Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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L’Homme Craie, de C.J. Tudor

Eddie, Gros Gav, Hoppo, Mickey et Nicky partagent une amitié indéfectible comme seuls les gosses de douze ans sont capables d’en vivre. Pourtant, en cet été 1986, d’étranges événements agitent leur petite ville, dont ils sont souvent témoins, parfois acteurs. Il y a cet accident à la fête foraine, et cette jeune fille grièvement blessée qu’Eddie contribue à sauver. Il y a cet homme bizarre, pâle des cheveux aux pieds, si blafard qu’on le surnomme bien vite l’Homme Craie. Il y a aussi, justement, ce seau de craies offert à Gros Gav pour son anniversaire, dont les cinq amis vont se servir pour communiquer secrètement en dessinant des symboles connus d’eux seuls – jusqu’au jour où d’autres dessins se mêlent aux leurs, dont ils ne sont pas les auteurs… Puis il y a le meurtre. La fille éparpillée dans les bois, sans que le coupable soit jamais identifié.
Trente ans plus tard, Eddie et les autres ont plus ou moins bien surmonté ces épreuves et enterré ce passé funeste. Jusqu’au jour où Mickey réapparaît et affirme à Eddie qu’il connaît la vérité. Le lendemain, Mickey a disparu – et la vérité, oui, cette vérité si longtemps enfouie, pourrait bien enfin éclater au grand jour…

Tudor - L'Homme craieEncore un premier roman, encore une belle surprise ! Celle-ci vient d’Angleterre, sous la plume d’une jeune femme dont on peut déjà annoncer qu’elle se montre fort prometteuse. En digne romancière britannique, C.J. Tudor construit un thriller prenant (le prologue est redoutablement efficace, ainsi que les premiers chapitres de mise en place qui suivent et nous plongent rapidement dans l’action), tout en accordant un soin patient à ses personnages, tous extrêmement bien campés et plus subtils qu’ils ne paraissent l’être de prime abord. À commencer par Eddie, narrateur du roman, dont la voix est spécialement intéressante à suivre – impossible de vous dire pourquoi, bien entendu.

C.J. Tudor ne s’en cache pas, elle est fan de Stephen King. On pense évidemment au maître américain, notamment à ses grands textes sur l’enfance, que ce soit Stand by me (Le Corps dans sa version française, disponible dans le recueil de novellas Différentes saisons) ou Ça. Si l’influence kingienne plane ouvertement sur le début du roman, elle disparaît peu à peu, ou du moins n’écrase pas le texte, dont la romancière assume la conduite avec une maîtrise formidable et un ton propre. L’Homme Craie est parsemé de rebondissements parfaitement amenés, quand il ne s’agit pas de cliffhangers redoutables contraignant à poursuivre la lecture, encore un chapitre, puis un autre, puis un autre…
Sans jamais s’égarer ni dans la structure de plus en plus élaborée du récit, ni dans sa narration en alternance sur deux époques (1986 et 2016), C.J. Tudor guide son histoire d’une main de maître jusqu’à un final qui, sans être renversant, réserve plusieurs belles surprises et multiplie les éclairages inattendus sur les secrets et le rôle des uns et des autres dans toute cette affaire.

Joli petit coup de cœur, donc, pour cet Homme Craie superbement mené, dont je n’attendais pas autant et qui m’a donc emballé de bout en bout. Rendez-vous sans hésitation et avec de grandes espérances pour le deuxième opus de C.J. Tudor.

L’Homme Craie, de C.J. Tudor
(The Chalk Man, traduit de l’anglais par Thibaud Eliroff)
Éditions Pygmalion, 2018
ISBN 978-2-7564-2173-5
384 p., 20,90€

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A première vue : la rentrée Grasset 2017

Tous les deux ans, les éditions Grasset ont droit ici à un léger traitement de faveur, et pour cause : elles ont le très bon goût de publier l’un de mes auteurs préférés, Sorj Chalandon. Lequel est donc au rendez-vous cette année, à nouveau avec succès, mais en plus il ne se présente pas seul. La Maison Jaune aligne en effet une rentrée abondante mais nourrie de plusieurs promesses séduisantes – dont, sûrement, le plus GROS livre de la rentrée française.

Chalandon - Le Jour d'avantAU NORD : Le Jour d’avant, de Sorj Chalandon (lu)
Bluffant Chalandon. Il y a deux ans, après Profession du père qui clôturait une sorte de cycle romanesque implicite consacré à sa drôle de figure paternelle, il se disait exsangue, peut-être fini. Son retour cette année est donc plus qu’une surprise, c’est une confirmation : oui, Sorj Chalandon a encore beaucoup de choses à raconter, et le talent est intact pour le faire.
Appuyé sur la catastrophe minière de Liévin en 1974, ayant coûté la vie à 42 hommes, Le Jour d’avant célèbre la dignité des faibles face à l’injustice et à la pression sociale et politique, mais étonne également par sa mécanique narrative, preuve que Chalandon peut briller tout autant avec une pure fiction que dans des livres davantage marqués du sceau de l’autobiographie. Un roman fort et bouleversant sur la culpabilité, la douleur, l’identité et le questionnement de soi. Touché, encore une fois.

Le Bris - KongSKULL ISLAND : Kong, de Michel Le Bris (en cours de lecture)
Un monstre. Dans tous les sens du terme. Michel Le Bris, créateur du festival Étonnants Voyageurs, essayiste, grande figure du récit de voyage, spécialiste de Stevenson, balance un énorme pavé de 930 pages sur l’histoire qui a présidé à la réalisation en 1933 du film King Kong. De 1919 à 1933, Le Bris raconte les multiples vies de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsach, rescapés de la Première Guerre mondiale qui deviennent des spécialistes reconnus du film documentaire, avant de céder à la magie de la fiction et des effets spéciaux pour inventer l’une des créatures les plus mythiques du Septième Art. La lecture des premières pages de ce Kong me laisse espérer le meilleur pour ce roman qui s’annonce spectaculaire, puissant, emporté par une langue inspirée et virtuose, peuplé de figures célèbres de l’époque et porté par le souffle primaire de l’aventure. À suivre de très près.

Delmaire - Minuit, MontmartreFABULEUX DESTIN : Minuit, Montmartre, de Julien Delmaire (lu)
En 1909, une jeune femme noire erre dans les ruelles malfamées de Montmartre. Recueillie par le peintre Théophile Alexandre Steinlen (auteur notamment de la célèbre affiche de la Tournée du Chat Noir), elle devient sa muse, son confidente, et pénètre le milieu des artistes parisiens de la Butte… Remarqué pour son premier roman au style particulier, proche du slam, Julien Delmaire propose un troisième livre davantage au service de sa langue que de son récit, même si la peinture du Montmartre de l’époque vaut le détour.

Guez - La Disparition de Josef MengeleTODESENGEL : La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez
Le médecin d’Auschwitz Josef Mengele, coupable d’expériences « médicales » terrifiantes sur certains prisonniers du camp de la mort, réussit à s’échapper une fois l’Allemagne tombée, et prend la fuite en Amérique du Sud, où il vit en toute impunité jusqu’à sa mort en 1979. C’est ce destin, et à travers lui le cas de nombreux Nazis ayant trouvé une terre d’accueil favorable en Argentine ou au Brésil, que raconte l’essayiste Olivier Guez dans son deuxième roman.

Dreyfus - Le Déjeuner des barricadesSOUS LES PAVÉS : Le Déjeuner des barricades, de Pauline Dreyfus
Le jour : 22 mai 1968. Le lieu : l’hôtel Meurice, rue de Rivoli. L’action : la remise du prix Roger-Nimier à un tout jeune écrivain nommé Patrick Modiano, pour son premier roman, Place de l’Étoile. Le nœud de l’intrigue : profitant de la révolte des étudiants et du climat d’agitation qui règne à Paris, le personnel du palace se met en grève, ce qui contraint les organisateurs du prix à revoir l’organisation de leur journée… Un roman à « name-dropping » culturel (Paul Morand, Modiano, Dali) qui devrait au moins trouver son public dans les beaux quartiers de Paris, mais pourrait mériter mieux.

Rondeau - Mécanique du coeurBABEL : Mécaniques du chaos, de Daniel Rondeau
Le destin croisé de plusieurs personnages à travers le monde, sur fond de crise migratoire et de montée de l’islamisme radical. D’après son éditeur, Daniel Rondeau a réussi sans le chercher un « thriller politique ». Comme ce n’est pas vraiment un auteur de genre, on prendra l’expression avec toutes les pincettes requises.

Coulin - Une fille dans la jungleÀ L’ABRI DE RIEN : Une fille dans la jungle, de Delphine Coulin
Puisqu’on cause de géopolitique et de situation mondiale, Delphine Coulin nous plonge dans la jungle de Calais en compagnie d’une bande de gamins venus du monde entier. A l’annonce du démantèlement du camp, les adolescents décident d’entrer en résistance et de tenter de passer en Angleterre. Déjà vu, lu, raconté ? Sans doute. Utile ? Pourquoi pas. À lire pour vérifier, en somme.

Ionesco - InnocenceREBELOTE : Innocence, d’Eva Ionesco
Il y a deux ans, Simon Liberati publiait Eva, récit-portrait de sa femme qui évoquait notamment l’enfance tourmentée de cette dernière, puisqu’elle servit de modèle érotique à sa mère photographe. Comme le livre fit grand bruit et rencontra un succès certain (pas forcément en rapport avec ses qualités littéraires, mais enfin bon), voilà que Madame sort son propre témoignage sur cette histoire. Nous, on passe.

Vilain - La Fille à la voiture rougeCRASH : La Fille à la voiture rouge, de Philippe Vilain
Une étudiante de 20 ans séduit un écrivain de 39 ans. Elle est belle, elle porte un nom classe (Emma Parker), elle conduit une voiture de sport rouge. Leur amour est passionnel, jusqu’au jour où Emma raconte à l’écrivain qu’à la suite d’un accident, elle trimballe un hématome dans le crâne qui pourrait lui être fatal d’un jour à l’autre…
Ah, au fait, c’est une histoire vécue.
Et on s’en fout ? Ah oui, nous, on s’en fout complètement.

Caron - Tous les âges me diront bienheureuseMAGNUS RUSSE : Tous les âges me diront bienheureuse, d’Emmanuelle Caron
Le premier roman d’Emmanuelle Caron – que son éditeur compare à Sylvie Germain – déploie une vaste fresque familiale et historique qui nous ramène notamment à la Révolution russe de 1917 (qui sera très à la mode, puisque nous célèbrerons le centenaire de l’événement en fin d’année).

Brault - Les Peaux RougesDUPONT LAJOIE : Les Peaux Rouges, d’Emmanuel Brault
Autre premier roman, qui entend dénoncer le racisme ordinaire sur fond de comédie insolente. Les « Peaux Rouges » du titre sont ces étrangers que le narrateur déteste ouvertement, en toute décomplexion. Hélas pour lui, pris en flagrant délit d’insulter une Peau Rouge, il est envoyé en prison. Il parvient à y échapper en acceptant de participer à une thérapie de groupe pour le guérir de son racisme.

*****

Evjemo - Vous n'êtes pas venus au monde pour être seulsJE SUIS PAS VENUE ICI POUR SOUFFRIR, OK ? : Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls, d’Eivind Hofstad Evjemo
(traduit du norvégien par par Terje Sinding)
En juillet 2011, une semaine après le massacre d’Utoya qui a fait 69 morts et des dizaines de blessés, Sella observe ses voisins en train de rentrer chez eux, dévastés après que leur fille est tombée sous les balles d’Anders Breivik. Elle partage leur peine, car son fils adoptif est mort auparavant dans un attentat à Manille. Un premier roman norvégien qui refuserait de traiter son terrible sujet par la noirceur et l’auto-apitoiement, en luttant au contraire contre la douleur par une volonté inébranlable de se reconstruire.

Baird - Demain sans toiSHORT CUTS : Demain sans toi, de Baird Harper
(traduit de l’américain par Brice Matthieussent)
On continue avec les premiers romans estampillés « Rire & Chansons » – ce qui n’enlève rien a priori à leurs qualités, d’autant que ce livre est traduit par Brice Matthieussent, qui n’est pas le dernier venu.
Un jeune homme promis au plus bel avenir achève une peine de prison de quatre ans, pour avoir tué accidentellement une jeune femme dans un accident de la route. Le jour de sa sortie, un proche de Sonia l’attend devant la prison, mais la sortie du meurtrier involontaire est repoussée de 24 heures, bouleversant les plans de tous, proches de la victime comme du bourreau.


Numéro 11, de Jonathan Coe

Signé Bookfalo Kill

Certes, Jonathan Coe est plutôt un romancier « classique » d’un point de vue formel, mais il faut se méfier de l’eau qui dort. L’animal est souvent capable de surprendre, voire de déconcerter – ce qui est le cas avec son nouveau roman, dont je me demande bien comment je vais réussir à vous le résumer sans trop en dire.

coe-numero-11Numéro 11 est en effet composé de cinq parties qu’on dirait juxtaposées, tant elles traitent de sujets différents et jouent de registres changeants – idée suggérée d’ailleurs par le sous-titre du roman, Quelques contes sur la folie des temps.
« La Tour Noire » mêle chronique d’enfance et ambiance de conte gothique (avec une ou deux scènes de trouille parfaitement maîtrisées), sur fond de critique politique ; « le Come back » tire à boulets rouges sur la téléréalité et les ravages de la célébrité artificielle ; « le Jardin de Cristal », poétique et mélancolique, s’intéresse à l’université anglaise et à certaines de ses dérives potentielles ; « le Prix Winshaw », aussi violent qu’hilarant, matraque la presse à sensation et la course en avant incontrôlable de la communication décomplexée sur Internet ; et « What a whopper ! » soulève le voile sur la vie hallucinante des super riches, dans un mélange détonnant de réalisme glacé, d’analyse sociale implacable et… de fantastique.

Oui, il y a tout ça dans Numéro 11, dont la continuité est assurée par certains personnages que l’on retrouve d’une partie à l’autre, en particulier Rachel et Alison, deux amies que l’on suit de l’enfance à l’âge adulte au cours de trajectoires dissemblables, pas toujours heureuses mais systématiquement édifiantes. Cette variété impressionnante de tons et de sujets est à la fois la (grande) force et la (petite) faiblesse de ce roman. Gourmand, Jonathan Coe semble ne pas vouloir choisir entre les propos qu’il souhaite aborder, et leur association paraît parfois saugrenue, le passage d’une partie à une autre désarmant.
Mais après tout, pourquoi pas ? En dépit de cette construction – ou peut-être justement grâce à elle -, Numéro 11 est très rapide et agréable à lire, bien aidé par le style toujours aussi fluide du romancier anglais. Coe a le sens du spectacle, des variations et des atmosphères, capable de passer sans effort d’un passage oppressant à une comédie policière réjouissante ou à une réflexion pointue sur la satire en tant que genre littéraire, dans une mise en abyme passionnante – la satire étant précisément l’un des domaines de prédilection de l’écrivain.

D’ailleurs, rappelez-vous de son chef d’œuvre, Testament à l’anglaise, comédie cinglante qui mettait en scène la terrifiante famille Winshaw, incarnation du cynisme flamboyant des années 80. Winshaw… comme dans « le Prix Winshaw », titre de la quatrième partie de Numéro 11 ? Oui, messieurs dames, sans en être une suite (les deux romans peuvent se lire de manière totalement indépendante), Numéro 11 est un peu la réponse contemporaine de Testament à l’anglaise. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien ne s’est arrangé, comme le prouve dans la fiction la prospérité florissante de la famille emblématique imaginée par Coe il y a plus de vingt ans.
Le tableau social, économique, politique que dresse Jonathan Coe de ce début de XXIème siècle est aussi effroyable que l’on veut bien le penser. Le fossé se creuse inexorablement entre le peu de gens qui ont tout et l’immense majorité qui a peu ; la dernière partie le met en scène dans une vision froide de notre monde qu’un recours habile et mesuré au fantastique rend encore plus terrifiante.

Beaucoup plus audacieux et risqué qu’il n’en a l’air, au point d’en être parfois un peu fragile, Numéro 11 démontre encore une fois que le savoir-faire, l’à-propos et l’intelligence de Jonathan Coe restent d’une actualité brûlante. Un auteur à ne décidément pas sous-estimer, et un roman à tenter !

Numéro 11, de Jonathan Coe
(Number 11, traduit de l’anglais par Josée Kamoun)
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017839-1
444 p., 23€


Watership Down, de Richard Adams

Signé Bookfalo Kill

Pressentant qu’une catastrophe est sur le point de s’abattre sur leur résidence, Fyveer convainc son frère Hazel de fuir et de partir à la recherche d’un nouvel endroit pour vivre. Escorté par une poignée de compagnons déterminés, ils découvrent de nouveaux mondes, se battent avec courage, affrontent les éléments et de nombreux ennemis, jusqu’à élire domicile à Watership Down. Mais leur installation dans ce lieu idyllique signifie-t-elle pour autant la fin de leurs aventures ? Rien n’est moins sûr, car le danger est partout et peut prendre les formes les plus inattendues…

adams-watership-down2Pour une raison difficile à comprendre, Richard Adams est un auteur totalement méconnu en France, alors qu’il est extrêmement célèbre dans les pays anglo-saxons, où Watership Down, son premier roman paru en 1972, fait partie des classiques que tous les lecteurs, jeunes et moins jeunes, finissent par lire un jour. Serait-ce parce que nous sommes foncièrement rétifs à la fantaisie et à l’imaginaire, trop perclus de rationalité pour nous émerveiller devant la magie d’une histoire aussi simple que palpitante ?
Serait-ce, tout simplement, parce que les héros de Watership Down sont des lapins ?

Ah oui, ça y est, le mot est lancé ! « Lapins », c’est ça, c’est le mot « lapins » qui vous turlupine ? Hé oui, Hazel, Fyveer, Bigwig, leurs compagnons et leurs ennemis sont tous des lapins. De garenne, par-dessus le marché. Et vous voulez que je vous dise ?
On s’en fiche complètement.

Nourri de littérature classique, et bien qu’il s’en défende encore aujourd’hui, Richard Adams a clairement conçu Watership Down comme une variation sur quelques solides références, parmi lesquelles L’Odyssée d’Homère et L’Enéide de Virgile. Oui, rien de moins. Son roman est une épopée prodigieuse, une suite d’aventures édifiantes où leurs héros font preuve de bravoure ou de lâcheté, de loyauté ou de faiblesse, à la poursuite exclusive de leur rêve : trouver le meilleur endroit pour vivre. Et le fait que ce soit des lapins ne change rien à l’affaire. Au contraire, on vibre d’autant plus que Richard Adams, documenté avec le plus grand sérieux sur la question, nous place avec réalisme à la hauteur de ses personnages, nous faisant partager leur hantise à l’idée de traverser une rivière, goûter au plaisir de farfaler à la tombée du jour, trembler dans l’ombre d’un prédateur volant. Et on est sfar quand l’angoisse nous cloue aux pages, avide de savoir comment nos héros vont s’en sortir (ou pas).

Par quel miracle le romancier britannique a-t-il réussi un tel prodige ? De la même manière, sans doute, que Walt Disney a su nous captiver en nous racontant l’histoire de Bambi ou en transformant Robin des Bois en renard : en supposant que l’apparence n’était qu’affaire de préjugés, et qu’il était parfois plus facile de parler de notre humanité en adoptant d’autres oripeaux qu’humains.
Palpitant, généreux, écrit avec une délicatesse et une poésie qui saisissent les plus beaux moments d’une journée dans la nature comme les plus fins des sentiments, animé d’un suspense constant, Watership Down est effectivement un grand roman, où il est question – mine de rien mais avec beaucoup d’acuité – de croyances, de fidélité, d’amitié ou de totalitarisme.

On espère que le pari de Monsieur Toussaint Louverture (éditeur dont le soin apporté aux rares livres qu’il publie est à saluer) de donner une nouvelle vie à cette œuvre, sera relevé par de nombreux lecteurs français. En tout cas, si vous aimez les belles histoires, les romans d’aventure captivants, les contes qui font appel à ce qu’il y a de plus ancestral en nous ; s’il vous reste un peu de nostalgie de ces moments d’enfance où, blotti sous la couette comme dans un terrier chaud et confortable, vous vous immergiez au plus profond d’un livre en oubliant tout le reste, alors Watership Down est incontestablement fait pour vous. Et au diable la raison, être sérieux est d’un ennui !

Watership Down, de Richard Adams
(Watership Down, traduit de l’anglais par Pierre Clinquart, traduction revue par Monsieur Toussaint Louverture)
Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2016
ISBN 979-10-90724-27-3
544 p., 21,90€


A première vue : la rentrée Christian Bourgois 2016

Nous n’avons jamais non plus évoqué les éditions Christian Bourgois dans la rubrique « à première vue » – faute sans doute, avouons-le sans détour, de s’être longtemps intéressé au travail de cet éditeur pourtant respectable, intéressant et exigeant. Comme on apprend tous les jours, il est donc temps de réparer cette injustice, d’autant que sur les trois titres annoncés en août et septembre, deux nous font sérieusement de l’œil…

Summerscale - Un singulier garçonPSYCHO : Un singulier garçon, de Kate Summerscale
Plume élégante et vivace, Kate Summerscale s’est fait une spécialité de relater sous forme littéraire des faits divers marquants de l’époque victorienne. Paru en 2008, L’Affaire Road Hill House, sur la disparition d’un petit garçon dans une grande maison bourgeoise, était ainsi une réussite éblouissante, captivante comme un polar et très éclairante sur la société et les mentalités de l’époque. On peut donc attendre le meilleur de ce nouveau texte qui se penche sur le cas Robert Coombes, un garçon de 13 ans condamné en 1895 à la détention dans un asile d’aliénés pour le meurtre de sa mère.

Parker - Anatomie d'un soldatLES CHOSES ME DONNENT UNE IDENTITÉ : Anatomie d’un soldat, de Harry Parker
Un jeune capitaine de l’armée britannique perd une jambe lors d’une mission au Moyen Orient et est rapatrié en Angleterre. Le récit de son retour à la vie est alors relaté par 45 objets qui lui appartiennent ou lui sont proches… Un projet littéraire étonnant et, d’après les premiers retours que j’ai, parfaitement réussi. Mériterait sûrement un coup d’œil !

Beattie - L'Etat où nous sommesMAINE STREETS : L’État où nous sommes, d’Ann Beattie
Un recueil de quinze nouvelles situées dans le Maine, qui entreprend d’analyser la classe moyenne américaine sous toutes ses formes.


RETOUR VERS LE FUTUR : Quelque chose pour le week-end, de Sébastien Gendron

Signé Bookfalo Kill

Quelque chose pour le week-end est paru initialement en 2011 aux éditions Baleine, et je m’étais autant régalé à le lire qu’à le chroniquer, déjà très fan de l’univers déjanté et hilarant de Sébastien Gendron. Depuis, je mets un point d’honneur à soutenir cet auteur iconoclaste, et la sortie en poche de ce roman me semble une belle occasion d’en reparler et, peut-être, d’augmenter le cercle de ses lecteurs convaincus.
Dans cette nouvelle rubrique « retour vers le futur », je vous propose donc de (re)découvrir l’article que j’avais écrit à l’époque, légèrement remanié (autant en profiter pour supprimer au passage quelques lourdeurs, hein, ça ne fait pas de mal !) En espérant vous donner envie de rencontrer les pingouins les plus cinglés de la galaxie !!!

*****

Il suffit de pas grand-chose pour changer radicalement le cours d’une vie. Prenez le cas de Lawrence Paxton. Retraité depuis peu, il a consacré sa vie à son métier d’agent de change chez Barclays et à sa femme Lynn, ainsi qu’à leur deux enfants désormais adultes et autonomes. Par-dessus le marché, il vit à Kirk Bay, petite ville anglaise hyper sécurisée où rien ne se passe jamais – d’ailleurs, il ne peut rien s’y passer.
Oui mais voilà. Un soir d’insomnie, notre ami Lawrence fait sur la plage une double rencontre décisive : avec une énorme cargaison de sacs de cocaïne d’une part, avec une armée de pingouins qui ont trempé leur bec dans la poudre blanche et sont déjà devenus dangereusement accros d’autre part. Rien d’exceptionnel, me direz-vous. Certes. N’empêche qu’après avoir imité les pingouins, Lawrence est pris d’une crise de lucidité exceptionnelle, et il comprend, il réalise enfin qu’il n’a qu’un seul but dans sa vie : éliminer sa femme qui, quand même, avouons-le, lui pourrit la vie depuis des années avec son obsession de trouver quelque chose à faire pour le week-end.
Et là, évidemment, c’est le début des ennuis.

Après avoir dynamité les codes du roman d’espionnage dans le réjouissant Taxi, Take Off and Landing, Sébastien Gendron s’en prend ici au célèbre nonsense britannique. Impossible de ne pas penser aux Monty Python. Lawrence Paxton, c’est John Cleese dans ses œuvres de grande pintade britannique, à la fois terriblement coincé et capable des pires horreurs.
Au meilleur de sa forme, le romancier mêle joyeusement des personnages en décalage systématique par rapport aux situations qu’ils affrontent – y compris les plus périlleuses -, des épisodes drolatiques et d’autres plus dramatiques, sans se priver d’exercer d’un ton badin son sens critique, lorsqu’il s’agit de dézinguer la lâcheté des politiques, l’irresponsabilité écologique, ou tout simplement les mesquineries ordinaires qui font notre quotidien.

Dans tout ça, les pingouins font figure autant de détonateurs que d’excellents artifices humoristiques. Gendron les glisse partout, sur la plage, en ville, sur les pelouses impeccables des jardins anglais (shocking !) comme près des poubelles dont ils dévorent le contenu sans retenue. Les pingouins de Gendron, ce sont les Gremlins d’aujourd’hui. Aussi dingues, aussi nuisibles, aussi drôles, et peut-être encore plus inquiétants parce qu’ils nous sont familiers. Bref, une belle idée qui anime le roman de bout en bout – jusqu’à une jolie pirouette finale, mais chut…

Pour résumer, vous aurez donc toutes les chances de passer un bon moment à sourire gaiement, voire à rigoler franchement, pour peu que vous soyez sensible à une large palette d’humour allant de l’absurde au potache.

Et donc, avec qui vous allez passer le week-end prochain ?
(Celui qui répond « un pingouin » a perdu.)

Quelque chose pour le week-end, de Sébastien Gendron
Éditions Pocket, 2016
(Édition originale : Baleine, 2011)

ISBN 978-2-266-24053-6
286 p., 6,80€


Trompe-la-mort de Jean-Michel Guenassia

Trompe-la-mort est peut-être le roman de Guenassia qui m’a le plus déroutée. Je m’explique :

Le Club des Incorrigibles Optimistes retraçait l’histoire d’un garçon puis d’un homme, sur fond de guerre d’Algérie. Le héros cherche à grandir dans une famille qui l’étouffe et trouve en l’amitié de vieux réfugiés des pays de l’Est, le refuge dont il avait besoin.

La vie rêvée d’Ernesto G. retrace un siècle de vie de Joseph Kaplan à travers les méandres de l’Europe et de l’Afrique du Nord, entre une famille encombrante et un ami mystérieux.

Guenassia - Trompe-la-MortPour Trompe-la-mort, peu de famille. Et celle qui reste n’est pas facile à gérer. Trompe-la-mort, c’est l’histoire de Thomas Larch, un jeune homme britannique, né en Inde d’une mère indienne et d’un père anglais qui survit à tous les pires accidents auxquels il est confronté.

Guénassia nous embarque dans des destinations folles : New Delhi, l’Irak, l’Afghanistan… sur les traces de son héros, petit garçon plein d’entrain jusqu’à son départ pour l’Angleterre à 8 ans, à cause de la maladie de sa mère. Et puis vient un drame, un traumatisme qui le poussera à quitter la maison au plus vite pour l’armée britannique et ne plus penser à son passé. Jusqu’au jour où…

Cet auteur a un incroyable talent de conteur. Vraiment, on s’attache immédiatement aux personnages et on a du mal à décoller ses yeux de ces pages. Mais cette fois, j’avoue, j’ai été déçue. En refermant le livre, je me suis dit : « Tout ça pour ça? » J’aurais préféré une autre fin. Après avoir digéré ma lecture, je me dis même que ce roman vibrionnant est peut-être trop brouillon pour moi. La troisième partie surtout, celle du mariage puis du retour aux sources.

Je reste sur un petit goût d’inachevé mais je reste une fidèle de Jean-Michel Guenassia. Hâte de savoir de quoi parlera le prochain, sûrement de voyages, d’un petit garçon devenu grand et d’une vie hors du commun!

Trompe-la-mort de Jean-Michel Guenassia
Éditions Albin Michel
9782226312464
388p., 22€

Un article de Clarice Darling.


L’Île du Point Némo, de Jean-Marie Blas de Roblès

Signé Bookfalo Kill

Quand on s’appelle John Shylock Holmes, pas étonnant d’être irrésistiblement attiré par les mystères les plus étonnants – même si on n’a aucun lien avec le célèbre détective ! Aussi, lorsque Lady MacRae mandate l’intéressé pour retrouver l’Anankè, un diamant de très grande valeur qu’on a soutiré à son coffre-fort, et que dans le même temps, on retrouve non loin de là trois pieds chaussés de baskets de marque Anankè aux pointures différentes, il n’hésite pas une seconde à se lancer dans l’aventure, en compagnie de Grimod, son majordome noir, de son ami Martial Canterel, aussi riche qu’excentrique et opiomane au dernier degré (et par ailleurs ancien amant de Lady MacRae), et de Miss Sharrington, secrétaire de ce dernier…

…et ce résumé, sincèrement, c’est la version courte et simplifiée ! Car le nouveau roman de Jean-Marie Blas de Roblès est infiniment plus riche, plus fou, plus foisonnant, plus complexe, plus exaltant, plus drôle – bref, plus tout que ce que les quelques lignes ci-dessous laissent imaginer.

Blas de Roblès - L'Île du Point NémoImaginer, tiens, d’ailleurs, c’est le maître-mot de ce livre-trublion qui clame son amour de la littérature, et notamment de la littérature d’aventure, Jules Verne en tête (mais aussi Dumas, Conan Doyle ou Lovecraft). Savant sans ostentation, privilégiant toujours l’histoire qu’il raconte plutôt que d’avoir la vanité d’étaler ses connaissances (pourtant immenses), Blas de Roblès s’autorise toutes les excentricités et ne refuse rien à son inventivité. Pour le dire autrement, ça part dans tous les sens et c’est jubilatoire.
De longs et périlleux voyages par tous les moyens de transports possibles, trains (dont le Transsibérien), bateaux, voitures, et même un dirigeable, des personnages tous plus dingues et mystérieux les uns que les autres, des rebondissements à foison, un rythme ébouriffant, des énigmes improbables, des meurtres, des trahisons… Il y a tout cela et bien d’autres choses dans L’Île du Point Némo, animé par une érudition époustouflante et un style virevoltant, riche, plein de verve, qui prouve que, oui, OUI, il y a encore de vrais grands écrivains en France.

Je le dis d’autant plus volontiers que Jean-Marie Blas de Roblès va encore plus loin avec ce livre, dont le récit d’aventure n’est qu’une composante. Un récit dans le récit, pour être précis, avec une bonne dose de mise en abyme, car entre deux péripéties de Holmes et compagnie, l’auteur imbrique d’autres histoires qui lui répondent étonnamment, en mêlant tellement de choses étonnantes et passionnantes qu’il serait dommage de chercher à les résumer ici. Sachez seulement, par exemple, qu’il sera question d’une usine de fabrication de liseuses électroniques, ou de la tradition de lecture à haute voix dans les ateliers de fabrication de cigares à Cuba…
Le ton y varie également, passant de passages joyeusement égrillards (hello Rabelais !) à d’autres relevant du naturalisme pur et dur (coucou Zola !), dans un mélange audacieux des genres et des styles qui fonctionne à plein régime.

En relisant ce que je viens d’écrire, je constate, un peu dépité, que je suis loin de rendre justice à ce chef d’œuvre (oui, j’ose le terme !)… Que dire d’autre, ou de mieux ? C’est simple, en fait : lâchez tout ce que vous faites, foncez chez votre libraire, achetez L’Île du Point Némo et plongez-vous dedans séance tenante. Superbement écrit, génialement pensé et construit, merveilleusement excitant, d’une liberté totale, c’est de loin mon plus gros coup de cette rentrée littéraire 2014 !

L’Île du Point Némo, de Jean-Marie Blas de Roblès
  Éditions Zulma, 2014
ISBN 978-2-84304-697-1
464 p., 22,50€


Le Passage du Diable, d’Anne Fine

Signé Bookfalo Kill

Les premières années de sa vie, Daniel Cunningham les a passées cloîtré dans sa chambre, persuadé qu’il était gravement malade et devait éviter toute fatigue inutile et tout contact avec quiconque. Sa mère Liliana était sa seule compagnie, et sa seule distraction, de nombreux livres et une maison de poupée sidérante de réalisme, reproduisant la maison d’enfance de Liliana.
A l’occasion d’une de ses rares sorties dans le jardin, le jeune garçon est remarqué par ses voisins, qui alertent les autorités. Séparé de sa mère, il est recueilli par le docteur Marlow, qui ne lui découvre aucune pathologie. En parfaite santé, enfin libre de vivre une vie normale, Daniel ne tarde pas à prendre des forces et à découvrir le monde, en compagnie des trois filles du médecin, en particulier Sophie, la petite dernière, gamine pleine d’entrain à la langue bien pendue.
Heureux de sa nouvelle existence, Daniel ne s’en interroge pas moins sur les motivations de sa mère. Pourquoi l’a-t-elle excessivement protégé, au point de lui mentir ? Qui est son oncle Severn, que le docteur Marlow finit par retrouver après de longues recherches, et qui réside toujours dans la maison d’enfance de sa soeur Liliana ? Et quels secrets cache la maison de poupée, seul souvenir que le jeune garçon garde de sa mère ?

Fine - Le Passage du DiableA elle seule, la longueur du résumé ci-dessus vous permettra de comprendre à quel point le nouveau roman d’Anne Fine est complexe. Auteur pour les jeunes enfants (la réjouissante série du Chat assassin) et les adolescents (La Tête à l’envers, superbe roman d’amitié, ou Mrs Doubtfire, popularisée par Robin Williams au cinéma), la romancière anglaise signe ici un roman étrange, d’inspiration gothique, avec sa vieille bâtisse pleine de terribles souvenirs, ses personnages fragiles (on pleure beaucoup dans Le Passage du Diable), troublants, ou effrayants, ou si délicieusement classiques qu’ils en sont terriblement attachants (les Marlow, merveilleuse famille de fiction qui aurait donné envie de se faire adopter si l’on avait vécu au XIXème siècle).

Prenant le temps de camper décors, intrigues et caractères, Anne Fine joue à fond la carte de la référence littéraire, jusque dans son style, extrêmement soigné sans être précieux, mais qui évoque sans peine les plumes de Dickens ou du Henry James version Tour d’écrou.
Livre dont l’emballage suranné est pleinement assumé sans paraître poussiéreux, Le Passage du Diable est un hommage réussi au roman fantastique anglais, plein de finesse, qui joue moins sur la terreur que sur la tension d’une atmosphère devenant subtilement pesante et inquiétante au fil des pages.

Par son niveau de langue et son classicisme affirmé, un roman à conseiller à de très bons lecteurs adolescents à partir de 13 ans… et pour les amoureux de ce genre si particulier, quel que soit leur âge !

Le Passage du Diable, d’Anne Fine
Traduit de l’anglais par Dominique Kugler
Éditions École des Loisirs, coll. Médium, 2014
ISBN 978-2-211-20983-0
307 p., 17,50€


La pendue de Londres de Didier Decoin

londresAlbert Pierrepoint n’est pas un homme comme les autres. A sa femme, il dit qu’il est livreur à l’épicerie du coin. En vérité, il fait partie de la célèbre famille de bourreaux anglais. Nous sommes en 1945 et en cette fin d’année, Albert Pierrepoint est sollicité par les pays alliés pour exécuter les criminels nazis, à commencer par Irma Grese, l’une des plus célèbres Aufseherin d’Auschwitz. Mais Albert n’aime pas exécuter des femmes. Ca l’a toujours dégouté. A son retour à Londres, il se jure de déléguer à son adjoint les tâches ingrates comme exécuter une femme. Mais seulement…

Ruth Ellis est, en 1945, une très belle jeune femme. Fille-mère de 18 ans, elle est contrainte, pour survivre, de travailler dans un bar à hôtesses. C’est là qu’elle tombe dans la prostitution et son lot de personnages interlopes. Elle épouse en 1950 un dentiste avec qui elle aura une fille. Mais son mari, comme autrefois son père, la bat et elle demande le divorce rapidement. En 1954, elle croise le regard de David Blakely et en tombe follement amoureuse, mais seulement…

Albert Pierrepoint et Ruth Ellis ne se seraient jamais croisés si cette dernière n’avait pas assassiné son amant. En 1955, elle fut la dernière femme condamnée à mort et pendue. Albert Pierrepoint prendra sa retraite le lendemain. 

Didier Decoin met en parallèle la descente aux enfers d’une jeune fille qui croyait en l’amour et en la vie et la petite vie rangée et tranquille du bourreau. C’est remarquablement écrit, il n’y a aucun temps mort. On s’attache à cette jeune fille dont on imagine à chaque page le terrible destin. Et pourtant, on se prend au jeu d’une remise de peine. On aimerait que sa peine soit commuée, voire annulée. Mais dès les premières pages du roman, Didier Decoin a mis en marche la terrible machine de la justice. 

La pendue de Londres de Didier Decoin
Editions Grasset, 2013
9782246783909
333p., 18€

Un article de Clarice Darling