Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Cauchemars !, de Jason Segel & Kirsten Miller

Signé Bookfalo Kill

Quand on lit énormément de livres (et donc pas toujours des merveilles, pour le dire poliment), comme c’est mon cas, et quand on écrit des chroniques sur un blog depuis un paquet d’années, on peine parfois à faire preuve de l’enthousiasme presque naïf qui nous permettait de nous extasier avec une sincérité communicative sur des bouquins qu’aujourd’hui on snoberait probablement – à tort ou à raison, ce n’est pas la question.
Être lecteur professionnel, c’est un peu oublier la magie qui préside au fait d’ouvrir un livre à la première page et à se laisser totalement emporter par son univers. C’est connaître tous les trucs et techniques de la prestidigitation, et laisser s’effriter l’innocence enfantine devant l’éblouissement de l’impossible.

Et puis, de temps en temps, un roman vient vous claquer une bonne cure de jouvence. Blam ! Un uppercut joyeux qui vous rend vos culottes courtes, vous jette à plat ventre sur votre lit pendant des heures, le menton coincé dans les mains, oubliant tout à fait que le temps autour de vous s’écoule. Vous revoilà prisonnier des pages, des images plein les yeux, vivant une de ces grandes aventures par procuration que jamais la vraie vie ne pourra vous offrir ; ouvrant en grand les portes de l’espoir, du courage, de l’amitié, de la peur, faisant battre le cœur et craindre le pire pour en cueillir le meilleur.

DG_couv cauchemars.inddC’est exactement ce que je viens de vivre avec Cauchemars !, de Jason Segel et Kirsten Miller. Je le précise tout de suite, je ne sous-entends pas par là que c’est le chef d’œuvre de l’année, ni même un grand roman – en fait on s’en fout. En revanche, je constate à nouveau que c’est en littérature jeunesse que je retrouve le plus souvent ces sensations primitives qui me manquent si souvent. Déduisez-en ce que vous voulez de mon avancement mental, hein…
Quoi qu’il en soit, j’ai adoré me plonger dans le monde imaginé par les deux auteurs, que je jalouse d’ailleurs énormément pour cette idée géniale qu’ils développent ici : imaginez qu’il existe un Royaume des Ténèbres dans lequel s’ébattent joyeusement tous les cauchemars de l’humanité. Les sorcières côtoient les clowns maléfiques, les écureuils ou les asticots géants, les forêts ténébreuses, les cabanes hantées ou les pièces totalement noires dans lesquelles rôdent des silhouettes effroyables… C’est dans ce monde que vos mauvais rêves vous emmènent, avant de vous relâcher lorsque vous vous réveillez en sursaut, trempé de sueur et le cœur battant à tout rompre dans votre poitrine.

Segel & Miller - Cauchemars3Imaginez encore que certaines personnes ont le pouvoir de passer tout entier de notre monde au Royaume des Ténèbres. Tout entier, c’est-à-dire physiquement, pas juste pendant leur sommeil. C’est exactement ce qui va arriver à Charlie, un gamin de douze ans pourtant tout ce qu’il y a de plus normal jusqu’alors ; mais un cauchemar récurrent, dans lequel une sorcière et son ignoble chat menacent chaque nuit de venir dans sa maison pour le dévorer, finit par tellement l’empêcher de dormir que son humeur s’en ressent et le rend profondément irascible, y compris avec son père et son petit frère Jack – et surtout avec sa belle-mère Charlotte, cette horrible marâtre qui a osé remplacer dans son foyer sa mère décédée trois ans plus tôt.
Alors, quand la sorcière profite de l’ouverture fortuite d’un portail entre le monde réel et le Royaume des Ténèbres pour venir kidnapper Jack, Charlie n’hésite pas une seconde et se lance à sa poursuite, pénétrant au plus profond du monde des cauchemars avant de partir affronter le sien, celui qui lui pourrit la vie et met en péril non seulement son équilibre, mais aussi celui du monde tout entier. Car Charlie est vraiment, vraiment très spécial…

Avec beaucoup d’humour, un art consommé du suspense et une maîtrise parfaite du récit, Jason Segel et Kirsten Miller s’en viennent chasser sur les terres du Stephen King de Ça. Ils le font à leur manière, sans effets gores ni scènes traumatisantes (rien de terrifiant dans ce roman destiné à de jeunes lecteurs à partir de 11 ans), en développant un imaginaire foisonnant et en exploitant à merveille l’idée centrale du livre, ce Royaume des Ténèbres où coexistent tous les cauchemars du monde. Ils s’appuient surtout sur des personnages formidables, Charlie en premier lieu mais aussi son petit groupe d’amis, tous épatants, qui viennent bientôt l’aider à mener sa quête tout en affrontant avec courage leurs propres failles.
Le message du livre n’est pas neuf – on est plus fort à plusieurs, et il vaut mieux affronter ses peurs les plus intimes plutôt que de les fuir sans cesse, sous peine de ne pas pouvoir vivre -, mais les deux auteurs le déroulent en finesse, avec ce qu’il faut d’émotion et beaucoup de drôlerie.

Jouant de références bien maîtrisées et d’un récit parfaitement fluide, Cauchemars ! s’avère aussi efficace que les premiers Harry Potter, en imposant son univers en toute évidence. Si cette histoire s’achève entièrement, la porte est ouverte pour une suite (annoncée d’ailleurs à la fin du livre), et j’aime autant vous dire que j’ai hâte d’en refranchir le seuil aux côtés de Charlie et ses amis. Parce que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas oublié à ce point dans un bouquin, et que ça fait un bien fou !

Cauchemars !, de Jason Segel & Kirsten Miller
(Nightmares !, traduit de l’américain par Marion Roman)
Éditions Bayard, 2017
ISBN 978-2-7470-6184-1
345 p., 15,90€


Aquarium, de David Vann

Signé Bookfalo Kill

Après Goat Mountain, David Vann l’avait juré, il en avait fini avec ses terribles histoires de père, de fils et d’armes à feu. Aquarium confirme son changement de registre : voici l’auteur américain au milieu des poissons, entre une petite fille et sa mère.
Et on s’en prend plein la gueule.
Ah oui, parce que Vann n’avait pas précisé qu’il passerait pour autant à la franche comédie ou à la légèreté… Aquarium est plein de comptes à régler, de rêves brisés, de cruauté et de violence. Bref, c’est un vrai roman de David Vann – et, ma foi, même si certains passages sont presque insoutenables, j’ai adoré ce nouveau livre.

Vann - AquariumTout commence donc au milieu des poissons, à l’aquarium de Seattle. C’est là que Caitlin, douze ans, aime se réfugier après l’école, en attendant que Sheri, sa mère, vienne la chercher en sortant de son travail – un boulot éreintant au port à conteneurs, où elle aide au chargement des grues. Mère et fille vivent seules, dans le dénuement mais très soudées. Jusqu’au jour où un vieil homme aborde Caitlin à l’aquarium. Chaque après-midi, il se trouve désormais là quand la fillette arrive de l’école, et celle-ci commence à apprécier ces moments passés en compagnie de cet inconnu affable, aussi fasciné qu’elle par les poissons. Mais quelles sont les intentions exactes du vieil homme ? Le jour où Sheri apprend ce qui se passe, tout bascule…

Bon, autant être honnête, le début de l’intrigue est cousu de fil blanc. Je l’ai résumé tel que David Vann voudrait sans doute qu’on le fasse, en préservant autant que possible l’aspect à la fois énigmatique et menaçant du vieil homme ; mais vous devinerez sans doute assez vite où le romancier veut en venir, surtout si vous connaissez déjà son œuvre.
Je n’insiste néanmoins pas, car la puissance dérangeante d’Aquarium réside avant tout dans la manière dont évolue la relation entre Caitlin et sa mère, vue par le prisme des rapports que la fillette développe en même temps avec le monde extérieur. Ce dernier est non seulement incarné par le vieil homme, mais aussi par Steve, le nouveau petit ami de Sheri, ainsi que par Shalini, la meilleure amie (et bientôt plus) de la fillette.

David Vann ose beaucoup dans ce nouveau roman, il choquera d’ailleurs sûrement. Aquarium frappe par sa violence, aussi bien physique que psychologique ; il étonne également par l’audace et par la liberté rafraîchissantes que le romancier prête à sa jeune héroïne. Et on ne peut qu’être admiratif devant la supériorité narrative de l’auteur, capable de donner une voix crédible à Caitlin, narratrice du roman ; capable de faire entendre la voix d’une petite fille de douze ans, avec ce que cela comporte de naïveté et d’ignorance, sans pour autant trahir la complexité de son personnage ni tomber dans le piège de la niaiserie.
Il y parvient grâce à la subtilité de la composition de son texte, construit sur une vaste métaphore marine et sous-marine, où les sentiments s’incarnent sous forme aquatique et où les personnages sont comme des poissons projetés hors de l’eau, cherchant à respirer malgré tout. Tour à tour, porté par la puissance du récit, on se laisse porter par les courants de l’éveil amoureux, doux et chauds, ou on souffre d’asphyxie, asséché par la dureté d’un combat inhumain opposant une mère à sa fille.

Aquarium est un roman initiatique au même titre que Sukkwan Island, en ce sens que l’apprentissage et la découverte se font dans la violence et la douleur. Chez David Vann, l’adolescence est un choc, un déchirement, le théâtre d’un affrontement sanglant et cruel avec les parents, qui renverse les perspectives et laisse des cicatrices. Le tableau familial prend encore ici un sacré coup de canif, déchirant la toile d’un bonheur illusoire – d’où peuvent naître, néanmoins, la possibilité d’un avenir meilleur et l’hypothèse de l’amour. Et c’est très beau.

Aquarium, de David Vann
(Aquarium, traduit de l’américain par Laura Derajinski)
Éditions Gallmeister, coll. Nature Writing, 2016
ISBN 978-2-35178-117-3
280 p., 23€


Continuer, de Laurent Mauvignier

Signé Bookfalo Kill

Une mère et son fils chevauchent à travers les plaines et les montagnes du Kirghizistan. S’ils en sont là, à braver les voleurs de chevaux, à dormir sous la tente ou chez l’habitant, à découvrir les paysages hallucinants d’un pays sauvage et méconnu, c’est parce que Sybille a décidé de sauver son enfant. A dix-sept ans, Samuel est sur la mauvaise pente, dépassant allègrement les limites connues de la rébellion adolescente. Il fallait réagir, et comme Sybille ne comptait pas sur Benoît, son ex-mari dont le seul principe éducatif consiste à cultiver une complicité virile assez lourdingue avec son fils, elle a décidé de contraindre Samuel à un voyage aussi rude qu’inattendu.
Un parcours initiatique, à deux, qui pourrait également constituer une opération de sauvetage pour Sybille, elle à qui tout souriait dans sa jeunesse et pour qui tout s’est écroulé du jour au lendemain…

Mauvignier - ContinuerLaurent Mauvignier a pour principe de n’être jamais là où on pourrait l’attendre. D’où cette histoire de périple à cheval, tête-à-tête houleux entre une mère blessée et son adolescent écorché vif, qui joue la carte du dépouillement pour mieux tenter de toucher à l’os des sentiments et de la vérité des personnages.
Articulé en trois parties – « Décider », « Peindre un cheval mort » et « Continuer » -, Continuer est marqué par une montée en puissance assez spectaculaire. Au début, je l’avoue, une fois intégré le dépaysement offert par les paysages et les habitants du Kirghizistan, j’ai craint de trouver anodines les aventures assez peu épiques de Sybille et Samuel, la mise en place des personnages flirtant avec des clichés bon marché, peu dignes de la réputation du romancier.
Et puis, petit à petit, la sensibilité fait son nid – sans sensiblerie. Le style de Mauvignier, si l’on retrouve son art des phrases longues et rythmées par de nombreuses virgules, s’affine et s’épure néanmoins, traquant l’essentiel au détour de réflexions tortueuses qui épousent le cours troublé des pensées des protagonistes. Ceux-ci, plutôt antipathiques (tristement humains ?) au départ, révèlent alors peu à peu leur complexité, les motifs de leurs errances, alors même que les circonstances de plus en plus épiques de leur voyage les forcent à évoluer.

À vrai dire, j’ai eu le sentiment que le roman basculait à mi-parcours (il faut donc être un peu patient), lors d’une scène spectaculaire d’embourbement des chevaux – moment de bravoure littéraire absolument admirable. Obligés de recourir à toutes leurs ressources pour se sortir de ce piège, Sybille et Samuel semblent accomplir avec une violence vitale le premier geste qui leur permettra à terme de s’extirper de leurs vies en plein ratage. Comme une renaissance, arrachée symboliquement de la boue et des souffrances les plus extrêmes, qui projette le livre vers l’avant avec une énergie neuve et belle.
Cette avancée doit beaucoup au merveilleux personnage de Sybille, si désolante au début, si peu armée pour un tel combat, mais qui s’échine à poursuivre sa quête de rédemption familiale avec un entêtement maladroit forçant le respect. Un superbe personnage féminin à qui son auteur masculin ne fait pas de cadeaux, sans doute parce qu’il la comprend mieux que personne.

Dépaysant, taillé dans une matière littéraire brute, Continuer caresse au plus près les mystères d’une nature sauvage et de caractères qui ne le sont pas moins, pour en retirer la vérité la plus pure. Fort et exigeant, c’est l’un des beaux romans de cette rentrée.

Continuer, de Laurent Mauvignier
Éditions de Minuit, 2016
ISBN 978-2-0732-983-7
240 p., 17€


A première vue : la rentrée Christian Bourgois 2016

Nous n’avons jamais non plus évoqué les éditions Christian Bourgois dans la rubrique « à première vue » – faute sans doute, avouons-le sans détour, de s’être longtemps intéressé au travail de cet éditeur pourtant respectable, intéressant et exigeant. Comme on apprend tous les jours, il est donc temps de réparer cette injustice, d’autant que sur les trois titres annoncés en août et septembre, deux nous font sérieusement de l’œil…

Summerscale - Un singulier garçonPSYCHO : Un singulier garçon, de Kate Summerscale
Plume élégante et vivace, Kate Summerscale s’est fait une spécialité de relater sous forme littéraire des faits divers marquants de l’époque victorienne. Paru en 2008, L’Affaire Road Hill House, sur la disparition d’un petit garçon dans une grande maison bourgeoise, était ainsi une réussite éblouissante, captivante comme un polar et très éclairante sur la société et les mentalités de l’époque. On peut donc attendre le meilleur de ce nouveau texte qui se penche sur le cas Robert Coombes, un garçon de 13 ans condamné en 1895 à la détention dans un asile d’aliénés pour le meurtre de sa mère.

Parker - Anatomie d'un soldatLES CHOSES ME DONNENT UNE IDENTITÉ : Anatomie d’un soldat, de Harry Parker
Un jeune capitaine de l’armée britannique perd une jambe lors d’une mission au Moyen Orient et est rapatrié en Angleterre. Le récit de son retour à la vie est alors relaté par 45 objets qui lui appartiennent ou lui sont proches… Un projet littéraire étonnant et, d’après les premiers retours que j’ai, parfaitement réussi. Mériterait sûrement un coup d’œil !

Beattie - L'Etat où nous sommesMAINE STREETS : L’État où nous sommes, d’Ann Beattie
Un recueil de quinze nouvelles situées dans le Maine, qui entreprend d’analyser la classe moyenne américaine sous toutes ses formes.


A première vue : la rentrée Gallmeister 2016

Un nouvel éditeur fait son apparition dans la rubrique « à première vue » ! Et non des moindres, puisqu’il s’agit de Gallmeister, l’excellente maison exclusivement dédiée à la littérature américaine, fondée et animée par Oliver Gallmeister, l’homme qui a su dénicher David Vann, Craig Johnson, Pete Fromm, Edward Abbey, Jake Hinkson, Benjamin Whitmer, Jim Tenuto (entre beaucoup d’autres) ou redonner leurs lettres de noblesse à Trevanian, Ross MacDonald ou James Crumley.
Entre ses différentes collections (Americana, Nature Writing, Néonoir ou les poches chez Totem), Gallmeister figurera largement dans cette rentrée 2016, sans excès comme à son habitude, mais avec toujours autant de variété et de qualité potentielle. Il serait donc dommage de s’en priver !

* Collection Americana *

Dunn - Amour monstreLE FREAK, C’EST CHIC : Amour monstre, de Katherine Dunn (18 août)
A la tête d’un spectacle itinérant, Al et Lil Binewski mettent tout en oeuvre pour faire de leurs enfants les vedettes du show. Mais quelles vedettes ! En les gavant d’amphétamines et en les faisant pousser sous des radiations peu recommandables, ce sont de véritables monstres de foire qu’ils alignent sur la piste. Mais les Binewski n’en sont pas moins une famille comme les autres, avec ses problèmes et ses rivalités à gérer… Tout un programme pour ce roman culte aux États-Unis depuis longtemps, déjà édité par Pocket dans les années 90 (sous le titre Un amour de monstre) mais passé inaperçu. Retraduit par l’excellent Jacques Mailhos, ce livre se voit offrir une deuxième chance qu’il ne faudrait sans doute pas laisser passer.

* Collection Nature Writing *

Holbert - L'Heure de plombICE STORM : L’Heure de plomb, de Bruce Holbert (1er septembre)
1918, Etat de Washington. A la suite d’une tempête de neige dévastatrice qui emporte son frère et son père, Matt Lawson se retrouve à 14 ans à la tête du ranch familial. Obligé de prendre ses responsabilités, Matt doit poursuivre l’oeuvre familiale, apprendre à connaître la nature qui l’environne, et maintenir la cohésion de ses proches… Par l’auteur d’Animaux solitaires, déjà publié par Gallmeister.

Vann - AquariumLA VIE PARFOIS FAIT PLOUF : Aquarium, de David Vann (3 octobre)
Après Goat Mountain et Dernier jour sur terre, parus simultanément en France, David Vann a assuré en avoir terminé avec ses histoires terribles de filiation et de paternité où les armes jouaient un rôle fatal. Ce nouveau roman semble confirmer une nouvelle voie, en racontant la rencontre d’une fillette de douze ans et d’un vieil homme à l’Aquarium de Seattle, où leur amour commun des poissons noue leur amitié. Mais lorsque la mère de Caitlin découvre cette relation, elle se voit obligée de dévoiler à sa fille un terrible secret qui les lie à cet homme… Jamais remis du choc Sukkwan Island, je suis donc très curieux et excité de découvrir une autre facette du talent de David Vann.

* Collection Néonoir *

Taylor - Le Verger de marbreAPOCALYPSE NOW : Le Verger de marbre, d’Alex Taylor (18 août)
Mauvaise pioche pour le jeune Beam Sheetmire : obligé de tuer un homme qui l’agressait, il réalise qu’il s’agit du fils d’un caïd local. Avec l’aide de son père, Beam prend la fuite, tandis que le caïd et le shérif se lancent à sa poursuite… Du noir de chez noir, c’est forcément chez Néonoir ! Buzz très positif cet été chez les libraires au sujet de ce roman.

CRIME UNLIMITED : Le Bon fils, de Steve Weddle (3 octobre)
Après dix ans passés en prison, un homme revient chez lui pour réaliser que, dans cette région dévastée par la crise économique, il n’y a pas de meilleur avenir que celui de tueur…

* Collection Totem *

Vonnegut - Nuit mèreL’ŒIL DE TAUPE : Nuit mère, de Kurt Vonnegut (18 août)
Inédit en français, ce roman rapporte les confessions fictionnelles d’un dramaturge américain, dans l’attente de son procès à Jérusalem pour crime de guerre, accusé d’avoir été l’un des défenseurs les plus zélés du régime nazi. Mais il affirme être innocent et avoir été un agent infiltré des Alliés en Allemagne…

Un coup d’oeil rapide aux autres sorties, parutions en poche de titres de la maison : Animaux solitaires, de Bruce Holbert (1er septembre) ; Impurs, de David Vann (3 octobre) ; Le Gang de la clef à molette, d’Edward Abbey (3 octobre) ; Traité du zen et de la pêche à la mouche, de John Gierach (4 novembre).


A première vue : la rentrée Zulma 2016

Il faut toujours garder un oeil sur le travail très fin des éditions Zulma, l’une des maisons les plus curieuses sur le monde, les plus cosmopolites, qui garde pourtant une ligne éditoriale volontaire et affirmée. A première vue, ses parutions de rentrée sont à cette image, oscillant entre la France, l’Afrique (continent que Zulma est l’une des rares maisons à arpenter avec autant de gourmandise) et l’Islande, avec des univers très forts sur le papier.

LeVieuxJardinAW+L’ENFANT SAUVAGE : Le Garçon, de Marcus Malte
Cela faisait longtemps que Marcus Malte, immense auteur sans doute trop méconnu, n’avait pas publié de roman (même si quelques novellas et recueils de nouvelles sont passés par là). Celui avec lequel il revient est loin de ses territoires familiers, vraiment inattendu, et éveille donc la curiosité à son maximum. Malte s’y attache aux pas d’un enfant sans nom, qui ne parle pas. Vivant en sauvage dans la forêt avec sa mère, il part à la découverte du monde après la mort de cette dernière. De quoi multiplier les expériences contrastées, surtout lorsqu’on est au début du XXème siècle et que l’ombre de la Première Guerre mondiale s’apprête à obscurcir la planète… Roman initiatique et philosophique qui affiche sans complexe ses 528 pages, Le Garçon a tout pour être l’une des curiosités de la rentrée. On le lit très vite en tout cas, et on vous en reparlera, c’est certain !

RHUBARBA CANDIDA : Le Rouge vif de la rhubarbe, d’Audur Ava Olfasdottir
Olafsdottir est l’une des grandes découvertes à mettre à l’actif de Zulma. Révélée en France par Rosa Candida, son troisième roman  mais le premier traduit chez nous, l’auteure islandaise est aujourd’hui très suivie, et les lecteurs francophones seront sans doute ravis de découvrir ce nouveau livre. Elle nous y présente Agustina, jeune fille infirme et solitaire dont la mère est une grande voyageuse toujours absente, et qui décide de préparer à son tour un périple à la hauteur de ses capacités : l’ascension de la Montagne.

Baraka Sakin - Le Messie du DarfourL’AMOUR À MORT : Le Messie du Darfour, d’Abdelaziz Baraka Sakin
Depuis quelque temps, Zulma a décidé de faire de l’Afrique l’un de ses terrains de chasse littéraires, ce qui est d’autant plus louable que peu de maisons « installées » font cette démarche. Cette fois, elle nous permet de découvrir un auteur soudanais, qui nous raconte l’histoire d’une jeune fille, terriblement marquée par la guerre, qui a été recueillie par sa tante. Elle rencontre un jour un jeune homme enrôlé de force dans l’armée. Ni une ni deux, elle l’épouse puis lui demande de la venger en tuant au moins dix des miliciens coupables de son infortune…
Voici ce que l’éditeur dit de l’auteur sur son site Internet : « Publiée en Égypte ou en Syrie, son œuvre très appréciée des lecteurs soudanais circule clandestinement au Soudan. Quand il reçoit en 2009 le prestigieux prix Tayeb Salih, remis à la Foire du livre de Khartoum, tous ses livres sont aussitôt saisis et détruits par les autorités. Il s’exile alors en Autriche où il obtient l’asile politique. » Édifiant.


A première vue : la rentrée Flammarion 2016

Le chiffre est tombé récemment, il n’y aura « que » 560 romans publiés durant la rentrée littéraire de l’automne 2016, un chiffre en baisse qui confirme une tendance des éditeurs à maîtriser leur rythme de publication, espérant ainsi privilégier la qualité à la quantité. On distingue même une tendance régulière de cinq ou six romans français ou francophones, pour deux ou trois romans étrangers – mouvement que l’on retrouve chez Flammarion, avec pas mal de noms connus en tête d’affiche. Pas de quoi devenir hystérique, mais disons qu’à première vue, le programme paraît correct…

Ovaldé - Soyons imprudents les enfantsY’EN A MÊME QUI DISENT QU’ILS L’ONT VU VOLER : Soyez imprudents les enfants, de Véronique Ovaldé
Dans la famille Bartolome, un seul précepte est adressé aux adolescents : « soyez imprudents les enfants ». A 13 ans, Atanase, la petite dernière, n’a pourtant encore rien entendu de tel et piaffe d’impatience. La découverte d’un tableau et le mystère entourant son peintre rencontrent le désir d’aventure de la jeune fille, qui part à la recherche de l’artiste pour essayer de comprendre avec lui pourquoi son œuvre l’a bousculée à ce point…

Joncour - Repose-toi sur moiLES OISEAUX : Repose-toi sur moi, de Serge Joncour
Des corbeaux colonisent la cour d’un immeuble parisien. Terrorisée par leur présence, une jeune styliste sollicite l’aide de son voisin, ex-agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ce curieux événement va évidemment les rapprocher et faire basculer leurs vies… Un roman d’amour sur fond de choc des cultures entre ville et campagne : avec Joncour, bon conteur doué  pour l’ironie, tout est possible.

AJAR - Vivre près des tilleulsPOLYPHONIE SUISSE : Vivre près des tilleuls, de l’AJAR
Ce roman est avant tout un projet singulier, car il est l’œuvre de 18 auteurs, Suisses romands (AJAR étant l’acronyme de « Association de Jeunes Auteur-e-s Romandes et romands), tâchant de faire voix commune pour raconter une seule et même histoire, celle d’une écrivaine suisse dont on découvre par hasard un journal intime dans lequel elle relate l’impossible deuil de sa fille.  Forcément un objet de curiosité formelle, quant au fond…

Grenier - L'Année la plus longue366 : L’Année la plus longue, de Daniel Grenier
Ce petit pavé (432 pages) a franchi l’Atlantique depuis son Québec natal pour venir nous conter en toute simplicité trois siècles d’histoire en Amérique du Nord, à travers les destins croisés de deux hommes nés un 29 février – l’un des deux en profitant pour ne vieillir que tous les quatre ans… Sur le papier, une grande fresque romanesque dont le les Québécois ont le secret, par un auteur de 36 ans dont c’est le premier roman.

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JE EST UN AUTRE : Le Vieux saltimbanque, de Jim Harrison
La rentrée littéraire étrangère sera marquée par plusieurs publications posthumes (Henning Mankell, Umberto Eco), dont le dernier roman de Jim Harrison, paru aux USA un mois avant sa mort. Pour ce livre, Harrison fait le choix d’une autobiographie masquée, puisqu’il prête à un narrateur, écrivain en mal d’inspiration, les moments marquants de sa propre vie. L’une des sorties importantes de la rentrée, par la force des choses.

Kraus - I love DickCE N’EST PAS CE QUE VOUS CROYEZ (BANDE DE GROS DÉGOÛTANTS) : I love Dick, de Chris Kraus
Une femme mariée tombe follement amoureuse d’un homme prénommé Dick, à qui elle se met à écrire ; par jeu ou par défi, le mari de cette femme entame lui aussi une correspondance avec Dick… Publié en 1997 aux Etats-Unis, I love Dick est un livre culte aux États-Unis, considéré par une journaliste du Guardian comme « le livre le plus important sur les relations homme-femme qui ait été écrit au XXème siècle ». Rien que ça. On demande à voir, même si le pitch ne nous fait pas plus rêver que cela.

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BONUS / LE ROMAN FANTÔME : Babylone, de Yasmina Reza
Je vous aurais bien dit un mot également du nouveau roman de Yasmina Reza, surtout que j’avais aimé son précédent, Heureux les heureux. Mais faute de savoir de quoi il est question (aucun résumé digne de ce nom n’est disponible), nous devrons attendre la sortie du livre.


A première vue : la rentrée Minuit 2016

La rentrée 2016 des éditions de Minuit est sans doute la plus simple et la plus rapide qu’il m’ait été donné de présenter depuis que j’ai commencé cet exercice, puisqu’elle se résume à un seul auteur. Mais il s’agit bien sûr d’un des plus importants de la maison, et le trouver seul en lice est tout sauf le fruit du hasard. Disons-le clairement, la vénérable maison aspire au Prix Goncourt, et peut d’autant plus y croire que la concurrence semble à première vue assez limitée cette année. Néanmoins, vous savez ce qu’on dit de la peau de l’ours…

Mauvignier - ContinuerÀ DADA SUR MON BIDET : Continuer, de Laurent Mauvignier (lu)
On peut affirmer sans prendre trop de risque qu’il s’agit d’un des romanciers français les plus importants d’aujourd’hui, en terme d’ambition et d’exigence littéraire. Après un roman choral spectaculaire, Autour du monde, qui faisait s’entrecroiser le destin de différents personnages tous liés de près ou de loin au tsunami japonais de 2011, Laurent Mauvignier réduit son casting à deux personnages principaux, une mère et son fils adolescent, dans les paysages rugueux du Kirghizistan. Une traversée à cheval de ce pays méconnu pour tenter de renouer les liens, sortir le garçon des mauvais chemins dans lesquels il semblait s’embourber en France, et permettre à la mère de redonner du sens à une existence marquée par les échecs.
Aride au départ, en raison des caractères sans concession des protagonistes, Continuer monte joliment en puissance au fil de trois parties salvatrices.

À noter, la sortie simultanée en poche d’Autour du monde, histoire de compléter le tableau Mauvignier de la rentrée.


Maman, je t’adore, de William Saroyan

Signé Bookfalo Kill

Après le père et le fils, place à la mère et à la fille ! Dans un parfait mouvement de balancier littéraire, William Saroyan se penche en effet dans Maman, je t’adore sur la relation entre une mère et sa fille, avec autant de magie, de fantaisie et de tendresse que dans Papa, tu es fou – les deux livres ayant été publiés dans la foulée, l’un en 1956, l’autre en 1957.

LaSolutionEsquimauAWLe cadre change pourtant dans ce roman féminin. On quitte la Californie, Malibu, la plage et la vie au grand air pour l’immensité verticale de la ville : New York, sa frénésie perpétuelle, son tourbillon vital… et ses théâtres. C’est que Mama Girl, la mère de la jeune narratrice, est comédienne. Elle a connu quelques succès, mais jamais sur les planches. Un soir, alors qu’elle devait se rendre à une soirée, la nounou qui devait garder la gamine ne se montre pas. Sur un coup de tête (tandis que son ex-mari et son fils se baladent en France), Mama Girl décide alors de partir avec sa fille pour la Grosse Pomme, où elle espère trouver un rôle à sa mesure à Broadway.
Surprise : au cours d’un casting, c’est la petite fille qui est repérée ! L’intervention bienveillante d’une grande actrice, vivant dans le même hôtel qu’elles, permet à Mama Girl de décrocher un rôle dans la même pièce. Voici mère et fille prêtes à brûler les planches côte à côte…

Vous l’aurez compris, le théâtre tient une place centrale dans l’intrigue de Maman, je t’adore. Construisant très habilement une intrigue aussi louvoyante et imprévisible que ses héroïnes, Saroyan dévoile seulement à la fin du roman le sujet de la pièce qu’elles jouent, en la décrivant telle qu’elle est interprétée le soir de la première new yorkaise. Et on rêverait de la voir montée, cette histoire, car elle est pleine de poésie, d’invention et de charme !
Mais le cœur du livre, comme dans Papa, je t’adore, c’est la relation filiale. Le roman irradie de l’amour fou que se vouent Mama Girl et sa fillette. William Saroyan n’a décidément pas son pareil pour mettre en scène la tendresse, la confiance, la chaleur exclusive qui peuvent lier un parent à son enfant. Il le fait avec un grain de folie revigorant, qui rend son livre pétillant et lumineux au plus haut point.
Une bulle de bonheur à partager sans modération !

Maman, je t’adore, de William Saroyan
(Mama I love you, traduit de l’américain par Annie Blanchet)
Éditions Zulma, coll. Z/A, 2016
ISBN 978-2-84304-759-6
240 p., 9,95€

P.S.: tu la vois venir, l’idée cadeau pour la prochaine fête des mères ? ;-)


La renverse d’Olivier Adam

Adam - La RenverseOlivier Adam fait du Olivier Adam et ça ne changera pas (à moins que ?). C’est sa marque de fabrique. J’aime son écriture, son style littéraire, ses personnages qu’il sait rendre attachants malgré leurs fêlures. La mer, personnage à part entière dans beaucoup de ses romans. Mais j’aimerais qu’Olivier Adam se réinvente, pour prouver qu’il sait faire autre chose.

C’est le troisième roman d’Olivier Adam que je lis, après Les lisières et Peine perdue. La Renverse est construit sur le même mode. Une petite ville de province, la mer en fond visuel et sonore, un protagoniste qui a des comptes à rendre avec d’autres personnes (en l’occurrence ici, ses parents.)

Antoine a la quarantaine, il s’est installé en bord de mer et vit une vie de libraire taiseux et asocial. Puis il entend à la télé la mort d’un homme politique, maire de la commune où il a grandi naguère. Et là, c’est le drame. Lui reviennent en tête les souvenirs douloureux du passé où la trahison et une sordide affaire de viol ont fait voler en éclat sa famille pourtant si proprette.

Pour ceux qui connaissent un peu, c’est ni plus ni moins que l’affaire Georges Tron, ex-maire de Draveil (Essonne). Le héros du roman est à la fois un adulte marqué par les épreuves de la vie et l’adolescent qu’il était alors au moment des faits reprochés à sa mère, maîtresse du maire de leur commune.

Comment se remettre d’une telle ignominie? Comment se reconstruire en ayant vu voler en éclat l’image maternelle, censée être sacrée? C’est toute une vie qui part à la renverse et Olivier Adam réussit une fois de plus à entrer dans ses personnages, à décrire leurs émotions profondes.

En résumé, un drame provincial dont l’auteur a le secret. Mais vivement qu’il prenne des risques, pour continuer à nous émouvoir et enfin, nous surprendre.

La Renverse d’Olivier Adam
Éditions Flammarion, 2016
9782081375956
267p., 19€

Un article de Clarice Darling.