Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Monster, de Patrick Bauwen

Heureux mari et père d’un garçon, le docteur Paul Becker dirige un cabinet de soins d’urgence en Floride, auquel il consacre une grande partie de son temps. Un soir, son ami d’enfance Cameron Cole, par ailleurs policier, lui amène un patient menotté et lui demande de lui administrer quelques soins. Après une consultation houleuse et le départ des deux visiteurs tardifs, Becker se rend compte que le blessé a laissé derrière lui un téléphone portable.
Qui sonne.
Et Paul répond.
Il n’aurait pas dû.
Car, dès cet instant, sa vie va devenir une interminable descente aux enfers.

Bauwen - Monster - LGFLe cap du deuxième roman est parfois difficile à passer, surtout lorsque le premier a été remarqué et que l’attente est élevée. Patrick Bauwen ne semble pas s’en apercevoir, puisqu’il propose avec Monster un deuxième opus très réussi, plus nerveux et rapide à démarrer que L’Œil de Caine, et mené à un tempo infernal au rythme des mésaventures catastrophiques de son héros.
L’intrigue – dont je ne révélerai rien, bien entendu – est sans doute moins originale, plus attendue ; cela permet à Bauwen de se lâcher davantage en matière de tension nerveuse et de suspense insoutenable, jusqu’à frôler de temps à autre les limites du crédible. Mais dans ce genre du thriller qui privilégie les sensations fortes, certaines latitudes sont laissées à l’auteur de jouer avec le vraisemblable, du moment qu’il nous embarque au plus près de ses personnages.
Ce qui est le cas ici. On n’a pas du tout envie d’être à la place de Paul Becker – et encore moins de répondre à un téléphone inconnu, croyez-moi… Mais on est prêt à le suivre jusqu’au bout de ses ennuis, en priant à chaque page tournée de plus en plus vite pour qu’il s’en sorte, d’une manière ou d’une autre.

Bauwen - Monster - Albin MichelPour le reste, Bauwen inscrit à nouveau son histoire aux États-Unis, du côté cette fois de la Floride, dont les paysages singuliers offrent un cadre poisseux et inquiétant, tout à fait idéal au sujet de l’intrigue. A la fois fascinant, luxuriant et morbide, le cadre choisi par le romancier (et totalement maîtrisé par ailleurs, car Bauwen connaît bien les lieux pour y avoir vécu) sert de révélateur aux secrets sordides que le malheureux Paul Becker va devoir affronter.

Avec Monster, Patrick Bauwen prouve qu’il a parfaitement intégré les codes du thriller américain, dont il s’inspire à l’évidence (il ne se cache d’être fan d’un Harlan Coben par exemple), et signe un page-turner à l’efficacité redoutable. Il lui reste désormais à s’affranchir de ses modèles, et à s’investir de manière plus profonde et sensible dans ses histoires. Ce ne sera pas le cas dans le roman suivant, Seul à savoir, dont je garde un souvenir très mitigé et que je n’évoquerai donc pas ici. En revanche, dans les Fantômes d’Eden
On en cause demain !

Monster, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2010
ISBN 9782253128625
605 p., 8,10€

Première édition : Albin Michel, 2009
ISBN 9782226190604
574 p., 22,80€

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Pour services rendus, de Iain Levison

À soixante-dix ans passés, Freemantle est encore chef de la police de Kearns, Michigan, et ça lui convient, en dépit des restrictions budgétaires qui le contraignent à des sacrifices quotidiens, aussi bien humains que matériels, pour mener à bien cette mission. Cette tranquillité est néanmoins ébranlée le jour où le sénateur Billy Drake, en campagne pour sa réélection au Nouveau-Mexique, fait appel à lui.
Pendant la guerre du Vietnam, Drake était soldat dans l’unité dirigée par celui qui était alors le sergent Freemantle ; c’est au nom de ce passé commun – que Freemantle n’évoque jamais, le classant au rayon des souvenirs douloureux et peu glorieux – que Drake requiert l’assistance de son ancien supérieur. En effet, pendant un meeting, le sénateur a raconté une anecdote du Vietnam où il se pose en figure héroïque. Problème : un autre vétéran affirme que Drake a menti. Respectable et respecté, Freemantle doit venir devant la presse pour soutenir officiellement la version de son ancien subordonné. Autre problème : Drake a effectivement menti et Freemantle le sait très bien…

Levison - Pour services rendusAinsi débute une histoire d’engrenage implacable comme Iain Levison aime et brille à les élaborer. A l’origine, un fait presque anodin. Dans Arrêtez-moi là !, c’était une course en taxi et une fenêtre effleurée d’une main qui provoquaient une terrifiante réaction en chaîne. Ici, c’est un mensonge, oh ! un petit mensonge de rien du tout… Mais on est en politique, on est aux États-Unis, et là-bas sans doute plus que partout ailleurs, la chaîne des emmerdements semble sans limite lorsque la machinerie se met en route.

Car, chez nos amis américains, pour réussir en politique, pas besoin d’un bon bilan, encore moins d’être honnête. Non, il suffit de savoir manipuler les faits et de mentir avec autant de conviction que de sincérité – au point parfois de ne plus savoir distinguer la frontière entre fantasmes et réalité. Telle est la démonstration que Iain Levison déroule avec une force et une clairvoyance cruelles.
L’humour sarcastique qui est souvent la signature du romancier est moins présent ici, au profit d’un récit maîtrisé dans ses moindres rouages, au service de personnages ambigus, complexés, et d’une analyse sans concession des dessous de la vie politique aux États-Unis – genre en soi outre-Atlantique qui a donné notamment quelques films et séries très réussis (entre autres : Bob Roberts de Tim Robbins, Monsieur Smith au Sénat de Frank Capra, Des hommes d’influence de Barry Levinson, Les marches du pouvoir de George Clooney, et bien sûr House of Cards).

Énergique, provocateur, salvateur aussi dans ses conclusions, Pour services rendus est un roman puissant qui consacre l’art de Iain Levison à passer au crible les dérives et travers d’un pays qui n’est pas vraiment le sien (il est né en Écosse) mais qu’il connaît par cœur. Une superbe réussite.

Pour services rendus, de Iain Levison
(Version of Events, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle)
Éditions Liana Levi, 2018
ISBN 9791034900213
224 p., 18€


COUP DE COEUR : La Note américaine, de David Grann

Au début des années 1920, aux États-Unis, la plupart des Indiens ayant survécu aux exterminations méthodiques des colons sont parqués dans des réserves. Tous, à vrai dire, sauf ceux de la tribu Osage. Après avoir été repoussé de leurs territoires d’origine au fil des années, ils ont fini par accepter l’offre de terres arides et minérales au fin fond de l’Oklahoma. Un cadeau à double tranchant pour ceux qui ont condescendu à leur faire ce présent qu’ils pensaient misérable : le sous-sol s’est révélé extraordinairement riche en pétrole, assurant la fortune des Osages qui en avaient la propriété exclusive.
Une telle situation ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde.

Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. On retrouve la femme abattue d’une balle dans la tête. S’ensuivent des empoisonnements, l’explosion d’une maison, d’autres disparitions, d’autres meurtres. La terreur s’empare des Osages, ces Indiens qui vivent comme des colons – voire mieux que la plupart d’entre eux, puisqu’ils ont même des domestiques blancs… Un affront insoutenable pour certains. Les premières enquêtes sont bâclées, à tel point que le gouvernement fédéral se voit obligé d’intervenir. Un jeune homme de 29 ans, à la tête du BOI (Bureau Of Investigation), est chargé des investigations. Il s’appelle J. Edgar Hoover, il est assoiffé de pouvoir, et voit dans cette terrible enquête l’occasion de parvenir à ses fins.
Tout est en place pour l’un de ces grands drames qui nourrissent la terre américaine de sang et de violence.

Grann - Note américaineC’est cette histoire ahurissante que David Grann, journaliste au New Yorker, narre ici par le détail. Et le résultat est exceptionnel à tous les titres. La Note américaine est avant tout d’une rigueur et d’une richesse documentaire formidables. Fouillant dans toutes les archives disponibles, suivant sur le terrain la piste des descendants des victimes comme des coupables, Grann s’attache à dresser le tableau le plus complet possible, et y parvient d’une manière magistrale. Même sans être familier avec l’Histoire américaine, on comprend tout, on saisit tout, et on apprend énormément de choses, en commençant par le parcours singulier de la tribu Osage qu’il faut bien maîtriser pour capter la suite de l’affaire.
David Grann du reste ne s’en tient pas à la seule restitution du drame, il va plus loin en intervenant dans le récit, pour ouvrir de nouvelles portes, élargir les perspectives de son histoire, et interroger la nature même de son pays, dont il est toujours utile de rappeler que ses racines baignent abondamment dans le sang.

La Note américaine est aussi un livre captivant – pour reprendre un cliché vieux comme le crime, il se dévore comme le meilleur des polars. Sauf que tout est vrai, bien entendu. Ce qui rend le récit encore plus fort, plus glaçant ; ce qui permet à David Grann de toucher au plus juste et au plus profond des âmes, que ce soit pour restituer la terreur des victimes ou l’horrifiante noirceur des meurtriers ou de leurs commanditaires. Le journaliste maîtrise l’art du romancier pour mener son histoire à un rythme implacable qui brise toute tentation de lâcher prise. J’insiste sur ce point, car la nature seule du récit suffit à justifier de s’y plonger ; mais la virtuosité littéraire mise en œuvre par Grann, restituée par la traduction puissante de Cyril Gay, participe largement de l’enthousiasme qui naît au fil des pages.

On peut comprendre que la parution l’année dernière aux États-Unis de la Note américaine ait secoué l’opinion publique outre-Atlantique. Ils n’ont d’ailleurs pas fini d’en entendre parler, car Martin Scorsese s’est emparé du livre et travaille en ce moment même à son adaptation sur grand écran. Un signe, parmi d’autres, de l’importance du travail de David Grann, que je vous invite ardemment à découvrir, tout en remerciant les éditions Globe de nous en avoir offert aussi vite la lecture.

La Note américaine, de David Grann
(Killers of the Flower Moon, traduit de l’américain par Cyril Gay)
Éditions Globe, 2018
ISBN 978-2-211-23289-0
366 p., 22€


La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker

On le surnomme « capitaine 100% », parce qu’il a la réputation d’avoir élucidé toutes ses enquêtes. Toutes ? D’après la journaliste Stephanie Mailer, ce n’est pas le cas. Elle est prête à prouver que le capitaine Jesse Rosenberg s’est trompé de coupable lors de sa première grande investigation vingt ans plustôt, le meurtre sordide du maire de la petite ville d’Orphea, dans les Hamptons, ainsi que de sa famille et d’une passante.
Après avoir prévenu Rosenberg qu’elle publiera son travail après une ultime vérification, Stephanie Mailer disparaît brutalement. De quoi achever d’inquiéter l’intègre policier, qui décide de repousser son départ à la retraite pourtant imminent pour tenter de retrouver la journaliste, et pour reprendre entièrement l’affaire du quadruple crime d’Orphea. Il n’est pas au bout de ses surprises et de ses désillusions…

Dicker - La Disparition de Stephanie MailerJe sais ce que vous allez me dire : ce n’est pas beau de tirer sur les ambulances. Flinguer Joël Dicker, ce serait aussi facile que de cramer Guillaume Musso ou, à l’inverse, de crier au génie dès que paraît un Modiano. Ce serait toutefois oublier que notre ami suisse a été précédemment bien reçu en terres cannibales, aussi bien pour La Vérité sur l’affaire Harry Quebert que pour Le Livre des Baltimore (qui avait déjà moins fait l’unanimité parmi les fans du précédent). Pas d’animosité gratuite donc à l’encontre de Joël Dicker ; mais pour ce nouvel opus, une vraie grosse déception.

Qu’est-ce qui a changé ? La fin de tout effet de surprise, sûrement, pour commencer. Harry Quebert nous avait pris de court ; puis, en partant dans d’autres directions que le suspense policier, Le Livre des Baltimore avait prolongé le plaisir d’une lecture pure et innocente. Cette fois, j’attendais vraiment Dicker au tournant, consciemment ou non, davantage prêt sans doute à ne rien lui passer.

Dans le même temps, le romancier suisse lui-même sait désormais beaucoup plus ce qu’il fait, alors que le succès de Harry Quebert était le fruit du hasard, concocté sans arrière-pensée ni certitude commerciale. Dicker le reconnaît lui-même dans une interview à Paris Match : « Je n’ai pas écrit [La Disparition de Stephanie Mailer] de la même façon. J’ai désormais plus conscience des outils que j’ai entre les mains. » Un aveu de clairvoyance qui signe, pour moi, la fin de cette innocence auparavant si appréciable. Même s’il se défend d’écrire des polars, Joël Dicker en reprend nombre d’ingrédients ; après avoir participé à l’efficacité redoutable (parce qu’instinctive) de Harry Quebert, ces techniques se retournent cette fois contre lui dans La Disparition de Stephanie Mailer, où tout m’a semblé orchestré avec la lourdeur d’un arrangeur hollywoodien travaillant sur la partition d’un film de Michael Bay.
Tirant en longueur sur 640 pages, l’histoire se complique rapidement par l’ajout d’une pléthore de personnages et de sous-intrigues, pas tous utiles – surtout quand on découvre le fin mot de l’histoire, pas à la hauteur de cette interminable attente. À force de vouloir masquer l’essentiel, de proposer des fausses pistes ou de chercher à créer des rebondissements sensationnels – mais bien souvent téléphonés -, Dicker s’embourbe dans le superflu et noie toute puissance potentielle de son récit.

Ah, et les personnages, tiens, parlons-en. Comment peut-on garder son calme devant cet ex-flic transformé en histrion hystérique qui se prend pour un grand dramaturge, dont les interventions et dialogues signés Dicker sont aussi navrants, voire plus, que ses écrits rendus volontairement nullissimes dans une recherche d’effet comique ? Ou devant une figure de critique détestable pour qui la littérature contemporaine n’est forcément que détritus ? (Bordel, ce cliché pathétique !!!)
Et je n’insiste pas sur la journaliste qui s’apprête à faire une grande révélation et disparaît stupidement dans la foulée, ni sur Jesse Rosenberg, le héros du roman, incarnation du flic modèle qui, découvrant qu’il a merdé, repousse le moment de prendre sa retraite pour se rattraper…

Après, c’est peut-être moi, hein. Quand on lit beaucoup, on finit par changer. Je deviens sans doute moins indulgent avec ce genre de livre – et avec d’autres d’ailleurs, notamment en polar, ce qui m’incite à cette mise au point. Néanmoins je n’avais pas non plus crié au génie avec les précédents romans de Dicker, qui m’avaient enchanté mais dont je n’avais aucune peine à pointer les faiblesses et naïvetés. Problème, dans La Disparition de Stephanie Mailer, je ne vois plus que les scories, et elles sont majeures. Le style efficace (à défaut d’être élégant, et ici il apparaît vraiment d’une grande pauvreté), le sens de la construction et le rythme ne me suffisent plus, s’ils ne dissimulent plus les grosses ficelles censées se confondre dans l’ombre des coulisses.

À vérifier lorsque paraîtra son prochain roman, mais le charme Dicker est pour moi rompu, en tout cas sur ce livre… ce qui n’empêchera pas La Disparition de Stephanie Mailer de cartonner en librairie et de satisfaire un large public, qui n’a pas besoin de mes pinaillages pour s’éclater avec un bon gros pavé de plage !

La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker
Éditions De Fallois, 2018
ISBN 9791032102008
640 p., 23€


Tout autre nom, de Craig Johnson

Un flic qui se suicide, ça arrive, malheureusement. Mais de deux balles dans la tête, c’est beaucoup plus rare. Largement suffisant, en tout cas, pour que Lucian Connolly, l’ancien shérif du comté d’Absaroka, oblige Walt Longmire, l’actuel détenteur du badge officiel, à outrepasser ses droits usuels et à se rendre dans le comté voisin pour mener l’enquête sur ce décès étrange.
Sur place, tout en gardant une oreille à distance sur sa fille Cady qui doit accoucher d’un jour à l’autre (histoire de se simplifier un peu la vie), Walt découvre que l’inspecteur Gerald Holman, avant de se faire sauter le caisson, menait des recherches sur une série suspecte de disparitions de jeunes femmes – et se rend compte très vite que son arrivée dans l’affaire ne plaît pas à tout le monde…

Johnson - Tout autre nomCela faisait longtemps que je ne m’étais pas offert le plaisir d’une enquête de Walt Longmire, voilà chose faite ! Et, sans surprise (mais tant mieux), le plaisir fut à nouveau au rendez-vous. Mine de rien, le génial et dinguement sympathique Craig Johnson parvient à chaque fois à se renouveler, tout en utilisant plus ou moins les mêmes ingrédients de base. Ce qui change cette fois, c’est le rythme, beaucoup plus enlevé que la plupart du temps, et une sorte de nervosité d’ensemble qui mène le roman à bon train – tiens, d’ailleurs, en parlant de train… (Non, rien. Lisez le livre, vous comprendrez.)
Parfaitement masquée, l’intrigue se dévoile peu à peu, au fil des tâtonnements successifs d’un Longmire en terrain quasi inconnu, avançant à vue de nez avec les mêmes difficultés qu’une voiture sans pneus neige prise dans un blizzard. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que notre shérif préféré va en prendre plein la figure – entre autres. Une mise à l’épreuve qui force le héros de Johnson à sortir de ses rails et à aller plus loin que d’habitude, une proposition forcément intéressante pour le lecteur.

Même s’ils sont proches de ceux d’Absoroka, les paysages changent aussi, et un peu de « dépaysement » ne nuit évidemment pas. Pas plus que de croiser de nouvelles têtes, flics ou pas, qui amènent tous leur propre grain de sel en se fondant dans la galerie de personnages principaux toujours aussi formidables et attachants – ah, cette impression permanente de se retrouver en famille quand on croise la route de Walt, son meilleur ami Henry Standing Bear, l’irrévérencieux Lucian Connolly (et son rapport très particulier aux serveuses et à leurs cafetières), ou encore l’explosive adjointe Vic Moretti. Et si je termine cette énumération par elle, c’est que son entrée en lice, au bout de quelques chapitres, fait littéralement décoller Tout autre nom en y ajoutant son cocktail inimitable d’humour destructeur, de charme incendiaire et d’énergie renversante.
(Oui, je suis amoureux de Vic. Le moyen de faire autrement ?)
En même temps, avis rassurant à ceux qui ne le connaissent peut-être pas encore – heureux êtes-vous car vous allez le découvrir, croyez-moi -, Craig Johnson a l’habileté d’introduire ses héros récurrents de telle manière que leur présence réjouit les lecteurs avertis, sans pour autant perdre ceux qui découvriraient son œuvre en commençant par ce livre.

Quant au sujet, il est dans l’air du temps américain (et pas seulement, mais c’est particulièrement sensible chez nos voisins d’Outre-Atlantique), puisqu’il est question, entre autres, de violences contre les femmes… préoccupation que Johnson aborde avec toute l’empathie et la retenue nécessaires, sans tomber dans les clichés ni dans la croisade vengeresse. Du tout bon, donc, encore une fois, et du genre dont on ne se lasse pas. Alors, messieurs dames, combien de billets pour le Wyoming ?

Tout autre nom, de Craig Johnson
(Any Other Name, traduit de l’américain par Sophie Aslanides)
Éditions Gallmeister, 2018
ISBN 978-2-35178-122-7
352 p., 21,50€


Sans lendemain, de Jake Hinkson

Dans les années 40, Billie Dixon, femme au prénom d’homme et aux mœurs beaucoup trop libres pour son époque, sillonne les États-Unis pour livrer aux cinémas des coins les plus reculés du Midwest les films médiocres d’un obscur studio hollywoodien. Dans un petit bled de l’Arkansas, elle se heurte à la vindicte d’un pasteur aussi charismatique que fanatique, pour qui le cinéma est l’une des plus terribles incarnations du Diable. Billie aurait bien passé son chemin sans tarder, seulement il y a Amberly, la femme du pasteur. Une beauté renversante, totalement déplacée dans cette de bouseux arriérés, le genre de fille incendiaire et délicieusement mystérieuse qui affole les sens de la vendeuse de films. Pour elle, Billie serait prête à faire n’importe quoi.
Et c’est exactement ce qui va se passer.

Hinkson - Sans lendemainAprès un Homme posthume plutôt oubliable, Jake Hinkson est de retour en grande forme, largement au niveau de L’Enfer de Church Street si ce n’est plus. Plus ambitieux, plus complexe en tout cas, c’est certain.
Sans lendemain est de prime abord un pur roman noir à l’américaine, impression confortée par le choix de l’époque de l’intrigue (la fin des années 40) et par le recours à des codes classiques du genre : femme fatale, personnages étranges, références cinématographiques, paysages inquiétants… Comme dans son premier roman, Hinkson confirme sa maîtrise totale de ce registre particulier, auquel il apporte pourtant une patte personnelle et une touche de modernité bienvenue.

En effet, les héros de cette tragédie rurale sont avant des héroïnes – des femmes diablement en avance sur leur temps, mine de rien. Outre Billie, manipulatrice de premier ordre et fille d’une liberté ébouriffante, et Amberly, femme fatale beaucoup plus tordue qu’il n’y paraît, il y a aussi Lucy, officiellement assistante de son shérif de frère – officieusement shérif en chef, car son frère est totalement idiot et incapable de la moindre décision autonome.
Autour de ce trio qui ne s’en laisse pas compter, les hommes en prennent souvent pour leur grade, à commencer par le pasteur, qui cumule le défaut d’être un mâle à celui, rédhibitoire chez Jake Hinkson, de proférer la parole de Dieu sans aucune nuance. Toujours traumatisé par une enfance intensément religieuse, le romancier américain traque avec obstination les hypocrisies et la violence sous-jacente des fidèles aveuglés par une foi sans réflexion – ce qui donne à l’occasion quelques scènes hilarantes, comme la rédemption soudaine de Billie au milieu d’un cercle de grenouilles de bénitier déchaînées…

Dynamisé par sa brièveté, sa trajectoire inexorable et son style sans fioriture (magnifiquement restitué par la traduction de Sophie Aslanides), Sans lendemain permet à Jake Hinkson de retrouver l’énergie, la drôlerie et le sens du drame qui faisaient de L’Enfer de Church Street un coup d’essai très prometteur. Un roman noir exemplaire et réjouissant.

Sans lendemain, de Jake Hinkson
(No tomorrow, traduit de l’américain par Sophie Aslanides)
Éditions Gallmeister, 2018
ISBN 978-2-35178-132-6
224 p., 19,90€


Avant la chute, de Noah Hawley

Un avion privé se crashe en mer, entre l’île de Vineyard et New York. Contre toute attente, le drame laisse deux survivants : Scott Burroughs, un peintre sur le retour, et un petit garçon de quatre ans à qui l’artiste sauve la vie en le ramenant à la nage, malgré un bras blessé, jusqu’à la côte.
Transformé du jour au lendemain d’anonyme un rien loser à ce genre de héros que les Américains adulent, Scott doit affronter une célébrité qu’il n’a pas recherchée, puis une vague de soupçons qui, très vite, interrogent sa survie – d’autant que d’autres questions surgissent bientôt au sujet des autres passagers de l’avion, puis de l’accident lui-même… D’ailleurs, s’agit-il bien d’un accident ?

Hawley - Avant la chuteLe bandeau jaune apposé sur la couverture du roman proclame que Noah Hawley est également scénariste, créateur de la série Fargo. Un rappel commercial, certes, mais pas inutile pour appréhender ce deuxième livre publié en France après Le Bon père (2013). Car Hawley approche la construction d’Avant la chute d’une manière qui évoque le temps laissé dans une série à la fabrication des personnages, à leur compréhension en profondeur, privilégiant cet aspect de la réflexion romanesque à un rythme trépidant et à un suspense de tous les instants.

Débuté par la plongée de l’avion dans l’océan et par le sauvetage héroïque du petit JJ par Scott Burroughs, Avant la chute alterne ensuite des chapitres consacrés à l’enquête et à tout ce qui l’entoure, et des parties entièrement consacrées à chacune des onze personnes présentes dans l’avion au décollage : sept passagers, un garde du corps et trois membres d’équipage ; onze personnes ayant toutes ou presque des zones d’ombre et des choses à cacher… Ces retours dans le passé, soigneusement élaborés, patiemment tissés, complexifient d’autant la compréhension du drame, proposant au lecteur de nouvelles pistes, parfois complémentaires, parfois contradictoires de celles suivies par les policiers ou par les journalistes.

Assez éloigné finalement du genre policier, Avant la chute est un roman savamment psychologique qui nécessite un peu de patience – amateurs de lectures haletantes, passez donc votre chemin ! Mais si vous appréciez les puzzles littéraires qui mettent en avant la difficile compréhension de l’humain, et proposent mine de rien de nombreux sujets de réflexion bien de notre temps – les dérives sensationnalistes des médias, l’attrait irrésistible de certains pour les théories du complot, les mécanismes de la rumeur et du doute, la lutte quasi impossible pour son droit à la vie privée, ou les conséquences inenvisageables de certains choix sentimentaux -, alors vous serez largement servis avec ce livre copieux et intelligent.

Avant la chute, de Noah Hawley
(Before the Fall, traduit de l’américain par Antoine Chainas)
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782070149742
544 p., 22€


COUP DE CŒUR : Jake, de Bryan Reardon

Un matin, le monde paisible de Simon Connolly s’écroule. Heureux mari et père au foyer, il apprend qu’une tuerie vient d’être perpétrée dans le lycée de ses deux enfants. En se précipitant sur place, il découvre rapidement que son fils aîné, Jake, a disparu. Il ne figure pas parmi les victimes, mais reste introuvable dans l’établissement et alentour.
Lorsqu’on apprend que le garçon était le seul ami de Doug Martin-Klein, un gamin asocial que personne n’est vraiment surpris d’identifier comme l’auteur du massacre, la rumeur ne tarde pas à courir. Jake aurait été son complice, et aurait réussi à fuir avant l’intervention des forces de l’ordre…
Confronté à l’innommable, Simon tente coûte que coûte de retrouver Jake en premier, tout en affrontant doutes et culpabilité. A quel moment la situation a-t-elle pu lui échapper ? Son fils a-t-il pu commettre une chose pareille ? Et surtout, où est-il et pourquoi se cache-t-il ?

Reardon - JakeJe l’avoue, je ne lisais plus trop la Série Noire depuis quelques années. A l’exception, et encore, de quelques noms majeurs de la collection (Ferey, Nesbo, Manotti), les propositions de l’éditeur Aurélien Masson ne m’inspiraient plus autant qu’à ses débuts. Mais voilà, Masson est parti créer Equinox, une nouvelle collection de polar aux Arènes, et Stefanie Delestré l’a remplacé. Après avoir retaillé le format de la Série Noire et revu légèrement sa maquette, cette excellente éditrice réalise des débuts parfaits, avec le retour gagnant de Jean-Bernard Pouy, un Caryl Ferey très bien tenu, et donc ce premier roman de Bryan Reardon qui m’a laissé pantelant d’émotion.

En anglais, le roman s’intitule Finding Jake, subtilité intraduisible en français (qui n’a donc retenu avec sobriété que le prénom du garçon). « Finding Jake », c’est « trouver Jake » bien sûr, mais aussi « découvrir Jake », au sens d’essayer de comprendre qui il est vraiment. Et c’est ainsi que fonctionne le roman, alternant des phases au présent qui relatent les minutes, puis les heures qui suivent le massacre, et des chapitres remontant à l’enfance de Jake, depuis ses premiers mois jusqu’au drame.
Outre que ce système d’alternance fonctionne toujours bien dans un polar, tenant le lecteur en haleine et l’obligeant souvent à tourner les pages pour dérouler le plus vite possible les deux fils du récit, le dispositif ici a le mérite de faire la part belle à la réalité des personnages, de jouer de leurs ambivalences, de leurs multiples facettes, d’autant plus que cette réalité est placée sous l’éclairage cru d’une catastrophe. Ce qui semblait anodin à l’époque peut soudain prendre un tout autre sens… mais interpréter a posteriori une attitude, une phrase, un moment de vie, n’est-ce pas se tromper un peu plus ?

Tenant l’ensemble du roman sur ce fil fragile, Bryan Reardon creuse le sillon du doute et de la culpabilité d’une manière intime, profonde, avec d’autant plus d’empathie et d’humanité que nous suivons l’histoire du point de vue de Simon, narrateur du drame. Les hésitations, les coups de colère, les atermoiements de Simon sont les nôtres, jusqu’à ce que la vérité soit enfin dévoilée, après plus de 300 pages d’horrible incertitude.
Alors l’émotion explose enfin, et c’est le regard très flou que j’ai lu les vingt ou trente dernières pages de Jake, profondément bouleversé par la sincérité des sentiments qui irradie de ce final d’une force incroyable.

Dans la lignée d’un Thomas H. Cook (on pense bien sûr aux Feuilles mortes, dont le sujet est très proche), Bryan Reardon nous offre avec Jake un roman noir extraordinairement juste, sensible et touchant, un condensé d’humanité qui laisse les larmes aux yeux et le cœur un peu plus ouvert. Une découverte que je serais très heureux de vous voir partager.

Jake, de Bryan Reardon
(Finding Jake, traduit de l’américain par Flavia Robin)
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2018
ISBN 9782070147243
352 p., 21€


A première vue : la rentrée Flammarion 2017

À première vue, Flammarion, cette année, c’est un transfert qui fait un peu causer dans le Landerneau (Brigitte Giraud quittant Stock, son éditeur historique), quelques motifs de curiosité mais pas forcément de quoi trépigner sur place. Les auteurs convoqués sont solides, connus de la maison dans l’ensemble, et n’envoient pas des tonnes de rêve. Pas sûr qu’un raz-de-marée de bonheur viendra d’ici… mais on veut bien se tromper et avoir des bonnes surprises, comme c’est régulièrement le cas chez cet éditeur.

Giraud - Un loup pour l'hommeALGÉRIE I : Un loup pour l’homme, de Brigitte Giraud
Pour son entrée chez Flammarion, la romancière lyonnaise présente un livre très important pour elle, celui qu’elle cherchait à écrire depuis ses débuts en littérature. A mots couverts de la fiction, elle y évoque son père, incarné ici par Antoine, jeune Français appelé en Algérie pendant la guerre alors que sa femme Lila est enceinte. Refusant de porter les armes, il est casé comme infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès, où il rencontre Oscar, un caporal récemment amputé d’une jambe. Entre les deux hommes naît une amitié qui se construit sur l’horreur de la guerre…

Zeniter - L'Art de perdreALGÉRIE II : L’Art de perdre, d’Alice Zeniter
Plusieurs auteurs s’emparent donc du même sujet, l’Algérie, dans cette rentrée. Outre Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma), Marie Richeux (Sabine Wespieser), Kaouther Adimi (Seuil) et donc Brigitte Giraud, Alice Zeniter s’intéresse aux origines algériennes de sa famille dont elle ne sait rien, faute de pouvoir en parler. Elle le fait de manière fictionnelle, en remontant plusieurs générations à la recherche des vérités du passé.

Seigle - Femme à la mobyletteDARDENNE : Femme à la mobylette, de Jean-Luc Seigle
Depuis son roman précédent, l’émouvant Je vous écris dans le noir, voilà un auteur que je sais capable de me surprendre au meilleur sens du terme. Alors, pourquoi pas avec ce nouveau livre, même si son pitch ne m’emballe pas plus que cela, je l’avoue ? Cette Femme à la mobylette, c’est Reine, mère de trois enfants délaissée, livrée à elle-même, aux portes de la misère. Jusqu’au jour où elle récupère une mobylette bleue, l’une de ces vieilles pétrolettes des années 60, en laquelle elle place tous ses espoirs restants…

Bouillier - Le Dossier MBLOB : Le Dossier M, de Grégoire Bouillier
Méfiez-vous des gens discrets, ils finissent toujours par se mettre à trop parler. Prenez Grégoire Bouillier, habitué depuis ses débuts à signer des livres très courts aux éditions Allia. Il n’avait pas donné de nouvelles depuis 2008, il aurait fallu s’en alarmer avant que ne débarque sur nos tables ce volumineux pavé de 864 pages, première partie (!) d’un dyptique (!!) dont le deuxième volume sera aussi long (!!!) De quoi y sera-t-il question ? Hé bien, d’amour, apparemment. Même si je n’ai pas tout compris au sujet de ce livre, dont le principe est semble-t-il de céder à toute logorrhée du moment qu’elle est suscitée par une inspiration subite… Bon, bref, je ne vous en dirai guère plus ici, à vous de voir si relever ce genre de défi vous amuse.

Bénech - Un amour d'espionJEAN LE CARRE : Un amour d’espion, de Clément Bénech
Le narrateur, un étudiant en géographie, se voit invité, au détour d’une discussion, à relever le défi que lui propose Augusta. La jeune femme l’attend à New York, où elle vient de s’installer, car elle veut percer le mystère autour de son petit ami Dragan, un critique d’art roumain qu’elle a rencontré via une application. Ce dernier est accusé de meurtre par un internaute anonyme (résumé Electre). Une sorte de pastiche de roman d’espionnage assortie d’une réflexion sur les réseaux sociaux et le virtuel. Si j’ai bien compris. Bref.

Pollet-Villard - L'Enfant-moucheURANUS : L’Enfant-mouche, de Philippe Pollet-Villard
Inspiré par l’enfance de la mère de l’auteur, l’histoire d’une petite orpheline dans un village de Champagne, pendant l’occupation. Survivant de rien, slalomant entre les bassesses et les humiliations de ses voisins, sa vie bascule lorsqu’elle s’aventure du côté allemand…

Pons - Parmi les miensDÉBRANCHE : Parmi les miens, de Charlotte Pons
Trois frères et sœurs se retrouvent au chevet de leur mère, hospitalisé en état de mort cérébrale, sans espoir de retour. Ils se déchirent sur la suite à donner aux événements, tout en se confrontant à leurs souvenirs d’enfance. Premier roman.
(Je vais me pendre et je reviens. Ou pas.)

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El Akkad - American WarWE TAKE CARE OF OUR OWN : American War, d’Omar El Akkad
(traduit de l’américain par Laurent Barucq)
Les États-Unis sont à nouveau coupés en deux par la guerre, le nord et le sud s’affrontant cette fois au sujet des énergies fossiles. Après la mort de son père, une petite fille est envoyée avec sa mère dans un camp de réfugiés. Cette expérience extrêmement violente la transforme peu à peu en machine de guerre… Journaliste d’origine égyptienne, le néo-romancier signe un livre coup de poing sur l’état de l’Amérique, sous couvert d’un roman d’anticipation politique qui en dit long sur aujourd’hui.

Lagioia - La FéroceINTÉRIEUR NUIT : La Féroce, de Nicola Lagioia
(traduit de l’italien par Simonetta Greggio et Renaud Temperini)
La fille d’un riche entrepreneur est retrouvée morte au pied d’un immeuble, après avoir été vue marchant nue et ensanglantée au bord d’une route. L’hypothèse d’un suicide est privilégiée, mais pour quel motif cette jeune femme aurait-elle mis fin à ses jours ? On louche fortement du côté des malversations de son père… La littérature italienne pointe encore et toujours du doigt la corruption qui gangrène le pays, nouvel exemple avec ce roman couronné du prix Strega (Goncourt transalpin) en 2015.

Mendelsohn - Une odysséeHOMÉRIQUE : Une Odyssée, de Daniel Mendelsohn
(traduit de l’américain par Isabelle Taudière et Clotilde Meyer)
Le père de Daniel Mendelsohn (auteur du formidable récit-enquête Les disparus) décide d’assister au séminaire que donne son fils sur L’Odyssée d’Homère, au Bard Collège, université privée au nord de New York. L’occasion pour les deux hommes de se retrouver, une épopée intime qui vaut bien des voyages.


A première vue : la rentrée Gallmeister 2017

Toujours dévouées à l’Amérique, les éditions Gallmeister voient apparaître dans leurs propositions de rentrée la patte de François Guérif, ancien grand patron du catalogue noir des éditions Rivages. En effet, ce dernier rejoint l’éditeur à la patte d’ours avec l’un de ses auteurs et la réédition d’un grand texte de la littérature américaine. A côté de cela, il faudra garder à l’œil le talent de défricheur d’Oliver Gallmeister qui, après le succès marquant de Dans la forêt de Jean Hegland en début d’année, lance une nouvelle romancière dont on parlera sûrement – même si, de notre côté, nous ne crierons pas au génie cette fois-ci.

Fridlund - Une histoire des loupsTHE HAND THAT ROCKS THE CRADLE : Une histoire des loups, d’Emily Fridlund (lu)
(traduit de l’américain par Juliane Nivelt)
Une adolescente, Madeline, entre peu à peu dans la vie d’une famille qui vient d’emménager en face de chez elle, de l’autre côté d’un lac. Tandis que le père s’absente souvent, Madeline s’occupe de plus en plus du petit garçon de la famille, sans se douter de ce qui se trame dans ce foyer beaucoup moins innocent qu’il n’y paraît… D’emblée, le ton de la romancière s’avère inhabituel, un peu dérangeant ; mais le trouble n’opère pas longtemps. J’ai vite fini par m’ennuyer dans ce premier roman qui ne raconte pas grand-chose et tire en longueur une intrigue prévisible. Pas convaincu du tout.

Stegner - L'Envers du tempsTHUNDER ROAD : L’Envers du temps, de Wallace Stegner
(traduit de l’américain par Eric Chedaille)
De Wallace Stegner, romancier sans doute trop méconnu chez nous, Gallmeister ajoute ce titre inédit qui fait suite à son chef d’œuvre d’inspiration autobiographique, La Montagne de sucre. On y retrouve son double romanesque, Bruce Mason, de retour dans sa ville natale, Salt Lake City, qu’il avait quittée adolescent avec la rage au ventre et la volonté de réussir. Tout en organisant les funérailles de sa tante, il se confronte aux souvenirs de sa jeunesse.

Boyle - Tout est briséLIKE A ROLLING STONE : Tout est brisé, de William Boyle
(traduit de l’américain par Simon Baril)
François Guérif avait désigné Gravesend, le premier roman de William Boyle, comme numéro 1000 de la collection Rivages/Noir. Un choix symbolique qui prouvait la confiance placée par l’éditeur dans son auteur – confiance qui se perpétue donc chez Gallmeister. Boyle nous ramène à Gravesend, quartier pauvre de Brooklyn, où Erica tente de tenir entre son père qui sort de l’hôpital et son fils Jimmy qui revient après une longue errance à travers le pays. Un retour bien compliqué néanmoins, car Jimmy étouffe à Brooklyn et n’entend pas y rester…

Cooper- Le Dernier des MohicansI AM NATIVE AMERICAN : Le Dernier des Mohicans, de James Fenimore Cooper
(traduit de l’américain par François Happe)
Les cinéphiles ont sûrement en tête le visage de Daniel Day-Lewis, héros de l’adaptation sur grand écran de ce livre fondateur de la littérature américaine. Paru en 1826, le roman de Cooper n’avait pas connu de traduction intégrale en français depuis… 1830 ! Par la volonté de Guérif, cette aberration est désormais réparée, et la traduction de François Happe vient enrichir le catalogue « classique » que Gallmeister entend développer, à la suite des nouvelles parutions cette année dans la collection Totem des titres de Thoreau, Walden et la Désobéissance civile.

Farris - Le Diable en personneSYMPATHY FOR THE DEVIL : Le Diable en personne, de Peter Farris
(traduit de l’américain par Anatole Pons)
Deuxième parution en Néo Noire de Peter Farris, ce roman sombre nous entraîne en Géorgie du Sud où Maya, 18 ans, vient d’échapper à une tentative d’assassinat. Prostituée sous la coupe du terrifiant Mexico, elle est devenue la favorite du maire et a ainsi découvert de bien sinistres projets, ce qui manque causer sa mort. Mais Leonard Moye, un type solitaire et excentrique, la prend sous sa protection…