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Le Service des manuscrits

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« A l’attention du service des manuscrits ». C’est accompagnés de cette phrase que des centaines de romans écrits par des inconnus circulent chaque jour vers les éditeurs. Violaine Lepage est, à 44 ans, l’une des plus célèbres éditrices de Paris. Elle sort à peine du coma après un accident d’avion, et la publication d’un roman arrivé au service des manuscrits, Les Fleurs de sucre, dont l’auteur demeure introuvable, donne un autre tour à son destin.
Particulièrement lorsqu’il termine en sélection finale du prix Goncourt et que des meurtres similaires à ceux du livre se produisent dans la réalité. Qui a écrit ce roman et pourquoi ? La solution se trouve dans le passé. Dans un secret que même la police ne parvient pas à identifier.


 

Depuis le succès surprise mais mérité du Chapeau de Mitterrand, Antoine Laurain cherche, consciemment ou non, à reproduire la recette magique qui avait fait de ce roman l’agréable petit miracle fin et pétillant qu’il était. Hélas, de même que Rhapsodie française ou La Femme au carnet rouge, j’ai trouvé sa nouvelle tentative décevante.

Au début, pourtant, j’avais envie d’y croire, même si cette histoire de manuscrit dont le contenu fait écho à la réalité n’est pas neuve. Peu importe, le procédé peut donner de belles choses. (Là, tout de suite, je pense à Garden of Love, de Marcus Malte. La comparaison, à vrai dire, n’est pas flatteuse pour Antoine Laurain.)
J’ai donc plongé, sans mal car la construction est prenante, et la plume fluide. Quoique, un peu moins inspirée peut-être, moins enlevée, plus convenue dans sa manière de poser les personnages, qui titillent les clichés avec trop d’insistance. Le psy cachottier, l’éditrice omnipotente – mais sympa (trop d’ailleurs pour ce qu’est réellement le milieu littéraire) -, la policière obstinée… Mouais.

Le problème, néanmoins, le vrai problème est ailleurs : Antoine Laurain n’est pas un auteur de romans policiers. L’intrigue du Service des manuscrits reposant entièrement sur un suspense, si celui-ci s’évente trop vite et sort des rails de la crédibilité, c’est tout le livre qui vacille. J’ai donc vu venir la solution de très loin ; avant de la vérifier, l’ai trouvée convenue ; l’ayant lue, ai été déçu. Acharné à conserver son histoire du côté de la facilité, pour ne pas dire de la légèreté, Laurain la rend improbable, et relativement niaise.

Du coup, je me pose une question : si l’auteur avait été un parfait inconnu, ce livre aurait-il franchi la barrière du service des manuscrits ?
Je vous laisse réfléchir à cet épineux problème…


Rhapsodie française, d’Antoine Laurain

Signé Bookfalo Kill

Alain Massoulier, médecin généraliste sans histoire, reçoit un jour une lettre. C’est une réponse de la maison de disque Polydor, qui lui annonce être intéressée par la maquette musicale de son groupe, les Hologrammes, et l’engage à prendre contact avec elle. Alain devrait être heureux ; il est juste sidéré. Et pour cause : la lettre lui est parvenue avec trente-trois ans de retard. La maquette en question a disparu, les Hologrammes n’existent plus depuis longtemps et leurs membres sont éparpillés dans la nature.
Le batteur est devenu artiste contemporain, la chanteuse a repris l’hôtel parental, le parolier est antiquaire, le bassiste a viré facho en chef, le claviériste se la coule douce en Thaïlande ; quant à celui qui leur avait permis d’enregistrer une démo digne de ce nom, on l’appelle désormais JBM, c’est un homme d’affaires respecté qui, depuis peu, fait figure de favori surprises pour les prochaines élections présidentielles.
Piqué au vif, et aussi curieux de réentendre des chansons qu’il a oubliées, Alain se met en quête de la cassette manquante en contactant ses anciens amis…

Laurain - Rhapsodie françaiseAntoine Laurain aime les chaînes et les petits coups de pouce du hasard – ou du destin, c’est selon – qui peuvent changer le cours d’une vie. Il avait déjà fait le coup, brillamment dans le Chapeau de Mitterrand, de manière plus poussive dans La Femme au carnet rouge. Rhapsodie française vient se caler entre ces deux livres, plus fluide que le second, mais moins pertinent que le premier.
Comme il l’avait fait pour les années 80 dans Le Chapeau de Mitterrand, Laurain s’efforce de saisir quelque chose de l’air du temps, en croquant des personnages représentatifs de notre époque. Il y parvient plus ou moins bien ; si l’artiste contemporain et ses sculptures gonflables géantes donnent quelques scènes irrésistibles, le leader d’extrême-droite n’évite pas le piège de la caricature, et entraîne même une partie de la fin du roman vers un grand-guignol évitable. D’autres, comme JBM (héros pourtant attachant), poussent l’intrigue vers l’utopie gentillette, cédant à l’angélisme grand public ce qu’il abandonne au réalisme.

Plaisant à lire si l’objectif est de se détendre – Antoine Laurain a pour lui une plume simple et fluide -, Rhapsodie française ne tient pas l’ambition sociologique que semble annoncer son titre (à la différence, pour ceux qui s’en souviennent, du remarquable Une vie française de Jean-Paul Dubois). Un moment sympa tout de même.

Rhapsodie française, d’Antoine Laurain
Éditions Flammarion, 2016
ISBN 978-2-08-136008-2
276 p., 19€


La Femme au carnet rouge, d’Antoine Laurain

Signé Bookfalo Kill

Un soir, une jeune femme prénommée Laure se fait agresser dans la rue, devant son immeuble, par un homme qui lui dérobe violemment son sac à main.
Le lendemain matin, un libraire prénommé Laurent remarque un beau sac à main de femme, abandonné sur une poubelle en pleine rue. Il le récupère, l’examine en espérant y trouver un nom, une adresse ; en vain. Il n’y déniche que quelques menus objets, et un carnet rouge où la jeune femme note ses impressions, ses envies, ses pensées. Fasciné, Laurent décide de jouer les apprentis détectives et d’essayer d’identifier la mystérieuse jeune femme. Il ignore que sa curieuse quête va bouleverser sa vie, tout comme celle de Laure…

Laurain - La Femme au carnet rougeL’année dernière, j’avais été très agréablement surpris par le précédent roman d’Antoine Laurain, le malin et pétillant Chapeau de Mitterrand. J’attendais donc beaucoup de son retour en librairie – ce qui est souvent le meilleur moyen d’être déçu.

Le Chapeau de Mitterrand avait pour lui scénario très habile, parfaitement exploité de bout en bout. Le romancier essaie de recréer un schéma similaire, avec cette histoire de sac à main et de carnet rouge dont le contenu oriente l’enquête de Laurent. (Vous noterez au passage : le héros se prénomme Laurent, l’héroïne Laure, dans un roman d’Antoine Laurain… Hum, bref.)
Malheureusement, le dispositif ne fonctionne pas aussi bien, probablement parce que l’idée de départ est moins original que celle de faire avancer toute une histoire grâce à un simple chapeau ; et faire apparaître cette fois Patrick Modiano en personne dans l’intrigue n’y fait pas grand-chose (même si la scène est un bel hommage).

Que dire d’autre ? Pas grand-chose, en fait. La Femme au carnet rouge est un roman plaisant, une comédie romantique qui évite l’écueil majeur de la gnangnanterie, c’est déjà ça. Mais il ne se distingue en rien du reste de cette production légère pour lecteurs occasionnels, qui ne tire à aucune conséquence, même si, à l’image des livres de Grégoire Delacourt, elle peut engendrer d’énormes succès de librairie. C’est évidemment tout le mal que je souhaite à Antoine Laurain.

La Femme au carnet rouge, d’Antoine Laurain
Éditions Flammarion, 2014
ISBN 978-2-08-129594-0
237 p., 18€


Le Chapeau de Mitterrand, d’Antoine Laurain

Signé Bookfalo Kill

Un soir, François Mitterrand vient dîner dans une brasserie chic de Paris. A ses côtés, Daniel Mercier, quadra anonyme, assiste à l’événement en témoin privilégié autant que tétanisé de partager la banquette d’un si illustre convive. En partant, le Président oublie son chapeau, accessoire qui a tant fait pour la célébrité de son auguste silhouette. Daniel le récupère et, sur une impulsion, décide de le garder. Sans doute inspiré par l’aura de son propriétaire, il en tire une autorité et une audace nouvelles, qui lui valent une promotion professionnelle impressionnante et un bouleversement en profondeur de son existence.
Malheureusement, Daniel égare le fameux chapeau, qui tombe en d’autres mains dont le destin s’apprête à changer également…

« Léger et distrayant » ne rime pas forcément avec « stupide et mal écrit ». La preuve avec ce quatrième roman d’Antoine Laurain, que je viens enfin de découvrir à l’occasion de sa sortie en poche. Mon amie Diane m’avait pourtant prévenu, enthousiasmée dès sa sortie initiale par le charme singulier de ce livre ; mais, faute de temps, comme souvent, j’étais passé à côté.

Laurain - Le Chapeau de MitterrandL’erreur est réparée, et c’est avec le même plaisir que je vous encourage à vous plonger dans cette histoire rocambolesque dont l’idée de départ, prétexte génial, est alimentée à la perfection par l’auteur tout au long du roman. En faisant passer le célèbre galurin de main en main, ou plutôt de tête en tête, Antoine Laurain se livre à une radiographie des années 80, sans prétention sociologique exacerbée ni nostalgie facile.
Il croque les références culturelles, artistiques, et bien sûr politiques de l’époque, mais en s’attachant toujours et avant tout à ses héros, anonymes complets ou célébrités fictives dont le destin bascule au moment où le fameux chapeau leur appartient. Aucune ambition fantastique (au sens littéraire du terme) là-dedans, c’est juste un clin d’oeil, un accessoire de conte dont la magie supposée, liée à son caractère symbolique, permet aux personnages d’avancer – tandis que François Mitterrand, lui, comme privé de sa source d’énergie, est forcé à l’attentisme : le roman se déroule entre 1986 et 1988, période de la première cohabition avec la droite…

Du Minitel au Top 50, des colonnes de Buren à la Pyramide du Louvre, Le Chapeau de Mitterrand fait revivre une époque pleine de sens, riche en transitions, et dominée par une figure politique majeure qui a laissé une empreinte indélébile dans l’esprit de tous ceux, admirateurs comme détracteurs, qui ont vécu dans son ombre – et en particulier ceux qui, comme l’auteur (et comme moi) ont grandi dans les années 80.

Plein d’humour et de dérision, fin et chaleureux, servi par l’écriture pétillante d’Antoine Laurain, le Chapeau de Mitterrand est de ces romans qui vous soulèvent comme une brise légère et vous reposent tout en douceur au terme de leur histoire, sourire conquis aux lèvres, en ne vous laissant qu’une seule envie : en partager le plaisir avec d’autres. C’est chose faite sur ce blog – et encore merci à Diane de l’avoir fait pour moi !

Le Chapeau de Mitterrand, d’Antoine Laurain
Éditions J’ai Lu, 2013
(Première édition : Flammarion, 2012)
ISBN 978-2-290-05726-1
190 p., 6,50€