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À première vue : bilan final !

Bon, voilà, le tour d’horizon est, pour moi, à peu près terminé.
Rien ne dit que quelques surprises ne viendront pas perturber l’ordre des choses tel qu’il est établi ci-dessous. Néanmoins, dans l’ensemble, voici ce que je retiens de la rentrée littéraire 2020 – la liste de mes envies, en somme.
Comme les fois précédentes, elle est établie dans l’ordre de mes attentes, même si celui de mes lectures effectives sera sûrement différent au bout du compte – et que toutes ne seront pas lues…

À vous de faire votre marché désormais, en espérant que vous trouverez dans tout ceci de quoi vous réjouir, vous faire rêver, vous embarquer… tout ce qui constitue le plaisir du lecteur !


À première vue : récapitulatif 2020

Je vous propose un petit outil qui pourrait s’avérer fort utile, si jamais vous cherchez à découvrir le programme d’un éditeur en particulier en cette rentrée littéraire 2020.

Vous trouverez donc ci-dessous la liste, dans l’ordre alphabétique, des éditeurs abordés cette année dans la rubrique « à première vue ». Pour en savoir plus sur leurs publications, il vous suffit de cliquer sur le nom qui vous intéresse.

Pour vous faciliter encore un peu plus la vie, je laisserai cet article épinglé en haut du blog durant quelque temps.

Actes Sud
Agullo
Albin Michel
Autrement
Aux Forges de Vulcain
Christian Bourgois
Delcourt
Fayard
Finitude
Flammarion
Gallimard
Gallmeister
Éditions du Globe
Grasset
Éditions de l’Iconoclaste
Julliard
Lattès
Liana Levi
Métailié
Éditions de Minuit
Éditions de l’Olivier
Le Passage
Philippe Rey
Plon
P.O.L.
Rivages
Éditions du Rouergue (la Brune)
Robert Laffont
Seuil
Stock
Sabine Wespieser
Verdier
Zoé
Zulma
Bonus :
Sonneur, Fosse aux Ours, Viviane Hamy, Tripode


À première vue : deuxième bilan intermédiaire

Au terme de la troisième semaine de la rubrique, mise à jour en images (et toujours classées à peu près par ordre d’impatience) des attentes cannibales pour cette rentrée littéraire 2020 ! Il y a du changement par rapport à la semaine dernière – et il y en aura encore la semaine prochaine…


À première vue : la rentrée Actes Sud 2020

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Intérêt global :

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Choix de l’ordre alphabétique oblige, honneur donc à la petite maison arlésienne devenue très grande. J’ai dénombré neuf nouveautés à paraître dans cette rentrée, ce qui est encore beaucoup mais plus modéré que les années précédentes (treize en 2018, par exemple).
Du côté des petits événements du monde éditorial, Actes Sud enregistre l’arrivée de Muriel Barbery, auteure de L’Élégance du hérisson et transfuge de Gallimard.
Pour le reste, pas de bouleversement à première vue, puisque le programme aligne essentiellement des noms connus de la maison. À tel point qu’on retrouve trois noms déjà présents ensemble lors de la rentrée 2017 (Lafon, Ducrozet, Ferney). On peut déjà dire que cette si particulière rentrée 2020 ne sera pas celle des prises de risque pour Actes Sud.
À suivre tout de même, un premier roman américain particulièrement dans l’air du temps, et qui devrait faire parler de lui.


LA TÊTE D’AFFICHE


Chavirer, de Lola Lafon

Lola Lafon - ChavirerDepuis La Petite communiste qui ne souriait jamais, revisitation romanesque de l’histoire de Nadia Comaneci, Lola Lafon est devenue une valeur sûre d’Actes Sud. Dans ce nouveau roman, elle choisit à nouveau une danseuse comme héroïne – mais une danseuse, non pas de compétition, mais de plateau télé, une artiste qui, par le prisme de la télévision, fait beaucoup pour rendre la danse accessible et populaire auprès du grand public.
Cléo, cependant, cache un terrible secret, ancré dans son adolescence. À l’âge de 13 ans, elle est recrutée par une certaine Fondation de la vocation, qui dissimule une organisation de prédation sexuelle. Victime, elle devient complice et coupable, en convainquant d’autres filles de la suivre dans le piège. Lorsque l’affaire resurgit trente ans plus tard, Cléo doit affronter son passé…
L’écriture précise et exigeante de Lola Lafon, sa finesse et son engagement ont tout pour transcender le sujet et faire de ce livre un jalon de la rentrée.


D’ACTUALITÉ


Margaret Wilkerson Sexton - Un soupçon de libertéUn soupçon de liberté, de Margaret Wilkerson Sexton
(traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Mistral)

La saga d’une famille noire de la Nouvelle-Orléans sur trois générations. Les existences d’Evelyn, Jackie et T.C. s’entremêlent et montrent comment, dans une nation en mutation, les maux de la communauté noire américaine restent, eux, les mêmes.
Comme ses personnages, Margaret Wilkerson Sexton est née et a grandi à la Nouvelle-Orléans. Si son premier roman, remarqué aux Etats-Unis lors de sa parution, est de qualité, il devrait occuper l’avancée des tables des libraires et la une de la presse spécialisée en raison de son sujet, évidemment brûlant.


DOMAINE ÉTRANGER


Salman Rushdie - Quichotte (couv FR)Quichotte, de Salman Rushdie
(traduit de l’anglais par Gérard Meudal)

S’il est un romancier contemporain qui a le picaresque dans le sang, c’est bien Salman Rushdie. Rien d’étonnant, donc, à le voir réinventer l’un des personnages les plus emblématiques de la littérature, fleuron de la littérature picaresque né de l’imagination de Cervantes. Histoire de s’amuser un peu, il fait de Quichotte un vieux représentant de commerce qui tombe raide amoureux d’une vedette de la télévision. Il se lance dans une quête épique et amoureuse à travers les États-Unis, accompagné de son fils imaginaire, Sancho.

Enrique Vila-Matas - Cette brume insenséeCette brume insensée, d’Enrique Vila-Matas
(traduit de l’espagnol par André Gabastou)

Deux frères. L’un, Simon, est traducteur de « premiers jets » et fournisseur officiel de citations pour écrivains. L’autre, Rainer, qui vit retiré à New York depuis vingt ans, est devenu un auteur culte, notamment grâce au travail occulte de Simon.
À la mort de leur père, ils se retrouvent pour la première fois à Barcelone, le jour même où la Catalogne proclame son indépendance. Dans une ambiance étrange, tandis que des hélicoptères quadrillent le ciel de la ville, les deux frères se mettent à régler leurs comptes…
Connaissant l’auteur, il faut s’attendre à une réflexion pointue et ludique sur la littérature. Et puis la vie, la mort, tout ça.

Sara Omar - La Laveuse de mortLa Laveuse de mort, de Sara Omar
(traduit du danois par Frédéric Fourreau)

Parce qu’elle est née fille et non garçon, Frmesk est en butte à la violence de son père. Pour la sauver, sa mère décide de la confier à ses propres parents. Lui, colonel à la retraite, est un érudit, éclairé sur tous les sujets, à commencer par l’Islam. Elle est laveuse de mort, qui s’occupe des corps des femmes laissées pour compte. Il faudra toute leur générosité et leur amour pour préserver au mieux la petite fille de la violence et de l’intolérance qui règnent dans leur pays, le Kurdistan…


LA TRANSFUGE


Muriel Barbery - Une rose seuleUne seule rose, de Muriel Barbery

Après quatre romans publiés chez Gallimard, dont son deuxième, L’Élégance du hérisson, fut un triomphe aussi énorme qu’inattendu, Muriel Barbery arrive donc chez Actes Sud.
Dans son nouveau livre, elle raconte l’histoire d’une femme n’ayant jamais connu son père, qui apprend à quarante ans la disparition de ce dernier, et l’existence d’un testament qui la concerne. Elle part au Japon, où vivait ce père inconnu contre lequel elle a élevé un mur de colère. Sur place, guidé par Paul, l’assistant de son père, elle entame un long chemin vers la réconciliation, qui passe aussi par la découverte d’une culture japonaise dont elle va apprendre à se nourrir.


DOMAINE FRANCOPHONE


Alice Ferney - L'intimitéL’Intimité, d’Alice Ferney

Après le beau succès des Bourgeois (2017), une grande saga familiale, Alice Ferney revient avec un roman polyphonique qui suit trois personnages en quête d’amour, de vie de famille, de paternité ou de maternité (ou non). Une réflexion sociétale et éthique, mêlée de considérations philosophiques, qui ausculte notre manière de concevoir la vie intime.

Christian Garcin - Le Bon, la Brute et le RenardLe Bon, la Brute et le Renard, de Christian Garcin

Un « road-trip taoïste », selon son éditeur. On y suit trois Chinois perdus dans le désert californien, qui cherchent la fille de l’un d’entre eux ; deux policiers américains qui, au même endroit, cherchent un autre disparu ; et un journaliste chinois, auteur de romans noirs, qui enquête à Paris sur la disparition de la fille de son patron. Trois intrigues en miroir, au service d’une comédie existentielle. Deuxième roman de Garcin chez Actes Sud, après des passages chez Gallimard, Verdier et Stock.

Magyd Cherfi - La part du SarrasinLa Part du Sarrasin, de Magyd Cherfi

Suite de Ma part de Gaulois, gros succès de 2016, où l’auteur relatait comment il était devenu le premier bachelier de sa cité. Magyd Cherfi, figure du groupe Zebda, poursuit ici son récit autobiographique en racontant l’après-Bac, sa quête d’identité musicale et d’identité tout court, face à la violence et au racisme, dans la nécessité d’inventer de nouvelles voix, de nouvelles manières de chanter la rage et l’espoir.

Pierre Ducrozet - Le grand vertigeLe Grand vertige, de Pierre Ducrozet

Ce pourrait être un roman purement opportuniste sur un autre sujet d’actualité primordial, l’écologie. Le pitch m’intéresse pourtant et donne envie d’espérer. Adam Thobias, pionnier sincère et iconoclaste de la pensée environnementale, se voit proposer la direction très officielle et très politiquement correcte d’une “Commission Internationale sur le Changement Climatique et pour un Nouveau Contrat Naturel”. Loin d’avoir l’intention de se couler dans le moule, il y voit l’occasion d’imposer sa patte sur le sujet et de secouer les immobilismes…

Ilan Duran Cohen - Le petit polémisteLe Petit polémiste, d’Ilan Duran Cohen

Alain Conlang est polémiste professionnelle, passé maître dans l’art des saillies et autres provocations médiatiques qui le rendent populaire, notamment auprès des jeunes, plus qu’ils ne le font détester. Jusqu’au jour où il dérape en laissant échapper, dans un dîner mondain terrassant d’ennui, une remarque sexiste. Une limite est franchie, qui précipite le provocateur de l’autre côté de la barrière, le mauvais côté, où l’on devient le sujet des polémiques, et d’où il semble impossible de sortir par le haut…


BILAN


Lectures potentielles :
Chavirer, de Lola Lafon
Le Grand vertige, de Pierre Ducrozet

Et :
Un soupçon de liberté, de Margaret Wilkerson Sexton


A première vue : la rentrée Actes Sud 2018

Comme l’année dernière, Actes Sud balance pas moins de treize livres dans la rentrée littéraire – merci beaucoup, chers amis arlésiens, mais nous n’en attendions pas tant. Au programme : un ancien Prix Goncourt, un deuxième roman très très très attendu, une belle brochette de grosses pointures, notamment dans le domaine étranger… Encore une fois, c’est copieux et on ne peut pas passer à côté. Quant à pouvoir ou vouloir tout lire… En tout cas, il y a matière à y trouver son compte !

Cercas - Le Monarque des ombresTALON D’ACHILLE : Le Monarque des ombres, de Javier Cercas
(traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon)
Grand maître de l’exofiction historique, Javier Cercas puise cette fois la matière de son nouveau livre dans le filon familial, revenant en même temps aux sources de son œuvre. Il s’intéresse en effet à son grand-oncle, Manuel Mena, qui a combattu dans les rangs de l’armée franquiste pendant la Guerre d’Espagne et est tombé au combat en 1938 à l’âge de 19 ans. La mythologie familiale le transforme en martyr, même lorsque les temps changent, que disparaît l’ombre pesante de Franco et que survient la démocratie.
Cercas s’interroge sur la possibilité de faire de ce jeune homme lointain le « héros » de son livre, ainsi que sur les moyens dont il dispose aujourd’hui pour enquêter sur Manuel Mena, déterminer ses convictions réelles alors même que les témoins de l’époque ont disparu, et confronte ses propres réticences envers son aïeul à une tentative de compréhension objective de son choix, qui épouse l’Histoire de l’Espagne elle-même. Bref, on attend un livre stimulant, puissant, dans la lignée des Soldats de Salamine.

Rushdie - La Maison GoldenWE ARE NOT WHAT YOU THINK WE ARE : La Famille Golden, de Salman Rushdie
(traduit de l’anglais par Gérard Meudal)
Le jour de l’investiture de Barack Obama en 2008, un millionnaire venu du lointain Orient et dénommé Néron Golden s’installe à Greenwich Village avec sa maîtresse russe et ses trois fils Petronius, Lucius Apuleius et Dionysos. Cette tribu aussi exotique qu’énigmatique excite la curiosité d’un jeune cinéaste vivant à proximité, qui se lie d’amitié avec les Golden afin d’en tirer la matière de son prochain scénario… À sa manière inventive et foisonnante, Rushdie relate les années Obama, leurs espoirs et leurs déceptions.

Aswany - J'ai couru vers le NilTAHRIR LA REVOLUTION : J’ai couru vers le Nil, d’Alaa el Aswany
(traduit de l’arabe (Egypte) par Gilles Gauthier)
Il l’a déjà prouvé dans L’Immeuble Yacoubian ou Automobile Club d’Égypte, Alaa el Aswany aime les livres kaléidoscopiques qui lui permettent de confronter les points de vue sur un même sujet. À travers les péripéties politiques et intimes d’une palette de personnages tous liés les uns aux autres, du chauffeur au haut gradé, de la domestique musulmane au bourgeois copte, El Aswany livre cette fois le roman de la révolution égyptienne, une mosaïque de voix dissidentes ou fidèles au régime, de lâchetés ordinaires et d’engagements héroïques.

Flanagan - Première personnePOLARAMA : Première personne, de Richard Flanagan
(traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon)
Pour un jeune aspirant écrivain, se voir confier la mission de rédiger les mémoires d’un célèbre escroc manipulateur et paranoïaque peut ressembler autant à un tremplin qu’à une punition, surtout que le dit escroc prend un malin plaisir à ne rien dévoiler de sa vie. Pourtant Kif Kehlmann, qui s’est éloigné de sa Tasmanie natale et de sa femme enceinte pour cette mission, tombe peu à peu sous le charme insidieux de son « client », jusqu’à remettre en cause ses propres valeurs…

Hatoum - La Ville au milieu des eauxLE VENT SOUFFLE SUR LES PLAINES : La Ville au milieu des eaux, de Milton Hatoum
(traduit du portugais (Brésil) par Michel Riaudel)
Un recueil de nouvelles ayant toutes comme point d’attraction Manaus, ville brésilienne située aux portes de l’Amazonie.

SUÈDE 4, RESTE DU MONDE 0 : Les yeux ailleurs, de Jan Guillou
Quatrième tome de la grande saga historique de Guillou, Le Siècle des grandes aventures. Dans la famille Lauritzen, l’aîné, Lauritz, se voit obligé de choisir son camp alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage au-delà des frontières de la Suède. Mais pour qui s’engager ? D’un côté, il y a son attachement naturel à l’Allemagne, et le fait que son fils est désormais officier SS ; de l’autre, sa fille se bat dans la résistance norvégienne…

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Ferrari - A son imagePETITE SŒUR DE MES NUITS : À son image, de Jérôme Ferrari
Le Prix Goncourt 2012 revient avec une intrigue bien complexe et élaborée pour un « petit » livre de 224 pages : l’histoire d’une photographe qui, quelques heures après avoir retrouvé par hasard Dragan, un homme qu’elle avait connu pendant la guerre en ex-Yougoslavie, se tue accidentellement sur une route escarpée de Corse, dont elle était originaire. L’office funèbre est présidée par un prêtre qui n’est autre que son oncle. Ce dernier, décidé à maintenir la célébration dans le cadre précis de la liturgie, est néanmoins submergé par les souvenirs, et repasse dans le secret de sa mémoire les grandes étapes de la vie de sa nièce, depuis son approche du nationalisme corse jusqu’à son engagement en tant que photographe dans la guerre.

Mathieu - Leurs enfants après euxIT’S FUN TO LOSE AND TO PRETEND : Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu
Celui-là, on peut dire qu’il est attendu ! Très remarqué grâce à son premier roman, Aux animaux la guerre, paru dans la collection Actes Noirs il y a quatre ans, Nicolas Mathieu ouvre enfin les portes de son deuxième, proposé cette fois dans la collection de littérature générale de la maison arlésienne. Il nous ramène dans l’est de la France, territoire du précédent livre, durant un été du début des années 90. Anthony, 14 ans, vole un canoë avec son cousin pour aller explorer une plage nudiste voisine. Il y fera l’expérience du premier amour, tordant le cou à son enfance finissante pour entrer de plain pied dans l’âge adulte et le monde réel.
Dixit l’éditeur (parce que c’est fort bien formulé) :  » Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. » Je fais volontiers le pari qu’on en causera pas mal.

Froger - Les nuits d'AvaLES DÉMONS DE MINUIT : Les nuits d’Ava, de Thierry Froger
Pendant un tournage à Rome, durant l’été 1958, Ava Gardner entraîne l’espace d’une nuit d’abandon le chef opérateur du film dans une séance photo sulfureuse, reproduisant quelques nus célèbres de l’histoire de l’art – dont le plus fameux d’entre tous, signé Gustave Courbet… Une réflexion sur notre rapport à l’image et aux stars.

Huston - Lèvres de pierreL’IMAGE MANQUANTE : Lèvres de pierre, de Nancy Huston
Si on le prononce à la française en omettant le « h » final, Saloth Sâr méritait bien ce prénom. Ce garçon cambodgien, auquel s’intéresse Nancy Huston dans ce nouveau livre, est en effet passé à la postérité sous le nom beaucoup plus sanglant de Pol Pot. Suivant une intuition singulière, la romancière canadienne met en parallèle sa propre jeunesse et le parcours initiatique du futur dictateur, dans lequel elle décèle des correspondances éclairantes.

Bofane - La Belle de CasaYEUX DE VELOURS : La Belle de Casa, de In Koli Jean Bofane
Une jeune femme est assassinée dans une ruelle d’un quartier populaire de Casablanca. Un Congolais arrivé en ville depuis peu, qui s’était lié avec la victime, enquête sur ce crime, et découvre que les suspects ne manquent pas… Plongée moderne et virevoltante dans la grande cité marocaine, dont le romancier congolais utilise le décor comme révélateur de turpitudes contemporaines : corruption, magouilles, exacerbation du désir masculin qui se mue en violence incontrôlable…

Garat - Le grand nord-ouestTAGADA TAGADA : Le Grand Nord-Ouest, d’Anne-Marie Garat
Belle invitation au voyage et à l’aventure en perspective sous la plume d’Anne-Marie Garat, qui nous entraîne dans les années 1930 sur les pas d’une femme et de sa petite fille, lancées depuis Hollywood vers l’Alaska en passant par les vieilles pistes indiennes et les chemins oubliés des conquérants d’hier. Armée d’un Colt, d’une carte mystérieuse et d’une sacoche pleine à craquer de vilains secrets, Lorna Del Rio affronte des péripéties épiques – mais pour quoi, vers où ? Fuit-elle ou poursuit-elle ? Voilà un roman qui pourrait méchamment dépoter !

Trouillot - Ne m'appelle pas CapitaineMOI SI J’ÉTAIS UN HOMME : Ne m’appelle pas Capitaine, de Lyonel Trouillot
Aude, jeune journaliste issue de la bourgeoisie blanche de Port-au-Prince, enquête sur le Morne Dédé, un quartier de la ville tombé en déshérence, ce qui l’amène à rencontrer Capitaine. D’abord réticent, le vieil homme se livre peu à peu sur son passé, tandis qu’Aude apprend peu à peu à remettre en cause ses certitudes et à jeter un œil neuf et critique sur le monde préservé dont elle vient.

On lira sûrement :
Le Monarque des ombres, de Javier Cercas
Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu

On lira peut-être :
Le Grand Nord-Ouest, d’Anne-Marie Garat
À son image, de Jérôme Ferrari
La Famille Golden, de Salman Rushdie


A première vue : la rentrée Actes Sud 2017

La fin des présentations de rentrée littéraire approche, et…

En attendant, causons des éditions Actes Sud, qui abordent leur première rentrée avec leur patronne à la tête du Ministère de la Culture – ce qui n’a aucun rapport, certes. A vrai dire, je glose et tournicote parce que je ne sais pas bien dans quel sens prendre le programme de la maison arlésienne, gros plateau qui fait la part belle à la littérature étrangère (sept titres) et avance quelques auteurs importants – dont deux retours attendus, ceux de Don DeLillo et Kamel Daoud. Bref, l’assiette est bien remplie et présente joliment, reste à savoir si les mets seront de qualité.

Daoud - Zabor ou les psaumesSHÉHÉRAZADE : Zabor ou les Psaumes, de Kamel Daoud
Après un recueil de nouvelles salué d’un succès d’estime, Kamel Daoud a fracassé la porte de la littérature francophone avec Meursault, contre-enquête, premier roman choc en forme de réécriture de L’Étranger de Camus du point de vue arabe. Connu pour l’exigence de sa pensée, le journaliste algérien est forcément très attendu avec ce deuxième roman racontant l’histoire d’un homme qui, orphelin de mère et négligé par son père, se réfugie dans les livres et y trouve un sens à sa vie. Depuis, le seul sens qu’il donne à son existence est le geste d’écriture. Jusqu’au jour où son demi-frère, qu’il déteste, l’appelle au chevet de son père mourant…

Lafon - Mercy, Mary, PattySTARMANIA : Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon
Révélée elle aussi grâce à son précédent roman, La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon s’empare d’un fait divers américain qui a défrayé la chronique dans les années 1970 : l’enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst (qui avait en son temps inspiré Orson Welles pour son Citizen Kane), par un groupuscule révolutionnaire ; à la surprise générale, la jeune femme a fini par épouser la cause de ses ravisseurs et été arrêtée avec eux. Une professeure américaine, assistée d’une de ses étudiantes, se voit chargée par l’avocat de Patricia de réaliser un dossier sur cette affaire, pour tenter de comprendre le revirement inattendu de l’héritière.

Ferney - Les bourgeoisC’EST COMME LES COCHONS : Les Bourgeois, d’Alice Ferney
Les Bourgeois, ce sont dix frères et sœurs nés à Paris entre les deux guerres mondiales. À leur place dans les hautes sphères, ils impriment le cours de l’Histoire de leurs convictions et de leurs actes. En suivant les trajectoires de cette fratrie, Alice Ferney retrace les énormes bouleversements du XXème siècle, des gigantesques conflits planétaires à l’avènement des nouvelles technologies en passant par mai 68 et les décolonisations.

Ducrozet - L'Invention des corpsTHE CIRCLE : L’Invention des corps, de Pierre Ducrozet
En septembre 2014, une quarantaine d’étudiants mexicains sont enlevés et massacrés par la police. Rescapé du carnage, Alvaro fuit aux États-Unis, où il met ses compétences d’informaticien au service d’un gourou du Net fasciné par le transhumanisme. Une réflexion pointue sur les risques et dérives de notre monde ultra-connecté et amoralisé.

Dion - ImagoRELAX, DON’T DO IT : Imago, de Cyril Dion
Un jeune Palestinien pacifiste quitte son pays et traverse l’Europe à la poursuite de son frère, parti commettre l’irréparable à Paris, dans l’espoir de l’empêcher de passer à l’acte. Un premier roman qui tutoie l’actualité. Risqué ?

Gallay - La Beauté des joursLA VIE PAR PROCURATION : La Beauté des jours, de Claudie Gallay
Heureuse en mariage, mère comblée de deux filles jumelles désormais étudiantes, Jeanne mène une existence paisible. La découverte de l’œuvre de l’artiste Marina Abramovic lui ouvre la porte d’autres possibles où l’imprévu est roi.

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Delillo - Zéro KPROMETHEUS : Zéro K, de Don DeLillo
(traduit de l’américain par Francis Kerline)
Le dernier roman de Don DeLillo, Cosmopolis (adapté au cinéma par Cronenberg avec Robert Pattinson), date en France de 2012. C’est donc le retour attendu d’un auteur américain exigeant, très soucieux de la forme et porteur d’une vision ténébreuse des États-Unis en particulier et du monde en général.
Pas d’exception avec ce nouveau livre : Zéro K y est le nom d’un centre de recherches secret qui propose à ceux qui le souhaitent de s’éteindre provisoirement, de mettre leur vie en stand by en attendant que les progrès de la science permettent de prolonger l’existence et d’éradiquer les maladies. Un homme richissime, actionnaire du centre, décide d’y faire entrer son épouse, condamnée à court terme par la science, et convoque son fils pour qu’il assiste à l’extinction programmée de la jeune femme…
Un sujet déjà abordé en littérature ou au cinéma, mais dont on espère que DeLillo le poussera dans ses derniers retranchements philosophiques.

Zeh - BrandebourgDU VENT DU BLUFF DES MOTS : Brandebourg, de Julie Zeh
(traduit de l’allemand par Rose Labourie)
Des Berlinois portés par une vision romantique de la campagne débarquent dans un village du Brandebourg, État de l’ex-R.D.A., avec sous le bras un projet de parc éolien qui n’enthousiasme guère les paysans du coin. Une lutte féroce débute entre les deux clans, attisée par une femme qui manipule volontiers les sentiments des uns et des autres pour en tirer profit… La plume mordante et le regard acéré de Julie Zeh devraient s’épanouir au fil des 500 pages de ce concentré d'(in)humanité dans toute sa splendeur.

Clemot - PolarisALIEN 28 : Polaris, de Fernando Clemot
(traduit de l’espagnol par Claude Bleton)
Océan Arctique, 1960. Dans un vieux rafiot au mouillage devant l’île de Jan Mayen, dans un paysage fermé, glacial et désertique, le médecin de bord est confronté à la folie inexplicable qui a gagné l’équipage (résumé Électre). La mer, le froid, un huis clos flippant sur un bateau… Pitch court, tentation forte !

Trevi - Le Peuple de boisGOOD MORNING ITALIA : Le Peuple de bois, d’Emanuele Trevi
(traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli)
En Calabre, un prêtre défroqué anime une émission de radio où son esprit satirique s’en donne à cœur joie. Si les auditeurs suivent et se réjouissent de sa liberté de ton, les puissants grincent des dents…

Affinity K - MischlingL’ANGE DE LA MORT : Mischling, d’Affinity K
(traduit de l’américain par Patrice Repusseau)
Le terme « Mischling » en allemand désigne les sang-mêlé. C’est parce qu’elles en sont que deux sœurs jumelles sont envoyées à Auschwitz et choisies par le docteur Mengele pour mener sur elles ses terrifiantes expériences. Pour résister à l’horreur, les fillettes de douze ans se réfugient dans leur complicité et leur imagination. Peu avant l’arrivée de l’armée russe, l’une des deux disparaît ; une fois libérée, sa sœur part à sa recherche… Terrain très très glissant pour ce roman, tant il est risqué de « jouer » avec certains sujets. Auschwitz et les expériences de Mengele en font partie.

El-Thouky - Les femmes de KarantinaOÙ TOUT COMMENCE ET TOUT FINIT : Les femmes de Karantina, de Nael al-Toukhy
(traduit de l’arabe (Égypte) par Khaled Osman)
Saga familiale sur trois générations dans une Alexandrie parallèle et secrète, ce roman offre une galerie de personnages truculents tous plus en délicatesse avec la loi les uns que les autres (résumé éditeur).

CRIME ET CHÂTIMENT : Solovki, de Zakhar Prilepine
(traduit du russe par Joëlle Dublanchet)
Attention, pavé ! L’écrivain russe déploie sur 830 pages une vaste histoire d’amour entre un détenu et sa gardienne, et une intrigue puissamment romanesque pour évoquer l’enfer des îles Solovki, archipel situé dans la Mer Blanche au nord-ouest de la Russie où un camp de prisonniers servit de base et de « laboratoire » pour fonder le système du Goulag.


COUP DE COEUR : 14 juillet, d’Eric Vuillard

Signé Bookfalo Kill

Même les plus quiches en histoire savent de quoi on parle lorsqu’on évoque la date du 14 juillet. Événement fondateur de notre histoire contemporaine, pierre angulaire de la Révolution Française, la prise de la Bastille est connue de tous, et même toi, oui toi qui pionçais au fond de la classe contre le radiateur, quand on te dit « 14 juillet », tu penses… oui, bon, d’abord « jour férié ». Mais ensuite tu es capable de te rappeler le discours de Camille Desmoulins qui contribue à enflammer Paris, le peuple en armes massé au pied de la forteresse pour réclamer de la poudre, le siège furieux, la prise éclair de la forteresse, la libération de ses sept pauvres prisonniers (au lieu des dizaines fantasmés), le massacre du gouverneur de Launay dont la tête a été promenée sur une pique dans toute la ville…

Vuillard - 14 juilletComment dès lors proposer un récit original de cette fameuse journée ? Il fallait qu’il y ait une idée neuve dans le projet, et pour cela, on peut faire confiance à Eric Vuillard, dont la spécialité consiste justement à s’emparer d’un fait historique pour en tirer une matière littéraire fulgurante d’intelligence – voir le superbe Tristesse de la terre sur Buffalo Bill, par exemple.
Dans son 14 juillet, le projet de Vuillard est tout simplement de délaisser les manuels d’histoire, l’iconographie usuelle, et de raconter l’événement en se glissant dans la foule. Célébrer les anonymes, nommer et citer les gens du peuple qui ont fait tomber la Bastille. Gratter sa plume au ras du bitume et en tirer la matière la plus viscérale qui soit. Et il y parvient avec un brio confondant.

Vuillard commence en effet par résumer le contexte politique et économique qui constitua le terreau de la Révolution. Quelques pages, pas plus, mais quelles pages ! Il va à l’essentiel sans faire de raccourcis, et parvient au passage à élaborer une chambre d’échos dans laquelle nos actuels temps troublés se réverbèrent avec une précision assourdissante – faisant par exemple du fameux Necker, si apprécié du peuple, une sorte de Jérôme Kerviel de l’époque, un spéculateur sans limite :

« Et puis, ce fut Necker de nouveau, afin de rassurer la Bourse, car c’est à la Bourse, déjà, qu’on prenait la température du monde. (…) Il avait commencé sa belle carrière chez Girardot, une banque d’affaires franco-suisse (…) Il ne se tint pas aux directives qu’on lui avait laissées et prit une position hasardeuse – comme ces traders qui, de nos jours, jettent leurs ordres entre les mâchoires du monstre, en espérant que cela passe. Et cela passa. Il réalisa d’un coup un formidable bénéfice de cinq cent mille livres. On le prit aussitôt pour associé. » (p.39)

S’appuyer sur le passé pour mettre en perspective le présent, la démarche n’est pas neuve mais elle reste intéressante, et Vuillard propose plusieurs parallèles qui frappent et font réfléchir. Mais c’est la suite de sa démarche, sa manière d’isoler à tour de rôle les véritables acteurs de la journée, qui étonne le plus. Jamais on n’a raconté le 14 juillet de cette manière, au plus près des gens, au cœur de l’événement. Paris prend forme et vie, grouillante, furieuse, impatiente, joyeuse, incroyablement diverse. La chaleur intense nous écrase, nous prenons avec enthousiasme la moindre arme qui nous tombe sous la main, nous roulons péniblement des canons dont nous ne savons pas nous servir jusqu’à l’énorme forteresse, nous nous rions des députés pathétiques qui tentent de négocier on ne sait quoi pour contenir l’inévitable violence ; nous voyons tomber les morts, nous tentons de sauver les blessés, debout aux côtés de tous ceux dont Vuillard a retrouvé les noms, lisant les relations que certains ont fait de leur implication.

Eric Vuillard n’est pas historien, 14 juillet n’est pas un livre d’histoire. Dans sa démarche, il ajoute la liberté du romancier, ce qui lui permet de dire au début du chapitre « La foule » :

« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit. Il faut le supputer du nombre, de ce qu’on sait de la taverne et du trimard, des fonds de poche et du patois des choses, liards froissés, croûtons de pain. »

Cette appropriation, il l’accomplit dans une langue d’écrivain virtuose, qui se gargarise d’argot, d’un vocabulaire grouillant et d’expressions à l’emporte-pièce pour créer un style gai, percutant, aussi agité que l’immense foule venue faire tomber la Bastille.

Bref, quel livre ! Inclassable, brillant, inspiré, vivant, ce 14 juillet mériterait d’être inscrit dans les programmes scolaires pour démontrer que l’Histoire, quand elle est abordée avec esprit et liberté, peut toujours être passionnante, même quand elle aborde des sujets apparemment rebattus.

14 juillet, d’Eric Vuillard
Éditions Actes Sud, 2016
ISBN 978-2-330-06651-2
200 p., 19€


A première vue : la rentrée Actes Sud 2016

Allez, comme les précédents étés, c’est reparti pour la rubrique À première vue, dans laquelle nous vous présentons rapidement une partie de la rentrée littéraire qui atterrira sur les tables des libraires à partir de la mi-août. 560 romans au programme cette année, soit un peu moins que l’année dernière – mais encore trop, surtout que ce cru 2016 ne part pas forcément gagnant. Il y aura quelques grands rendez-vous, mais d’après le premier panoramique que nous avons pu faire, ils seront rares, égarés au milieu de nombreux titres carrément dispensables…

2015 a été l’année Actes Sud, avec notamment la sortie événement du quatrième tome de Millenium, le triomphe extraordinaire du Charme discret de l’intestin de Giulia Enders, et la consécration de Mathias Enard, couronné du prix Goncourt pour Boussole. Cette année, les éditions arlésiennes présentent une rentrée solide, qui comptent des valeurs sûres aussi bien en littérature française (Gaudé, Vuillard, Goby) qu’étrangère (Salman Rushdie). Pas de folie des grandeurs donc (ouf !), et quelques jolies promesses.

Vuillard - 14 juilletA LA LANTERNE : 14 juillet, d’Eric Vuillard (lu)
Encore trop méconnu du grand public, Eric Vuillard est pourtant l’un des auteurs français les plus intéressants et talentueux de ces dernières années, dont la spécialité est de mettre en scène des pages d’Histoire dans des récits littéraires de haute volée – nous avions adoré il y a deux ans Tristesse de la terre, récit incroyable autour de Buffalo Bill. Espérons que son nouveau livre lui gagnera les faveurs d’innombrables lecteurs, car il le mérite largement : 14 juillet, comme son titre l’indique, nous fait revivre la prise de la Bastille – mais comme on l’a rarement lu, à hauteur d’homme, parmi les innombrables anonymes qui ont fait de cette journée l’un des plus moments les plus déterminants de l’Histoire de France, au coeur du peuple et non pas du point de vue des notables. Puissant, littérairement virtuose, ce petit livre offre de plus une résonance troublante avec notre époque. L’un des indispensables de la rentrée.

Gaudé - Ecoutez nos défaitesMOURIR POUR SES IDÉES : Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé
Prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé donne l’impression de faire partie du décor littéraire français depuis très longtemps. Il n’aura pourtant que 44 ans lorsqu’il présentera fin août son nouveau roman, réflexion sur l’absurdité des conquêtes et la nécessité sans cesse renouvelée de se battre pour l’humanité ou la beauté. Écoutez nos défaites met en scène un agent des renseignements français chargé de traquer un membre des commandos d’élite américains soupçonné de trafics divers, et qui rencontre une archéologue irakienne tentant de préserver les œuvres d’art des villes bombardées. Un livre qui paraît aussi ancré dans le réel que l’était Eldorado au milieu des années 2000 sur le drame des migrants.

Goby - Un paquebot dans les arbresTOUSS TOUSS : Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby
Très remarquée pour l’ambitieux et poignant Kinderzimmer il y a trois ans, Valentine Goby change de décor pour nous emmener à la fin des années 50, dans un sanatorium où sont envoyés tour à tour les parents de Mathilde. Livrée à elle-même, sans aucune ressource, la courageuse adolescente entreprend alors tout ce qui est possible pour faire sortir son père et sa mère du « grand paquebot dans les arbres »…

Cherfi - Ma part de GauloisMOTIVÉ : Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi
Le chanteur du groupe Zebda évoque son adolescence au début des années 80, à Toulouse, alors qu’il se fait remarquer simplement parce que lui, petit rebeu de quartier défavorisé, ambitionne de passer et de réussir son bac… Un texte autobiographique qui ne devrait pas manquer de mordant et de poésie, connaissant le bonhomme.

Froger - Sauve qui peut (la révolution)LE CINÉMA, C’EST… : Sauve qui peut (la révolution), de Thierry Froger
Et si Godard avait voulu réaliser un film sur la Révolution française intitulé Quatre-vingt-treize et demi ? C’est le postulat de départ du premier roman de Thierry Froger, pavé de 450 pages qui sera soit étourdissant, soit royalement pompeux – c’est-à-dire, soit révolutionnaire soit godardien. Un gros point d’interrogation sur ce livre.

Py - Les Parisiens(PAS) CAPITALE : Les Parisiens, d’Olivier Py
Une plongée dans la nuit parisienne, dans le sillage d’un jeune provincial, Rastignac des temps modernes, qui rêve de théâtre et de mettre la capitale à ses pieds… Olivier Py devrait encore agacer avec ce nouveau livre au parfum bobo en diable, qui nous laisse penser qu’il devrait se consacrer pleinement au festival d’Avignon et au théâtre plutôt que d’encombrer les tables des libraires avec ses élucubrations littéraires.

*****

Rushdie - Deux ansUNE BONNE PAIRE DE DJINNS : Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, de Salman Rushdie
Le plus barbu des vieux sages romanciers propose cette fois un conte philosophique, dans lequel des djinns, créatures mythiques et immortelles, décident de se mêler aux humains pour partager leurs vies pleines de folie et de déraison. L’occasion, par le filtre de la fiction fantastique, d’une vaste réflexion sur l’histoire humaine.

SAGA SUÉDÉE : Fermer les yeux (Le Siècle des grandes aventures t.4) – titre incertain
Le romancier suédois poursuit sa vaste geste contemporaine qui explore les bouleversements du XXème siècle, en confrontant Lauritz, l’aîné des frères Lauritzen héros de la saga, au drame de la Seconde Guerre mondiale.

WHEN YOU BELIEVE : Le Roman égyptien, d’Orly Castel-Bloom
A travers les époques et les pays, entre l’Égypte biblique, l’Espagne de l’Inquisition et les kibboutz israéliens, l’errance des Castil, une famille juive. Ce roman a reçu l’équivalent du prix Goncourt égyptien.

Lustiger - Les insatiablesFRANCE-ALLEMAGNE, LE RETOUR : Les Insatiables, de Gila Lustiger
Gila Lustiger est allemande mais vit en France. Son nouveau roman, qui suit l’enquête opiniâtre d’un journaliste sur un meurtre vieux de 27 ans qui vient d’être résolu grâce à l’ADN, dresse un tableau sans concession de la France contemporaine. Grosse Bertha : 1 / Ligne Maginot : 0.

DEUXIÈME ÉTOILE A DROITE ET TOUT DROIT JUSQU’AU MATIN : Phare 23, de Hugh Howey
L’auteur de la trilogie à succès Silo revient avec un nouveau roman de S.F., publié dans la collection Exofictions. Nous sommes au XXIIIème siècle et les phares se trouvent désormais dans l’espace, où ils guident des vaisseaux voyageant à plusieurs fois la vitesse de la lumière. Construits pour être robustes, à toute épreuve, ces phares sont les garants de l’espace stellaire. Mais que se passerait-il en cas de dysfonctionnement ?…


Collector, d’Olivier Bonnard

Signé Bookfalo Kill

Si tu as quarante piges (un peu plus ou un peu moins, on n’est pas à une vache près) ; si les dieux de ton enfance s’appellent Goldorak, Albator, Capitaine Flam ou Matt Trakker (les vrais sauront) ; si tu as appris l’orthographe avec la Dictée Magique et connu tes premières expériences psychédéliques en sniffant de la colle Cléopâtre ; si tu chantes à tue-tête (faux) dès que tu entends les premières mesures de « L’Aziza » ou « Take on me »…
Alors, pose-toi là un moment, parce que le livre dont je veux te parler aujourd’hui pourrait bien te coller des petits frissons de bonheur nostalgique.

Bonnard - CollectorThomas Strang, le héros de Collector, est un gamin de cette génération qui a grandi dans les années 80, biberonné aux dessins animés propulsés dans les postes de télé par Dorothée et sa bande. Autant le dire tout de suite, Tom ne s’est pas remis de cette période à ses yeux bénie. Alors, pour garder vivace la flamme de son enfance, il collectionne. Des jouets et des figurines d’époque, qu’il négocie à des prix parfois affolants – de quoi effarer Pénélope, sa petite amie, qui trouve la manie de son copain de moins en moins attendrissante au fil du temps.
Un jour, il accompagne son meilleur ami Alex chez Roger, propriétaire d’un magasin de jouets aussi antique que lui, qui a décidé de fermer boutique et de se débarrasser de ses vieux stocks au plus offrant. Ses caves surpassent la caverne d’Ali Baba aux yeux des deux jeunes gens, qui font une razzia en bonne et due forme. Pourtant, en tombant sur un robot ArkAngel, tiré d’un obscur dessin animé ancêtre de Goldorak, Tom décide sur une impulsion de cacher sa découverte à Alex – pourtant pas le genre de gars, légèrement psychopathe sur les bords, à qui on fait des cachotteries – et de garder le jouet pour lui.
Et c’est le début des grosses emmerdes pour Tom, à tel point que la question se pose très vite : ArkAngel serait-il maudit ? En enquêtant, Tom découvre en effet qu’une sombre aura entoure ce jouet désormais rarissime, mais qu’une légende persistante affirme magique : en couplant les trois robots de la série, on pourrait retourner en enfance…

GoldorakEn règle générale, j’essaie d’éviter de mettre les gens ou les livres dans des cases trop définies. Mais pour Collector, rien à faire, c’est un roman purement générationnel, qui risque de ne pas parler à ceux qui n’ont pas grandi dans les années 80 – d’où l’introduction de cette chronique…
Le début du roman, notamment, nous plonge pleinement dans les vestiges de cette époque, en nous faisant découvrir le monde fascinant des collectionneurs de jouets. Olivier Bonnard sait très bien de quoi il parle, puisqu’il en est un lui-même, et on sent qu’il évoque cette passion avec une jubilation qui culmine dans des descriptions fournies des jouets et de leurs différents états, des réseaux par lesquels les dénicher, et des collectionneurs eux-mêmes. L’accumulation de ces détails pourrait rebuter toute personne n’ayant pas été marquée dans son enfance par cette décennie si particulière, qui nous laisse encore aujourd’hui (oui, j’en suis !) hyper sensible à la moindre mélodie venue de ces temps lointains, ou à la moindre image de ces dessins animés pourtant – soyons objectifs – souvent balourds, manichéens, mal doublés et pas toujours très bien faits. Mais à l’époque, c’était le must, et c’est ce qui fait leur charme aujourd’hui pour qui s’en est nourri enfant.

MASKParadoxalement, Olivier Bonnard élargit son propos et touche à des sentiments à la fois plus intimes et plus universels, lorsqu’il nous ramène de plain-pied dans les années 80 elles-mêmes. Il interroge alors avec justesse et émotion la nature du souvenir, le rapport à l’enfance, en même temps qu’une époque singulière, évoquée avec un réalisme sociologique bien loin de la simple nostalgie.
Collector par ailleurs se lit à toute vitesse, emmené par un ton plein de vitalité et d’humour, rythmé sans temps mort et construit avec intelligence, ménageant quelques scènes de suspense bien tenues. Le déroulement de l’histoire reste assez prévisible, une fois accepté le pacte légèrement fantastique que propose Olivier Bonnard – et il n’y a aucune raison de le refuser, à moins d’être un indécrottable rationaliste, auquel cas on se demandera pourquoi avoir choisi de lire ce roman.

Bref, un très bon moment de lecture détente, qui donne envie de ressortir ses vieux jouets de sa cave – oui, j’ai moi-même quelques vestiges de ces années-là… Enfant dans les années 80, on ne se refait pas, et Olivier Bonnard le raconte formidablement bien !

Collector, d’Olivier Bonnard
Éditions Actes Sud, 2016
ISBN 978-2-330-06427-3
320 p., 21,80€

P.S.: un petit bonus vidéo, juste pour le plaisir :)


Pourquoi je n’ai pas dépassé la page 50 : L’Imposteur, de Javier Cercas

Pourquoi choisit-on un livre ? Et surtout, pourquoi en abandonne-t-on la lecture au bout de quelques pages ? C’est le but de cette rubrique que d’expliquer un choix aussi radical, qui ne laisse pas toute sa chance à un auteur et risque de faire passer le lecteur à côté d’un roman peut-être extraordinaire au-delà de la page 50…
Bien évidemment, n’ayant pas lu le livre en entier, il s’agit moins d’en faire une critique que de parler d’une expérience défavorable de lecteur. Nous nous efforcerons donc d’être aussi mesurés que possible, sans rien cacher non plus de notre sévérité, de notre agacement ou de notre déception. Un exercice difficile mais, espérons-le, instructif et intéressant !

*****

En fait de page 50, j’ai achevé ma lecture à la page 128. Pourquoi? Comment?

Cercas - L'ImposteurL’imposteur de Javier Cercas avait tout pour me plaire. La guerre, l’histoire et surtout, un mensonge énorme.
Enric Marco est né en 1921 en Espagne, anti-franquiste durant la Guerre d’Espagne, il s’engage ensuite pendant la Seconde Guerre Mondiale et est déporté au camp de Mauthausen. A son retour, il devient un syndicaliste virulent et une icône nationale pour toute une génération d’Espagnols, un héros de la nation.

Sauf que tout ça, c’est du flan. Il a été démontré que Marco n’a probablement jamais combattu pendant la guerre de 1936 et qu’il était un des travailleurs volontaires pour se rendre en Allemagne, afin de se constituer un petit pécule et revenir riche dans son pays. Il a effectivement été un dirigeant de syndicat, dont il a été éjecté.

En 2005, son secret est découvert par un journaliste. Tout n’est que mensonge.

Javier Cercas nous livre ici un ouvrage assez complexe, entre essai historique, interrogation permanente sur le métier d’écrivain et livre de psychologie sur le mensonge. C’est très difficile de se situer par rapport à tout ça.

J’ai été déçue par le style – attention, je vous rappelle que je n’ai lu que 128 pages sur un livre qui en fait 416 – que j’ai trouvé assez lourd (beaucoup de répétitions, notamment plusieurs pages où chaque phrase débute par « Il dit que »). Peut-être qu’ensuite, cela s’améliore, je ne sais pas.

Pour pouvoir lire et comprendre l’ouvrage, il faut bien s’y connaître en histoire, notamment connaître sur le bout des doigts la chronologie de la Guerre d’Espagne. N’y connaissant rien, j’ai été vite noyée par les lieux, les dates, les noms des personnes citées. Aucun renvoi, aucune note de bas de page pour aider le lecteur novice dans sa compréhension.

Enfin, des quelques pages que j’ai lues, je ne retiens pas grand-chose. Javier Cercas est certes obnubilé sur le fait qu’Enric Marco ait menti tout ce temps à tout le monde, même à sa famille, mais on ne sait pas ce qu’il pense au fond de lui même. Peut-être le sait-on à la fin du livre? L’auteur nous explique sa démarche, son procédé d’écriture mais dévoile très peu ses sentiments à propos de son « personnage », pour ne pas fausser le résultat peut-être? A voir sur les 288 pages restantes.

J’ai préféré arrêter ma lecture car je me noyais dans les eaux de la Bidassoa, entre les lignes de Javier Cercas, et j’ai capitulé. Cannibales à peine entamés, cannibales déjà lassés.

L’imposteur, de Javier Cercas
Éditions Actes Sud, 2015
9782330053079
416p., 23€50

Un article de Clarice Darling.


A première vue : la rentrée Actes Sud 2015

À première vue, en 2015, les éditions Actes Sud ne perdront pas le nord (ah ah) grâce à Mathias Enard, dont Boussole devrait aimanter leur rentrée vers la pôle position (voire jusqu’à un prix ?)
Pour le reste, entre ces dames et ces messieurs, il y a du solide, du curieux, de l’original, du moins séduisant – et le plus gros événement médiatique de la rentrée, pas forcément pour les meilleures raisons… (Rendez-vous en fin d’article pour découvrir de quoi il s’agit !)

Enard - BoussoleUN PEU PLUS À L’OUEST : Boussole, de Mathias Enard
A travers les réflexions et souvenirs fiévreux d’un homme frappé d’insomnie le temps d’une nuit, Enard revisite l’histoire des relations entre Orient et Occident. Tout simplement ! Un voyage érudit, sans doute puissamment littéraire connaissant l’auteur, fruit d’un long travail, qui devrait marquer la rentrée et semble un candidat sérieux à un prix (pour autant qu’un prix ait l’ambition cette année de couronner une véritable œuvre).

Larnaudie - Notre désir est sans remèdeÉCRAN CREVÉ : Notre désir est sans remède, de Mathieu Larnaudie
Grandeur et décadence à Hollywood d’une actrice trop belle, trop libre pour ne pas déranger les bonnes consciences : à travers le portrait de Frances Farmer, star déchue du cinéma américain dans les années 30, Larnaudie interroge la perversion de la célébrité et du poids de l’image.

Benameur - Otages intimesRETOUR DU FRONT : Otages intimes, de Jeanne Benameur
Enfin libéré après avoir longuement été retenu en otage, un photographe de guerre revient chez lui, dans le village de sa jeunesse, pour se remettre et affronter, sereinement si possible, les souvenirs du chaos qu’il a vécu. Un parcours qu’il accomplit auprès de deux amis d’enfance, tous trois cherchant à comprendre ce qui nous rend tous plus ou moins otages de moments de notre vie.

Claro - Crash-TestCORPS SAUVAGES : Crash-Test, de Claro
Trois personnages sont à la croisée d’une réflexion poétique sur le corps et la violence : un homme chargé de réaliser des crash-tests avec des cadavres, une strip-teaseuse exposée chaque soir aux regards incandescents des hommes, un adolescent s’adonnant au sexe solitaire dans sa chambre avec des bandes dessinées pour adultes. Sur le papier, quelque chose du Crash de J.G. Ballard, bien sûr, mais avec Claro, il ne faut pas s’attendre à un simple décalque.

Lachaud - Ah ! Ca iraTHOMAS MORE RELOADED : Ah ! Ca ira…, de Denis Lachaud
Avec ce gros roman (432 pages), Lachaud esquisse une utopie politique, dans laquelle la révolte contre les dérives de la société passe, non plus par la violence, mais par le passage à l’acte citoyen. Au cœur du livre, un père et sa fille. Le premier, en 2016, accomplit un geste qui l’envoie en prison. En 2037, lorsqu’il recouvre la liberté, c’est sa fille qui prend la relève et mène le combat à sa manière, dans un mouvement visant à rejeter la démocratie telle que nous la subissons.

Garat - La SourceÀ LA CLAIRE FONTAINE : La Source, d’Anne-Marie Garat
Dans un domaine reculé de Franche-Comté, une vieille femme raconte à la narratrice qu’elle accueille pour quelques jours l’histoire de la maison et de ses habitants. Mais ses récits sont-ils véridiques, ou tisse-t-elle la toile d’une étrange fiction ? Et que vient chercher ici la narratrice, dont le passé familial recèle de sombres secrets ? Un gros roman romanesque comme les aime Anne-Marie Garat.

SIM CITY : Bâtisseurs de l’oubli, de Nathalie Démoulin
Dans la région de Sète, l’architecte Marc Barca s’est échiné durant des années à repenser le paysage urbain, confrontant ses rêves de béton aux vestiges romains antiques qui émergent régulièrement de la terre. Face à lui, la Méditerranée, personnage à part entière du roman.

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Côté étrangers, nous avons un peu de mal à délimiter les contours du programme pour le moment, aussi nous concentrerons-nous sur deux titres en particulier, ce qui sera déjà pas mal…

MENTEUR MENTEUR : L’Imposteur, de Javier Cercas
(traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic)
Le gros morceau de la rentrée étrangère chez Actes Sud, c’est lui. Et ce roman évoquant le dévoilement de la supercherie d’un nonagénaire barcelonais, porte-parole des survivants espagnols de l’Holocauste pendant des années, qui s’avère n’avoir jamais connu lui-même l’horreur des camps contrairement à ce qu’il prétendait, ne manquera pas de faire parler. D’après les premiers retours, en (très) bien !

Gilbert - & filsAU REVOIR LES ENFANTS : & fils, de David Gilbert
(traduit de l’américain par Clément Baude)
Décidément, ces dernières années, l’écrivain culte est à la mode dans les romans. Après notamment Joël Dicker (La Vérité sur l’affaire Harry Quebert) et cette année Alice Zeniter (Juste avant l’oubli), voici l’Américain David Gilbert, qui raconte les tentatives du dit écrivain pour renouer avec ses fils.

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Et enfin, nous l’annoncions en préambule, LE titre médiatique de la rentrée, le rouleau compresseur qui va faire saigner les stylos des critiques et s’énerver fans et détracteurs à partir du 26 août :

Lagercrantz - Millenium 4, Ce qui ne me tue pasLA SUITE QUI N’AURAIT JAMAIS DÛ ÊTRE ÉCRITE : Millénium 4 – Ce qui ne me tue pas, de David Lagercrantz
(traduit du suédois par Hege Roel Rousson)
Tout a été et sera encore dit au sujet de ce roman, résumons donc le plus possible : un aimable (et ma foi courageux) faiseur, auteur notamment de l’autobiographie de Zlatan Ibrahimovic (si si), a été mandaté pour écrire la suite de la trilogie mythique de Stieg Larsson, interrompue pour cause de décès prématuré de ce dernier. Lagercrantz a ainsi la lourde tâche de ressusciter Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, dans une nouvelle enquête sur un complot impliquant les services secrets américains. On tâchera de juger la bête avec autant d’objectivité que possible…


Le Règne du vivant, d’Alice Ferney

Signé Bookfalo Kill

Le journaliste norvégien Gérald Asmussen s’intéresse à Magnus Wallace, fondateur de l’association écologiste Gaïa, devenu célèbre pour ses actions coup de poing à la limite de la légalité contre tous ceux qu’il considère comme des bourreaux de la mer et de sa faune : pêcheurs de baleine, massacreurs de requins, ratisseurs des océans dont les techniques de pêche détruisent tout sur leur passage…
Communicant hors pair, animé par une force de conviction et un amour inébranlable de la mer, Wallace ne tarde pas à fasciner Asmussen, en dépit de sa réputation sulfureuse d’activiste terroriste, y compris dans les milieux écologistes qui désapprouvent ses méthodes violentes. Le journaliste s’embarque alors à son bord, caméra au poing, pour témoigner de son combat…

Ferney - Le Règne du vivantOn n’attendait pas Alice Ferney à la barre d’un tel bateau littéraire. Connue pour des livres questionnant le sentiment amoureux ou la féminité, la romancière surprend avec ce roman et c’est tant mieux. Certes, l’écologie est plus que jamais dans l’air du temps, mais c’est un sujet si grave pour notre survie à tous qu’on n’en parlera jamais trop. Et les faits de barbarie que dénonce Le Règne du vivant sont si effroyables qu’ils frapperont sans doute plus d’un lecteur.

En s’inspirant du personnage haut en couleurs de Paul Watson, leader de l’association Sea Sheperd après avoir été exclu de Greenpeace en raison de ses prises de position trop radicales, Alice Ferney met en lumière un combat finalement mal connu, où la communauté internationale démontre une fois de plus son impuissance à lutter autrement que par des discours creux, non suivis d’actes, contre des pays motivés par leurs seuls intérêts, notamment le Japon.
Dans des scènes parfois très dures, elle éclaire le massacre aveugle des requins, dont les ailerons sont très convoités en Chine pour en faire des soupes, évoque le péril qui pèse sur l’archipel préservé des Galapagos, décrit la chasse industrielle des baleines – consacrant en regard quelques très belles pages sur la beauté de l’océan et de ses créatures, qui appuient avec poésie son plaidoyer évident pour une véritable défense de l’environnement.

Voilà pour le propos, évidemment irréprochable. Parlons maintenant de la forme, car Le Règne du vivant est, ne l’oublions pas, un roman. Et c’est peut-être là que le bât blesse, un peu, non pas par le style, vif et puissant, mais par un curieux manque d’équilibre. Ce livre, qui raconte la vie d’un homme tourné vers l’action, semble parfois paradoxalement trop statique, trop « bavard ».
Submergée sans doute par la masse d’informations passionnantes à retranscrire, Alice Ferney consacre de nombreuses pages à évoquer les théories de son Magnus Wallace, à rapporter ses propos ainsi que ceux de ses proches, plutôt qu’à mettre en scène ses actes, ses luttes en mer. On est plus proche d’un documentaire que d’un roman d’aventures, ce que le choix d’un narrateur journaliste favorise d’ailleurs. C’est un choix estimable, et encore une fois, j’ai beaucoup appris à la lecture de ce livre, mais il m’a un peu laissé sur ma faim pour cette raison. Surtout que les quelques scènes d’action en mer sont à chaque fois fortes, saisissantes ; elles auraient mérité pour moi un peu plus de place.

Le Règne du vivant, d’Alice Ferney
  Éditions Actes Sud, 2014
ISBN 978-2-330-03595-2
206 p., 19€

Découvrez l’article de Val, qui fait de ce roman l’un de ses grands coups de coeur de la rentrée et le dit avec force sur son blog Les quotidiennes de Val.


A première vue : la rentrée Actes Sud 2014

Chez Actes Sud, on attendait de grosses pointures habituelles : Laurent Gaudé, Matthias Enard… qui ne seront finalement pas du grand jeu de la rentrée littéraire. La plupart des sept romans en lice ne manquent néanmoins ni de noms connus, ni d’intérêt.

Vuillard - Tristesse de la terreCONQUÊTE DE L’OUEST : Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody, d’Eric Vuillard (lu)
Peu connu (pour l’instant) du grand public, Eric Vuillard est à l’inverse un chouchou des libraires, à qui ses récits documentaires plaisent beaucoup. En s’intéressant à l’une des grandes mais complexes figures de la conquête de l’ouest, William Frederick Cody dit Buffalo Bill, et à son spectacle itinérant, le Wild West Show, ce romancier atypique élabore une réflexion qui entremêle culture du spectacle à l’américaine, détournement de l’Histoire, traitement inhumain des Indiens et le rapport que nous entretenons, nous, avec tout ceci. Une œuvre pleine d’acuité, d’empathie et d’humanité. Foudroyant d’intelligence.

Ferney - Le Règne du vivantÉCOLO : Le Règne du vivant, d’Alice Ferney
On n’attendait pas forcément la romancière dans ce registre, mais tant mieux. A travers l’histoire d’un journaliste embarquant sur un navire partant lutter contre la pêche illégale en zone protégée, Alice Ferney s’intéresse ici à la défense de l’environnement, notamment par des activistes dans l’esprit de ceux de Greenpeace, qui luttent par tous les moyens contre les pilleurs des mers et les destructeurs sans morale de la faune. Prometteur.

ICÔNES ET DÉCHÉANCES : Bye bye Elvis, de Caroline de Mulder
Un roman étonnant, sur le papier au moins, qui confronte la trajectoire du roi du rock, Elvis Presley himself – notamment sa déchéance et sa triste fin -, à celle d’un vieil Américain vivant à Paris, au service duquel entre une femme qui va tout faire pour l’aider. Un lien existe-t-il entre les deux hommes, ne serait-ce que par la fiction ? Réponse à trouver dans ce livre intriguant.

Biancarelli - Orphelins de DieuWESTERN CORSE : Orphelins de Dieu, de Marc Biancarelli
Si Clint Eastwood était corse, il ferait sûrement un film de cette sombre histoire de vengeance, celle d’une jeune femme qui s’adjoint les services de l’Infernu, un tueur à gages terrifiant, pour retrouver ceux qui ont défiguré son frère et lui ont tranché la langue. S’engage alors, dans ces montagnes corses du XIXème siècle, une poursuite sanglante et… impitoyable, bien sûr.

PATRIARCAL : A l’origine notre père obscur, de Kaoutar Harchi
Dans la maison des femmes sont redressés les torts, réels ou supposées, des épouses, soeurs, filles… Une jeune femme qui y est enfermée cherche l’amour de sa mère, qui elle n’attend que la délivrance de son mari. (Résumé Electre)

Py - ExcelsiorIN OU OFF ? : Excelsior, d’Olivier Py
Le nouveau directeur du Festival d’Avignon publie également un roman cette année, l’histoire d’un célèbre architecte qui sait avoir bâti des chefs d’oeuvre mais n’y trouve pas la marque de Dieu, et laisse tout tomber pour se remettre en cause. Quête mystique en perspective.

BRANCHOUILLE : Du sexe, de Boris Le Roy
Voici comment Electre, la base de données des livres chère aux libraires, présente ce livre : « Un roman qui se veut provocateur sur fond de sexe et de théorie du genre. » Je ne sais pas pour vous, mais moi, d’avance, j’ai juste envie de fuir ce truc.


L’Equation de plein été, de Keigo Higashino

Signé Bookfalo Kill

Hari-Plage, station balnéaire de la côte japonaise un peu vieillotte et délaissée par les touristes, est soudain le théâtre de bien des agitations. Une réunion houleuse y oppose écologistes et tenants d’un projet d’exploitation des fonds sous-marins locaux. Puis l’un des deux pensionnaires de l’auberge Kawahata disparaît à la nuit tombée ; on ne retrouve son corps que le lendemain matin, sur des rochers au bord de la mer.
Si ce drame ressemble à un accident, l’affaire se complique lorsqu’on découvre qu’il s’agit d’un certain Tsukahara, ancien policier de Tokyo. Présent sur place pour apporter son éclairage professionnel, le professeur Yukama, aidé par Kyohei, le neveu âgé de dix ans des Kawahata en vacances chez son oncle et sa tante, commence à mener une enquête parallèle à celles que mènent la police locale à Hari-Plage et la nationale à Tokyo…

Higashino - L'Equation de plein étéCe résumé – très simplifié – vous donne le tournis ? Ce n’est rien par rapport à ce qui vous attend à la lecture du nouveau roman de Keigo Higashino. A moins d’être très familier avec la culture nippone, il faut bien avouer que les noms japonais paraissent à la fois exotiques et compliqués au lecteur occidental, et qu’on ne tarde pas à tous les mélanger joyeusement.
Alors, quand il y a pléthore de personnages, comme c’est le cas dans l’Equation de plein été, on s’y perd rapidement. Surtout que Higashino, hormis pour les principaux protagonistes, ne se fatigue pas trop à caractériser. Certains personnages n’ont pas de nom, juste une fonction (et quand il y a des policiers partout dans le livre, on renonce très vite à savoir qui fait quoi) ; et beaucoup d’autres n’ont que leur nom pour exister, ce qui les rend au mieux inintéressants, au pire antipathiques.

J’avais déjà relevé ce défaut dans La Prophétie de l’abeille, publié l’année dernière par Actes Sud, qui m’avait par ailleurs beaucoup déçu. Si l’on met de côté ce problème de caractérisation, L’Equation de plein été est beaucoup plus plaisant à lire, Higashino revenant à ce genre de roman d’investigation tortueux où il s’est déjà illustré avec le Dévouement du suspect X et Un café maison, dans lesquels apparaissaient déjà certains personnages, dont le physicien Yukawa.
En dépit d’un empilement d’histoires plus ou moins utiles, l’intrigue principale se dégage assez vite pour se focaliser sur des problématiques très humaines, assez simples au bout du compte, mais que Higashino excelle à rendre touchantes et profondes – la résolution de l’enquête finissant presque par paraître anecdotique, même si elle clôt ici logiquement un livre étrangement partagé entre naïveté, noirceur et mélancolie. Un croisement improbable entre Agatha Christie et L’Eté de Kikujiro, en quelque sorte !

De fait, les livres de Keigo Higashino ont un drôle de charme, un peu suranné, mêlant modernité des sujets ou du cadre et traditionalisme du récit ou des valeurs (on s’y engueule ainsi souvent, mais toujours poliment). Ce qui fait sans doute de lui un romancier totalement japonais et un authentique objet de curiosité pour les lecteurs de polar.

L’Equation de plein été, de Keigo Higashino
Traduit du japonais par Sophie Refle
  Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2014
ISBN 978-2-330-03199-2
365 p., 22,80€


La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

LafonJe n’étais pas née lors des Jeux Olympiques de Montréal. Mais le nom de Nadia Comaneci a toujours raisonné dans mes oreilles, comme dans celles de toutes les petits filles qui se rêvaient en gymnaste. Lola Lafon livre un ouvrage particulier, sorte de biographie romancée, d’entretiens fictifs avec la déesse de la gymnastique, d’hymne au corps féminin. 

Dans cet ouvrage, réalisé chronologiquement, l’héroïne et l’auteur communiquent sans se rencontrer, chacune cachée derrière son mode de communication, l’écriture pour l’une, les télécommunications pour l’autre. On passe de la petite fille de 14 ans, à l’ado en pleine croissance, dont le corps ne répond plus aux canons de la gymnastique soviétique, puis ce corps d’adulte qu’elle devient fatalement. On grandit avec le personnage principal et on vibre avec elle lors des compétitions. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec l’omniprésent Béla, entraîneur acharné à faire travailler ses élèves, le couple Ceausescu, dictateurs satellites dans l’ombre de l’URSS, sans compter les innombrables journalistes qui mitraillent l’athlète.

Un des protagonistes de ce roman, c’est aussi le corps. Abîmé, épuisé, très souple, qu’on plie et replie dans tous les sens. Pour aller plus haut, plus vite, plus fort. Des petites filles habituées à taire leur douleur,  des peaux ouvertes, des plaies au coeur. Un corps de petite fille exhibée aux yeux de tous, comme une poupée parfaite, façonnée par le communisme et pour la gloire de la Roumanie. 

Comment grandir sous la tyrannie permanente? La tyrannie qu’elle et son entraîneur impose à son corps, la tyrannie des journalistes et autres commentateurs sportifs, si prompts à la juger lorsqu’elle perdra ses courbes enfantines, la tyrannie enfin, d’un système politique qui récupère l’image de la jeune athlète pour en faire une vitrine du communisme à l’étranger, allant même jusqu’à lui imposer une idylle avec le fils du dictateur? En fuyant la Roumanie. En disparaissant aux yeux de ses persécuteurs. En devenant enfin elle-même. « Ne me cherchez pas car je suis nulle part.« 

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon
Editions Actes Sud
978 2 33 027285
309p., 21€

Un article de Clarice Darling.


A première vue – la rentrée polar (2) : les promesses

Suite de la rentrée polar de l’automne 2013, avec, comme annoncé précédemment, l’auteur qu’on n’attendait pas dans ce registre (en tout cas pas si vite, et pas de cette manière…), et d’autres dont on espère une confirmation ou une belle découverte.

(Rappel : l’annonce, les visuels et les dates de ces sorties, précisées entre parenthèses, s’appuient sur le programme du logiciel professionnel Electre, et peuvent donc être soumis à variation.)

L’INVITÉ(E) SURPRISE

Galbraith - The Cuckoo's CallingIl nous vient d’Angleterre et se présente sous le nom de Robert Galbraith, militaire à la retraite et auteur d’un premier roman policier intitulé The Cuckoo’s Calling (qui devrait être logiquement traduit par L’Appel du coucou). Une oeuvre très bien reçue par les critiques outre-Manche, certains s’avouant même confondus par la maîtrise exceptionnelle du romancier pour ses débuts littéraires.

Et pour cause : Robert Galbraith n’est autre que… J.K. Rowling. La maman de Harry Potter a mystifié tout le monde en s’offrant le plaisir de sortir un roman sans aucune pression médiatique et de voir son travail apprécié sans arrière-pensée. Vendu modestement à 1500 exemplaires entre avril et juillet, son premier polar a exlosé les compteurs et épuisé son premier tirage en quelques heures dès la supercherie révélée. Après Une place à prendre, soufflé médiatique retombé bien vite sous le feu nourri de critiques acerbes (souvent exagérées), voici l’occasion de mesurer plus sereinement le talent de la romancière britannique, qui crée encore et toujours la sensation, qu’elle le veuille ou non.
La traduction française est attendue chez Grasset en octobre.

LES PROMESSES

Ne me cherche pas, de Megan Abbott : nous avions adoré La Fin de l’innocence, bonne nouvelle : Megan Abbott revient à l’époque contemporaine – entre deux romans ancrés au début du XXème, sa spécialité – avec l’histoire d’une équipe de pom-pom girls qui tombent sous la charme de leur nouvelle coach. Fascination et plongée dans les extrêmes au programme… (Lattès, 1/11)

Del Arbol - La Maison des chagrinsLa Maison des chagrins, de Victor del Arbol : sur le papier, des airs de fantastique espagnol mâtiné d’Oscar Wilde… Une violoniste demande à un peintre de réaliser le portrait de l’assassin de son fils afin d’y déceler la marque de l’infamie. Deuxième roman de l’auteur de la Tristesse du samouraï, polar remarqué sur l’Espagne franquiste. (Actes Sud, 4/09)

Bayard - A l'école de la nuitA l’école de la nuit, de Louis Bayard : après avoir mis en scène Edgar Poe dans Un oeil bleu pâle et Vidocq dans La Tour Noire, l’auteur américain au plus français des noms s’intéresse à Thomas Harriot, mathématicien anglais du XVIe siècle, précurseur en algèbre et en astronomie, brièvement arrêté dans l’affaire de la Conspiration des poudres (rendue célèbre par la figure de Guy Fawkes) et soupçonné d’avoir participé à l’École de la nuit, un complot visant à établir l’athéisme en Angleterre… En ajoutant une deuxième intrigue contemporaine, Bayard signe un nouveau roman historique très prometteur. (Cherche-Midi, 24/10)

Bolton - Ecrit en lettres de sangÉcrit en lettres de sang, de Sharon Bolton : de nos jours en plein Londres, une jeune policière voit mourir dans ses bras une femme sauvagement poignardée. Nous sommes le jour anniversaire du premier meurtre avéré de Jack l’Eventreur, et les similitudes entre les crimes est frappante… Nouvelle variation sur le mythe du tueur le plus légendaire d’Angleterre, un pari toujours risqué mais qui peut donner un bon thriller s’il est bien mené. (Fleuve Noir, 12/09)

Une certaine vérité, de David Corbett : la nouvelle révélation Sonatine ? Fils d’un flic mystérieusement disparu dix ans plus tôt, un jeune homme se voit obligé d’affronter le passé qui ressurgit… (Sonatine, 14/08)

Pyromanie, de Bruce DeSilva : un journaliste de la vieille école enquête sur une épidémie d’incendies qui ravagent son quartier de Providence, Rhode Island. Un premier roman lancé dans la collection Actes Noirs, cela justifie de rester attentif. (Actes Sud, 4/09)

L’Été des jouets morts, de Toni Hill : enquête dans la haute société de Barcelone. Premier roman également, dont le titre attire l’œil. (Flammarion, 23/10)

Holbert - Animaux solitairesAnimaux solitaires, de Bruce Holbert : le polar de la rentrée Gallmeister s’annonce noir de chez noir. Dans le comté de l’Okanogan, Washington, en 1932, un vieux flic reprend du service pour tenter d’arrêter un tueur d’Indiens, et poursuit sa traque jusque dans les vallées sauvages de l’OUest, tandis qu’il croise de vieilles connaissances et que son passé ténébreux se dévoile peu à peu… (Gallmeister, 29/08)

May - Scène de crime virtuelleScène de crime virtuelle, de Peter May : alors, oui, j’aurais pu, j’aurais même dû classer ce polar parmi les poids lourds, Peter May étant déjà un nom plus que confirmé du genre. Mais j’avoue que sa série chinoise ne m’a jamais inspiré, et que je n’ai jamais dépassé le premier tome de sa trilogie écossaise… Avec ce thriller étonnant qui se déroule à moitié dans Second Life, l’univers virtuel parallèle au nôtre, May surprend – et pas qu’un peu, puisque je suis en train de le lire et que, pour l’instant, c’est très réussi… Coup de cœur à prévoir ! (Éditions du Rouergue, 4/09)

Reflex, de Maud Mayeras : voilà une jeune femme qui sait prendre son temps ! Son premier roman, Hématome, avait été l’une des sensations du thriller français en 2006 ; depuis, rien… Autant dire que Maud Mayeras est très attendue. Elle nous promet une confrontation effroyable entre une photographe de l’Identité Judiciaire, en deuil de son fils assassiné onze ans plus tôt, et un tueur en série qui écorche ses victimes et collectionne leurs odeurs. Cela devrait être intense ! (Anne Carrière, 3/10)

Roy - Bent RoadBent Road, de Lori Roy : un pitch qui a des faux airs de Seul le silence, de R.J. Ellory, pour le premier roman de cette romancière du Kansas. Effrayée par les émeutes raciales qui agitent Detroit en 1967, la famille Scott décide de retourner à Bent Road, Kansas, où a grandi Arthur, le père. Il s’y retrouve confronté au plus sombre de ses secrets, celui entourant la mort de sa soeur lorsqu’il était enfant, alors qu’une autre fillette disparaît dans les environs… (Éditions du Masque, 21/08)

La Reine de la Baltique, de Viveca Sten : une nouvelle romancière suédoise – eh oui, tous les auteurs du Grand Nord n’ont pas encore été traduits… Avec son intrigue communautaire, son ambiance locale typique et la relative discrétion de ses meurtres, on la compare à Camilla Läckberg, grande prêtresse actuelle du polar grand public. (Albin Michel, 2/09)

Tyler - Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de LoireHomicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire, de L.C. Tyler : après Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage, L.C. Tyler confirme son goût des longs titres délirants, un moyen plutôt rigolo de se distinguer de la concurrence. Rigolo et différent, c’est d’ailleurs le ton attendu de ce deuxième roman, entre Agatha Christie et L’Assassin habite au 21 de Steeman : un auteur de polars en pleine crise de la quarantaine se réfugie dans un hôtel au bord de la Loire, mais son agent l’y débusque. Lorsque l’un des autres pensionnaires est assassiné, le duo décide d’enquêter… (Sonatine, 19/09)

Waites - Né sous les coupsNé sous les coups, de Martyn Waites : pour finir, un premier roman qui a l’air beaucoup moins fendard que le précédent, avec son ancienne cité minière anglaise désormais sinistrée et devenue un haut lieu de la criminalité… Les Anglais n’en ont pas fini avec cette part douloureuse de leur histoire récente. (Rivages, 21/08)

Un beau paquet de romans à découvrir et à surveiller, donc… en sachant qu’il ne s’agit que d’une sélection, et que tout n’est pas encore annoncé.
L’automne polar s’annonce en tout cas plus excitant qu’un premier semestre plutôt fade.
A l’avance, bonnes lectures à tous !


A première vue : la rentrée littéraire Actes Sud 2013

On continue la tournée des grosses sorties d’août avec la rentrée littéraire d’Actes Sud. L’éditeur arlésien nous propose une sélection ramassée (huit titres) mais intrigante…

Huston - Danse noireLA STAR : Danse noire, de Nancy Huston
La grande dame canadienne des lettres françaises revient avec un roman tournant autour d’un homme, Milo, veillé sur son lit de mort par son ami, le réalisateur Paul Schwartz. Celui-ci envisage alors de tirer un film de la vie palpitante de Milo, l’occasion d’une vaste traversée du XXème siècle… Nous n’avons jamais été déçus par Nancy Huston, alors pourquoi l’être avec ce nouveau roman ?

LES PLUS ATTENDUS :
Goby - KinderzimmerKinderzimmer, de Valentine Goby : transfuge d’Albin Michel, la jeune auteure s’intéresse à un cas historique aberrant : l’existence d’une maternité, lieu de vie par excellence, en plein coeur du camp de concentration de Ravensbrück. Un sujet difficile, pour un rendez-vous exigeant avec les lecteurs. On en attend le meilleur.

L’Esprit de l’ivresse, de Loïc Merle : un premier roman relatant le renversement du pouvoir en France par une révolution venue des banlieues. Choc attendu.

Frappat - Lady HuntFANTASTIQUE : Lady Hunt, d’Hélène Frappat
Agent immobilier à Paris, une jeune femme est hantée par la vision d’une maison inconnue, et assiste à l’enlèvement étrange d’un enfant. Armée de ses rêves obsédants, elle part en quête de la vérité, jusque sur les landes du Pays de Galles… Le pitch est tentant, on en reparlera, c’est sûr !

AVENTURIER : La Confrérie des chasseurs de livres, de Raphaël Jérusalmy
Avec un titre pareil, comment ne pas être attiré ? Si l’on ajoute que l’auteur s’empare de la figure ardente du poète François Villon, pour combler un vide avéré de sa biographie en l’imaginant mandaté par le roi Louis XI. Sa mission : partir en Palestine sur les traces de la mystérieuse Confrérie des Chasseurs de Livres… Un roman d’aventures historique et littéraire, très tentant également !

L’AUTRE PREMIER ROMAN : Riviera, de Mathilde Janin
L’histoire d’une passion brûlante, de New York à Paris, entre une star du rock et une jeune femme, sur fond de pandémie ravageant le continent américain. Pourquoi pas.

TÉNÉBREUX : Parabole du failli, de Lyonel Trouillot
Un jeune comédien haïtien se suicide alors qu’il commence à rencontrer le succès. L’un de ses amis tente de comprendre son geste et se confronte à l’intense désespoir qui régit notre monde. Prix Rires et Chansons assuré – mais, plus sérieusement, Trouillot est l’un des grands auteurs haïtiens contemporains, donc…

INTIME : Une part de ciel, de Claudie Gallay
Une famille se réunit lorsque le père invite sa fille aînée à revenir dans sa Vanoise natale peu avant les fêtes de Noël. L’occasion de retrouvailles compliquées avec des frère et soeur restés dans la région, devenus presque des étrangers… Claudie Gallay a rencontré un large public avec les Déferlantes en 2008, parions qu’elle le retrouvera encore cette fois.

Une rentrée séduisante, donc, mais dont nous n’avons encore rien lu… A suivre pour de premiers avis dans les jours qui viennent !


Polarama, de David Gordon

Signé Bookfalo Kill

Écrivain approximatif de romans de genre qu’il signe de divers pseudonymes fleuris, Harry Bloch reçoit un jour la lettre d’un fan pas comme les autres : Darian Clay est en effet un tueur en série de femmes, enfermé dans le couloir de la mort dans l’attente de son exécution prévue trois mois plus tard. Le meurtrier, qui n’a jamais reconnu ses crimes, lui propose un étrange marché : il lui racontera toute sa vie en détail si, en échange, Harry va rendre visite à quelques-unes de ses admiratrices, puis lui écrit des nouvelles érotiques les mettant en scène ensemble.
En dépit du caractère glauque de cette demande, de l’opposition de presque toutes les familles des victimes, et de la méfiance affichée du F.B.I. et de l’avocate de Clay, Bloch décide d’accepter. Mauvaise idée, Harry, mauvaise idée…

Si vous aimez les polars qui laissent beaucoup de place aux personnages, à leur profondeur, leur complexité et leur intelligence, sans toutefois se prendre au sérieux, Polarama devrait vous plaire. Pour son premier roman, David Gordon s’attache avant tout à rendre vivante la voix riche et singulière de Harry Bloch, narrateur écrivain par lequel il prend régulièrement le temps de développer des réflexions très justes, que ce soit sur l’art d’écrire ou sur celui de lire.
Un petit exemple au sujet des lecteurs acharnés de littérature de genre :  

« Les fans de genre – amateurs de vampires, geeks de la science-fiction, accros au suspense – sont en quelque sorte une espèce atavique, une race pure mais anormale. Ils continuent à lire comme des enfants, à la fois puérils et graves, ou comme des adolescents, pétris de désespoir et de courage. Ils lisent parce qu’ils en ont besoin. » (p.175)

Gordon - PolaramaPuisqu’on parle de littérature de genre, David Gordon s’amuse aussi beaucoup en faisant de son héros un écrivain stakhanoviste dans différents domaines, du roman de détective à la S.F. érotique en passant par le bonnes vieilles histoires de vampires, dont il maîtrise les codes pour en livrer des parodies réjouissantes et crédibles.
Les amateurs et connaisseurs souriront des pseudonymes débiles choisis par Bloch, des noms de ses personnages ou encore des extraits de ses oeuvres disséminés dans Polarama – titre français assez malin, mélange de polar et de panorama, même s’il n’est pas aussi subtil que l’original, The Serialist, dont les différentes nuances en anglais sont impossibles à traduire (« serial » comme « serial killer », mais ce terme fait aussi référence à un certain cinéma de genre, souvent décliné en longues séries avec héros récurrents).

Côté suspense, Gordon tient bon la barre, sur un rythme assez lent. Au bout du compte, l’intrigue est ténue, mais le romancier parvient à la garder vivante grâce à des rebondissements bienvenus, et notamment une accélération explosive en plein milieu du livre, qui le fait enfin basculer dans le polar pur. Quelques indices discrets semés çà et là trouvent un écho dans le dernier tiers, qui tient ses promesses sans se montrer révolutionnaire.

Polarama est un chouette premier roman et un très bon polar pour l’été : à la fois prenant et amusant, agréable à lire et intelligent. 405 pages de petit bonheur pour caler votre valise !

Polarama, de David Gordon
Traduit de l’américain par Laure Manceau
Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2013
ISBN 978-2-330-01993-8
405 p., 22,80€


La Prophétie de l’abeille, de Keigo Higashino

Signé Bookfalo Kill

Un hélicoptère doté d’une technologie révolutionnaire est prêt pour un vol de démonstration à l’intention de son commanditaire, l’Agence de défense du Japon. Mais, sous les yeux incrédules des ingénieurs et de leurs familles présents sur le site, le gigantesque appareil prend son envol tout seul et s’éloigne sans que quiconque ait le temps de réagir.
Quelques minutes plus tard, l’hélicoptère se place en vol stationnaire au-dessus d’une centrale nucléaire, et une revendication parvient aux autorités nippones, signée « l’Abeille du ciel » : si toutes les centrales du Japon ne sont pas immédiatement arrêtées, l’appareil s’écrasera sur la centrale lorsqu’il sera à court de carburant, provoquant une catastrophe sans précédent.
Déjà épineux, le problème se complique encore plus lorsque l’un des ingénieurs découvre que son fils, âgé d’une dizaine d’années, était à bord de l’hélicoptère lorsque celui-ci a détourné…

Higashino - La Prophétie de l'abeilleKeigo Higashino est le nouveau prodige publié par Actes Noirs, la collection polar d’Actes Sud. Au Japon, c’est l’un des grands noms du genre, et après avoir lu deux des trois romans déjà parus en France, La Maison où je suis mort autrefois et Le Dévouement du suspect X, je comprends pourquoi. Le monsieur est doué, capable de changer de style et de passer avec évidence du roman d’ambiance typiquement japonais à une enquête tortueuse et jubilatoire.

En revanche, pour ce qui est du thriller, j’attendrai éventuellement un autre titre de sa part… Car rien à faire, cette Prophétie de l’abeille ne m’a jamais convaincu. Rythme flagada, intrigue poussive, répétitions, personnages trop nombreux et dénués de personnalité, résumés à un nom et une fonction…
Puis le roman est truffé de détails techniques assommants, sur les différents systèmes de pilotage d’un hélicoptère ou sur le fonctionnement des centrales nucléaires, Higashino restituant trop fidèlement une documentation abondante, sans se préoccuper de la rendre captivante pour tenir en éveil le lecteur de son roman. Résultat : on s’ennuie, on perd le fil et quand on décide de zapper, il est déjà trop tard.

L’intérêt retombe d’autant plus que Higashino choisit une narration quasi minute par minute sans parvenir à en exploiter le potentiel naturel de suspense. Au contraire, il fait du remplissage en multipliant les personnages comme autant de points de vue sur ce qui se passe – sauf qu’il ne se passe pas grand-chose. Il faut attendre longtemps, bien au-delà de la page 150, pour voir un peu d’action (le projet de sauvetage de l’enfant coincé dans l’hélico), et encore cette action va-t-elle s’étendre encore sur des pages et des pages…

Le pire, c’est que le sujet de La Prophétie de l’abeille est intéressant, ou aurait pu l’être… Paru au Japon en 1995, le roman évoque la périlleuse situation nucléaire du pays, se montrant ainsi prophétique plus de quinze ans avant Fukushima. Le message contenu dans les ultimes pages vibre ainsi de justesse humaniste et écologiste – mais il est trop tard, malheureusement, pour faire de ce polar une réussite. Dommage.

La Prophétie de l’abeille, de Keigo Higashino
Traduit du japonais par Sophie Refle
Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2013
ISBN 978-2-330-01958-7
438 p., 23,50€


Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari

Signé Bookfalo Kill

Dans un petit village de Corse, un bar menace de péricliter depuis le départ inopiné de celle qui le faisait vivre depuis des années. Jusqu’au jour où deux jeunes gens, l’un du cru (Libero) et l’autre qui y a passé toutes ses vacances depuis tout petit (Matthieu), décident de plaquer leurs études de philosophie à Paris pour reprendre le bistrot et en faire un petit monde idéal, généreux et convivial.
Mais même les meilleures intentions ont leurs failles…

Ma bonne conscience et mon inconscient sont dans un bateau.

Ma bonne conscience trouve que, oui, c’est vrai, plein de gens le disent et ils ont raison, ce Sermon sur la chute de Rome, c’est quand même un sacré roman, avec des partis pris stylistiques forts, du genre qui font penser que le gars derrière la plume est un véritable écrivain, et des vrais gros morceaux d’intelligence dedans. De l’intelligence pleine de philosophie, forcément, puisque le titre est une référence à Saint-Augustin, rien de moins.
Côté style, d’un côté on a quatre chapitres composés d’un seul et même paragraphe, dans lesquels s’étirent de longues phrases au rythme hypnotique : c’est le récit de la vie de Marcel, le grand-père de Matthieu, né en 1918 sur les ruines du monde moderne, et dont l’existence est une suite de contrariétés et d’élans brisés ; de l’autre côté, des chapitres plus classiques, centrés sur le récit principal, qui mélangent des descriptions parfois lyriques à des situations et des dialogues plus directs, voire carrément crus.
Côté intelligence, il y a du bagage, il faut dire que Jérôme Ferrari est prof de philo, ça peut aider. Et le romancier d’élaborer un parallèle saisissant entre les noirceurs de notre époque en pleine dérive, et la chute de l’Empire romain, théorisée par Saint-Augustin. Ca calme et ça n’incite pas à l’optimisme, mais c’est bien vu. 

Mon inconscient, lui, au début, laisse d’abord s’exprimer ma bonne conscience. Mais très vite, dès les premières pages, il fait son boulot d’inconscient – vous savez, comme un programme qui tourne en arrière-plan sur un ordinateur. Et mon inconscient, lui, qui n’a que faire des bonnes manières, finit par s’ennuyer très vite.
Il n’apprécie pas trop les chapitres sur Marcel, avec ses phrases interminables, asphyxiantes, et pas suffisamment bien élaborées pour justifier de leurs longueurs. Une phrase longue doit faire sens dans chaque élément de son déploiement, alors que dans le Sermon…, certains alliages ne brillent pas par leur cohérence. De plus, ces chapitres, intercalés dans le récit principal, finissent par briser l’élan de ce dernier – surtout que la rupture stylistique entre les deux est trop forte, on a l’impression de lire deux livres imbriqués l’un dans l’autre d’une manière artificielle.
C’est bien en fait le problème majeur de mon inconscient. Il voit se dessiner la démonstration générale – chacun cherche sa place et peine à la trouver, surtout dans un monde en chaos – mais le récit lui-même est trop chaotique, instable, non pas pour faire sens, mais pour séduire. Certains moments sont prenants, voire jubilatoires – et puis, crac, rupture, glissement, on perd le fil. Mon inconscient est un gars parfois un peu trop carré, il n’aime pas perdre le fil.

Bref.
Ma bonne conscience et mon inconscient sont donc dans un bateau. Ma bonne conscience tombe à l’eau. Qui l’a poussée ?

Si vous répondez à cette question, vous aurez mon avis sur le Sermon sur la chute de Rome, qui figure parmi les favoris des prix littéraires de l’automne, notamment le Goncourt, pour lequel il a été retenu dans le dernier carré. Brillant peut-être, travaillé en tout cas, ambitieux. Pas un mauvais livre, loin s’en faut. Mais un peu aride, déroutant, trop insaisissable pour que j’y trouve mon compte. Dommage.

Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Éditions Actes Sud, 2012
ISBN 978-2-330-01259-5
208 p., 19€


Code 1879, de Dan Waddell

Signé Bookfalo Kill

Il y a quelque temps, je vous disais tout le bien que je pensais de Depuis le temps de vos pères, de l’Anglais Dan Waddell. Comme promis à cette occasion, je reviens vous dire quelques mots de son premier roman, Code 1879, qui vient de paraître en poche dans la collection Babel Noir d’Actes Sud.

On y fait connaissance avec l’inspecteur Grant Foster, de la brigade criminelle de Londres, au moment où il arrive sur une scène de crime particulière : on vient en effet de retrouver dans un cimetière le cadavre d’un homme, poignardé et les mains tranchées ; en outre, l’assassin a gravé dans la chair de sa victime une inscription, que sa collègue Heather Jenkins identifie comme étant une cote de généalogie. Ultime indice : 1879, le dernier numéro composé sur le portable du mort.
Foster fait appel à Nigel Barnes, un jeune généalogiste professionnel, pour les aider à comprendre le sens de la cote tatouée sur la peau de la victime. Tandis qu’une deuxième victime est retrouvée, les enquêteurs découvrent que le criminel souhaite les faire s’intéresser à une série de meurtres remontant à plus d’un siècle auparavant – en 1879, plus précisément…

Je l’ai déjà écrit au sujet de Depuis le temps de vos pères, mais j’insiste et le redis : quelle superbe idée que d’utiliser la généalogie pour une intrigue policière ! Dans Code 1879, l’idée est d’autant plus pertinente qu’elle se met au service d’une double intrigue criminelle, dont une s’inscrit dans le passé. En suivant les recherches conjuguées de Foster et de Nigel Barnes, Dan Waddell nous plonge alternativement dans le Londres contemporain et dans celui de la fin du XIXe siècle. Conscient de l’importance du décor, des atmosphères, des coutumes, de tout ce qui caractérise une époque, le romancier soigne ses reconstitutions du présent comme du passé, couronnant de succès un travail de recherche et de documentation que l’on imagine colossal.

Un cadre réaliste ne suffit cependant pas, il faut d’autres ingrédients pour réussir un bon polar. Avec une aisance de vieux briscard, bluffante chez un auteur qui signe ici son premier roman, Waddell les réunit tous sans coup férir : personnages solides et complexes, montée progressive du suspense, gestion des temps forts et des temps faibles du récit pour ne pas ennuyer le lecteur, répartition des indices et des déductions, maîtrise du rythme, tout y est.
Avec, en prime, une fin à la hauteur de ce qui précède, surprenante, haletante, intense… Cela vous paraît étonnant que je le précise ? Il y a trop de bons polars, nantis d’autant de qualité, qui tombent un peu à plat en raison d’une révélation décevante. Ce n’est pas le cas ici, autant s’en réjouir !

Bref, une réussite totale… Alors, saisissez votre Code, et bonne lecture !

Code 1879, de Dan Waddell
Editions Actes Sud, collection Babel Noir, 2012
(Première édition : Le Rouergue, 2010)
ISBN 978-2-330-00268-8
361 p., 8,50€

Je ne suis pas le seul à chanter les louanges de cet excellent roman, voyez plutôt ici : Leslivresquejaime.net, Cecile’s Blog (qui parle également de Depuis le temps de vos pères), 4decouv