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Nord-Est, d’Antoine Choplin

Éditions La Fosse aux Ours, 2020

ISBN 9782357071575

207 p.

18 €


RENTRÉE LITTÉRAIRE 2020


On a ouvert les portes. Rien n’empêche plus ces hommes et ces femmes de quitter le camp. Ils sont libres. La plupart restent là pourtant, espérant l’arrivée d’hypothétiques camions.
Quelques autres, sous l’impulsion du robuste Garri, entreprennent de partir à pied. Il s’agira pour eux de rejoindre les plaines du Nord-Est, là où il se pourrait que tout soit encore comme avant, et qu’une vie nouvelle puisse s’y reconstruire. Enfin, cela reste à vérifier.
En tout cas, avant cela, il faudra bien franchir les longs plateaux, les villages dévastés, et surtout, la barrière redoutable des hautes montagnes…


Pour décrire certains paysages particulièrement sauvages, on parle parfois de « beauté aride ». Cette expression pourrait être tout à fait appropriée pour qualifier le nouveau roman d’Antoine Choplin.

Dans Nord-Est, on retrouve le dépouillement cher à ce romancier discret, cette économie de moyens littéraires qui est sa marque de fabrique. Chez lui, tout est dans la retenue et l’esquisse. Les sentiments, les descriptions, la vie intérieure des personnages, leur parcours et leur histoire, mais aussi – on y revient – les paysages, ou le cadre de l’intrigue.

Des lieux, on ne sait rien de précis. Aucune référence géographique avérée – pas besoin. Les décors dont Antoine Choplin a besoin tiennent debout tout seuls. Ils existent dans l’imaginaire de n’importe quel lecteur, ils peuvent paraître familiers à n’importe qui, et le romancier leur donne forme et réalité par la seule force de son écriture et de sa puissance d’évocation.

Au cœur du récit, il y a des montagnes, si chères à l’écrivain, arpenteur de sentiers, grimpeur de pierriers, grand amoureux des parois verticales. La minéralité de ces paysages qu’il aime tant contamine son style et son propos. Tout est brut dans Nord-Est : le caractère bourru des personnages, leur parole (délivrée sans mise en forme, sans tiret ni guillemets), les liens qui les unissent.

Du reste, c’est toute l’intrigue qui est conçue comme une ascension. Il suffit de lire le titre des parties qui composent le roman. « Le plateau », « la montagne », « les plaines ». Nord-Est est l’histoire d’une élévation, et d’un franchissement. Il faut s’élever pour s’affranchir – de l’oppression, du poids de la souffrance, de ce qui nous ligote à nos peurs et à nos douleurs.

Peu à peu, Garri, Tayna et les autres se délestent, au contact de la pierre, de ce qui les retient à leur passé. Celui-ci se dévoile par bribes, au hasard de récits ou de souvenirs égrenés par l’un ou l’autre, lorsque le besoin s’en fait sentir.
Ce que le lecteur apprend alors est suffisant, pour les comprendre, les cerner. Et, petit à petit, les aimer, cachés derrière leurs silences et leurs paroles de peu, leurs gestes mesurés et leur manière d’affronter leur périple.

Sans jamais avoir besoin d’être décrits de manière exhaustive, ils s’habillent de minuscules détails qui leur donnent magnifiquement vie. Garri, solide et charismatique. Emmett, simple et solaire. Saul, le poète muet volontaire. Jamarr, sombre, sanguin mais solidaire. Tayna, courageuse et généreuse, accrochée à ses espoirs. Ruslan, quêteur obsessionnel de pétroglyphes, mystérieuses marques gravées dans la pierre des montagnes…

Du moment de l’intrigue on ignore également tout. Pas de période historique tirée de notre chronologie, ce n’est pas le propos. Tout comme nous ne saurons rien de ce qui a conduit tous ces gens dans un camp, durant tant d’années. Rien, des origines de la violence, des sources de la tyrannie manifeste qui a réduit ce pays inconnu en cendres, et ses habitants à l’état de prisonniers. Encore une fois, ce n’est pas le sujet.
Ce qui compte, c’est le chemin qui s’ouvre après tout cela. C’est la marche vers un retour à la vie.

Nord-Est n’est pas un livre historique, ni une dénonciation d’horreurs passées, ni quoi que ce soit de ce genre. C’est un roman d’âmes, quelques hommes et une femme, acharnés à rêver une vie meilleure et à se construire une rédemption.

Le livre n’est pas long (200 pages – même si, pour Choplin, habitué des textes brefs, c’est déjà une belle petite somme), mais il faut prendre le temps de s’y installer. De trouver des échos dans sa langue minimale, de cerner ses caractères tenaces et taiseux.
C’est au prix de cette patience, de cet effort, que l’émotion naît progressivement, et que le roman marque l’esprit de son empreinte.


Là où le regard ne porte pas…

Scénario : Georges Abolin
Dessin : Olivier Pont
Couleurs : Jean-Jacques Chagnaud

Éditions Dargaud, 2004

Tome 1 :
ISBN 9782205050929
96 p.

Tome 2 :
ISBN 9782205050981
98 p.

16,50 €


TOME 1

1906, Barellito. Une famille venue de Londres emménage au bord de la mer, dans un petit village d’Italie.
Le père veut se consacrer à la pêche. Le fils, William, se réjouit déjà à l’idée de courir en pleine nature, loin de la grisaille londonienne.
Et puis, il y a Lisa, la petite voisine aux cheveux noirs qui l’a si gentiment accueilli…

Mais les habitants de Barellito ne cachent pas leur hostilité aux nouveaux arrivants. Ils n’apprécient pas que des  » étrangers  » s’installent chez eux. Quant à Lisa, elle semble douée d’étranges pouvoirs…


TOME 2

Des années après leur séparation, devenus adultes, Lisa, William, Paolo et Nino se retrouvent enfin, à Istanbul
où réside Lisa. Celle-ci leur apprend qu’elle vient de perdre l’enfant qu’elle attendait et que son compagnon, Thomas, l’a quittée précipitamment.

Pour William, Paolo et Nino, la surprise est totale et les souvenirs reviennent vite à la surface.

Lisa leur demande de l’accompagner au Costa Rica où se trouverait Thomas. C’est aussi là que la réponse à leurs étranges visions se trouve…


Le résumé et les premières pages du premier album laissent imaginer (voire craindre) une histoire très classique, déjà vue déjà lue.
Un village perdu en pleine nature, dans le sud sauvage de l’Italie, au début du XXème siècle, une histoire d’amitié enfantine, le choc entre modernité et mode de vie ancestral, la méfiance haineuse vis-à-vis de l’étranger et de la nouveauté… Les ingrédients sont très familiers.

Pourtant on se laisse happer sans problème. Parce que Georges Abolin mène parfaitement son récit, à la fois conscient de sa banalité apparente, et des surprises qu’il va peu à peu y apporter.
Parce qu’Olivier Pont s’empare à merveille du cadre naturel de l’histoire, prenant le temps, parfois sur une page complète, de ménager des pauses dans l’histoire pour laisser le temps au lecteur d’admirer cette Italie sauvage et merveilleuse.
Et parce que Jean-Jacques Chagnaud, par son magnifique travail sur les couleurs, jette un éclat somptueux sur ces images. Ça vaut tous les catalogues d’office du tourisme ou d’agences de voyage – même si Barellito est imaginaire, il est probable que ces coins de côte existent vraiment quelque part.

Côté dessin, je reprocherais toutefois certaines approximations dans la représentation des personnages, notamment des enfants dont les corps aux postures parfois étranges et les visages à l’âge indéfinissable peinent à évoquer de vrais enfants. Surtout Paolo et Nino, moins soignés que Lisa et William.
Cette remarque s’étend au deuxième tome, où certaines cases souffrent des mêmes défauts. Mais c’est loin d’être rédhibitoire.

Quant à l’histoire imaginée par Georges Abolin, c’est évidemment le point fort du diptyque.
Le scénariste, on pouvait s’en douter, ne s’en tient pas à l’apparente pagnolade des premières pages. Peu à peu le mystère s’installe, liant les enfants, tous nés le même jour, à une histoire étrange qui va révéler sa force à la fois belle et tragique dans le deuxième tome.
Dès le premier volume, des doubles pages inattendues introduisent une rupture, à la fois graphique (elles sont à dominante de brun, de rouge, d’orange et de jaune) et narrative, puisqu’elles semblent évoquer des histoires très anciennes, étrangères aux héros.
Pour les explications, encore une fois, il faudra attendre la deuxième partie du récit, dans un balancement fort bien conçu.

Une pointe de fantastique, discrète mais prégnante, vient ensuite perturber le ronronnement trompeur du récit, qui ouvre la porte à une superbe réflexion sur le rapport que nous entretenons avec le temps, sur la nécessité de penser son existence comme une chance à brûler, mais aussi sur l’amitié et la passion, au-delà de toutes les limites concevables.

Puis le deuxième tome achève le basculement. Au revoir le charme bucolique de l’Italie, bienvenue dans l’aventure et l’exotisme.
D’Istanbul à la jungle du Costa Rica, les trois auteurs s’en donnent à cœur joie – le dessinateur et le coloriste faisant plus que jamais étalage de leur art à croquer et sublimer des décors foisonnants, tandis que le scénariste entraîne le lecteur dans un périple pour le moins surprenant.

Seize ans après sa parution, le diptyque d’Abolin, Pont et Chagnaud reste une référence de la bande dessinée, signe qu’une bonne histoire, habitée par ses metteurs en scène, peut devenir intemporelle dès lors qu’elle est sincère et imaginative.
Un classique pas si classique, à lire avec plaisir.


À première vue : la rentrée Liana Levi 2020

liana


À l’instar de nombre de ses confrères et consœurs de taille moyenne, pas de changement de ligne chez Liana Levi, qui présente trois nouveautés en cette rentrée littéraire 2020. Au menu, un premier roman, un deuxième extrêmement attendu, et l’édition inédite du premier roman d’un auteur américain emblématique de la maison. Du très solide, et en même temps une certaine prise de risque, qui suscite de mon côté pas mal de curiosité et d’impatience.


Intérêt global :

joyeux


Négar Djavadi - ArèneArène, de Négar Djavadi

Son premier roman, Désorientale, a été un triomphe de librairie, aussi bien en grand format qu’en poche. Quatre ans plus tard, le retour de la romancière française d’origine iranienne Négar Djavadi constitue un événement, auquel répondront sans doute nombre de lecteurs envoûtés par son premier opus – à condition, bien sûr, que le deuxième soit à la hauteur. C’est toute la question que posent Arène et son titre énigmatique.
Négar Djavadi y fait le pari d’une plongée sociologique brûlante, puisque l’arène en question, c’est Paris. Les quartiers est de la ville en particulier. Tout commence par un geste presque anodin, le vol d’un téléphone portable dans un bar-tabac de Belleville. Sauf que la victime, Benjamin Grossman, est l’un de ces jeunes cadres dynamiques à qui tout réussit, et qui ne conçoit pas de subir ce genre d’avanie. La suite, c’est un dérapage incontrôlé. Une poursuite, une bagarre, puis une intervention policière qui tourne mal. Le voleur, un adolescent, y laisse la vie. Et tout s’embrase, car la scène a été filmée par une jeune fille…
D’un fait divers mettant le feu aux poudres et projetant sur la scène nombre de personnages qui ne s’y attendaient pas ni ne le souhaitaient, la romancière tire la matière d’une tragédie humaine totalement ancrée dans notre réel. Et lance une sacrée promesse aux lecteurs.

Dany Héricourt - La CuillèreLa Cuillère, de Dany Héricourt

Alors qu’elle veille au chevet de son père qui vient de mourir, une jeune fille de 18 ans remarque sur la table de nuit une cuillère. L’objet, qu’elle n’a jamais vu auparavant l’intrigue tant qu’il détourne son attention du chagrin, et va la lancer dans une quête pour le moins inattendue, depuis l’hôtel familial au Pays de Galles jusqu’en Bourgogne…
Voici pour le premier roman de la rentrée Liana Levi, qui promet malice et inattendu, pour peu que la promesse du résumé soit tenue.

Eddy L. Harris - Mississippi SoloMississippi Solo, d’Eddy L. Harris
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Pascale-Marie Deschamps)

Certes, Mississippi Solo est aussi le premier roman d’Eddy L. Harris, mais ce n’est pas le premier que publie Liana Levi en France. L’auteur américain, qui vit désormais dans notre pays, s’est déjà fait connaître par Harlem, Jupiter et moi (aucun lien avec le gars qui habite à l’Élysée en ce moment), et Paris en noir et black.
Ce livre fondateur est un récit de voyage initiatique, celui que l’auteur a accompli à l’âge de trente ans le long du mythique fleuve américain. Une descente en canoë au cœur de l’Amérique, qui l’amène à se confronter à la puissance de la nature américaine, mais aussi à l’humanité dans toute sa splendeur, faisant au passage l’expérience d’un racisme qu’il n’avait jamais eu à affronter auparavant.


BILAN



Lectures très probables :

Arène, de Négar Djavadi
La Cuillère, de Dany Héricourt
Mississippi Solo, d’Eddy L. Harris

Impossible de les départager, les trois me font envie…


COUP DE CŒUR : Neverland, de Timothée de Fombelle

Je mets au défi quiconque lisant ce livre de ne pas pleurer à la fin. Je ne vous dirai pas ici pourquoi, bien entendu, il faut prendre Neverland par le début et le mener à son terme pour, inexorablement, laisser la vague d’une émotion longtemps contenue vous submerger. Mais ce que je peux dire, c’est que j’attendais beaucoup de ce texte, et que malgré cette haute espérance, il ne m’a en rien déçu, au contraire.

Héraut de la littérature jeunesse qui ne prend pas les enfants pour des idiots, immense auteur de fresques aventurières où l’imaginaire prend le pouvoir, papa de Tobie Lolness, aux commandes du dirigeable planant dans le ciel tourmenté de Vango, chercheur de valises dans Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle accomplit ici un pas de côté qui n’en est pas vraiment un. Officiellement, pour la comm’, il signe son « premier livre pour les adultes », publié pour l’occasion par les belles éditions de l’Iconoclaste qui l’ont pressé longtemps de franchir ce pas. En réalité, Neverland est dans la droite ligne de toute son œuvre, dont il pourrait même constituer la clef de voûte, le code secret autorisant d’y pénétrer en toute intimité.

Fombelle - NeverlandNeverland est une quête de l’enfance.

Pas perdue, non, car pour Timothée de Fombelle, l’enfance ne s’oublie pas dès lors qu’on n’en a pas été privé. Elle est là, tapie, cachée, n’attendant qu’une brèche, un rayon de soleil dans la grisaille des temps modernes pour resurgir, s’épanouir, courir dans les sentiers sous les bois, laisser glisser sa main dans l’eau claire des torrents, s’enfoncer jusqu’aux genoux dans la neige ou rêvasser sur un lit dans la tiédeur d’un été silencieux.
Pour mieux la retrouver, l’auteur se grime en aventurier, en chasseur de songe, flèches et carquois sur l’épaule, un petit cheval vif en guise de compagnon de route, carnets de quête dans les poches. Il vole en souvenir dans la maison de ses grands-parents, dont la chambre « était la tour de contrôle de [son] univers ». Fouille les tiroirs où s’enfouissent les minuscules trésors n’ayant de précieux que la valeur par nous accordée. Traque des valises, encore, où dorment des trains électriques et des possibles voyages.

Timothée de Fombelle a le don des juxtapositions évocatrices, du choix des mots justes dans un souci de simplicité qui est tout sauf de la pauvreté stylistique. Chez lui, les mots sont comptés mais ils vont droit au but. Avec une facilité éblouissante, ils esquissent des images, des décors, des sensations incroyablement familières. Chaque chapitre est un tableau qui s’anime, dont on croirait les détails puisés directement dans notre propre esprit. C’est cette douce effraction qui fait naître l’émotion, avec pudeur, avec discrétion, mais aussi avec une tendresse qui chamboule et bouleverse.

Ne manquez pas ce voyage vers le Neverland de Timothée de Fombelle qui, en portant un regard doux vers son Pays Imaginaire personnel, nous offre un billet retour vers l’enfance. Un cadeau aussi rare que précieux.

Neverland, de Timothée de Fombelle
Éditions l’Iconoclaste, 2017
ISBN 979-10-95438-39-7
117 p., 17€


Sucre noir, de Miguel Bonnefoy

Un navire de pirates s’échoue sur la cime des arbres, dans les Caraïbes. A son bord, des hommes hagards, un trésor prodigieux et, veillant jalousement sur lui, le capitaine Henry Morgan, grand flibustier devant l’Éternel, à l’agonie mais prêt à défendre son bien jusqu’à la mort.
Trois siècles plus tard, la légende du trésor de Henry Morgan attire sur ces terres pauvres le jeune et ambitieux Severo Bracamonte, prêt à tout pour exhumer cette fortune extraordinaire de sa cachette secrète. A défaut d’or et de bijoux, il trouve l’amour en la personne de Serena Otero, héritière d’une plantation de cannes à sucre fondée par son père Ezequiel…

Bonnefoy - Sucre noirVoilà un roman bien difficile à résumer – comprenez donc que ma maigre tentative ci-dessus ne rend pas justice à l’originalité de Sucre noir. Le deuxième livre de Miguel Bonnefoy, après un Voyage d’Octavio déjà très remarqué, confirme en effet la singularité d’un jeune auteur né à Paris mais d’origine vénézuélienne. Ces racines sud-américaines expliquent sans doute son ton et son univers très personnels, qui tirent vers le conte, la fable, dans des décors exotiques aux saveurs, senteurs et couleurs puissantes.

Déroulant son intrigue sur plusieurs décennies, Bonnefoy plante des personnages à la fois en quête et en manque – de passion, d’ambition, de reconnaissance, de réussite… Les figures de femmes y dominent, autoritaires, déterminées, mais aussi rêveuses, vibrantes d’aspiration si difficiles à concrétiser. Au cœur du récit, ces trésors qui nous obsèdent et peuvent prendre des formes si différentes qu’on ne les reconnaît pas toujours. Il y a l’or, bien sûr, mais aussi l’enfance, l’amour, l’accomplissement de soi.

Avec son idée de bateau pirate planté au sommet des arbres, Sucre noir s’ouvre sur des images inoubliables qui seront suivies de beaucoup d’autres, tant le jeune romancier excelle à partager sensations, paysages, odeurs… mais aussi toute la complexité des sentiments humains. Les belles idées s’enchaînent, portées par un style soigné, très imagé sans abus d’adjectifs superflus.
Voilà donc un deuxième roman dont les belles dispositions et le ton rare en littérature française promettent le meilleur à son auteur. On sera au rendez-vous du prochain Miguel Bonnefoy, sans hésiter.

Sucre noir, de Miguel Bonnefoy
Éditions Rivages, 2017
ISBN 978-2-7436-4057-6
207 p., 19,50€

On en cause ici (plus en détail et de fort juste manière) sur La Cause Littéraire, Charybde 27, ou encore dans un très bel article sur Bricabook.


A première vue : la rentrée de l’Iconoclaste 2017

Cette année, impossible de commencer nos présentations de rentrée littéraire par un autre éditeur que l’Iconoclaste. D’abord parce que cette maison nous avait épatés il y a deux ans en publiant le formidable Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon, lors de sa première participation au grand raout de la fin août. Ensuite parce qu’elle a le bon goût de ne faire paraître que quatre livres cette année (à la différence de nombre de ses collègues qui, comme vous le verrez, ont abusé de la déforestation).
Enfin et surtout, parce qu’elle permet à l’un de nos chouchous, accessoirement l’un des plus grands auteurs français de littérature jeunesse, de partager avec nous son extraordinaire premier livre « pour adultes » – expression un peu stupide, faut-il l’avouer, mais à défaut de mieux…

I DO BELIEVE IN FAIRIES : Neverland, de Timothée de Fombelle (lu)
Attention, ce petit livre est une pure merveille. Je vous préviens, vous n’aurez pas le droit de passer à côté (oui, carrément). L’auteur de ces immenses romans pour la jeunesse que sont Tobie Lolness, Vango et Le Livre de Perle sort de sa cachette secrète pour signer un sublime récit sur l’enfance, une quête de l’enfance, une poursuite tout en tours et détours de ce temps lointain où l’insouciance était de mise. Un texte doux, tendre, sensoriel, imagé, imaginaire, poétique, amusant, bouleversant… résurrection du Pays Imaginaire que chacun de nous porte en lui. Rendez-vous le 30 août chez tous les libraires ayant une âme d’enfant.

CHARLOTTE : « Je me promets d’éclatantes revanches », de Valentine Goby
Au moment où elle écrivait Kinderzimmer, il y a plus de quatre ans, Valentine Goby a découvert Charlotte Delbo, résistante, déportée revenue de l’enfer pour nous offrir une œuvre littéraire éblouissante appuyée sur les ruines d’Auschwitz et résolument tournée vers l’avenir, vers le vivre. Dans son nouveau livre, la romancière lui rend hommage et invite à la lire, surtout aujourd’hui, plus que jamais aujourd’hui. « Je me promets d’éclatantes revanches » risque de vous faire ressortir de votre librairie avec l’œuvre intégrale de Charlotte Delbo, et c’est tout le mal que l’on peut vous souhaiter.

PROVENÇAL LE GAULOIS : Ma Reine, de Jean-Baptiste Andréa
Finalement, c’est le seul roman de la rentrée de l’Iconoclaste, et c’est un premier. Jean-Baptiste y narre les aventures de Shell, jeune garçon ainsi surnommé car il vit dans la station-service de ses parents et qu’il se balade toujours avec un blouson orné du célèbre logo de la firme pétrolière. Après avoir failli mettre le feu à la garrigue provençale où il habite, Shell est promis à un institut, mais il décide de tracer sa route et de partir faire la guerre. Au lieu de ça, au cœur de la nature sauvage où il s’est évadé, il rencontre une fille et s’ouvre à la vie. La promesse d’un univers singulier, à découvrir sans doute.

JE VOUS FAIS UNE LETTRE : Un bruit de balançoire, de Christian Bobin
L’illustre romancier et poète du minimalisme et de l’intériorité propose ici un recueil de lettres. Réelles, imaginaires, à un nuage où à sa mère, à qui en veut ou qui en rêve. Un livre atypique qui rencontrera sans nul doute son public, car Bobin est extrêmement lu et suivi.


Anna, de Niccolo Ammaniti

Signé Bookfalo Kill

Sicile, 2020. Depuis quatre ans, un virus implacable surnommé « La Rouge » (car le corps de ses victimes se couvre de plaques rouges, signes avant-coureurs de la mort inéluctable qui s’approche) fauche tous les adultes. Seuls les enfants survivent, jusqu’à la puberté. Après la mort de sa mère, Anna, âgée d’une douzaine d’années, se retrouve seule responsable de son petit frère Astor, qui n’a que quatre ans. Quand ce dernier disparaît, elle se lance non seulement à sa recherche, mais aussi en quête d’un moyen d’échapper au virus…

ammaniti-anna02En France, Niccolo Ammaniti cherche toujours son public – qu’il mérite, tant son œuvre, largement reconnue en Italie (il a notamment reçu le Strega, équivalent du Goncourt, pour l’extraordinaire Comme Dieu le veut), est riche et passionnante. Malheureusement, ce n’est sans doute pas avec Anna qu’il va le trouver. Bien que fan de son travail depuis des années, je suis obligé d’admettre que ce roman post-apocalyptique n’est pas une franche réussite ; il n’apporte en tout cas rien au genre, ni par l’évolution de son intrigue, ni par ses personnages, ni par son style.

Le post-apocalyptique est à la mode en ce moment. Il faut croire que l’état de notre planète inquiète de plus en plus de romanciers, et c’est assez légitime qu’ils soient nombreux à s’emparer du genre pour partager leur préoccupation. Revers de la médaille, il faut désormais s’employer pour rivaliser d’originalité – qualité dont Ammaniti manque hélas dans Anna. Si on ne peut lui reprocher l’histoire du virus, classique et efficace, le romancier ne fait pas grand-chose de neuf du climat délétère qui en résulte.
Oh, ça tient la route – mais pas la comparaison avec, par exemple… la Route de Cormac McCarthy, chef d’œuvre marquant du post-apo ces dernières années. En dépit de la violence qui préside au moindre acte des personnages, Anna manque d’intensité, de souffle, de profondeur, et ressemble surtout à un roman d’aventure dans lequel il ne se passe pas grand-chose – le comble, surtout qu’il tire en longueur ses plus de 300 pages.

Et puis surtout, à quoi bon cette histoire ? Quand on s’attaque au post-apocalyptique, c’est qu’on a quelque chose à raconter. Dans cette même rentrée littéraire, Emily St John Mandel en fait la démonstration avec son superbe Station Eleven (éditions Rivages, j’essaie de vous en parler bientôt). Là, difficile de voir ce qu’Ammaniti avait en tête. La Rouge, punition immanente pour la façon dont les hommes se comportent ? Ouais, bon…
Même si l’on avance qu’il entreprend d’analyser la violence naturelle des enfants en situation extrême, le roman souffre alors de la comparaison avec Sa Majesté des mouches, terrible référence auquel on est obligé de penser ici. Les personnages d’Anna sont affreux, sales et méchants, certes, mais dépourvus de l’atroce « grandeur » qu’avait réussi à conférer Golding à ses héros. Même Anna, protagoniste courageuse et intelligente, a peiné à susciter mon empathie, tant le romancier rame à donner de la chair et de puissance à l’enjeu (protéger et sauver son petit frère) qu’il impose à son héroïne.

Bref, vous l’aurez compris, Anna est pour moi une grande déception, surtout de la part d’un auteur qui avait si bien su combiner enfance et violence dans son magnifique Je n’ai pas peur. J’espère retrouver bien vite mon Ammaniti favori, qui m’avait déjà laissé sur ma faim avec son précédent livre, Moi et toi. Croisons les doigts pour que ce ne soit qu’une mauvaise passe…

Anna, de Niccolo Ammaniti
(Anna, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher)
Éditions Grasset, 2016
ISBN 978-2-246-86164-5
320 p., 20€


Minnow, de James E. McTeer II

Signé Bookfalo Kill

Ce devait être une course toute simple : aller en ville et acheter chez le pharmacien un médicament pour soigner son père. Rien d’insurmontable pour un jeune garçon aussi débrouillard que Minnow. Malheureusement, le produit manque chez le l’apothicaire, qui oriente l’enfant vers le « Docteur Crow », un médecin vaudou consultant dans une modeste cabane de Port Royal, la ville voisine de sinistre réputation.
Ce n’est que le début de longues et périlleuses aventures pour Minnow, qui devra affronter des hommes retors, des créatures dangereuses et la menace d’un terrible ouragan…

mcteer-minnowDès les premières pages, très accrocheuses, on se demande dans quel drôle de monde nous entraîne James E. McTeer II. Minnow ressemble à un gamin d’aujourd’hui, mais les paysages et le ton général du récit laissent penser que l’histoire se déroule il y a longtemps, quelque part entre le XIXème et le XXème siècle. Au fond, d’ailleurs, qu’importe. Collé aux basques de ce très chouette gamin qu’est Minnow, on est très vite embarqué dans des aventures palpitantes, au rythme enlevé d’un récit initiatique dans les règles de l’art.

Avec son évocation du sud américain ancestral, Minnow a des airs de roman de Mark Twain, tout en tendant très vite vers le conte, empruntant à ce genre très codifié ses passages obligés : un jeune héros confronté à une perturbation majeure de son équilibre initial, un but à atteindre, des épreuves à affronter, des apprentissages à appliquer pour survivre et rallier son objectif, des adversaires et des personnages auxiliaires qui viennent en aide au héros…
Le mélange des deux genres (roman du sud et conte) donne un très beau récit métis, palpitant, mystérieux, parfois très sombre ; le roman tend vers la violence, celle des hommes répondant à celle de la nature lorsque l’ouragan se déchaîne – passages hallucinants de puissance et de terrible beauté -, mais toujours l’humanité rayonnante de Minnow prend le dessus, inscrivant ce petit bout d’homme formidablement courageux au panthéon des personnages inoubliables.

Il se dégage de ce premier roman très réussi une force d’attraction envoûtante, une magie noire dont les volutes vénéneuses ensorcellent. L’une des gestes littéraires les plus originales de cette rentrée, pour ceux que les sentiers rebattus ennuient. Superbe !

Minnow, de James E. McTeer II
(Minnow, traduit de l’américain par Virginie Buhl)
Éditions du Sous-Sol, 2016
ISBN 978-2-36468-099-9
236 p., 19€


A première vue : la rentrée Gallimard 2016

Bon, cette année, promis, je ne vous refais pas le topo sur les éditions Gallimard et leurs rentrées littéraires pléthoriques dont la moitié au moins est à chaque fois sans intérêt ; je pense qu’à force, vous connaissez le refrain, et il ne change guère cette année : 13 romans français, 4 étrangers, c’est à peine moins que l’année dernière – et on n’en parle que des romans qui paraissent fin août, il y en a beaucoup d’autres en septembre (dont un Jean d’Ormesson, mais je saurai vous épargner).
Je vais sans doute m’attacher à être plus elliptique cette année que les précédentes, car cette rentrée 2016 me paraît à première vue dépourvue d’attraits majeurs. Comme je n’ai pas pour objectif de vous faire perdre votre temps, on va trancher dans le vif ! Et commencer par les étrangers, ça ira plus vite (façon de parler)…

Oz - JudasJE CHANTE UN BAISER : Judas, d’Amos Oz (lu)
A court d’argent et le coeur en berne après que sa petite amie l’a quitté, Shmuel décide d’abandonner son mémoire sur « Jésus dans la tradition juive ». Il accepte à la place une offre d’emploi atypique : homme de compagnie pour un vieil érudit infirme qui vit reclus dans sa maison, sous la houlette d’une femme aussi mystérieuse que séduisante… Mêlant avec art récit intime de personnages étranges et attachants, réflexions sur l’histoire d’Israël et un discours théologique passionnant, Amos Oz emballe un roman de facture parfaite et sert l’intelligence sur un plateau.

Von Schirach - TabouPORTRAIT DE L’ARTISTE EN TUEUR : Tabou, de Ferdinand von Schirach
Un célèbre photographe avoue un crime pour lequel on n’a ni corps, ni même d’identité formelle de la victime. Qu’est-ce qui l’a mené là ? Y a-t-il un rapport avec ses expérimentations artistiques audacieuses ? Dans la lignée de ses livres précédents, le romancier allemand élabore une réflexion sur la violence et le doute, le rapport entre vérité et réalité.

Stridsberg - BeckombergaÀ LA FOLIE : Beckomberga – Ode à ma famille, de Sara Stridsberg
Ouvert en 1932 près de Stockholm, Beckomberga a été conçu pour être un nouveau genre d’hôpital psychiatrique fondé sur l’idée de prendre soin de tous et de permettre aux fous d’être enfin libérés. Jackie y rend de nombreuses visites à son père Jim qui, tout au long de sa vie, n’a cessé d’exprimer son mal de vivre. Famille et folie, le thème de l’année 2016 ? Après En attendant Bojangles, mais dans un genre très différent, Sara Stridsberg propose en tout cas une nouvelle variation sur le sujet.

Clegg - Et toi, tu as eu une familleON THE ROAD : Et toi, tu as eu une famille ?, de Bill Clegg
Famille encore ! Cette fois, tout commence par un incendie dans lequel périssent plusieurs proches de June, dont sa fille Lolly qui devait se marier le lendemain du drame. Dévastée, June quitte la ville et erre à travers les Etats-Unis, sur les traces de ce qui la lie encore à sa fille, par-delà la mort. Dans le même temps, le roman se fait choral en laissant la parole à d’autres personnes affectées par l’incendie, dans une tentative de transcender l’horreur par l’espoir et le pardon.

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Appanah - Tropique de la violenceVOYAGE AU BOUT DE L’ENFER : Tropique de la violence, de Nathacha Appanah
A quinze ans, Moïse découvre que Marie, la femme qui l’a élevé, n’est pas sa mère. Révolté, il tombe sous la coupe d’une bande extrêmement dangereuse qui va faire de son quotidien un enfer… Nous sommes à Mayotte, minuscule département français perdu dans l’océan Indien, au large de Madagascar. Un bout de France ignoré, méprisé, étouffé par une immigration incontrôlable en provenance des Comores voisines, et où la violence et la misère vont de pair. La Mauricienne Nathacha Appanah en tire un roman qui devrait remuer les tripes.

Bello - AdaHER : Ada, d’Antoine Bello
Un policier de la Silicon Valley est chargé de retrouver une évadée d’un genre très particulier : il s’agit d’Ada, une intelligence artificielle révolutionnaire, dont la fonction est d’écrire en toute autonomie des romans à l’eau de rose. En menant son enquête, Frank Logan découvre pourtant que sa cible développe une sensibilité et des capacités si exceptionnelles qu’il en vient à douter du bien-fondé de sa mission…

Benacquista - RomanesqueBONNIE & CLYDE : Romanesque, de Tonino Benacquista
Un couple de Français en cavale à travers les États-Unis se réfugie dans un théâtre. La pièce à laquelle ils assistent, Les mariés malgré eux, se déroule au Moyen Age et raconte l’exil forcé d’un couple refusant de se soumettre aux lois de la communauté. Le destin des deux Français dans la salle et des personnages sur scène se répondent et se confondent, les lançant dans une vaste ronde dans le temps et l’espace, une quête épique où ils s’efforceront de vivre leur amour au grand jour…

Del Amo - Règne animalPORCO ROSSO : Règne animal, de Jean-Baptiste Del Amo
Au cours du XXe siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. En deux époques, cinq générations traversent les grands bouleversements historiques, économiques et industriels. C’est déjà le quatrième roman du jeune Jean-Baptiste Del Amo (34 ans), qui revient ici avec un sujet sérieux et ambitieux – du genre qui doit mener à un prix littéraire…

Slimani - Chanson douceLA MAIN SUR LE BERCEAU : Chanson douce, de Leïla Slimani
Dans le jardin de l’ogre, le premier roman de Leïla Slimani – histoire d’une jeune femme, mariée et mère de famille, rongée par son addiction au sexe -, n’était pas passé inaperçu, loin de là. Son deuxième, qui relate l’emprise grandissante d’une nourrice dans la vie d’une famille, pourrait constituer une confirmation de son talent pour poser une situation de malaise et provoquer une réflexion sociétale stimulante.

Tuil - L'InsouciancePOST COITUM ANIMAL TRISTE : L’Insouciance, de Karine Tuil
En 2009, le lieutenant Romain Roller rentre d’Afghanistan après avoir vécu une liaison passionnée avec la journaliste et romancière Marion Decker. Comme il souffre d’un syndrome post-traumatique, son retour en France auprès de sa femme et de son fils se révèle difficile. Il continue à voir Marion, jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle est l’épouse du grand patron de presse François Vély… Il y a de l’ambition chez Karine Tuil, à voir si le résultat est à la hauteur.

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ÇA FAIT PAS UN PLI : Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci
Un jeune Japonais tombe amoureux d’une femme à peine entrevue, et quitte tout pour la retrouver. Il finit par échouer en Toscane, où il s’adonne en ermite à l’art du pliage japonais. Pour tous, il devient Monsieur Origami…

UNSUCCESS STORY : L’Autre qu’on adorait, de Catherine Cusset
A vingt ans, Thomas a tout pour réussir. Il mène des études brillantes, séduit les femmes et vit au rythme frénétique de Paris. Mais après avoir échoué à un concours que réussit son meilleur ami, et s’être fait larguer par sa petite amie, sa vie entame une trajectoire descendante que rien n’arrêtera… Think positive à la française.

ROMAN PAS X : Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre
Inspiré par la mort de sa mère, Duteurtre annonce un livre à la croisée de l’autobiographie, de l’essai et de la fiction. Il ira croiser sans moi, son Ordinateur du Paradis m’ayant dissuadé de perdre à nouveau mon temps avec cet auteur.

NAISSANCE DES FANTÔMES : Crue, de Philippe Forest
Un homme marqué par le deuil revient dans la ville où il est né, où les constructions nouvelles chassent peu à peu les anciennes. Il rencontre un couple, s’envoie Madame et papote avec Monsieur qui affirme que des milliers de gens disparaissent. D’ailleurs, Monsieur et Madame disparaissent à leur tour. Puis la ville est envahie par les flots…

À L’EST D’EDEN : Nouvelle Jeunesse, de Nicolas Idier
Dans le Pékin contemporain, des jeunes vivent d’excès. Ils sont poètes, rockers ou amoureux, et incarnent la nouvelle jeunesse de cette ville en mutation.

UNE BELLE HISTOIRE : Les deux pigeons, d’Alexandre Postel
Théodore a pour anagramme Dorothée. Ça tombe bien, ce sont les prénoms des héros du troisième livre d’Alexandre Postel (intéressant mais imparfait dans L’Ascendant et Un homme effacé). Ils sont jeunes, ils sont amoureux, et se demandent comment mener leurs vies… C’est une romance d’aujourd’hui.

ENGAGEZ-VOUS RENGAGEZ-VOUS QU’ILS DISAIENT : Nos lieux communs, de Chloé Thomas
Sur les pas des étudiants d’extrême gauche, Bernard et Marie sont partis travailler en usine dans les années 1970. Bien des années plus tard, Jeanne recueille leurs témoignages et celui de leur fils, Pierre, pour tenter de comprendre leurs parcours. Premier roman.


A première vue : la rentrée Flammarion 2016

Le chiffre est tombé récemment, il n’y aura « que » 560 romans publiés durant la rentrée littéraire de l’automne 2016, un chiffre en baisse qui confirme une tendance des éditeurs à maîtriser leur rythme de publication, espérant ainsi privilégier la qualité à la quantité. On distingue même une tendance régulière de cinq ou six romans français ou francophones, pour deux ou trois romans étrangers – mouvement que l’on retrouve chez Flammarion, avec pas mal de noms connus en tête d’affiche. Pas de quoi devenir hystérique, mais disons qu’à première vue, le programme paraît correct…

Ovaldé - Soyons imprudents les enfantsY’EN A MÊME QUI DISENT QU’ILS L’ONT VU VOLER : Soyez imprudents les enfants, de Véronique Ovaldé
Dans la famille Bartolome, un seul précepte est adressé aux adolescents : « soyez imprudents les enfants ». A 13 ans, Atanase, la petite dernière, n’a pourtant encore rien entendu de tel et piaffe d’impatience. La découverte d’un tableau et le mystère entourant son peintre rencontrent le désir d’aventure de la jeune fille, qui part à la recherche de l’artiste pour essayer de comprendre avec lui pourquoi son œuvre l’a bousculée à ce point…

Joncour - Repose-toi sur moiLES OISEAUX : Repose-toi sur moi, de Serge Joncour
Des corbeaux colonisent la cour d’un immeuble parisien. Terrorisée par leur présence, une jeune styliste sollicite l’aide de son voisin, ex-agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ce curieux événement va évidemment les rapprocher et faire basculer leurs vies… Un roman d’amour sur fond de choc des cultures entre ville et campagne : avec Joncour, bon conteur doué  pour l’ironie, tout est possible.

AJAR - Vivre près des tilleulsPOLYPHONIE SUISSE : Vivre près des tilleuls, de l’AJAR
Ce roman est avant tout un projet singulier, car il est l’œuvre de 18 auteurs, Suisses romands (AJAR étant l’acronyme de « Association de Jeunes Auteur-e-s Romandes et romands), tâchant de faire voix commune pour raconter une seule et même histoire, celle d’une écrivaine suisse dont on découvre par hasard un journal intime dans lequel elle relate l’impossible deuil de sa fille.  Forcément un objet de curiosité formelle, quant au fond…

Grenier - L'Année la plus longue366 : L’Année la plus longue, de Daniel Grenier
Ce petit pavé (432 pages) a franchi l’Atlantique depuis son Québec natal pour venir nous conter en toute simplicité trois siècles d’histoire en Amérique du Nord, à travers les destins croisés de deux hommes nés un 29 février – l’un des deux en profitant pour ne vieillir que tous les quatre ans… Sur le papier, une grande fresque romanesque dont le les Québécois ont le secret, par un auteur de 36 ans dont c’est le premier roman.

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JE EST UN AUTRE : Le Vieux saltimbanque, de Jim Harrison
La rentrée littéraire étrangère sera marquée par plusieurs publications posthumes (Henning Mankell, Umberto Eco), dont le dernier roman de Jim Harrison, paru aux USA un mois avant sa mort. Pour ce livre, Harrison fait le choix d’une autobiographie masquée, puisqu’il prête à un narrateur, écrivain en mal d’inspiration, les moments marquants de sa propre vie. L’une des sorties importantes de la rentrée, par la force des choses.

Kraus - I love DickCE N’EST PAS CE QUE VOUS CROYEZ (BANDE DE GROS DÉGOÛTANTS) : I love Dick, de Chris Kraus
Une femme mariée tombe follement amoureuse d’un homme prénommé Dick, à qui elle se met à écrire ; par jeu ou par défi, le mari de cette femme entame lui aussi une correspondance avec Dick… Publié en 1997 aux Etats-Unis, I love Dick est un livre culte aux États-Unis, considéré par une journaliste du Guardian comme « le livre le plus important sur les relations homme-femme qui ait été écrit au XXème siècle ». Rien que ça. On demande à voir, même si le pitch ne nous fait pas plus rêver que cela.

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BONUS / LE ROMAN FANTÔME : Babylone, de Yasmina Reza
Je vous aurais bien dit un mot également du nouveau roman de Yasmina Reza, surtout que j’avais aimé son précédent, Heureux les heureux. Mais faute de savoir de quoi il est question (aucun résumé digne de ce nom n’est disponible), nous devrons attendre la sortie du livre.


Le médaillon de Budapest d’Ayelet Waldmann

Avez-vous déjà acheté un bouquin juste parce que vous trouviez la couverture jolie? Et que la quatrième de couv’ vous semblait intéressante?

Waldman - Le Médaillon de BudapestCela m’est arrivé avec Le médaillon de Budapest, d’Ayelet Waldman. Et des fois, il vaut mieux écouter son instinct et reposer le beau livre pour ne garder que celui qui ne paye pas de mine graphiquement, mais qui a un petit mot du libraire scotché sur la couverture. Ça m’apprendra à faire des infidélités!

N’ayant rien d’autre sous la dent, je l’ai lu entièrement. Et c’était pénible, dans tous les sens du terme.

Jack est un vieux papy qui se meurt, quelque part dans un Etat du nord-est des États-Unis. Depuis longtemps, il cache un médaillon qu’il a volé, sans jamais oser le rendre.

Natalie est sa petite-fille, la petite trentaine et fraîchement divorcée. Elle cherche une raison de ne pas sombrer dans la dépression suite à ce mariage raté, quelques mois à peine après l’avoir célébré.

Jack demande donc à Natalie de restituer à sa propriétaire le médaillon, qui provient du train de l’or hongrois, un train conduit par les Nazis à destination de l’Allemagne, empli des richesses de tous les Juifs hongrois déportés et assassinés. De l’or, des bijoux, des diamants, des tableaux de maîtres, des Torah vieilles de centaines d’années, des joyaux inestimables. Et parmi cela, le fameux médaillon de Budapest, un paon tout d’émail et d’or.

Natalie va partir sur les traces de ce trésor, découvrir un épisode tragique et émouvant de la Seconde Guerre Mondiale et… non, je ne vous raconterai pas la fin.

L’idée de départ n’est pas mauvaise. C’est simplement le style et le découpage pour le moins surprenant du bouquin qui déroutent. C’est plat, sans saveur, truffé de rebondissements de dernière minute. Le livre se découpe en trois parties (si mes souvenirs sont bons). États-Unis, Hongrie et Israël, de nos jours – Un camp américain en Autriche en 1945 – Prague dans les années 1910. On change de protagoniste à chaque fois, on n’approfondit pas la psychologie des personnages, les femmes dans ce bouquin sont des hystériques sans nuance (mention spéciale à Nina…) et les hommes, des amoureux éconduits.

C’est long, c’est ennuyeux, c’est terriblement décevant. Ne jamais se fier à la beauté de l’emballage… L’habit ne fait pas le moine!

Un article de Clarice Darling

Le Médaillon de Budapest, d’Ayelet Waldman
(traduit de l’américain par Daphné Bernard)
  Éditions Robert Laffont, 2015
ISBN 978-2-221-13827-4
455 p., 22€


La nuit des trente d’Eric Metzger

C’est l’histoire d’un type qui fête ses trente ans. Il bosse dans la pub, vit à Paris et il cherche désespérément à trouver l’amour. Autrefois, il a aimé. Passionnément. Et depuis, il la cherche, son « fantôme ». Après le boulot, il va suivre ses collègues dans un bar et vivre une folle nuit, pleine de rencontres et d’alcool.

Metzger - La Nuit des TrenteLa nuit des trente n’est qu’une longue énumération de faits, de bars, de cocktails ingurgités et d’arrondissements de Paris qui défilent, à la faveur d’un scooter, d’un vélo, d’un taxi. Soit le héros termine le boulot très tôt, soit il y a une faille spatio-temporelle dans la nuit parisienne car vu le nombre d’événements qui arrivent à ce pauvre garçon, cette divagation nocturne doit durer au moins 14h!

Un premier roman court, plat, où on n’arrive pas à accrocher à Félix, le personnage principal, un garçon lympathique, qui, à force de se lamenter sur son amour et sa jeunesse perdus, va passer à côte de sa vie. Félix, c’est un peu la Bovary du 21ème siècle, un type qu’on a envie de secouer comme un prunier (ou lui mettre un coup de pied au cul, au choix…)

Bref, dans quinze jours, j’aurais oublié ce que je viens de lire si l’auteur n’était pas le Eric du duo comique Eric et Quentin du Petit Journal de Canal Plus. Honnêtement, c’est bien pour ça que j’ai choisi ce livre, sinon je serais passée à côté sans sourciller. Same writer, try again!

La nuit des trente d’Eric Metzger
Éditions Gallimard, collection l’Arpenteur, 2015
9782070147076
112 p., 10€90

Un article de Clarice Darling


Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle

Signé Bookfalo Kill

Exilé de son royaume, où vivent encore fées et sorciers, pour empêcher qu’il soit tué par son frère jaloux, un jeune prince de quinze ans devient Joshua, fils adoptif de monsieur et madame Perle, confiseurs à Paris dans les années 30. Mais la guerre éclate quelques années plus tard, et Joshua doit partir au front. Capturé et enfermé dans un camp, il y fait une découverte stupéfiante, qui pourrait bien lui servir de clef pour retrouver le monde dont il vient…
Il ignore qu’une éternelle jeune fille, ancienne fée qui a renoncé à ses pouvoirs par amour pour lui, le suit comme son ombre, tiraillée entre le désir de le retrouver et la crainte de le perdre, car une terrible malédiction pèse sur eux. Il ignore aussi qu’un adolescent de quatorze ans, un jour, découvrira ses aventures et en fera une histoire…

Fombelle - Le Livre de PerleTimothée de Fombelle aime les constructions narratives complexes, prendre des détours, marcher contre le déroulement naturellement monotone de la vie. Pour lui, la vérité, le mystère et la beauté se cachent dans les virages et les recoins de l’existence, sa compréhension et sa magie dans les allers-retours du temps – et dans des valises, énormément de valises comme autant de petits coffres-forts pour des secrets, des miracles et des beautés innombrables.
Mêlant plusieurs niveaux de narration, plusieurs époques, suivant plusieurs personnages en parallèle, Le Livre de Perle ne fait pas exception à cette règle et sidère par sa maîtrise totale. Jamais on ne se perd dans les méandres de ce récit qui fait la part belle à l’esprit des contes et des fables, en injectant un peu de leur enchantement dans l’histoire de notre propre monde, même en plein cœur de la guerre.

Pourtant, Fombelle augmente encore la difficulté en se mettant lui-même en scène dans son livre, d’abord adolescent mystérieux au début de l’histoire, puis devenu adulte, à la recherche de la vérité sur Joshua Perle dont il a croisé la route par hasard des années avant. Un tel procédé, recourir à une narration à la première personne en plein milieu d’un roman raconté pour le reste à la troisième personne, est aussi rare qu’audacieux pour un texte destiné à la jeunesse. Il l’assume avec brio, ajoutant une implication personnelle pleine d’émotion à une histoire imaginaire qui en compte déjà beaucoup.
Car le Livre de Perle vibre d’histoires palpitantes : une magnifique histoire d’amour, un récit d’apprentissage douloureux, des quêtes, des fuites, des amitiés, des trahisons, de la féérie… Le tout dans des décors sublimes, d’un lac brumeux aux remparts d’un sombre château, d’une rivière cachée à des bords de mer grondants, du Paris des années 30 à la France occupée, d’un camp glacial en Westphalie à une maison abandonnée dans la lagune de Venise…

Timothée de Fombelle aime aussi, par-dessus tout, faire rêver ses lecteurs, jeunes et moins jeunes. Si ses gros romans s’offrent à partir de 13 ans (et les 300 pages de ce nouvel opus sont loin des superbes pavés qu’étaient Tobie Lolness et Vango), ils sont pour tous les âges des passeports vers des au-delà merveilleux, territoires de rêves et de cauchemars, de quête et d’apprentissage, d’amour et de chagrin. Je ne raterais pour rien au monde une nouvelle publication signée de sa main, car la virtuosité de sa phrase épurée, ciselée pour faire naître les plus belles émotions chez son lecteur, ne cesse de m’éblouir et de me bouleverser.

D’ailleurs, ce sont sur ses mots que je veux vous laisser, incapable d’en trouver de meilleurs de mon côté pour vous recommander de plonger sans délai dans le Livre de Perle.
Quelques mots, quatre pour être précis, qui suffisent à dire tout et plus encore :

« Les histoires nous inventent. »

A vous de vous inventer grâce aux merveilleuses histoires de Timothée de Fombelle.

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle
  Éditions Gallimard-Jeunesse, 2014
ISBN 978-2-07-066293-7
304 p., 16€


Anima de Wajdi Mouawad

Comment vais-je réussir à vous parler de cet ouvrage? Tout dans ce livre m’a retourné. Oui, c’est ça, retourné. Retourné les tripes, retourné le cerveau… C’est bien ce mot qui convient.

Wahhch Debch rentre chez lui un soir et découvre le cadavre de sa femme. Elle a été éventrée, tuant au passage le foetus qu’elle portait, et violée dans la plaie. Un meurtre sordide qui va retourner le cerveau du héros. Le meurtrier, on met rapidement un nom sur lui, mais pas de visage. Wahhch Debch décide de retrouver cet assassin, non pas pour se faire justice soi-même, mais justement pour découvrir ce visage, pour se donner un but, et échapper peut-être ainsi au chagrin et aux envies de mort.

Debch part dans une longue quête. A la recherche du meurtrier, à la recherche de son propre passé. Ce qu’il va découvrir est inimaginable. On part du Québec, en passant par une réserve amérindienne du nord des États-Unis, avant d’échouer au Nouveau-Mexique, dans les pas de Debch, héros malgré lui d’une tragédie hors norme.

L’histoire peut paraître banale, mais le traitement de la narration est original. L’auteur utilise les animaux présents (insectes, poissons, oiseaux, chien-loup…) pour narrer les péripéties et nous renvoyer en pleine figure l’animalité des hommes.

Ce roman de Mouawad est d’une noirceur extrême, à la limite du soutenable dans les descriptions de certaines scènes (âmes sensibles s’abstenir). Mais je vous garantis qu’il est impossible de refermer ce livre, mené de bout en bout d’une main de maître par un Mouawad en grande forme littéraire. Dix ans pour penser, réfléchir et rédiger cet ouvrage !

A la limite du polar, du thriller et du roman initiatique, Anima est assurément un coup de poing dans cette rentrée littéraire 2012.

Anima de Wajdi Mouawad
Éditions Léméac / Actes-Sud, 2012
9782330012632
352p., 23€

Un article de Clarice Darling.


Dans le ventre des mères, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

Janvier 2008. Le petit village de Thines, en Ardèche, est entièrement ravagé par les flammes. Devant l’ampleur du désastre – plus de quatre-vingt morts sont à déplorer -, le commandant Vincent Augey, de la brigade criminelle de Lyon, est dépêché sur place pour aider les enquêteurs locaux débordés. Tandis qu’il tente de suivre la piste de Laure Dahan, une jeune femme aperçue dans les décombres quelques jours plus tard, le policier découvre que la région est depuis quelques années le théâtre de mystérieux trafics technologiques. Il met peu à peu au jour les sinistres desseins d’individus sans scrupules, obnubilés par la quête utopique et dangereuse d’un homme nouveau…

Laure Dahan était au cœur du premier roman écrit par Marin Ledun, Marketing Viral. Paru en 2008, ce techno-thriller était passionnant, déséquilibré cependant par un contenu très intéressant mais trop encombrant, tandis que l’histoire s’avérait bancale. Depuis, le romancier a écrit d’autres livres – beaucoup -, affiné son style et épuré son sens de la construction.
La différence saute aux yeux alors qu’il reprend les thématiques de Marketing Viral et en raconte la suite. Notons, c’est important, qu’il n’est pas utile d’avoir lu le premier pour comprendre le second. Les deux romans se complètent plus qu’ils ne s’enchaînent.

Ce qui change, c’est le point de vue. Dans MV, le personnage principal, Nathan Seux, était un chercheur, et cette caractéristique influait sur la trame scientifique et technique du roman, prédominante. Ici, le héros est un flic – emblématique du héros ledunien : solitaire, brusque, cassant, rétif à l’autorité, borderline et tourmenté par une obsession dévorante sa relation compliquée avec sa femme, après la perte de leur enfant).
C’est donc d’un œil profane, celui du policier, que le lecteur investit l’aspect scientifique de l’histoire. Un recadrage qui rend le propos plus clair, donc plus fort. Au menu, quelques idées fixes de Marin Ledun : les progrès et les risques liés au développement technique, les nanotechnologies et leurs infinies possibilités (et dérives potentielles), le transhumanisme et ses effroyables théories… mais aussi la maternité et la transmission, des gènes comme de l’héritage moral et historique de chacun. En somme, une plongée littérale, physique et psychologique, dans le ventre des mères.

Autant de thèmes singuliers que le romancier, ultra-documenté, possède à la perfection, et nous rend hyper accessible, grâce à une maîtrise narrative qui lui faisait défaut à ses débuts. Dans le ventre des mères est un thriller endiablé, d’une efficacité redoutable. Un page-turner, selon le terme consacré. Une sorte de gigantesque épisode de X-Files transposé en Ardèche, puis un peu partout en Europe, au fil des pérégrinations des héros. A l’enquête acharné de Vincent Augey répond la quête effrénée de Laure Dahan pour retrouver sa fille. Deux schémas moteurs qui se répondent, associant la première héroïne de Marin Ledun au héros type de son œuvre.
Une manière, peut-être, de boucler un cycle d’écriture de six ans, d’une richesse et d’une originalité confondantes.

Au final, Dans le ventre des mères, qui joue avant tout sur l’efficacité propre au thriller et sur des schémas familiers de Marin Ledun, n’est sûrement pas son meilleur livre. Il confirme cependant l’intelligence d’un romancier, héritier du polar social et engagé dans son époque, capable de plier les codes du suspense aux propos les plus ambitieux. Un auteur rare, à ne pas rater.

Dans le ventre des mères, de Marin Ledun
Éditions Ombres Noires, 2012
ISBN 978-2-08-127746-5
463 p., 18,90€

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