Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Articles tagués “séquestration

A première vue : la rentrée POL 2014

On continue notre promenade dans la rentrée littéraire 2014 avec un éditeur dont nous n’avions pas parlé l’année dernière, faute de trouver un intérêt majeur à ses propositions. Changement de ton cette année, donc, car POL affiche à son catalogue ce qui sera sans doute l’événement de l’automne, à savoir le nouveau roman d’Emmanuel Carrère. Mais le reste du programme comporte aussi quelques titres intrigants, à paraître le 21 août.

Carrère - Le RoyaumeL’INCONTOURNABLE : Le Royaume, d’Emmanuel Carrère
Le romancier-cinéaste réunit désormais sur son nom aussi bien les critiques que les lecteurs. Son retour cette année est d’autant plus attendu qu’il annonce un sujet complexe et potentiellement polémique, surtout dans notre pays laïc qui ne manque jamais une occasion de s’enflammer sur des sujets religieux. Le Royaume relatera ainsi les débuts de la chrétienté, ou comment, à la fin du Ier siècle, Paul et Luc transformèrent une petite secte juive en une religion qui allait conquérir le monde.
N’ayant pas encore eu accès au texte, qui ne paraîtra que le 11 septembre, impossible pour l’instant d’en savoir plus… mais ce sera forcément l’un des romans les plus discutés de la rentrée.

Filhol - Bois IILA CONFIRMATION ? : Bois II, d’Élisabeth Filhol
Son premier roman, la Centrale, fiction quasi documentaire sur les centrales nucléaires, avait été très remarqué. Élisabeth Filhol revient avec un sujet à fort potentiel social, à savoir le phénomène de séquestrations de patrons par leurs employés dans les entreprises en difficulté ou promises à des plans sociaux drastiques. A surveiller, sans aucun doute.

ORIGINES DE LA VIOLENCE : L’Homme descend de la voiture, de Pierre Patrolin
Remarqué lui aussi il y a quelques années pour un premier roman décalé, La Traversée de la France à la nage, Patrolin propose une réflexion qui promet d’être glaçante sur le rapport entre l’homme et les mécaniques, avec cette histoire d’un homme tellement obsédé par sa nouvelle voiture qu’il en perd le fil de sa vie, surtout quand s’ajoute à l’équation un fusil de chasse tout aussi fascinant…

Menegoz - KarpathiaPREMIER ROMAN : Karpathia, de Mathias Menegoz
Un roman historique qui se déroule, comme son titre le suggère, en Transylvanie. En 1833, Alexander Korvanyi, capitaine de l’armée hongroise épouse une jeune autrichienne, et part vivre avec elle en Transylvanie, sur le domaine de ses ancêtres. Ils sont confrontés à une mosaïque complexe et tendue de peuples, de langues, de religions, de juridictions, terreau d’un contexte de crises qui va révéler leurs ambitions et leur caractère, à la frontière de la puissance et du crime (résumé Electre).

EXPATRIE : Plus rien que les vagues et le vent, de Christine Montalbetti
Un Français expatrié à Cannon Beach, sur la côte Pacifique des Etats-Unis, croise et écoute dans un bar plusieurs destins américains, entre crise économique, rapport à la nature, fuite… A part que le titre est joli, je n’ai rien de plus à vous en dire pour le moment !

Publicités

Une affaire de trois jours, de Michael Kardos

Signé Bookfalo Kill

L’université les a liés d’une amitié qu’ils s’efforcent de faire durer chaque année, le temps d’un week-end de golf, alors que leurs parcours respectifs et leurs aspirations les ont éloignés. Cette fois, c’est Will, ingénieur du son et musicien ayant décidé avec sa femme de vivre loin de la folie de New York après un drame, qui doit accueillir Nolan, homme politique en pleine ascension qui brigue un poste de sénateur, Jeffrey, informaticien opportuniste qui a fait fortune dans la Silicon  Valley, et Evan, l’avocat ; mais ce dernier, débordé par une énième affaire urgente, doit renoncer à rejoindre ses amis.
Mais le week-end d’agrément dérape très vite. Sur un coup de tête inexplicable, Jeffrey kidnappe la jeune caissière d’un drugstore où le trio s’est arrêté. Lorsque Will et Nolan réalisent ce qu’il a fait, il est trop tard pour libérer la jeune fille. Ils la conduisent donc dans le studio d’enregistrement où travaille Will, désert pour le week-end, le temps de décider quoi faire ensuite. Débute alors un huis clos où vont s’étaler au grand jour rivalités et rancœurs depuis trop longtemps enfouies…

Kardos - Une affaire de trois joursPremière traduction de l’Américain Michael Kardos en France, Une affaire de trois jours est une bonne surprise proposée par la Série Noire de Gallimard. Pas une révolution, non, loin de là, mais tout de même un très bon suspense psychologique, dont la grande force réside, comme souvent dans ces cas-là, sur ses personnages.
Élaboré à coups de flashbacks habilement distillés, privilégiant l’avancée de l’intrigue au respect de la chronologie, l’historique de l’amitié des quatre protagonistes se dévoile peu à peu. Une amitié, ou plutôt des amitiés complexes, fondées sur de bonnes comme de mauvaises raisons, mécanisme subtil que Kardos décrypte joliment, en prenant tout son temps et sans négliger aucun des personnages.

La partie contemporaine du récit commence fort avec l’enlèvement, avant de connaître un petit coup de mou lorsque les trois amis devenus complices tergiversent sur ce qu’il faut faire. Les raisons qui les poussent à séquestrer la jeune fille plutôt que de la libérer immédiatement semblent un peu ténues, même si le romancier insiste sur la sévérité effective de la justice américaine dans ce genre d’affaire. On ne peut toutefois s’empêcher de penser parfois qu’il ne devrait pas y avoir d’affaire du tout…
Puis, petit à petit, d’autres enjeux prennent le pas, la victime s’avérant peut-être moins oie blanche qu’il n’y paraissait de prime abord… Sans parler des révélations que Kardos amène tranquillement mais avec un art certain du rebondissement, jusqu’à une fin aussi maligne que cruelle et amère.

Bon polar donc que cette Affaire de trois jours, pour qui aime les romans où les personnages et leurs histoires occupent le premier plan, sans écraser pour autant une intrigue menée lentement mais sûrement.

Une affaire de trois jours, de Michael Kardos
Traduit de l’américain par Sébastien Guillot
  Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2014
ISBN 978-2-07-014021-3
273 p., 20€