Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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La Diamanterie, de Laure Monloubou

Signé Bookfalo Kill

Atteinte d’une légère malformation d’une jambe qui la rend un peu bancale, élevée seule par sa mère, Pénélope n’a pas forcément la vie facile, mais elle s’en sort plutôt bien. Jusqu’à cette soirée funeste où sa mère lui prépare des lasagnes, son plat préféré… Ca sent la mauvaise nouvelle !!! Et effectivement, cette dernière est au rendez-vous : l’adolescente apprend qu’elle va devoir passer ses vacances d’été chez son oncle et sa tante à la montagne – et qui dit oncle et tante dit aussi cousin et cousine, ceux-là même qui avaient trouvé très drôle de balancer Pénélope dans une fourmilière géante quelques années auparavant, entre autres moqueries qui avaient ruiné ses vacances d’alors.
Bref, c’est la tuile. Sauf que les années ont passé, que les gens peuvent changer, et que de belles rencontres peuvent tout remettre en cause, y compris pour le meilleur…

monloubou-la-diamanterieAutant être sincère, cette chronique sera sans doute l’une des moins objectives de ce blog. Et pour cause, il se trouve que je connais fort bien Laure Monloubou, l’auteure de la Diamanterie, puisque je la côtoie professionnellement (et amicalement) tous les jours. Comme c’est l’une des plus belles personnes que je connaisse – si la gentillesse devait être incarnée au cinéma, il faudrait embaucher Laure sans hésiter une seconde -, cela rend la tâche d’écrire cet article beaucoup plus difficile qu’autre chose, paradoxalement. A tel point que je me suis interrogé sur la pertinence de le faire ou non.
D’un autre côté, comme j’ai beaucoup aimé ce livre, je tiens à le défendre et donc à vous en parler. Étant dûment avertis, à vous de juger si cette visite de la Diamanterie peut vous plaire ou séduire un enfant de votre entourage !

Tiens, d’ailleurs, ce titre, la Diamanterie, vous aura peut-être intrigué, mais je vous laisserai le soin de découvrir à quoi il fait référence en lisant le livre (hé oui, ho hein, sinon ce serait trop facile !) Que vous dire donc ? Qu’il s’agit d’un très beau roman, tout en simplicité, en tendresse, en humour, en drôlerie, en chaleur humaine. Qu’il convient à de jeunes lecteurs dès 11 ans et bien sûr au-delà. Qu’il parle joliment d’adolescence, de la fragilité de cet âge de la vie où chaque seconde vécue peut constituer une remise en question primordiale. Qu’il parle aussi d’amitié, d’amour, d’art, de différence. Qu’il fait resurgir en chacun des souvenirs précieux de vacances d’été, ces moments hors du temps où tant de choses se passent dans nos jeunes existences…

La Diamanterie a aussi le parfum des lectures d’enfance, où l’aventure se mêlait au quotidien entre les pages, et où plus rien n’avait d’importance que de résoudre des mystères et de vivre des amitiés par procuration littéraire. Ce livre a pour moi le charme de mes chers vieux Club des Cinq, par exemple. Et retrouver ces sensations m’a fait un bien fou !

La Diamanterie, ou les vacances d’une fille bancale, de Laure Monloubou (illustrations de Robin)
Éditions Amaterra, 2017
ISBN 978-2-36856-105-8
183 p., 12,50€


A première vue : la rentrée P.O.L. 2016

Chez P.O.L. cette année, on retrouve quelques noms connus de la maison (Amigorena, Boyer, Montalbetti) mais pas de grosse pointure médiatique. On attend donc de découvrir de jolies choses (comme Titus n’aimait pas Bérénice, l’un des succès surprises de l’année dernière signé Nathalie Azoulai), avec comme souvent de l’inattendu et du singulier au menu – même si les espoirs sont assez maigres en cette rentrée 2016, soyons honnêtes, à une exception près. Voire deux, avec un peu de chance.

Montalbetti - La vie est faite de ces toutes petites chosesGRAVITY : La Vie est faite de ces toutes petites choses, de Christine Montalbetti
Dans l’espace, comment dort-on, comment fait-on la cuisine ou du sport ? A quoi pense-t-on avant le décollage de la navette qui doit vous emmener vers les étoiles ? Drôles de questions, n’est-ce pas ! Christine Montalbetti y répond, entre autres, dans ce roman extrêmement original qui nous fera découvrir toute la vie entourant l’aventure spatiale, au fil de petites scènes curieuses, surprenantes, amusantes… Assurément, un OVNI littéraire en perspective !

Bermann - Amours sur mesureLOVE ACTUALLY : Amours sur mesure, de Mathieu Bermann
Ah, l’amour ! Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, ce sera toujours un sujet pour les écrivains. Et c’est donc celui choisi par Mathieu Bermann pour son premier roman, dans lequel il ambitionne d’en cerner toutes les facettes : amitié, plan cul d’un soir, rencontre de hasard, affection, amour durable d’un couple…

Amigorena - Les toutes premières foisVERNISSAGES : Les premières fois, de Santiago H. Amigorena
Avec un titre pareil, vous me voyez venir, il va forcément être question d’amour. Oui, mais pas que – ouf ! Amigorena entreprend d’évoquer l’exaltation infinie que l’on ressent au moment où l’on accomplit en toute conscience quelque chose pour la première fois – tout en sachant que ce sentiment incroyablement puissant ne sera jamais restitué lors de la deuxième, troisième, dixième ou centième fois… Suivant les pas de son adolescence, il raconte donc ses premières fois, les reliant à la littérature et à l’art d’écrire.

COMME JE VOUS AIME, COMME J’AI PEUR DE VOUS : Yeux noirs, de Frédéric Boyer
Le narrateur tente de raconter un souvenir d’enfance perdu, l’histoire d’une rencontre troublante. Et un prétexte pour causer de quoi ? Hé ben, d’amour, tiens. Cf. Ci-dessus…

RIPLEY : Double nationalité, de Nina Yargekov
Le résumé Électre est vraiment rigolo : « Une jeune femme se réveille dans un aéroport, se questionnant à la fois sur son identité et sur sa destination. Dans son sac, elle dispose de deux passeports et d’une lingette rince-doigts. Que doit-elle faire ? » Bon, pas sûr que le roman soit aussi joueur qu’il n’en a l’air…


A première vue : la rentrée Albin Michel 2016

Ça dérape un peu chez Albin Michel ! Neuf titres français et trois étrangers rien qu’en août, c’est plus que les années précédentes et ce n’est pas forcément pour le meilleur, gare au syndrome Gallimard… Il devrait y avoir tout de même deux ou trois rendez-vous importants, comme souvent avec cette maison, que ce soit du côté des premiers romans comme des auteurs confirmés.

Gros - PossédéesLE DÉMON A VIDÉ TON CERVEAU : Possédées, de Frédéric Gros
C’est l’un des buzz de l’été chez les libraires, et c’est souvent bon signe. Pour son premier roman, l’essayiste et philosophe Frédéric Gros s’intéresse au cas des possédées de Loudun, sombre histoire de possession et exorcisme de bonnes sœurs soi-disant habitées par Satan réincarné sous la forme du curé Urbain Grandier. Nous sommes en 1632, Richelieu est au pouvoir et entend mener une répression sévère contre la Réforme ; humaniste, amoureux des femmes, Grandier est une cible parfaite… Une réflexion sur le fanatisme qui devrait créer des échos troublants entre passé et présent.

Guenassia - La Valse des arbres et du cielL’HOMME A L’OREILLE COUPÉE : La Valse des arbres et du ciel, de Jean-Michel Guenassia
Après un précédent roman (Trompe-la-mort) moins convaincant, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes revient avec un roman historique mettant en scène les derniers jours de Vincent Van Gogh, en particulier sa relation avec Marguerite, une jeune femme avide de liberté, fille du célèbre docteur Gachet, connu comme l’ami des impressionnistes – mais l’était-il tant que ça ? Guenassia s’inspire aussi de recherches récentes sur les conditions de la mort de Van Gogh, fragilisant l’hypothèse de son suicide… On attend forcément de voir ce que ce grand raconteur d’histoire peut faire avec un sujet pareil.

Gougaud - LithiumWERTHER MINUS : Lithium, d’Aurélien Gougaud
Elle refuse de penser au lendemain et se noie dans les fêtes, l’alcool et le sexe sans se soucier du reste ; Il vient de se lancer dans la vie active mais travaille sans passion. Ils sont les enfants d’une nouvelle génération perdue qui reste assez jeune pour tenter de croire à une possibilité de renouveau. Premier roman d’un auteur de 25 ans, qui scrute ses semblables dans un roman annoncé comme sombre et désenchanté.

Hoffmann - Un enfant plein d'angoisse et très sage2ABOUT A BOY : Un enfant plein d’angoisse et très sage, de Stéphane Hoffmann
Ce titre, on dirait un couplet d’une chanson de Jean-Jacques Goldman, tiens ! (C’est affectueux, hein.) Antoine, 13 ans, aimerait davantage de considération de la part de ses parents, duo d’égoïstes qui préfèrent le confier à un internat suisse ou à sa grand-mère de Chamonix plutôt que de l’élever. Mais le jour où ils s’intéressent enfin à lui, ce n’est peut-être pas une si bonne nouvelle que cela… Une comédie familiale pour traiter avec légèreté du désamour filial.

Lacroix - PechblendeQUAND NOTRE CŒUR FAIT BOUM : Pechblende, de Jean-Yves Lacroix
Deuxième roman d’un libraire parisien spécialisé dans les livres d’occasion – ce qui explique sans doute pourquoi le héros de ce livre est justement libraire dans une librairie de livres anciens (ah). A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le dit libraire tombe amoureux d’une assistante de Frédéric Joliot-Curie, mais se trouve confronté à un dilemme cruel lorsque le conflit éclate et que son patron décide d’entrer dans la clandestinité.

Rault - La Danse des vivants2MEMENTO : La Danse des vivants, d’Antoine Rault
A la fin de la Première Guerre mondiale, un jeune homme se réveille dans un hôpital militaire, amnésique mais parlant couramment aussi le français que l’allemand. Les services secrets français imaginent alors de l’affubler de l’identité d’un Allemand mort et de l’envoyer en infiltration de l’autre côté de la frontière… Après Pierre Lemaitre racontant l’impossible réinsertion des soldats survivants à la fin de la guerre dans Au revoir là-haut, le dramaturge à succès Antoine Rault s’intéresse au début de l’entre-deux-guerres dans l’Allemagne de Weimar. Une démarche intéressante, pour un livre présenté comme un roman d’aventures.

Nothomb - Riquet à la houppe2AMÉLIE MÉLO : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Nothomb n’en finit plus de se recycler, et cette année, la peine est sévère. Je l’annonce tout net, j’ai tenu cinquante pages avant d’abandonner la lecture de ce pensum sans imagination, remake laborieux d’un conte qui rejoue grossièrement Attentat, l’un des premiers livres de la romancière belge. Franchement, si c’est pour se perdre dans ce genre de facilité, Amélie devrait prendre des vacances. Ça nous en ferait.

BATTLEFIELD : Avec la mort en tenue de bataille, de José Alvarez
Le parcours épique d’une femme, respectable mère de famille qui se lance corps et âme dans la lutte contre le franquisme dès 1936, se révélant à elle-même tout en incarnant le déchirement de l’Espagne d’alors.

MON PÈRE CE HÉROS : Comment tu parles de ton père, de Joann Sfar
L’hyperactif Sfar revient au roman, ou plutôt au récit, puisqu’il évoque son père (tiens, quelle surprise). Je le laisse aux aficionados, dont je ne suis pas…

*****

James - Brève histoire de sept meurtres2BUFFALO SOLDIER : Brève histoire de sept meurtres, de Marlon James (un peu lu)
Cette première traduction mais troisième roman du Jamaïcain Marlon James a reçu le Man Booker Prize en 2015 et arrive en France auréolé d’une réputation impressionnante. Et pour cause, ce livre volumineux (850 pages) affiche clairement son ambition, celle d’un roman choral monumental qui s’articule librement autour d’un fait divers majeur, une tentative d’assassinat dont fut victime Bob Marley en décembre 1976 juste avant un grand concert gratuit à Kingston. En donnant une voix aussi bien à des membres de gang qu’à des hommes politiques, des journalistes, un agent de la CIA, des proches de Marley (rebaptisé le Chanteur) et même des fantômes, Marlon James entreprend une vaste radiographie de son pays.
Une entreprise formidable – peut-être trop pour moi : je viens de caler au bout de cent pages, écrasé par le nombre de personnages, le style volcanique et un paquet de références historiques que je ne maîtrise pas du tout… Ce roman va faire parler de lui, c’est certain, il sera sans doute beaucoup acheté – mais combien le liront vraiment ? Je suis curieux d’avoir d’autres retours.

Enia - Sur cette terre comme au cielRAGING BULL : Sur la terre comme au ciel, de Davide Enia
Une grande fresque campée en Sicile, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 90, qui entrelace le destin de trois générations, dont le petit Davidù, gamin de neuf ans qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amour et de la bagarre dans les rues de Palerme. Premier roman de Davide Enia, finaliste du prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

COLLISION : La Vie nous emportera, de David Treuer
Août 1942. Sur le point de s’engager dans l’U.S. Air Force, un jeune homme se trouve mêlé à un accident tragique qui bouleverse non seulement son existence, mais aussi de ses proches. Une fresque humaine et historique à l’américaine.


Rock War t.1, de Robert Muchamore

Signé Bookfalo Kill

À treize ans, Jay a un vrai don pour la musique : compositeur, parolier, guitariste, il rêve d’en faire son métier, de devenir une star. Pas facile quand on joue avec ses amis, qui n’ont pas forcément les mêmes ambitions, surtout son meilleur pote pour qui la batterie est plus un défouloir qu’un instrument rythmique…
Excellente élève, jeune fille discrète, Summer se préoccupe avant tout de l’état de santé vacillant de sa grand-mère, la seule à l’élever dans des conditions assez misérables – son père n’a jamais donné signe de vie et sa mère survit sûrement quelque part entre une cellule de prison et un squat de cocaïnomanes. Pourtant, sa voix exceptionnelle lui vaut d’être embarquée dans une drôle d’aventure avec trois filles rockeuses au tempérament de feu…
Quant à Dylan, s’il végète dans un pensionnat pour gosses de riches, il a de la musique plein la tête, mais ne veut pas perdre son temps dans des cours sans intérêt et l’orchestre d’amateurs balbutiants de son école. Brièvement contraint de s’engager dans l’équipe de rugby, il parvient à échapper à ce cauchemar et trouve par hasard un groupe prometteur parmi ses camarades…

Muchamore - Rock War t.1Rien à faire, Robert Muchamore est doué. Doué pour camper des personnages d’ados plus vrais que nature, aussi bien dans leurs comportements, souvent ambivalents (jalousie, colère, folie hormonale – mais aussi amitié, générosité, enthousiasme plein d’innocence), que dans leur langage, pas forcément toujours très châtié… Doué aussi pour bâtir des intrigues efficaces et mener son récit à un rythme implacable, à base de chapitres courts et de points de vue alternés, passant de l’un de ses héros à un autre sans que jamais l’on se perde entre leurs différentes histoires.

Le romancier anglais a largement fait ses preuves dans le genre polar/espionnage avec CHERUB (qui s’achèvera l’année prochaine sur le tome 17 !) et sa dérivée Henderson’s Boys, deux séries au long cours qui ont emballé nombre de jeunes lecteurs. Le voici qui se risque à récidiver dans le domaine de la musique, confrontant ses héros autant à des épreuves de vie (les parents, les amis, les ennemis) qu’à des concerts tremplins où il faut faire ses preuves en dix minutes, tandis qu’une émission de téléréalité musicale nommée « Rock War », dévoilée à la fin de ce tome 1, devrait les entraîner vers leurs rêves de gloire…
En appliquant les mêmes recettes, Muchamore ne prend pas de risque mais réussit tout aussi bien. Le suspense est au rendez-vous, les personnages sont attachants, on a envie de savoir lequel s’en sortira, qui parviendra à ses fins, qui apprendra le plus de ses erreurs… Bref, on attend la suite avec impatience !

Rock War t.1, de Robert Muchamore
(Rock War, traduit de l’anglais par Antoine Pinchot)
Éditions Casterman, 2016
ISBN 978-2-203-09001-9
345 p., 16,90€


Stone Rider, de David Hofmeyr

Signé Bookfalo Kill

Adam Stone veut la liberté et la paix. Il veut une chance de s’échapper de Blackwater, la ville désertique dans laquelle il a grandi. Mais, plus que tout, il veut la belle Sadie Blood. Aux côtés de Sadie et de Kane — un Pilote inquiétant —, Adam se lance dans le circuit de Blackwater, une course à moto brutale qui les mettra tous à l’épreuve, corps et âme.
La récompense? Un aller simple pour la Base, promesse d’un paradis. Et pour cette chance d’une nouvelle vie, Adam est prêt à tout risquer… (résumé éditeur)

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Oui, j’avoue, pour ce livre, je ne me suis même pas fatigué à rédiger un résumé fait maison. Pour tout vous dire, j’ai eu le sentiment que ce Stone Rider ne valait pas la peine de perdre trop de temps. D’ailleurs, on pourrait le présenter d’une autre manière, tout aussi efficace : Stone Rider, c’est Hunger Games dans l’univers de Mad Max.
Voilà : un monde post-apocalyptique en pleine déréliction, de l’action, tout un tas de gens peu recommandables, voire carrément psychopathes sur les bords, de l’action, des motos, de l’action, de la poussière, de l’action, une épreuve hyper dangereuse où on commence par survivre avant de penser à gagner… Il y a tous les ingrédients déjà vus à droite à gauche, compilés sans grand talent (chers amis de Gallimard-Jeunesse, pour « l’écriture nouvelle et captivante », on repassera, merci) par un auteur qui n’apporte rien de neuf au genre de la dystopie, animés par des personnages épais comme des pitchs de Luc Besson, dans un roman qui se lit vite parce qu’il enchaîne les scènes trépidantes, et c’est là sa qualité première. La seule, à mon avis.

Ce qui m’embête le plus, en fait, c’est que Stone Rider s’est vu récemment décerner la Pépite du Roman Ado au Salon de la littérature jeunesse de Montreuil. Quand on se rappelle que, l’année dernière, le lauréat était le fabuleux Livre de Perle de Timothée de Fombelle, on est en droit de se demander si, cette année, les membres du jury ne songeaient pas trop à l’otite de la petite dernière ou à la quiche courgettes-oignons du déjeuner au moment de passer au vote. Parce qu’il y avait beaucoup, beaucoup mieux en compétition…

Stone Rider, de David Hofmeyr
(traduit de l’anglais par Alice Marchand)
Éditions Gallimard-Jeunesse, 2015
ISBN 9782070666751
320 p., 15€


Tant que nous sommes vivants, d’Anne-Laure Bondoux

Signé Bookfalo Kill

S’il y a bien un domaine où les romanciers français savent assumer leur imagination sans rien céder à l’élégance et à la puissance de leur style, c’est dans la littérature pour ados. Timothée de Fombelle, Jean-Claude Mourlevat sont des grands noms du genre, Anne-Laure Bondoux en est un autre (pour ceux qui en doutent, lisez son grand oeuvre, Les larmes de l’assassin) et le prouve une fois de plus avec son magnifique nouveau roman.

Bondoux - Tant que nous sommes vivantsPas facile d’ailleurs de résumer Tant que nous sommes vivants sans aller trop loin dans son histoire. Disons que tout commence le jour où Hama, fille de la Ville, rencontre Bo, un étranger qui vient de s’y installer. A l’heure du changement d’équipe, ils se croisent à l’Usine, gigantesque complexe de fabrication de matériel de guerre qui constitue le poumon économique de la ville. C’est le coup de foudre, la valse d’amour étourdissant les jeunes gens comme leurs proches, qui ne sont plus habitués à tant de bonheur dans une cité qui se meurt doucement.
Mais une terrible catastrophe survient, coup de poignard dans l’insouciance de Bo et Hama comme dans ce qu’il restait de paix dans l’esprit des citadins. Contraints de prendre la fuite, les amoureux se lancent alors dans des aventures où les rejoindra bientôt Tsell, leur fille…

Quelle merveille, mais quelle merveille ! Pour imaginer tout ce que recèle encore Tant que nous sommes vivants, jetez un coup d’œil à sa superbe couverture signée Hélène Druvert. Elle capte quelques-uns des nombreux épisodes qui jalonnent le parcours de Bo et Hama, puis de Tsell. J’adorerais vous en raconter certains ici, mais je ne le ferais pas aussi bien qu’Anne-Laure Bondoux, et ce ne serait rendre justice ni à son imagination débordante, ni à son écriture, ciselée, émouvante, pleine de force et de passion.

Des rencontres insolites, des personnages drôles et attachants (la tribu de la famille souterraine, dont les membres sont prénommés de Un à Dix-Neuf… non, je n’en dis pas plus !!!), des décors superbes, des histoires d’amour étourdissantes, de la lumière et des ombres, des animaux, la vie, la mort, la guerre, le bonheur et le chagrin… Tout est réuni, là, dans ce seul roman dont chaque chapitre porte en son titre une notion et son contraire, pour dire à quel point l’existence est faite de contrastes, d’oppositions, de possibles et d’impossibles. Et que c’est entre ces frontières que l’on peut trouver son propre chemin, à condition d’en avoir la force et la volonté.

Un bijou d’émotion et de poésie, d’aventure et d’humour, de tendresse et de tristesse… Une pure merveille, je vous dis ! A partir de 13 ans, et bien au-delà.

Tant que nous sommes vivants, d’Anne-Laure Bondoux
  Éditions Gallimard-Jeunesse, 2014
ISBN 978-2-07-065379-9
304 p., 15€


Romance de Blexbolex

blexRomance est un petit bouquin par sa taille, mais grand par son épaisseur. Le graphisme me rappelle quelque chose… Il s’agit de l’Imagier des gens, et Les saisons, les précédents ouvrages de l’auteur. L’histoire est plutôt sympathique, puisque c’est au lecteur de l’inventer. Tous les jours, un enfant rentre de l’école et découvre que son monde devient de plus en plus grand. Pour rentrer de l’école, au début, il n’y a que le chemin, la route, puis la maison. Mais chaque jour, de nouveaux éléments apparaissent. Jusqu’à faire apparaître sorcière, reine et farfadet.

Le concept est intéressant. Une image, un mot, à l’enfant de deviner et inventer l’histoire qu’il veut. Parfois même, il y a juste une image, pas de mot. Les chapitres s’étoffent de jour en jour et l’Oulipo n’est plus très loin. D’abord 3 images, puis 5, puis 9, etc… en ajoutant à chaque fois un multiple de 2.

En cela, j’ai aimé l’ouvrage. Mais je n’aime pas du tout le graphisme. Les couleurs choisies, pour ces sérigraphies, sonnent très old school et même si le vintage est à la mode, ces images me semblent d’un autre monde. Cependant, je conçois parfaitement que cela fasse un tabac auprès des petits. A vous de voir si vous aimez ou pas!

Romance de Blexbolex
Editions Albin Michel Jeunesse, 2013
9782226242341
280p., 15€

Un article de Clarice Darling.


Plus jamais sans elle, de Mikaël Ollivier

Signé Bookfalo Kill

Lorsque son père lui demande ce qu’il veut pour ses dix-huit ans, Alan répond spontanément : « ma mère ». Sa mère, cette femme qu’il n’a jamais connu, dont il ne sait rien, secret le mieux gardé de son père Mathias. Par amour pour son fils, celui-ci accepte de lui laisser la chance de lever lui-même le voile sur ce secret et lui offre un billet pour Londres, où vit Ellen.
Ne sachant rien d’elle, Alan ne s’attendait à rien de précis au sujet de sa mère. Mais il n’imaginait sûrement pas qu’avec elle, il se retrouverait traqué par une armée de tueurs furieux au fin fond de la Bulgarie, tout ça parce qu’elle exerçait un métier mystérieux, fait de poursuites, de violence et de sombres complots…

Très bon auteur de polars psychologiques pour adultes, Mikaël Ollivier excelle aussi dans les romans pour la jeunesse. Le voici qui associe ses deux casquettes dans un thriller intimiste pour ados tout simplement formidable, sans doute l’une de ses plus belles oeuvres.
Plus jamais sans elle est un « page-turner » d’une efficacité redoutable : chapitres courts, action échevelée, suspense sans cesse renouvelée, rebondissements bien trouvés, seconds rôles bien campés, méchants redoutables, héros pleins de ressources sans tomber dans la caricature de James Bond… Jamais Ollivier n’a été aussi implacable dans ce registre.
 L’alternance de narrateur à chaque chapitre – un coup Alan, un coup Ellen – y est aussi pour beaucoup, nous faisant vivre les mêmes actions de deux points de vue différents, parfois opposés mais toujours complémentaires.

C’est aussi grâce à cette alternance que Mikaël Ollivier développe au plus juste la psychologie de ses personnages principaux, et parvient à assurer l’équilibre entre action et profondeur qui distingue les bons thrillers des moyens aussitôt lus aussitôt oubliés. Sans cela, cette histoire de retrouvailles entre un fils et sa mère aurait sans doute été banale. Là, chaque moment partagé, que ce soit dans la tendresse (souvent réfrénée, toujours pudique) ou dans la violence, dégage une intensité phénoménale.
En eux-mêmes, les personnages sont de toute façon remarquables, tout en restant crédibles malgré le caractère hors normes de l’histoire qui les lie : Ellen, femme libre, accro à l’adrénaline, incapable de vivre autrement que dans la tension et le mouvement ; Alan, adolescent curieux, intelligent, doté d’une grande capacité d’adaptation et d’apprentissage ; et Mathias, père étonnant, plein de ressources et d’inattendus.On y croit, on les aime, on tremble pour eux, comme s’ils étaient nos proches.

Plus jamais sans elle est donc une réussite totale, un roman captivant dès les premières lignes, impossible à lâcher jusqu’aux dernières, tout en étant émouvant et d’une grande justesse. Hautement addictif à partir de 12 ans.

Plus jamais sans elle, de Mikaël Ollivier
Éditions Seuil Jeunesse, 2012
ISBN  978-2-02-107638-7
300 p., 17€


Holmes (1854 / 1891 ?), de Cecil & Brunschwig

Signé Bookfalo Kill

Quatre ans. C’est le temps que les fans auront dû patienter avant de pouvoir enfin plonger dans Holmes (1854 / 1891 ?) tome 3 : L’Ombre du doute – alors que deux ans avaient déjà séparé la parution des deux premiers volumes.
Quatre ans, c’est un délai inouï dans le monde de la B.D. où les volumes s’enchaînent, où les séries se multiplient – voire se démultiplient dans des séries dérivées apparemment sans fin, et parfois sans but réel… Mais c’est que Holmes est elle-même une merveilleuse rareté. Cela mérite bien d’être patient !

Avant tout, un petit rappel des faits…

TOME 1 : L’ADIEU A BAKER STREET
Mai 1891. Quelques jours après la mort de Holmes, le docteur Watson, ami, auxiliaire d’investigation et biographe du célèbre détective, achève d’écrire le récit de sa dernière aventure, ponctuée par sa mort et celle du professeur Moriarty aux chutes de Reichenbach. Mais différentes révélations inattendues, orchestrées notamment par Mycroft, le propre frère de Sherlock, en empêchent la publication, et poussent Watson à s’interroger sur son ami. Le connaissait-il vraiment ? Qui était vraiment Moriarty – et celui-ci est-il seulement mort avec Holmes ?

TOME 2 : LES LIENS DU SANG
Soucieux d’en savoir plus, Watson, sa femme et Wiggins (ancien membre des Irréguliers de Baker Street, une bande de gamins des rues donnant parfois un coup de main à Holmes dans ses investigations) rendent visite à Siger Holmes, le père de Sherlock. Placé sous la coupe d’une gouvernante intraitable à jambe de bois, le vieillard sénile est inaccessible, et en apprendre plus sur la jeunesse du détective nécessitera aux enquêteurs quelques efforts parfois peu légaux…

TOME 3 : L’OMBRE DU DOUTE
Tandis que Watson et sa femme partent en France, à la recherche de la nourrice de Sherlock, Wiggins s’intéresse à un certain docteur Dudley Parks, susceptible de le renseigner sur l’étrange gouvernante de Siger Holmes. Mais le médecin est un drôle de personnage, et Wiggins se retrouve malgré lui mêlé à un violent combat de rue en plein Whitechapel, provoqué par Parks. Un combat de rue dans l’ombre duquel traîne un certain Mycroft Holmes…

Soyons honnêtes, on tombe rarement sur des bandes dessinées aussi riches, aussi classes, aussi somptueuses et aussi intelligentes. Tout y est parfait !
Le dessin de Cecil d’abord, jouant sur les nuances de gris, d’une précision sidérante dans les détails, créant ici de véritables tableaux, animant là des scènes de foule extraordinaires (voir, dans le tome 3, la fameuse séquence de bataille de rue que l’on lit en immersion, littéralement englouti par le chaos de la bagarre !)
Voyez, pour vous en convaincre, cette planche tirée de L’Ombre du doute, relatant l’arrivée de Watson et sa femme à Bordeaux :

Le scénario de Luc Brunschwig ensuite, qui s’empare avec sérieux du mythe littéraire pour en tirer de nouvelles propositions, de nouvelles idées ; qui exploitent ses zones d’ombre (le passé de Sherlock, très mystérieux dans l’œuvre de Doyle) pour en tirer une source d’inspiration apparemment inépuisable. Un projet tout entier contenu dans le sous-titre énigmatique de la série, depuis la date de naissance, méconnue, de Sherlock – qui renvoie à son enfance – jusqu’à la date hypothétique de sa mort.
Tout y est crédible, respectueux de l’œuvre originale tout en étant innovant.

La combinaison des deux auteurs enfin, qui n’hésitent pas à commencer le tome 2 par un long flashback ou le tome 3 par une superbe séquence onirique qui « ressuscite » Holmes, pour mieux nous entraîner dans les méandres d’une histoire que l’on comprend de plus en plus complexe au fil des planches.

D’ailleurs – et c’est un peu la mauvaise nouvelle -, Brunschwig et Cecil ont apparemment prévu neuf volumes au total pour dévoiler l’ensemble du mystère. Espérons donc qu’ils sauront accélérer un peu le rythme, sans rien perdre de la qualité de leur travail bien sûr, afin de nous permettre de lire l’intégralité de cette formidable série avant la maison de retraite !

Holmes (1854 / 1891 ?), de Cecil (dessin) & Brunshwig (scénario)
Éditions Futuropolis
Tome 1 : L’Adieu à Baker Street, 2006.
978-2-7548-0048-8, 11,20€
Tome 2 : Les liens du sang, 2008.
978-2-7548-0046-4, 11,20€
Tome 3 : L’Ombre du doute, 2012.
978-2-7548-0247-5, 13,50€


Spiral, de Paul Halter

Signé Bookfalo Kill

Au lieu du stage de voile qu’elle attendait avec impatience, Mélanie, seize ans, se voit offrir de drôles de vacances d’été : quinze jours dans le manoir perdu en pleine lande bretonne de son oncle Jerry, un homme fantasque dont elle garde d’inquiétants souvenirs d’enfance – liés surtout à la tour sinistre qui flanque la bâtisse, et au sommet de laquelle elle avait dormi, fillette, avec pour seuls compagnons les craquements sinistres de la vieille demeure et le hurlement du vent…
Arrivée sur place, privée de réseau téléphonique et de connexion Internet, la jeune fille envoie, jour après jour, des lettres à son petit ami Quentin, afin de lui raconter son séjour. Et ce dernier, avec les étranges visiteurs de l’oncle Jerry et l’ombre menaçante d’un étrangleur sévissant dans les environs, n’a rien d’idyllique…

Ah ! Ca fait plaisir de relire un bon vieux Club des Cinq !!!
…Non, bon, d’accord, pas de chien Dagobert dans ce roman, ni de héros prénommés Claude, François, Mick et Annie. Quentin et Mélanie sont des jeunes gens d’aujourd’hui, pour qui la survie passe par leur ordinateur et surtout leur téléphone portable. Pourtant, par son style vieillot et ses références – manoir maudit, héros intrépides et seconds rôles plus archétypaux tu meurs, crime mystérieux en chambre close -, Paul Halter joue plus dans la cour d’Enid Blyton ou Georges Chaulet que dans celle de Jean-Claude Mourlevat ou J.K. Rowling. D’ailleurs, priver ses personnages de leurs moyens de communication modernes pour les obliger à s’écrire et à se lire (mon Dieu, quelle horreur !) participe sans aucun doute de ce parti pris, même s’il ne faut y voir aucun message moralisateur.

C’est mignon, suranné, plein de bons sentiments et d’une naïveté confondante, sans doute assumée si j’en juge par la référence au Cluedo. L’esprit de ce jeu aussi mythique que gentillet résonne en effet franchement sous les hauts plafonds du manoir de l’oncle Jerry. D’ailleurs, il y a même un colonel ! Même s’il ne s’appelle pas Moutarde…
Si l’on ajoute la présence d’un autre personnage du nom de Robert (dit Bill) Morane, référence à peine masquée à un autre héros désuet des années de jeunesse de l’auteur, Bob Morane, on sent que Paul Halter a avant tout voulu s’amuser et se faire plaisir, sans chercher à révolutionner le genre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Je pinaille, il n’empêche que Spiral se lit facilement. Et je suis bien obligé de reconnaître que je n’ai plus dix ans, et que je ne sais sans doute plus ce que je pourrais aimer lire si j’avais cet âge désormais lointain… Au moins, voilà un roman policier à la naphtaline qui contentera les grands-mères en quête de lectures respectables pour leurs petits-enfants (au diable, les vampires, sorciers et chats qui parlent !!!) : gentillet, qui ne fait pas trop peur et se termine bien.

On se demandera juste s’il est à sa place au sein de la nouvelle collection Thriller des éditions Rageot, car on est plus près de se servir une tasse de thé, les pieds au chaud dans ses pantoufles, que d’avoir la sueur au front et le palpitant à 180 pulsations minute… Mais là encore, je pinaille !

A partir de 10 ans.

Spiral, de Paul Halter
Éditions Rageot, collection Thriller, 2012
ISBN 978-2-7002-3618-7
234 p., 9,90€