Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Ouvre les yeux, de Matteo Righetto

Signé Bookfalo Kill

Ils se sont aimés. Ils ont eu un enfant, Giulio. L’amour a disparu, petit à petit, sans que ni l’un ni l’autre ne le réalise vraiment. Ils se sont quittés, ont refait leur vie chacun de son côté. Pourtant, Luigi et Francesca décident un jour de se retrouver, le temps d’une ascension dans les Dolomites. Bien sûr, ce retour vers leur passé n’est pas dû au hasard ni à un coup de tête…

righetto-ouvre-les-yeuxUne merveille. Ce bref roman est une merveille – de concision, de pudeur, de délicatesse. Au fil de chapitres courts et de phrases ciselées, dépourvues du moindre gras mais jamais d’émotion, l’Italien Matteo Righetto déroule une histoire très simple – dont je vous ai caché volontairement l’essentiel ; en dire davantage, notamment sur les motivations des protagonistes, serait dommageable. Il évoque avec nuance la manière dont l’amour peut parfois s’éteindre, les petits manquements du quotidien qui créent les grandes incompréhensions, celles que l’on peut regretter ensuite toute sa vie, quand on réalise ce qu’on a perdu. On parle ici de la relation de famille au sens large, pas seulement celle du couple mais aussi celle qui unit les parents à leurs enfants – et c’est même, au bout du compte, le cœur du livre.

Sur la forme, Righetto construit son récit en alternant le récit de l’ascension menée par Luigi et Francesca, et des flashbacks évoquant leur vie passée, ainsi que les événements qui les ont conduits là, sur ce sentier, des années après leur séparation. Porté vers le haut, par l’effort produit par les héros pour atteindre le sommet, le récit principal est narré au futur, le plus souvent à la deuxième personne du singulier, contrecarré parfois par un pluriel qui illustre le chemin accompli en commun, la complicité immuable qui lie encore Francesca et Luigi.
De manière assez étonnante, le même procédé est utilisé dans les flashbacks racontés au passé, où les deux protagonistes sont soit désignés par leurs prénoms, vus par un narrateur omniscient ; soit semblent reprendre la responsabilité du récit en assumant un « nous » qui bouscule la distance imposée le reste du temps par le choix d’un point de vue « supérieur », indépendant. Aucune maladresse de la part de l’auteur, ne vous y trompez pas. Matteo Righetto fait preuve au contraire d’une habileté narrative éblouissante qui illustre les sujets de son roman : distance, responsabilité, implication dans la vie d’autrui, tout est là.

Ouvre les yeux : ce titre, pour finir, vous arrachera à coup sûr le cœur quand vous aurez compris à quoi il fait référence. En tout cas, c’est vraiment un superbe roman, que je vous invite à découvrir, car sa sensibilité et sa retenue sauront parler à n’importe qui.

Ouvre les yeux, de Matteo Righetto
(Apri gli occhi, traduit de l’italien par Anne-Laure Gonin-Marquer)
Éditions la Dernière Goutte, 2017
ISBN 978-2-918619-34-5
175 p., 17€


Anna, de Niccolo Ammaniti

Signé Bookfalo Kill

Sicile, 2020. Depuis quatre ans, un virus implacable surnommé « La Rouge » (car le corps de ses victimes se couvre de plaques rouges, signes avant-coureurs de la mort inéluctable qui s’approche) fauche tous les adultes. Seuls les enfants survivent, jusqu’à la puberté. Après la mort de sa mère, Anna, âgée d’une douzaine d’années, se retrouve seule responsable de son petit frère Astor, qui n’a que quatre ans. Quand ce dernier disparaît, elle se lance non seulement à sa recherche, mais aussi en quête d’un moyen d’échapper au virus…

ammaniti-anna02En France, Niccolo Ammaniti cherche toujours son public – qu’il mérite, tant son œuvre, largement reconnue en Italie (il a notamment reçu le Strega, équivalent du Goncourt, pour l’extraordinaire Comme Dieu le veut), est riche et passionnante. Malheureusement, ce n’est sans doute pas avec Anna qu’il va le trouver. Bien que fan de son travail depuis des années, je suis obligé d’admettre que ce roman post-apocalyptique n’est pas une franche réussite ; il n’apporte en tout cas rien au genre, ni par l’évolution de son intrigue, ni par ses personnages, ni par son style.

Le post-apocalyptique est à la mode en ce moment. Il faut croire que l’état de notre planète inquiète de plus en plus de romanciers, et c’est assez légitime qu’ils soient nombreux à s’emparer du genre pour partager leur préoccupation. Revers de la médaille, il faut désormais s’employer pour rivaliser d’originalité – qualité dont Ammaniti manque hélas dans Anna. Si on ne peut lui reprocher l’histoire du virus, classique et efficace, le romancier ne fait pas grand-chose de neuf du climat délétère qui en résulte.
Oh, ça tient la route – mais pas la comparaison avec, par exemple… la Route de Cormac McCarthy, chef d’œuvre marquant du post-apo ces dernières années. En dépit de la violence qui préside au moindre acte des personnages, Anna manque d’intensité, de souffle, de profondeur, et ressemble surtout à un roman d’aventure dans lequel il ne se passe pas grand-chose – le comble, surtout qu’il tire en longueur ses plus de 300 pages.

Et puis surtout, à quoi bon cette histoire ? Quand on s’attaque au post-apocalyptique, c’est qu’on a quelque chose à raconter. Dans cette même rentrée littéraire, Emily St John Mandel en fait la démonstration avec son superbe Station Eleven (éditions Rivages, j’essaie de vous en parler bientôt). Là, difficile de voir ce qu’Ammaniti avait en tête. La Rouge, punition immanente pour la façon dont les hommes se comportent ? Ouais, bon…
Même si l’on avance qu’il entreprend d’analyser la violence naturelle des enfants en situation extrême, le roman souffre alors de la comparaison avec Sa Majesté des mouches, terrible référence auquel on est obligé de penser ici. Les personnages d’Anna sont affreux, sales et méchants, certes, mais dépourvus de l’atroce « grandeur » qu’avait réussi à conférer Golding à ses héros. Même Anna, protagoniste courageuse et intelligente, a peiné à susciter mon empathie, tant le romancier rame à donner de la chair et de puissance à l’enjeu (protéger et sauver son petit frère) qu’il impose à son héroïne.

Bref, vous l’aurez compris, Anna est pour moi une grande déception, surtout de la part d’un auteur qui avait si bien su combiner enfance et violence dans son magnifique Je n’ai pas peur. J’espère retrouver bien vite mon Ammaniti favori, qui m’avait déjà laissé sur ma faim avec son précédent livre, Moi et toi. Croisons les doigts pour que ce ne soit qu’une mauvaise passe…

Anna, de Niccolo Ammaniti
(Anna, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher)
Éditions Grasset, 2016
ISBN 978-2-246-86164-5
320 p., 20€


Comme si j’étais seul, de Marco Magini

Signé Bookfalo Kill

Face à l’horreur absolue, on est tout seul, à la fois responsable et victime de ses choix et de ses actes. C’est en substance le message que fait passer le terrible roman de Marco Magini, et que je vous encourage à découvrir en dépit de sa couverture peu gracieuse (et je suis poli).

magini-comme-si-jetais-seulÀ tour de rôle, deux hommes prennent la parole. Le premier, Dirk, est un Casque Bleu néerlandais, soldat de la force d’interposition de l’ONU envoyée en Yougoslavie, dans les années 90, alors que la guerre déchire le pays avec une violence inouïe. Le second, Drazen, devrait être un exemple de multiculturalisme : né en Bosnie de parents croates, il finit par s’engager dans l’armée serbe, non pas parce qu’il brûle de prendre les armes, mais parce que c’est le seul moyen de mettre à l’abri du besoin sa femme et sa petite fille. Son choix va l’emmener beaucoup plus loin qu’il ne l’imaginait, dans des confins de terreur inconcevables pour un humain normalement constitué.
Entrant en scène à quelques années de distance, un troisième personnage tente de percevoir ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie avec recul et hauteur. Romeo Gonzalez vient d’être nommé au Tribunal International de La Haye, chargé de juger les crimes de guerre et contre l’humanité ; son premier cas, un jeune homme accusé d’avoir abattu des dizaines de personnes durant le massacre de Srebrenica, lui semble de prime abord peu glorieux. Il va pourtant le confronter de plein fouet à l’absurdité et à la cruauté aveugle de la guerre et, au-delà, au problème quasi insoluble qui consiste à juger un individu alors que l’horreur naît d’une addition de déviances, d’errements et de faiblesses qu’un homme seul ne saurait assumer.

Pour son premier roman, l’Italien Marco Magini frappe fort et fait très mal. Ses choix narratifs sont d’une efficacité remarquable : en donnant une voix à Dirk et Drazen, engagés pleinement dans le conflit, il nous plonge au cœur de la tempête guerrière, avec une sobriété et une dignité qui compensent l’épouvante des actes relatés ici (véridiques, d’ailleurs Drazen Erdemovic existe bel et bien). C’est avec un réalisme confondant que le romancier nous donne à voir le terrifiant épisode du massacre de Srebrenica, dont le nom seul convoque un cortège d’effroi pour ceux qui ont vécu cette période de notre histoire récente. Certains passages sont effroyables, mais en gardant toujours la bonne distance, Magini éloigne toute violence gratuite, toute complaisance, avec une maîtrise qu’il convient de saluer car elle rend le livre supportable.

D’un autre côté, le fait d’aborder les chapitres consacrés à Romeo Gonzalez par le biais d’un narrateur omniscient montre bien à quel point le magistrat est dépassé par l’événement qu’on lui demande de juger, pour ainsi dire rendu muet d’horreur et d’impuissance. Il reste à l’extérieur des faits, spectateur désarmé de la guerre autrement plus dérisoire – guerre d’influence, de pouvoir, d’orgueil – qui oppose ses propres collègues.
Car Comme si j’étais seul dresse également un réquisitoire impitoyable contre l’inefficacité coupable de la « communauté internationale » lorsqu’il s’agit d’intervenir dans un conflit majeur. A travers le personnage de Dirk, on assiste avec consternation à l’impuissance des Casques Bleus, interdits d’agir ou de riposter – même lorsqu’ils sont directement menacés – parce que leur chaîne de commandement est incapable de prendre une décision. Quant au juge Gonzalez, il pointe du doigt la faiblesse du tribunal de La Haye, sclérosé par un manque de reconnaissance, dépassé par l’ampleur de sa tâche et par les questions quasi philosophiques qui surpassent sa seule mission de jugement.

Vivre dans un pays en guerre aujourd’hui, c’est être abandonné, raconte Marco Magini. Un constat clairvoyant et cruel qui se perpétue depuis la guerre en Yougoslavie avec une constance désolante, dans de nombreux pays du globe, comme si aucune leçon n’était jamais apprise et alors même que le monde est plus connecté que jamais. Roman dur, éprouvant, Comme si j’étais seul offre une réflexion nécessaire sur ces problématiques qui nous dévorent. Un superbe début.

Comme si j’étais seul, de Marco Magini
(Come fossi solo, traduit de l’italien par Chantal Moiroud)
HC éditions, 2016
ISBN 978-2-35720-258-0
188 p., 19€


A première vue : la rentrée polar 2016 – les pointures !

Faute de temps (et sans doute un peu de courage, avouons-le), ces deux dernières années, nous avions omis de consacrer une chronique aux polars dans la rubrique « à première vue ». Et pourtant, le genre policier fait lui aussi sa rentrée ! Pour commencer, petit éclairage sur quelques grands noms attendus entre fin août et novembre – et ça fait déjà du beau monde, sachant que nous avons effectué un premier tri (très subjectif) parmi les très nombreuses parutions annoncées dans les semaines qui viennent…
Bref, attention, il y a du lourd !!!

Winslow - CartelTRAFFIC : Cartel, de Don Winslow (Seuil, 8/09)
C’est sans doute l’événement polar de la rentrée : près de quinze ans après, Don Winslow donne une suite à son plus grand roman, l’énormissime Griffe du chien. On retrouve l’agent de la DEA, Art Keller, reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant trente ans le baron de la drogue Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte… 700 pages de violence et de furie pour scruter avec plus d’acuité que jamais l’Amérique d’aujourd’hui. Grosse claque attendue.

Ellory - Un coeur sombreMAFIA FLOUZE : Un cœur sombre, de R.J. Ellory (Sonatine, 6/10)
Le romancier anglais qui parle des États-Unis mieux que la plupart des auteurs américains revient avec un héros qui n’a rien pour lui au départ : mauvais père, mauvais mari, Vincent Madigan doit tellement d’argent à Sandia, roi de la pègre d’East Harlem, que sa vie ne tient plus qu’à un fil. Pour s’en sortir, il n’a plus le choix, il doit réussir un gros coup, et pour cela prendre tous les risques…

George - Une avalanche de conséquencesMURDER BY THE BOOK : Une avalanche de conséquences, d’Elizabeth George (Presses de la Cité, 22/09)
Clare Abbott, féministe et écrivaine, est retrouvée morte par son assistante, Caroline. Cause du décès : arrêt cardiaque. Rory Statham, éditrice et amie de longue date de la défunte, est convaincue que Caroline n’est pas étrangère à la mort de Clare. Elle fait donc appel à l’enquêtrice Barbara Havers. La nouvelle brique (500 pages environ) de la reine américaine du crime.

Ledun - En douceMISERY : En douce, de Marin Ledun (Ombres Noires, 18/08) (lu)
Un soir de fête, une femme, un homme. Elle danse merveilleusement bien, en dépit de sa prothèse de jambe. Il a bu, elle lui plaît. Il la suit, elle vit dans une caravane au milieu d’un chenil, loin de tout et de tous. Bien sûr, la soirée ne se termine pas comme il l’imaginait. Elle dégaine un flingue et lui tire une balle dans le genou – et ce n’est que le début de ses ennuis. Car elle est très, très en colère. Et elle n’a rien à perdre… Un roman noir, très noir, avec un personnage féminin d’une force inouïe, dont Marin Ledun a la spécialité, qui irradie cette histoire terrible de vengeance et d’impossible rédemption. Magnifique.

Cook - Sur les hauteurs du Mont Crève-CoeurSECRET STORY : Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, de Thomas H. Cook (Seuil, 25/08)
L’abondante bibliographie de Thomas H. Cook n’a pas fini de dévoiler toutes ses pépites ! La preuve avec ce roman paru en 1995 aux Etats-Unis, situé à Choctawn, dans le sud américain. Au lycée, Ben tombe amoureux de Kelli, qui vient d’arriver de Baltimore ; mais Kelli n’a d’yeux que pour Troy… Lorsque le corps de Kelli est retrouvé sur le mont Crève-Coeur, le shérif soupçonne Ben d’en savoir plus qu’il ne le dit. Trente ans plus tard, il décide de révéler la vérité.

Carrisi - La Fille dans le  brouillardGONE GIRL : La Fille dans le brouillard, de Donato Carrisi (Calmann-Lévy, 31/08)
Dans un village des Alpes italiennes, une jeune femme est enlevée. Le très médiatisé commissaire Vogel est chargé de l’enquête. Mais lorsqu’il comprend qu’il ne peut résoudre l’affaire, et pour ne pas être ridiculisé, il décide de créer son coupable idéal et accuse à l’aide de preuves falsifiées, le professeur de l’école du village. Ce dernier perd tout et prépare sa vengeance depuis sa cellule.

Manook - La Mort nomadeL’EMPIRE DES LOUPS : La Mort nomade, de Ian Manook (Albin Michel, 28/09)
Troisième – et dernière ? – enquête de Yeruldelgger, l’explosif commissaire venu de Mongolie. S’il rêve d’une retraite bien méritée, ce n’est pas pour tout de suite : un enlèvement, un charnier, un géologue français assassiné et une empreinte de loup marquée au fer rouge sur les cadavres de quatre agents de sécurité requièrent ses services…

Camilleri - Une lame de lumièreQUANDO SEI NATO NON PUOI PIU NASCONDERTI : Une lame de lumière, d’Andrea Camilleri (Fleuve Noir, 8/09)
Le vétéran du polar italien (91 ans !!!) confronte son emblématique commissaire Montalbano à l’actualité, en l’occurrence le drame des migrants qui affecte particulièrement l’Italie. A la suite d’un énième naufrage mortel au large de Lampedusa, le ministre de l’Intérieur italien décide de se rendre sur place, prévoyant au passage une halte à Vigata, la ville de Montalbano. Mais ce dernier n’a pas très envie de jouer le jeu politique.

Rankin - Tels des loups affamésWOLF : Tels des loups affamés, de Ian Rankin (Editions du Masque, 21/09)
Bien qu’à la retraite, John Rebus est plus que jamais de retour aux affaires. Cette fois, c’est son ancienne protégée, l’inspectrice Siobhan Clarke, qui lui demande d’enquêter sur des menaces de mort visant un caïd et un juge – lequel est d’ailleurs rapidement retrouvé étranglé. Mais Malcolm Fox, le chef du Service des Plaintes, s’en mêle et perturbe leurs investigations… Inoxydable Rankin.

Coben - IntimidationNE LE DIS A PERSONNE : Intimidation, de Harlan Coben (Belfond, 6/10)
Un avocat sans histoires, Adam Price, mène une vie paisible avec sa femme Corinne. Un jour, un inconnu lui fait une révélation si stupéfiante sur Corinne qu’Adam demande aussitôt des comptes à cette dernière, qui refuse de répondre et disparaît. Adam décide malgré de la retrouver, mettant le doigt dans un engrenage redoutable. Mister Best-Seller America est de retour avec un suspense à la mécanique sans doute prévisible mais bien huilée, comme d’habitude.

Et aussi (mais plus rapidement) :

Brunetti en trois actes, de Donna Leon (Calmann-Lévy, 28/09)
C’est un peu du « polar de mamie », certes, mais Donna Leon reste incontournable et continue d’ailleurs à bien figurer dans les meilleures ventes du genre. Cette fois, son commissaire Brunetti retourne à la Fenice (déjà cadre de son roman le plus célèbre, Mort à la Fenice), pour enquêter sur l’agression d’une jeune chanteuse, protégée de la grande diva Flavia Petrelli.

Marconi Park, d’Ake Edwardson (Lattès, 21/09)
Le romancier suédois confirme le retour de son héros emblématique, Erik Winter, confronté cette fois à une série de crimes mettant en scène des cadavres à la tête enfouie dans un sac plastique et couvert d’un carton mentionnant une lettre peinte en noir. Brrr.

Message sans réponse, de Patricia MacDonald (Albin Michel, 3/10)
Une sombre histoire de famille, bien sûr… Neuf ans après avoir plaqué sa famille pour son amant, une mère de famille est retrouvée morte avec son fils handicapé, apparemment à la suite d’un suicide. Sa fille née de son premier mariage enquête sur la deuxième vie de sa mère, dont elle ignorait beaucoup de choses…

Il était une fois l’inspecteur Chen, de Qiu Xiaolong (Liana Levi, 3/10)
Retour sur la jeunesse de l’incontournable inspecteur Chen pendant la Révolution culturelle.

La Main de Dieu, de Philip Kerr (éditions du Masque, 2/11)
Kerr poursuit son escapade dans le milieu du foot, avec cette deuxième enquête de l’entraîneur Scott Manson.

Kabukicho, de Dominique Sylvain (Viviane Hamy, 6/10)
Retour vers son cher Japon pour la romancière Dominique Sylvain, sur les traces d’une jeune Française qui devient hôtesse de club dans le quartier de Kabukicho grâce à son amie Mary. Mais celle-ci disparaît sans laisser d’autre trace qu’une photo inquiétante reçue sur son téléphone par son père…

Rome brûle, de Giancarlo De Cataldo & Carlo Bonini (Métailié, 8/09)
Suite de Suburra, paru en début d’année, qui révèle violemment les trafics et malversations peu glorieuses dont Rome est aujourd’hui le théâtre.


A première vue : la rentrée Albin Michel 2016

Ça dérape un peu chez Albin Michel ! Neuf titres français et trois étrangers rien qu’en août, c’est plus que les années précédentes et ce n’est pas forcément pour le meilleur, gare au syndrome Gallimard… Il devrait y avoir tout de même deux ou trois rendez-vous importants, comme souvent avec cette maison, que ce soit du côté des premiers romans comme des auteurs confirmés.

Gros - PossédéesLE DÉMON A VIDÉ TON CERVEAU : Possédées, de Frédéric Gros
C’est l’un des buzz de l’été chez les libraires, et c’est souvent bon signe. Pour son premier roman, l’essayiste et philosophe Frédéric Gros s’intéresse au cas des possédées de Loudun, sombre histoire de possession et exorcisme de bonnes sœurs soi-disant habitées par Satan réincarné sous la forme du curé Urbain Grandier. Nous sommes en 1632, Richelieu est au pouvoir et entend mener une répression sévère contre la Réforme ; humaniste, amoureux des femmes, Grandier est une cible parfaite… Une réflexion sur le fanatisme qui devrait créer des échos troublants entre passé et présent.

Guenassia - La Valse des arbres et du cielL’HOMME A L’OREILLE COUPÉE : La Valse des arbres et du ciel, de Jean-Michel Guenassia
Après un précédent roman (Trompe-la-mort) moins convaincant, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes revient avec un roman historique mettant en scène les derniers jours de Vincent Van Gogh, en particulier sa relation avec Marguerite, une jeune femme avide de liberté, fille du célèbre docteur Gachet, connu comme l’ami des impressionnistes – mais l’était-il tant que ça ? Guenassia s’inspire aussi de recherches récentes sur les conditions de la mort de Van Gogh, fragilisant l’hypothèse de son suicide… On attend forcément de voir ce que ce grand raconteur d’histoire peut faire avec un sujet pareil.

Gougaud - LithiumWERTHER MINUS : Lithium, d’Aurélien Gougaud
Elle refuse de penser au lendemain et se noie dans les fêtes, l’alcool et le sexe sans se soucier du reste ; Il vient de se lancer dans la vie active mais travaille sans passion. Ils sont les enfants d’une nouvelle génération perdue qui reste assez jeune pour tenter de croire à une possibilité de renouveau. Premier roman d’un auteur de 25 ans, qui scrute ses semblables dans un roman annoncé comme sombre et désenchanté.

Hoffmann - Un enfant plein d'angoisse et très sage2ABOUT A BOY : Un enfant plein d’angoisse et très sage, de Stéphane Hoffmann
Ce titre, on dirait un couplet d’une chanson de Jean-Jacques Goldman, tiens ! (C’est affectueux, hein.) Antoine, 13 ans, aimerait davantage de considération de la part de ses parents, duo d’égoïstes qui préfèrent le confier à un internat suisse ou à sa grand-mère de Chamonix plutôt que de l’élever. Mais le jour où ils s’intéressent enfin à lui, ce n’est peut-être pas une si bonne nouvelle que cela… Une comédie familiale pour traiter avec légèreté du désamour filial.

Lacroix - PechblendeQUAND NOTRE CŒUR FAIT BOUM : Pechblende, de Jean-Yves Lacroix
Deuxième roman d’un libraire parisien spécialisé dans les livres d’occasion – ce qui explique sans doute pourquoi le héros de ce livre est justement libraire dans une librairie de livres anciens (ah). A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le dit libraire tombe amoureux d’une assistante de Frédéric Joliot-Curie, mais se trouve confronté à un dilemme cruel lorsque le conflit éclate et que son patron décide d’entrer dans la clandestinité.

Rault - La Danse des vivants2MEMENTO : La Danse des vivants, d’Antoine Rault
A la fin de la Première Guerre mondiale, un jeune homme se réveille dans un hôpital militaire, amnésique mais parlant couramment aussi le français que l’allemand. Les services secrets français imaginent alors de l’affubler de l’identité d’un Allemand mort et de l’envoyer en infiltration de l’autre côté de la frontière… Après Pierre Lemaitre racontant l’impossible réinsertion des soldats survivants à la fin de la guerre dans Au revoir là-haut, le dramaturge à succès Antoine Rault s’intéresse au début de l’entre-deux-guerres dans l’Allemagne de Weimar. Une démarche intéressante, pour un livre présenté comme un roman d’aventures.

Nothomb - Riquet à la houppe2AMÉLIE MÉLO : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Nothomb n’en finit plus de se recycler, et cette année, la peine est sévère. Je l’annonce tout net, j’ai tenu cinquante pages avant d’abandonner la lecture de ce pensum sans imagination, remake laborieux d’un conte qui rejoue grossièrement Attentat, l’un des premiers livres de la romancière belge. Franchement, si c’est pour se perdre dans ce genre de facilité, Amélie devrait prendre des vacances. Ça nous en ferait.

BATTLEFIELD : Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez
Le parcours épique d’une femme, respectable mère de famille qui se lance corps et âme dans la lutte contre le franquisme dès 1936, se révélant à elle-même tout en incarnant le déchirement de l’Espagne d’alors.

MON PÈRE CE HÉROS : Comment tu parles de ton père, de Joann Sfar
L’hyperactif Sfar revient au roman, ou plutôt au récit, puisqu’il évoque son père (tiens, quelle surprise). Je le laisse aux aficionados, dont je ne suis pas…

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James - Brève histoire de sept meurtres2BUFFALO SOLDIER : Brève histoire de sept meurtres, de Marlon James (un peu lu)
Cette première traduction mais troisième roman du Jamaïcain Marlon James a reçu le Man Booker Prize en 2015 et arrive en France auréolé d’une réputation impressionnante. Et pour cause, ce livre volumineux (850 pages) affiche clairement son ambition, celle d’un roman choral monumental qui s’articule librement autour d’un fait divers majeur, une tentative d’assassinat dont fut victime Bob Marley en décembre 1976 juste avant un grand concert gratuit à Kingston. En donnant une voix aussi bien à des membres de gang qu’à des hommes politiques, des journalistes, un agent de la CIA, des proches de Marley (rebaptisé le Chanteur) et même des fantômes, Marlon James entreprend une vaste radiographie de son pays.
Une entreprise formidable – peut-être trop pour moi : je viens de caler au bout de cent pages, écrasé par le nombre de personnages, le style volcanique et un paquet de références historiques que je ne maîtrise pas du tout… Ce roman va faire parler de lui, c’est certain, il sera sans doute beaucoup acheté – mais combien le liront vraiment ? Je suis curieux d’avoir d’autres retours.

Enia - Sur cette terre comme au cielRAGING BULL : Sur la terre comme au ciel, de Davide Enia
Une grande fresque campée en Sicile, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 90, qui entrelace le destin de trois générations, dont le petit Davidù, gamin de neuf ans qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amour et de la bagarre dans les rues de Palerme. Premier roman de Davide Enia, finaliste du prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

COLLISION : La Vie nous emportera, de David Treuer
Août 1942. Sur le point de s’engager dans l’U.S. Air Force, un jeune homme se trouve mêlé à un accident tragique qui bouleverse non seulement son existence, mais aussi de ses proches. Une fresque humaine et historique à l’américaine.


Le Cas Annunziato, de Yan Gauchard

Signé Bookfalo Kill

A la suite d’une plaisanterie anodine, un homme se retrouve enfermé dans une cellule du musée national San Marco de Florence. Fabrizio Annunziato, traducteur de l’italien pour l’édition française de son état, n’imagine pas que cette réclusion involontaire va durer beaucoup plus longtemps que prévu – et qu’à sa sortie, il sera un autre homme, pour les autres comme pour lui-même…

Gauchard - Le Cas AnnunziatoEn commençant la lecture de ce bref livre, je craignais un peu de m’ennuyer, je l’avoue. Un premier roman aux éditions de Minuit, c’est un peu la loterie : soit c’est totalement brillant et singulier (Viviane Elisabeth Fauville, de Julia Deck), soit c’est plat et sans intérêt (Changer d’air, de Marion Guillot, paru l’année dernière, et dont je n’ai même pas pris la peine de vous parler, parce que bon, voilà).
Yan Gauchard s’inscrit ici dans une autre veine, celle des romans drolatiques et imprévisibles, tels ceux de Bertrand de La Peine (La Méthode Arbogast), d’une manière plus réussie néanmoins. Assez vite, le romancier fait de son Cas Annunziato un livre au cours inattendu, avec quelques rebondissements sympathiques, un contexte politique discret mais bien utilisé (Berlusconi au pouvoir au début des années 2000), des personnages barrés, un humour délicat et une fine connaissance de la culture et de l’histoire italiennes. Si la plupart de ces éléments sont traités de manière légère, leur combinaison produit un effet convaincant, qui donne envie d’aller au bout de cette drôle d’histoire.

Certes, Yan Gauchard s’écoute un peu écrire parfois, recourant de temps à autre à un vocabulaire rare ou précieux qui n’a pas forcément lieu d’être, ou à des tournures de phrase exagérément alambiquées. Le but étant généralement de produire un effet de décalage comique, on lui pardonne, parce qu’il arrive à ses fins assez souvent.
Au final, Le Cas Annunziato a le charme des comédies italiennes, se déguste comme un vin apéritif léger et pétillant, qui ne restera pas forcément longtemps en bouche mais aura ouvert l’appétit. On attend la suite du menu de Yan Gauchard avec une gourmandise éveillée.

Le Cas Annunziato, de Yan Gauchard
Éditions de Minuit, 2016
ISBN 978-2-7073-2927-1
125 p., 12,50€


A première vue : la rentrée Albin Michel 2015

Ils sont dix cette année à se présenter sous les couleurs des éditions Albin Michel : sept romans français et trois étrangers. A première vue, pas forcément de quoi bouleverser la rentrée littéraire (comme chez l’ensemble des éditeurs), mais quelques rendez-vous intéressants sont à espérer néanmoins, entre arrivées de transfuges prestigieux, incontournables (coucou Amélie !), projets inattendus et gros morceaux, avec une nette prédominance de sujets de société.

Nothomb - Le Crime du comte NevilleAMÉLIE WILDE : Le Crime du comte Neville, d’Amélie Nothomb (lu)
Vieil aristocrate belge sur le point de vendre son château familial, le comte Neville apprend qu’il va tuer l’un de ses invités au cours de la fête qu’il s’apprête à y donner. Sa fille adolescente, prénommée Sérieuse, lui propose une solution aussi audacieuse que terrible… Inspirée par le Crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde, Amélie Nothomb signe une fantaisie pétillante, bien dans son style quoique assez sage au final.

Rutés & Hernandez Luna - MonarquesQUATRE-MAINS TRANS-MARITIME : Monarques, de Sébastien Rutés & Juan Hernandez Luna
En 1935, Augusto, un affichiste mexicain, entame une correspondance involontaire avec Jules Daumier, jeune Français coursier à L’Humanité. Le second entreprend alors de rechercher Loreleï, jeune femme dont le premier est éperdument amoureux, et qui semble avoir disparu. Quelques dizaines d’années plus tard, les petits-fils d’Augusto et Jules poursuivent l’échange… Après la mort précoce en 2010 de Juan Hernandez Luna, Sébastien Rutés a poursuivi et achevé seul ce projet original de roman épistolaire à quatre mains.

Viguier - Ressources inhumainesVIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ : Ressources inhumaines, de Frédéric Viguier
Ce premier roman d’un auteur de théâtre suit le parcours d’une jeune femme quelconque au sein d’un hypermarché, qui gravit les échelons de simple stagiaire à chef de secteur, donnant ainsi un sens à sa vie. Jusqu’au jour où son statut est menacé par l’arrivée d’une nouvelle stagiaire…

Mordillat - La Brigade du rireVIVE LA SOCIALE : La Brigade du rire, de Gérard Mordillat
Une petite bande de chômeurs kidnappe un journaliste de Valeurs françaises pour le forcer à travailler selon ses propres idées extrémistes (semaine de 48h, smic en berne, travail le dimanche…) Transfuge de Calmann-Lévy, Mordillat propose une comédie sociale féroce et engagée, bien dans son style.

PETIT POUCET CHINOIS : Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, d’Olivier Bleys
En Chine, un homme économise assez d’argent pour racheter la maison familiale, dans le jardin de laquelle sont enterrés ses parents. Mais une compagnie minière essaie de les expulser pour exploiter la richesse du sous-sol.

LIGHT MY FIRE : L’Envers du feu, d’Anne Dufourmontelle
Premier roman d’une psychanalyste réputée, qui met en scène… une psychanalyste (on ne se refait pas). Cette dernière écoute le récit d’un Américain d’origine russe, qui tente de retrouver une femme disparue, tout en luttant contre un rêve obsédant de feu qui parasite ses souvenirs.

NICOLE GARCIA : Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, de Claire Delannoy
En découvrant à la mort de son mari que ce dernier avait une fille cachée, une femme s’entoure de ses amies proches pour questionner leurs amitiés et leurs amours. Vous le voyez venir, le film choral avec toutes les actrices françaises qu’on voit toujours à l’affiche dans ce genre d’histoire ?

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Mari - Les folles espérancesDICKENS ITALIEN : Les folles espérances, d’Alessandro Mari
(traduit de l’italien par Anna Colao)
Pour son premier roman, Mari balance un pavé de 1000 pages qui suit quatre personnages, parmi lesquels Garibaldi, dans une quête de liberté et d’amour dans l’Italie du XIXème siècle. On l’attend comme l’une des révélations étrangères de cette rentrée.

Mengestu - Tous nos nomsTEARS FOR FEARS : Tous nos noms, de Dinaw Mengestu
(traduit de l’américain par Michèle Albaret-Maatsch)
Un jeune Africain fuit l’Ouganda en proie à la guerre civile, y abandonnant son meilleur ami, pour rallier l’Amérique des années 70, où il trouve l’amour. Entre Afrique et Amérique, un roman du déchirement et de la quête d’identité dans des pays qui se cherchent.

INISHOWEN : La Neige noire, de Paul Lynch
(traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso)
Après avoir vécu aux États-Unis, un Irlandais revient s’installer en 1945 dans une ferme de son pays avec femme et enfant. La mort accidentelle d’un ouvrier dans l’incendie de son étable le confronte à l’hostilité des autochtones, qui se confond avec la rudesse de la région.


A première vue : la rentrée Stock 2014

L’année dernière, chez Stock, nous avions adoré la fable singulière et bouleversante de Karin Serres, Monde sans oiseaux. Trouverons-nous pareil miracle parmi les élus à la couverture bleue de cette rentrée 2014, dans une maison par ailleurs bouleversée par la mort de son éditeur mythique, Jean-Marc Roberts ? Pas sûr, mais il y a tout de même quelques belles promesses.

Bosc - ConstellationCRASH MYTHIQUE : Constellation, d’Adrien Bosc
C’est l’un des accidents aériens les plus connus de l’histoire. Le 28 octobre 1949, le Constellation, nouvel avion d’Air France voulu par le milliardaire excentrique Howard Hughes, s’écrase sur un îlot des Açores, tuant ses onze membres d’équipage et ses trente-sept passagers, parmi lesquels le boxeur Marcel Cerdan. Loin de ne s’intéresser qu’au sort du célèbre amant d’Edith Piaf, Adrien Bosc tisse un roman choral qui donne une voix à tous les disparus tout en questionnant les raisons du drame. Sur le papier, l’un des premiers romans les plus ambitieux de la rentrée.

Poulain - Les mots qu'on ne me dit pasCOMME UN POT : Les mots qu’on ne me dit pas, de Véronique Poulain (lu)
Comme Jean-Louis Fournier, publié par la même maison, Véronique Poulain tire de l’humour d’une situation douloureuse, en l’occurrence le handicap, la surdité de ses parents. Comme Fournier, la néo-romancière aligne des chapitres courts et percutants qui disent la difficulté d’être la fille parlante et entendante de parents sourds, l’incompréhension, le poids du regard des autres, mais aussi l’amour qui se glisse dans tout cela, et bientôt la fierté lorsque les géniteurs de Véronique Poulain se retrouvent à la pointe du combat pour la reconnaissance des sourds dans la société. Un récit parfois grinçant, douloureux, mais souvent drôle et au bout du compte touchant et très juste.

Michelis - La chance que tu asESCLAVAGE MODERNE : La Chance que tu as, de Denis Michelis (coll. la Forêt)
Un jeune homme est embauché dans un restaurant prestigieux. Nourri et logé, il y est rapidement soumis à des conditions de travail drastiques et aux mauvais traitements d’employeurs exigeants et manipulateurs. Alors que commence une descente aux enfers inexorable, il n’ose pourtant se plaindre, si chanceux de travailler pour une maison aussi prestigieuse… Un premier roman qui promet d’être dérangeant avec justesse.

TOILE LITTÉRAIRE : Selon Vincent, de Christian Garcin
Entre 1812 et 2013, des destins se répondent aux quatre coins du monde, de la Patagonie à la Russie. Un roman choral énigmatique par un écrivain-voyageur qui n’aime rien tant que croiser des histoires et raconter des personnages différents.

Greggio - Les nouveaux monstresFORZA ITALIA : Les nouveaux monstres (1978-2014), de Simonetta Greggio
Suite du remarqué Dolce Vita, ce roman raconte l’Italie des trente-cinq dernières années, marquée notamment par l’irruption sur la scène politique d’un certain Silvio Berlusconi.

LOVE IS ALL : Tout ce que je sais de l’amour, de Michela Marzano
Deuxième auteure d’origine italienne chez Stock cette année, Michela Marzano poursuit son parcours singulier dans la lignée de son précédent livre, Légère comme un papillon, paru chez Grasset avec succès. Un récit autobiographique qui questionne l’impossible recherche du Prince Charmant, le désir d’enfant, la maternité, l’amour tout simplement.

BOUCHON A PRÉVOIR : L’Autoroute, de Luc Lang
Rencontre entre un arracheur de betteraves dans le nord et un couple imprévu qui vit dans une maison au bord d’une autoroute. C’est sans doute plus que cela, mais bon, voilà…

COMME C’EST ORIGINAL : Le Jour où tu m’as quitté, de Vanessa Schneider
Une femme divorcée et mère de deux enfants est quittée à nouveau. Déception, chagrin, incompréhension, vieux démons, crainte de ne pouvoir se reconstruire, tout ça… Je vous fais un dessin ou ça va ?


Quelques romans pour les petits (2)

Signé Bookfalo Kill

Toujours en panne d’inspiration pour vos enfants ? Voici trois nouvelles chroniques de romans à destination de lecteurs un peu plus grands (8-11 ans).

Oster - Le Principal problème du prince PrudentLe Principal problème du prince Prudent, de Christian Oster, illustrations d’Adrien Albert
Éditions Ecole des Loisirs, coll. Mouche, 2014
ISBN 978-2-211-21671-5
51 p., 7,50€

Le prince Prudent, le bien nommé, se méfie de tout, y compris des jeunes filles que ses parents lui présentent afin qu’il se marie. Malheureusement, aucune n’est assez prudente à ses yeux. Jusqu’au jour où une certaine princesse Prudence se présente au château. Avec un prénom pareil, ils ne peuvent que s’entendre à merveille ! Sauf que Prudence est tout sauf prudente… Alors, lorsqu’un géant l’enlève sous ses yeux, le prince Prudent n’écoute prudemment que son courage et se lance prudemment à la poursuite du ravisseur.

Mon avis : avec son prince trouillard, ainsi que son écriture drôle et gentiment ironique, Christian Oster signe un joli petit bijou d’humour ! Un petit roman d’aventure et d’amour pas nunuche pour un sou, à partir de 7-8 ans.

Le Club de la Pluie au pensionnat des mystères, de Malika FerdjoukhFerdjoukh - Le Club de la pluie au pensionnat des mystères
Éditions École des Loisirs, coll. Neuf, 2014
ISBN 978-2-211-21790-3
82 p., 8,50€

En entrant au pensionnat des Roches-Noires, à Saint-Malo, Rose ne s’attend pas à vivre de folles aventures. Et pourtant, avec ses nouveaux amis Nadget, la jolie coquette à la tête bien faite, et Ambroise, le fils du concierge toujours suivi par son chien Clipper, elle va devoir résoudre de drôles de mystères.
Qui est enfermé dans la haute tour de l’internat, au point de devoir envoyer des messages d’appels à l’aide par la fenêtre ? Et qui est coupable de tous ces vols à Saint-Malo ? Ensemble, les trois amis mènent l’enquête.

Mon avis : deux enquêtes, L’Énigme de la tour et Le Voleur de Saint-Malo, sont réunies dans ce volume. Deux histoires brèves, dynamiques et pleins d’humour, dont les petits héros, hyper attachants, font preuve de débrouillardise et de solidarité. Un petit côté Club des Cinq moderne, pour les amateurs de roman policier en culottes courtes, à partir de 9-10 ans.

Turoche-Dromery - Martin gaffeur tout-terrainMartin, gaffeur tout-terrain, de Sarah Turoche-Dromery
Éditions Thierry Magnier, 2014
ISBN 978-2-36474-445-5
96 p., 6,90€

Martin est une catastrophe ambulante. Tout ce qu’il fait, même lorsqu’il est bien intentionné, se transforme immanquablement en gaffe ou en bêtise. Alors, quand il doit prendre l’avion avec son frère Sam pour rejoindre leurs parents en Italie et assister au mariage de leur cousin Angelo, c’est une véritable tornade d’ennuis qui s’abat sur les frangins…

Mon avis : sous ses côtés amusants, ce petit roman rythmé raconte de jolies choses sur la différence, la difficulté d’être frères, ou l’adolescence dans toute sa splendide complexité. Mais c’est surtout une succession d’aventures plus folles et rocambolesques les unes que les autres, qui réjouiront les jeunes lecteurs, à partir de 10 ans.


Six femmes au foot, de Luigi Carletti

Signé Bookfalo Kill

C’est jour de match à haute tension à Milan. Les deux prestigieuses équipes de la ville s’affrontent, le Milan AC d’un côté, l’Inter Milan de l’autre. En plus de l’honneur à chaque fois engagé lorsque survient le derby, cette fois le titre est en jeu. L’ambiance dans l’énorme paquebot du stade San Siro est plus électrique que jamais, et les 80 000 spectateurs prêts à en découdre.
Dans le public largement masculin, comme toujours, six femmes sont présentes. Certaines sont là pour le spectacle, d’autres non. Le temps des deux heures de la rencontre, chacune va jouer sa partition et dénouer des problèmes bien supérieurs au simple enjeu d’un match de football…

Carletti - Six femmes au footJe sais, je sais : sur le papier, ce roman part avec des handicaps quasi insurmontables. La couverture est assez moche, le titre peu engageant, et il est question de football, sport qui véhicule trop de messages négatifs (excès d’argent, sportifs portés au pinacle alors qu’ils sont souvent bêtes comme leurs crampons, attitudes déplorables et mauvais exemples souvent donnés dans les stades ou autour, que ce soit par les dirigeants, les staffs ou certains « supporters » encore plus stupides que les crampons des joueurs susmentionnés…)

Justement, et si tous ces arguments faisaient du stade un cadre parfait pour un bon roman ? Luigi Carletti l’a bien compris, qui offre avec Six femmes au foot un roman très complet en exploitant à fond le microcosme du lieu et de ses acteurs.
Pour commencer, voilà un suspense conduit à la perfection, qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé dans une collection policière. Unité de temps (la durée d’un match), de lieu (le stade), multiplicité des points de vue (les six femmes et les personnages qui gravitent autour) et des enjeux (chacune des femmes a un rôle bien différent à jouer) : autant d’éléments qui, combinés avec art par l’auteur, assurent un rythme élevé à un récit nerveux, et une envie irrésistible de tourner les pages.

Pas besoin d’être amateur de foot non plus pour apprécier la manière dont Carletti restitue l’atmosphère très particulière d’un stade : arène des temps modernes, conglomérat d’individus très différents mais qui, le temps d’un match, se créent de nouvelles affinités ou de nouveaux antagonismes, se métamorphosent. Un peu comme un homme doux et affable dans la vie, qui devient fou furieux lorsqu’il se met au volant de sa voiture. Là, c’est la même chose, sauf qu’ils sont 80 000 à conduire.
Le romancier raconte superbement le bruit, les couleurs, les chants, les passions, nous immerge dans le chaudron. Et en même temps il ne cache rien des violences qui s’y déroulent. Il évoque le racisme latent, la brutalité des commentaires et des mentalités, le machisme ordinaire, dans des scènes qui font grincer des dents de colère. Par les détours que prend son récit, il parle aussi de la corruption omniprésente, des arrangements mafieux qui gangrènent l’Italie, dessinant un tableau global qui dépasse largement le cadre du football.

Roman haletant au(x) dénouement(s) habile(s), Six femmes au foot s’inscrit finalement dans la veine sociale et critique de la littérature italienne contemporaine, avec un sens du tragique mais aussi un humour diffus qui font penser à Niccolo Ammaniti, l’un des auteurs transalpins les plus importants d’aujourd’hui.
Un compliment pour Luigi Carletti, qui m’avait déjà enchanté l’année dernière avec Prison avec piscine, et qui me surprend d’autant plus agréablement ici que je croyais moins à cette histoire. Bellissimo !

Six femmes au foot, de Luigi Carletti
Traduit de l’italien par Marianne Faurobert
Éditions Liana Levi, 2013
ISBN 978-2-86746-677-9
276 p., 18€

Ils sont nombreux à s’enthousiasmer pour Six femmes au foot : Le monde de Mirontaine, Seren Dipity, Moi, Clara et les mots, Lepetitjournal.com (rien à voir avec Yann Barthès)…