Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée de l’Olivier 2018

L’année dernière, les éditions de l’Olivier s’avançaient sous l’étendard flamboyant de l’un de leurs grands noms étrangers, l’Américain Jonathan Safran Foer, qui dominait une petite rentrée de six titres en tout. Rebelote cette année, avec six titres à nouveau, et en tête d’affiche, l’Américaine Nicole Krauss – ex-Mrs Foer, tiens donc. Pour le reste, c’est une rentrée solide et sérieuse, qui pourrait réserver de bonnes lectures.

Krauss - Forêt obscure…ON ENTEND LE COUCOU : Forêt obscure, de Nicole Krauss (en cours)
(traduit de l’américain par Paule Guivarch)
D’un côté, Jules Epstein, riche Juif new yorkais, qui disparaît du jour au lendemain, réapparaît à Tel-Aviv avant de disparaître à nouveau. De l’autre, Nicole, romancière juive américaine, en pleine crise conjugale, qui décide de se rendre à Tel-Aviv, dans l’hôtel où elle passait ses vacances enfant, où elle compte trouver des réponses et recadrer sa vie à la dérive. Entre les deux ? Des zones mouvantes, un basculement de la réalité, des questionnements… Roman qualifié d' »incroyable » par le défunt Philip Roth, ce livre est le troisième de Nicole Krauss après l’Histoire de l’amour et La Grande Maison. Les premières pages, fortes et virtuoses, laissent espérer l’un de ces excellents livres dont les Américains ont le secret.

Eugenides - Des raisons de se plaindreCALIMERO : Des raisons de se plaindre, de Jeffrey Eugenides
(traduit de l’américain par Olivier Deparis)
Autre grand nom du catalogue américain de l’Olivier, Eugenides – auteur entre autres de Virgin Suicides et Middlesex, rien de moins – revient cette année avec un recueil de nouvelles dont les personnages se trouvent à un carrefour majeur de leur existence.

Wilson - La souplesse des osIMPURS : La Souplesse des os, de D.H. Wilson
(traduit de l’anglais (Canada) par Madeleine Nasalik)
Et deuxième recueil de nouvelles de la rentrée pour l’Olivier, qui envoie au charbon un auteur dont l’univers rugueux et taiseux évoque la littérature rurale américaine. Sauf que nous sommes au Canada, en Colombie Britannique pour être précis. Dans un monde d’hommes et de femmes dont les bonnes intentions se heurtent à la réalité cruelle de la vie, non sans humanité et clairvoyance.

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Desarthe - La chance de leur vieCHANGEMENT DE DÉCOR : La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe
Début 2015. Juste après les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, une famille française s’envole pour les États-Unis. Hector, professeur d’université, impose bientôt son charisme ravageur, tandis que sa femme Sylvie observe cette révélation donjuaniste à distance, avec réserve et lucidité. Pendant ce temps, Lester, leur fils adolescent, entraîne un groupe de jeunes de son âge dans une crise mystique. Le ton drolatique d’Agnès Desarthe part à la rencontre d’un regard aigu sur le monde, au fil d’une année 2015 choisie pour son basculement, entre les attentats sanglants en France et l’avènement de Donald Trump aux États-Unis.

Richard - DésintégrationMORDRE AU TRAVERS : Désintégration, d’Emmanuelle Richard
Après un premier roman publié pour la jeunesse (Selon Faustin, Ecole des Loisirs), voici le troisième titre à paraître à l’Olivier d’Emmanuelle Richard. Il relate le parcours d’une jeune femme, issue d’un milieu modeste, qui s’installe à Paris où elle vivote quelque temps parmi des garçons évoluant dans le milieu du cinéma, avec une nonchalance et une facilité nées de leurs origines aisées. Après avoir été aspiré par un cercle vicieux d’humiliations, elle rompt les rangs en se faisant remarquer par un premier roman qui attire l’attention sur elle… D’inspiration autobiographique, comme les deux précédents, ce roman au titre explicite annonce sa colère.

Gutman - Le Complexe d'HoffmannVERY BAD TRIP : Le Complexe d’Hoffman, de Colas Gutman
D’ordinaire, Colas Gutman écrit pour les petits (la géniale série Chien Pourri, c’est lui). Ce qui peut expliquer par contraste l’allure violemment irrévérencieuse de ce premier roman pour les grands, où deux enfants, frère et sœur, se créent un monde fantasmagorique et cruel pour oublier que leurs parents divorcent. Autrement dit, Gutman se lâche, en proposant sa version trash du roman familial.

On lira sûrement :
Forêt obscure, de Nicole Krauss

On lira peut-être :
Désintégration, d’Emmanuelle Richard
La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe


A première vue : la rentrée de l’Olivier 2017

À première vue, aux éditions de l’Olivier, le mot d’ordre semble être de faire appel à des auteurs aux noms alambiqués… Non, plus sérieusement, petite rentrée (en quantité) à l’ombre de l’arbre cette année, dans laquelle domine la silhouette d’un auteur américain d’autant plus grand qu’il est rare. Tiens, d’ailleurs, à tout seigneur tout honneur, on va commencer par lui.

Foer - Me voiciEXTRÊMEMENT ATTENDU ET INCROYABLEMENT EXCITANT : Me voici, de Jonathan Safran Foer
(traduit de l’américain par Stéphane Roques)
Le dernier livre de Jonathan Safran Foer publié en France, l’essai Faut-il manger les animaux ?, date de 2011. Et il faut remonter onze ans en arrière pour retrouver trace de son précédent roman – mais quel roman !!! C’était l’inoubliable Extrêmement fort et incroyablement près, et depuis ce chef d’œuvre l’attente est très, très élevée.
En attendant de le lire, on appréciera donc l’ironie involontaire du titre, Me voici (ouais, c’est pas trop tôt !), dans lequel nous ferons connaissance avec les Bloch, famille juive américaine typique. Paisible, aussi, en apparence du moins… jusqu’au jour où Sam, le fîls aîné âgé de 13 ans, est renvoyé du collège pour avoir écrit un chapelet d’injures racistes, et où Jacob, le père, est surpris en train d’échanger des textos pornographiques avec une inconnue. Alors que la façade respectable de la famille Bloch explose, la situation au Moyen-Orient se dégrade violemment, à la suite d’un tremblement de terre qui provoque des répliques géopolitiques menaçant la survie de l’état d’Israël…
Les premières pages du roman, dévoilées en avant-première par l’éditeur, sont hilarantes, et on devrait retrouver dans Me voici l’art extraordinaire de Foer pour mêler la comédie et le tragique, l’intime et l’historique. Vertige attendu le 28 septembre.

Luiselli - L'Histoire de mes dentsADJUGÉ VENDU : L’Histoire de mes dents, de Valeria Luiselli
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard)
Le meilleur commissaire-priseur du monde imagine un plan machiavélique : se faire arracher toutes ses dents, et les mettre ensuite aux enchères en les faisant passer pour les quenottes de personnalités aussi diverses que Platon ou Virginia Woolf. Problème : Gustavo Sanchez Sanchez découvre que son propre fils assiste aux ventes et semble acharné à racheter son père dent par dent… L’un des pitchs les plus saisissants de la rentrée.

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Alikavazovic - L'Avancée de la nuitY’A LA CHAMBRE 106 QUI S’ALLUME : L’Avancée de la nuit, de Jakuta Alikavazovic
Gardien de nuit dans un hôtel, Paul est fasciné par Amélia, l’une des résidentes, dont le côté mystérieux et les agissements suscitent les rumeurs. Ils finissent par partager quelques moments passionnés. Puis la jeune femme disparaît du jour au lendemain, partie à la recherche de sa mère à Sarajevo. Normalienne, enseignante à la Sorbonne, la romancière est très soutenue par la presse et appréciée du petit monde du livre. On en causera donc sûrement.

Flahaut - OstwaldLA ROUTE : Ostwald, de Thomas Flahaut (lu)
Ces derniers temps, en littérature, quand une catastrophe survient, on se réfugie dans les forêts. Chez Thomas Flahaut, primo-romancier de 26 ans, on n’échappe pas à la règle. Cette fois, l’événement déclencheur est un incident à la centrale nucléaire de Fessenheim qui provoque l’évacuation des populations locales. Deux frères, dont les parents se sont séparés quelque temps auparavant suite au licenciement du père, se retrouvent lancés en pleine errance dans un Est de la France dévasté et quasi déserté. Il est rare que les auteurs français se frottent au genre, en l’occurrence ici le post-apocalyptique (mesuré, certes, mais tout de même) ; le coup d’essai est prometteur, usant de ce contexte extrême pour traiter en finesse de sujets intimes.

Pyamootoo - L'Île au poisson venimeuxTU POUSSES LE BOUCHON UN PEU TROP LOIN, MAURICE : L’Île au poisson venimeux, de Barlen Pyamootoo
Anil et Mirna mènent une vie stable. Ils ont deux enfants et vivent grâce à une petite boutique qui fonctionne bien. Cependant, du jour au lendemain, Anil disparaît. C’est seulement des années plus tard que sa femme saura ce qu’il s’est passé : parce qu’il a échappé de peu à la mort, son mari a décidé de changer radicalement d’existence (résumé Électre). L’auteur est mauricien et vit à Trou-d’Eau-Douce. D’habitude, je me fiche de savoir où habite l’auteur, mais là, avec un nom pareil, j’étais obligé de le mentionner.

Vernoux - Mobile homePERSONNE NE M’AIME : Mobile Home, de Marion Vernoux
Un grand classique : quand un cinéaste ne rencontre plus le succès, il se met à écrire des livres. C’est le cas de Marion V., en pleine crise de pré-cinquantaine alors que son dernier film a été un échec. Pour se changer les idées, elle se met à photographier ses meubles et à tenter de saisir leur histoire, ce qui l’entraîne notamment sur les traces de sa grand-mère déportée pendant la guerre.


Judas, d’Amos Oz

Signé Bookfalo Kill

Jérusalem, décembre 1959. Shmuel Asch, jeune étudiant au physique de taureau hirsute qui dissimule un caractère hypersensible et sentimental à l’excès, décide d’abandonner ses études lorsque sa petite amie le quitte. Oublié, le mémoire sur « Jésus dans la tradition juive » ; Shmuel, que ses parents récemment ruinés ne peuvent aider, accepte un emploi étrange : cinq heures chaque soir, il devient l’homme de compagnie de Gersholm Wald, un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison sombre et biscornue, en compagnie d’Atalia Abravanel, une quarantenaire aussi mystérieuse, fuyante que séduisante.
Tandis qu’il tombe inexorablement amoureux d’Atalia, Shmuel subit plus ou moins les assauts de rhétorique intellectuelle ou politique de Wald, tout en continuant à réfléchir sur le regard des Juifs sur Jésus, mais aussi sur Judas, l’apôtre peut-être le plus méconnu et le plus injustement traité de tous…

Oz - JudasC’est le premier roman d’Amos Oz que je lis, aussi n’aurai-je pas de point de comparaison pour déterminer si ce livre est à l’image de son œuvre ou non. En tout cas, c’est une belle découverte, tant pour le plaisir de goûter à une prose fluide que pour apprécier l’intelligence et la finesse avec lesquelles Oz entremêle différents types de récit – politique, historique, théologique et intime.
Commençons par évoquer l’art et la manière : ce n’est guère une surprise tant l’auteur est estimé depuis de nombreuses années, mais Amos Oz écrit bien, avec une clarté qui n’exclut pas l’ambition. Au fil de chapitres plutôt courts, maniant parfois un humour piquant ou plein de dérision, le romancier instaure une atmosphère poignante, légèrement étouffante, dans laquelle les névroses, blessures et obsessions de ses personnages s’épanouissent sans lourdeur. Cette construction vive et aérée lui permet en outre de passer d’un sujet à un autre avec souplesse, en évitant de farcir en une seule fois la tête de son lecteur des nombreuses informations complexes qu’il manipule avec maestria.

Car le propos de Judas est ambitieux – ou plutôt les propos. Le titre l’évoque, le sujet du mémoire de Shmuel Asch aussi, il est ici question de théologie ; miraculeusement, ce n’est jamais ennuyeux, car Amos Oz privilégie une réflexion plus historique que religieuse, nous invitant au passage à une tentative de réhabilitation audacieuse de la figure de Judas, dont le nom est synonyme de traître et que Asch s’emploie à parer des atours du héros maudit.
Oz en profite pour tirer des parallèles constructifs avec l’histoire contemporaine, interrogeant la création controversée de l’État d’Israël ; ce n’est évidemment pas un hasard si le roman se déroule entre 1959 et 1960, alors que David Ben Gourion, l’un des artisans majeurs de cette création, est Premier Ministre. Nul besoin pour autant de connaître ce pan de l’Histoire par cœur (ce n’était guère mon cas, je l’avoue), Oz le rend accessible et compréhensible à tout lecteur. Et certains passages grattouillent carrément :

« Vous avez voulu un pays, grinça [Atalia]. Vous avez voulu l’indépendance. Des drapeaux, des uniformes, des billets de banque, des tambours et des trompettes. Vous avez versé des fleuves de sang innocent. Vous avez sacrifié une génération entière. Vous avez expulsé des centaines de milliers d’Arabes. (…)
– Ne pensez-vous pas que nous nous sommes battus en 1948 parce que nous n’avions pas le choix ? objecta Shmuel, l’oreille basse. Nous étions dos au mur, non ?
– Vous n’étiez pas le dos au mur. Vous étiez le mur. » (pp.212-213)

De même que cet extrait sur les religions, qui paraît presque naïf d’évidence mais fait toujours du bien à lire :

« Le judaïsme, le christianisme – et n’oublions pas l’islam – dégoulinent de bons sentiments, de charité et de compassion, tant qu’on ne parle pas de menottes, de barreaux, de pouvoir, de chambres de torture ou d’échafauds. Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang. » (pp.84-85)

Pourvu d’une humanité réconfortante et d’une petite dose d’humour salvatrice, Judas est un roman attachant, qui invite à la réflexion, et dont la hauteur de vue s’avère plus que nécessaire en ces temps troublés que nous affrontons.

Judas, d’Amos Oz
(Ha-Besora Al-Pi Yehuda, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen)
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017776-9
348 p., 21€


A première vue : la rentrée Gallimard 2016

Bon, cette année, promis, je ne vous refais pas le topo sur les éditions Gallimard et leurs rentrées littéraires pléthoriques dont la moitié au moins est à chaque fois sans intérêt ; je pense qu’à force, vous connaissez le refrain, et il ne change guère cette année : 13 romans français, 4 étrangers, c’est à peine moins que l’année dernière – et on n’en parle que des romans qui paraissent fin août, il y en a beaucoup d’autres en septembre (dont un Jean d’Ormesson, mais je saurai vous épargner).
Je vais sans doute m’attacher à être plus elliptique cette année que les précédentes, car cette rentrée 2016 me paraît à première vue dépourvue d’attraits majeurs. Comme je n’ai pas pour objectif de vous faire perdre votre temps, on va trancher dans le vif ! Et commencer par les étrangers, ça ira plus vite (façon de parler)…

Oz - JudasJE CHANTE UN BAISER : Judas, d’Amos Oz (lu)
A court d’argent et le coeur en berne après que sa petite amie l’a quitté, Shmuel décide d’abandonner son mémoire sur « Jésus dans la tradition juive ». Il accepte à la place une offre d’emploi atypique : homme de compagnie pour un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison, sous la houlette d’une femme aussi mystérieuse que séduisante… Mêlant avec art récit intime de personnages étranges et attachants, réflexions sur l’histoire d’Israël et un discours théologique passionnant, Amos Oz emballe un roman de facture parfaite et sert l’intelligence sur un plateau.

Von Schirach - TabouPORTRAIT DE L’ARTISTE EN TUEUR : Tabou, de Ferdinand von Schirach
Un célèbre photographe avoue un crime pour lequel on n’a ni corps, ni même d’identité formelle de la victime. Qu’est-ce qui l’a mené là ? Y a-t-il un rapport avec ses expérimentations artistiques audacieuses ? Dans la lignée de ses livres précédents, le romancier allemand élabore une réflexion sur la violence et le doute, le rapport entre vérité et réalité.

Stridsberg - BeckombergaÀ LA FOLIE : Beckomberga – Ode à ma famille, de Sara Stridsberg
Ouvert en 1932 près de Stockholm, Beckomberga a été conçu pour être un nouveau genre d’hôpital psychiatrique fondé sur l’idée de prendre soin de tous et de permettre aux fous d’être enfin libérés. Jackie y rend de nombreuses visites à son père Jim qui, tout au long de sa vie, n’a cessé d’exprimer son mal de vivre. Famille et folie, le thème de l’année 2016 ? Après En attendant Bojangles, mais dans un genre très différent, Sara Stridsberg propose en tout cas une nouvelle variation sur le sujet.

Clegg - Et toi, tu as eu une familleON THE ROAD : Et toi, tu as eu une famille ?, de Bill Clegg
Famille encore ! Cette fois, tout commence par un incendie dans lequel périssent plusieurs proches de June, dont sa fille Lolly qui devait se marier le lendemain du drame. Dévastée, June quitte la ville et erre à travers les Etats-Unis, sur les traces de ce qui la lie encore à sa fille, par-delà la mort. Dans le même temps, le roman se fait choral en laissant la parole à d’autres personnes affectées par l’incendie, dans une tentative de transcender l’horreur par l’espoir et le pardon.

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Appanah - Tropique de la violenceVOYAGE AU BOUT DE L’ENFER : Tropique de la violence, de Nathacha Appanah
A quinze ans, Moïse découvre que Marie, la femme qui l’a élevé, n’est pas sa mère. Révolté, il tombe sous la coupe d’une bande extrêmement dangereuse qui va faire de son quotidien un enfer… Nous sommes à Mayotte, minuscule département français perdu dans l’océan Indien, au large de Madagascar. Un bout de France ignoré, méprisé, étouffé par une immigration incontrôlable en provenance des Comores voisines, et où la violence et la misère vont de pair. La Mauricienne Nathacha Appanah en tire un roman qui devrait remuer les tripes.

Bello - AdaHER : Ada, d’Antoine Bello
Un policier de la Silicon Valley est chargé de retrouver une évadée d’un genre très particulier : il s’agit d’Ada, une intelligence artificielle révolutionnaire, dont la fonction est d’écrire en toute autonomie des romans à l’eau de rose. En menant son enquête, Frank Logan découvre pourtant que sa cible développe une sensibilité et des capacités si exceptionnelles qu’il en vient à douter du bien-fondé de sa mission…

Benacquista - RomanesqueBONNIE & CLYDE : Romanesque, de Tonino Benacquista
Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se réfugie dans un théâtre. La pièce à laquelle ils assistent, Les mariés malgré eux, se déroule au Moyen Age et raconte l’exil forcé d’un couple refusant de se soumettre aux lois de la communauté. Le destin des deux Français dans la salle et des personnages sur scène se répondent et se confondent, les lançant dans une vaste ronde dans le temps et l’espace, une quête épique où ils s’efforceront de vivre leur amour au grand jour…

Del Amo - Règne animalPORCO ROSSO : Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo
Au cours du XXe siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. En deux époques, cinq générations traversent les grands bouleversements historiques, économiques et industriels. C’est déjà le quatrième roman du jeune Jean-Baptiste Del Amo (34 ans), qui revient ici avec un sujet sérieux et ambitieux – du genre qui doit mener à un prix littéraire…

Slimani - Chanson douceLA MAIN SUR LE BERCEAU : Chanson douce, de Leïla Slimani
Dans le jardin de l’ogre, le premier roman de Leïla Slimani – histoire d’une jeune femme, mariée et mère de famille, rongée par son addiction au sexe -, n’était pas passé inaperçu, loin de là. Son deuxième, qui relate l’emprise grandissante d’une nourrice dans la vie d’une famille, pourrait constituer une confirmation de son talent pour poser une situation de malaise et provoquer une réflexion sociétale stimulante.

Tuil - L'InsouciancePOST COITUM ANIMAL TRISTE : L’Insouciance, de Karine Tuil
En 2009, le lieutenant Romain Roller rentre d’Afghanistan après avoir vécu une liaison passionnée avec la journaliste et romancière Marion Decker. Comme il souffre d’un syndrome post-traumatique, son retour en France auprès de sa femme et de son fils se révèle difficile. Il continue à voir Marion, jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle est l’épouse du grand patron de presse François Vély… Il y a de l’ambition chez Karine Tuil, à voir si le résultat est à la hauteur.

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ÇA FAIT PAS UN PLI : Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci
Un jeune Japonais tombe amoureux d’une femme à peine entrevue, et quitte tout pour la retrouver. Il finit par échouer en Toscane, où il s’adonne en ermite à l’art du pliage japonais. Pour tous, il devient Monsieur Origami…

UNSUCCESS STORY : L’Autre qu’on adorait, de Catherine Cusset
A vingt ans, Thomas a tout pour réussir. Il mène des études brillantes, séduit les femmes et vit au rythme frénétique de Paris. Mais après avoir échoué à un concours que réussit son meilleur ami, et s’être fait larguer par sa petite amie, sa vie entame une trajectoire descendante que rien n’arrêtera… Think positive à la française.

ROMAN PAS X : Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre
Inspiré par la mort de sa mère, Duteurtre annonce un livre à la croisée de l’autobiographie, de l’essai et de la fiction. Il ira croiser sans moi, son Ordinateur du Paradis m’ayant dissuadé de perdre à nouveau mon temps avec cet auteur.

NAISSANCE DES FANTÔMES : Crue, de Philippe Forest
Un homme marqué par le deuil revient dans la ville où il est né, où les constructions nouvelles chassent peu à peu les anciennes. Il rencontre un couple, s’envoie Madame et papote avec Monsieur qui affirme que des milliers de gens disparaissent. D’ailleurs, Monsieur et Madame disparaissent à leur tour. Puis la ville est envahie par les flots…

À L’EST D’EDEN : Nouvelle Jeunesse, de Nicolas Idier
Dans le Pékin contemporain, des jeunes vivent d’excès. Ils sont poètes, rockers ou amoureux, et incarnent la nouvelle jeunesse de cette ville en mutation.

UNE BELLE HISTOIRE : Les deux pigeons, d’Alexandre Postel
Théodore a pour anagramme Dorothée. Ça tombe bien, ce sont les prénoms des héros du troisième livre d’Alexandre Postel (intéressant mais imparfait dans L’Ascendant et Un homme effacé). Ils sont jeunes, ils sont amoureux, et se demandent comment mener leurs vies… C’est une romance d’aujourd’hui.

ENGAGEZ-VOUS RENGAGEZ-VOUS QU’ILS DISAIENT : Nos lieux communs, de Chloé Thomas
Sur les pas des étudiants d’extrême gauche, Bernard et Marie sont partis travailler en usine dans les années 1970. Bien des années plus tard, Jeanne recueille leurs témoignages et celui de leur fils, Pierre, pour tenter de comprendre leurs parcours. Premier roman.


Une proie trop facile, de Yishaï Sarid

Signé Bookfalo Kill

Après avoir quitté un cabinet prestigieux pour monter sa propre affaire, un avocat de Tel-Aviv, empêtré dans les problèmes insolubles de son unique client et ses soucis personnels, décide de profiter de sa période de réserve militaire pour se changer les idées, en acceptant de diriger une enquête pourtant difficile : une jeune soldate accuse en effet de viol un officier brillant et respecté de tous, qui combat en poste avancé au Liban. Le témoignage trouble et l’attitude déconcertante de la jeune femme le perturbent autant que l’assurance et l’aura du militaire, et démêler le vrai du faux va s’avérer extrêmement compliqué…

Mise en page 1J’avoue avoir eu du mal entrer dans ce premier roman de Yishaï Sarid (le deuxième publié en France après Le Poète de Gaza). Tempo lent, digressions nombreuses, personnages velléitaires, réalisme déprimant des situations et du contexte de l’intrigue, l’Israël du début des années 2000… Autant d’éléments qui, une fois domptés le rythme et le ton particulier du récit, constituent la singularité d’Une proie trop facile.
Car on finit par apprécier de se heurter avec autant d’insistance aux errements des personnages, à commencer par ceux du héros-narrateur, tellement incertain qu’il n’a pas même de nom. Yishaï Sarid ne sacrifie rien à la facilité, et s’attache à dépeindre avec une précision dénuée de romanesque une enquête qui traîne et s’enlise, une victime peu fiable mais qu’on a envie d’aider, un suspect si rayonnant et défendu par tout le monde qu’on a envie de le croire sans preuve, un extrémisme religieux latent mais jamais loin d’entraver la bonne marche des événements, un patriotisme qui flirte volontiers avec le nationalisme, la guerre qui gronde aux frontières du pays…

Si Sarid repousse jusqu’à la fin le dévoilement de la vérité sur l’enquête, assurant ainsi l’intérêt du lecteur, il captive surtout par sa manière de croquer un monde sous tension permanente, à la recherche d’une stabilité que l’on sent impossible à obtenir. Il faut s’accrocher pour supporter son héros, comme la plupart des autres personnages d’ailleurs, assez antipathiques dans l’ensemble, mais le jeu en vaut finalement la chandelle et confirme, après les livres de Dror Mishani ou Liad Shoham, que les auteurs de polar israéliens ont autant de choses à dire qu’un ton particulier pour le faire.

Une proie trop facile, de Yishaï Sarid
(Teref Kal, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz)
Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2015
ISBN 978-2-330-05662-9
341 p., 22,50€


Le médaillon de Budapest d’Ayelet Waldmann

Avez-vous déjà acheté un bouquin juste parce que vous trouviez la couverture jolie? Et que la quatrième de couv’ vous semblait intéressante?

Waldman - Le Médaillon de BudapestCela m’est arrivé avec Le médaillon de Budapest, d’Ayelet Waldman. Et des fois, il vaut mieux écouter son instinct et reposer le beau livre pour ne garder que celui qui ne paye pas de mine graphiquement, mais qui a un petit mot du libraire scotché sur la couverture. Ça m’apprendra à faire des infidélités!

N’ayant rien d’autre sous la dent, je l’ai lu entièrement. Et c’était pénible, dans tous les sens du terme.

Jack est un vieux papy qui se meurt, quelque part dans un Etat du nord-est des États-Unis. Depuis longtemps, il cache un médaillon qu’il a volé, sans jamais oser le rendre.

Natalie est sa petite-fille, la petite trentaine et fraîchement divorcée. Elle cherche une raison de ne pas sombrer dans la dépression suite à ce mariage raté, quelques mois à peine après l’avoir célébré.

Jack demande donc à Natalie de restituer à sa propriétaire le médaillon, qui provient du train de l’or hongrois, un train conduit par les Nazis à destination de l’Allemagne, empli des richesses de tous les Juifs hongrois déportés et assassinés. De l’or, des bijoux, des diamants, des tableaux de maîtres, des Torah vieilles de centaines d’années, des joyaux inestimables. Et parmi cela, le fameux médaillon de Budapest, un paon tout d’émail et d’or.

Natalie va partir sur les traces de ce trésor, découvrir un épisode tragique et émouvant de la Seconde Guerre Mondiale et… non, je ne vous raconterai pas la fin.

L’idée de départ n’est pas mauvaise. C’est simplement le style et le découpage pour le moins surprenant du bouquin qui déroutent. C’est plat, sans saveur, truffé de rebondissements de dernière minute. Le livre se découpe en trois parties (si mes souvenirs sont bons). États-Unis, Hongrie et Israël, de nos jours – Un camp américain en Autriche en 1945 – Prague dans les années 1910. On change de protagoniste à chaque fois, on n’approfondit pas la psychologie des personnages, les femmes dans ce bouquin sont des hystériques sans nuance (mention spéciale à Nina…) et les hommes, des amoureux éconduits.

C’est long, c’est ennuyeux, c’est terriblement décevant. Ne jamais se fier à la beauté de l’emballage… L’habit ne fait pas le moine!

Un article de Clarice Darling

Le Médaillon de Budapest, d’Ayelet Waldman
(traduit de l’américain par Daphné Bernard)
  Éditions Robert Laffont, 2015
ISBN 978-2-221-13827-4
455 p., 22€


A première vue : la rentrée Seuil 2015

Les éditions du Seuil font partie des grosses écuries dont nous n’avons pas encore parlé cette année. Qu’à cela ne tienne, c’est parti ! Néanmoins, pas de quoi sauter au plafond non plus… Du côté des francophones, à part Alain Mabanckou, qu’on voit mal nous décevoir, les titres annoncés ne nous excitent pas plus que cela (constat entièrement personnel, évidemment). Ca pourrait être mieux du côté des étrangers – ça pourrait. Et dans le meilleur des mondes, nous pourrions aussi nous tromper complètement. Réponse(s) à la rentrée.

Mabanckou - Petit PimentÇA PIQUE, ÇA LANCE ET ÇA REPIQUE DERRIÈRE : Petit Piment, d’Alain Mabanckou
Petit Piment est un orphelin de Pointe-Noire dont la vie est pour le moins agitée. Pensionnaire d’une institution catholique dirigée par le tyrannique et corrompu Dieudonné Ngoulmoumako, il profite de la révolution socialiste pour s’évader, faire les quatre cent coups, puis se réfugier dans la maison close de Maman Fiat 500. Il y coule enfin des jours paisibles, jusqu’au au jour où le maire décide de s’attaquer à la prostitution. Ulcéré, Petit Piment passe en mode vengeance…

Desbiolles - Le Beau tempsON EN A GROS : Le Beau temps, de Marilyne Desbiolles (lu)
Roman biographique ou biographie romancée, roman documentaire, exofiction : les noms flous ne manquent pas pour tenter de définir ce genre très (trop ?) à la mode mêlant travail littéraire et personnages ou faits réels. Si Patrick Deville, Jean Echenoz et Eric Vuillard, entre autres, s’y sont brillamment illustrés, Marilyne Desbiolles aurait mieux de s’abstenir. Sa tentative, consacrée à Maurice Jaubert (compositeur de musique de films du début XXème) n’a définitivement rien d’un roman ; pas sublimée par un style, c’est une biographie assez pauvre et sans intérêt, ses rares incursions dans le texte pour ajouter de la matière littéraire s’avérant souvent ratées.

Delerm - Les eaux troubles du mojitoY’A DE LA RELANCE SUR LE DEJA-VU : Les eaux troubles du mojito, de Philippe Delerm
Sous-titré « et autres belles raisons d’habiter sur terre », ce petit livre ramène Delerm sur le chemin balisé qu’il avait ouvert avec La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, celui de textes courts et poétiques sur les petites choses qui font le sel de la vie quotidienne. C’était il y a dix-huit ans et rien n’a changé ou presque.

Holder - La Saison des BijouxUN ROI A LA TAVERNE : La Saison des Bijoux, d’Eric Holder
Écrivain de l’intime, Eric Holder revient avec une immersion dans le monde des marchands ambulants. Le temps d’un été, Jeanne, Bruno et leur tribu s’installent dans une petite ville de la côte Atlantique et tiennent un stand sur le marché. Entre les différents artisans et maraîchers présents autour d’eux, Forgeaud, le patron des lieux, est subjugué par Jeanne et se promet de la posséder avant la fin de la saison… Un huis-clos au grand air, passionnel et intimiste, qui sert de prétexte à une galerie de personnages hauts en couleur.

Kebabdjian - Les désoeuvrésUNAGI : Les Désœuvrés, d’Aram Kebabdjian
La Cité est une résidence où se côtoient de nombreux artistes, uniquement préoccupés de créer en ce lieu pensé pour eux. Chaque chapitre de ce long premier roman s’intéresse à une œuvre et à un artiste imaginés de toutes pièces par l’auteur, composant une vision de l’art contemporain. L’idée est intéressante, mais sur 512 pages, j’espère qu’on verra évoluer les personnages et que le livre ne se résumera pas à une longue énumération, sous peine de finir par manquer d’intérêt…

Majdalani - Villa des femmesELLE EST OÙ LA POULETTE ? : Villa des femmes, de Charif Majdalani
Le romancier libanais (qui écrit en français) met en parallèle, dans le Liban des années 60, la guerre de succession suivant le décès de Skandar Hayek, un homme d’affaires prospère dont la famille se déchire, et la guerre civile qui ébranle le pays. L’occasion pour les femmes de la famille de prendre le pouvoir…

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Grossman - Un cheval entre dans un barLA PENTE FATALE : Un cheval entre dans un bar, de David Grossman
(traduit de l’hébreu par Nicolas Weill)
Sous les yeux du juge Avishaï Lazar, un ancien ami d’école, un comédien monte sur la scène d’un club miteux d’Israël, où son numéro de comique vulgaire dérape soudain vers une confession inattendue et terrible. Depuis Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis étranger 2011, le romancier israélien est très suivi.

Kapoor - Un mauvais garçonIL TABASSE LE ROUQUIN : Un mauvais garçon, de Deepti Kapoor
(traduit de l’anglais (Inde) par Michèle Albaret-Maatsch)
Sa mère est morte, son père est parti, elle a vingt ans à New Delhi. Elle voudrait brûler sa vie mais se plie aux conventions sociales, pas le choix. Jusqu’au jour où elle rencontre ce mauvais garçon qui l’attire irrésistiblement. Sexe, drogue, alcool, elle plonge corps et âme avec lui dans une ville beaucoup plus dangereuse et palpitante qu’elle ne l’imaginait.

Cuenca Sandoval - Les hémisphèresJ’AI UN PIVERT DANS LA TÊTE, C’EST NORMAL ? : Les hémisphères, de Mario Cuenca Sandoval
(traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)
En vacances à Ibiza, deux amis s’adonnent à tous les plaisirs, abusant notamment de dantéine, une drogue en forme de poudre orange. Sous son emprise, ils tuent accidentellement une jeune femme au volant de leur voiture. Des années plus tard, ils restent obsédés par l’image de celle qu’ils nomment « la Première Femme », croyant la voir réincarnée dans d’autres silhouettes féminines qu’ils pourchassent sans relâche.

(Merci à Alexandre Astier pour les titres introduisant chaque présentation !)


A première vue : la rentrée Stock 2015

Pour sa troisième année à la tête de Stock, l’éditeur Manuel Carcassonnne propose une rentrée solide quoique un peu trop riche (onze romans, neuf français et deux étrangers), où des valeurs sûres de la maison accueillent deux premiers romans, dont un aura sûrement la faveur des médias, et quelques transfuges aux noms prestigieux, dont le Britannique Nick Hornby et le romancier-psychanalyste Tobie Nathan.

Boltanski - La CacheDANS MON ARBRE IL Y A… : La Cache, de Christophe Boltanski
Si son nom vous est familier, ce n’est pas un hasard. Grand reporter au Nouvel Obs, Christophe Boltanski est aussi le fils du sociologue Luc Boltanski et le neveu de l’artiste Christian Boltanski. Ces précisions ont un sens, puisque c’est l’histoire de sa drôle de famille que livre ici le néo-romancier, en articulant son récit autour des pièces de la maision familiale à Paris. Le point de départ : la cache, un réduit minuscule où son grand-père s’est caché des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, et qui est devenu par la suite le point névralgique de la demeure. La presse sera probablement au rendez-vous de ce gros premier roman.

Giraud - Nous serons des hérosRACINES : Nous serons des héros, de Brigitte Giraud
Joli titre pour le nouvel opus de la romancière lyonnaise, qui relate l’arrivée en France d’une femme et de son jeune fils, Olivio, tous deux ayant fui la dictature portugaise. Recueillis par un rapatrié d’Algérie, ils espèrent un nouveau départ mais l’homme ne supporte pas l’adolescent. Celui-ci se lie d’amitié avec Ahmed, un immigré algérien de son âge… Un roman où amours, tensions et quêtes de soi et de son identité seront au cœur du récit.

Liberati - EvaPOMME TOMBÉE DE L’ARBRE : Eva, de Simon Liberati
Enfant, elle a posé nue pour sa mère, la photographe Irina Ionesco, souvent dans des poses érotiques qui ont fait scandale. Une expérience traumatisante qui a laissé des traces et a marqué durablement sa vie, entre jeunesse tumultueuse et procès retentissant contre sa génitrice. Depuis, récemment, elle est devenue la femme de Simon Liberati, qui lui consacre donc ce récit intime, après l’avoir croisé plusieurs fois au fil des années, et s’en être inspiré pour son premier roman alors qu’il ne la connaissait pas encore. Là aussi, presse attendue… pour de bonnes raisons, on espère.

Faye - Il faut tenter de vivreBRANCHES : Il faut tenter de vivre, d’Eric Faye
Sandrine Broussard non plus n’a pas eu la vie facile. De son enfance maltraitée, elle a eu l’idée de se venger en séduisant à la chaîne qu’elle arnaquait ensuite avant de disparaître, multipliant identités, vies et fuites. Depuis longtemps fasciné par cet femme insaisissable, le narrateur finit par la rencontrer et se lier à elle. Un roman autobiographique auquel Eric Faye tient beaucoup.

Frèche - un homme dangereuxINCENDIAIRE : Un homme dangereux, d’Emilie Frèche
Attention, sujet sensible. Ce roman met en scène un homme convainquant une femme de tout quitter, son mari et ses filles partis en Israël, pour vivre avec lui. Mais son véritable projet est de la détruire, pour la seule raison qu’elle est juive… Une œuvre post-Charlie qui pourrait faire grincer des dents.

Noiville - L'Illusion délirante d'être aiméPETIT POUCET PERDU DANS LA FORÊT DES SENTIMENTS : L’illusion délirante d’être aimé, de Florence Noiville
L’illusion délirante d’être aimé est une véritable maladie, potentiellement dangereuse, connue sous le nom de « syndrome de Clérambault », du nom du psychiatre qui l’a diagnostiquée. L’héroïne de ce roman, Laura, en souffre, accusant une ancienne amie de la harceler. Sauf que personne dans son entourage n’est témoin de rien…

Nathan - Ce pays qui te ressembleCANOPÉE : Ce pays qui te ressemble, de Tobie Nathan
Une grande fresque historique prenant pour cadre l’Egypte, dont est originaire Tobie Nathan. Suivant depuis longtemps une double carrière de psychanalyste réputé et de romancier, l’écrivain retrace à travers le parcours extraordinaire de Zohar, né dans le ghetto juif du Caire, l’histoire récente de son pays, depuis le roi Farouk jusqu’à l’islamisation grandissante de ces dernières années.

DÉRACINÉE : Sœurs de miséricorde, de Colombe Schneck
Une Bolivienne quitte son pays et sa pauvreté pour Paris, où elle espère gagner sa vie. Elle se heurte à une autre vision du monde, froide et désincarnée, notamment chez les riches qui l’emploient. Si ce roman est inspirée d’une rencontre qu’elle a faite, pour une fois Colombe Schneck ne parle pas d’elle. C’est déjà ça.

DÉRACINÉS : Les bannis, de Laurent Carpentier
C’est l’autre premier roman de la rentrée Stock. Inspiré de faits réels, il relate le bannissement, l’excommunication, l’exil et l’exploitation des membres d’une famille dans le tumulte du XXe siècle dans un texte qui oscille entre vie et mort, entre horreur et humour.

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Hornby - Funny GirlBOURGEONS : Funny Girl, de Nick Hornby
(traduit de l’anglais par Christine Barbaste)
Un grand nom de la littérature anglaise contemporaine rejoint Stock ! L’auteur de Carton jaune, Pour un garçon, Haute fidélité ou Juliet, Naked évoque les Swinging Sixties, à travers l’histoire d’une actrice, Sophie Straw, star d’une comédie à succès de la BBC dans les années 60. Un roman que l’on attend comme toujours enlevé, humain, chaleureux et drôle.

Stanisic - Avant la fêteRADICELLES : Avant la fête, de Sasa Stanisic
(traduit de l’allemand par Françoise Toraille)
Ce n’est que le second roman de Sasa Stanisic, romancier d’origine yougoslave qui vit en Allemagne, et connut un gros succès avec son premier titre, Le Soldat et le Gramophone – c’était en 2008, déjà. Cette fois, il raconte un village et ses habitants, le temps d’une nuit, avant la fête de la Sainte-Anne, moment important de la communauté.


La Propriété de Rutu Modan

propriétéRegina Segal est une vieille dame très âgée vivant en Israël. A la mort de son fils, elle décide de retourner dans son pays natal, la Pologne. Sa petite-fille, Mica, l’accompagne dans ce qu’elle croit être un retour aux sources afin de récupérer la propriété qui leur a été spoliée pendant la guerre. Mais visiblement, Regina est en Pologne pour tout autre chose… 

Le trait de Rutu Modan est directement influencé de la bande-dessinée belge, à tel point que j’avais l’impression d’avoir sous les yeux du Hergé. Je n’ai pas aimé les personnages secondaires, trop encombrants, envahissants et qui n’apportent pas vraiment à l’histoire. Mais j’ai apprécié Regina et sa petite-fille, l’une déterminée à retrouver son passé, l’autre à comprendre cette grand-mère irascible et imprévisible. J’ai aimé les phrases choc employées par-ci par-là, qui font mouche et interpellent, notamment celle d’un Israélien habitué des voyages  sur les lieux de commémoration qui précise qu’il préfère Majdanek à Auschwitz, car c’est plus « effrayant ». (Et pour avoir vu moi-même ces charters de personnes qui utilisent des tours-opérateurs pour visiter les lieux de recueillement, sans aucun respect et en moins de 5 mn, je peux vous dire que c’est effarant.)

L’histoire est belle, cela aurait pu être plus intime, certains personnages sont complètement inutiles, comme le jeune Polonais amoureux de Mica. Au final, je suis mitigée sur cette bande-dessinée qui avait tout pour être au top et qui, finalement, se perd un peu. Dommage!  

La Propriété de Rutu Modan
Editions Actes Sud, 2013
9782330022334
220p., 24€50

Un article de Clarice Darling.