Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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A première vue : la rentrée Actes Sud 2017

La fin des présentations de rentrée littéraire approche, et…

En attendant, causons des éditions Actes Sud, qui abordent leur première rentrée avec leur patronne à la tête du Ministère de la Culture – ce qui n’a aucun rapport, certes. A vrai dire, je glose et tournicote parce que je ne sais pas bien dans quel sens prendre le programme de la maison arlésienne, gros plateau qui fait la part belle à la littérature étrangère (sept titres) et avance quelques auteurs importants – dont deux retours attendus, ceux de Don DeLillo et Kamel Daoud. Bref, l’assiette est bien remplie et présente joliment, reste à savoir si les mets seront de qualité.

Daoud - Zabor ou les psaumesSHÉHÉRAZADE : Zabor ou les Psaumes, de Kamel Daoud
Après un recueil de nouvelles salué d’un succès d’estime, Kamel Daoud a fracassé la porte de la littérature francophone avec Meursault, contre-enquête, premier roman choc en forme de réécriture de L’Étranger de Camus du point de vue arabe. Connu pour l’exigence de sa pensée, le journaliste algérien est forcément très attendu avec ce deuxième roman racontant l’histoire d’un homme qui, orphelin de mère et négligé par son père, se réfugie dans les livres et y trouve un sens à sa vie. Depuis, le seul sens qu’il donne à son existence est le geste d’écriture. Jusqu’au jour où son demi-frère, qu’il déteste, l’appelle au chevet de son père mourant…

Lafon - Mercy, Mary, PattySTARMANIA : Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon
Révélée elle aussi grâce à son précédent roman, La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon s’empare d’un fait divers américain qui a défrayé la chronique dans les années 1970 : l’enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst (qui avait en son temps inspiré Orson Welles pour son Citizen Kane), par un groupuscule révolutionnaire ; à la surprise générale, la jeune femme a fini par épouser la cause de ses ravisseurs et été arrêtée avec eux. Une professeure américaine, assistée d’une de ses étudiantes, se voit chargée par l’avocat de Patricia de réaliser un dossier sur cette affaire, pour tenter de comprendre le revirement inattendu de l’héritière.

Ferney - Les bourgeoisC’EST COMME LES COCHONS : Les Bourgeois, d’Alice Ferney
Les Bourgeois, ce sont dix frères et sœurs nés à Paris entre les deux guerres mondiales. À leur place dans les hautes sphères, ils impriment le cours de l’Histoire de leurs convictions et de leurs actes. En suivant les trajectoires de cette fratrie, Alice Ferney retrace les énormes bouleversements du XXème siècle, des gigantesques conflits planétaires à l’avènement des nouvelles technologies en passant par mai 68 et les décolonisations.

Ducrozet - L'Invention des corpsTHE CIRCLE : L’Invention des corps, de Pierre Ducrozet
En septembre 2014, une quarantaine d’étudiants mexicains sont enlevés et massacrés par la police. Rescapé du carnage, Alvaro fuit aux États-Unis, où il met ses compétences d’informaticien au service d’un gourou du Net fasciné par le transhumanisme. Une réflexion pointue sur les risques et dérives de notre monde ultra-connecté et amoralisé.

Dion - ImagoRELAX, DON’T DO IT : Imago, de Cyril Dion
Un jeune Palestinien pacifiste quitte son pays et traverse l’Europe à la poursuite de son frère, parti commettre l’irréparable à Paris, dans l’espoir de l’empêcher de passer à l’acte. Un premier roman qui tutoie l’actualité. Risqué ?

Gallay - La Beauté des joursLA VIE PAR PROCURATION : La Beauté des jours, de Claudie Gallay
Heureuse en mariage, mère comblée de deux filles jumelles désormais étudiantes, Jeanne mène une existence paisible. La découverte de l’œuvre de l’artiste Marina Abramovic lui ouvre la porte d’autres possibles où l’imprévu est roi.

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Delillo - Zéro KPROMETHEUS : Zéro K, de Don DeLillo
(traduit de l’américain par Francis Kerline)
Le dernier roman de Don DeLillo, Cosmopolis (adapté au cinéma par Cronenberg avec Robert Pattinson), date en France de 2012. C’est donc le retour attendu d’un auteur américain exigeant, très soucieux de la forme et porteur d’une vision ténébreuse des États-Unis en particulier et du monde en général.
Pas d’exception avec ce nouveau livre : Zéro K y est le nom d’un centre de recherches secret qui propose à ceux qui le souhaitent de s’éteindre provisoirement, de mettre leur vie en stand by en attendant que les progrès de la science permettent de prolonger l’existence et d’éradiquer les maladies. Un homme richissime, actionnaire du centre, décide d’y faire entrer son épouse, condamnée à court terme par la science, et convoque son fils pour qu’il assiste à l’extinction programmée de la jeune femme…
Un sujet déjà abordé en littérature ou au cinéma, mais dont on espère que DeLillo le poussera dans ses derniers retranchements philosophiques.

Zeh - BrandebourgDU VENT DU BLUFF DES MOTS : Brandebourg, de Julie Zeh
(traduit de l’allemand par Rose Labourie)
Des Berlinois portés par une vision romantique de la campagne débarquent dans un village du Brandebourg, État de l’ex-R.D.A., avec sous le bras un projet de parc éolien qui n’enthousiasme guère les paysans du coin. Une lutte féroce débute entre les deux clans, attisée par une femme qui manipule volontiers les sentiments des uns et des autres pour en tirer profit… La plume mordante et le regard acéré de Julie Zeh devraient s’épanouir au fil des 500 pages de ce concentré d'(in)humanité dans toute sa splendeur.

Clemot - PolarisALIEN 28 : Polaris, de Fernando Clemot
(traduit de l’espagnol par Claude Bleton)
Océan Arctique, 1960. Dans un vieux rafiot au mouillage devant l’île de Jan Mayen, dans un paysage fermé, glacial et désertique, le médecin de bord est confronté à la folie inexplicable qui a gagné l’équipage (résumé Électre). La mer, le froid, un huis clos flippant sur un bateau… Pitch court, tentation forte !

Trevi - Le Peuple de boisGOOD MORNING ITALIA : Le Peuple de bois, d’Emanuele Trevi
(traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli)
En Calabre, un prêtre défroqué anime une émission de radio où son esprit satirique s’en donne à cœur joie. Si les auditeurs suivent et se réjouissent de sa liberté de ton, les puissants grincent des dents…

Affinity K - MischlingL’ANGE DE LA MORT : Mischling, d’Affinity K
(traduit de l’américain par Patrice Repusseau)
Le terme « Mischling » en allemand désigne les sang-mêlé. C’est parce qu’elles en sont que deux sœurs jumelles sont envoyées à Auschwitz et choisies par le docteur Mengele pour mener sur elles ses terrifiantes expériences. Pour résister à l’horreur, les fillettes de douze ans se réfugient dans leur complicité et leur imagination. Peu avant l’arrivée de l’armée russe, l’une des deux disparaît ; une fois libérée, sa sœur part à sa recherche… Terrain très très glissant pour ce roman, tant il est risqué de « jouer » avec certains sujets. Auschwitz et les expériences de Mengele en font partie.

El-Thouky - Les femmes de KarantinaOÙ TOUT COMMENCE ET TOUT FINIT : Les femmes de Karantina, de Nael al-Toukhy
(traduit de l’arabe (Égypte) par Khaled Osman)
Saga familiale sur trois générations dans une Alexandrie parallèle et secrète, ce roman offre une galerie de personnages truculents tous plus en délicatesse avec la loi les uns que les autres (résumé éditeur).

CRIME ET CHÂTIMENT : Solovki, de Zakhar Prilepine
(traduit du russe par Joëlle Dublanchet)
Attention, pavé ! L’écrivain russe déploie sur 830 pages une vaste histoire d’amour entre un détenu et sa gardienne, et une intrigue puissamment romanesque pour évoquer l’enfer des îles Solovki, archipel situé dans la Mer Blanche au nord-ouest de la Russie où un camp de prisonniers servit de base et de « laboratoire » pour fonder le système du Goulag.


A première vue : la rentrée Flammarion 2017

À première vue, Flammarion, cette année, c’est un transfert qui fait un peu causer dans le Landerneau (Brigitte Giraud quittant Stock, son éditeur historique), quelques motifs de curiosité mais pas forcément de quoi trépigner sur place. Les auteurs convoqués sont solides, connus de la maison dans l’ensemble, et n’envoient pas des tonnes de rêve. Pas sûr qu’un raz-de-marée de bonheur viendra d’ici… mais on veut bien se tromper et avoir des bonnes surprises, comme c’est régulièrement le cas chez cet éditeur.

Giraud - Un loup pour l'hommeALGÉRIE I : Un loup pour l’homme, de Brigitte Giraud
Pour son entrée chez Flammarion, la romancière lyonnaise présente un livre très important pour elle, celui qu’elle cherchait à écrire depuis ses débuts en littérature. A mots couverts de la fiction, elle y évoque son père, incarné ici par Antoine, jeune Français appelé en Algérie pendant la guerre alors que sa femme Lila est enceinte. Refusant de porter les armes, il est casé comme infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès, où il rencontre Oscar, un caporal récemment amputé d’une jambe. Entre les deux hommes naît une amitié qui se construit sur l’horreur de la guerre…

Zeniter - L'Art de perdreALGÉRIE II : L’Art de perdre, d’Alice Zeniter
Plusieurs auteurs s’emparent donc du même sujet, l’Algérie, dans cette rentrée. Outre Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma), Marie Richeux (Sabine Wespieser), Kaouther Adimi (Seuil) et donc Brigitte Giraud, Alice Zeniter s’intéresse aux origines algériennes de sa famille dont elle ne sait rien, faute de pouvoir en parler. Elle le fait de manière fictionnelle, en remontant plusieurs générations à la recherche des vérités du passé.

Seigle - Femme à la mobyletteDARDENNE : Femme à la mobylette, de Jean-Luc Seigle
Depuis son roman précédent, l’émouvant Je vous écris dans le noir, voilà un auteur que je sais capable de me surprendre au meilleur sens du terme. Alors, pourquoi pas avec ce nouveau livre, même si son pitch ne m’emballe pas plus que cela, je l’avoue ? Cette Femme à la mobylette, c’est Reine, mère de trois enfants délaissée, livrée à elle-même, aux portes de la misère. Jusqu’au jour où elle récupère une mobylette bleue, l’une de ces vieilles pétrolettes des années 60, en laquelle elle place tous ses espoirs restants…

Bouillier - Le Dossier MBLOB : Le Dossier M, de Grégoire Bouillier
Méfiez-vous des gens discrets, ils finissent toujours par se mettre à trop parler. Prenez Grégoire Bouillier, habitué depuis ses débuts à signer des livres très courts aux éditions Allia. Il n’avait pas donné de nouvelles depuis 2008, il aurait fallu s’en alarmer avant que ne débarque sur nos tables ce volumineux pavé de 864 pages, première partie (!) d’un dyptique (!!) dont le deuxième volume sera aussi long (!!!) De quoi y sera-t-il question ? Hé bien, d’amour, apparemment. Même si je n’ai pas tout compris au sujet de ce livre, dont le principe est semble-t-il de céder à toute logorrhée du moment qu’elle est suscitée par une inspiration subite… Bon, bref, je ne vous en dirai guère plus ici, à vous de voir si relever ce genre de défi vous amuse.

Bénech - Un amour d'espionJEAN LE CARRE : Un amour d’espion, de Clément Bénech
Le narrateur, un étudiant en géographie, se voit invité, au détour d’une discussion, à relever le défi que lui propose Augusta. La jeune femme l’attend à New York, où elle vient de s’installer, car elle veut percer le mystère autour de son petit ami Dragan, un critique d’art roumain qu’elle a rencontré via une application. Ce dernier est accusé de meurtre par un internaute anonyme (résumé Electre). Une sorte de pastiche de roman d’espionnage assortie d’une réflexion sur les réseaux sociaux et le virtuel. Si j’ai bien compris. Bref.

Pollet-Villard - L'Enfant-moucheURANUS : L’Enfant-mouche, de Philippe Pollet-Villard
Inspiré par l’enfance de la mère de l’auteur, l’histoire d’une petite orpheline dans un village de Champagne, pendant l’occupation. Survivant de rien, slalomant entre les bassesses et les humiliations de ses voisins, sa vie bascule lorsqu’elle s’aventure du côté allemand…

Pons - Parmi les miensDÉBRANCHE : Parmi les miens, de Charlotte Pons
Trois frères et sœurs se retrouvent au chevet de leur mère, hospitalisé en état de mort cérébrale, sans espoir de retour. Ils se déchirent sur la suite à donner aux événements, tout en se confrontant à leurs souvenirs d’enfance. Premier roman.
(Je vais me pendre et je reviens. Ou pas.)

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El Akkad - American WarWE TAKE CARE OF OUR OWN : American War, d’Omar El Akkad
(traduit de l’américain par Laurent Barucq)
Les États-Unis sont à nouveau coupés en deux par la guerre, le nord et le sud s’affrontant cette fois au sujet des énergies fossiles. Après la mort de son père, une petite fille est envoyée avec sa mère dans un camp de réfugiés. Cette expérience extrêmement violente la transforme peu à peu en machine de guerre… Journaliste d’origine égyptienne, le néo-romancier signe un livre coup de poing sur l’état de l’Amérique, sous couvert d’un roman d’anticipation politique qui en dit long sur aujourd’hui.

Lagioia - La FéroceINTÉRIEUR NUIT : La Féroce, de Nicola Lagioia
(traduit de l’italien par Simonetta Greggio et Renaud Temperini)
La fille d’un riche entrepreneur est retrouvée morte au pied d’un immeuble, après avoir été vue marchant nue et ensanglantée au bord d’une route. L’hypothèse d’un suicide est privilégiée, mais pour quel motif cette jeune femme aurait-elle mis fin à ses jours ? On louche fortement du côté des malversations de son père… La littérature italienne pointe encore et toujours du doigt la corruption qui gangrène le pays, nouvel exemple avec ce roman couronné du prix Strega (Goncourt transalpin) en 2015.

Mendelsohn - Une odysséeHOMÉRIQUE : Une Odyssée, de Daniel Mendelsohn
(traduit de l’américain par Isabelle Taudière et Clotilde Meyer)
Le père de Daniel Mendelsohn (auteur du formidable récit-enquête Les disparus) décide d’assister au séminaire que donne son fils sur L’Odyssée d’Homère, au Bard Collège, université privée au nord de New York. L’occasion pour les deux hommes de se retrouver, une épopée intime qui vaut bien des voyages.


A première vue : la rentrée Stock 2017

Avec ses quatorze titres annoncés entre le 16 août et le 1er septembre, Stock s’affiche parmi les éditeurs qui filent de l’aérophagie aux libraires. D’autant que nombre de ces parutions semblent gonflées à l’hélium et risquent d’éclater au premier croc planté dedans. Pour le dire autrement, avec un paquet d’autofictions ou d’exofictions au programme, plus quelques synopsis sans grand intérêt, ce n’est pas la rentrée qui nous passionne le plus. Mais comme nous sommes consciencieux et qu’il est difficile de passer cette maison importante sous silence, nous allons tenter de faire notre devoir – rapidement, quand même, hein, on n’est pas des chiens. Et en commençant par les auteurs étrangers, qui ne sont que deux, ça nous donnera de l’élan.

Cognetti - Les huit montagnesLA GLOIRE DE MON PÈRE : Les huit montagnes, de Paolo Cognetti
(traduit de l’italien par Anita Rochedy)
Remarqué l’année dernière avec Le Garçon sauvage, récit autobiographique d’une échappée vers les montagnes du Val d’Aoste, Paolo Cognetti propose un premier roman qui fait écho à cette expérience. On y découvre Pietro, citadin solitaire de 11 ans dont les parents louent durant l’été une maison dans le Val d’Aoste ; là, il se lie d’amitié avec un jeune vacher, qui l’initie aux joies et secrets de la montagne, et découvre également sous un autre jour son père, homme ombrageux et rude en ville, père passionné et attentionné dès qu’il rejoint les hauteurs.

Kitamura - Les pleureusesKLEENEX : Les pleureuses, de Katie M. Kitamura
(traduit de l’américain par Denis Michelis)
Récemment séparée en secret de son mari Christopher, une femme reçoit un appel affolé de la mère de ce dernier, qui n’a plus de nouvelles de lui depuis longtemps. Elle accepte de se rendre en Grèce et prend une chambre dans l’hôtel où Christopher a été vu pour la dernière fois, dans l’espoir de l’y retrouver – et d’en profiter pour lui demander le divorce. Mais Christopher ne réapparaît pas, et la narratrice reste en tête-à-tête avec l’échec de leur mariage.

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Azzeddine - Sa mèreCHANSON DOUCE : Sa mère, de Saphia Azzeddine
Saphia Azzeddine m’avait bluffé avec son précédent roman, Bilqiss, autant par l’audace que par le style avec lesquels elle traitait son sujet. J’ai donc envie d’attendre des étincelles de l’histoire de Marie-Adélaïde, jeune femme née sous X, caissière à la Miche Dorée, passée par la case prison, qui décide de prendre son destin en main. Tout en devenant la nounou des enfants parfaits de la Sublime, elle se met en quête de sa mère…

Baecque - Les talons rougesCOUIC : Les talons rouges, d’Antoine de Baecque
Issue de la noblesse, la famille Villemort repose sur l’idéologie du sang. Une position d’autant plus normale que les Villemort sont des vampires. Lorsque survient la Révolution française, la famille se divise, entre désir de soutenir l’ordre nouveau pour échapper à la malédiction vampirique, et volonté de préserver la tradition. Premier roman d’un historien spécialiste de la Révolution, plus connu encore pour ses ouvrages de cinéma (dont un superbe Tim Burton).

Berest - GabriëleTU BRÛLES MON ESPRIT : Gabriële, d’Anne et Claire Berest
Portrait de l’arrière-grand-mère des deux sœurs, Gabriële Buffet Picabia, épouse du peintre Francis Picabia, amante de Marcel Duchamp, femme d’influence sur les artistes novateurs de son époque, mais aussi alpiniste, compositrice… Une personnalité haute en couleurs, méconnue du public comme de l’histoire de l’art, dont les romancières veulent restituer l’indicible romanesque pour leur première collaboration en écriture.

Elkaim - Je suis Jeanne HébuterneAMEDEUS : Je suis Jeanne Hébuterne, d’Olivia Elkaim
Récit de la rencontre entre Modigliani et Jeanne Hébuterne, de quinze ans sa cadette et son dernier grand amour. Ensemble, ils bravent les interdits et les bonnes mœurs de l’époque, au point de frôler la folie… Les histoires de peintres ont la cote (ah ah) en ce moment en littérature.

Laurens - La Petite danseuse de quatorze ansCELLE QUE VOUS CROYEZ : La Petite danseuse de quatorze ans, de Camille Laurens
A l’occasion du centenaire de la mort de Degas, Camille Laurens s’intéresse à Marie Geneviève Van Goethem, modèle du sculpteur pour l’une de ses oeuvres les plus célèbres, La Petite danseuse de quatorze ans, qui fit scandale en son temps.

Orsenna - La Fontaine, une école buissonnièreLA FABULETTE BIEN PRESTE : La Fontaine, une école buissonnière, d’Erik Orsenna
Erik-Orsenna-de-l’Académie-Française dresse un portrait enlevé du célèbre auteur des Fables, s’intéressant autant à son œuvre (riche aussi de contes libertins qui ravissaient la Cour) qu’à son parcours d’homme, contrasté et agité. L’une des personnalités médiatiques de la rentrée, et l’un des livres qui trustera la une de la presse à coup sûr.

Campa - Une colombe sous la luneA L’OUEST (TOUJOURS) RIEN DE NOUVEAU : Colombe sous la lune, de Laurence Campa
Coincé dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, un jeune homme se raconte, entre rêves, amitiés, trahisons, expériences terrifiantes du combat et des bombardements, et espoir d’un retour à la vie normale. Un premier roman qui aura intérêt à avoir du style s’il veut se distinguer de tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet.

Liberati - Les rameaux noirsMON PAPA À MOI : Les rameaux noirs, de Simon Liberati
Depuis son succès aussi important que bizarrement compréhensible il y a deux ans, grâce à Eva, livre consacré à sa compagne Eva Ionesco, Liberati envahit chaque année la rentrée littéraire. Cette fois, il nous cause de son inspiration, qu’il doit à son père, un poète surréaliste. Sans nous, vous l’aurez compris. Mais là encore avec la presse, qui se fera sans doute une joie de porter une nouvelle fois au pinacle ce garçon.

Perrignon (Pauline) - Demain sera tendreMON PAPA A MOI (II) : Demain sera tendre, de Pauline Perrignon
La petite dernière d’une famille évoque son père, homme de gauche doux et têtu. Premier roman.
(Voilà, oui, bon, on n’en a pas grand-chose à carrer, il faut bien l’admettre.)

Romand - Mon père, ma mère et SheilaMON PAPA A MOI (III)… ET MA MAMAN AUSSI : Mon père, ma mère et Sheila, d’Eric Romand
Parce qu’il n’a pas eu une enfance facile, entre un père colérique et une mère désolée, parce qu’il avait en plus « des goûts bizarres » et des « attitudes gênantes » (sic), parce qu’heureusement il y avait ses chouettes grands-parents et Sheila, Eric Romand nous gratifie de ce premier roman. On n’en demandait pas tant.

Fournier - Mon autopsieANTE MORTEM : Mon autopsie, de Jean-Louis Fournier
Après avoir passé au scalpel de son humour ravageur une bonne partie de sa famille, Fournier retourne son arme contre lui-même. Il écrit toujours la même chose, mais allez, on l’aime bien, Fournier. On ne le lira sûrement pas mais on l’aime bien.

Coatalem - Mes pas vont ailleursVICTOR, PENDANT QU’IL EST TROP TARD : Mes pas vont ailleurs, de Jean-Luc Coatalem
L’auteur confronte sa vie et son œuvre à celles de Victor Segalen, grand écrivain voyageur du début du XXème siècle.
Je… non, rien.


A première vue : la rentrée de l’Olivier 2017

À première vue, aux éditions de l’Olivier, le mot d’ordre semble être de faire appel à des auteurs aux noms alambiqués… Non, plus sérieusement, petite rentrée (en quantité) à l’ombre de l’arbre cette année, dans laquelle domine la silhouette d’un auteur américain d’autant plus grand qu’il est rare. Tiens, d’ailleurs, à tout seigneur tout honneur, on va commencer par lui.

Foer - Me voiciEXTRÊMEMENT ATTENDU ET INCROYABLEMENT EXCITANT : Me voici, de Jonathan Safran Foer
(traduit de l’américain par Stéphane Roques)
Le dernier livre de Jonathan Safran Foer publié en France, l’essai Faut-il manger les animaux ?, date de 2011. Et il faut remonter onze ans en arrière pour retrouver trace de son précédent roman – mais quel roman !!! C’était l’inoubliable Extrêmement fort et incroyablement près, et depuis ce chef d’œuvre l’attente est très, très élevée.
En attendant de le lire, on appréciera donc l’ironie involontaire du titre, Me voici (ouais, c’est pas trop tôt !), dans lequel nous ferons connaissance avec les Bloch, famille juive américaine typique. Paisible, aussi, en apparence du moins… jusqu’au jour où Sam, le fîls aîné âgé de 13 ans, est renvoyé du collège pour avoir écrit un chapelet d’injures racistes, et où Jacob, le père, est surpris en train d’échanger des textos pornographiques avec une inconnue. Alors que la façade respectable de la famille Bloch explose, la situation au Moyen-Orient se dégrade violemment, à la suite d’un tremblement de terre qui provoque des répliques géopolitiques menaçant la survie de l’état d’Israël…
Les premières pages du roman, dévoilées en avant-première par l’éditeur, sont hilarantes, et on devrait retrouver dans Me voici l’art extraordinaire de Foer pour mêler la comédie et le tragique, l’intime et l’historique. Vertige attendu le 28 septembre.

Luiselli - L'Histoire de mes dentsADJUGÉ VENDU : L’Histoire de mes dents, de Valeria Luiselli
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard)
Le meilleur commissaire-priseur du monde imagine un plan machiavélique : se faire arracher toutes ses dents, et les mettre ensuite aux enchères en les faisant passer pour les quenottes de personnalités aussi diverses que Platon ou Virginia Woolf. Problème : Gustavo Sanchez Sanchez découvre que son propre fils assiste aux ventes et semble acharné à racheter son père dent par dent… L’un des pitchs les plus saisissants de la rentrée.

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Alikavazovic - L'Avancée de la nuitY’A LA CHAMBRE 106 QUI S’ALLUME : L’Avancée de la nuit, de Jakuta Alikavazovic
Gardien de nuit dans un hôtel, Paul est fasciné par Amélia, l’une des résidentes, dont le côté mystérieux et les agissements suscitent les rumeurs. Ils finissent par partager quelques moments passionnés. Puis la jeune femme disparaît du jour au lendemain, partie à la recherche de sa mère à Sarajevo. Normalienne, enseignante à la Sorbonne, la romancière est très soutenue par la presse et appréciée du petit monde du livre. On en causera donc sûrement.

Flahaut - OstwaldLA ROUTE : Ostwald, de Thomas Flahaut (lu)
Ces derniers temps, en littérature, quand une catastrophe survient, on se réfugie dans les forêts. Chez Thomas Flahaut, primo-romancier de 26 ans, on n’échappe pas à la règle. Cette fois, l’événement déclencheur est un incident à la centrale nucléaire de Fessenheim qui provoque l’évacuation des populations locales. Deux frères, dont les parents se sont séparés quelque temps auparavant suite au licenciement du père, se retrouvent lancés en pleine errance dans un Est de la France dévasté et quasi déserté. Il est rare que les auteurs français se frottent au genre, en l’occurrence ici le post-apocalyptique (mesuré, certes, mais tout de même) ; le coup d’essai est prometteur, usant de ce contexte extrême pour traiter en finesse de sujets intimes.

Pyamootoo - L'Île au poisson venimeuxTU POUSSES LE BOUCHON UN PEU TROP LOIN, MAURICE : L’Île au poisson venimeux, de Barlen Pyamootoo
Anil et Mirna mènent une vie stable. Ils ont deux enfants et vivent grâce à une petite boutique qui fonctionne bien. Cependant, du jour au lendemain, Anil disparaît. C’est seulement des années plus tard que sa femme saura ce qu’il s’est passé : parce qu’il a échappé de peu à la mort, son mari a décidé de changer radicalement d’existence (résumé Électre). L’auteur est mauricien et vit à Trou-d’Eau-Douce. D’habitude, je me fiche de savoir où habite l’auteur, mais là, avec un nom pareil, j’étais obligé de le mentionner.

Vernoux - Mobile homePERSONNE NE M’AIME : Mobile Home, de Marion Vernoux
Un grand classique : quand un cinéaste ne rencontre plus le succès, il se met à écrire des livres. C’est le cas de Marion V., en pleine crise de pré-cinquantaine alors que son dernier film a été un échec. Pour se changer les idées, elle se met à photographier ses meubles et à tenter de saisir leur histoire, ce qui l’entraîne notamment sur les traces de sa grand-mère déportée pendant la guerre.


À première vue : la rentrée Zulma 2017

Ah, les éditions Zulma ! C’est toujours un plaisir d’aborder leurs publications audacieuses, contrastées, différentes, annoncées par leurs couvertures colorées si reconnaissables. Et c’est d’autant plus une joie lorsque Laure Leroy et son équipe lancent dans une rentrée un nouveau livre de Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de l’inoubliable Île du Point Némo dont l’inventivité folle offrit une lecture puissamment jubilatoire, il y a trois ans. Il se présente cette année en compagnie d’un primo-romancier haïtien et d’un auteur jamaïcain dont le titre va immanquablement vous coller une chanson dans la tête.

LaSolutionEsquimauAWROBINSON DANS L’EAU : Dans l’épaisseur de la chair, de Jean-Marie Blas de Roblès (lu)
« Toi, tu n’es pas un vrai pied-noir. » En balançant cette phrase à l’occasion d’un coup de colère, Manuel Cortès ne mesure pas le choc qu’il procure à son fils. Quelques jours plus tard, lors d’une partie de pêche solitaire, ce dernier tombe à l’eau. Accroché à son bateau sans moyen de remonter à bord, attendant une aide hypothétique (nous sommes le 25 décembre), le naufragé remonte alors le fil de l’histoire de son père, de l’arrivée de ses propres parents espagnols en Algérie au diplôme de chirurgien de Manuel et à son engagement dans l’armée durant la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la guerre d’indépendance et la fuite de la famille vers la France…
Le ton, le propos, le réalisme, l’épaisseur, tout diffère de l’Île du Point Némo dans ce nouveau livre. Mais la maestria de raconteur d’histoire de Blas de Roblès est intacte, et ce récit où l’humour côtoie l’horreur progresse vers une apogée d’émotion qui laisse une marque forte chez le lecteur. Une magnifique déclaration d’amour d’un fils pour son père, et un livre bouleversant, coup de cœur Cannibale de la rentrée.

Noël - Belle merveilleTOUT BOUGE AUTOUR DE MOI : Belle merveille, de James Noël
Après le terrible tremblement de terre de janvier 2010 qui ravage Haïti, Bernard, survivant hébété parmi tant d’autres, tombe fou amoureux de la bien nommée Amore, bénévole dans une ONG. Pour l’aider à se reconstruire et échapper au désastre, elle lui propose un voyage à Rome… Les auteurs haïtiens continuent à panser les blessures de leur île grâce à la littérature, rien de plus naturel donc que de voir le poète James Noël affronter les souvenirs du séisme dans son premier roman, où le fourmillement unique de la langue insulaire sublime le tragique.

LaSolutionEsquimauAWTHE HARDER THEY COME : By the rivers of Babylon, de Kei Miller
(traduit de l’anglais (Jamaïque) par Nathalie Carré)
Augustown, 1982. Kaia rentre de l’école sans ses dreadlocks, coupés par son instituteur. Un crime terrible qui, pour Ma Taffy, la grand-mère de Kaia, est un signe parmi d’autres qu’une grande catastrophe est sur le point d’advenir. Elle se met alors à raconter à l’enfant l’avènement d’Alexander Bedward, le Prêcheur Volant…


Kabukicho, de Dominique Sylvain

Signé Bookfalo Kill

Dominique Sylvain a une immense passion pour le Japon, où elle a vécu longtemps – une influence qui apparaît à intervalles réguliers dans ses romans, dont le premier, Baka !, se déroulait déjà dans ce pays. Kabukicho lui permet d’y retourner une nouvelle fois, à l’occasion d’une plongée étonnante, trouble et sulfureuse, dans le quartier « chaud » de Tokyo qui donne son titre au roman.

sylvain-kabukichoKabukicho, en effet, est le quartier de la nuit de la capitale japonaise. Une sorte de Pigalle puissance mille, où se mêlent les appétits sexuels les plus débridés, des jeux de dupes et de masques vertigineux entre menteurs patentés, et l’emprise des yakuza, les mafieux locaux. Une poignée de personnages taillés au cordeau, comme toujours chez Dominique Sylvain, nous permet de traverser le miroir : Marie, jeune Française venue poursuivre son rêve du Japon et devenue par hasard hôtesse au Club Gaia, salon sélect où la prostitution n’est pas la bienvenue ; Yudai, hôte le plus célèbre du quartier, séduisant et charismatique ; Yamada, policier du commissariat de Shinjuku (l’arrondissement de Tokyo dont fait partie Kabukicho) rondouillard et partiellement amnésique…
Dans la fureur du quartier rouge, tous se cherchent et sont parvenus à un moment charnière de leur existence. Il suffit d’une disparition, celle de Kate Sanders, collègue de Marie au Club Gaia dont elle était la favorite, pour que tout bascule. Alors que Jason, le père de Kate, débarque à Tokyo comme un ouragan désespéré, tous vont tenter de savoir ce qu’est devenue la jeune Anglaise qui avait tout pour elle et aucune raison de s’évaporer ainsi.

Ce roman cache bien son jeu, c’est le moins que l’on puisse dire. De l’intrigue et de ses évolutions, je ne vous dirai bien sûr rien de plus. J’avoue pourtant que j’avais pressenti une partie de la solution – mais à aucun moment que Dominique Sylvain irait si loin dans la noirceur et la violence. Il faut dire que le rythme de Kabukicho est trompeur. A la manière des beaux mensonges dont les acteurs du quartier chaud de Tokyo sont les spécialistes, la romancière prend d’abord soin d’endormir son lecteur – non pas que le livre soit ennuyeux, au contraire ; mais hormis la disparition de Kate, actée dès le début, et le débarquement tonitruant de son père à Tokyo, il ne se passe pas énormément de choses dans les premiers chapitres.
En guide experte, Dominique Sylvain prend en effet le temps d’exposer son décor si particulier, et il y a beaucoup à dire. On est éberlué par la découverte de Kabukicho, ses rites et ses figures, qui mêlent des perversions humaines universelles à des éléments culturels typiquement japonais. Le mélange est détonnant et fascine très vite, d’autant que la romancière le décrit avec précision et sobriété, affûtant encore son style déjà considérablement aiguisé dans son précédent opus, L’Archange du chaos.

Puis, petit à petit, Dominique Sylvain fait tomber les masques, tandis que le tempo s’élève inexorablement et que le ton du roman se durcit. Kabukicho confirme la tendance de son auteure à oser totalement le noir, à assumer une tournure plus cruelle à ses histoires – évolution passionnante que ses précédents livres amorçaient et que ce nouvel opus appuie avec maestria, grâce notamment à une fin effarante (et réjouissante !)
Loin de rester confinée dans son confort de romancière reconnue et ses habitudes, Dominique Sylvain fait évoluer son œuvre, et cette remise en question audacieuse débouche aujourd’hui sur l’un de ses meilleurs livres. On ne peut que la féliciter, et attendre la suite avec une curiosité renouvelée.

Kabukicho, de Dominique Sylvain
Éditions Viviane Hamy, 2016
ISBN 978-2-87858-321-2
277 p., 19€


Minnow, de James E. McTeer II

Signé Bookfalo Kill

Ce devait être une course toute simple : aller en ville et acheter chez le pharmacien un médicament pour soigner son père. Rien d’insurmontable pour un jeune garçon aussi débrouillard que Minnow. Malheureusement, le produit manque chez le l’apothicaire, qui oriente l’enfant vers le « Docteur Crow », un médecin vaudou consultant dans une modeste cabane de Port Royal, la ville voisine de sinistre réputation.
Ce n’est que le début de longues et périlleuses aventures pour Minnow, qui devra affronter des hommes retors, des créatures dangereuses et la menace d’un terrible ouragan…

mcteer-minnowDès les premières pages, très accrocheuses, on se demande dans quel drôle de monde nous entraîne James E. McTeer II. Minnow ressemble à un gamin d’aujourd’hui, mais les paysages et le ton général du récit laissent penser que l’histoire se déroule il y a longtemps, quelque part entre le XIXème et le XXème siècle. Au fond, d’ailleurs, qu’importe. Collé aux basques de ce très chouette gamin qu’est Minnow, on est très vite embarqué dans des aventures palpitantes, au rythme enlevé d’un récit initiatique dans les règles de l’art.

Avec son évocation du sud américain ancestral, Minnow a des airs de roman de Mark Twain, tout en tendant très vite vers le conte, empruntant à ce genre très codifié ses passages obligés : un jeune héros confronté à une perturbation majeure de son équilibre initial, un but à atteindre, des épreuves à affronter, des apprentissages à appliquer pour survivre et rallier son objectif, des adversaires et des personnages auxiliaires qui viennent en aide au héros…
Le mélange des deux genres (roman du sud et conte) donne un très beau récit métis, palpitant, mystérieux, parfois très sombre ; le roman tend vers la violence, celle des hommes répondant à celle de la nature lorsque l’ouragan se déchaîne – passages hallucinants de puissance et de terrible beauté -, mais toujours l’humanité rayonnante de Minnow prend le dessus, inscrivant ce petit bout d’homme formidablement courageux au panthéon des personnages inoubliables.

Il se dégage de ce premier roman très réussi une force d’attraction envoûtante, une magie noire dont les volutes vénéneuses ensorcellent. L’une des gestes littéraires les plus originales de cette rentrée, pour ceux que les sentiers rebattus ennuient. Superbe !

Minnow, de James E. McTeer II
(Minnow, traduit de l’américain par Virginie Buhl)
Éditions du Sous-Sol, 2016
ISBN 978-2-36468-099-9
236 p., 19€


Judas, d’Amos Oz

Signé Bookfalo Kill

Jérusalem, décembre 1959. Shmuel Asch, jeune étudiant au physique de taureau hirsute qui dissimule un caractère hypersensible et sentimental à l’excès, décide d’abandonner ses études lorsque sa petite amie le quitte. Oublié, le mémoire sur « Jésus dans la tradition juive » ; Shmuel, que ses parents récemment ruinés ne peuvent aider, accepte un emploi étrange : cinq heures chaque soir, il devient l’homme de compagnie de Gersholm Wald, un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison sombre et biscornue, en compagnie d’Atalia Abravanel, une quarantenaire aussi mystérieuse, fuyante que séduisante.
Tandis qu’il tombe inexorablement amoureux d’Atalia, Shmuel subit plus ou moins les assauts de rhétorique intellectuelle ou politique de Wald, tout en continuant à réfléchir sur le regard des Juifs sur Jésus, mais aussi sur Judas, l’apôtre peut-être le plus méconnu et le plus injustement traité de tous…

Oz - JudasC’est le premier roman d’Amos Oz que je lis, aussi n’aurai-je pas de point de comparaison pour déterminer si ce livre est à l’image de son œuvre ou non. En tout cas, c’est une belle découverte, tant pour le plaisir de goûter à une prose fluide que pour apprécier l’intelligence et la finesse avec lesquelles Oz entremêle différents types de récit – politique, historique, théologique et intime.
Commençons par évoquer l’art et la manière : ce n’est guère une surprise tant l’auteur est estimé depuis de nombreuses années, mais Amos Oz écrit bien, avec une clarté qui n’exclut pas l’ambition. Au fil de chapitres plutôt courts, maniant parfois un humour piquant ou plein de dérision, le romancier instaure une atmosphère poignante, légèrement étouffante, dans laquelle les névroses, blessures et obsessions de ses personnages s’épanouissent sans lourdeur. Cette construction vive et aérée lui permet en outre de passer d’un sujet à un autre avec souplesse, en évitant de farcir en une seule fois la tête de son lecteur des nombreuses informations complexes qu’il manipule avec maestria.

Car le propos de Judas est ambitieux – ou plutôt les propos. Le titre l’évoque, le sujet du mémoire de Shmuel Asch aussi, il est ici question de théologie ; miraculeusement, ce n’est jamais ennuyeux, car Amos Oz privilégie une réflexion plus historique que religieuse, nous invitant au passage à une tentative de réhabilitation audacieuse de la figure de Judas, dont le nom est synonyme de traître et que Asch s’emploie à parer des atours du héros maudit.
Oz en profite pour tirer des parallèles constructifs avec l’histoire contemporaine, interrogeant la création controversée de l’État d’Israël ; ce n’est évidemment pas un hasard si le roman se déroule entre 1959 et 1960, alors que David Ben Gourion, l’un des artisans majeurs de cette création, est Premier Ministre. Nul besoin pour autant de connaître ce pan de l’Histoire par cœur (ce n’était guère mon cas, je l’avoue), Oz le rend accessible et compréhensible à tout lecteur. Et certains passages grattouillent carrément :

« Vous avez voulu un pays, grinça [Atalia]. Vous avez voulu l’indépendance. Des drapeaux, des uniformes, des billets de banque, des tambours et des trompettes. Vous avez versé des fleuves de sang innocent. Vous avez sacrifié une génération entière. Vous avez expulsé des centaines de milliers d’Arabes. (…)
– Ne pensez-vous pas que nous nous sommes battus en 1948 parce que nous n’avions pas le choix ? objecta Shmuel, l’oreille basse. Nous étions dos au mur, non ?
– Vous n’étiez pas le dos au mur. Vous étiez le mur. » (pp.212-213)

De même que cet extrait sur les religions, qui paraît presque naïf d’évidence mais fait toujours du bien à lire :

« Le judaïsme, le christianisme – et n’oublions pas l’islam – dégoulinent de bons sentiments, de charité et de compassion, tant qu’on ne parle pas de menottes, de barreaux, de pouvoir, de chambres de torture ou d’échafauds. Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang. » (pp.84-85)

Pourvu d’une humanité réconfortante et d’une petite dose d’humour salvatrice, Judas est un roman attachant, qui invite à la réflexion, et dont la hauteur de vue s’avère plus que nécessaire en ces temps troublés que nous affrontons.

Judas, d’Amos Oz
(Ha-Besora Al-Pi Yehuda, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen)
Éditions Gallimard, 2016
ISBN 978-2-07-017776-9
348 p., 21€


A première vue : la rentrée Gallimard 2016

Bon, cette année, promis, je ne vous refais pas le topo sur les éditions Gallimard et leurs rentrées littéraires pléthoriques dont la moitié au moins est à chaque fois sans intérêt ; je pense qu’à force, vous connaissez le refrain, et il ne change guère cette année : 13 romans français, 4 étrangers, c’est à peine moins que l’année dernière – et on n’en parle que des romans qui paraissent fin août, il y en a beaucoup d’autres en septembre (dont un Jean d’Ormesson, mais je saurai vous épargner).
Je vais sans doute m’attacher à être plus elliptique cette année que les précédentes, car cette rentrée 2016 me paraît à première vue dépourvue d’attraits majeurs. Comme je n’ai pas pour objectif de vous faire perdre votre temps, on va trancher dans le vif ! Et commencer par les étrangers, ça ira plus vite (façon de parler)…

Oz - JudasJE CHANTE UN BAISER : Judas, d’Amos Oz (lu)
A court d’argent et le coeur en berne après que sa petite amie l’a quitté, Shmuel décide d’abandonner son mémoire sur « Jésus dans la tradition juive ». Il accepte à la place une offre d’emploi atypique : homme de compagnie pour un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison, sous la houlette d’une femme aussi mystérieuse que séduisante… Mêlant avec art récit intime de personnages étranges et attachants, réflexions sur l’histoire d’Israël et un discours théologique passionnant, Amos Oz emballe un roman de facture parfaite et sert l’intelligence sur un plateau.

Von Schirach - TabouPORTRAIT DE L’ARTISTE EN TUEUR : Tabou, de Ferdinand von Schirach
Un célèbre photographe avoue un crime pour lequel on n’a ni corps, ni même d’identité formelle de la victime. Qu’est-ce qui l’a mené là ? Y a-t-il un rapport avec ses expérimentations artistiques audacieuses ? Dans la lignée de ses livres précédents, le romancier allemand élabore une réflexion sur la violence et le doute, le rapport entre vérité et réalité.

Stridsberg - BeckombergaÀ LA FOLIE : Beckomberga – Ode à ma famille, de Sara Stridsberg
Ouvert en 1932 près de Stockholm, Beckomberga a été conçu pour être un nouveau genre d’hôpital psychiatrique fondé sur l’idée de prendre soin de tous et de permettre aux fous d’être enfin libérés. Jackie y rend de nombreuses visites à son père Jim qui, tout au long de sa vie, n’a cessé d’exprimer son mal de vivre. Famille et folie, le thème de l’année 2016 ? Après En attendant Bojangles, mais dans un genre très différent, Sara Stridsberg propose en tout cas une nouvelle variation sur le sujet.

Clegg - Et toi, tu as eu une familleON THE ROAD : Et toi, tu as eu une famille ?, de Bill Clegg
Famille encore ! Cette fois, tout commence par un incendie dans lequel périssent plusieurs proches de June, dont sa fille Lolly qui devait se marier le lendemain du drame. Dévastée, June quitte la ville et erre à travers les Etats-Unis, sur les traces de ce qui la lie encore à sa fille, par-delà la mort. Dans le même temps, le roman se fait choral en laissant la parole à d’autres personnes affectées par l’incendie, dans une tentative de transcender l’horreur par l’espoir et le pardon.

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Appanah - Tropique de la violenceVOYAGE AU BOUT DE L’ENFER : Tropique de la violence, de Nathacha Appanah
A quinze ans, Moïse découvre que Marie, la femme qui l’a élevé, n’est pas sa mère. Révolté, il tombe sous la coupe d’une bande extrêmement dangereuse qui va faire de son quotidien un enfer… Nous sommes à Mayotte, minuscule département français perdu dans l’océan Indien, au large de Madagascar. Un bout de France ignoré, méprisé, étouffé par une immigration incontrôlable en provenance des Comores voisines, et où la violence et la misère vont de pair. La Mauricienne Nathacha Appanah en tire un roman qui devrait remuer les tripes.

Bello - AdaHER : Ada, d’Antoine Bello
Un policier de la Silicon Valley est chargé de retrouver une évadée d’un genre très particulier : il s’agit d’Ada, une intelligence artificielle révolutionnaire, dont la fonction est d’écrire en toute autonomie des romans à l’eau de rose. En menant son enquête, Frank Logan découvre pourtant que sa cible développe une sensibilité et des capacités si exceptionnelles qu’il en vient à douter du bien-fondé de sa mission…

Benacquista - RomanesqueBONNIE & CLYDE : Romanesque, de Tonino Benacquista
Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se réfugie dans un théâtre. La pièce à laquelle ils assistent, Les mariés malgré eux, se déroule au Moyen Age et raconte l’exil forcé d’un couple refusant de se soumettre aux lois de la communauté. Le destin des deux Français dans la salle et des personnages sur scène se répondent et se confondent, les lançant dans une vaste ronde dans le temps et l’espace, une quête épique où ils s’efforceront de vivre leur amour au grand jour…

Del Amo - Règne animalPORCO ROSSO : Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo
Au cours du XXe siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. En deux époques, cinq générations traversent les grands bouleversements historiques, économiques et industriels. C’est déjà le quatrième roman du jeune Jean-Baptiste Del Amo (34 ans), qui revient ici avec un sujet sérieux et ambitieux – du genre qui doit mener à un prix littéraire…

Slimani - Chanson douceLA MAIN SUR LE BERCEAU : Chanson douce, de Leïla Slimani
Dans le jardin de l’ogre, le premier roman de Leïla Slimani – histoire d’une jeune femme, mariée et mère de famille, rongée par son addiction au sexe -, n’était pas passé inaperçu, loin de là. Son deuxième, qui relate l’emprise grandissante d’une nourrice dans la vie d’une famille, pourrait constituer une confirmation de son talent pour poser une situation de malaise et provoquer une réflexion sociétale stimulante.

Tuil - L'InsouciancePOST COITUM ANIMAL TRISTE : L’Insouciance, de Karine Tuil
En 2009, le lieutenant Romain Roller rentre d’Afghanistan après avoir vécu une liaison passionnée avec la journaliste et romancière Marion Decker. Comme il souffre d’un syndrome post-traumatique, son retour en France auprès de sa femme et de son fils se révèle difficile. Il continue à voir Marion, jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle est l’épouse du grand patron de presse François Vély… Il y a de l’ambition chez Karine Tuil, à voir si le résultat est à la hauteur.

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ÇA FAIT PAS UN PLI : Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci
Un jeune Japonais tombe amoureux d’une femme à peine entrevue, et quitte tout pour la retrouver. Il finit par échouer en Toscane, où il s’adonne en ermite à l’art du pliage japonais. Pour tous, il devient Monsieur Origami…

UNSUCCESS STORY : L’Autre qu’on adorait, de Catherine Cusset
A vingt ans, Thomas a tout pour réussir. Il mène des études brillantes, séduit les femmes et vit au rythme frénétique de Paris. Mais après avoir échoué à un concours que réussit son meilleur ami, et s’être fait larguer par sa petite amie, sa vie entame une trajectoire descendante que rien n’arrêtera… Think positive à la française.

ROMAN PAS X : Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre
Inspiré par la mort de sa mère, Duteurtre annonce un livre à la croisée de l’autobiographie, de l’essai et de la fiction. Il ira croiser sans moi, son Ordinateur du Paradis m’ayant dissuadé de perdre à nouveau mon temps avec cet auteur.

NAISSANCE DES FANTÔMES : Crue, de Philippe Forest
Un homme marqué par le deuil revient dans la ville où il est né, où les constructions nouvelles chassent peu à peu les anciennes. Il rencontre un couple, s’envoie Madame et papote avec Monsieur qui affirme que des milliers de gens disparaissent. D’ailleurs, Monsieur et Madame disparaissent à leur tour. Puis la ville est envahie par les flots…

À L’EST D’EDEN : Nouvelle Jeunesse, de Nicolas Idier
Dans le Pékin contemporain, des jeunes vivent d’excès. Ils sont poètes, rockers ou amoureux, et incarnent la nouvelle jeunesse de cette ville en mutation.

UNE BELLE HISTOIRE : Les deux pigeons, d’Alexandre Postel
Théodore a pour anagramme Dorothée. Ça tombe bien, ce sont les prénoms des héros du troisième livre d’Alexandre Postel (intéressant mais imparfait dans L’Ascendant et Un homme effacé). Ils sont jeunes, ils sont amoureux, et se demandent comment mener leurs vies… C’est une romance d’aujourd’hui.

ENGAGEZ-VOUS RENGAGEZ-VOUS QU’ILS DISAIENT : Nos lieux communs, de Chloé Thomas
Sur les pas des étudiants d’extrême gauche, Bernard et Marie sont partis travailler en usine dans les années 1970. Bien des années plus tard, Jeanne recueille leurs témoignages et celui de leur fils, Pierre, pour tenter de comprendre leurs parcours. Premier roman.


A première vue : la rentrée Albin Michel 2016

Ça dérape un peu chez Albin Michel ! Neuf titres français et trois étrangers rien qu’en août, c’est plus que les années précédentes et ce n’est pas forcément pour le meilleur, gare au syndrome Gallimard… Il devrait y avoir tout de même deux ou trois rendez-vous importants, comme souvent avec cette maison, que ce soit du côté des premiers romans comme des auteurs confirmés.

Gros - PossédéesLE DÉMON A VIDÉ TON CERVEAU : Possédées, de Frédéric Gros
C’est l’un des buzz de l’été chez les libraires, et c’est souvent bon signe. Pour son premier roman, l’essayiste et philosophe Frédéric Gros s’intéresse au cas des possédées de Loudun, sombre histoire de possession et exorcisme de bonnes sœurs soi-disant habitées par Satan réincarné sous la forme du curé Urbain Grandier. Nous sommes en 1632, Richelieu est au pouvoir et entend mener une répression sévère contre la Réforme ; humaniste, amoureux des femmes, Grandier est une cible parfaite… Une réflexion sur le fanatisme qui devrait créer des échos troublants entre passé et présent.

Guenassia - La Valse des arbres et du cielL’HOMME A L’OREILLE COUPÉE : La Valse des arbres et du ciel, de Jean-Michel Guenassia
Après un précédent roman (Trompe-la-mort) moins convaincant, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes revient avec un roman historique mettant en scène les derniers jours de Vincent Van Gogh, en particulier sa relation avec Marguerite, une jeune femme avide de liberté, fille du célèbre docteur Gachet, connu comme l’ami des impressionnistes – mais l’était-il tant que ça ? Guenassia s’inspire aussi de recherches récentes sur les conditions de la mort de Van Gogh, fragilisant l’hypothèse de son suicide… On attend forcément de voir ce que ce grand raconteur d’histoire peut faire avec un sujet pareil.

Gougaud - LithiumWERTHER MINUS : Lithium, d’Aurélien Gougaud
Elle refuse de penser au lendemain et se noie dans les fêtes, l’alcool et le sexe sans se soucier du reste ; Il vient de se lancer dans la vie active mais travaille sans passion. Ils sont les enfants d’une nouvelle génération perdue qui reste assez jeune pour tenter de croire à une possibilité de renouveau. Premier roman d’un auteur de 25 ans, qui scrute ses semblables dans un roman annoncé comme sombre et désenchanté.

Hoffmann - Un enfant plein d'angoisse et très sage2ABOUT A BOY : Un enfant plein d’angoisse et très sage, de Stéphane Hoffmann
Ce titre, on dirait un couplet d’une chanson de Jean-Jacques Goldman, tiens ! (C’est affectueux, hein.) Antoine, 13 ans, aimerait davantage de considération de la part de ses parents, duo d’égoïstes qui préfèrent le confier à un internat suisse ou à sa grand-mère de Chamonix plutôt que de l’élever. Mais le jour où ils s’intéressent enfin à lui, ce n’est peut-être pas une si bonne nouvelle que cela… Une comédie familiale pour traiter avec légèreté du désamour filial.

Lacroix - PechblendeQUAND NOTRE CŒUR FAIT BOUM : Pechblende, de Jean-Yves Lacroix
Deuxième roman d’un libraire parisien spécialisé dans les livres d’occasion – ce qui explique sans doute pourquoi le héros de ce livre est justement libraire dans une librairie de livres anciens (ah). A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le dit libraire tombe amoureux d’une assistante de Frédéric Joliot-Curie, mais se trouve confronté à un dilemme cruel lorsque le conflit éclate et que son patron décide d’entrer dans la clandestinité.

Rault - La Danse des vivants2MEMENTO : La Danse des vivants, d’Antoine Rault
A la fin de la Première Guerre mondiale, un jeune homme se réveille dans un hôpital militaire, amnésique mais parlant couramment aussi le français que l’allemand. Les services secrets français imaginent alors de l’affubler de l’identité d’un Allemand mort et de l’envoyer en infiltration de l’autre côté de la frontière… Après Pierre Lemaitre racontant l’impossible réinsertion des soldats survivants à la fin de la guerre dans Au revoir là-haut, le dramaturge à succès Antoine Rault s’intéresse au début de l’entre-deux-guerres dans l’Allemagne de Weimar. Une démarche intéressante, pour un livre présenté comme un roman d’aventures.

Nothomb - Riquet à la houppe2AMÉLIE MÉLO : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Nothomb n’en finit plus de se recycler, et cette année, la peine est sévère. Je l’annonce tout net, j’ai tenu cinquante pages avant d’abandonner la lecture de ce pensum sans imagination, remake laborieux d’un conte qui rejoue grossièrement Attentat, l’un des premiers livres de la romancière belge. Franchement, si c’est pour se perdre dans ce genre de facilité, Amélie devrait prendre des vacances. Ça nous en ferait.

BATTLEFIELD : Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez
Le parcours épique d’une femme, respectable mère de famille qui se lance corps et âme dans la lutte contre le franquisme dès 1936, se révélant à elle-même tout en incarnant le déchirement de l’Espagne d’alors.

MON PÈRE CE HÉROS : Comment tu parles de ton père, de Joann Sfar
L’hyperactif Sfar revient au roman, ou plutôt au récit, puisqu’il évoque son père (tiens, quelle surprise). Je le laisse aux aficionados, dont je ne suis pas…

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James - Brève histoire de sept meurtres2BUFFALO SOLDIER : Brève histoire de sept meurtres, de Marlon James (un peu lu)
Cette première traduction mais troisième roman du Jamaïcain Marlon James a reçu le Man Booker Prize en 2015 et arrive en France auréolé d’une réputation impressionnante. Et pour cause, ce livre volumineux (850 pages) affiche clairement son ambition, celle d’un roman choral monumental qui s’articule librement autour d’un fait divers majeur, une tentative d’assassinat dont fut victime Bob Marley en décembre 1976 juste avant un grand concert gratuit à Kingston. En donnant une voix aussi bien à des membres de gang qu’à des hommes politiques, des journalistes, un agent de la CIA, des proches de Marley (rebaptisé le Chanteur) et même des fantômes, Marlon James entreprend une vaste radiographie de son pays.
Une entreprise formidable – peut-être trop pour moi : je viens de caler au bout de cent pages, écrasé par le nombre de personnages, le style volcanique et un paquet de références historiques que je ne maîtrise pas du tout… Ce roman va faire parler de lui, c’est certain, il sera sans doute beaucoup acheté – mais combien le liront vraiment ? Je suis curieux d’avoir d’autres retours.

Enia - Sur cette terre comme au cielRAGING BULL : Sur la terre comme au ciel, de Davide Enia
Une grande fresque campée en Sicile, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 90, qui entrelace le destin de trois générations, dont le petit Davidù, gamin de neuf ans qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amour et de la bagarre dans les rues de Palerme. Premier roman de Davide Enia, finaliste du prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

COLLISION : La Vie nous emportera, de David Treuer
Août 1942. Sur le point de s’engager dans l’U.S. Air Force, un jeune homme se trouve mêlé à un accident tragique qui bouleverse non seulement son existence, mais aussi de ses proches. Une fresque humaine et historique à l’américaine.