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L’Appât

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Meurtre sensationnel à New York : un cadavre atrocement mutilé est suspendu entre les piles du pont de Brooklyn.
Plus incroyable encore, le corps de son meurtrier gît à ses pieds.
Sur le corps de la victime, un mot : « APPÂT ».
Sur le corps du meurtrier, un mot : « MARIONNETTE ».
Un dernier détail, et non des moindres : la victime s’appelle William Fawkes.
Il n’en faut pas plus aux agents du F.B.I. Eliot Curtis et Damien Rouche, chargés de l’enquête, pour prendre contact avec Emily Baxter, devenue inspectrice principale à New Scotland Yard après l’affaire Ragdoll.
Et découvrir que tout ceci n’est que le début d’une nouvelle longue série…


Comme je le disais dans mon article précédent, L’Appât est la suite directe de Ragdoll. Les deux romans sont étroitement liés, interdépendants, tout comme l’est le troisième, Les Loups. Impossible donc de ne pas avoir lu le premier opus, auquel sont faits de nombreux renvois, avant d’attaquer celui-ci.

Ceci mis à part, encore une fois, quel pied !
Pourtant, je m’attendais à être déçu, ou au moins pas convaincu par cette suite. Avoir adoré Ragdoll m’avait tant surpris que j’imaginais mal reprendre un plaisir similaire. Pour moi, aimer Ragdoll était une aberration personnelle, étant donné le mal que j’ai maintenant à apprécier les thrillers purs et durs.
Mais quand c’est bien fait, comment résister ? C’est exactement le petit miracle que Daniel Cole est parvenu à reproduire avec L’Appât. Le scénario est pourtant encore plus aberrant que celui de Ragdoll, le tempo encore plus échevelé, l’esprit criminel à la manœuvre encore plus dingue – à un point, évidemment, où l’on quitte allègrement les rives du vraisemblable en plusieurs moments du roman.

Hé bien, malgré cette restriction qui aurait dû constituer un défaut majeur pour moi, je crois que j’ai encore plus aimé L’Appât que Ragdoll. Aberrant, je vous dis !
Mais Daniel Cole est follement doué, tout simplement. Maître du rythme, distillateur de rebondissements insoutenables, concepteur de scènes hallucinantes, extrêmement visuelles, le jeune romancier m’a baladé dans tous les coins de son intrigue sans que je trouve seulement le temps de me poser pour protester.

Du côté des personnages, William Fawkes ayant disparu de la circulation depuis la fin de Ragdoll, j’ai aimé suivre la redoutable Emily Baxter en première ligne, ambivalente, parfois exaspérante, et pourtant follement attachante. Edmunds, toujours aussi juste, mériterait davantage d’espace. Quant aux petits nouveaux, notamment les Américains, ils apportent leur mélodie personnelle sans fausse note – avec une mention spéciale pour Damien Rouche, dont le côté décalé et lunaire apporte un contrepoint efficace à Baxter.

Bref, j’ai encore couru comme un lapin, j’ai adoré ça, et je persiste à recommander l’ami Daniel Cole avec le plus grand enthousiasme. En attendant de lire Les Loups, dont je n’ai fait que commencer les premières pages par manque de temps jusqu’à présent… Verdict final dans quelque temps, donc !


Une minute de silence, de Siegfried Lenz

Signé Bookfalo Kill

« Écoute, ce qu’il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence… »

Je ne sais pas si vous connaissez cette chanson de Michel Berger, qu’il interpréta notamment avec Daniel Balavoine (avant de lui dédier en concert après la mort de ce dernier). Quoi qu’il en soit, outre le fait de partager le même titre, le roman de Siegfried Lenz et la chanson de Berger se font écho, dans leur manière délicate d’évoquer ce qu’on a irrémédiablement perdu, de jouer la carte du chagrin avec retenue. Et je n’ai pu m’empêcher de garder en tête la mélodie du musicien tandis que je parcourais celle de l’écrivain.

Ce court roman s’ouvre sur un grand rassemblement silencieux organisé dans un lycée d’une petite ville des bords de la Baltique, en mémoire de Stella Petersen, professeur d’anglais récemment morte en mer. Dans l’assemblée, plus affecté sans doute que tous les autres élèves, Christian rassemble ses propres souvenirs de Stella, qui fut son premier grand amour. Une passion vécue en secret, au mépris des conventions sociales, et qui marquera durablement l’existence du jeune homme…

L’argument est simple, la construction et l’élaboration du roman beaucoup moins, même si cette architecture savante reste invisible, invitant le lecteur à une déambulation sobre dans les sentiments et la mémoire de Christian, jeune homme affligé de ce romantisme naïf qui fait le charme des jeunes garçons sensibles. Face à lui, jouant d’un pas de deux plus complexe, Stella incarne l’objet du désir, belle, mystérieuse, insaisissable, à la fois adulte et enfant grandie trop vite.

Une minute de silence fait partie de ces brefs textes dont il est difficile de parler, tant ils rayonnent d’évidence et semblent se suffire à eux-mêmes. A quoi bon gloser, quand il n’y a qu’à se laisser porter par les subtiles évocations de Siegfried Lenz, convoquant en douceur le mouvement, la couleur et le parfum de la mer, le vol des oiseaux dans le ciel, les silhouettes des hommes sur le port, l’emportement passionné d’un jeune homme et le sourire énigmatique d’une femme ?
De cette histoire d’amour durable qui finit tragiquement, le romancier allemand tire la substance essentielle d’émotions qui parlent à tous ceux qui ont aimé et perdu l’amour. Lumière et tristesse, tout ensemble tressées, comme inséparables.

« Ce qu’il reste, c’est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence »

Une minute de silence, de Siegfried Lenz
(Schweigeminute, traduit de l’allemand par Odile Demange)
Éditions Robert Laffont, coll. Pavillons Poche, 2016
Première édition : Robert Laffont, 2009
ISBN 978-2-221-19286-3
128 p., 7,50€


Datavision de David McCandless

La première chose qui m’ait interpellée dans cet ouvrage, c’est la couverture. Tiens, c’est marrant ce truc. Un bouquin gris argenté aux dessins colorés, avec un titre rigolo, Datavision, et un sous-titre évocateur Mille et une informations essentielles et dérisoires à comprendre en un clin d’oeil. 

Qu’est-ce donc que cela? Poussée par ma curiosité légendaire, j’ouvre. P 134-135 : La Grande Muraille de la censure, sites intégralement ou partiellement interdits. Une explosion de couleurs et d’informations me transpercent l’iris. Je feuillette les autres pages pour m’assurer qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Non, l’ensemble du livre est comme cela. Une somme de travail énorme, sur des thèmes très divers, mais débouchant toujours sur une double page avec des dessins, des diagrammes, des tableaux, des frises, le tout débordant de couleurs. D’une simplicité et d’une clarté folles. 

David McCandless (et son équipe!) a fait un travail sensationnel. Certes, la majorité de ses sources sont des sources internet comme Wikipédia (mais parfois de l’Unesco, l’Insee (pour la version française), New York Times, etc…) donc il est bien évident qu’il faut prendre avec des pincettes les informations soumises dans cet ouvrage, mais l’idée est tellement intéressante, l’ouvrage est tellement beau que cela vaut bien quelques transgressions avec la réalité. 

En le feuilletant, j’ai immédiatement pensé aux Miscellanées de Monsieur Schott, sauf qu’ici, il s’agit de miscellanées visuelles. Tout une histoire! Ainsi donc, avec ce livre, vous connaîtrez les différents types de café, l’évolution de l’ordinateur, les couleurs à la mode, qui gouverne le monde (et qui gouverne vraiment le monde), la déforestation de l’Amazonie, et quantité d’autres choses. 

Pour résumé, vous vous trouvez devant un livre assez exceptionnel, qui fera le bonheur des éditions Robert Laffont, car j’imagine que ce livre se vendra comme des petits pains pour les fêtes de fin d’année. Un ouvrage esthétique, intéressant, bourré d’humour, plus ou moins scientifique, mais indéniablement fantastique.  

Pour en savoir plus, le site (en anglais) du designer : http://www.informationisbeautiful.net/

Datavision de David McCandless
Editions Robert Laffont
9782221126752
23 € 222 pages. 

Un article de Clarice Darling.