’aucune sorte. Et j’ai bien fait, car les dix nouvelles rassemblées ici forment un ensemble incroyablement homogène, tout en proposant chacune une vision singulière, à la fois différente des autres et représentative de l’univers de leurs auteurs.

Ce qui est amusant de prime abord, c’est de chercher comment chaque écrivain a entrepris d’honorer le sujet du recueil. Certains se sont efforcés d’intégrer l’expression « toucher le noir » dans leur texte, d’autres ont pris le thème imposé au pied de la lettre, d’autres encore ont davantage travaillé de manière métaphorique.
Aucune méthode n’est moins bonne que les autres, et au bout du compte, tous les textes ont leur propre intérêt et leur propre force.

Après, chaque lecteur aura bien sûr ses préférés, en fonction de ses affinités ou de la surprise cueillie à chaque nouveau texte.
Pour ma part, je déclare sans hésitation ma flamme à Michaël Mention, auteur que j’ai déjà pas mal lu, avec des résultats contrastés, mais dont j’admire la capacité à se renouveler sans cesse, à prendre des risques et à inventer des formes neuves, faisant de chacun de ses écrits un nouveau défi.
Sa nouvelle, « No smoking », est la plus longue du recueil. C’est aussi la plus ambitieuse, la plus riche, la plus foisonnante en surprises et en retournements de situation. Jusqu’à la dernière ligne, Mention m’a tenu en haleine et totalement bluffé. C’est mon plus gros coup de cœur du livre.

J’ai beaucoup aimé également « Zeru Zeru », le texte de Maud Mayeras qui, fidèle à ses habitudes, conjugue noirceur absolue et empathie extrême, dans une histoire tragique, qui fend le cœur et bouleverse au plus profond de l’âme.
De manière assez similaire, Solène Bakowski réussit avec « L’Ange de la vallée » une nouvelle déchirante, bizarrement lumineuse et révoltante.
Dans un genre plus ludique, bravo au duo Franck Thilliez & Laurent Scalese, qui signent avec « 8118 » le premier texte en auto-reverse – je vous laisse découvrir de quoi il s’agit ! En tout cas, c’est très réussi et loin d’être un gadget, tout en déroulant un propos pertinent sur le marché sordide des armes à feu.

Je ne vais pas citer toutes les nouvelles du recueil, mais sachez que Valentin Musso (sans doute le plus « dans le thème », avec son histoire se déroulant dans un restaurant où l’on mange dans le noir complet), Benoît Philippon (formidable texte sur les dérives de l’art contemporain), Eric Cherrière (périple jusqu’au-boutiste sur les traces d’un assassin), Danielle Thiery (cruelle histoire de rivalité musicale), Ghislain Gilberti (sanglante escapade dans l’infra-monde horrifique caché dans les ténèbres de notre monde) et Jacques Saussey (cruelle variation prisonnière entre Les évadés et La Ligne verte) sont tous à la hauteur du projet.

Certains de ces textes me hanteront longtemps, preuve que quelques pages suffisent à marquer l’imaginaire. Une nouvelle réussie est un petit monde qui a autant de force et de légitimité littéraire (plus, parfois) qu’un long roman.
Les auteurs de Toucher le noir l’ont bien compris et rendent, tous ensemble, un merveilleux hommage à cette forme brève que, encore une fois, je vous encourage à découvrir en vous délestant de vos éventuels a priori à son encontre.

(Merci à NetGalley et aux éditions Belfond de m’avoir confié la version numérique de Toucher le noir.)


Un voisin trop discret, de Iain Levison

Éditions Liana Levi, 2021

ISBN 9791034904006

224 p.

19 €

Parallax
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fanchita Gonzalez Batlle


Pour que Jim, chauffeur Uber de soixante ans, voie la vie du bon côté, que faudrait-il ? Une petite cure d’antidépresseurs ? Non, c’est plus grave, docteur. De l’argent ? Jim en a suffisamment. Au fond, ce qu’il veut, c’est qu’on lui fiche la paix dans ce monde déglingué. Et avoir affaire le moins possible à son prochain, voire pas du tout.
Alors, quand sa nouvelle voisine, flanquée d’un mari militaire et d’un fils de quatre ans, lui adresse la parole, un grain de sable se glisse dans les rouages bien huilés de sa vie solitaire et monotone. De quoi faire exploser son quota de relations sociales…


À chaque fois que je lis Iain Levison, je suis stupéfait par deux choses : l’énergie fluide avec laquelle il conduit ses intrigues, et sa capacité à stigmatiser aberrations sociales ou politiques et mauvais penchants humains tout en maintenant à flot une suffisante dose d’espoir et d’empathie pour ne pas sombrer.

Ces ingrédients sont à nouveau réunis dans Un voisin trop discret, pour une nouvelle réussite du romancier. On retrouve également la minutie avec laquelle il élabore, mine de rien, des mécanismes narratifs implacables, poussant protagonistes et antagonistes vers des destins aussi inéluctables que parfaitement justifiés.
Voir la machine dévoiler peu à peu les rouages précis de son moteur est un vrai régal, qui pousse à tourner les pages au plus vite pour découvrir où Iain Levison souhaite (et parvient sans coup férir) à nous entraîner.

Le titre original, Parallax – plus risqué que celui choisi par Liana Levi -, renvoie à une notion d’astronomie qui, pour le dire très vite et très simplement, qualifie un déplacement de l’observateur occasionnant une variation de point de vue sur un seul et même objet étudié.
C’est exactement ce que fait Levison pour densifier son propos sans pour autant allonger la sauce ni multiplier en vain les pages : tout en faisant avancer l’intrigue, il change de point de vue sur les mêmes faits en les faisant considérer à tour de rôle par des personnages différents. Une solution narrative remarquable pour réussir un roman brillant et profond en à peine 200 pages – oui, c’est possible, et oui, c’est très bien ainsi.

Sans être hilarant (ce n’est pas le but), le roman fait naître de précieux sourires, par son ironie discrète et son entêtement à offrir à ses personnages le sort qu’ils méritent.
Oui, il y a quelque chose de bizarrement moral dans la conclusion du livre (sans que l’auteur assène quoi que ce soit de définitif pour autant ni ne cède à une horrible démagogie), une manière de punir ou de récompenser les uns et les autres qui, sous d’autres plumes, aurait fait grincer des dents ou lever les yeux au ciel, mais qui, chez Levison, se dégage du piège des bons sentiments et de la facilité pour paraître un juste retour des choses.
En évitant de trop en dire, bien entendu, l’apparition du vieux flic dans le dernier quart de l’histoire, et la manière réjouissante dont l’écrivain exploite ce personnage en jonglant entre les attendus de la figure et son savant détournement, sont un bel exemple du talent de Levison.

Je ne sais pas si, comme le clame son bandeau avec impudence et un rien d’opportunisme, Un voisin trop discret est « le vaccin contre la morosité ». Mais c’est une belle pierre de plus dans le jardin d’un auteur dont je vous recommande chaleureusement la lecture.


Comme souvent, le nouveau roman de Iain Levison est bien accueilli. Voyez plutôt chez Actu du Noir, Encore du noir, The Killer inside me, Diacritik


Huit crimes parfaits, de Peter Swanson

Éditions Gallmeister, 2021

ISBN 9782351782583

352 p.

23,40 €

Eight Perfect Murders
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Cuq


Libraire spécialisé en roman policier, Malcolm Kershaw reçoit la visite surprise du FBI. L’agent Gwen Mulvey enquête sur deux affaires étranges : une série de meurtres qui rappelle un roman d’Agatha Christie, et un « accident » qui fait écho à un livre de James Cain. Elle espère donc que l’avis d’un expert du genre lui permettra d’interpréter correctement les (rares) indices à sa disposition.
Et ce n’est pas tout : Malcolm, quinze ans plus tôt, a publié sur son blog une liste intitulée ”Huit crimes parfaits”, où figuraient ces deux intrigues. Serait-il possible qu’un tueur s’en inspire aujourd’hui ? Très vite, l’angoissante certitude s’impose : le tueur rôde déjà à proximité. Malcolm commence à le voir partout, et sent un véritable noeud coulant se resserrer autour de son cou…


Quand on se place sous le patronage de grandes références du genre policier, le danger est toujours de ne pas se montrer à la hauteur, même quand on le fait avec humour.
Quand, en plus, on s’aventure sur le terrain à haut risque du fantasme du crime parfait, la pente s’avère souvent irrémédiablement glissante, et emporte l’auteur impudent dans un dérapage plus ou moins contrôlable qui a toutes les chances de s’achever par un crash, au minimum une sortie de route.
Voilà le piège dans lequel Peter Swanson est tombé avec Huit crimes parfaits, sans toutefois s’écrabouiller complètement au fond du ravin, son roman faisant jouer quelques qualités pour éviter la catastrophe.

Adoptant un rythme modéré mais constant, le romancier américain réussit son entrée en matière en nous invitant dans la tête et dans la vie de Malcolm Kershaw, personnage solide, assez attachant, singulier par son métier de libraire, dont le quotidien est bouleversé par une agente du FBI et son apparente implication dans une curieuse enquête.
Assez vite néanmoins, Swanson révèle que Kershaw est un narrateur non fiable, c’est-à-dire une voix à laquelle le lecteur sait très vite qu’il ne peut pas faire totalement confiance, soit parce que le personnage ignore qu’il ne comprend pas tout ce qu’il raconte (alors que le lecteur, oui, en partie du moins), soit parce qu’il dissimule sciemment des éléments de vérité pour mieux nous balader et, au final, nous surprendre.
Remis au goût du jour et à la mode par quelques best-sellers récents (Les apparences, La Fille du train), le procédé n’est toutefois pas neuf, puisqu’il apparaît déjà sous la plume d’Agatha Christie dans l’un de ses plus célèbres romans… dont je vous tairai le nom si vous ne l’avez pas encore lu.

J’en profite au passage pour mentionner un détail d’importance : si vous n’aimez pas vous faire spolier, assurez-vous d’avoir lu les huit romans de crime parfait qui figurent sur la liste de Malcolm (quoique certains, totalement oubliés aujourd’hui, vous dérangeront moins que d’autres), et faites attention aux autres références régulièrement citées dans le livre. Peter Swanson, pour consolider son propos, a tendance à raconter quelques fins qu’il est gênant de connaître si l’on n’a pas lu les livres en question…
C’est le jeu, et je ne saurais reprocher à l’auteur de lever ces mystères indispensables à la compréhension de son intrigue et de ses personnages, mais je préférais vous avertir, par honnêteté.

À partir du moment où la fiabilité du narrateur est remise en cause, la solidité initiale de Huit crimes parfaits, bizarrement, s’érode peu à peu. Peter Swanson déploie beaucoup d’efforts, assez visibles, pour tresser de nœuds serrés une intrigue qui, à force, passe d’élaborée à alambiquée, et d’alambiquée à artificielle. Le style, classique et un peu fastidieux, n’aide pas, il faut le reconnaître.
On s’amuse, tout de même, à essayer de deviner les chausse-trapes, à soupçonner tous les personnages à tour de rôle… pour, finalement, aboutir à une révélation qui, pour être bien racontée, déçoit un peu par son manque de relief, voire sa prévisibilité.

Plus ennuyeux, la conclusion tombe à plat. Alors que, dans un polar intitulé Huit crimes parfaits, je m’attendais au moins à une tentative, soit de twist final excitant, soit de réalisation du programme annoncé, c’est-à-dire un vrai grand beau crime parfait.

Raté, pour moi en tout cas, et je suis resté sur ma faim à la lecture des dernières pages, attendant en vain un dernier rebondissement, une ultime entourloupe qui aurait mis le roman sens dessus dessous et en aurait bouleversé la compréhension de fond en comble. Il n’y en a pas, d’où ma relative déception.

Huit crimes parfaits n’en reste pas moins une lecture plaisante mais qui, vous l’aurez compris, a peu de chances de marquer les esprits.


Désert noir, d’Adrien Pauchet

Éditions Aux Forges de Vulcain, 2020

ISBN 9782373050585

544 p.

19 €


Paris. Une pilule mystérieuse fait vaciller la capitale. Elle permet, à celui qui la consomme, de revoir les êtres chers qu’il a perdus.
Jocelyn est un jeune flic. Après une intervention désastreuse, il intègre l’équipe qui a pour mission de démanteler le trafic de cette nouvelle drogue. S’engage alors une course poursuite où dealers déchus, policiers, mafieux, assassins et innocents, cherchent la source du produit miracle, qui permet d’ouvrir la porte du royaume des morts.
Mais est-il possible de sauver une société qui ne veut pas l’être ?


On peut choisir un livre pour différentes raisons. Parce qu’on apprécie l’auteur, ou l’éditeur, ou les deux. Parce que le sujet ou le résumé nous interpelle. Ou alors parce que la couverture nous saute à la figure.
Dans le cas de Désert noir, c’est d’abord la couverture, croisée sur un blog ami (coucou Yvan), qui m’a scotché. Rendons à César etc., elle est l’œuvre de Théophile Navet, dont je vous encourage à découvrir le travail sur son site internet. Ensuite j’ai vu l’éditeur, et là j’étais foutu. Obligé d’y aller.

Ce voyage, je l’ai mené sans regret, car Désert noir est un excellent roman. Pas étonnant puisqu’il sort des Forges, encore faut-il expliquer pourquoi.
Comme la plupart des titres publiés sous l’égide de Vulcain (alias David Meulemans sous son incarnation humaine), c’est un livre hybride. Il ressemble à ce qu’on peut attendre de lui d’après son résumé, tout en surprenant plus d’une fois.

Désert noir est avant tout un formidable polar. Rythmé, intense, qui explose lors de scènes d’action (l’assaut du 36 Quai des Orfèvres, mes amis, c’est du grand art) au suspense irrespirable. Et c’est du noir de chez noir, suant de violence et de désespoir, hanté de personnages complexes et déterminés à aller jusqu’au bout de leurs choix et de leurs erreurs.
Un casting de figures souvent terrifiantes que leur créateur parvient toujours, néanmoins, à envelopper d’humanité, pour aider à comprendre ce qui les a amenés sur ces sentiers menant tous plus ou moins à la perdition. Ne jamais se limiter à dire, par exemple, que les « méchants » sont des monstres, facilité de Grand-Guignol, mais au contraire chercher, cerner, expliquer d’où vient le bug dans le programme, et donner de la lumière à ces âmes crépusculaires.
Quant aux autres, les chercheurs de vérité, ils équilibrent la balance en y déposant des sentiments qui toujours nous aident à résister. Amour, tendresse, solidarité, pugnacité, dévouement.

Si ce n’était que cela, ce serait déjà très bien. En artificier prêt à prendre des risques pour que le feu d’artifice éblouisse, Adrien Pauchet pimente sa matière première avec une pincée d’échappée, un courant d’air surnaturel qui désincarcère l’intrigue de sa composante policière pour ouvrir des portes fascinantes sur une certaine idée de l’au-delà.

Avec son histoire de pilule – au nom symbolique d’Orphée – autorisant celui qui la prend à revoir ses chers disparus, le romancier pare d’un léger argument fantastique un récit puissant et empathique dont le propos est d’aller fouiller tout au fond des âmes pour en exfiltrer les chagrins.
Désert noir est, au fond, un roman bouleversant sur le manque, la douleur de l’absence, les blessures impossibles à cicatriser des deuils déchirants.

Construit sur une savante alternance de points de vue qui balance le lecteur aux quatre coins du ring pour mieux tout saisir du combat, jouant à l’occasion de la forme en faisant exploser le texte au moment de basculer dans le monde de l’Orphée, Désert noir est un roman intense, parfois perturbant, qui nous questionne sur les béances du cœur et sur ce que nous serions prêts à faire pour réparer l’irréparable, si jamais la chance nous en était offerte.
Une belle expérience de lecture, intensive et poignante, qui imprègne la mémoire de ses images vertigineuses et de ses tourments.


Le Jour où Kennedy n’est pas mort, de R.J. Ellory

Éditions Sonatine, 2020

ISBN 9782355847950

432 p.

22 €

Three Bullets
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau


C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…
Quand soudain rien : le président ne mourra pas ce jour-là.
En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.


Si John Fitzgerald Kennedy est devenu une icône quasi intouchable, il le doit en grande partie à sa mort. D’abord parce que les circonstances et les motivations de cet assassinat restent complexes et mystérieuses. Ensuite, parce que ce meurtre a jeté un voile sur tout le reste de l’existence du président américain.
Son parcours, ses choix, ses appuis, les luttes d’influence dont il a bénéficié (notamment de la part de son père), ses erreurs, ses choix politiques, ses relations sulfureuses, ses infidélités, ses problèmes de santé : quand on meurt le crâne explosé devant le monde entier sans avoir même pu terminer son premier mandat, difficile de se voir reprocher quoi que ce soit avec trop d’insistance. Nombre de faits sont connus, désormais avérés, mais son décès tragique prend toute la place.

Pour aborder tous ces sujets, le brillant romancier britannique R.J. Ellory, fin connaisseur des États-Unis dont il analyse les multiples facettes de livre en livre, a trouvé la solution idéale : annuler le crime. Effacer Dallas, le 22 novembre 1963. Et nous projeter l’année suivante, alors que s’annoncent les futures élections présidentielles en fin d’année et que se pose avec insistance la question d’un deuxième mandat pour Kennedy.
L’idée est simple et géniale : les quelques mois fictifs qu’Ellory ajoute à la vie de Kennedy ne changent rien à tout ce qui s’est passé avant, et que l’écrivain souhaite évoquer en détail, à sa manière habituelle, ultra-documentée et profondément humaine à la fois.

Car Le Jour où Kennedy n’est pas mort n’est pas une uchronie à proprement parler. Le fait que le président n’ait pas été assassiné à Dallas n’est pas le sujet du roman – même si le lecteur va passer de nombreuses pages dans l’ombre de ces événements, dont on découvre qu’ils ne se sont pas déroulés, certes, mais qu’ils auraient pu. Jolie et subtile façon d’altérer l’Histoire sans la bouleverser complètement.

Pour détricoter le mythe Kennedy, R.J. Ellory passe par la bande. Il recourt à la formidable finesse psychologique qui est l’une de ses marques de fabrique, et met en avant l’histoire de son personnage principal, ses propres tragédies personnelles, son humanité bouleversée, pour éclairer peu à peu les zones d’ombre de la présidence JFK.
S’il insiste parfois un peu trop sur la dévastation intérieure de son protagoniste, Ellory nous rend très vite attachant Mitch Newman, faisant de lui un homme avant d’être un journaliste – ses qualités d’investigation ne lui revenant que peu à peu, et de manière fastidieuse. Le portrait de Jean Boyd, son amour disparu, dans les pas de laquelle il fouine, permet en outre d’équilibrer l’humanité à l’œuvre dans le roman, grâce à son tempérament énergique et volontaire qui rend sa mort d’autant plus regrettable et suspecte.

L’enquête toute entière obéit d’ailleurs à une logique d’économie réaliste : à la manière d’un Wallander sous la plume de Mankell, Mitch avance à petits pas, rencontre beaucoup d’obstacles, peine à trouver des soutiens, des infos et des indices. Une stratégie narrative qui permet de distiller son propos, presque mine de rien, et de lever en douceur le voile sur le système Kennedy.

Ellory n’entend pas révolutionner l’histoire du président américain. Le Jour où Kennedy n’est pas mort n’est pas un livre de révélation, qui balancerait de nouvelles grandes théories « révolutionnaires » sur l’assassinat de JFK. On peut tout de même y apprendre beaucoup de choses, et surtout entrer, avec fascination, dans les coulisses de la politique américaine. Une visite qui présente parfois des échos troublants avec des événements beaucoup plus récents – notamment lorsqu’il est question de résultats d’élections contestés…

Ce roman est en tout cas une nouvelle grande réussite à mettre à l’actif d’un romancier qui, pour être prolifique, reste toujours d’une pertinence à l’épreuve des balles (lui). Et un écrivain de formidable talent, dont le style à la fois riche et fluide est un régal constant de lecture.


Retrouvez les avis élogieux de Yvan sur son blog EmOtionS, de la chouette cousine The Cannibal Lecteur, de Pierre Faverolle sur Black Novel, mais aussi la jolie lettre de Stelphique à l’auteur… Entre autres !


2021 : premiers regards

Depuis longtemps, j’ai tendance à préférer la rentrée littéraire de janvier à celle de septembre. Dégagée des enjeux imposés par les prix d’automne, moins médiatisée peut-être, elle s’étale plus dans le temps (on dit rentrée de janvier, mais en réalité les parutions importantes s’enchaînent chaque mois, de janvier à mai) et laisse plus de place aux textes, aux découvertes, et aussi au temps long.
Un peu moins submergés, les libraires auront en effet davantage l’opportunité de laisser leur chance à certains livres qui, balancés dans le maelström de septembre, seraient sans doute passés inaperçus, ou auraient trop vite disparu des bonnes places sur les tables pour espérer avoir la vie qu’ils méritaient.

Mes premières lectures confirment largement cette tendance. Sur quatre livres lus depuis fin décembre, trois coups de cœur (dont, fait encore plus rare, deux chez le même éditeur) ! En attendant les chroniques, voici leurs trombines et un bref résumé :

Nos corps étrangers, de Carine Joaquim (Manufacture de Livres, 7 janvier)

PREMIER ROMAN. Élisabeth, Stéphane et leur fille Maëva quittent Paris pour s’installer dans une grande maison, loin du tumulte de la ville. Le couple est persuadé de parvenir à prendre un nouveau départ en oubliant les blessures et les trahisons. Pourtant c’est loin du foyer que chacun trouve une nouvelle raison de vivre.

Les orages, de Sylvain Prudhomme (L’Arbalète Gallimard, 7 janvier)

NOUVELLES. Sylvain Prudhomme explore ces moments où un être vacille, où tout à coup il est à nu. Heures de vérité. Bouleversements parfois infimes, presque invisibles du dehors. Tourmentes après lesquelles reviennent le calme, le soleil, la lumière.

La République des faibles, de Gwenaël Bulteau (Manufacture de Livres, 4 février)

PREMIER ROMAN – POLAR. Le 1er janvier 1898, à Lyon, un chiffonnier découvre le cadavre d’un enfant sur les pentes de la Croix-Rousse. Il était recherché depuis plusieurs semaines par ses parents. Le commissaire Jules Soubielle est chargé de l’enquête dans une ville en proie à de fortes tensions, entre nationalisme, antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus et socialisme naissant.


Et pas mal d’autres envies encore – et comme d’habitude, il va falloir faire des choix, et laisser passer certains titres, hélas…
Vous trouverez ci-dessous un premier aperçu en images, survol non exhaustif (qui correspond pour l’essentiel aux textes dont je dispose déjà) et sans ordre particulier, pour le seul mois de janvier.

Littérature francophone

L’Ami, de Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser, 7 janvier)

Un samedi matin comme un autre, Thierry entend des bruits de moteur inhabituels tandis qu’il s’apprête à partir à la rivière. La scène qu’il découvre en sortant de chez lui est proprement impensable : des individus casqués, arme au poing, des voitures de police, une ambulance. Tout va très vite, et c’est en état de choc qu’il apprend l’arrestation de ses voisins, les seuls à la ronde. Quand il saisit la monstruosité des faits qui leur sont reprochés, il réalise, abasourdi, à quel point il s’est trompé sur Guy, dont il avait fini par se sentir si proche.

Presqu’îles, de Yan Lespoux (Agullo Court, 21 janvier)

Lancement de la collection de textes courts des éditions Agullo avec ce recueil d’histoires signé par un excellent blogueur polar.
Des tranches de vie saisies au vol, tour à tour tragiques et cocasses, brossant le portrait de personnages attachés de gré ou de force à un territoire, les landes du Médoc.

La Vengeance m’appartient, de Marie Ndiaye (Gallimard, 7 janvier)

Susane, avocate, se retrouve en charge de la défense de la femme de son ancien amour de jeunesse, jugée pour avoir noyé leurs trois enfants. Fascinée par cette sombre affaire, elle découvre peu à peu le vrai visage de cet homme dont son père soutient qu’il abusa d’elle quand elle avait 10 ans, une histoire dont elle ne garde aucun souvenir.

Vivonne, de Jérôme Leroy (La Table Ronde, 7 janvier)

Paris, 2026. Un typhon que nul n’a vu venir se déchaîne sur la capitale. Alexandre Garnier, éditeur, assiste au spectacle de désolation. Il est saisi d’une crise d’angoisse qui réveille le souvenir d’Adrien Vivonne, poète et ami d’enfance disparu mystérieusement depuis 2012. En 2030, le pays est aux mains de milices tandis qu’Alexandre est à la recherche de son ami dont il retrace le parcours.

La Soutenance, d’Anne Urbain (éditions de l’Olivier, 14 janvier)

PREMIER ROMAN. Antoine et Dan sont deux frères que tout oppose. Le premier est constamment freiné par ses doutes alors que le second affirme clairement sa volonté de dominer les autres. Leur rapport de force s’inverse lorsque Dan, ivre, révèle un secret qui expose ses faiblesses et qu’Antoine tente de le protéger.


Littérature étrangère

Un papillon, un scarabée, une rose, d’Aimee Bender (L’Olivier, 7 janvier)
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy)

Francie a huit ans quand la dépression de sa mère, Elaine, vient bouleverser à jamais son existence. Recueillie par son oncle et sa tante, Francie grandit entourée d’affection auprès de sa cousine Vicky. Malgré tout, elle vit une jeunesse singulière, détachée du réel, habitée par la peur de la folie. Mère et fille tracent dès lors leur chemin : l’une survit, l’autre se construit en s’efforçant de « ralentir le monde » et de sonder ses souvenirs d’enfance.
Mais comme toujours dans les romans d’Aimee Bender, la fantaisie règne : un insecte décorant un abat-jour prend vie puis s’échappe, une fleur brodée sur un rideau tombe au sol, bien palpable… L’imaginaire devient le lieu le plus propice à la découverte de vérités profondes.

Le Grand jeu, de Graham Swift (Gallimard, 7 janvier)
(traduit de l’anglais par France Camus-Pichon)

1959, Brighton. Chaque soir, le maître de cérémonie Jack Robins, Ronnie Deane alias Pablo le Magnifique et l’assistante Evie White proposent un spectacle de variété aux vacanciers. Pourtant, rien ne destinait Ronnie à devenir magicien. Pour le protéger des bombes allemandes, sa mère le confie aux Lawrence, un couple âgé. Dans leur propriété de l’Oxfordshire, il découvre l’art de la magie.

Analphabète, de Mick Kitson (Métailié, 28 janvier)
(traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller)

Elle n’est jamais allée à l’école. Elle se débrouille avec les nombres, elle sait faire sa signature. En fait, elle sait faire tout un tas de signatures en fonction de ce qu’elle signe. Son père lui a aussi appris à ne rien vouloir de matériel, mais, sur ce coup-là, il n’a pas réussi. Elle adore le luxe. Elle arnaque, vole et fuit. Les hommes riches et naïfs sont sa proie de prédilection. Mary a du métier et sait effacer ses traces. Mais cette fois c’est Jimmy Shaski, un jeune homme débrouillard, son fils, qui est à ses trousses. Ainsi que Julie Jones, la flic tenace.

L’Usine, de Hiroko Oyamada (Christian Bourgois, 14 janvier)
(traduit du japonais par par Silvain Chupin)

Deux hommes et une femme trouvent un emploi à l’Usine, un gigantesque complexe industriel. Le premier étudie les mousses pour végétaliser les toits, le deuxième relit et corrige des textes divers et la troisième est préposée à la déchiqueteuse. La monotonie de leur emploi les frappe mais ils n’ont pas d’autres options pour gagner leur vie et ils sont prêts à accepter beaucoup de choses.

Une suite d’événements, de Mikhaïl Chevelev (Gallimard, 7 janvier)
(traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs)

PREMIER ROMAN. Grand reporter, Pavel Volodine est spécialiste des conflits interethniques dans la Fédération de Russie. Menant désormais une vie rangée, il est surpris d’être contacté par la police, qui requiert ses services sur une prise d’otages dans une église, qu’un homme nommé Vadim menace de faire sauter. Or Pavel a connu le terroriste lors d’un reportage. Il se retrouve à négocier avec lui.

Casa Triton, de Kjell Westö (Autrement, 13 janvier)
(traduit du suédois par Anna Gibson)

Sur un archipel d’Helsinki, le célèbre chef d’orchestre Thomas Brander se fait construire une somptueuse résidence secondaire appelée la Casa Triton, en référence à l’intervalle du diable, un accord de notes dissonant autrefois interdit. Il sympathise avec son voisin Lindell, un guitariste sans talent hanté par la mort de sa femme, qui l’aide à trouver sa place dans ce village insulaire.


Polar, roman noir

Cimetière d’étoiles, de Richard Morgiève (Joëlle Losfeld, 7 janvier)

États-Unis, 1962. Rollie Fletcher et Will Drake, agents de police corrompus, poursuivent l’assassin d’un Marine. Sur fond de guerre du Vietnam, d’assassinat du président Kennedy, de Dexamyl et d’alcool, leur enquête les confronte à une affaire d’Etat dont ils ne sortent pas indemnes.

Les jardins d’Éden, de Pierre Pelot (Série Noire, 14 janvier)

Après une vie difficile, Jipé Sand est revenu à Paradis, dans la ville et la maison de son enfance pour se rétablir et retrouver sa fille Annie, dite Na, qui semble avoir disparu depuis des mois. Mais à Paradis, se trouve aussi le bois où a été retrouvé le corps à moitié dévoré de Manuella, la fille de Virginia et amie de Na. Jipé veut maintenant comprendre ce qui s’est passé.

Bluebird, Bluebird, d’Attica Locke (Liana Levi, 14 janvier)
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch)

Darren Mathews, un des rares rangers noirs du Texas, est suspendu en attendant un jugement. Il accepte une enquête officieuse pour un de ses amis du FBI. Il se rend dans un hameau du comté de Shelby où deux cadavres ont été trouvés dans le bayou, celui d’un avocat noir de Chicago et celui d’une jeune fille blanche. Il règne un climat raciste en ville aux prises avec une fraternité aryenne.

Traverser la nuit, d’Hervé Le Corre (Rivages, 20 janvier)

Louise, la trentaine, a depuis la mort de ses parents sombré dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui, elle vit seule avec son fils Sam, 8 ans. Un jour, elle est rouée de coups par son ancien compagnon qui la laisse pour morte. L’affaire est alors confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan. Parallèlement, les enquêteurs sont confrontés à un dangereux tueur de femmes.

La Face nord du cœur, de Dolores Redondo (Série Noire, 28 janvier)
(traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet)

Amaia Salazar intègre l’équipe de l’agent Dupree qui traque un tueur en série. Il a détecté en elle une intuition singulière qui fait défaut aux autres enquêteurs. Alors que l’ouragan Katrina dévaste le sud des États-Unis, un homme, dit le Compositeur, laisse un violon sur chaque lieu de ses meurtres, qu’il réalise toujours lors de grandes catastrophes.


L’Ange rouge, de François Médéline

Éditions La Manufacture de Livres, 2020

ISBN 9782358876964

512 p.

20,90 €


À la nuit tombée, un radeau entre dans Lyon porté par les eaux noires de la Saône. Sur l’embarcation, des torches enflammées, une croix de bois, un corps mutilé et orné d’un délicat dessin d’orchidée.
Le crucifié de la Sâone, macabre et fantasmatique mise en scène, devient le défi du commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle. Six enquêteurs face à l’affaire la plus spectaculaire qu’ait connu la ville, soumis à l’excitation des médias, acculés par leur hiérarchie à trouver des réponses. Vite.
S’engage alors une course contre la montre pour stopper un tueur qui les contraindra à aller à l’encontre de toutes les règles et de leurs convictions les plus profondes.


Quand je lis ici et là qu’on compare François Médéline à James Ellroy ou Dennis Lehane, je tombe des nues. Surtout le deuxième, dont j’adule la finesse, l’intelligence, la maîtrise des personnages et le style puissant – autant de qualités absentes de L’Ange rouge.
Je n’en attendais pas moins avant de commencer ma lecture, mais j’en espérais un peu plus. Surtout que le roman se déroule à Lyon, mon chez-moi depuis cinq ans.
Espoirs déçus.

The French Connection

L’Ange rouge, c’est le fantasme du polar à la française, largement daubé par trop de visionnages de films plus ou moins merdiques. Ça pue l’inspiration mal digérée, le recyclage sans génie.
Le flic solitaire bien qu’il dirige une équipe (dont tous les membres sont aussi déglingués que lui, ça va de soi). Ancien cocaïnomane, toujours sur le fil. Méthodes de voyou, aucun respect pour les procédures, intellect douteux, hanté par le souvenir de son ex et le cerveau perpétuellement tiraillé par le sexe.
Apparemment, selon Médéline en tout cas, pour faire viril, faut coller des « pédés » et des « fellations » partout. C’est un genre. Pas le mien.
On est quelque part entre Jean Reno, Olivier Marchal et Gérard Lanvin. La part mélancolique du premier, le désespoir ombrageux du deuxième et la classe animale du troisième en moins.

Et vas-y que je balance des clichés à tour de bras. Les flics vulgaires et bas du front, qui voient des « homos » partout (et dans leur bouche, ça sonne tout de suite suspect, limite dérangeant).
On sort à la campagne, c’est forcément pour tomber sur des fins de race limite consanguins, qui t’accueillent à coups de fusil quand ils ne bavent pas à chaque mot qu’ils éructent.

Au chapitre 12, l’irruption d’une psychiatre remet soudain tout d’aplomb – pour mieux mitrailler de nouveaux poncifs à peine plus relevés que les précédents.
On découvre le profil d’un tueur en série tellement vu et revu que même les scénaristes hollywoodiens en mal d’inspiration refuseraient de s’abaisser à un truc pareil – même pour ébaucher une fausse piste. Et on ajoute des symboles religieux bien lourdingues, déjà vus déjà lus qui plus est.

Bon, je me dis qu’on est seulement dans le premier tiers du bouquin.
Et ça s’arrange, après ?
Pas vraiment. Disons qu’on s’habitue. On renonce au réalisme, à la logique, à la cohérence, et on se laisse porter par les pulsions auto-destructrices des protagonistes, en espérant trouver un peu de sens au bout du chemin.

Ellroy pour les nuls

Pour faire polar, Médéline recourt au style élusif. Phrases très courtes, grammaire minimaliste, reprises martelées des pronoms personnels (« elle fait ci. Elle dit ça. Elle sort. Elle revient. »)
Ça peut faire écriture, à condition d’avoir le sens du rythme. Médéline en manque. Au lieu d’être percutant, c’est lancinant, limite chiant. Au moins c’est rapide à lire. Mais pour le plaisir du verbe, on repassera.

Sans parler des tics, des expressions reprises jusqu’à écœurement (« j’ai calibré » pour dire « j’ai regardé » ou « j’ai jaugé », je n’en pouvais plus de lire cette phrase !) Et des répétitions qui, là encore, sont censées faire style, mais qui ne sont que de vagues copies sans âme de tournures et de choix lus chez d’autres.
Ellroy sait faire ça, oui. Ou, chez nous, Jérôme Leroy, par exemple. Ici, ça sonne faux, fabriqué.

Des raisons d’espérer ?

Du côté positif, je retiendrai tout de même la manière dont Médéline assume jusqu’au bout la spirale sombre de son histoire, lui offrant un dénouement violent et explosif, et un final tout en contraste émotionnel, assez réussi.
Je retiendrai également le formidable personnage de Mamy, capitaine et bras droit de Dubak, grande carcasse qui se goinfre de sucreries et est capable de passer de l’inertie totale à la brutalité la plus sauvage en une seconde. Pour reprendre le petit jeu de la comparaison avec les comédiens, l’ombre de Corinne Masiero n’est pas loin, et ça fait du bien.

À souligner aussi, l’excellente utilisation du paysage urbain, de son décor et de son histoire. Jusqu’à présent, Lyon n’avait pas de représentant digne de ce nom parmi les plumes de polar – à la manière d’un Izzo pour Marseille, Léo Malet ou Simenon pour Paris. De sacrées références, auxquelles je ne me risquerais pas à comparer François Médéline, vous l’aurez compris.
Néanmoins, en tant qu’auteur du cru, il se lance avec L’Ange rouge dans une série littéraire dont Lyon devrait être l’héroïne récurrente, et c’est une belle pierre à placer dans son jardin.

Étant donné mes souffrances à la lecture de ce roman, je ne suis pas sûr d’être au rendez-vous du suivant. Pas mon style, pas mon trip.
Néanmoins, je suis peut-être passé à côté de quelque chose, car L’Ange rouge a ses fervents supporters. Pour vous faire une idée, je vous invite donc à parcourir les avis élogieux des blogueurs ci-dessous… et de vous faire votre propre opinion en le lisant !



À première vue : la rentrée Seuil 2020

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Intérêt global :

ironie


Avec onze titres au programme, les éditions du Seuil font presque jeu égal avec Gallimard en terme de quantité. Pour ce qui est de la qualité, il faudra lire, bien sûr. Cependant, à première vue, le schéma est en dents de scie. Il y aura des trucs dont on va causer, d’autres qui peuvent valoir le coup, et des bricoles sans lesquelles on vivrait tout aussi bien.
Une vraie rentrée littéraire de grosse maison, décidée à continuer comme si de rien n’était.


VIOLENCES DE L’HUMAIN


Sandra Lucbert - Personne ne sort les fusilsPersonne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

On devrait parler de ce livre. Il faudrait qu’on en parle. De mai à juillet 2019, Sandra Lucbert a couvert le procès France Télécom, dont sept dirigeants ont été envoyés devant le tribunal pour des faits de maltraitance, de harcèlement moral, ayant entraîné le suicide de plusieurs employés. Les débats ont permis de faire étalage de l’arrogance sans limite de Didier Lombard et de ses acolytes, de leur cynisme assumé, celui de gens parfaitement conscients qu’ils n’ont pas grand-chose à craindre de la justice, parce que la justice parle la même langue qu’eux. Que peut-on attendre d’un homme qui affirme à la barre, sans trembler : « Finalement, cette histoire de suicides, c’est terrible, ils ont gâché la fête » ?
En 156 pages, Sandra Lucbert ramasse toute la colère légitime que l’on peut (que l’on doit) éprouver à l’encontre de cette barbarie moderne qu’est l’exercice du capitalisme débridé. C’est en écrivain, et non en journaliste, qu’elle empoigne les mots comme des fusils pour tirer en rafale sur l’effroyable machinerie du libéralisme et de la logique économique, négation absolue de l’humain.

Irène Frain - Un crime sans importanceUn crime sans importance, d’Irène Frain

Le mur du silence, Irène Frain s’y heurte sans trêve depuis l’assassinat d’une vieille dame, tuée dans sa maison au fond d’une impasse, en banlieue parisienne, dont on peine à connaître les motivations et encore plus l’auteur. Cette vieille dame, c’était sa sœur. Et le mur, c’est celui de la police, de la justice, qui traitent l’affaire comme un dossier, au mépris de l’humain. C’est aussi le silence de la famille, contre lequel la romancière s’élève dans ce récit-enquête.

Xabi Molia - Des jours sauvagesDes jours sauvages, de Xabi Molia

Les hasards de l’actualité percutent parfois la littérature… Quand on connaît le temps nécessaire à la maturation et à l’écriture d’un roman, on ne pourra pas soupçonner Xabi Molia d’opportunisme avec son nouveau roman, pourtant étrangement en phase avec ce que nous vivons depuis le début de l’année. Il imagine, en effet, qu’une grippe foudroyante ravage l’Europe. Pour fuir l’épidémie, une centaine de personnes embarque à bord d’un ferry, mais une tempête fait naufrager le navire sur une île inconnue. Vient alors le temps des choix. Certains veulent repartir, d’autres profiter de l’aubaine pour construire une société nouvelle sur l’île et en garder jalousement le secret… Un dilemme digne de Sa Majesté des mouches, sauf que les enfants ont grandi.


LA VOIX DES FEMMES


Lucy Ellmann - Les lionnesLes lionnes, de Lucy Ellmann
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro)

C’est une femme, mère au foyer, seule dans sa cuisine. Elle pense aux tâches ménagères qui l’attendent, mais aussi à la folie de la politique qui a conduit un Trump à la présidence du pays, aux fusillades dans les lycées qui deviennent routine, au patriarcat, à la précarité causée par des logiques économiques effarantes, à la maladie… Tous les sujets y passent, ratissant large le monde tel qu’il va, du plus intime au plus large.
Le tout en une seule phrase longue de 1152 pages.
Le bazar est traduit par Claro, qui ne sort plus de sa retraite de traducteur que pour des projets hors norme. Le précédent, c’était Jérusalem, d’Alan Moore. Ça vous donne une idée du livre de Lucy Ellmann, finaliste du Booker Prize et, évidemment, phénomène littéraire chez nos amis anglo-saxons.

Chloé Delaume - Le coeur synthétiqueLe Cœur synthétique, de Chloé Delaume

Rompre à quarante-six ans et entreprendre de refaire sa vie est, pour une femme (beaucoup plus que pour un homme), un parcours du combattant. C’est ce que découvre Adélaïde, l’héroïne du nouveau roman de Chloé Delaume, dont le regard féministe est plus acéré que jamais, en y mêlant l’humour nécessaire pour garder de la hauteur sur le sujet.

Rachid Benzine - Dans les yeux du cielDans les yeux du ciel, de Rachid Benzine

C’est le temps des révolutions. Une femme interpelle le monde. Elle incarne le corps du monde arabe. En elle sont inscrits tous les combats, toutes les mémoires douloureuses, toutes les espérances, toutes les avancées et tous les reculs des sociétés. Plongée lumineuse dans l’univers d’une prostituée qui se raconte, récit d’une femme emportée par les tourments de la grande Histoire, Dans les yeux du ciel pose une question fondamentale : toute révolution mène-t-elle à la liberté ? Et qu’est-ce finalement qu’une révolution réussie ? (résumé de l’éditeur)


EN VRAC (faute d’inspiration…)


Antonio Munoz Molina - Un promeneur solitaire dans la fouleUn promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina
(Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)

Grand romancier espagnol, l’auteur se fait cette fois observateur des petites scènes du quotidien, ces détails infimes qui font le monde tel qu’il est. À Paris, New York, Madrid ou Lisbonne, il arpente les rues armé d’un crayon, d’un carnet, d’un enregistreur et d’une paire de ciseaux, et collecte au hasard bruits volés, bouts de papier, affiches…
Un projet original, par un très écrivain espagnol, dont la finesse d’analyse et d’observation pourrait s’épanouir dans cet exercice singulier.

Sarah Chiche - SaturneSaturne, de Sarah Chiche

La narratrice reconstitue le portrait d’un père mort si jeune, à 34 ans, qu’elle n’en garde aucun souvenir. En rencontrant une femme qui l’a connu enfant, en Algérie, elle tire un fil noueux qui découvre un homme amoureux des étoiles, exilé d’Algérie au moment de l’indépendance, contribuant à rebâtir l’empire médical que sa famille de médecins avait édifié de l’autre côté de la Méditerranée, puis cédant à une passion furieuse qui va tout faire voler en éclats…

Vinca Van Eecke - Des kilomètres à la rondeDes kilomètres à la ronde, de Vinca Van Eecke

Dans un village perdu de la campagne française, rencontre à 14 ans entre des gamins qui grandissent là tant bien que mal, et une fille qui vient juste y passer ses vacances. Elle, « la bourge », eux, « les autres ». Vient le premier amour, les amitiés brûlantes de l’adolescence, et les tragédies qui les accompagnent inévitablement.
(Voilà voilà.)

Mary Costello - La captureLa Capture, de Mary Costello
(Traduit de l’anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik)

Un professeur de lettres spécialiste de Joyce (forcément, il est irlandais) n’arrive pas à écrire le livre dont il rêve sur son mentor littéraire. Et en plus, il est malheureux en amour. Réfugié au fin fond de la campagne (mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec la campagne ?!?), il a un coup de foudre pour sa voisine. Hélas, lorsqu’il la présente à sa tatie, celle-ci se fâche tout rouge et lui interdit de la revoir. Ah, tiens, il y a anguille sous roche.

Stéphane Malandrin - Je suis le fils de BeethovenJe suis le fils de Beethoven, de Stéphane Malandrin

Confession épique d’un vieil homme enfermé dans sa bibliothèque, d’où il entend révéler qu’il est le fils caché d’un Ludwig qu’on a toujours cru mort sans descendance. Une fantaisie littéraire, hymne à la joie héroïque et pastoral.
(Oui, bon, on fait ce qu’on peut.)


BILAN


Lecture probable :
Personne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

Lecture hypothétique :
Des jours sauvages, de Xabi Molia
Un promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina


À première vue : la rentrée Lattès 2020

lattes


Première occurrence de la maison Lattès dans la rubrique « à première vue ». Fidèle au rendez-vous de la rentrée littéraire, c’est un éditeur dont les parutions m’attirent rarement, d’où ce manque… Même s’il m’arrive d’en apprécier certaines à l’occasion – je garde notamment un souvenir passionné des Gens dans l’enveloppe, d’Isabelle Monnin.
Cette année, Lattès envoie cinq livres sur la ligne de départ. Dont deux Adrien, ce qui n’est sûrement qu’une coïncidence. À première vue, pour être honnête, je n’y vois rien de palpitant, à titre personnel en tout cas. Je vous laisse donc juge de ce programme, qui saura peut-être vous intriguer.


Intérêt global :

neutrre


Les disparus de Joola, d’Adrien Absolu

Quatre ans après un récit-enquête consacré au virus Ebola, Adrien Absolu récidive dans le même registre, avec une investigation littéraire consacrée au drame du Joola, bateau parti en septembre 2002 avec deux mille personnes à son bord, et qui n’arrivera jamais à destination. Presque tous les passagers périssent lors du naufrage.
Obnubilé par ce drame dont toutes les réponses n’ont sans doute pas encore été livrées, l’auteur se rend à Casamance, et reconstitue heure et heure la journée fatale, tout en enquêtant sur certaines victimes.

Adrien Borne - Mémoire de soieMémoire de soie, d’Adrien Borne

Lorsqu’il part faire son service militaire en juin 1936, Émile n’a aucune idée de la découverte ahurissante qu’il va faire dans le livret de famille, confié par ses parents à l’instant du départ. À côté du prénom de sa mère, le jeune homme découvre en effet celui d’un certain Baptistin. Qui n’est pas celui de son père. C’est le point de départ d’une enquête familiale.
Rien de très original sur le papier, si ce n’est le cadre de l’intrigue, une magnanerie (lieu d’élevage des vers à soie), et son moment, l’entre-deux-guerres. Pas suffisant pour me retenir plus longtemps.

Diane Mazloum - Une piscine dans le désertUne piscine dans le désert, de Diane Mazloum

Le refuge d’enfance de Fausta, c’est un village perdu dans les montagnes, à la frontière de trois pays en guerre, dont le sien, le Liban. Dans ce village, elle a fait construire une piscine, sur un terrain qui hélas ne lui appartient pas. Lorsqu’un certain Leo débarque du Canada pour régler la vente du terrain en question, qui appartient à sa famille, tout bascule, l’espace de trois jours dans ce village fascinant, lieu de paix à la croisée des périls…

Olja Savicevic - Adios cow-boyAdios Cow-Boy, d’Olja Savicevic
(traduit du croate par Chloé Billon)

De retour dans sa ville natale, Dada retrouve sa mère et sa sœur avec l’espoir de libérer sa famille du passé. Telle une cavalière solitaire, elle enfourche sa mobylette pour tenter de faire la lumière sur la mort de son jeune frère, passionné de westerns, disparu quatre ans plus tôt.
Un roman d’apprentissage qui offre le portrait d’une génération perdue, au cœur d’une banlieue croate abîmée par la guerre.

Hella Feki - Noces de jasminNoces de jasmin, d’Hella Feki

En janvier 2011, à l’aube du Printemps Arabe, un jeune journaliste croupit dans les geôles tunisiennes, dans l’attente de son sort. Dehors, pour tromper l’inquiétude, la femme qui l’aime part sur ses traces, remontant jusqu’à sa ville natale, dans l’espoir de le retrouver, pendant que son père se remémore l’indépendance.


À première vue : la rentrée Iconoclaste 2020

logoiconoclaste


Depuis que les éditions de l’Iconoclaste se mêlent à la rentrée littéraire, elles le font avec parcimonie et discernement. Trois ou quatre livres au maximum, en littérature française, tous défendus avec passion par Sophie de Sivry, Julia Pawlowitch et toute l’équipe. À leur actif, quelques pépites : Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon, La Vraie vie d’Adeline Dieudonné, le sublime Neverland de Timothée de Fombelle, ou Une bête au Paradis de Cécile Coulon, pour ne citer que ceux-là.
Autant dire que j’attends toujours leur programme avec curiosité, attentif à ne pas manquer une nouvelle jolie découverte.
Cette année encore, L’Iconoclaste présente trois titres, dont un premier roman (autre tradition à laquelle la maison tient, toujours amener au moins un débutant sur le devant de la scène – et souvent avec succès).


Intérêt global :

sourire léger


Julia Kerninon - Liv MariaLiv Maria, de Julia Kerninon

Remarqué dès son premier roman, Buvard, Julia Kerninon a déjà publié quatre livres, tous aux éditions du Rouergue (en plus de deux autres publiés en jeunesse auparavant). On lui souhaite que son entrée à l’Iconoclaste soit aussi couronnée de succès que celle de Cécile Coulon (autre jeune transfuge féminine remarquable) l’année dernière.
Son nouveau roman porte le nom de son héroïne, Liv Maria, annonçant ainsi le projet d’un portrait de femme tout en contrastes et en variations. Fille d’un marin norvégien et d’une mère bretonne, Liv Maria sort d’une enfance solitaire pour découvrir l’amour, le plaisir et la passion à Berlin, à l’âge de 17 ans. S’ensuivent les tours et détours de la vie, qui l’emmèneront de l’Amérique Latine à l’Irlande, en quête de compréhension et de vérité.

Hadrien Bels - Cinq dans tes yeuxCinq dans tes yeux, de Hadrien Bels

Chronique vitale et vivifiante de plusieurs personnages, d’une adolescence en feu à une vie adulte plus rangée, le premier roman de Hadrien Bels est aussi un roman de Marseille. Dans le sillage de Stress, son personnage central, et de sa bande de potes tous venus d’ailleurs, de l’Algérie aux Comores, on arpente le vieux quartier du Panier, le temps de le voir changer, oubliant son passé de ghetto populaire pour devenir le dernier chic des bobos qui le gentrifient à tour de bras.
Évidemment originaire de Marseille, l’auteur raconte ces bouleversements dans une langue présentée comme « ultra-contemporaine ». C’est, bien entendu, le point de fixation le plus attendu du livre.

David Le Bailly - L'Autre RimbaudL’Autre Rimbaud, de David Le Bailly

Quand on dit Rimbaud, on pense évidemment Arthur. Et on croit que tout a déjà été raconté sur le jeune homme qui a changé le visage de la poésie, et dont la trajectoire fulgurante reste sans équivalent dans l’histoire littéraire. Pourtant, il existe encore à son sujet des histoires qui n’ont été racontées. Celle de son frère aîné, Frédéric, par exemple. C’est à lui, « l’autre Rimbaud », que David Le Bailly, s’intéresse ici, éclairant en creux le parcours d’Arthur, tout en questionnant la complexité des rapports familiaux. Un livre entre roman et enquête, assez emblématique du catalogue littéraire de l’Iconoclaste, qu’il faudra donc surveiller de près.


BILAN



Lecture probable :

Liv Maria, de Julia Kerninon

Lecture potentielle :
Cinq dans tes yeux, d’Hadrien Bels


À première vue : la rentrée Gallimard 2020

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Intérêt global :

ironie


Voici venir mon moment préféré lorsque je travaille sur la rubrique « à première vue » : la présentation de la rentrée littéraire Gallimard
D’ordinaire pléthorique et relativement indigeste, ce qui occasionne de ma part quelques fréquentes poussées d’urticaire critiques, la rentrée 2020 de Tonton Antoine s’inscrit dans la tendance générale à la baisse des gros éditeurs, pour prendre en compte les répercussions de la crise sanitaire du premier semestre. Si, si, je vous assure ! Au lieu d’une vingtaine de titres, le tarif habituel, nous n’aurons droit qu’à… 13 parutions (si j’ai bien compté, parce qu’il n’est pas facile de s’y retrouver dans l’avalanche de sorties estampillées Gallimard, entre les poches, les essais, les livres audio, les polars…)
Et dans ces 13, on retrouve essentiellement de la grosse cavalerie. Pas forcément synonyme de qualité ni d’enthousiasme délirant, hein, je vous rassure. Même si certains auteurs, dans le lot, sont sans doute incontournables. Je vais essayer de leur réserver la meilleure place dans ses lignes.


COMME SON TITRE L’INDIQUE


Hervé Le Tellier - L'AnomalieL’Anomalie, d’Hervé Le Tellier

On le connaît surtout en brillant amuseur public, membre de l’OuLiPo, plume virtuose quand il s’agit de jouer avec les mots. Mais c’est aussi un excellent écrivain tout court, qui fait par ailleurs son entrée chez Gallimard avec ce nouveau roman, après être passé chez Lattès et le Castor Astral, entre autres. Un signe ?
En mars 2021, un avion en provenance de Paris atterrit à New York après un vol marqué par de violentes turbulences. Trois mois plus tard, le même avion réapparaît au-dessus de New York, avec le même équipage et les mêmes passagers à son bord – provoquant une crise médiatique, scientifique et politique sans précédent…
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce résumé promet une escapade originale, une belle réflexion sur le double et l’identité, et un bousculement salvateur de la logique.
Et puis, comment ne pas accorder du crédit à quelqu’un qui écrit :
« A quarante-trois ans, dont quinze passés dans l’écriture, le petit monde de la littérature lui paraît un train burlesque où des escrocs sans ticket s’installent tapageusement en première avec la complicité de contrôleurs incapables, tandis que restent sur le quai de modestes génies… »


IL CAPO


Erri De Luca - ImpossibleImpossible, d’Erri De Luca
(traduit de l’italien par Danièle Valin)

La montagne pour décor. Un texte bref (moins de 200 pages), une pensée et un style épurés, une intelligence percutante. On connaît, Erri De Luca nous a déjà fait le coup à plusieurs reprises. Et pourtant, on y retourne à chaque fois, parce que la déception est pratiquement impossible avec cet immense écrivain italien, sensible et engagé.
Cette fois, tout commence par une chute. Un homme dévisse dans les Dolomites, un autre donne l’alerte. Fait troublant, les deux se connaissaient de longue date, compagnons de lutte révolutionnaire quarante ans plus tôt. L’homme tombé avait dénoncé celui qui a signalé sa dégringolade. Le juge chargé de l’affaire refuse d’y voir une coïncidence et suspecte une vengeance savamment agencée. Entre le jeune magistrat et le vieil homme commence alors, sous couvert d’interrogatoire, un dialogue sur l’amitié et la trahison, la justice et l’engagement.


DE LA SAGESSE, DE L’ÉDUCATION ET DES RÊVES


Dai Sijie - Les caves du PotalaLes caves du Potala, de Dai Sijie

En 2019, L’Évangile selon Yong Sheng a marqué le grand retour de Dai Sijie vers le succès depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise. Son nouveau roman sera donc sûrement scruté, au moins par la presse. Le Potala du titre est l’ancien palais du Dalaï-Lama au Tibet. En 1968, après l’avoir investi et forcé le dignitaire religieux à l’exil, les Gardes Rouges emprisonnent le peintre Bstan Pa, et le soumettent à un interrogatoire serré. L’artiste y répond, et y résiste, en opposant à la violence politique la sagesse du bouddhisme et une vie dédiée à l’art.

Camille Laurens - FilleFille, de Camille Laurens

Être une femme, assumer son sexe, trouver sa place dans la société en tant que femme, affronter le sexisme ordinaire, ces questionnements sont au cœur du travail de Camille Laurens. Ce nouveau roman au titre révélateur s’ouvre à Rouen, dans la famille Barraqué, dont Laurence est l’une des deux filles. Elle grandit dans la certitude, assénée par l’éducation de ses parents et le contexte social, qu’en toutes choses les hommes décident et dominent. L’expérience de l’âge adulte puis de la maternité, dans les années 90, vont l’amener à reconsidérer cette posture, et à repenser son existence à la lumière du féminisme.

Fabrice Caro - BroadwayBroadway, de Fabrice Caro

Fabcaro lorsqu’il dessine (Zaï Zaï Zaï Zaï) reprend son nom complet lorsqu’il se fait littéraire. Un domaine où il rencontre également le succès, puisque Le Discours, son précédent roman, a largement rencontré ses lecteurs, et va devenir à la rentrée un spectacle seul en scène adapté et interprété par Simon Astier, ainsi qu’un film réalisé par Laurent Tirard, avec les acteurs à la mode Benjamin Lavernhe et Sara Giraudeau.
Autant dire que son nouvel opus est lui aussi attendu, et que son résumé promet de retrouver son univers si particulier, mêlant humour raffiné, sens de l’absurde et profonde mélancolie existentielle. Axel est un homme qui a réussi. 46 ans, marié, deux enfants, un emploi, une maison, des voisins sympas qui vous invitent à leurs barbecues ou à faire du paddle à Biarritz… que demander de plus ? Hé bien, du rêve, du vrai. Celui des origines. Le rêve scintillant et glorieux d’une carrière pleine de succès sur les planches de Broadway… Et si c’était le moment de franchir le pas ?


DE L’ART


Carole Fives - TérébenthineTérébenthine, de Carole Fives

On connaissait Carole Fives en observatrice acide des relations familiales. La voici qui semble faire un pas de côté, et élargir son point de vue – tout en conservant une base autobiographique car, comme son héroïne, elle est passée l’École des Beaux-Arts.
Ce que fait donc sa narratrice, au début des années 2000, alors que la peinture est considérée comme morte. Même dans ce supposé sanctuaire de l’art pictural, rien  n’est fait pour encourager les jeunes vocations, qui se heurtent à l’hostilité des professeurs ou des galeries d’exposition.
Il n’en faut pas plus pour que la jeune femme s’obstine, montant notamment avec des amis un groupe clandestin qui œuvre dans les sous-sols de l’école, à l’insu de tous, refusant de baisser les bras et de ne pas croire dans la possibilité de l’art quoi qu’il arrive…

Paul Greveillac - Art NouveauArt Nouveau, de Paul Greveillac

Je serai curieux (un peu, pas trop non plus) d’entendre l’auteur parler de son livre. Parce que, sur le papier, nombre de choses m’intriguent à son sujet. Son héros s’appelle Lajos Ligeti, et est un architecte viennois qui, en 1896, part à Budapest pour tenter de développer en toute liberté, dans une ville où tout est à faire, ses propres conceptions artistiques et architecturales.
Bon.
Réflexe personnel : je fais tout de suite une recherche pour savoir si c’est une fiction inspirée de faits et de personnages réels ou non. Je trouve bien un Lajos Ligeti, mais qui est né à Budapest en 1902, et était orientaliste et philologue.
Du coup, je suis perplexe : pourquoi nommer ainsi son personnage, d’un nom qui n’est tout de même pas anodin ni passe-partout ?
C’est peut-être se prendre la tête pour rien, hein. N’empêche, reconnaissez que c’est troublant. Un romancier qui fait bien son travail ne nomme pas son personnage sur un coup de tête. Un nom, c’est déjà du sens. En tout cas, ça me perturbe. Presque autant que de savoir s’il va réellement être question d’Art Nouveau dans le roman, car le résumé évoque les envies de construction en béton du protagoniste, choix de matériau qui sera plutôt l’apanage du mouvement suivant, l’Art Déco… Cela dit, en 1896, on est en plein Art Nouveau, donc ça se tient.
Bref, tout ceci m’intrigue. Mais ce n’est pas pour autant que je lirai ce livre, pour être honnête.
(Donc, tout ça pour ça, hein ? Ben ouais.)


DES ÉCRIVAINS


Jessie Burton - Les secrets de ma mèreLes secrets de ma mère, de Jessie Burton
(traduit de l’anglais par Laura Derajinski)

Rose Simons cherche des informations sur sa mère, disparue peu après sa naissance. En enquêtant, elle découvre que la dernière personne à avoir officiellement vu Élise est une écrivaine, alors au faîte de sa gloire littéraire, qui vit désormais recluse et oubliée…
Par l’une des jeunes romancières anglaises les plus prometteuses de ces dernières années.

Eshkol Nevo - La dernière interviewLa Dernière interview, d’Eshkol Nevo
(traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche)

Un célèbre écrivain répond aux questions de ses internautes, ce qui l’amène à s’interroger sur son couple, ses relations compliquées avec ses enfants, son angoisse pour son meilleur ami atteint d’un cancer…
Je ne connais pas Eshkol Nevo. Je ne l’ai jamais lu, ni ne me suis intéressé de près ou de loin à son parcours. Il semblerait qu’il soit un auteur important en Israël, et à lire des interviews, qu’il ait des choses intéressantes à dire. Pour être honnête, ce n’est pas avec ce nouveau roman que je pense changer la donne.

Mohammed Aissaoui - Les funambulesLes funambules, de Mohammed Aïssaoui

Le héros de ce roman exerce la curieuse profession de biographe pour anonymes. Il écrit la vie des gens dont personne ne parle, les glorieux inconnus du quotidien. Depuis quelque temps, il s’intéresse aux bénévoles qui consacrent leur temps et toute leur énergie à aider les plus démunis. Peut-être dans l’espoir de retrouver Nadia, son amour de jeunesse…


VOICI VENU LE TEMPS DES RITES ET DES CHAMPS


Carole Martinez - Les roses fauvesLes roses fauves, de Carole Martinez

L’auteure du Cœur cousu s’appuie sur une étonnante tradition espagnole pour nourrir l’intrigue de son nouveau roman (et faire étrangement écho à son premier) : en Andalousie, les femmes qui sentaient la mort approcher cousaient des coussins en forme de cœur, qu’elles bourraient de petits papiers où elles rédigeaient leurs secrets. Après leur disparition, les coussins étaient confiés à leurs filles, avec l’interdiction absolue de les ouvrir.
Lola, l’héroïne du roman, coule des jours paisibles en Bretagne, entre le bureau de poste où elle travaille et son jardin où elle cultive son petit bonheur tranquille. Dans son armoire, elle conserve précieusement les coussins des femmes de sa famille. Jusqu’au jour où l’un d’eux, en se déchirant par accident, révèle les secrets d’une de ses aïeules et bouleverse son existence…

Marie Nimier - Le Palais des ortiesLe Palais des orties, de Marie Nimier

Au fond d’une campagne française à l’abandon, entre des hangars de tôle rouillée et des champs d’ortie, une famille avec deux enfants vivote tant bien que mal, entre débrouille au quotidien et joie tranquille. Un jour, une jeune femme débarque. Frederica fait du woofing : contre le gîte et le couvert, elle offre son aide et ses bras pour la culture des champs. Elle amène aussi une forme de passion à laquelle Nora, la mère, ne va pas rester insensible.
Les orties, ça pique. Et l’amour aussi.


ET SINON…


Eric Reinhardt - Comédies françaisesComédies françaises, d’Eric Reinhardt

Parce que je ne sais pas sous quelle rubrique le classer, et parce que je n’ai jamais réussi à m’intéresser à son travail (peut-être à tort, hein), voici Eric Reinhardt bon dernier, ce qu’il ne sera probablement pas auprès de la presse qui a l’habitude de le défendre et de le mettre en avant.
Son protagoniste, un jeune journaliste de 27 ans, décide de s’intéresser aux débuts d’Internet. Son enquête l’amène sur les traces d’un ingénieur français dont les recherches révolutionnaires sur le système de transmission des données furent brutalement suspendues par les pouvoirs publics au milieu des années 70. Cette découverte le met sur la piste vers le pouvoir des lobbies, incarné par un puissant industriel dont l’ombre rôde dans les parages.


BILAN


Lecture certaine :
L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier

Lectures probables :
Impossible, d’Erri De Luca
Broadway, de Fabrice Caro

Lecture éventuelle :
Les caves du Potala, de Dai Sijie


À première vue : la rentrée Actes Sud 2020

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Intérêt global :

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Choix de l’ordre alphabétique oblige, honneur donc à la petite maison arlésienne devenue très grande. J’ai dénombré neuf nouveautés à paraître dans cette rentrée, ce qui est encore beaucoup mais plus modéré que les années précédentes (treize en 2018, par exemple).
Du côté des petits événements du monde éditorial, Actes Sud enregistre l’arrivée de Muriel Barbery, auteure de L’Élégance du hérisson et transfuge de Gallimard.
Pour le reste, pas de bouleversement à première vue, puisque le programme aligne essentiellement des noms connus de la maison. À tel point qu’on retrouve trois noms déjà présents ensemble lors de la rentrée 2017 (Lafon, Ducrozet, Ferney). On peut déjà dire que cette si particulière rentrée 2020 ne sera pas celle des prises de risque pour Actes Sud.
À suivre tout de même, un premier roman américain particulièrement dans l’air du temps, et qui devrait faire parler de lui.


LA TÊTE D’AFFICHE


Chavirer, de Lola Lafon

Lola Lafon - ChavirerDepuis La Petite communiste qui ne souriait jamais, revisitation romanesque de l’histoire de Nadia Comaneci, Lola Lafon est devenue une valeur sûre d’Actes Sud. Dans ce nouveau roman, elle choisit à nouveau une danseuse comme héroïne – mais une danseuse, non pas de compétition, mais de plateau télé, une artiste qui, par le prisme de la télévision, fait beaucoup pour rendre la danse accessible et populaire auprès du grand public.
Cléo, cependant, cache un terrible secret, ancré dans son adolescence. À l’âge de 13 ans, elle est recrutée par une certaine Fondation de la vocation, qui dissimule une organisation de prédation sexuelle. Victime, elle devient complice et coupable, en convainquant d’autres filles de la suivre dans le piège. Lorsque l’affaire resurgit trente ans plus tard, Cléo doit affronter son passé…
L’écriture précise et exigeante de Lola Lafon, sa finesse et son engagement ont tout pour transcender le sujet et faire de ce livre un jalon de la rentrée.


D’ACTUALITÉ


Margaret Wilkerson Sexton - Un soupçon de libertéUn soupçon de liberté, de Margaret Wilkerson Sexton
(traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Mistral)

La saga d’une famille noire de la Nouvelle-Orléans sur trois générations. Les existences d’Evelyn, Jackie et T.C. s’entremêlent et montrent comment, dans une nation en mutation, les maux de la communauté noire américaine restent, eux, les mêmes.
Comme ses personnages, Margaret Wilkerson Sexton est née et a grandi à la Nouvelle-Orléans. Si son premier roman, remarqué aux Etats-Unis lors de sa parution, est de qualité, il devrait occuper l’avancée des tables des libraires et la une de la presse spécialisée en raison de son sujet, évidemment brûlant.


DOMAINE ÉTRANGER


Salman Rushdie - Quichotte (couv FR)Quichotte, de Salman Rushdie
(traduit de l’anglais par Gérard Meudal)

S’il est un romancier contemporain qui a le picaresque dans le sang, c’est bien Salman Rushdie. Rien d’étonnant, donc, à le voir réinventer l’un des personnages les plus emblématiques de la littérature, fleuron de la littérature picaresque né de l’imagination de Cervantes. Histoire de s’amuser un peu, il fait de Quichotte un vieux représentant de commerce qui tombe raide amoureux d’une vedette de la télévision. Il se lance dans une quête épique et amoureuse à travers les États-Unis, accompagné de son fils imaginaire, Sancho.

Enrique Vila-Matas - Cette brume insenséeCette brume insensée, d’Enrique Vila-Matas
(traduit de l’espagnol par André Gabastou)

Deux frères. L’un, Simon, est traducteur de « premiers jets » et fournisseur officiel de citations pour écrivains. L’autre, Rainer, qui vit retiré à New York depuis vingt ans, est devenu un auteur culte, notamment grâce au travail occulte de Simon.
À la mort de leur père, ils se retrouvent pour la première fois à Barcelone, le jour même où la Catalogne proclame son indépendance. Dans une ambiance étrange, tandis que des hélicoptères quadrillent le ciel de la ville, les deux frères se mettent à régler leurs comptes…
Connaissant l’auteur, il faut s’attendre à une réflexion pointue et ludique sur la littérature. Et puis la vie, la mort, tout ça.

Sara Omar - La Laveuse de mortLa Laveuse de mort, de Sara Omar
(traduit du danois par Frédéric Fourreau)

Parce qu’elle est née fille et non garçon, Frmesk est en butte à la violence de son père. Pour la sauver, sa mère décide de la confier à ses propres parents. Lui, colonel à la retraite, est un érudit, éclairé sur tous les sujets, à commencer par l’Islam. Elle est laveuse de mort, qui s’occupe des corps des femmes laissées pour compte. Il faudra toute leur générosité et leur amour pour préserver au mieux la petite fille de la violence et de l’intolérance qui règnent dans leur pays, le Kurdistan…


LA TRANSFUGE


Muriel Barbery - Une rose seuleUne seule rose, de Muriel Barbery

Après quatre romans publiés chez Gallimard, dont son deuxième, L’Élégance du hérisson, fut un triomphe aussi énorme qu’inattendu, Muriel Barbery arrive donc chez Actes Sud.
Dans son nouveau livre, elle raconte l’histoire d’une femme n’ayant jamais connu son père, qui apprend à quarante ans la disparition de ce dernier, et l’existence d’un testament qui la concerne. Elle part au Japon, où vivait ce père inconnu contre lequel elle a élevé un mur de colère. Sur place, guidé par Paul, l’assistant de son père, elle entame un long chemin vers la réconciliation, qui passe aussi par la découverte d’une culture japonaise dont elle va apprendre à se nourrir.


DOMAINE FRANCOPHONE


Alice Ferney - L'intimitéL’Intimité, d’Alice Ferney

Après le beau succès des Bourgeois (2017), une grande saga familiale, Alice Ferney revient avec un roman polyphonique qui suit trois personnages en quête d’amour, de vie de famille, de paternité ou de maternité (ou non). Une réflexion sociétale et éthique, mêlée de considérations philosophiques, qui ausculte notre manière de concevoir la vie intime.

Christian Garcin - Le Bon, la Brute et le RenardLe Bon, la Brute et le Renard, de Christian Garcin

Un « road-trip taoïste », selon son éditeur. On y suit trois Chinois perdus dans le désert californien, qui cherchent la fille de l’un d’entre eux ; deux policiers américains qui, au même endroit, cherchent un autre disparu ; et un journaliste chinois, auteur de romans noirs, qui enquête à Paris sur la disparition de la fille de son patron. Trois intrigues en miroir, au service d’une comédie existentielle. Deuxième roman de Garcin chez Actes Sud, après des passages chez Gallimard, Verdier et Stock.

Magyd Cherfi - La part du SarrasinLa Part du Sarrasin, de Magyd Cherfi

Suite de Ma part de Gaulois, gros succès de 2016, où l’auteur relatait comment il était devenu le premier bachelier de sa cité. Magyd Cherfi, figure du groupe Zebda, poursuit ici son récit autobiographique en racontant l’après-Bac, sa quête d’identité musicale et d’identité tout court, face à la violence et au racisme, dans la nécessité d’inventer de nouvelles voix, de nouvelles manières de chanter la rage et l’espoir.

Pierre Ducrozet - Le grand vertigeLe Grand vertige, de Pierre Ducrozet

Ce pourrait être un roman purement opportuniste sur un autre sujet d’actualité primordial, l’écologie. Le pitch m’intéresse pourtant et donne envie d’espérer. Adam Thobias, pionnier sincère et iconoclaste de la pensée environnementale, se voit proposer la direction très officielle et très politiquement correcte d’une “Commission Internationale sur le Changement Climatique et pour un Nouveau Contrat Naturel”. Loin d’avoir l’intention de se couler dans le moule, il y voit l’occasion d’imposer sa patte sur le sujet et de secouer les immobilismes…

Ilan Duran Cohen - Le petit polémisteLe Petit polémiste, d’Ilan Duran Cohen

Alain Conlang est polémiste professionnelle, passé maître dans l’art des saillies et autres provocations médiatiques qui le rendent populaire, notamment auprès des jeunes, plus qu’ils ne le font détester. Jusqu’au jour où il dérape en laissant échapper, dans un dîner mondain terrassant d’ennui, une remarque sexiste. Une limite est franchie, qui précipite le provocateur de l’autre côté de la barrière, le mauvais côté, où l’on devient le sujet des polémiques, et d’où il semble impossible de sortir par le haut…


BILAN


Lectures potentielles :
Chavirer, de Lola Lafon
Le Grand vertige, de Pierre Ducrozet

Et :
Un soupçon de liberté, de Margaret Wilkerson Sexton


Le Service des manuscrits

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« A l’attention du service des manuscrits ». C’est accompagnés de cette phrase que des centaines de romans écrits par des inconnus circulent chaque jour vers les éditeurs. Violaine Lepage est, à 44 ans, l’une des plus célèbres éditrices de Paris. Elle sort à peine du coma après un accident d’avion, et la publication d’un roman arrivé au service des manuscrits, Les Fleurs de sucre, dont l’auteur demeure introuvable, donne un autre tour à son destin.
Particulièrement lorsqu’il termine en sélection finale du prix Goncourt et que des meurtres similaires à ceux du livre se produisent dans la réalité. Qui a écrit ce roman et pourquoi ? La solution se trouve dans le passé. Dans un secret que même la police ne parvient pas à identifier.


 

Depuis le succès surprise mais mérité du Chapeau de Mitterrand, Antoine Laurain cherche, consciemment ou non, à reproduire la recette magique qui avait fait de ce roman l’agréable petit miracle fin et pétillant qu’il était. Hélas, de même que Rhapsodie française ou La Femme au carnet rouge, j’ai trouvé sa nouvelle tentative décevante.

Au début, pourtant, j’avais envie d’y croire, même si cette histoire de manuscrit dont le contenu fait écho à la réalité n’est pas neuve. Peu importe, le procédé peut donner de belles choses. (Là, tout de suite, je pense à Garden of Love, de Marcus Malte. La comparaison, à vrai dire, n’est pas flatteuse pour Antoine Laurain.)
J’ai donc plongé, sans mal car la construction est prenante, et la plume fluide. Quoique, un peu moins inspirée peut-être, moins enlevée, plus convenue dans sa manière de poser les personnages, qui titillent les clichés avec trop d’insistance. Le psy cachottier, l’éditrice omnipotente – mais sympa (trop d’ailleurs pour ce qu’est réellement le milieu littéraire) -, la policière obstinée… Mouais.

Le problème, néanmoins, le vrai problème est ailleurs : Antoine Laurain n’est pas un auteur de romans policiers. L’intrigue du Service des manuscrits reposant entièrement sur un suspense, si celui-ci s’évente trop vite et sort des rails de la crédibilité, c’est tout le livre qui vacille. J’ai donc vu venir la solution de très loin ; avant de la vérifier, l’ai trouvée convenue ; l’ayant lue, ai été déçu. Acharné à conserver son histoire du côté de la facilité, pour ne pas dire de la légèreté, Laurain la rend improbable, et relativement niaise.

Du coup, je me pose une question : si l’auteur avait été un parfait inconnu, ce livre aurait-il franchi la barrière du service des manuscrits ?
Je vous laisse réfléchir à cet épineux problème…


A première vue : la rentrée Albin Michel 2018

Et allez, c’est reparti pour une tournée de seize ! Comme l’année dernière, Albin Michel joue la rentrée façon arrosage à la kalach’, Gallimard style, histoire de balayer la concurrence par sa seule omniprésence sur les tables des librairies. Côté qualité, on se pose sans doute moins la question, mais c’est un autre débat – pour s’amuser tout de même, il peut être intéressant de rejeter un œil sur la rentrée Albin 2017, histoire d’analyser les titres qui ont survécu dans nos mémoires à l’année écoulée… Oui, le résultat ne sera pas forcément flatteur.
Néanmoins, on a envie de retenir quelques titres dans ce programme 2018, d’attendre avec curiosité, voire impatience, quelques auteurs (coucou Antonin Varenne) lancés dans la tornade. Et ce sont ceux-là, et ceux-là seulement, que je mettrai en avant, poussant le plus loin possible la subjectivité et l’éventuelle mauvaise foi qui président à l’exercice « à première vue » ; les autres n’auront droit qu’au résumé sommaire offert par le logiciel professionnel Electre, loué soit-il. Je vous ai déjà fait perdre assez de temps comme cela depuis début juillet !
Du coup, cela devrait aller assez vite…

Varenne - La Toile du mondeEXPO 00 : La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Le plus attendu en ce qui me concerne – je ne me suis toujours pas remis du souffle extraordinaire et de l’audace aventurière de Trois mille chevaux vapeur. Après Équateur, où l’on recroisait Arthur Bowman, héros du précédent évoqué, nous découvrons ici Aileen Bowwan, fille d’Arthur, journaliste au New York Tribune dont la réputation scandaleuse tient à la liberté flamboyante avec laquelle elle mène sa vie. En 1900, elle débarque à Paris pour couvrir l’Exposition Universelle. Son immersion dans la Ville Lumière en pleine mutation est l’occasion d’une confrontation entre mondes anciens et nouveaux…
Rien que pour le plaisir, la première phrase : « Aileen avait été accueillie à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. » Très envie de lire la suite. On en reparle, c’est sûr !

Chaon - Une douce lueur de malveillanceSPLIT : Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon
(traduit de l’américain par Hélène Fournier)
Charybde ou Scylla ? Pour le psychiatre Dustin Tillman, le choix semble impossible. D’un côté, il apprend que, grâce à des expertises ADN récentes, son frère adoptif vient d’être innocenté du meurtre d’une partie de sa famille, trente ans plus tôt – condamnation dans laquelle Dustin avait pesé en témoignant contre Rusty. De l’autre, il se laisse embarquer dans une enquête ténébreuse, initiée par l’un de ses patients, policier en congé maladie, sur la disparition mystérieuse de plusieurs étudiants des environs tous retrouvés noyés. Ou comment, d’une manière ou d’une autre, se donner tous les moyens de se pourrir la vie… Avec un titre et un résumé pareils, Dan Chaon devrait nous entraîner dans des eaux plutôt sombres. A voir également.

Roux - FrackingERIN BROCKOVICH : Fracking, de François Roux
J’avais beaucoup aimé le Bonheur national brut, Tout ce dont on rêvait m’avait en revanche laissé plutôt indifférent. Où se situera François Roux cette fois ? Pour ce nouveau livre, il part aux États-Unis pour raconter le combat d’une famille contre les géants du pétrole et leurs pratiques abominables au Dakota.

Hosseini - Une prière à la merENTRE DEUX MONDES : Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
(traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois, illustrations de Dan Williams)
Par l’auteur des superbes Cerfs-volants de Kaboul, un texte en hommage aux réfugiés syriens qui prend la forme d’une lettre adressée par un père à son fils en train de dormir, longue prière pour que leur traversée vers « l’Eldorado » européen se déroule sans encombre, et récit de la métamorphose d’un pays en zone de guerre.

Enia - La loi de la merÀ L’AUTRE BOUT DU MONDE : La Loi de la mer, de Davide Enia
(traduit de l’italien par Françoise Brun)
Davide Enia fait le lien avec le texte de Hosseini, puisqu’il campe son nouveau livre à Lampedusa, pointe de l’Europe méditerranéenne où aboutissent nombre de réfugiés maritimes. Pendant trois ans, le romancier italien a arpenté la petite île pour y rencontrer tous ceux qui en font la triste actualité : les exilés bien sûr, mais aussi les habitants et les secouristes.

*****

Hollinghurst - L'Affaire SparsholtLE CŒUR ET LA RAISON : L’Affaire Sparsholt, d’Alan Hollinghurst
(traduit de l’anglais par François Rosso)
Oxford, automne 1940. David Sparsholt, athlétique et séduisant, commence son cursus universitaire. Il semble ignorer l’effet qu’il produit sur les autres, notamment sur le solitaire et romantique Evert Dax, fils d’un célèbre romancier. Aux heures les plus sombres du Blitz, l’université devient un lieu hors du temps où se nouent des liaisons secrètes et des amitiés durables.

Hoffmann - Les belles ambitieusesGENTIL COQUELICOT MESDAMES : Les belles ambitieuses, de Stéphane Hoffmann
Énarque et polytechnicien, Amblard Blamont Chauvry a tourné le dos à la carrière qui s’ouvrait à lui et a choisi de se consacrer aux plaisirs terrestres. Un tel choix de vie provoque la colère des femmes de son entourage qui manœuvrent dans l’ombre pour lui obtenir une position sociale. Insensible à leurs manigances, Amblard se laisse troubler par Coquelicot, une jeune femme mystérieuse.

Hardcastle - Dans la cageFIGHT CLUB : Dans la cage, de Kevin Hardcastle
(traduit de l’anglais (Canada) par Janique Jouin)
La domination de longue haleine de Daniel sur les rings de free fight est anéantie par une grave blessure à l’œil qui l’oblige à arrêter le sport de combat. Il se marie alors avec une infirmière avec laquelle il a une petite fille et devient soudeur. Quelques années plus tard, le couple peine à gagner sa vie. David s’engage alors comme garde du corps puis reprend les arts martiaux. Premier roman.

Toledano - Le retour du phénixIKKI : Le Retour du Phénix, de Ralph Toledano
Juive d’origine marocaine, Edith épouse Tullio Flabelli, un prince romain. Dix ans plus tard et après la naissance de ses trois enfants, Edith réalise qu’elle n’est pas heureuse dans son mariage. Elle convainc son époux de passer l’été à Jérusalem avec elle. Ils retrouvent leur entente d’antan mais sont déçus par l’atmosphère qui règne en ville où le paraître l’emporte sur l’être.

Bleys - Nous les vivantsI SEE DEAD PEOPLE : Nous, les vivants, d’Olivier Bleys
Bloqué par une tempête lors d’une mission de ravitaillement des postes de haute montagne de la cordillère des Andes, un pilote d’hélicoptère installe un campement de fortune. Rejoint par Jésus qui entretient les bornes délimitant la frontière entre l’Argentine et le Chili, il entreprend une randonnée qui se change peu à peu en expérience mystique.

Picouly - Quatre-vingt-dix secondesNUÉE ARDENTE : Quatre-vingt-dix secondes, de Daniel Picouly
En 1920, la montagne Pelée se réveille. Le volcan prend la parole et promet de raser la ville et ses environs afin de punir les hommes de leurs comportements irrespectueux.

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Et encore… :

Ce cœur qui haïssait la guerre, de Michel Heurtault
En Allemagne, au lendemain de l’armistice de 1918. Anton, jeune ingénieur, se passionne pour la conquête spatiale et obtient un poste pour travailler sur une fusée financée par l’armée. Une place qui met à mal son désir de neutralité face à la montée du nazisme. Deux femmes parmi ses proches l’amènent à s’interroger sur son engagement politique et à prendre position.

Concours pour le Paradis, de Clélia Renucci
Venise, 1577. La fresque du paradis sur les murs du palais des doges a disparu lors d’un incendie. Un concours est lancé pour la remplacer auquel participent les maîtres de la ville dont Véronèse, Tintoret et Zuccaro. Entre rivalités artistiques et déchirements religieux, les peintres mettent tout en oeuvre pour séduire la Sérénissime et lui offrir une toile digne de son histoire. Premier roman.

Le Malheur d’en bas, d’Inès Bayard
Marie et son époux Laurent sont heureux jusqu’au jour où la jeune femme est violée par son directeur. Elle se tait mais découvre peu de temps après qu’elle est enceinte. Persuadée que cet enfant est celui de son agresseur, elle s’enferme dans un silence destructeur qui la pousse à commettre l’irréparable. Premier roman.

Une vie de pierres chaudes, d’Aurélie Razimbaud
A Alger, Rose est séduite par Louis, jeune ingénieur au comportement étrange. Ils se marient et ont une fille. Pourtant, Louis semble malheureux et se réveille chaque nuit, hanté par les souvenirs de la guerre d’Algérie. Au début des années 1970, la famille s’installe à Marseille mais Louis est toujours perturbé. Rose découvre qu’il mène une double vie depuis des années. Premier roman.

Les prénoms épicènes, d’Amélie Nothomb
Le récit d’une relation fille-père. Des prénoms portés au masculin comme au féminin.
(Bref.
Rien qu’à cause de son titre, ce Nothomb-là, je pense que je vais faire l’impasse. Certains de ses précédents romans m’ont trop agréablement surpris pour risquer une rechute.)


On lira sûrement :
La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon

On lira peut-être :
Fracking, de François Roux
Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
La Loi de la mer, de Davide Enia