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Pourquoi je n’ai pas dépassé la page 50 : Jean-Marie Blas de Roblès et Négar Djavadi

Quand on explore une rentrée littéraire, on s’expose parfois à des échecs. Des rencontres (ou des retrouvailles) qui ne marchent pas, des alchimies qui ne se réalisent pas.
Les auteurs et leurs livres n’en sont pas forcément responsables, et la qualité de leurs romans pas remise en cause, en toute objectivité. Ce n’était juste pas le bon moment, pas la bonne disposition d’esprit, pas le bon livre à cet instant précis.

En cette rentrée 2020, j’ai déjà buté sur deux livres. Deux romans que, par ailleurs, j’attendais avec curiosité. J’ai tout de même envie d’en dire un mot, et d’expliquer pourquoi je n’ai (symboliquement) pas dépassé leur page 50.
Pour le moment en tout cas, car un retour à leurs pages est toujours possible. Souvent, c’est l’impatience qui me pousse à laisser tomber ; la conscience qu’après ces livres, il y en a tant d’autres qui attendent leur tour, avec qui la rencontre se déroulera peut-être mieux…


Ce qu’ici-bas nous sommes

Jean-Marie Blas de Roblès

(Zulma)


S’il y a bien un auteur que je ne m’attendais pas à faire figurer un jour dans cette rubrique particulière, c’est Jean-Marie Blas de Roblès. Lui dont j’ai follement adoré L’Île du Point Némo, et beaucoup aimé d’autres de ses livres à des degrés divers, n’a pas réussi à m’embarquer cette fois-ci. (Pour le moment, dois-je le rappeler. Celui-ci, je peine à me dire que je n’y reviendrai pas tôt ou tard.)
Pourtant, son nouveau roman avait sur le papier beaucoup pour me plaire. Une histoire inventive, foisonnante, ouverte à la curiosité, et rehaussée d’illustrations de l’auteur lui-même. L’objet-livre est d’ailleurs fort beau, ce qui n’est pas étonnant puisque nous sommes chez Zulma. Malgré tous mes efforts, je n’ai hélas pas adhéré au texte lui-même.

Pour raconter les drôles de péripéties de son narrateur, Blas de Roblès a fait le choix d’un style particulier, mêlant relation de voyage et réflexion ethnographique. Il en résulte un style distant, analytique. C’est volontaire, bien sûr, et l’effet recherché, à mon avis, est de créer un décalage drolatique entre cette froideur apparente et les expériences plus ou moins fantasques que vit le personnage.
Hélas, je n’ai pas réussi à accrocher le wagon. Pas trouvé le bon rythme, d’autant moins que les illustrations, assez nombreuses, perturbent quelque peu ma lecture. Elles sont intéressantes, souvent amusantes, parfois même indispensables à la compréhension du récit, mais je trouve perturbant de lâcher le texte pour les regarder et reprendre le fil après cette rupture.

À suivre, sans doute… mais pas tout de suite !

Un aperçu du livre ici : à première vue, la rentrée littéraire Zulma 2020


Arène

Négar Djavadi

(Liana Levi)


Après Désorientale, son premier roman phénomène, j’étais très curieux de découvrir le deuxième livre de Négar Djavadi. D’autant plus qu’il se déroule dans l’est parisien, où j’ai longtemps vécu et travaillé.

Malheureusement, la familiarité des décors n’a pas suffi à m’embarquer dans son histoire. La faute à ce que j’appelle du « psychologisme » : une débauche de réflexions et d’analyses psychologiques sur les moindres faits et gestes des personnages, qui allongent et alourdissent le texte en le freinant, beaucoup trop souvent à mon goût en tout cas.

Ayant récupéré depuis des livres placés plus haut dans la liste de mes attentes de cette rentrée, j’ai préféré laisser Arène de côté, quitte là aussi à y revenir plus tard, sans impatience et à tête reposée.

Un aperçu du livre ici : à première vue, la rentrée littéraire Liana Levi 2020


À première vue : la rentrée Seuil 2020

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Intérêt global :

ironie


Avec onze titres au programme, les éditions du Seuil font presque jeu égal avec Gallimard en terme de quantité. Pour ce qui est de la qualité, il faudra lire, bien sûr. Cependant, à première vue, le schéma est en dents de scie. Il y aura des trucs dont on va causer, d’autres qui peuvent valoir le coup, et des bricoles sans lesquelles on vivrait tout aussi bien.
Une vraie rentrée littéraire de grosse maison, décidée à continuer comme si de rien n’était.


VIOLENCES DE L’HUMAIN


Sandra Lucbert - Personne ne sort les fusilsPersonne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

On devrait parler de ce livre. Il faudrait qu’on en parle. De mai à juillet 2019, Sandra Lucbert a couvert le procès France Télécom, dont sept dirigeants ont été envoyés devant le tribunal pour des faits de maltraitance, de harcèlement moral, ayant entraîné le suicide de plusieurs employés. Les débats ont permis de faire étalage de l’arrogance sans limite de Didier Lombard et de ses acolytes, de leur cynisme assumé, celui de gens parfaitement conscients qu’ils n’ont pas grand-chose à craindre de la justice, parce que la justice parle la même langue qu’eux. Que peut-on attendre d’un homme qui affirme à la barre, sans trembler : « Finalement, cette histoire de suicides, c’est terrible, ils ont gâché la fête » ?
En 156 pages, Sandra Lucbert ramasse toute la colère légitime que l’on peut (que l’on doit) éprouver à l’encontre de cette barbarie moderne qu’est l’exercice du capitalisme débridé. C’est en écrivain, et non en journaliste, qu’elle empoigne les mots comme des fusils pour tirer en rafale sur l’effroyable machinerie du libéralisme et de la logique économique, négation absolue de l’humain.

Irène Frain - Un crime sans importanceUn crime sans importance, d’Irène Frain

Le mur du silence, Irène Frain s’y heurte sans trêve depuis l’assassinat d’une vieille dame, tuée dans sa maison au fond d’une impasse, en banlieue parisienne, dont on peine à connaître les motivations et encore plus l’auteur. Cette vieille dame, c’était sa sœur. Et le mur, c’est celui de la police, de la justice, qui traitent l’affaire comme un dossier, au mépris de l’humain. C’est aussi le silence de la famille, contre lequel la romancière s’élève dans ce récit-enquête.

Xabi Molia - Des jours sauvagesDes jours sauvages, de Xabi Molia

Les hasards de l’actualité percutent parfois la littérature… Quand on connaît le temps nécessaire à la maturation et à l’écriture d’un roman, on ne pourra pas soupçonner Xabi Molia d’opportunisme avec son nouveau roman, pourtant étrangement en phase avec ce que nous vivons depuis le début de l’année. Il imagine, en effet, qu’une grippe foudroyante ravage l’Europe. Pour fuir l’épidémie, une centaine de personnes embarque à bord d’un ferry, mais une tempête fait naufrager le navire sur une île inconnue. Vient alors le temps des choix. Certains veulent repartir, d’autres profiter de l’aubaine pour construire une société nouvelle sur l’île et en garder jalousement le secret… Un dilemme digne de Sa Majesté des mouches, sauf que les enfants ont grandi.


LA VOIX DES FEMMES


Lucy Ellmann - Les lionnesLes lionnes, de Lucy Ellmann
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro)

C’est une femme, mère au foyer, seule dans sa cuisine. Elle pense aux tâches ménagères qui l’attendent, mais aussi à la folie de la politique qui a conduit un Trump à la présidence du pays, aux fusillades dans les lycées qui deviennent routine, au patriarcat, à la précarité causée par des logiques économiques effarantes, à la maladie… Tous les sujets y passent, ratissant large le monde tel qu’il va, du plus intime au plus large.
Le tout en une seule phrase longue de 1152 pages.
Le bazar est traduit par Claro, qui ne sort plus de sa retraite de traducteur que pour des projets hors norme. Le précédent, c’était Jérusalem, d’Alan Moore. Ça vous donne une idée du livre de Lucy Ellmann, finaliste du Booker Prize et, évidemment, phénomène littéraire chez nos amis anglo-saxons.

Chloé Delaume - Le coeur synthétiqueLe Cœur synthétique, de Chloé Delaume

Rompre à quarante-six ans et entreprendre de refaire sa vie est, pour une femme (beaucoup plus que pour un homme), un parcours du combattant. C’est ce que découvre Adélaïde, l’héroïne du nouveau roman de Chloé Delaume, dont le regard féministe est plus acéré que jamais, en y mêlant l’humour nécessaire pour garder de la hauteur sur le sujet.

Rachid Benzine - Dans les yeux du cielDans les yeux du ciel, de Rachid Benzine

C’est le temps des révolutions. Une femme interpelle le monde. Elle incarne le corps du monde arabe. En elle sont inscrits tous les combats, toutes les mémoires douloureuses, toutes les espérances, toutes les avancées et tous les reculs des sociétés. Plongée lumineuse dans l’univers d’une prostituée qui se raconte, récit d’une femme emportée par les tourments de la grande Histoire, Dans les yeux du ciel pose une question fondamentale : toute révolution mène-t-elle à la liberté ? Et qu’est-ce finalement qu’une révolution réussie ? (résumé de l’éditeur)


EN VRAC (faute d’inspiration…)


Antonio Munoz Molina - Un promeneur solitaire dans la fouleUn promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina
(Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)

Grand romancier espagnol, l’auteur se fait cette fois observateur des petites scènes du quotidien, ces détails infimes qui font le monde tel qu’il est. À Paris, New York, Madrid ou Lisbonne, il arpente les rues armé d’un crayon, d’un carnet, d’un enregistreur et d’une paire de ciseaux, et collecte au hasard bruits volés, bouts de papier, affiches…
Un projet original, par un très écrivain espagnol, dont la finesse d’analyse et d’observation pourrait s’épanouir dans cet exercice singulier.

Sarah Chiche - SaturneSaturne, de Sarah Chiche

La narratrice reconstitue le portrait d’un père mort si jeune, à 34 ans, qu’elle n’en garde aucun souvenir. En rencontrant une femme qui l’a connu enfant, en Algérie, elle tire un fil noueux qui découvre un homme amoureux des étoiles, exilé d’Algérie au moment de l’indépendance, contribuant à rebâtir l’empire médical que sa famille de médecins avait édifié de l’autre côté de la Méditerranée, puis cédant à une passion furieuse qui va tout faire voler en éclats…

Vinca Van Eecke - Des kilomètres à la rondeDes kilomètres à la ronde, de Vinca Van Eecke

Dans un village perdu de la campagne française, rencontre à 14 ans entre des gamins qui grandissent là tant bien que mal, et une fille qui vient juste y passer ses vacances. Elle, « la bourge », eux, « les autres ». Vient le premier amour, les amitiés brûlantes de l’adolescence, et les tragédies qui les accompagnent inévitablement.
(Voilà voilà.)

Mary Costello - La captureLa Capture, de Mary Costello
(Traduit de l’anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik)

Un professeur de lettres spécialiste de Joyce (forcément, il est irlandais) n’arrive pas à écrire le livre dont il rêve sur son mentor littéraire. Et en plus, il est malheureux en amour. Réfugié au fin fond de la campagne (mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec la campagne ?!?), il a un coup de foudre pour sa voisine. Hélas, lorsqu’il la présente à sa tatie, celle-ci se fâche tout rouge et lui interdit de la revoir. Ah, tiens, il y a anguille sous roche.

Stéphane Malandrin - Je suis le fils de BeethovenJe suis le fils de Beethoven, de Stéphane Malandrin

Confession épique d’un vieil homme enfermé dans sa bibliothèque, d’où il entend révéler qu’il est le fils caché d’un Ludwig qu’on a toujours cru mort sans descendance. Une fantaisie littéraire, hymne à la joie héroïque et pastoral.
(Oui, bon, on fait ce qu’on peut.)


BILAN


Lecture probable :
Personne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

Lecture hypothétique :
Des jours sauvages, de Xabi Molia
Un promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina


À première vue : la rentrée Robert Laffont 2020

logo


Intérêt global :

ironie


À l’instar de Plon ou Fayard, Robert Laffont figure très rarement parmi les éditeurs susceptibles de retenir mon attention. J’ai donc abordé son programme avec retenue, par politesse. Et suis finalement assez surpris d’y découvrir une ou deux promesses plutôt sympathiques. Comme quoi, on n’est pas obligé de rester borné toute sa vie. Restera à voir, bien sûr, ce que cela vaut d’un point de vue littéraire.
Bon, sur les six titres annoncés, il y en a aussi des dispensables, à mon avis en tout cas. Mais je vous laisse juge, bien entendu.
Et je vous en rajoute un petit septième que vous trouverez en fin d’article. Plus pour la blague qu’autre chose – mais on a le droit d’abord.


Héloïse Guay de Bélissen - Le dernier inventeurLe Dernier inventeur, d’Héloïse Guay de Belissen

Voilà un beau sujet. Le protagoniste de ce roman est bien réel. Il s’appelle Simon Coencas, et est devenu mondialement célèbre à treize ans pour avoir découvert, avec trois amis, la grotte de Lascaux. Un « inventeur », selon le terme consacré qui sert à désigner les gens mettant au jour un trésor. Au moment où Héloïse Guay de Belissen écrivait ce livre, il était encore en vie, le dernier des quatre. Il est mort le 2 février 2020, à l’âge respectable de 93 ans. De son enfance bouleversée par l’événement, des conséquences de ce dernier, l’auteure fait le cœur de son roman, également réflexion sur les mystères de l’art préhistorique et sur l’Histoire.

Ken Follett - Le crépuscule et l'aubeLe Crépuscule et l’aube, de Ken Follett
(traduit de l’anglais)

Exceptionnellement, je ne cite pas le nom du traducteur, car, pour l’instant, le site Internet en mentionne… cinq. Sans préciser s’ils ont œuvré tous les cinq à parts égales – ce qui se fait parfois pour accélérer la traduction des gros best-sellers et donc leur parution, mais donne souvent des résultats plutôt sales en terme de cohérence et d’élégance stylistique -, ou si l’un d’entre eux a mené le travail en particulier, avec l’aide ponctuelle des autres… Bref.
Pour le reste, Ken Follett continue à tourner autour de Kingsbridge, la ville imaginaire au cœur des Piliers de la Terre, son grand œuvre, apparue depuis dans des suites ou des préquelles. Ce qui est le cas de ce nouveau roman, puisqu’il se déroule en 997. Comme d’habitude, grande saga romanesque, gros pavé, reconstitution historique soignée…

Gwenaële Robert - Never mindNever Mind, de Gwenaële Robert

Ce roman historique reconstitue l’attentat de la rue Saint-Nicaise, commis le 24 décembre 1800 et visant le Premier Consul Bonaparte. Ce dernier en réchappe, à la différence d’une vingtaine de personnes tuées par l’explosion de la charrette piégée par des conspirateurs chouans, sans parler de la centaine de blessés et des maisons détruites. Tandis que Bonaparte en profite pour décimer les Jacobins, qu’il soupçonne d’être responsables de l’attaque, Fouché, le redoutable chef de la police secrète, n’a de cesse de traquer les véritables coupables, dont Joseph de Limoëlan, rongé de remords par le désastre, en particulier par la mort d’une jeune fille payée pour surveiller la charrette…

Kiran Milwood Hargrave - Les graciéesLes graciées, de Kiran Milwood Hargrave
(traduit de l’anglais par Sarah Tardy)

En 1617, le village norvégien de Vardø perd tous ses hommes en une seule nuit de tempête. Par la force des choses, les femmes prennent le relais pour assurer leur survie. Trois ans plus tard, un certain Absalom Cornet débarque d’Écosse, en compagnie de sa femme norvégienne, et découvre ce village hors du commun. Qui, pour lui dont la mission est de traquer et de brûler les sorcières, ressemble peu ou prou à un Enfer où il convient de rétablir l’ordre de Dieu. Pendant ce temps, son épouse découvre avec stupeur que les femmes peuvent être indépendantes…
Premier roman pour adultes de cette jeune auteure, dramaturge et poétesse anglaise âgée de 30 ans.

David Fortems - Louis veut partirLouis veut partir, de David Fortems

Louis, garçon sans histoire, amoureux de littérature, fait la fierté de son père Pascal, un ouvrier qui s’émerveille de voir son fils s’affranchir de son milieu modeste avec calme et sagesse. Mais tout s’écroule le jour où Louis se jette dans la rivière et s’y noie, volontairement. Pascal, effondré, découvre que son fils n’était pas du tout le garçon qu’il croyait.
Un premier roman qui a des airs de déjà-vu, déjà-lu. Je passe.

Alain Teulié - Stella FinziStella Finzi, d’Alain Teulié

Stella est riche, Stella est brillante, Stella est mystérieuse. Stella a tout pour fasciner. Y compris son étonnante laideur. Vincent, venu à Rome pour y mettre fin à ses jours, la rencontre dans un bar et renonce à ses plans funestes pour céder à un jeu de séduction troublant.
Je ne suis encore jamais allé à Rome, ce n’est pas avec ce roman que ça va changer.

Marc Lévy - C'est arrivé la nuit9 T.1 : C’est arrivé la nuit, de Marc Levy

Si on m’avait dit qu’un jour, je mentionnerais un roman de Marc Levy dans une présentation de rentrée littéraire… Ce fait étonnant est sans doute plus dû aux circonstances exceptionnelles de 2020 qu’à une volonté d’intégrer l’un des plus gros vendeurs de France au grand cirque de la rentrée, ce qui n’aurait en fin de compte aucun intérêt pour lui. Du reste, son nouveau roman paraît fin septembre, au moment où ce que l’on considère comme la rentrée littéraire est déjà terminée.
Ce petit clin d’œil me permet néanmoins de signaler que Marc Levy se lance dans une grande entreprise, puisque C’est arrivé la nuit est le début d’une série, sobrement intitulée 9. Où l’on suivra, non plus deux personnages, un homme/une femme, comme il le reconnaît lui-même, mais une équipe de neuf héros. Neuf amis faussaires, manipulateurs ou assassins en col blanc, qui ont pour point commun d’agir dans le plus grand secret pour la justice et le bien afin de faire éclater la vérité au grand jour.
Cela ressemble à une tentative d’hommage, volontaire ou non, au roman-feuilleton populaire, avec ses héros rebelles œuvrant dans l’ombre pour le bien, et sa morale aimable… Après tout, pourquoi pas ?


BILAN


Lectures potentielles :
Le Dernier inventeur, d’Héloïse Guay de Belissen
Les graciées, de Kiran Milwood Hargrave

Lecture hypothétique :
Never Mind, de Gwenaële Robert


À première vue : la rentrée Liana Levi 2020

liana


À l’instar de nombre de ses confrères et consœurs de taille moyenne, pas de changement de ligne chez Liana Levi, qui présente trois nouveautés en cette rentrée littéraire 2020. Au menu, un premier roman, un deuxième extrêmement attendu, et l’édition inédite du premier roman d’un auteur américain emblématique de la maison. Du très solide, et en même temps une certaine prise de risque, qui suscite de mon côté pas mal de curiosité et d’impatience.


Intérêt global :

joyeux


Négar Djavadi - ArèneArène, de Négar Djavadi

Son premier roman, Désorientale, a été un triomphe de librairie, aussi bien en grand format qu’en poche. Quatre ans plus tard, le retour de la romancière française d’origine iranienne Négar Djavadi constitue un événement, auquel répondront sans doute nombre de lecteurs envoûtés par son premier opus – à condition, bien sûr, que le deuxième soit à la hauteur. C’est toute la question que posent Arène et son titre énigmatique.
Négar Djavadi y fait le pari d’une plongée sociologique brûlante, puisque l’arène en question, c’est Paris. Les quartiers est de la ville en particulier. Tout commence par un geste presque anodin, le vol d’un téléphone portable dans un bar-tabac de Belleville. Sauf que la victime, Benjamin Grossman, est l’un de ces jeunes cadres dynamiques à qui tout réussit, et qui ne conçoit pas de subir ce genre d’avanie. La suite, c’est un dérapage incontrôlé. Une poursuite, une bagarre, puis une intervention policière qui tourne mal. Le voleur, un adolescent, y laisse la vie. Et tout s’embrase, car la scène a été filmée par une jeune fille…
D’un fait divers mettant le feu aux poudres et projetant sur la scène nombre de personnages qui ne s’y attendaient pas ni ne le souhaitaient, la romancière tire la matière d’une tragédie humaine totalement ancrée dans notre réel. Et lance une sacrée promesse aux lecteurs.

Dany Héricourt - La CuillèreLa Cuillère, de Dany Héricourt

Alors qu’elle veille au chevet de son père qui vient de mourir, une jeune fille de 18 ans remarque sur la table de nuit une cuillère. L’objet, qu’elle n’a jamais vu auparavant l’intrigue tant qu’il détourne son attention du chagrin, et va la lancer dans une quête pour le moins inattendue, depuis l’hôtel familial au Pays de Galles jusqu’en Bourgogne…
Voici pour le premier roman de la rentrée Liana Levi, qui promet malice et inattendu, pour peu que la promesse du résumé soit tenue.

Eddy L. Harris - Mississippi SoloMississippi Solo, d’Eddy L. Harris
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Pascale-Marie Deschamps)

Certes, Mississippi Solo est aussi le premier roman d’Eddy L. Harris, mais ce n’est pas le premier que publie Liana Levi en France. L’auteur américain, qui vit désormais dans notre pays, s’est déjà fait connaître par Harlem, Jupiter et moi (aucun lien avec le gars qui habite à l’Élysée en ce moment), et Paris en noir et black.
Ce livre fondateur est un récit de voyage initiatique, celui que l’auteur a accompli à l’âge de trente ans le long du mythique fleuve américain. Une descente en canoë au cœur de l’Amérique, qui l’amène à se confronter à la puissance de la nature américaine, mais aussi à l’humanité dans toute sa splendeur, faisant au passage l’expérience d’un racisme qu’il n’avait jamais eu à affronter auparavant.


BILAN



Lectures très probables :

Arène, de Négar Djavadi
La Cuillère, de Dany Héricourt
Mississippi Solo, d’Eddy L. Harris

Impossible de les départager, les trois me font envie…


J’irai tuer pour vous

bannièremasson


1985, Paris est frappé par des attentats comme le pays en a rarement connu.
Dans ce contexte, Marc Masson, un déserteur parti à l’aventure en Amérique du Sud, est soudain rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État.
Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne… Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ?


En un mot :
létal


Je vous ai laissé dernièrement sur la petite déception causée par Le Loup des Cordeliers, le dernier roman en date d’Henri Loevenbruck. Il me semble donc indispensable de rééquilibrer la balance en évoquant son livre précédent, J’irai tuer pour vous. Peut-être son meilleur à ce jour, pour moi ; en tout cas, c’est sûrement mon préféré du romancier.

loevenbruckSi je devais marquer la partition de J’irai tuer pour vous d’un léger bémol, ce serait en raison de son titre, qui peut paraître soit facile, soit voyeur, soit un peu putassier dans le genre Michel Bussi. À première vue en tout cas. Ce titre, pourtant, a le mérite de résumer parfaitement le propos du livre : c’est l’histoire d’un homme qui va apprendre à tuer pour nous. Oui, nous, le peuple de France. Nous, les citoyens aux vies ordinaires, loin des arcanes complexes de la politique, inconscients des enjeux monumentaux auxquels sont parfois confrontés les tenants du pouvoir, et surtout leurs serviteurs de l’ombre.

J’irai tuer pour vous, c’est donc l’histoire d’un de ces hommes d’action, bras armés de l’État qui ne sont tout simplement pas censés exister. C’est surtout une histoire vraie. Marc Masson a véritablement existé, et vécu cette vie invraisemblable que nous rapporte Henri Loevenbruck avec une empathie et une profondeur qui invitent à admirer cet homme, pour son courage, sa capacité à agir, mais également pour sa capacité à s’interroger sur le sens de sa mission, ou encore ses zones d’ombre et fêlures, nombreuses – il en faut pour accepter de vivre une existence pareille.

Si Loevenbruck rend aussi bien justice à Marc Masson (dont ce n’est évidemment pas le véritable nom), c’est qu’il l’a connu. Il fut l’un de ses amis, avant même de connaître ce pan caché de sa vie. C’est donc avec sincérité qu’il s’empare de son parcours, et avec un luxe de détails et d’informations qu’il nous propose de plonger dans les méandres des années 1985-88. Les otages français au Liban, la guerre, les attentats en France, les manœuvres politiques insensées, la cohabitation Mitterrand-Chirac : tout y est, et plus encore.

pasquachiracLes acteurs réels de l’époque y jouent leur propre rôle avec conviction. Les politiques redoublent de rouerie, n’oubliant jamais leurs propres intérêts – dans ce registre, Charles Pasqua est évidemment inimitable ; personnage romanesque dans la vie, il adopte avec naturel son habit de fiction sous la plume d’un Loevenbruck qui a dû
se régaler avec un tel caractère. Plus risqué, le romancier se glisse également au côté des otages : Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, puis l’équipe d’Antenne 2 (Philippe Rochot, Jean-Louis Normandin, Georges Hansen et Aurel Cornéa). Avec dignité et empathie, il donne à voir leur quotidien, fait résonner leurs angoisses, leurs interrogations, leurs espoirs aussi. Sans jamais aucune fausse note.

On sent que son expérience a permis à Henri Loevenbruck de maîtriser à la perfection cette histoire complexe, et de s’y investir corps et âme. Formellement, J’irai tuer pour vous est un thriller implacable, enchaînement de chapitres courts qui varient les points de vue, passant de Marc Masson – colonne vertébrale du récit – à la sphère politique ou au cachot des otages avec une fluidité éblouissante. Surtout, le roman vibre de justesse, et joue d’une vaste gamme d’émotions en évitant les pièges du pathos, du jugement politique ou du manichéisme.

Grand polar politique et humain, qui brise les frontières du genre en s’emparant du monde dans toute sa complexité, J’irai tuer pour vous est l’un des thrillers français incontournables de ces dernières années. Il est paru en poche en fin d’année dernière : raison de plus pour ne pas le manquer.


Nombreux ont été ceux qui ont dit tout le bien qu’ils pensaient de ce roman formidable ! En vrac : Émotions – Blog Littéraire de l’ami Yvan, Livres à profusion, Mon féérique blog littéraire de Stelphique, Un bouquin sinon rien


Le Loup des Cordeliers

bannièreloup


Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.
Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée. Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris…
Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l’ambition, le caractère, les plans secrets.
Alors que, le 14 juillet, un homme s’échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l’identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l’un des plus grands complots de la Révolution française ?


En un mot :
frustrant


Je n’ai certes pas découvert Henri Loevenbruck au tout début de sa carrière, alors qu’il entrait en littérature avec de somptueuses sagas de fantasy (La Moïra et Gallica). Mais je pense tout de même pouvoir prétendre être un de ses « vieux » fidèles, prêt à le suivre dans tous ses voyages, polardeux ou non.
Alors, quand j’ai appris qu’il revenait au polar historique (après L’Apothicaire, grand titre du genre) en s’intéressant à la Révolution française, j’avoue que j’ai frétillé comme un poisson rouge apprenant son transfert d’un bocal quelconque à un aquarium taille XXL. Je suis fasciné depuis longtemps par cette période historique, brève dans le temps mais aux conséquences aussi complexes qu’extraordinaires à long terme, politiquement, socialement, économiquement. Sans parler de sa violence sidérante, du « casting » de ces quelques années, qui ont vu émerger des figures d’une puissance phénoménale, dans leurs héroïsmes comme dans leurs travers… Bref, de ses innombrables ingrédients qui en font une matière riche, au fort potentiel dramatique et donc romanesque.

sermentdujeudepaume

Vous savez ce qu’on dit dans ces cas-là : quand on en attend trop, on accroît le risque d’être déçu. Mon enthousiasme initial a en effet quelque peu fondu au fil des pages de ce gros roman, dont plusieurs passages tirent en longueur (en dépit de l’enchaînement de chapitres assez courts), tandis que l’ensemble souffre d’un manque d’intensité, un peu regrettable au regard des événements qui s’y jouent.
Alors, certes, il faut le temps de planter le décor. Celui de Paris est remarquablement rendu, rendant justice au formidable travail de documentation dont Henri Loevenbruck est coutumier ; en cela, il est comme toujours à la hauteur de son talent habituel.

desmoulinsLe contexte historique, lui, nécessite beaucoup d’explications, d’autant que les personnages (ayant existé pour la plupart) abondent. Soucieux, sans doute, de ne rien négliger, le romancier essaie d’exploiter toute la largeur de la palette, au risque de diluer certains enjeux, de rendre confus certains acteurs (je me suis souvent perdu entre les frères du Roi…), et de trop étaler la narration.
Le travail de reconstitution apparaît alors souvent pour ce qu’il est : un travail. Il m’est souvent apparu un peu scolaire, classique, dénué de prises de risque. Oui, bon, j’avoue, passer après Éric Vuillard et son sublime 14 juillet rend toute approche romanesque de la prise de la Bastille presque caduque. Du reste, Loevenbruck se sort avec les honneurs de ce passage obligé, l’un des plus intenses du livre. Ce sont d’autres épisodes, tous restitués avec soin (le Serment du Jeu de Paume, les États Généraux, la harangue de Desmoulins au Palais Royal…), qui souffrent à mon sens d’un léger manque de souffle et de personnalité.

 

pactedesloups

(Oui, c’est une image tirée du Pacte des Loups… Désolé…)

Le suspense principal, fictif, autour du Loup des Cordeliers, perd également vite de l’intérêt, noyée dans les nombreux événements véridiques mis en scène par le romancier. D’autant qu’à l’examiner avec le recul, cette intrigue s’avère assez ténue. Dommage, car le personnage est spectaculaire, et la révélation de son identité ne manque pas de panache.
Au rayon des satisfactions, le héros imaginé par Henri Loevenbruck mérite un petit mot. Son Gabriel Joly, jeune homme impulsif mais doué, doté d’une capacité d’observation et d’analyse qui en font l’ancêtre du Rouletabille de Gaston Leroux, est un personnage que l’on a envie de revoir à l’œuvre – ce qui sera le cas puisque (j’y reviens en conclusion) Le Loup des Cordeliers ouvre une série romanesque. Son association avec le pirate Récif, caractère truculent qui constitue l’une des trouvailles les plus excitantes du roman, promet des lendemains aventuriers du plus bel effet.
Quant au pendant féminin de Gabriel, la flamboyante Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, elle a véritablement existé. J’avoue en avoir découvert l’existence grâce à ce roman, alors même que c’est l’une des grandes figures féminines de la Révolution. Peut-être est-ce le fait d’avoir échappé à la guillotine, à la différence de ses illustres consœurs Olympe de Gouges, Madame Roland ou Charlotte Corday, qui l’a laissée dans l’ombre. En tout cas, Loevenbruck la réhabilite de manière flamboyante, et j’attends également son retour avec impatience.

Theroigne_de_MericourtCar oui, donc, Le Loup des Cordeliers n’est que le premier tome d’une série. Le détail a son importance car, comble d’infortune, la fin de ce roman reste largement ouverte. Nouvelle source de frustration, puisque tel est le mot qui me revient en songeant à ce livre : alors que son dernier quart prenait enfin son envol, voici que les pages s’arrêtent, laissant en suspens nombre de mystères, et le lecteur dans l’attente des prochaines heures sombres de la Révolution…
En dépit de mes réserves, je me précipiterai sur la suite du Loup des Cordeliers, dont j’ai tout de même aimé le ton, bel hommage au roman-feuilleton, celui des Gaston Leroux, Allain & Souvestre, Eugène Sue… En espérant que, débarrassé des contraintes d’une mise en scène historique fastidieuse, Henri Loevenbruck saura embraser la suite des événements avec tout le feu dont il est capable.


A première vue : la rentrée Albin Michel 2018

Et allez, c’est reparti pour une tournée de seize ! Comme l’année dernière, Albin Michel joue la rentrée façon arrosage à la kalach’, Gallimard style, histoire de balayer la concurrence par sa seule omniprésence sur les tables des librairies. Côté qualité, on se pose sans doute moins la question, mais c’est un autre débat – pour s’amuser tout de même, il peut être intéressant de rejeter un œil sur la rentrée Albin 2017, histoire d’analyser les titres qui ont survécu dans nos mémoires à l’année écoulée… Oui, le résultat ne sera pas forcément flatteur.
Néanmoins, on a envie de retenir quelques titres dans ce programme 2018, d’attendre avec curiosité, voire impatience, quelques auteurs (coucou Antonin Varenne) lancés dans la tornade. Et ce sont ceux-là, et ceux-là seulement, que je mettrai en avant, poussant le plus loin possible la subjectivité et l’éventuelle mauvaise foi qui président à l’exercice « à première vue » ; les autres n’auront droit qu’au résumé sommaire offert par le logiciel professionnel Electre, loué soit-il. Je vous ai déjà fait perdre assez de temps comme cela depuis début juillet !
Du coup, cela devrait aller assez vite…

Varenne - La Toile du mondeEXPO 00 : La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Le plus attendu en ce qui me concerne – je ne me suis toujours pas remis du souffle extraordinaire et de l’audace aventurière de Trois mille chevaux vapeur. Après Équateur, où l’on recroisait Arthur Bowman, héros du précédent évoqué, nous découvrons ici Aileen Bowwan, fille d’Arthur, journaliste au New York Tribune dont la réputation scandaleuse tient à la liberté flamboyante avec laquelle elle mène sa vie. En 1900, elle débarque à Paris pour couvrir l’Exposition Universelle. Son immersion dans la Ville Lumière en pleine mutation est l’occasion d’une confrontation entre mondes anciens et nouveaux…
Rien que pour le plaisir, la première phrase : « Aileen avait été accueillie à la table des hommes d’affaires comme une putain à un repas de famille, tolérée parce qu’elle était journaliste. » Très envie de lire la suite. On en reparle, c’est sûr !

Chaon - Une douce lueur de malveillanceSPLIT : Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon
(traduit de l’américain par Hélène Fournier)
Charybde ou Scylla ? Pour le psychiatre Dustin Tillman, le choix semble impossible. D’un côté, il apprend que, grâce à des expertises ADN récentes, son frère adoptif vient d’être innocenté du meurtre d’une partie de sa famille, trente ans plus tôt – condamnation dans laquelle Dustin avait pesé en témoignant contre Rusty. De l’autre, il se laisse embarquer dans une enquête ténébreuse, initiée par l’un de ses patients, policier en congé maladie, sur la disparition mystérieuse de plusieurs étudiants des environs tous retrouvés noyés. Ou comment, d’une manière ou d’une autre, se donner tous les moyens de se pourrir la vie… Avec un titre et un résumé pareils, Dan Chaon devrait nous entraîner dans des eaux plutôt sombres. A voir également.

Roux - FrackingERIN BROCKOVICH : Fracking, de François Roux
J’avais beaucoup aimé le Bonheur national brut, Tout ce dont on rêvait m’avait en revanche laissé plutôt indifférent. Où se situera François Roux cette fois ? Pour ce nouveau livre, il part aux États-Unis pour raconter le combat d’une famille contre les géants du pétrole et leurs pratiques abominables au Dakota.

Hosseini - Une prière à la merENTRE DEUX MONDES : Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
(traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois, illustrations de Dan Williams)
Par l’auteur des superbes Cerfs-volants de Kaboul, un texte en hommage aux réfugiés syriens qui prend la forme d’une lettre adressée par un père à son fils en train de dormir, longue prière pour que leur traversée vers « l’Eldorado » européen se déroule sans encombre, et récit de la métamorphose d’un pays en zone de guerre.

Enia - La loi de la merÀ L’AUTRE BOUT DU MONDE : La Loi de la mer, de Davide Enia
(traduit de l’italien par Françoise Brun)
Davide Enia fait le lien avec le texte de Hosseini, puisqu’il campe son nouveau livre à Lampedusa, pointe de l’Europe méditerranéenne où aboutissent nombre de réfugiés maritimes. Pendant trois ans, le romancier italien a arpenté la petite île pour y rencontrer tous ceux qui en font la triste actualité : les exilés bien sûr, mais aussi les habitants et les secouristes.

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Hollinghurst - L'Affaire SparsholtLE CŒUR ET LA RAISON : L’Affaire Sparsholt, d’Alan Hollinghurst
(traduit de l’anglais par François Rosso)
Oxford, automne 1940. David Sparsholt, athlétique et séduisant, commence son cursus universitaire. Il semble ignorer l’effet qu’il produit sur les autres, notamment sur le solitaire et romantique Evert Dax, fils d’un célèbre romancier. Aux heures les plus sombres du Blitz, l’université devient un lieu hors du temps où se nouent des liaisons secrètes et des amitiés durables.

Hoffmann - Les belles ambitieusesGENTIL COQUELICOT MESDAMES : Les belles ambitieuses, de Stéphane Hoffmann
Énarque et polytechnicien, Amblard Blamont Chauvry a tourné le dos à la carrière qui s’ouvrait à lui et a choisi de se consacrer aux plaisirs terrestres. Un tel choix de vie provoque la colère des femmes de son entourage qui manœuvrent dans l’ombre pour lui obtenir une position sociale. Insensible à leurs manigances, Amblard se laisse troubler par Coquelicot, une jeune femme mystérieuse.

Hardcastle - Dans la cageFIGHT CLUB : Dans la cage, de Kevin Hardcastle
(traduit de l’anglais (Canada) par Janique Jouin)
La domination de longue haleine de Daniel sur les rings de free fight est anéantie par une grave blessure à l’œil qui l’oblige à arrêter le sport de combat. Il se marie alors avec une infirmière avec laquelle il a une petite fille et devient soudeur. Quelques années plus tard, le couple peine à gagner sa vie. David s’engage alors comme garde du corps puis reprend les arts martiaux. Premier roman.

Toledano - Le retour du phénixIKKI : Le Retour du Phénix, de Ralph Toledano
Juive d’origine marocaine, Edith épouse Tullio Flabelli, un prince romain. Dix ans plus tard et après la naissance de ses trois enfants, Edith réalise qu’elle n’est pas heureuse dans son mariage. Elle convainc son époux de passer l’été à Jérusalem avec elle. Ils retrouvent leur entente d’antan mais sont déçus par l’atmosphère qui règne en ville où le paraître l’emporte sur l’être.

Bleys - Nous les vivantsI SEE DEAD PEOPLE : Nous, les vivants, d’Olivier Bleys
Bloqué par une tempête lors d’une mission de ravitaillement des postes de haute montagne de la cordillère des Andes, un pilote d’hélicoptère installe un campement de fortune. Rejoint par Jésus qui entretient les bornes délimitant la frontière entre l’Argentine et le Chili, il entreprend une randonnée qui se change peu à peu en expérience mystique.

Picouly - Quatre-vingt-dix secondesNUÉE ARDENTE : Quatre-vingt-dix secondes, de Daniel Picouly
En 1920, la montagne Pelée se réveille. Le volcan prend la parole et promet de raser la ville et ses environs afin de punir les hommes de leurs comportements irrespectueux.

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Et encore… :

Ce cœur qui haïssait la guerre, de Michel Heurtault
En Allemagne, au lendemain de l’armistice de 1918. Anton, jeune ingénieur, se passionne pour la conquête spatiale et obtient un poste pour travailler sur une fusée financée par l’armée. Une place qui met à mal son désir de neutralité face à la montée du nazisme. Deux femmes parmi ses proches l’amènent à s’interroger sur son engagement politique et à prendre position.

Concours pour le Paradis, de Clélia Renucci
Venise, 1577. La fresque du paradis sur les murs du palais des doges a disparu lors d’un incendie. Un concours est lancé pour la remplacer auquel participent les maîtres de la ville dont Véronèse, Tintoret et Zuccaro. Entre rivalités artistiques et déchirements religieux, les peintres mettent tout en oeuvre pour séduire la Sérénissime et lui offrir une toile digne de son histoire. Premier roman.

Le Malheur d’en bas, d’Inès Bayard
Marie et son époux Laurent sont heureux jusqu’au jour où la jeune femme est violée par son directeur. Elle se tait mais découvre peu de temps après qu’elle est enceinte. Persuadée que cet enfant est celui de son agresseur, elle s’enferme dans un silence destructeur qui la pousse à commettre l’irréparable. Premier roman.

Une vie de pierres chaudes, d’Aurélie Razimbaud
A Alger, Rose est séduite par Louis, jeune ingénieur au comportement étrange. Ils se marient et ont une fille. Pourtant, Louis semble malheureux et se réveille chaque nuit, hanté par les souvenirs de la guerre d’Algérie. Au début des années 1970, la famille s’installe à Marseille mais Louis est toujours perturbé. Rose découvre qu’il mène une double vie depuis des années. Premier roman.

Les prénoms épicènes, d’Amélie Nothomb
Le récit d’une relation fille-père. Des prénoms portés au masculin comme au féminin.
(Bref.
Rien qu’à cause de son titre, ce Nothomb-là, je pense que je vais faire l’impasse. Certains de ses précédents romans m’ont trop agréablement surpris pour risquer une rechute.)


On lira sûrement :
La Toile du monde, d’Antonin Varenne
Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon

On lira peut-être :
Fracking, de François Roux
Une prière à la mer, de Khaled Kosseini
La Loi de la mer, de Davide Enia



A première vue : la rentrée Julliard 2018

Encore une petite rentrée (merci merci !), chez Julliard cette fois, où le nouveau roman de Yasmina Khadra domine le trio de nouveautés à paraître et promet de faire parler de lui par son sujet brûlant. Pour le reste…

Khadra - KhalilPOURQUOI ? : Khalil, de Yasmina Khadra
Vendredi 13 novembre 2015. L’équipe de France de football joue dans son enceinte du Stade de France. Aux terrasses de Paris, les gens profitent de la douceur exceptionnelle de cette fin d’automne, en ignorant qu’une mort brutale et aveugle s’apprête à faucher un trop grand nombre d’entre eux. Quelque part, dans les coulisses du drame, Khalil attend son heure, une ceinture d’explosifs autour de la taille. Comment en est-il arrivé là ?
C’est à ce défi extrême, essayer de comprendre le cheminement et les motivations réelles d’un kamikaze, que Khadra tente de répondre ici. Un pari littéraire risqué, même si le romancier algérien a déjà abordé ce sujet dans le très réussi L’Attentat. Sauf que cette fois, au lieu du conflit israélo-palestinien, c’est de la France dont il est question, de nos blessures et de nos peurs.

Nesnidal - La purgeLA CRÈME DE LA CRÈME : La Purge, d’Arthur Nesnidal
Ce premier roman nous plonge dans l’enfer des classes préparatoires littéraires, les fameuses hypokhâgnes, en nous proposant la vision révoltée d’un étudiant confronté à l’élitisme organisé, au sadisme ritualisé de professeurs arrogants et imbus de leur pouvoir autant que de leur savoir, à la concurrence sauvage des élèves… La découverte d’un milieu sans doute méconnu du plus grand nombre.
(Bon, après, j’ai moi-même fait une hypokhâgne et je n’en suis pas mort, pas plus que je n’y ai tué quiconque. En même temps, ce n’était pas tellement mon truc, alors j’ai arrêté au bout d’un an pour m’amuser en fac de lettres. C’était beaucoup plus reposant, j’avoue.)

Robert - Sujet inconnnuMON ROI : Sujet inconnu, de Loulou Robert
Une histoire d’amour qui tourne mal, « dans un style brut et très contemporain », dit l’éditeur dans sa présentation. Pas mieux.


On lira peut-être :
Khalil, de Yasmina Khadra



A première vue : la rentrée POL 2018

Ce sera forcément une rentrée très particulière pour les éditions POL, puisque ce sera la première sans leur fondateur, Paul Otchakovsky-Laurens, décédé dans un accident de voiture en début d’année. Pour autant, pas de bouleversement, puisque le programme s’appuie sur quelques noms solides de la maison depuis des années, et sur un cocktail connu de solidité et d’inventivité littéraires.

Schefer - Série NoireTU PERDS TON SANG-FROID : Série noire, de Bertrand Schefer
C’est l’histoire d’un fait divers inspiré par un roman. Fait divers qui devient ensuite un autre roman. (Vous suivez ?) Dans les années 60, un escroc foncièrement antisocial découvre un polar de la Série Noire qui va lui inspirer un kidnapping promis à une certaine célébrité médiatique à l’époque. Dans son sillage et dans celui d’un jeune ouvrier récemment revenu de la guerre d’Algérie, ainsi que d’une beauté danoise errant dans Paris avec Anna Karina, on croise nombre de figures de l’époque, de Sagan à Simenon en passant par Truffaut et Kenneth Anger. Quand le roman réfléchit sur lui-même et devient bouillonnement intellectuel.

Valabrègue - Une campagneLES MARCHES DU POUVOIR : Une campagne, de Frédéric Valabrègue
Dans un village du sud de la France, le ton monte au sein du conseil municipal entre le maire sortant et la directrice de l’école primaire. La campagne électorale qui s’ensuit s’enlise dans les rumeurs, les coups bas et les intimidations… Probablement aussi sanglant que tristement réaliste, ce roman devrait nous renvoyer notre belle époque à la figure. Ca promet !

Pagano - Serez-vous des nôtresTHAT NIGHT WE WENT DOWN TO THE RIVER : Serez-vous des nôtres ?, d’Emmanuelle Pagano
Deux amis depuis l’enfance se revoient après une longue période sans se croiser. L’un, un peintre raté, a hérité du domaine familial dans une région où se trouvent de nombreux étangs, qui régissent les relations entre les gens depuis toujours. L’autre a quitté la région depuis longtemps pour s’engager dans la Marine et travailler dans un sous-marin nucléaire. En se retrouvant, les deux hommes évoquent leur enfance et adolescence commune, marquée par leur relation à l’eau. Troisième volume de la Trilogie des rives après Ligne & Fils et Sauf riverains, dans laquelle Pagano réfléchit de manière romanesque aux rapports entre l’homme et l’eau.

Bayamack-Tam - ArcadieÉON : Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam
Une jeune fille découvre avec étonnement que son corps change pour se parer d’attributs masculins. Cette métamorphoses aux origines non identifiées la conduit à mener une enquête sur ce qu’est être un homme ou une femme, et découvre que personne n’en sait vraiment rien. Dans le même temps, elle tombe amoureuse d’Arcady, chef spirituel de la communauté libertaire dans laquelle elle vit avec ses parents, mais se rebelle contre lui et ses principes supposés lorsqu’il refuse d’accueillir des migrants en quête de refuge.

Léger - La robe blancheÔ MA JOLIE MAMAN : La Robe blanche, de Nathalie Léger
Au commencement il y a un fait divers : une jeune artiste, qui avait décidé de voyager en autostop de Milan à Jérusalem, vêtue d’une robe de mariée pour promouvoir la paix dans les pays en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l’avait prise dans sa voiture vers Istanbul. Fascinée par cette histoire, Nathalie Léger la relate et raconte en parallèle, comme en miroir, le parcours de sa propre mère, abandonnée par son mari dans les années 70 et accusée de porter les torts exclusifs du divorce devant le tribunal.


On lira peut-être :
Une campagne, de Frédéric Valabrègue
Série noire, de Bertrand Schefer



A première vue : la rentrée de l’Olivier 2018

L’année dernière, les éditions de l’Olivier s’avançaient sous l’étendard flamboyant de l’un de leurs grands noms étrangers, l’Américain Jonathan Safran Foer, qui dominait une petite rentrée de six titres en tout. Rebelote cette année, avec six titres à nouveau, et en tête d’affiche, l’Américaine Nicole Krauss – ex-Mrs Foer, tiens donc. Pour le reste, c’est une rentrée solide et sérieuse, qui pourrait réserver de bonnes lectures.

Krauss - Forêt obscure…ON ENTEND LE COUCOU : Forêt obscure, de Nicole Krauss (en cours)
(traduit de l’américain par Paule Guivarch)
D’un côté, Jules Epstein, riche Juif new yorkais, qui disparaît du jour au lendemain, réapparaît à Tel-Aviv avant de disparaître à nouveau. De l’autre, Nicole, romancière juive américaine, en pleine crise conjugale, qui décide de se rendre à Tel-Aviv, dans l’hôtel où elle passait ses vacances enfant, où elle compte trouver des réponses et recadrer sa vie à la dérive. Entre les deux ? Des zones mouvantes, un basculement de la réalité, des questionnements… Roman qualifié d' »incroyable » par le défunt Philip Roth, ce livre est le troisième de Nicole Krauss après l’Histoire de l’amour et La Grande Maison. Les premières pages, fortes et virtuoses, laissent espérer l’un de ces excellents livres dont les Américains ont le secret.

Eugenides - Des raisons de se plaindreCALIMERO : Des raisons de se plaindre, de Jeffrey Eugenides
(traduit de l’américain par Olivier Deparis)
Autre grand nom du catalogue américain de l’Olivier, Eugenides – auteur entre autres de Virgin Suicides et Middlesex, rien de moins – revient cette année avec un recueil de nouvelles dont les personnages se trouvent à un carrefour majeur de leur existence.

Wilson - La souplesse des osIMPURS : La Souplesse des os, de D.H. Wilson
(traduit de l’anglais (Canada) par Madeleine Nasalik)
Et deuxième recueil de nouvelles de la rentrée pour l’Olivier, qui envoie au charbon un auteur dont l’univers rugueux et taiseux évoque la littérature rurale américaine. Sauf que nous sommes au Canada, en Colombie Britannique pour être précis. Dans un monde d’hommes et de femmes dont les bonnes intentions se heurtent à la réalité cruelle de la vie, non sans humanité et clairvoyance.

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Desarthe - La chance de leur vieCHANGEMENT DE DÉCOR : La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe
Début 2015. Juste après les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, une famille française s’envole pour les États-Unis. Hector, professeur d’université, impose bientôt son charisme ravageur, tandis que sa femme Sylvie observe cette révélation donjuaniste à distance, avec réserve et lucidité. Pendant ce temps, Lester, leur fils adolescent, entraîne un groupe de jeunes de son âge dans une crise mystique. Le ton drolatique d’Agnès Desarthe part à la rencontre d’un regard aigu sur le monde, au fil d’une année 2015 choisie pour son basculement, entre les attentats sanglants en France et l’avènement de Donald Trump aux États-Unis.

Richard - DésintégrationMORDRE AU TRAVERS : Désintégration, d’Emmanuelle Richard
Après un premier roman publié pour la jeunesse (Selon Faustin, Ecole des Loisirs), voici le troisième titre à paraître à l’Olivier d’Emmanuelle Richard. Il relate le parcours d’une jeune femme, issue d’un milieu modeste, qui s’installe à Paris où elle vivote quelque temps parmi des garçons évoluant dans le milieu du cinéma, avec une nonchalance et une facilité nées de leurs origines aisées. Après avoir été aspiré par un cercle vicieux d’humiliations, elle rompt les rangs en se faisant remarquer par un premier roman qui attire l’attention sur elle… D’inspiration autobiographique, comme les deux précédents, ce roman au titre explicite annonce sa colère.

Gutman - Le Complexe d'HoffmannVERY BAD TRIP : Le Complexe d’Hoffman, de Colas Gutman
D’ordinaire, Colas Gutman écrit pour les petits (la géniale série Chien Pourri, c’est lui). Ce qui peut expliquer par contraste l’allure violemment irrévérencieuse de ce premier roman pour les grands, où deux enfants, frère et sœur, se créent un monde fantasmagorique et cruel pour oublier que leurs parents divorcent. Autrement dit, Gutman se lâche, en proposant sa version trash du roman familial.

On lira sûrement :
Forêt obscure, de Nicole Krauss

On lira peut-être :
Désintégration, d’Emmanuelle Richard
La Chance de leur vie, d’Agnès Desarthe


A première vue : la rentrée Liana Levi 2018

Dans la famille hautement appréciable des maisons économes de leurs parutions, visant toujours avant tout la qualité et la conviction plutôt que la quantité et la dispersion, je demande Liana Levi. Jamais avare de belles surprises (Désorientale de Nagar Djavadi il y a deux ans, La Nuit des Béguines l’année dernière), l’éditrice propose cette année un premier roman français, un deuxième roman américain, et le nouveau livre de l’un de ses auteurs phares.

Bulle - Là où les chiens aboient par la queueLA VIE SANS FARDS : Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle
A la demande de sa nièce qui s’interroge sur son identité métisse, une femme raconte l’histoire de sa famille, les Ezechiel, avec en toile de fond la société guadeloupéenne de la seconde moitié du XXe siècle.
Sous la couverture estampillée Liana Levi, on peut s’attendre à un livre aussi vivant que passionnant. En tout cas, c’est un nouveau pari sur un premier roman, et chez cette éditrice, c’est rarement anodin. D’ailleurs, les premiers retours sont enthousiastes.

Pochoda - Route 62LA LA LAND : Route 62, d’Ivy Pochoda
(traduit de l’américain par Adélaïde Pralon)
Un homme athlétique court entièrement nu au milieu des embouteillages à Los Angeles. Tony, poussé par une force irrépressible, se met à le suivre. Au fil du récit, des flash-back se succèdent et éclairent le passé de ces deux hommes.
Deuxième roman d’Ivy Pochoda après le très remarqué Du côté des docks, paru chez nous il y a déjà cinq ans. Le pitch est intriguant et annonce un roman kaléidoscopique à l’américaine. A voir.

Kourkov - Vilnius, Paris, LondresGAMES WITHOUT FRONTIERS : Vilnius, Paris, Londres, d’Andreï Kourkov
(traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne)
En décembre 2007, la Lituanie entre dans l’espace Schengen et ses habitants peuvent désormais traverser la frontière sans passeport. Trois couples d’amis partagent leurs projets d’avenir à Londres, à Paris ou en Italie. En contrepoint, le vieux Kukutis entreprend un périple à travers le continent pour sauver la vie d’un homme.
Découvert grâce à un Pingouin de belle mémoire, le romancier ukrainien, féroce adversaire de Poutine et observateur clinique des sociétés post-soviétiques, balance cette fois un pavé de 650 pages qui devrait ratisser large, entre comédie humaine et regard socio-politique acéré.


On lira sûrement :
Route 62, d’Ivy Pochoda

On lira peut-être :
Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle



A première vue : la rentrée Verdier 2018

Il est temps d’accorder aux éditions Verdier une place dans notre panorama. Cette maison exigeante, d’aucuns diraient élitiste (elle l’est sans doute parfois, mais pas de manière aussi systématique que je l’ai longtemps pensé sans preuve aucune), est à la tête d’un catalogue de grande qualité dans lequel il n’y a sans doute pas grand-chose à jeter. Pour ma part, ayant commencé depuis peu à vraiment m’intéresser à leur travail (il n’est jamais trop tard), j’ai le bonheur de vous annoncer que mon premier gros coup de cœur de cette rentrée 2018 se trouve sous la couverture jaune identifiable entre toutes. C’est tout frais, j’en tremble encore, et je suis heureux de vous en parler dès maintenant !

Wauters - Pense aux pierres sous tes pas (pt)ON INTERDIRA LES TIÉDEURS : Pense aux pierres sous tes pas, d’Antoine Wauters (lu)
Antoine Wauters est belge, cela devrait suffire à le rendre sympathique. Mais il est en plus (surtout) extrêmement talentueux, comme le prouve le premier de ses deux livres à être publiés dans cette rentrée. Soit l’histoire de jumeaux, frère et sœur, fous amoureux l’un de l’autre au-delà de toute limite. A tel point que leurs parents finissent par les séparer. Pendant ce temps, leur pays vit au rythme de coups d’état qui évincent un dictateur pour le remplacer par un autre. A distance, Léonora et Marcio entreprennent de se réinventer, de donner du sens à leur vie, de créer des raisons d’espérer, entraînant nombre de gens dans leur aventure. Tranchée, poétique, sensuelle, secouée d’inventions sublimes et de fulgurances clairvoyantes, l’écriture de Wauters est un régal qui transporte très haut les émotions de ce roman extraordinaire et incandescent. Somptueux !

Wauters - Moi, Marthe et les autresIL SUFFIRA D’UNE ÉTINCELLE : Moi, Marthe et les autres, d’Antoine Wauters (lu)
Antoine Wauters est belge, cela devrait suffire à le rendre sympathique. Mais il est en plus (surtout) extrêmement talentueux, comme le prouve le second de ses deux livres à être publiés dans cette rentrée. Au fil de brefs paragraphes numérotés et de 80 pages sans gras, le romancier nous entraîne cette fois dans un Paris dévasté, où une poignée de personnages, déglingués sublimes, tentent de survivre, en s’inspirant notamment des préceptes du chanteur John Holiways (si si). Un petit livre traversé de visions hallucinantes, qui invite à réfléchir au sens de la vie d’une manière neuve et fracassante.

Jullien - L'île aux troncsFILLE DE L’AIR : L’Île aux troncs, de Michel Jullien
Trois ans après que l’armée russe s’est emparée de Berlin, les vétérans font tache dans les rues de Léningrad, où la vue de leurs mutilations et de leurs vies abîmées ou détruites fait d’eux des indésirables. Parmi eux, Kotik et Piotr se retrouvent exilés sur Valaam, une île de Carélie perdue au milieu du plus grand lac d’Europe. Unis par leur passé, ils le sont aussi dans leur fascination pour Natalia Mekline, une aviatrice héroïque dont ils admirent rituellement un portrait tous les jours. Au point d’imaginer de s’enfuir pour la rejoindre…

Prato - Bas la place y'a personneBRÛLURES : Bas la place, y’a personne, de Dolores Prato
(traduit de l’italien par Laurent Lombard et Jean-Paul Manganaro)
Beau bébé de 900 pages, ce texte autobiographique d’une grande romancière italienne du XXème siècle revient sur une enfance passée dans un village archaïque des Marches, recueillie par un oncle prêtre. Découvert et publié tardivement, c’est le seul roman achevé de l’auteure. Cela méritait bien une traduction digne de ce nom chez un éditeur capable de la porter.

Seiler - KrusoLA VIE PARFOIS FAIT PLOUF : Kruso, de Lutz Seiler
(traduit de l’allemand par Uta Müller et Bernard Banoun)
1993. Ed, un Allemand vivant au Danemark, apprend la mort d’Alexandre Krusowitch, dit Kruso. Il l’avait connu en 1989 alors qu’il arrivait, jeune veuf de 24 ans, sur l’île de Hiddensee, dans la Baltique. Là, Kruso s’occupait d’Allemands candidats à l’exil vers le Danemark. Ce deuil pousse Ed à enquêter sur la disparition en mer Baltique de 174 fugitifs de RDA, en 1961, année de construction du Mur.


On a lu (et aimé !) :
Pense aux pierres sous tes pas, d’Antoine Wauters
Moi, Marthe et les autres, d’Antoine Wauters



A première vue : la rentrée Actes Sud 2017

La fin des présentations de rentrée littéraire approche, et…

En attendant, causons des éditions Actes Sud, qui abordent leur première rentrée avec leur patronne à la tête du Ministère de la Culture – ce qui n’a aucun rapport, certes. A vrai dire, je glose et tournicote parce que je ne sais pas bien dans quel sens prendre le programme de la maison arlésienne, gros plateau qui fait la part belle à la littérature étrangère (sept titres) et avance quelques auteurs importants – dont deux retours attendus, ceux de Don DeLillo et Kamel Daoud. Bref, l’assiette est bien remplie et présente joliment, reste à savoir si les mets seront de qualité.

Daoud - Zabor ou les psaumesSHÉHÉRAZADE : Zabor ou les Psaumes, de Kamel Daoud
Après un recueil de nouvelles salué d’un succès d’estime, Kamel Daoud a fracassé la porte de la littérature francophone avec Meursault, contre-enquête, premier roman choc en forme de réécriture de L’Étranger de Camus du point de vue arabe. Connu pour l’exigence de sa pensée, le journaliste algérien est forcément très attendu avec ce deuxième roman racontant l’histoire d’un homme qui, orphelin de mère et négligé par son père, se réfugie dans les livres et y trouve un sens à sa vie. Depuis, le seul sens qu’il donne à son existence est le geste d’écriture. Jusqu’au jour où son demi-frère, qu’il déteste, l’appelle au chevet de son père mourant…

Lafon - Mercy, Mary, PattySTARMANIA : Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon
Révélée elle aussi grâce à son précédent roman, La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon s’empare d’un fait divers américain qui a défrayé la chronique dans les années 1970 : l’enlèvement de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst (qui avait en son temps inspiré Orson Welles pour son Citizen Kane), par un groupuscule révolutionnaire ; à la surprise générale, la jeune femme a fini par épouser la cause de ses ravisseurs et été arrêtée avec eux. Une professeure américaine, assistée d’une de ses étudiantes, se voit chargée par l’avocat de Patricia de réaliser un dossier sur cette affaire, pour tenter de comprendre le revirement inattendu de l’héritière.

Ferney - Les bourgeoisC’EST COMME LES COCHONS : Les Bourgeois, d’Alice Ferney
Les Bourgeois, ce sont dix frères et sœurs nés à Paris entre les deux guerres mondiales. À leur place dans les hautes sphères, ils impriment le cours de l’Histoire de leurs convictions et de leurs actes. En suivant les trajectoires de cette fratrie, Alice Ferney retrace les énormes bouleversements du XXème siècle, des gigantesques conflits planétaires à l’avènement des nouvelles technologies en passant par mai 68 et les décolonisations.

Ducrozet - L'Invention des corpsTHE CIRCLE : L’Invention des corps, de Pierre Ducrozet
En septembre 2014, une quarantaine d’étudiants mexicains sont enlevés et massacrés par la police. Rescapé du carnage, Alvaro fuit aux États-Unis, où il met ses compétences d’informaticien au service d’un gourou du Net fasciné par le transhumanisme. Une réflexion pointue sur les risques et dérives de notre monde ultra-connecté et amoralisé.

Dion - ImagoRELAX, DON’T DO IT : Imago, de Cyril Dion
Un jeune Palestinien pacifiste quitte son pays et traverse l’Europe à la poursuite de son frère, parti commettre l’irréparable à Paris, dans l’espoir de l’empêcher de passer à l’acte. Un premier roman qui tutoie l’actualité. Risqué ?

Gallay - La Beauté des joursLA VIE PAR PROCURATION : La Beauté des jours, de Claudie Gallay
Heureuse en mariage, mère comblée de deux filles jumelles désormais étudiantes, Jeanne mène une existence paisible. La découverte de l’œuvre de l’artiste Marina Abramovic lui ouvre la porte d’autres possibles où l’imprévu est roi.

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Delillo - Zéro KPROMETHEUS : Zéro K, de Don DeLillo
(traduit de l’américain par Francis Kerline)
Le dernier roman de Don DeLillo, Cosmopolis (adapté au cinéma par Cronenberg avec Robert Pattinson), date en France de 2012. C’est donc le retour attendu d’un auteur américain exigeant, très soucieux de la forme et porteur d’une vision ténébreuse des États-Unis en particulier et du monde en général.
Pas d’exception avec ce nouveau livre : Zéro K y est le nom d’un centre de recherches secret qui propose à ceux qui le souhaitent de s’éteindre provisoirement, de mettre leur vie en stand by en attendant que les progrès de la science permettent de prolonger l’existence et d’éradiquer les maladies. Un homme richissime, actionnaire du centre, décide d’y faire entrer son épouse, condamnée à court terme par la science, et convoque son fils pour qu’il assiste à l’extinction programmée de la jeune femme…
Un sujet déjà abordé en littérature ou au cinéma, mais dont on espère que DeLillo le poussera dans ses derniers retranchements philosophiques.

Zeh - BrandebourgDU VENT DU BLUFF DES MOTS : Brandebourg, de Julie Zeh
(traduit de l’allemand par Rose Labourie)
Des Berlinois portés par une vision romantique de la campagne débarquent dans un village du Brandebourg, État de l’ex-R.D.A., avec sous le bras un projet de parc éolien qui n’enthousiasme guère les paysans du coin. Une lutte féroce débute entre les deux clans, attisée par une femme qui manipule volontiers les sentiments des uns et des autres pour en tirer profit… La plume mordante et le regard acéré de Julie Zeh devraient s’épanouir au fil des 500 pages de ce concentré d'(in)humanité dans toute sa splendeur.

Clemot - PolarisALIEN 28 : Polaris, de Fernando Clemot
(traduit de l’espagnol par Claude Bleton)
Océan Arctique, 1960. Dans un vieux rafiot au mouillage devant l’île de Jan Mayen, dans un paysage fermé, glacial et désertique, le médecin de bord est confronté à la folie inexplicable qui a gagné l’équipage (résumé Électre). La mer, le froid, un huis clos flippant sur un bateau… Pitch court, tentation forte !

Trevi - Le Peuple de boisGOOD MORNING ITALIA : Le Peuple de bois, d’Emanuele Trevi
(traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli)
En Calabre, un prêtre défroqué anime une émission de radio où son esprit satirique s’en donne à cœur joie. Si les auditeurs suivent et se réjouissent de sa liberté de ton, les puissants grincent des dents…

Affinity K - MischlingL’ANGE DE LA MORT : Mischling, d’Affinity K
(traduit de l’américain par Patrice Repusseau)
Le terme « Mischling » en allemand désigne les sang-mêlé. C’est parce qu’elles en sont que deux sœurs jumelles sont envoyées à Auschwitz et choisies par le docteur Mengele pour mener sur elles ses terrifiantes expériences. Pour résister à l’horreur, les fillettes de douze ans se réfugient dans leur complicité et leur imagination. Peu avant l’arrivée de l’armée russe, l’une des deux disparaît ; une fois libérée, sa sœur part à sa recherche… Terrain très très glissant pour ce roman, tant il est risqué de « jouer » avec certains sujets. Auschwitz et les expériences de Mengele en font partie.

El-Thouky - Les femmes de KarantinaOÙ TOUT COMMENCE ET TOUT FINIT : Les femmes de Karantina, de Nael al-Toukhy
(traduit de l’arabe (Égypte) par Khaled Osman)
Saga familiale sur trois générations dans une Alexandrie parallèle et secrète, ce roman offre une galerie de personnages truculents tous plus en délicatesse avec la loi les uns que les autres (résumé éditeur).

CRIME ET CHÂTIMENT : Solovki, de Zakhar Prilepine
(traduit du russe par Joëlle Dublanchet)
Attention, pavé ! L’écrivain russe déploie sur 830 pages une vaste histoire d’amour entre un détenu et sa gardienne, et une intrigue puissamment romanesque pour évoquer l’enfer des îles Solovki, archipel situé dans la Mer Blanche au nord-ouest de la Russie où un camp de prisonniers servit de base et de « laboratoire » pour fonder le système du Goulag.


A première vue : la rentrée Liana Levi 2017

Un roman français, un roman italien, un polar japonais. Qui dit moins ? Avec cette rentrée minimaliste, Liana Levi, l’un des éditeurs vedettes de la rentrée 2016 grâce au magnifique succès de Désorientale de Négar Djavadi, ne prend pas le moins du monde la grosse tête – ce n’est pas le genre de la maison, de toute façon. Ce qui ne nous empêche pas d’attendre le meilleur de ses propositions.

Kiner - La Nuit des béguinesRIEN A VOIR AVEC LA DANSE ANTILLAISE : La Nuit des béguines, d’Aline Kiner
Aline Kiner était entrée en littérature avec un bon polar lorrain, Le Jeu du pendu, paru en 2011. La voici plongée en pleine rentrée littéraire avec un roman historique situé en 1310, dans le quartier du Marais à Paris. Refusant à la fois le voile et le mariage, des centaines de femmes vivent paisiblement dans le grand béguinage royal, jusqu’au jour où l’irruption de Maheut la Rousse vient mettre en danger le fragile équilibre de leurs existences…
Une page d’histoire méconnue, du suspense (probablement), un hymne à un mode de vie indépendant, les ingrédients qui composent ce roman sont séduisants. A confirmer, bien entendu.

Piperno - Là où l'histoire se termineLE RETOUR DU MARI PRODIGUE : Là où l’histoire se termine, d’Alessandro Piperno
(traduit de l’italien par Fanchita Gonzalez Batlle)
Descendant d’une illustre famille romaine, Matteo Zevi est un peu le mouton noir de la lignée. Après deux mariages et une collection de dettes contractées dans les années 1990, il a fini par fuir à Los Angeles où sa vie s’est poursuivie selon le même modèle. De retour à Rome seize ans plus tard, libéré de ses obligations financières par la mort de son créditeur, Matteo est prêt à replonger avec délice dans la vie tumultueuse de Rome. Mais les temps ont changé…
Avec les pires intentions, tragicomédie féroce sur la bourgeoise romaine, avait permis à Piperno de faire une entrée fracassante dans le monde des lettres italiennes, confirmant ensuite son talent dans Persécution. L’un des noms à suivre de la rentrée littéraire étrangère.

A Mathematician (?)COLD CASE : Six-Quatre, de Hideo Yokoyama
(traduit du japonais par Jacques Lalloz)
Grand succès au Japon, ce polar relate l’obsession d’un policier pour une enquête qu’il n’a pas réussi à résoudre en 14 années d’investigation, l’enlèvement et le meurtre d’une fillette. Chargé d’organiser dans sa région la venue du chef de la police nationale, qui doit annoncer officiellement la prochaine prescription des faits, le commissaire Mikami replonge dans son cauchemar le plus intime.


A première vue : la rentrée Grasset 2017

Tous les deux ans, les éditions Grasset ont droit ici à un léger traitement de faveur, et pour cause : elles ont le très bon goût de publier l’un de mes auteurs préférés, Sorj Chalandon. Lequel est donc au rendez-vous cette année, à nouveau avec succès, mais en plus il ne se présente pas seul. La Maison Jaune aligne en effet une rentrée abondante mais nourrie de plusieurs promesses séduisantes – dont, sûrement, le plus GROS livre de la rentrée française.

Chalandon - Le Jour d'avantAU NORD : Le Jour d’avant, de Sorj Chalandon (lu)
Bluffant Chalandon. Il y a deux ans, après Profession du père qui clôturait une sorte de cycle romanesque implicite consacré à sa drôle de figure paternelle, il se disait exsangue, peut-être fini. Son retour cette année est donc plus qu’une surprise, c’est une confirmation : oui, Sorj Chalandon a encore beaucoup de choses à raconter, et le talent est intact pour le faire.
Appuyé sur la catastrophe minière de Liévin en 1974, ayant coûté la vie à 42 hommes, Le Jour d’avant célèbre la dignité des faibles face à l’injustice et à la pression sociale et politique, mais étonne également par sa mécanique narrative, preuve que Chalandon peut briller tout autant avec une pure fiction que dans des livres davantage marqués du sceau de l’autobiographie. Un roman fort et bouleversant sur la culpabilité, la douleur, l’identité et le questionnement de soi. Touché, encore une fois.

Le Bris - KongSKULL ISLAND : Kong, de Michel Le Bris (en cours de lecture)
Un monstre. Dans tous les sens du terme. Michel Le Bris, créateur du festival Étonnants Voyageurs, essayiste, grande figure du récit de voyage, spécialiste de Stevenson, balance un énorme pavé de 930 pages sur l’histoire qui a présidé à la réalisation en 1933 du film King Kong. De 1919 à 1933, Le Bris raconte les multiples vies de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsach, rescapés de la Première Guerre mondiale qui deviennent des spécialistes reconnus du film documentaire, avant de céder à la magie de la fiction et des effets spéciaux pour inventer l’une des créatures les plus mythiques du Septième Art. La lecture des premières pages de ce Kong me laisse espérer le meilleur pour ce roman qui s’annonce spectaculaire, puissant, emporté par une langue inspirée et virtuose, peuplé de figures célèbres de l’époque et porté par le souffle primaire de l’aventure. À suivre de très près.

Delmaire - Minuit, MontmartreFABULEUX DESTIN : Minuit, Montmartre, de Julien Delmaire (lu)
En 1909, une jeune femme noire erre dans les ruelles malfamées de Montmartre. Recueillie par le peintre Théophile Alexandre Steinlen (auteur notamment de la célèbre affiche de la Tournée du Chat Noir), elle devient sa muse, son confidente, et pénètre le milieu des artistes parisiens de la Butte… Remarqué pour son premier roman au style particulier, proche du slam, Julien Delmaire propose un troisième livre davantage au service de sa langue que de son récit, même si la peinture du Montmartre de l’époque vaut le détour.

Guez - La Disparition de Josef MengeleTODESENGEL : La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez
Le médecin d’Auschwitz Josef Mengele, coupable d’expériences « médicales » terrifiantes sur certains prisonniers du camp de la mort, réussit à s’échapper une fois l’Allemagne tombée, et prend la fuite en Amérique du Sud, où il vit en toute impunité jusqu’à sa mort en 1979. C’est ce destin, et à travers lui le cas de nombreux Nazis ayant trouvé une terre d’accueil favorable en Argentine ou au Brésil, que raconte l’essayiste Olivier Guez dans son deuxième roman.

Dreyfus - Le Déjeuner des barricadesSOUS LES PAVÉS : Le Déjeuner des barricades, de Pauline Dreyfus
Le jour : 22 mai 1968. Le lieu : l’hôtel Meurice, rue de Rivoli. L’action : la remise du prix Roger-Nimier à un tout jeune écrivain nommé Patrick Modiano, pour son premier roman, Place de l’Étoile. Le nœud de l’intrigue : profitant de la révolte des étudiants et du climat d’agitation qui règne à Paris, le personnel du palace se met en grève, ce qui contraint les organisateurs du prix à revoir l’organisation de leur journée… Un roman à « name-dropping » culturel (Paul Morand, Modiano, Dali) qui devrait au moins trouver son public dans les beaux quartiers de Paris, mais pourrait mériter mieux.

Rondeau - Mécanique du coeurBABEL : Mécaniques du chaos, de Daniel Rondeau
Le destin croisé de plusieurs personnages à travers le monde, sur fond de crise migratoire et de montée de l’islamisme radical. D’après son éditeur, Daniel Rondeau a réussi sans le chercher un « thriller politique ». Comme ce n’est pas vraiment un auteur de genre, on prendra l’expression avec toutes les pincettes requises.

Coulin - Une fille dans la jungleÀ L’ABRI DE RIEN : Une fille dans la jungle, de Delphine Coulin
Puisqu’on cause de géopolitique et de situation mondiale, Delphine Coulin nous plonge dans la jungle de Calais en compagnie d’une bande de gamins venus du monde entier. A l’annonce du démantèlement du camp, les adolescents décident d’entrer en résistance et de tenter de passer en Angleterre. Déjà vu, lu, raconté ? Sans doute. Utile ? Pourquoi pas. À lire pour vérifier, en somme.

Ionesco - InnocenceREBELOTE : Innocence, d’Eva Ionesco
Il y a deux ans, Simon Liberati publiait Eva, récit-portrait de sa femme qui évoquait notamment l’enfance tourmentée de cette dernière, puisqu’elle servit de modèle érotique à sa mère photographe. Comme le livre fit grand bruit et rencontra un succès certain (pas forcément en rapport avec ses qualités littéraires, mais enfin bon), voilà que Madame sort son propre témoignage sur cette histoire. Nous, on passe.

Vilain - La Fille à la voiture rougeCRASH : La Fille à la voiture rouge, de Philippe Vilain
Une étudiante de 20 ans séduit un écrivain de 39 ans. Elle est belle, elle porte un nom classe (Emma Parker), elle conduit une voiture de sport rouge. Leur amour est passionnel, jusqu’au jour où Emma raconte à l’écrivain qu’à la suite d’un accident, elle trimballe un hématome dans le crâne qui pourrait lui être fatal d’un jour à l’autre…
Ah, au fait, c’est une histoire vécue.
Et on s’en fout ? Ah oui, nous, on s’en fout complètement.

Caron - Tous les âges me diront bienheureuseMAGNUS RUSSE : Tous les âges me diront bienheureuse, d’Emmanuelle Caron
Le premier roman d’Emmanuelle Caron – que son éditeur compare à Sylvie Germain – déploie une vaste fresque familiale et historique qui nous ramène notamment à la Révolution russe de 1917 (qui sera très à la mode, puisque nous célèbrerons le centenaire de l’événement en fin d’année).

Brault - Les Peaux RougesDUPONT LAJOIE : Les Peaux Rouges, d’Emmanuel Brault
Autre premier roman, qui entend dénoncer le racisme ordinaire sur fond de comédie insolente. Les « Peaux Rouges » du titre sont ces étrangers que le narrateur déteste ouvertement, en toute décomplexion. Hélas pour lui, pris en flagrant délit d’insulter une Peau Rouge, il est envoyé en prison. Il parvient à y échapper en acceptant de participer à une thérapie de groupe pour le guérir de son racisme.

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Evjemo - Vous n'êtes pas venus au monde pour être seulsJE SUIS PAS VENUE ICI POUR SOUFFRIR, OK ? : Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls, d’Eivind Hofstad Evjemo
(traduit du norvégien par par Terje Sinding)
En juillet 2011, une semaine après le massacre d’Utoya qui a fait 69 morts et des dizaines de blessés, Sella observe ses voisins en train de rentrer chez eux, dévastés après que leur fille est tombée sous les balles d’Anders Breivik. Elle partage leur peine, car son fils adoptif est mort auparavant dans un attentat à Manille. Un premier roman norvégien qui refuserait de traiter son terrible sujet par la noirceur et l’auto-apitoiement, en luttant au contraire contre la douleur par une volonté inébranlable de se reconstruire.

Baird - Demain sans toiSHORT CUTS : Demain sans toi, de Baird Harper
(traduit de l’américain par Brice Matthieussent)
On continue avec les premiers romans estampillés « Rire & Chansons » – ce qui n’enlève rien a priori à leurs qualités, d’autant que ce livre est traduit par Brice Matthieussent, qui n’est pas le dernier venu.
Un jeune homme promis au plus bel avenir achève une peine de prison de quatre ans, pour avoir tué accidentellement une jeune femme dans un accident de la route. Le jour de sa sortie, un proche de Sonia l’attend devant la prison, mais la sortie du meurtrier involontaire est repoussée de 24 heures, bouleversant les plans de tous, proches de la victime comme du bourreau.


A première vue : la rentrée Stock 2016

À première vue, chez Stock comme chez la plupart des éditeurs, on voit arriver une rentrée sérieuse comme un premier de la classe, mais manquant clairement de fantaisie (à une exception près peut-être). C’est déjà pas mal, me direz-vous. Mouais, mais on n’aurait rien contre un peu d’excitation et d’inattendu. Pas sûr de les trouver sous la couverture bleue de la vénérable maison désormais dirigée par Manuel Carcassonne, qui aligne de plus beaucoup (trop) de candidats sur la ligne de départ : neuf auteurs français, deux étrangers, ça sent la surchauffe…

Pourriol - Une fille et un flingueAUCUN LIEN : Une fille et un flingue, d’Olivier Pourriol
Elle est sans doute là, la touche de folie de la rentrée Stock ! Ancien chroniqueur littéraire muselé du Grand Journal (expérience amère dont il a tiré un récit décapant, On/Off), mais aussi et surtout spécialiste de cinéma, Pourriol met en scène deux frangins, Aliocha et Dimitri, fans de cinoche et obsédés par le désir de réaliser un film. Comment y parvenir quand on est fauché et inconnu ? En appliquant à la lettre le précepte d’un grand maître du Septième Art : « Un film, c’est un hold up » (Luc B.) Un « braquage » que les deux frères vont tenter de réussir avec l’aide de Catherine D. et Gérard D., en plein Festival de Cannes… Annoncé comme une comédie délirante, Une fille et un flingue est le genre de bouquin qui passe ou qui casse, sans juste milieu. Pourriol a tout le talent médiatique nécessaire pour défendre son livre sur les plateaux de télévision, mais son livre saura-t-il se défendre tout seul ?

Lang - Au commencement du septième jourGENÈSE II, LA REVANCHE : Au commencement du septième jour, de Luc Lang
Je n’ai jamais rien lu de Luc Lang, auteur emblématique de Stock, faute d’avoir réussi à m’intéresser à son travail jusqu’à présent. Cela changera peut-être avec ce nouveau roman, récit d’une vie trop parfaite pour être honnête et qui s’écroule brutalement lorsque la supercherie est dévoilée. Cette vie, c’est celle de Thomas, dont la femme Camille a un jour un terrible accident de voiture à un endroit où elle n’aurait jamais dû se trouver. Tandis que Camille reste plongée dans le coma et que tout s’écroule autour de lui, Thomas entame une vaste enquête qui va lui faire passer en revue toute son existence, sa relation avec son père, ses frère et soeur, ses enfants… Luc Lang revendique l’inspiration de Cormac McCarthy (rien de moins) pour ce roman présenté par son éditeur comme son plus ambitieux.

Sagnard - BronsonALLÔ PAPA TANGO CHARLIE : Bronson, d’Arnaud Sagnard
Premier roman qui met en parallèle une ligne autobiographique et la vie du comédien Charles Bronson, depuis une jeunesse misérable durant la Grande Dépression jusqu’à la gloire hollywoodienne, renommée et richesse dissimulant la hantise quotidienne d’un homme rongé par la peur. Ce genre d’exercice a déjà donné de fort belles choses, notamment sous la plume de Florence Seyvos (Un garçon incassable, autour de Buster Keaton), alors pourquoi pas ?

Bied-Charreton - Les visages pâlesC’EST UNE MAISON BLEUE : Les visages pâles, de Solange Bied-Charreton
Les trois petits-enfants de Raoul Estienne se retrouvent dans la vieille demeure chargée de souvenirs du vieil homme qui vient de s’éteindre. Faut-il vendre la maison ou la garder ? La question agite les héritiers autant que la Manif pour Tous, au même moment, déchire la société française, et oblige les uns et les autres à faire le point sur leurs existences… Je ne sais pas s’il faut attendre grand-chose d’un roman dont les personnages se prénomment Hortense, Charles ou Alexandre, mais bon. Il paraît que c’est « caustique » (dixit l’éditeur).

Berlendis - MauresC’EST L’AMOUR A LA PLAGE (AOU CHA-CHA-CHA) : Maures, de Sébastien Berlendis
Les vacances d’été, la mer, les dunes, le camping, le dancing, l’adolescence, la découverte des filles… Tout ceci est follement original, n’est-ce pas ? Déjà vu, déjà lu, il faudrait vraiment une plume exceptionnelle ou un point de vue extrêmement singulier pour distinguer un tel récit. Toujours possible, mais on n’y croit guère…

Cloarec - L'IndolentePOKER FACE : L’Indolente, de Françoise Cloarec
En 2008, Françoise Cloarec avait signé un succès surprise avec La Vie rêvée de Séraphine de Senlis (qui avait donné une adaptation cinématographique non moins triomphale, Séraphine, avec Yolande Moreau). Elle revient au milieu de la peinture avec cette enquête littéraire sur Marthe Bonnard, dont on découvre après le décès de son peintre de mari, Pierre Bonnard, qu’elle n’était pas du tout celle qu’elle avait toujours prétendu être.

Chambaz - A tombeau ouvertDANS DEUX CENTS MÈTRES, TOURNEZ A GAUCHE : À tombeau ouvert, de Bernard Chambaz
Le 1er mai 1994, le pilote Ayrton Senna se tue au volant de sa Formule 1, en ratant un virage et en allant s’écraser contre un mur à 260 km/h. A partir de ce drame diffusé en direct et en mondovision télévisuelle, Bernard Chambaz tire un roman sur la fascination pour la vitesse, croisant le destin de Senna avec ceux d’autres pilotes célèbres mais aussi avec ceux de ses proches, dont son fils mort dans un accident de la route.

Papin - L'EveilL’AMANTE DU VIETNAM DU NORD : L’Éveil, de Line Papin
Stock lance une auteure de 20 ans dans l’arène, avec un premier roman sous forte influence de Marguerite Duras, une histoire d’amour torride dans la touffeur de Hanoï, la capitale du Vietnam (où est née Line Papin). On annonce une jeune prodige, il faudra voir si elle est authentique.

Gras - AnthraciteAU CHARBON : Anthracite, de Cédric Gras
Dans un décor de guerre, une tragi-comédie sur fond de pays qui s’écroule – ce pays, c’est l’Ukraine, violemment divisée après la sécession en 2014 de la région minière du Donbass qui décide de rejoindre la Russie. Parce qu’il s’est obstiné depuis l’événement à y faire jouer l’hymne national ukrainien, un chef d’orchestre est obligé de prendre la fuite avec son ami d’enfance à bord d’une bagnole aussi décrépite que les paysages industriels qu’ils traversent… Premier roman.

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Reeves - Un travail comme un autreL’ÉNERGIE EST NOTRE AVENIR, ÉCONOMISONS-LA : Un travail comme un autre, de Virginia Reeves
Alabama, années 20. Avec l’aide de son ouvrier agricole, un fermier détourne une ligne électrique de l’Etat pour augmenter le rendement de son exploitation. Tout roule jusqu’à ce qu’un employé paye de sa vie cette installation sauvage. Wilson, l’ouvrier, écope des travaux forcés dans les mines, tandis que son patron est envoyé au pénitencier. Confronté à la violence extrême de la prison, il tente tout de même d’envisager l’avenir… Premier roman de l’Américaine Virginia Reeves.

POÉTER PLUS HAUT QUE SON… : Ce qui reste de la nuit, d’Ersi Sotiropoulos
En 1897, Constantin Cavafy n’est pas encore le grand poète grec qu’il est appelé à devenir. Écrasé par l’affection de sa mère, tourmenté par son homosexualité, à la recherche de son style et de sa voix, il fait un séjour de trois jours à Paris qui va tout changer pour lui. La romancière grecque Ersi Sotiropoulos dresse un portrait littéraire de Cavafy en s’interrogeant sur le lien entre création et désespoir, dans un livre dense et exigeant (une manière polie de suggérer autre chose, je vous laisse deviner quoi).


A première vue : la rentrée Liana Levi 2016

Pour être une « petite » maison d’édition, Liana Levi n’en participe pas moins chaque année à la rentrée littéraire, avec un souci renouvelé de découvrir de nouvelles voix. C’est encore le cas cette année avec le roman francophone qu’elle propose, première œuvre d’une auteure d’origine iranienne déjà bien soutenue par les libraires qui ont pu le lire en avant-première.

Djavadi - Désorientale(DÉ)BOUSSOLE : Désorientale, de Négar Djavadi
Arrivée à Paris à l’âge de dix ans, Kimiâ n’a pas toujours fait grand cas de ses origines iraniennes. Mais celles-ci vont bientôt la rattraper, plongeant la jeune femme dans un tourbillon des origines où s’entrechoquent la longue histoire familiale et celle d’un pays à (re)découvrir, sur fond de rock et de passion… Cinéaste et scénariste, Négar Djavadi s’inspire de son propre parcours pour ce premier roman qui devrait faire souffler un joli vent de liberté sur le raout automnal.

York - Le NaturalisteDÉLIVRANCE : Le Naturaliste, d’Alissa York
En 1867, un naturaliste monte le projet d’une expédition audacieuse sur l’Amazone et le Rio Negro, au cœur de la jungle, à la rencontre des tribus indiennes. Mais la mort l’emporte brusquement, et c’est sa femme et son fils (né d’un premier mariage de son père avec une Indienne) qui décident de mener l’aventure avec l’aide d’une jeune dame de compagnie. Tandis que les deux femmes font l’expérience d’une liberté inédite, le jeune homme se confronte non sans mal à ses racines… Quatrième traduction française pour Alissa York, auparavant publiée par Joëlle Losfeld.


A première vue : la rentrée Flammarion 2016

Le chiffre est tombé récemment, il n’y aura « que » 560 romans publiés durant la rentrée littéraire de l’automne 2016, un chiffre en baisse qui confirme une tendance des éditeurs à maîtriser leur rythme de publication, espérant ainsi privilégier la qualité à la quantité. On distingue même une tendance régulière de cinq ou six romans français ou francophones, pour deux ou trois romans étrangers – mouvement que l’on retrouve chez Flammarion, avec pas mal de noms connus en tête d’affiche. Pas de quoi devenir hystérique, mais disons qu’à première vue, le programme paraît correct…

Ovaldé - Soyons imprudents les enfantsY’EN A MÊME QUI DISENT QU’ILS L’ONT VU VOLER : Soyez imprudents les enfants, de Véronique Ovaldé
Dans la famille Bartolome, un seul précepte est adressé aux adolescents : « soyez imprudents les enfants ». A 13 ans, Atanase, la petite dernière, n’a pourtant encore rien entendu de tel et piaffe d’impatience. La découverte d’un tableau et le mystère entourant son peintre rencontrent le désir d’aventure de la jeune fille, qui part à la recherche de l’artiste pour essayer de comprendre avec lui pourquoi son œuvre l’a bousculée à ce point…

Joncour - Repose-toi sur moiLES OISEAUX : Repose-toi sur moi, de Serge Joncour
Des corbeaux colonisent la cour d’un immeuble parisien. Terrorisée par leur présence, une jeune styliste sollicite l’aide de son voisin, ex-agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ce curieux événement va évidemment les rapprocher et faire basculer leurs vies… Un roman d’amour sur fond de choc des cultures entre ville et campagne : avec Joncour, bon conteur doué  pour l’ironie, tout est possible.

AJAR - Vivre près des tilleulsPOLYPHONIE SUISSE : Vivre près des tilleuls, de l’AJAR
Ce roman est avant tout un projet singulier, car il est l’œuvre de 18 auteurs, Suisses romands (AJAR étant l’acronyme de « Association de Jeunes Auteur-e-s Romandes et romands), tâchant de faire voix commune pour raconter une seule et même histoire, celle d’une écrivaine suisse dont on découvre par hasard un journal intime dans lequel elle relate l’impossible deuil de sa fille.  Forcément un objet de curiosité formelle, quant au fond…

Grenier - L'Année la plus longue366 : L’Année la plus longue, de Daniel Grenier
Ce petit pavé (432 pages) a franchi l’Atlantique depuis son Québec natal pour venir nous conter en toute simplicité trois siècles d’histoire en Amérique du Nord, à travers les destins croisés de deux hommes nés un 29 février – l’un des deux en profitant pour ne vieillir que tous les quatre ans… Sur le papier, une grande fresque romanesque dont le les Québécois ont le secret, par un auteur de 36 ans dont c’est le premier roman.

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JE EST UN AUTRE : Le Vieux saltimbanque, de Jim Harrison
La rentrée littéraire étrangère sera marquée par plusieurs publications posthumes (Henning Mankell, Umberto Eco), dont le dernier roman de Jim Harrison, paru aux USA un mois avant sa mort. Pour ce livre, Harrison fait le choix d’une autobiographie masquée, puisqu’il prête à un narrateur, écrivain en mal d’inspiration, les moments marquants de sa propre vie. L’une des sorties importantes de la rentrée, par la force des choses.

Kraus - I love DickCE N’EST PAS CE QUE VOUS CROYEZ (BANDE DE GROS DÉGOÛTANTS) : I love Dick, de Chris Kraus
Une femme mariée tombe follement amoureuse d’un homme prénommé Dick, à qui elle se met à écrire ; par jeu ou par défi, le mari de cette femme entame lui aussi une correspondance avec Dick… Publié en 1997 aux Etats-Unis, I love Dick est un livre culte aux États-Unis, considéré par une journaliste du Guardian comme « le livre le plus important sur les relations homme-femme qui ait été écrit au XXème siècle ». Rien que ça. On demande à voir, même si le pitch ne nous fait pas plus rêver que cela.

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BONUS / LE ROMAN FANTÔME : Babylone, de Yasmina Reza
Je vous aurais bien dit un mot également du nouveau roman de Yasmina Reza, surtout que j’avais aimé son précédent, Heureux les heureux. Mais faute de savoir de quoi il est question (aucun résumé digne de ce nom n’est disponible), nous devrons attendre la sortie du livre.


Mathias et la Révolution, de Leslie Kaplan

Signé Bookfalo Kill

Obsédé par la Révolution française, Mathias parcourt les rues de Paris et aborde son sujet de prédilection avec tous ceux qu’il croise. La rumeur court que des émeutes éclatent en banlieue, peut-être à la suite d’un incident dans un hôpital. C’est toute la capitale qui bruit et s’émeut, qui rit et prend peur, attendant, espérant, craignant une nouvelle rébellion du peuple…

Kaplan - Mathias et la RévolutionEn découvrant à la fin que ce roman a d’abord fait l’objet l’année dernière d’une adaptation théâtrale, on ne s’étonne pas outre mesure. Privilégiant les dialogues, au point que la parole déborde parfois les marquages usuels (les tirets) qui la délimitent traditionnellement dans un roman, Mathias et la Révolution est une suite d’échanges vifs et passionnés qui traitent de politique, de société, de révolution, mais aussi de littérature. En ce sens, Leslie Kaplan fait montre d’une énergie communicative, et certains passages sont fort brillants, qui sollicitent l’intelligence et la réflexion du lecteur d’une manière stimulante, et offrent une mise en perspective de notre époque en opposant son reflet tourmenté à celui des tumultueuses dernières années du XVIIIème siècle.

Face à une forme aussi singulière, il ne faut évidemment pas s’attendre à un roman « classique », suivant une trame et allant d’un point A à un point Z en tirant tous les traits habituels entre ces deux extrémités. Certains personnages sont en errance, comme Mathias, d’autres surgissent à l’improviste (l’Académicien), et la seule chose qui lie le tout est la relecture des événements de la Révolution et des discours des acteurs de l’époque. De fait, la construction globale de l’ensemble demeure extrêmement floue, au point de paraître artificielle et de questionner l’intérêt de choisir une forme romanesque pour un tel texte. Mais d’ailleurs, est-ce un roman ? La couverture du livre ne le mentionne pas (alors que c’est en général le cas aux éditions P.O.L.), fournissant un élément de réponse à cette interrogation.

Mathias et la Révolution est un livre déconcertant, ce qui peut constituer à lui seul un argument pour s’y frotter, pour peu que l’idée de se confronter à une forme littéraire originale vous paraisse séduisante. Pour ma part, j’ai trouvé l’exercice intéressant, mais je crains de ne pas en conserver un grand souvenir.

Mathias et la Révolution, de Leslie Kaplan
Éditions P.O.L, 2016
ISBN 978-2-8180-3722-5
254 p., 16,90€


Une plaie ouverte, de Patrick Pécherot

Signé Bookfalo Kill

Dans sa très élogieuse chronique sur son blog Actu du Noir (un indispensable de la blogosphère polar, soit dit en passant, si vous ne le connaissez pas encore), Jean-Marc Laherrère dit d’Une plaie ouverte que c’est « un roman qu’il faut mériter ». Si je lui emprunte ses mots, c’est que je ne saurais en trouver de meilleurs.
Évoquer Patrick Pécherot, c’est d’abord le reconnaître pour ce qu’il est : sans doute l’un des plus beaux écrivains de langue française contemporaine, un styliste hors pair, à la fois inspiré et intuitif, toujours à la recherche de l’expression la plus juste, de l’image la plus évocatrice, de la formule la plus poétique. Lire Pécherot, c’est se régaler de mots, avec une gourmandise rabelaisienne. Et le fait qu’il soit publié en Série Noire, je le précise pour les polardosceptiques, n’y change rien. Oui, sa technique et ses influences (dont Léo Malet et Jean Amila, eux-mêmes assez autonomes par rapport au genre) empruntent au roman noir ; mais sa littérature se joue des codes et élève le niveau bien au-dessus de la mêlée.

Pécherot - Plaie ouverteMais alors, pourquoi Une plaie ouverte se mérite-t-il particulièrement ? Parce que sa structure est très élaborée et pourra en perdre quelques-uns en route. Le nouveau roman de Patrick Pécherot impose d’être patient et d’accorder toute sa confiance à l’auteur, qui n’offre pas une lecture clef en main. Si les premiers chapitres, très courts, s’enchaînent de manière logique, on se demande en effet où ils nous emmènent.
Voici d’abord un homme qui se réveille dans une cabane au bord du lac ; à ses côtés, dort une vieille Indienne. Nous sommes en 1905, sans doute aux États-Unis. Puis voici qu’on évoque un certain Dana, Valentin Louis Eugène de son état civil ; et ensuite Martha Jane Canery, entrée dans la postérité sous le pseudonyme de Calamity Jane. Et voilà encore une autre figure du grand Ouest, William Frederick Cody alias Buffalo Bill, créateur du grand spectacle à l’américaine avec son Wild West Show. Quel rapport entre eux ? On comprend bientôt qu’un détective privé de la célèbre agence Pinkerton est sur les traces de Dana. Pourquoi ? Sur les ordres de qui ?
Pour comprendre, il faut remonter en 1870. La France est défaite par les Prussiens, Napoléon III chassé du pouvoir, la République reprend ses droits – pas longtemps, car bientôt Paris s’embrase, hostile au nouveau gouvernement. C’est l’heure de la Commune, dont s’emparent notamment quelques amis emballés par l’air de liberté qui souffle alors sur la capitale. Ils se nomment Vallès, Verlaine, Courbet, Louise Michel… et Dana. Quel rôle a-t-il joué dans tout cela ? Pourquoi a-t-il mystérieusement disparu dès la Commune écrasée dans le sang ? C’est ce que cherche à comprendre Marceau, autre rescapé de la bande…

Ce résumé pourtant fort long n’est qu’une esquisse d’Une plaie ouverte. Il ne dit rien finalement de sa richesse, ni de l’intrication exceptionnelle de ses personnages, dont de nombreux réels, qui constitue la trame narrative complexe du récit. C’est en cela que le roman se mérite. Il faut avoir la patience de suivre Pécherot dans sa plongée entre les ombres de la Commune, dont il narre la fièvre, joyeuse et insouciante d’abord, morbide et sanglante ensuite, avec une énergie débordante. Lui faire confiance pour nous emmener, mine de rien, de minuscules indices en savantes bifurcations, là où il le souhaite précisément, vers une réflexion sur la frontière entre le mythe et la réalité, ce que reconstitue la mémoire et ce qu’affirment les faits historiques – l’évocation dans le roman du Wild West Show, gigantesque entreprise de réécriture de l’Histoire masquée sous un spectacle enchanteur, faisant ici particulièrement sens.

Œuvre magistrale, Une plaie ouverte fait partie de ces grands romans qui exigent beaucoup des lecteurs, pour mieux les servir en belle littérature, puissante et intelligente. Si la tiédeur vous lasse, si vous recherchez un livre qui vous élève et vous interroge sans rien sacrifier au romanesque, convoquez Patrick Pécherot. Vous serez servis.

Une plaie ouverte, de Patrick Pécherot
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2015
ISBN 978-2-07-014871-4
270 p., 16,90€


A première vue : la rentrée de l’Olivier 2015

S’il nous sera impossible d’évoquer tous les éditeurs en lice pour la rentrée littéraire 2015, faute de temps et d’énergie, il nous reste encore quelques maisons à présenter. Et nous nous en voudrions de ne pas parler des éditions de l’Olivier, même si leur rentrée française, porteuse de noms connues, semble à première vue assez fade. Non, l’événement à l’Olivier, c’est la publication d’un roman resté inédit jusqu’à ce jour de David Foster Wallace – et pour cause, l’engin étant particulièrement spectaculaire…

Wallace - L'Infinie ComédieDANTESQUE : L’Infinie Comédie, de David Foster Wallace
(traduit de l’américain par Francis Kerline)
J’imagine qu’il aura fallu un peu de temps à Francis Kerline pour traduire ce monstre de 1488 pages (!!!), publié en 1996 aux États-Unis, et considéré comme l’un des authentiques chefs d’œuvre de la littérature anglophone contemporaine. David Foster Wallace (qui s’est suicidé en 2008 à 46 ans) y élabore une dystopie dans laquelle les USA, le Canada et le Mexique ont fusionné en une fédération où la société du spectacle est devenue le centre de tout. Inutile de détailler une intrigue infiniment plus foisonnante, qui évoque pêle-mêle les relations familiales, les addictions, le tennis (très important, puisqu’une académie de tennis est au centre de l’histoire), l’Amérique du Nord en tant qu’entité politique… Enrichi de nombreuses notes de bas de page, le texte est une gageure de lecture. Ce sera sûrement l’événement de la rentrée étrangère, on en parlera beaucoup, de nombreuses personnes l’achèteront… mais qui le lira vraiment ?

Ford - En toute franchiseTEMPÊTUEUX : En toute franchise, de Richard Ford
(traduit de l’américain par Josée Kamoun)
L’auteur de Canada, prix Femina étranger 2013, retrouve son héros récurrent, Frank Bascombe, grâce auquel il sonde l’Amérique contemporaine avec acuité. Cette fois, la toile de fond est triple : la crise économique, la campagne présidentielle opposant Obama à Romney, et l’ouragan Sandy qui a durement frappé la côte est des États-Unis en 2008.

*****

Après de pareilles références, difficile de revenir à la production française… Mais bon, tâchons tout de même de faire bonne figure et d’essayer de trouver de belles choses dans les quatre romans lancés par l’Olivier en cette rentrée automnale.

Oster - Le Coeur du problèmeRÉPARER LES VIVANTS (I) : Le Cœur du problème, de Christian Oster
En rentrant chez lui, Simon trouve le cadavre d’un inconnu au milieu du salon, visiblement tombé de la mezzanine, et croise sa femme lui annonçant qu’elle s’en va pour ne jamais plus revenir. Resté seul avec le corps, Simon doit prendre les décisions qui s’imposent. Plus tard, il se lie d’amitié avec Henri, un gendarme à la retraite. Soucieux de ne pas se trahir, Simon fait un peu trop attention à ce qu’il dit, et une partie d’échecs souterraine s’engage avec l’ancien enquêteur…

Desarthe - Ce coeur changeantRÉPARER LES VIVANTS (II) : Ce cœur changeant, d’Agnès Desarthe
Avec ce parcours d’une jeune fille franco-danoise arrivée seule à Paris à 17 ans, en quête d’elle-même, Agnès Desarthe donne à voir la capitale au début du XXème siècle, de l’affaire Dreyfus aux années folles en passant par la Première Guerre mondiale, les premières automobiles, la vitalité de Montparnasse, le féminisme naissant…

Lefort - Les amygdalesRACONTER LES VIVANTS : Les amygdales, de Gérard Lefort
Scènes de vie d’une famille fantasque vues par le benjamin des enfants, dont le regard redoutable ne manque rien des dépenses faramineuses de la mère, du père qui préfère ne rien en dire, et du quotidien de tous : amitiés, scolarité compliquée, rêves d’aventures, tendances anarchistes et admirations cinématographiques. Après une enquête du Poulpe en 1997, c’est le premier roman de littérature « blanche » du critique Gérard Lefort.

Castillon - Les pêchersHÉSITER A ÊTRE VIVANT : Les pêchers, de Claire Castillon
Trois femmes : Tamara, femme de Claude, qui n’arrive pas à être l’épouse idéale dont il rêve, mais ne parvient pas non plus à s’émanciper de lui ni à oublier son grand amour précédent ; Aimée, ex-femme de Claude, qui attend trop de l’amour ; et Esther, fille adolescente d’Aimée, qui capte les tourments des adultes avec ce sens de l’observation aigu propre à son âge. Hmpf…


A première vue : la rentrée Stock 2015

Pour sa troisième année à la tête de Stock, l’éditeur Manuel Carcassonnne propose une rentrée solide quoique un peu trop riche (onze romans, neuf français et deux étrangers), où des valeurs sûres de la maison accueillent deux premiers romans, dont un aura sûrement la faveur des médias, et quelques transfuges aux noms prestigieux, dont le Britannique Nick Hornby et le romancier-psychanalyste Tobie Nathan.

Boltanski - La CacheDANS MON ARBRE IL Y A… : La Cache, de Christophe Boltanski
Si son nom vous est familier, ce n’est pas un hasard. Grand reporter au Nouvel Obs, Christophe Boltanski est aussi le fils du sociologue Luc Boltanski et le neveu de l’artiste Christian Boltanski. Ces précisions ont un sens, puisque c’est l’histoire de sa drôle de famille que livre ici le néo-romancier, en articulant son récit autour des pièces de la maision familiale à Paris. Le point de départ : la cache, un réduit minuscule où son grand-père s’est caché des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, et qui est devenu par la suite le point névralgique de la demeure. La presse sera probablement au rendez-vous de ce gros premier roman.

Giraud - Nous serons des hérosRACINES : Nous serons des héros, de Brigitte Giraud
Joli titre pour le nouvel opus de la romancière lyonnaise, qui relate l’arrivée en France d’une femme et de son jeune fils, Olivio, tous deux ayant fui la dictature portugaise. Recueillis par un rapatrié d’Algérie, ils espèrent un nouveau départ mais l’homme ne supporte pas l’adolescent. Celui-ci se lie d’amitié avec Ahmed, un immigré algérien de son âge… Un roman où amours, tensions et quêtes de soi et de son identité seront au cœur du récit.

Liberati - EvaPOMME TOMBÉE DE L’ARBRE : Eva, de Simon Liberati
Enfant, elle a posé nue pour sa mère, la photographe Irina Ionesco, souvent dans des poses érotiques qui ont fait scandale. Une expérience traumatisante qui a laissé des traces et a marqué durablement sa vie, entre jeunesse tumultueuse et procès retentissant contre sa génitrice. Depuis, récemment, elle est devenue la femme de Simon Liberati, qui lui consacre donc ce récit intime, après l’avoir croisé plusieurs fois au fil des années, et s’en être inspiré pour son premier roman alors qu’il ne la connaissait pas encore. Là aussi, presse attendue… pour de bonnes raisons, on espère.

Faye - Il faut tenter de vivreBRANCHES : Il faut tenter de vivre, d’Eric Faye
Sandrine Broussard non plus n’a pas eu la vie facile. De son enfance maltraitée, elle a eu l’idée de se venger en séduisant à la chaîne qu’elle arnaquait ensuite avant de disparaître, multipliant identités, vies et fuites. Depuis longtemps fasciné par cet femme insaisissable, le narrateur finit par la rencontrer et se lier à elle. Un roman autobiographique auquel Eric Faye tient beaucoup.

Frèche - un homme dangereuxINCENDIAIRE : Un homme dangereux, d’Emilie Frèche
Attention, sujet sensible. Ce roman met en scène un homme convainquant une femme de tout quitter, son mari et ses filles partis en Israël, pour vivre avec lui. Mais son véritable projet est de la détruire, pour la seule raison qu’elle est juive… Une œuvre post-Charlie qui pourrait faire grincer des dents.

Noiville - L'Illusion délirante d'être aiméPETIT POUCET PERDU DANS LA FORÊT DES SENTIMENTS : L’illusion délirante d’être aimé, de Florence Noiville
L’illusion délirante d’être aimé est une véritable maladie, potentiellement dangereuse, connue sous le nom de « syndrome de Clérambault », du nom du psychiatre qui l’a diagnostiquée. L’héroïne de ce roman, Laura, en souffre, accusant une ancienne amie de la harceler. Sauf que personne dans son entourage n’est témoin de rien…

Nathan - Ce pays qui te ressembleCANOPÉE : Ce pays qui te ressemble, de Tobie Nathan
Une grande fresque historique prenant pour cadre l’Egypte, dont est originaire Tobie Nathan. Suivant depuis longtemps une double carrière de psychanalyste réputé et de romancier, l’écrivain retrace à travers le parcours extraordinaire de Zohar, né dans le ghetto juif du Caire, l’histoire récente de son pays, depuis le roi Farouk jusqu’à l’islamisation grandissante de ces dernières années.

DÉRACINÉE : Sœurs de miséricorde, de Colombe Schneck
Une Bolivienne quitte son pays et sa pauvreté pour Paris, où elle espère gagner sa vie. Elle se heurte à une autre vision du monde, froide et désincarnée, notamment chez les riches qui l’emploient. Si ce roman est inspirée d’une rencontre qu’elle a faite, pour une fois Colombe Schneck ne parle pas d’elle. C’est déjà ça.

DÉRACINÉS : Les bannis, de Laurent Carpentier
C’est l’autre premier roman de la rentrée Stock. Inspiré de faits réels, il relate le bannissement, l’excommunication, l’exil et l’exploitation des membres d’une famille dans le tumulte du XXe siècle dans un texte qui oscille entre vie et mort, entre horreur et humour.

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Hornby - Funny GirlBOURGEONS : Funny Girl, de Nick Hornby
(traduit de l’anglais par Christine Barbaste)
Un grand nom de la littérature anglaise contemporaine rejoint Stock ! L’auteur de Carton jaune, Pour un garçon, Haute fidélité ou Juliet, Naked évoque les Swinging Sixties, à travers l’histoire d’une actrice, Sophie Straw, star d’une comédie à succès de la BBC dans les années 60. Un roman que l’on attend comme toujours enlevé, humain, chaleureux et drôle.

Stanisic - Avant la fêteRADICELLES : Avant la fête, de Sasa Stanisic
(traduit de l’allemand par Françoise Toraille)
Ce n’est que le second roman de Sasa Stanisic, romancier d’origine yougoslave qui vit en Allemagne, et connut un gros succès avec son premier titre, Le Soldat et le Gramophone – c’était en 2008, déjà. Cette fois, il raconte un village et ses habitants, le temps d’une nuit, avant la fête de la Sainte-Anne, moment important de la communauté.


La nuit des trente d’Eric Metzger

C’est l’histoire d’un type qui fête ses trente ans. Il bosse dans la pub, vit à Paris et il cherche désespérément à trouver l’amour. Autrefois, il a aimé. Passionnément. Et depuis, il la cherche, son « fantôme ». Après le boulot, il va suivre ses collègues dans un bar et vivre une folle nuit, pleine de rencontres et d’alcool.

Metzger - La Nuit des TrenteLa nuit des trente n’est qu’une longue énumération de faits, de bars, de cocktails ingurgités et d’arrondissements de Paris qui défilent, à la faveur d’un scooter, d’un vélo, d’un taxi. Soit le héros termine le boulot très tôt, soit il y a une faille spatio-temporelle dans la nuit parisienne car vu le nombre d’événements qui arrivent à ce pauvre garçon, cette divagation nocturne doit durer au moins 14h!

Un premier roman court, plat, où on n’arrive pas à accrocher à Félix, le personnage principal, un garçon lympathique, qui, à force de se lamenter sur son amour et sa jeunesse perdus, va passer à côte de sa vie. Félix, c’est un peu la Bovary du 21ème siècle, un type qu’on a envie de secouer comme un prunier (ou lui mettre un coup de pied au cul, au choix…)

Bref, dans quinze jours, j’aurais oublié ce que je viens de lire si l’auteur n’était pas le Eric du duo comique Eric et Quentin du Petit Journal de Canal Plus. Honnêtement, c’est bien pour ça que j’ai choisi ce livre, sinon je serais passée à côté sans sourciller. Same writer, try again!

La nuit des trente d’Eric Metzger
Éditions Gallimard, collection l’Arpenteur, 2015
9782070147076
112 p., 10€90

Un article de Clarice Darling


Ultra Violette de Raphaëlle Riol

Violette Nozière, c’est l’histoire d’une ado qui rêve d’Hollywood quand elle vit dans un 30m2 avec ses parents, un vieux libidineux limite incestueux et une mère inexistante, si ce n’est pour râler quand Violette rentre tard. La petite se prostitue et vole pour s’affranchir de ses parents et rêver à une autre destinée. Une histoire qui défraya la chronique dans les années 30 car Violette va empoisonner ses parents. Son père en mourra. La presse va se déchaîner sur cette gamine un peu folle, mais d’une beauté fatale, qui enchaîna les hommes comme les séances au tribunal. Muse des Surréalistes, condamnée à mort à 18 ans, le cas Violette Nozière fera couler beaucoup d’encre. Et cet ouvrage vient confirmer une fois de plus que le nom de Violette est passé à la postérité.

Riol - Ultra VioletteRaphaëlle Riol est une jeune écrivain talentueuse et offre avec Ultra Violette son troisième roman. Ce livre, c’est la rencontre entre Violette et Raphaëlle. L’auteur décide d’enquêter sur cette jeune parricide, quatre-vingt ans après les faits. C’est alors qu’elle voit une ombre sortir de l’immeuble où le crime s’est déroulé. C’est Violette elle-même, qui cherche quelqu’un pour lui raconter sa version des faits.

La bonne idée de ce roman est d’expliquer les difficultés de l’écrivain à raconter son histoire quand il est tourmenté par le héros. Violette squatte l’appartement et les pensées de Raphaëlle et la petite sournoise et pernicieuse (telle qu’elle fut décrite dans les journaux d’époque) va instiller sa version de l’histoire pour se donner le beau rôle. Raphaëlle tentera de résister mais va se rendre malade, perdra ses amis et ses amants, dévorée qu’elle est par son héroïne, qui la surveille et la toise.

Cette idée de convier son personnage principal dans son salon est une brillante idée et on avance à pas de loup aux côtés de Raphaëlle dans la vie de Violette. Un roman intriguant, très bien écrit et qu’on regrette de quitter une fois la dernière page tournée.

« En invitant une morte à s’installer chez moi, je savais que j’allais devoir régler des comptes avec la vie et avec l’écriture. »

Ultra Violette de Raphaëlle Riol
Édition Le Rouergue, collection la Brune, 2015
9782812607486
186p., 18€

Un article de Clarice Darling.