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J’irai tuer pour vous

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1985, Paris est frappé par des attentats comme le pays en a rarement connu.
Dans ce contexte, Marc Masson, un déserteur parti à l’aventure en Amérique du Sud, est soudain rattrapé par la France. Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État.
Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne… Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ? Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ?


En un mot :
létal


Je vous ai laissé dernièrement sur la petite déception causée par Le Loup des Cordeliers, le dernier roman en date d’Henri Loevenbruck. Il me semble donc indispensable de rééquilibrer la balance en évoquant son livre précédent, J’irai tuer pour vous. Peut-être son meilleur à ce jour, pour moi ; en tout cas, c’est sûrement mon préféré du romancier.

loevenbruckSi je devais marquer la partition de J’irai tuer pour vous d’un léger bémol, ce serait en raison de son titre, qui peut paraître soit facile, soit voyeur, soit un peu putassier dans le genre Michel Bussi. À première vue en tout cas. Ce titre, pourtant, a le mérite de résumer parfaitement le propos du livre : c’est l’histoire d’un homme qui va apprendre à tuer pour nous. Oui, nous, le peuple de France. Nous, les citoyens aux vies ordinaires, loin des arcanes complexes de la politique, inconscients des enjeux monumentaux auxquels sont parfois confrontés les tenants du pouvoir, et surtout leurs serviteurs de l’ombre.

J’irai tuer pour vous, c’est donc l’histoire d’un de ces hommes d’action, bras armés de l’État qui ne sont tout simplement pas censés exister. C’est surtout une histoire vraie. Marc Masson a véritablement existé, et vécu cette vie invraisemblable que nous rapporte Henri Loevenbruck avec une empathie et une profondeur qui invitent à admirer cet homme, pour son courage, sa capacité à agir, mais également pour sa capacité à s’interroger sur le sens de sa mission, ou encore ses zones d’ombre et fêlures, nombreuses – il en faut pour accepter de vivre une existence pareille.

Si Loevenbruck rend aussi bien justice à Marc Masson (dont ce n’est évidemment pas le véritable nom), c’est qu’il l’a connu. Il fut l’un de ses amis, avant même de connaître ce pan caché de sa vie. C’est donc avec sincérité qu’il s’empare de son parcours, et avec un luxe de détails et d’informations qu’il nous propose de plonger dans les méandres des années 1985-88. Les otages français au Liban, la guerre, les attentats en France, les manœuvres politiques insensées, la cohabitation Mitterrand-Chirac : tout y est, et plus encore.

pasquachiracLes acteurs réels de l’époque y jouent leur propre rôle avec conviction. Les politiques redoublent de rouerie, n’oubliant jamais leurs propres intérêts – dans ce registre, Charles Pasqua est évidemment inimitable ; personnage romanesque dans la vie, il adopte avec naturel son habit de fiction sous la plume d’un Loevenbruck qui a dû
se régaler avec un tel caractère. Plus risqué, le romancier se glisse également au côté des otages : Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat, puis l’équipe d’Antenne 2 (Philippe Rochot, Jean-Louis Normandin, Georges Hansen et Aurel Cornéa). Avec dignité et empathie, il donne à voir leur quotidien, fait résonner leurs angoisses, leurs interrogations, leurs espoirs aussi. Sans jamais aucune fausse note.

On sent que son expérience a permis à Henri Loevenbruck de maîtriser à la perfection cette histoire complexe, et de s’y investir corps et âme. Formellement, J’irai tuer pour vous est un thriller implacable, enchaînement de chapitres courts qui varient les points de vue, passant de Marc Masson – colonne vertébrale du récit – à la sphère politique ou au cachot des otages avec une fluidité éblouissante. Surtout, le roman vibre de justesse, et joue d’une vaste gamme d’émotions en évitant les pièges du pathos, du jugement politique ou du manichéisme.

Grand polar politique et humain, qui brise les frontières du genre en s’emparant du monde dans toute sa complexité, J’irai tuer pour vous est l’un des thrillers français incontournables de ces dernières années. Il est paru en poche en fin d’année dernière : raison de plus pour ne pas le manquer.


Nombreux ont été ceux qui ont dit tout le bien qu’ils pensaient de ce roman formidable ! En vrac : Émotions – Blog Littéraire de l’ami Yvan, Livres à profusion, Mon féérique blog littéraire de Stelphique, Un bouquin sinon rien


L’Appât

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Meurtre sensationnel à New York : un cadavre atrocement mutilé est suspendu entre les piles du pont de Brooklyn.
Plus incroyable encore, le corps de son meurtrier gît à ses pieds.
Sur le corps de la victime, un mot : « APPÂT ».
Sur le corps du meurtrier, un mot : « MARIONNETTE ».
Un dernier détail, et non des moindres : la victime s’appelle William Fawkes.
Il n’en faut pas plus aux agents du F.B.I. Eliot Curtis et Damien Rouche, chargés de l’enquête, pour prendre contact avec Emily Baxter, devenue inspectrice principale à New Scotland Yard après l’affaire Ragdoll.
Et découvrir que tout ceci n’est que le début d’une nouvelle longue série…


Comme je le disais dans mon article précédent, L’Appât est la suite directe de Ragdoll. Les deux romans sont étroitement liés, interdépendants, tout comme l’est le troisième, Les Loups. Impossible donc de ne pas avoir lu le premier opus, auquel sont faits de nombreux renvois, avant d’attaquer celui-ci.

Ceci mis à part, encore une fois, quel pied !
Pourtant, je m’attendais à être déçu, ou au moins pas convaincu par cette suite. Avoir adoré Ragdoll m’avait tant surpris que j’imaginais mal reprendre un plaisir similaire. Pour moi, aimer Ragdoll était une aberration personnelle, étant donné le mal que j’ai maintenant à apprécier les thrillers purs et durs.
Mais quand c’est bien fait, comment résister ? C’est exactement le petit miracle que Daniel Cole est parvenu à reproduire avec L’Appât. Le scénario est pourtant encore plus aberrant que celui de Ragdoll, le tempo encore plus échevelé, l’esprit criminel à la manœuvre encore plus dingue – à un point, évidemment, où l’on quitte allègrement les rives du vraisemblable en plusieurs moments du roman.

Hé bien, malgré cette restriction qui aurait dû constituer un défaut majeur pour moi, je crois que j’ai encore plus aimé L’Appât que Ragdoll. Aberrant, je vous dis !
Mais Daniel Cole est follement doué, tout simplement. Maître du rythme, distillateur de rebondissements insoutenables, concepteur de scènes hallucinantes, extrêmement visuelles, le jeune romancier m’a baladé dans tous les coins de son intrigue sans que je trouve seulement le temps de me poser pour protester.

Du côté des personnages, William Fawkes ayant disparu de la circulation depuis la fin de Ragdoll, j’ai aimé suivre la redoutable Emily Baxter en première ligne, ambivalente, parfois exaspérante, et pourtant follement attachante. Edmunds, toujours aussi juste, mériterait davantage d’espace. Quant aux petits nouveaux, notamment les Américains, ils apportent leur mélodie personnelle sans fausse note – avec une mention spéciale pour Damien Rouche, dont le côté décalé et lunaire apporte un contrepoint efficace à Baxter.

Bref, j’ai encore couru comme un lapin, j’ai adoré ça, et je persiste à recommander l’ami Daniel Cole avec le plus grand enthousiasme. En attendant de lire Les Loups, dont je n’ai fait que commencer les premières pages par manque de temps jusqu’à présent… Verdict final dans quelque temps, donc !


Ragdoll

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Un cadavre, six morts.
Non content d’avoir assassiné six personnes non identifiées, un psychopathe particulièrement allumé s’est donné la peine de coudre ensemble différentes parties de leurs corps pour n’en former qu’un seul. Une macabre poupée de chair qu’il a ensuite suspendue derrière la baie vitrée d’un appartement, le doigt tendu vers l’immeuble d’en face.
Ou, pour être plus précis, vers l’appartement de l’inspecteur William « Wolf » Fawkes.
« Wolf » n’en demandait pas tant. Il reprend tout juste du service au Metropolitan Police Service de Londres, après avoir sévèrement pété les plombs quelques mois plus tôt à la fin d’une autre affaire effroyable, craquage en règle qui lui a valu un bref enfermement en hôpital psychiatrique. Autant dire qu’il n’avait pas besoin de replonger aussi vite dans le sordide intégral.
Et encore moins besoin que le tueur, fin manipulateur, envoie à son ex-femme, journaliste de son état, une liste de six noms escortés de six dates annonçant le jour de leur mort. Surtout qu’il connaît très bien le dernier nom de la liste.
C’est le sien…


Daniel ColeJe serais tenté de m’exclamer « Quelle tuerie ! » au sujet de ce premier roman spectaculaire, mais étant donné le nombre de cadavres qui s’y accumulent, j’ai peur de tomber dans la mauvaise blague.
Néanmoins, cela faisait longtemps qu’un thriller ne m’avait pas embarqué avec autant de conviction, d’énergie et de savoir-faire. Pourtant, le résumé pourrait effrayer. Pas parce que l’histoire fait peur, mais parce que cette accumulation de violence, de folie et de vice semble un poil exagérée.
De fait, elle l’est. Ragdoll n’est pas le genre de polar que l’on lit pour son réalisme. C’est un thriller « hénaurme », conçu pour être haletant, inlâchable, étourdissant. Plus c’est dingue, mieux c’est. Il faut garder en tête cette règle du jeu – parce que c’est un jeu, un jeu littéraire – et l’accepter sans condition, sous peine de ne pas adhérer à la mécanique du livre.

La comparaison avec le film Seven, de David Fincher, est un peu facile ; je me dois pourtant de la faire, car Ragdoll chasse sur ces terres-là. Atmosphère lourde, crimes terrifiants, esprit criminel virtuose, indices et fausses pistes se mêlant à l’envi, flics tenaces : tous les ingrédients sont réunis. Et drôlement bien agencés, au rythme d’un thriller qui ne laisse aucun répit au lecteur, tout en le soulageant grâce à une savante distillation d’humour (souvent noir), et à des personnages formidablement campés.
londonpoliceAutour de Wolf, archétype de flic fracassé de partout, forcément divorcé, les acteurs de ce drame sous haute tension ont le temps de creuser leur sillon. De Baxter, l’adjointe bravache et douée, à Edmunds, l’intello parachuté à la Criminelle, en passant par Andrea, la fameuse ex journaliste de Wolf, tous ont de l’épaisseur, et donnent envie de les suivre. Règle sine qua non de ce genre de livre : si on ne croit pas aux personnages, à leur humanité, tout le reste devient ridicule. Ce sont eux qui composent l’architecture invisible du thriller. Eux, qui nous font accepter l’improbable, et suivre l’enquête jusqu’au bout sans tergiverser.

En fait de comparaison, tiens, j’y pense : on pourrait plutôt citer l’excellente série de la BBC Luther (au moins les deux premières saisons), qui se rapproche plus encore de Ragdoll que Seven. Le Luther incarné par Idriss Elba constituerait une équipe de choc (mais totalement ingérable) avec Wolf. Et Londres, dans la série comme dans le roman, s’avère un formidable terrain de jeu (hé oui, le jeu, encore) pour un thriller à l’ambiance crépusculaire.

L'appât GFSeul petit bémol, si l’on doit en mentionner un : la fin de Ragdoll annonce une suite, car c’est ainsi, en trilogie, que Daniel Cole a conçu son œuvre. Pour ne pas finir frustré, il faut donc se ruer sur L’Appât puis sur Les Loups, deuxième et troisième volets de cette histoire.
Évidemment, on en recause très vite.


Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon

Le choix du titre figure parmi les étapes les plus importantes et les plus délicates dans l’écriture d’un livre. Parfois il peine à se dégager, à sortir du lot ou à épouser le contenu du récit. En d’autres occasions il s’impose en toute évidence. C’est le cas pour le nouveau roman de Dan Chaon, que ce soit en anglais (Ill Will, qui signifie à la fois « mauvaise volonté » et, dans un emploi plus rare, « malveillance ») ou en français, où il exprime à merveille, par son oxymore subtil, le caractère insidieux, presque délicat, du mal tel qu’il est cerné par l’écrivain américain.

Chaon - Une douce lueur de malveillanceNous voici avec Dustin Tillman, psychologue de son état du côté de Cleveland. Un métier qui devrait assurer une certaine assise au monsieur – mais que nenni. D’abord parce que Dustin a vécu dans son enfance l’un des drames les plus terribles qui soient : alors qu’il avait treize ans, il a découvert un matin d’été les cadavres de ses parents et de ses oncle et tante, massacrés dans leur maison pendant la nuit alors que lui-même et ses cousines adolescentes dormaient dans une caravane dans le jardin. Le genre de bagage mental qui reste lourd à porter durant toute sa vie, surtout quand on a accusé Rusty, son frère adoptif, du quadruple meurtre.
Trente ans ont passé et Dustin semble pourtant bien dans ses baskets. Marié à une femme qu’il adore, deux garçons grands ados qui mènent leur vie tranquillement, et un métier qui le passionne. Sauf qu’un jour, Kate, la cousine de Dustin, l’appelle pour lui apprendre que Rusty va sortir de prison. Innocenté par des tests ADN – la technologie d’aujourd’hui permet enfin de pallier la fragilité des seuls témoignages fournis alors par trois adolescents traumatisés.
Premier ébranlement. Que va faire Rusty ? Chercher à se venger ? Et si oui, quand ?
Dans le même temps, Dustin se laisse peu à peu contaminer par la force de conviction d’un de ses patients, Aqil, un policier suspendu de ses fonctions pour une raison qu’il ignore. Aqil prétend qu’un tueur en série particulièrement retors sévit en Ohio depuis des années, visant des étudiants ivres à la sortie des bars pour les kidnapper, leur faire subir Dieu sait quoi avant de les jeter dans la rivière la plus proche pour simuler une mort accidentelle par noyade. Si le propos de l’ancien policier semble d’abord l’œuvre d’un homme perturbé, son approche obsessionnelle des faits finit par intriguer Dustin, qui se lance dans une enquête nébuleuse avec son patient…

Ce résumé est très long, je m’en excuse. Il ne contient pourtant que les éléments de compréhension initiaux, essentiels à la mise en place de ce gros roman, dense, touffu, et terriblement envoûtant. D’emblée, en quelques chapitres percutants dont la brièveté harponne le lecteur, Dan Chaon campe le décor bleu nuit d’un drame à plusieurs strates qui va nous entraîner très loin dans la pénombre des âmes et des secrets morbides que recèlent les êtres humains.
Conçu comme un thriller, avec une montée en tension implacable, Une douce lueur de malveillance ne s’appuie sur une succession de faits remarquablement enchaînés que pour mieux plonger dans la psyché torturé de personnages qui ont tous quelque chose à cacher, à avouer ou à se faire pardonner ; tous, un poids terrible qui les entraîne par le fond pour les étouffer et les noyer dans leur malveillance ou dans celle des autres, même quand ils essaient de bien faire.

Multipliant les allers et retours dans le temps, les enchâssements vertigineux, les points de vue aussi, le roman s’appuie en outre sur un travail formel tout aussi insidieux que son propos pour perturber son lecteur. Dan Chaon glisse çà et là des blancs dans le texte, des espaces plus ou moins longs, escamote des mots, inachève des phrases. Une manière d’exprimer le chaos qui s’empare peu à peu de ses personnages, la difficulté qu’ils éprouvent à affronter leurs peurs, leurs inquiétudes ou leurs tourments, en étant incapables de les verbaliser.
Plus fort encore, le texte se scinde parfois, se fragmente en deux, trois, quatre colonnes simultanées. Les propos alors se percutent, se renvoient des échos troublants, mêlent plusieurs réflexions en formalisant le brouillard d’esprits incapables d’affronter de face ce qui les menace.

On pourrait croire que lire un roman aussi tordu pourrait constituer une épreuve. En dépit de sa dureté, de la douleur qui en irradie, il n’en est rien. Dan Chaon fait briller sa douce lueur de malveillance de mille feux fascinants, captant son lecteur pour ne le relâcher qu’à la fin, secoué mais conquis par ce voyage en eaux troubles qui, au bout du compte, pose autant de questions que de réponses.
Un grand roman américain qui sort du lot par son ambition formelle, son exigence et l’étendue de son propos. Pour moi, une révélation.

Une douce lueur de malveillance, de Dan Chaon
(Ill Will, traduit de l’américain par Hélène Fournier)
Éditions Albin Michel, 2018
ISBN 9782226398963
544 p., 24,50€


Monster, de Patrick Bauwen

Heureux mari et père d’un garçon, le docteur Paul Becker dirige un cabinet de soins d’urgence en Floride, auquel il consacre une grande partie de son temps. Un soir, son ami d’enfance Cameron Cole, par ailleurs policier, lui amène un patient menotté et lui demande de lui administrer quelques soins. Après une consultation houleuse et le départ des deux visiteurs tardifs, Becker se rend compte que le blessé a laissé derrière lui un téléphone portable.
Qui sonne.
Et Paul répond.
Il n’aurait pas dû.
Car, dès cet instant, sa vie va devenir une interminable descente aux enfers.

Bauwen - Monster - LGFLe cap du deuxième roman est parfois difficile à passer, surtout lorsque le premier a été remarqué et que l’attente est élevée. Patrick Bauwen ne semble pas s’en apercevoir, puisqu’il propose avec Monster un deuxième opus très réussi, plus nerveux et rapide à démarrer que L’Œil de Caine, et mené à un tempo infernal au rythme des mésaventures catastrophiques de son héros.
L’intrigue – dont je ne révélerai rien, bien entendu – est sans doute moins originale, plus attendue ; cela permet à Bauwen de se lâcher davantage en matière de tension nerveuse et de suspense insoutenable, jusqu’à frôler de temps à autre les limites du crédible. Mais dans ce genre du thriller qui privilégie les sensations fortes, certaines latitudes sont laissées à l’auteur de jouer avec le vraisemblable, du moment qu’il nous embarque au plus près de ses personnages.
Ce qui est le cas ici. On n’a pas du tout envie d’être à la place de Paul Becker – et encore moins de répondre à un téléphone inconnu, croyez-moi… Mais on est prêt à le suivre jusqu’au bout de ses ennuis, en priant à chaque page tournée de plus en plus vite pour qu’il s’en sorte, d’une manière ou d’une autre.

Bauwen - Monster - Albin MichelPour le reste, Bauwen inscrit à nouveau son histoire aux États-Unis, du côté cette fois de la Floride, dont les paysages singuliers offrent un cadre poisseux et inquiétant, tout à fait idéal au sujet de l’intrigue. A la fois fascinant, luxuriant et morbide, le cadre choisi par le romancier (et totalement maîtrisé par ailleurs, car Bauwen connaît bien les lieux pour y avoir vécu) sert de révélateur aux secrets sordides que le malheureux Paul Becker va devoir affronter.

Avec Monster, Patrick Bauwen prouve qu’il a parfaitement intégré les codes du thriller américain, dont il s’inspire à l’évidence (il ne se cache d’être fan d’un Harlan Coben par exemple), et signe un page-turner à l’efficacité redoutable. Il lui reste désormais à s’affranchir de ses modèles, et à s’investir de manière plus profonde et sensible dans ses histoires. Ce ne sera pas le cas dans le roman suivant, Seul à savoir, dont je garde un souvenir très mitigé et que je n’évoquerai donc pas ici. En revanche, dans les Fantômes d’Eden
On en cause demain !

Monster, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2010
ISBN 9782253128625
605 p., 8,10€

Première édition : Albin Michel, 2009
ISBN 9782226190604
574 p., 22,80€


L’œil de Caine, de Patrick Bauwen

L’Œil de Caine, c’est la nouvelle émission de télé-réalité de la reine du genre aux États-Unis, Hazel Caine. Le pitch du programme est très simple : dix candidats, chacun porteur d’un secret, vont être emmenés dans un lieu protégé, où ils devront identifier et dévoiler les cachotteries les uns des autres ; le vainqueur sera le dernier à garder son secret.
Problème : un invité mystère s’invite à la fête en détournant le bus et en l’échouant en plein milieu du désert du Nevada, dans un ancien village minier. Là, les dix candidats comprennent qu’ils vont autant devoir s’entraider que se méfier les uns des autres, car le but du jeu devient beaucoup plus clair, et plus terrifiant en même temps : c’est à la promesse d’un véritable jeu de massacre qu’ils vont devoir échapper…

Bauwen - L'Oeil de Caine - LGFJ’ai découvert Patrick Bauwen dès ce premier roman. A l’époque, je traînais régulièrement sur l’excellent site-forum Polars Pourpres, et Nico, webmaster et créateur des lieux, avait beaucoup fait pour soutenir la sortie de ce livre. Ayant confiance dans le goût très sûr du garçon en matière de thriller, je n’avais pas tardé à embarquer – et ne l’avais pas regretté.
(Donc, publiquement, merci Nico !)

Si L’Œil de Caine commence lentement, c’est pour mieux t’embarquer, mon enfant. Je me rappelle pourtant avoir été dubitatif à la lecture du début (disons les trente ou quarante premières pages) ; le style de Bauwen n’avait rien de transcendant, et la mise en place était fastidieuse. Introduire une bonne dizaine de personnages principaux induisait ce côté laborieux – rien à voir avec l’entrée en matière virtuose des Dix petits nègres d’Agatha Christie, référence absolue pour qui adopte ce genre de schéma narratif : un lieu clos ou réduit dont il est impossible de s’échapper, un groupe réduit de caractères, un secret pour chacun, et un tueur caché au milieu.
Dix petits nègres est du reste l’une des références assumées par un Bauwen sans complexe, tout comme la série Lost ou le film Identity. Aucune présomption de sa part, le romancier est tout simplement joueur, et reconnaissant envers toute œuvre susceptible de piquer son imagination.

Bauwen - L'Oeil de Caine - Albin MichelUne fois les éléments de l’intrigue mis en place, L’Œil de Caine se transforme en feu d’artifice. Suspense et tension ne faiblissent pas jusqu’au bout, conduisant le roman à un bouquet final qui en laissera plus d’un pantois. Je n’en dis évidemment pas plus…
Paru en 2007 chez Albin Michel, le premier livre de Patrick Bauwen propose aussi une réflexion prenante sur la télé-réalité, dont il dévoile les artifices et les excès, en imaginant certains bien avant que ces derniers deviennent la norme d’un genre télévisuel dont la seule solution pour se maintenir à l’antenne est de toujours repousser les limites du mauvais goût et de l’abrutissement intellectuel.

Perfectible sur le plan littéraire et narratif, mais d’une efficacité redoutable une fois la mise en place achevée, L’Œil de Caine lançait il y a un peu plus de dix ans la promesse Patrick Bauwen. Promesse tenue deux ans plus tard par Monster – on en parle demain !

L’Œil de Caine, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2008
ISBN 9782253123118
477 p., 8,10€

Première édition : Albin Michel, 2007
ISBN 9782226173737
485 p., 22,30€


La Nuit de l’Ogre, de Patrick Bauwen

Tout commence au petit matin suivant une nuit de garde aux urgences – une nuit sans urgences, précisément, ce qui contrarie beaucoup le docteur Chris Kovak, toujours prêt pour un rodéo d’adrénaline. En même temps, il suffit parfois de demander : alors qu’il s’apprête à quitter l’hôpital pour rentrer chez lui, une jeune femme monte dans sa voiture, tient quelques propos décousus le temps d’une brève balade dans les rues de Paris, puis quitte le véhicule aussi vite qu’elle est y montée… en oubliant derrière elle un sac. Et son contenu aussi inattendu que morbide.
Tu en voulais, de l’adrénaline, Kovak ? Hé ben voilà, tu es servi !

Bauwen - La nuit de l'ogreFranchement, je ne sais pas comment j’ai fait pour ne jamais vous parler sur ce blog de Patrick Bauwen. Non, vraiment, je ne comprends pas, alors que j’ai lu tous les livres de cet auteur et que, pour la plupart (exception faite sans doute de Seul à savoir), je les ai beaucoup aimés. Le summum à ce jour restant pour moi Les fantômes d’Eden, authentique pépite de suspense, de justesse et d’émotion qui…
Oui, bon, j’y reviendrai peut-être une autre fois, parce qu’on est là pour causer de La Nuit de l’Ogre, dernier paru de ce médecin urgentiste devenu au fil des années un patron du thriller français. Moins connu, mais pas moins talentueux (voire plus !) que ses illustres confrères Grangé, Chattam ou Thilliez.

La Nuit de l’Ogre fait donc indirectement suite au Jour du Chien, sorti l’année dernière. Indirectement, parce qu’il s’agit d’une nouvelle intrigue autonome, tout en y retrouvant son héros, le docteur Chris Kovak, ainsi que certains autres personnages – et, toujours à l’œuvre dans l’ombre, le terrible Chien déjà à la manœuvre dans le précédent opus. Bauwen étant aussi habile que malin, on peut lire les deux romans indépendamment, même s’il est recommandé, au moins pour le plaisir, de commencer par le Jour du Chien.

Ce qui lie aussi les deux romans, mais également tous les livres de Bauwen, c’est leur indéniable efficacité. Le thriller, Bauwen sait faire, et bien faire. Chapitres courts, style énergique, rebondissements et cliffhangers bien placés, sens du rythme, ruptures d’intrigue : tout y est pour les amateurs du genre. Avec en plus quelques pincées d’humour bienvenues, petit détail qui, à mon sens, fait se démarquer le garçon de ses pairs. Bauwen est là pour vous filer les chocottes, mais il le fait sans se prendre trop au sérieux ni plomber l’ambiance démesurément, en sachant relâcher la pression de temps à autre pour détendre le lecteur, et ajouter de précieux petits morceaux d’humanité dans des histoires par ailleurs bien glauques comme il faut.

Dans La Nuit de l’Ogre, Patrick Bauwen ajoute en outre un nouvel ingrédient qui pimente ce polar largement urbain et contemporain, à savoir un hommage à la littérature populaire, aux feuilletons à suspense tels que Les Mystères de Paris d’Eugène Sue ou les aventures de Fantômas de Souvestre & Allain. Sans rien vous dévoiler de l’intrigue, la figure de l’Ogre, avec son chapeau melon et sa redingote tout droit sortis de l’imagerie du XIXème siècle, hante littéralement les pages du roman, y laissant traîner une ombre dont on redoute (à raison) chaque apparition.

Bref, si vous êtes amateur de bons thrillers, notamment français, et que vous ne connaissez pas encore Patrick Bauwen, précipitez-vous, c’est du tout bon. Et si vous le connaissez déjà, n’hésitez pas. C’est du tout bon, on vous dit !

La Nuit de l’Ogre, de Patrick Bauwen
Éditions Albin Michel, 2018
ISBN 9782226436375
496 p., 22€


Zone 52, de Suzanne Stock

Signé Bookfalo Kill

Partie étudier à Chicago, loin de chez ses parents, Melissa Stacker travaille comme serveuse pour subvenir à ses besoins. Une nuit en sortant du boulot, elle est agressée par deux hommes dans un couloir glauque de la gare. En tentant de s’échapper, elle tombe  sous les rails – et voit le train engagé sur la voie dérailler brutalement juste devant elle, alors qu’elle s’attend horrifiée à mourir écrasée.
Un miracle ? Si l’on croit les hommes, apparemment mandatés par le gouvernement, qui surgissent soudain dans sa vie et tentent de l’enlever, ce qui s’est passé ne doit rien au hasard. Sans le savoir, Melissa est porteuse d’un secret extraordinaire – le genre de secret pour lequel des individus déterminés seraient prêts à tuer n’importe qui…

stock-zone-52En dépit de quelques fragilités stylistiques, le deuxième polar de Suzanne Stock, déjà remarquée pour Ne meurs pas sans moi, est un roman qui vaut le coup d’œil. La romancière a le sens du rythme et sait parfaitement emballer le tempo pour empêcher son lecteur de lâcher prise dès les premières lignes lues.
L’efficacité est le maître-mot de Zone 52, qui s’appuie par ailleurs sur une intrigue bien conçue (dont je n’ai pas dévoilé plus à dessein), pas forcément d’une originalité folle, mais dont Suzanne Stock a le bon sens de doser les effets et d’éviter les lourdeurs ou les démonstrations trop appuyées. Les rebondissements s’enchaînent avec fluidité, les révélations surgissent au compte-gouttes, et les personnages bien campés dans l’ensemble (même si certains, comme l’agent du FBI Jessie O’Malley, auraient mérité plus d’épaisseur) achèvent de dynamiser le récit.

Sans pouvoir vous en dire plus, et pour cause, j’ai surtout apprécié que Suzanne Stock aille au bout de son histoire sans facilité ni concession au polardement correct. Elle fait preuve en l’occurrence d’une audace à saluer – qui me pousse en outre à lui « pardonner » des dialogues parfois naïfs (elle use et abuse des points de suspension) et quelques séquences d’émotion à bon marché, notamment avec le personnage de Jay, petit garçon très mignon et un peu trop superficiellement tire-larmes à mon goût.

Avec Zone 52, Suzanne Stock démontre en tout cas un savoir-faire remarquable en matière de suspense, de construction et d’efficacité, qui me donne envie de revenir sur son premier roman à côté duquel j’étais passé. Un thriller prenant et de bonne facture !

Zone 52, de Suzanne Stock
Éditions le Passage, 2016
ISBN 978-2-84742-342-6
245 p., 18€


Cartel, de Don Winslow

Signé Bookfalo Kill

Les amateurs éclairés de thrillers géopolitiques ont probablement tous dans leur bibliothèque La Griffe du chien, roman-monstre qui fait référence dans le genre depuis plus de dix ans qu’il est sorti. Il est en outre considéré comme le chef d’œuvre incontestable de son auteur, l’Américain Don Winslow, qu’on n’a sans doute jamais vu aussi brillant et inspiré avant et après ce livre jusqu’à aujourd’hui.
Vous comprendrez que, dans un tel contexte, on puisse considérer la parution de sa suite, Cartel, comme le plus gros événement polar de cette rentrée 2016. Et que les attentes placées dans ce roman aient été énormes. A ce sujet, je mets tout de suite fin au suspense : Winslow a largement relevé le défi. Cartel est aussi puissant, vertigineux, soufflant, intelligent et effroyable que son prédécesseur.

Winslow - CartelPour mémoire, ou pour ceux qui ne l’ont pas lu, La Griffe du chien relatait la lutte sans merci sur une trentaine d’années entre Art Keller, un agent de la DEA, et les Barrera, famille mexicaine ayant révolutionné la structure du trafic de drogue dans leur pays pour amplifier la distribution aux États-Unis et s’inscrire dans le grand mouvement de la mondialisation, avec un réalisme économique porté par des méthodes ultra-violentes.
Dans Cartel (que l’on peut aborder sans avoir lu La Griffe…), on retrouve les deux principaux protagonistes. Art Keller vit désormais reclus dans un monastère où il essaie d’oublier qu’il a gâché sa vie à poursuivre pendant aussi longtemps Adan Barrera, désormais coincé derrière les barreaux grâce à lui. Mais Barrera s’échappe et, tout en réorganisant son cartel et en repensant son emprise sur le trafic de drogue au Mexique, il met à prix la tête de Keller, l’obligeant à reprendre la lutte.

Comme Freddy Michalsky avant lui, l’excellent traducteur Jean Esch a su restituer la langue sèche de Don Winslow et le rythme implacable que le romancier imprime au récit. Cartel est un roman impitoyable, qui ne laisse aucun répit au lecteur, plaqué au mur par tant de violence et de terrifiante clairvoyance. Autour de Keller et d’Adan Barrera gravitent des dizaines de personnages, trafiquants, narcos, flics et politiques joyeusement corrompus ou désespérément intègres, journalistes, victimes (plus ou moins) innocentes. Des gamins tueurs et des policiers jouisseurs, des psychopathes hallucinants et des héros du quotidien dont les pauvres moyens les destinent à devenir des Don Quichotte tout juste propres à être empalés sur les ailes de leurs moulins à vent.

« Le Mexique, patrie des pyramides et des palais, des déserts et des jungles, des montagnes et des plages, des marchés et des jardins, des boulevards et des rues pavées, des immenses esplanades et des cours cachées, est devenu un gigantesque abattoir.
Et tout ça pour quoi ?
Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer. » (p.375)

En ce début de XXIème siècle (le roman se déroule entre 2004 et 2014), rien n’aurait donc changé entre le Mexique et les États-Unis ? Non, tout est pire. C’est le constat lucide et affligeant que dresse Cartel, opéra de brutalité que Winslow a une nouvelle fois documenté à merveille, faisant le tour de la question, montrant les dégâts sociaux dans la société mexicaine, révélant les limites perpétuelles d’une lutte perdue d’avance par les rares bonnes âmes naïvement décidées à améliorer la situation.
Avec ses codes et ses bonnes manières, la loi est faible face à ceux qui jouent sans règle. Et le regard de Winslow porte bien sûr jusqu’à la sphère politique, les compromissions tactiques et les aveuglements stratégiques des États-Unis répondant à la corruption soigneusement stratifiée du pouvoir mexicain.

Cartel a eu un impact physique sur moi durant ma lecture. Entre l’asphyxie et le combat de boxe. Suspense parfaitement maîtrisé, mené à deux cents à l’heure, appuyé sur une structure complexe en raison de ses nombreux personnages suscitant un réseau nerveux d’intrigues complémentaires, ce polar éblouissant est une raclée nécessaire à encaisser. De celles qui font réfléchir et voir plus loin. Bien au-delà des approximations et simplifications d’un Donald Trump, par exemple. Et ça fait du bien.

Cartel, de Don Winslow
(The Cartel, traduit de l’américain par Jean Esch)
Éditions du Seuil, 2016
ISBN 978-2-02-121315-7
716 p., 23,50€


Mon Nom est N., de Robert Karjel

Signé Bookfalo Kill

Ancien agent de la Sûreté suédoise devenu garde du corps de la famille royale, Ernst Grip est expédié par son ancien chef aux États-Unis, où sa présence est requise en particulier. Pourquoi, par qui ? Baladé sans qu’on lui demande son avis jusque sur une île perdue en plein Océan Indien, Grip finit par avoir un élément de réponse : il doit déterminer si un homme détenu ici est ou non suédois. Ce qui n’explique pas pourquoi on l’a désigné, lui, pour cette mission.
Coincé entre Shauna Friedman, l’agente du FBI qui l’a amené là et semble jouer un drôle de jeu du chat et de la souris avec lui, et les geôliers taciturnes qui gardent le prisonnier, Grip comprend que le problème est bien plus vaste, et qu’il pourrait bien y jouer un rôle déterminant…

Karjel - Mon nom est NEn voilà un thriller qu’il est bon !!! Et qui sort opportunément juste avant l’été, où il pourrait faire merveille dans les sacs de voyage. Le romancier suédois Robert Karjel, dont c’est la première traduction en France, y démontre un art de la construction du récit tout simplement époustouflant. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas aussi bien fait balader dans une intrigue pourtant complexe et tortueuse à souhait, qui masque son jeu tout du long et oscille entre plusieurs registres avec talent : thriller géopolitique, histoire de gang, espionnage, suspense psychologique…

Pour tout vous dire, Mon Nom est N. m’a rapidement fait penser au film Usual Suspects. Parce qu’il raconte notamment l’histoire aussi tordue que jubilatoire d’une bande très organisée, montant un plan invraisemblable pour atteindre plusieurs objectifs en même temps – je ne vous en dis pas plus, ce serait criminel ! Parce qu’il y a un peu de Keyser Söze aussi – oui, mais qui ? Ah ah, à vous de lire… Et parce que, surtout, Karjel a su élaborer un récit à multiples ramifications dont l’atmosphère sombre, quoique non dénuée de malice à l’occasion, évoque souvent le film de Bryan Singer, avec ses personnages systématiquement ambigus, ses malfrats inquiétants, ses stratagèmes machiavéliques et ses retournements de situation inattendus.
Pour autant, que je ne vous induise pas en erreur, le romancier n’a pas cherché à produire un twist final renversant. C’est plutôt petit à petit que les masques tombent et que les surprises se produisent, sans estomaquer autant que l’identité de Keyser Söze (ce n’est pas le but recherché), mais avec un réel talent pour produire les bonnes révélations au bon moment.

Robert Karjel est un auteur patient qui sait ne pas rendre son lecteur impatient. S’il prend le temps de poser ses personnages, dont Ernst Grip, superbement construit, et de faire durer certaines séquences (notamment au début, en Thaïlande), c’est toujours par nécessité dramatique, certains éléments disséminés ici ou là prenant toute leur importance deux ou trois cents pages plus loin, sans que jamais le lecteur n’en ait perdu la trace.
Le roman monte ainsi en puissance sans en avoir l’air, et c’est de manière insidieuse qu’il devient addictif et haletant. Quatrième livre de Robert Karjel, paru en 2010 en Suède, Mon Nom est N. donne vraiment envie d’en découvrir davantage sur cet auteur habile, malin et intelligent, par ailleurs pilote d’hélicoptère dans l’Armée de l’Air suédoise. On espère qu’il se posera vite pour nous donner de ses nouvelles littéraires !

Mon Nom est N., de Robert Karjel
(De Redan Döda, traduit du suédois par Lucas Messmer)
Éditions Denoël, coll. Sueurs Froides, 2016
ISBN 978-2-207-12474-1
425 p., 20,90€


L’Archange du chaos, de Dominique Sylvain

Signé Bookfalo Kill

Je n’ai eu qu’une fois l’occasion de vous parler de Dominique Sylvain (l’année dernière, lors de la parution d’Ombres et soleil) ; mais d’une manière générale, c’est une romancière que j’apprécie depuis longtemps, pour son ton décalé, souvent plein d’humour, et ses univers singuliers, développés dans ses deux séries majeures, avec la détective Louise Morvan d’un côté, avec l’improbable duo Lola Jost-Ingrid Diesel d’un autre.

Sylvain - L'Archange du chaosAvec l’Archange du chaos, son opus 2015, la voici qui change radicalement de registre et de genre et, autant le dire tout de suite, c’est une bonne nouvelle. Pourtant, avec ce thriller sombre et nerveux, elle opte pour un schéma narratif plus classique, peut-être moins original, mais elle le maîtrise à merveille, faisant de ce nouveau polar un authentique page-turner que l’on ne peut s’empêcher de dévorer, de plus en plus vite, pour s’enfoncer dans les mystères sanglants d’une intrigue où se mêlent références historiques et mystiques.
Tout commence sur une scène de crime sordide, la cave d’un immeuble en construction en plein Paris où l’on retrouve le corps nu et atrocement torturé d’une jeune femme. La mise en scène laisse craindre, à raison, un tueur en série. Le commandant Bastien Carat est chargé de l’enquête, tandis qu’il doit composer avec une équipe fragilisée par la mise à pied récente d’un collègue brillant, mais coupable d’un dérapage alcoolique de trop, et l’arrivée en remplacement d’une jeune transfuge de la brigade financière, Franka Kehlmann…

Les personnages ont toujours été le point fort de Dominique Sylvain. On ne change pas une méthode gagnante, c’est encore le cas ici. Tandis que le récit file à un rythme soutenu, porté par un style asséché, puissant et rugueux, dans un Paris dont le décor est formidablement exploité, la romancière plante ses héros en quelques traits vifs, qu’elle arrondit de zones d’ombre judicieusement dévoilées au fil des pages. Carat, physique colossal aux failles inattendues, et Franka, tiraillée entre son frère photographe génial mais fantasque, son père ombrageux et envahissant, et le spectre du suicide de sa mère, forment le duo central du roman, où Dominique Sylvain, optant pour le réalisme, sonde avec talent les relations tortueuses entre les policiers et les juges, les rapports de hiérarchie compliqués, les jalousies et les trahisons, les espoirs et les chagrins d’une vie de flic de terrain.

S’il fallait évoquer un auteur en comparaison, je citerais volontiers Pierre Lemaitre et sa série des enquêtes de Camille Verhoeven. Comme lui, la romancière tient le choc de la noirceur jusqu’à la fin (qui laisse présager des suites douloureuses), sait surprendre le lecteur au moment où il s’y attend le moins, distille aussi des échappées plus légères, quelques touches d’humour pour ne pas nous asphyxier. Si le roman est rude et les meurtres cruels, jamais Dominique Sylvain n’en rajoute, ne cède à la surenchère gratuite, appuyant son intrigue sur des recherches impeccables dont elle dévoile les secrets avec un art consommé du suspense.

Bref, sous un titre peut-être anodin pour le genre, un peu trop « thriller français » à la Chattam ou Grangé (même s’il se justifie), ce changement de cap est une très belle réussite. A découvrir sans hésitation, en attendant une suite déjà prometteuse.

L’Archange du chaos, de Dominique Sylvain
Éditions Viviane Hamy, 2015
ISBN 978-2-87858-599-5
330 p., 18€


Le Chant du converti, de Sebastian Rotella

Signé Bookfalo Kill

Avez-vous déjà entendu parler du gangsterrorisme ? A moins d’être spécialement passionné par les questions de terrorisme international, sans doute que non. Hé bien, vous pouvez compter sur Sebastian Rotella pour vous captiver avec ce sujet au cœur du Chant du converti, son deuxième roman.

Rotella - Le Chant du convertiOn y retrouve Valentin Pescatore, l’ex-agent de la police frontalière américaine, rescapé de sa dangereuse mission d’infiltration et parti se mettre au vert à Buenos Aires. Il y officie en tant que détective privé dans l’agence de Facundo Hyman Bassat, et goûte à cette nouvelle vie plus paisible. Mais ce séjour idyllique prend fin lorsqu’il rencontre à l’aéroport Raymond, son ami d’enfance américain, qu’il avait perdu de vue lorsque ce dernier prenait le parti d’une vie de voyou chanteur peu recommandable.
Ces retrouvailles soi-disant hasardeuses chatouillent le sixième sens de Valentin – et il n’a pas tort. Lorsqu’un terrible attentat frappe quelques jours plus tard un centre commercial bondé, et que les ennuis tombent brusquement sur la tête du jeune détective, il se dit que le retour de Raymond la poisse n’y est sans doute pas pour rien…

Comme dans Triple Crossing, son excellent premier roman, Sebastian Rotella équilibre à la perfection suspense et documentation. Il gagne même ici en concision et en clarté, alors que les données qu’il manie au sujet de ce fameux gangsterrorisme sont plus complexes, impliquant des ramifications internationales plus vastes encore que celles évoquées dans son premier roman. Son style, épuré et fluide, se met au service d’une construction efficace que rythment des dialogues qui sonnent toujours juste, des séquences explicatives dynamiques et des scènes d’action ébouriffantes.

Le Chant du converti n’oublie ainsi jamais d’être un thriller hyper divertissant. On y voyage beaucoup, de l’Argentine à la jungle bolivienne la plus hostile, en passant par la France (longuement et en évitant tous les clichés américains sur nous… merci Sebastian !) et l’Irak.
Grande force de Triple Crossing, les personnages sont à nouveau superbement dessinés. Si l’on apprend à mieux connaître Valentin, déjà héros du précédent, on découvre autour de lui une formidable galerie de nouveaux caractères, dont John Le Carré ne renierait pas la solidité, la profondeur et l’ambivalence, à commencer par l’insaisissable Raymond, au coeur du livre ; mais aussi le spectaculaire Facundo ou la policière française Fatima Belhaj, et tous les autres, campés avec un soin humain très convaincant.

Amateurs de polars palpitants et exigeants, je vous le redis, Sebastian Rotella s’impose avec ce deuxième roman comme l’une des meilleures plumes du genre. En un mot comme en cent, je vous le conseille chaleureusement !

Le Chant du converti, de Sebastian Rotella
  Éditions Liana Levi, 2014
ISBN 978-2-86746-736-3
365 p., 20€


Ces lieux sont morts, de Patrick Graham

Signé Bookfalo Kill

Eric Searl, médecin au Good Samaritan Hospital de Los Angeles, est un spécialiste du coma. Dans sa branche, c’est même l’un des meilleurs, capable de ramener des victimes des plus profonds abîmes de l’esprit grâce à des techniques révolutionnaires à base de sensations sonores ou olfactives. Revers de la médaille, il a tendance à négliger ses proches. A la veille de Noël, c’est donc sans lui, retenu par une nouvelle patiente, que ses trois enfants et Rebecca, sa nouvelle compagne avec qui doit bientôt se marier, partent en voiture vers les Rocheuses.
Arrivée sur place, la famille de Searl est prise dans une violente tempête de neige, mais elle parvient tout de même à rallier son chalet. Alors que Rebecca et Eric discutent au téléphone, le médecin entend soudain des cris et des bruits effrayants, puis la voix d’un inconnu visiblement dingue remplace celle de sa compagne pour le menacer. Pour Searl, le cauchemar commence et va l’entraîner très loin…

Graham - Ces lieux sont mortsJ’aime bien les thrillers français. Il y a presque toujours un moment où le récit, jusqu’alors bien tenu, bascule dans le plus ou moins grand n’importe quoi. Chez Grangé, par exemple, c’est souvent à la fin. Dans le nouveau Patrick Graham, le dérapage a lieu au chapitre 15 (page 117 si vous voulez suivre). Paniqué par ce qu’il a entendu au téléphone, le courageux docteur Searl décide de voler au secours de sa famille – et quand je dis « voler », c’est à prendre au sens strict du terme : voilà notre héros qui monte en courant au sommet de son hôpital, grimpe dans le premier hélicoptère venu, se saisit tout naturellement des commandes et s’envole pour les Rocheuses, où il arrive à poser seul son engin au beau milieu d’une terrible tempête de neige et de grêle.

Là, je vous avoue que j’ai failli abandonner le bouquin. Après avoir longuement ricané, partagé entre incrédulité et dépit (le roman était plutôt prenant en dépit de quelques grosses ficelles psychologiques), j’ai décidé de continuer, surtout pour voir si cet exploit trouverait plus loin son explication. Bon, là-dessus, je vous tue le suspense : pas le moins du monde. J’aurais même supporté la révélation tardive d’un passé caché du héros, genre formation dans les services secrets à la Jason Bourne – mais même pas.
On peut me raconter beaucoup de choses, même les plus improbables, du moment que c’est crédible. La nuance peut sembler infime, elle est primordiale. Malheureusement, elle échappe à nombre de romanciers français, soucieux d’imiter les Américains, modèles évidents du genre, sans se rendre compte que ces derniers sont, eux, capables d’inventer des histoires délirantes sans que le lecteur songe une seconde à les remettre en cause. Pourquoi ? Aucune idée, mais le phénomène est assez fascinant.

A part ça, et mes réserves sont d’autant plus regrettables du coup, j’aurais plutôt envie de poser Ces lieux sont morts en haut du panier de la catégorie. L’écriture de Patrick Graham est soignée, évocatrice, ne cède pas trop à la facilité ni ne renonce aux descriptions nécessaires, sans pour autant tuer le rythme ; les chapitres courts sont au rendez-vous, les changements de points de vue également, qui assurent une lecture assidue. Les personnages sont plutôt attachants (mention spéciale à Crawley, formidable second rôle), l’intrigue tortueuse à souhait, et tout ce qui concerne le coma est remarquablement exploité, donnant lieu à quelques scènes très réussies, souvent émouvantes.

Bref, impression mitigée au final, et pas non plus un grand souvenir quelques jours après avoir fini de le lire. Mais les nombreux amateurs du genre en France, fans de Franck Thilliez notamment, devraient apprécier. En fait, je crois que ce n’est vraiment plus mon truc…

Ces lieux sont morts, de Patrick Graham
  Éditions Fleuve Noir, 2014
ISBN 978-2-265-09849-7
416 p., 20,90€


Un vent de cendres, de Sandrine Collette

Signé Bookfalo Kill

En début d’année dernière, le premier roman de Sandrine Collette, Des nœuds d’acier, m’avait mis une claque comme on n’en encaisse pas tous les jours (et tant mieux parce qu’on s’en lasserait vite). Alors, forcément, j’attendais beaucoup de son deuxième opus. Si l’impact n’est pas aussi fort, absence d’effet de surprise oblige, c’est néanmoins un bon thriller psychologique, à la noirceur assumée jusqu’au bout.

Collette - Un vent de cendresEn septembre, saison des vendanges, un groupe de jeunes gens se présente sur un domaine champenois pour mettre la main à la pâte durant une semaine de dur labeur, moyennant un petit salaire, pas mal de petits bobos et une ambiance conviviale. Parmi eux, la jolie Camille et son frère Malo. Très vite, pourtant, les choses se détraquent. Le maître des lieux, Octave, boiteux taciturne au visage lacéré par une vilaine cicatrice, ne cache pas sa fascination pour Camille ; un sentiment peu à peu partagé par la belle. Protecteur et troublé par un mauvais pressentiment, Malo tente de s’interposer.
Le troisième jour, au lendemain d’un violent accrochage, Malo disparaît. Camille s’inquiète aussitôt mais elle est la seule. Malo est-il vraiment parti sur un coup de tête, ou lui est-il arrivé quelque chose ?…

On pourrait dire d’Un vent de cendres que c’est un conte réaliste. Conte, parce qu’il s’agit d’une variation transparente sur la Belle et la Bête. Réaliste, parce que Sandrine Collette nourrit son histoire d’un luxe de détails sur le cadre de son histoire, la culture du raisin de Champagne et sa récolte… Elle utilise ce contexte avec précision, mais sans volonté de démonstration genre « j’ai bien appris ma leçon ».
Privilégier cet aspect quasi documentaire permet de mieux faire surgir, rampantes et insidieuses, presque surnaturelles, la menace et la peur, mais aussi les nombreux sentiments noués dans une intrigue de triangle passionnel finalement assez simple : amour, haine, jalousie, trouble, fascination, séduction, sensualité…

Dans ce quasi huis clos, la romancière crée une atmosphère de plus en plus pesante au fil des pages, alors que rien de spectaculaire ne se passe. C’est là sa très grande force, cette maîtrise totale du récit grâce à la maturité d’un style précis et dépouillé. On s’en rend à peine compte, mais la tension monte petit à petit, tandis que de sombres secrets émergent du passé et que la folie s’installe, menant à une conclusion cruelle, inexorable.
Léger bémol tout de même au sujet de cette fin, impressionnante, angoissante dans sa mise en scène, mais dont j’avais deviné la révélation la plus capitale (et je ne suis pas le seul). Malgré cela, j’ai pu me rendre compte, au fil de discussions avec d’autres lecteurs, qu’il restait une large place à l’interprétation, Sandrine Collette entretenant avec habileté un flou volontaire depuis le début du roman… A vous, donc, de vous faire votre opinion sur ce Vent de cendres qui divise ses lecteurs depuis sa parution. Un livre qui ne laisse pas indifférent, c’est déjà bon signe !

Un vent de cendres, de Sandrine Collette
  Éditions Denoël, coll. Sueurs Froides, 2014
ISBN 978-2-207-11736-1
260 p., 18€

P.S.: des avis différents, donc, sur ce roman… Si Démosthène le serial lecteur ou Pierre « Black Novel » Faverolle sont enthousiastes, c’est la déception chez Yvan « Gruznamur » du blog Emotions, ou chez Du bruit dans les oreilles, de la poussière dans les yeux.


Métropolis t.1, de Lehman, de Caneva & Martinos

Signé Bookfalo Kill

Voilà le genre de projet ambitieux qui me plaît beaucoup, mélangeant avec audace et adresse les genres, les époques et les références, pour un résultat qui mêle le tout en une superbe réinvention.

Lehman, de Caneva & Martinos - Métropolis t.1Le premier volume de Métropolis, série de bande dessinée annoncée en quatre tomes paraissant au rythme d’un par semestre, pose rapidement les bases d’un thriller uchronique : nous sommes en 1935, la Première Guerre mondiale n’a pas eu lieu ; au contraire, l’Europe vit en paix depuis soixante-dix ans. La France et l’Allemagne, ex-ennemis héréditaires, partagent le même territoire, l’Interland, dont Métropolis est la capitale, gigantesque ville sans cesse en mutation, faite de gratte-ciels, de bâtiments et de monuments vertigineux.
Au cœur de la foule insouciante, l’inspecteur Gabriel Faune est l’un des rares à suspecter que les choses ne sont pas aussi idylliques. Alors, quand un attentat aveugle frappe soudain la cité, il n’est guère surpris de découvrir la trace d’une violence souterraine et terrifiante, qui pourrait bien ébranler toutes les bases de la civilisation…

L’histoire en elle-même est séduisante, elle le devient d’autant plus lorsqu’on y voit apparaître nombre de personnages réels, tels Freud, Aristide Briand, Winston Churchill, Louise Brooks, ou fictionnels, dont Hans Beckert et le commissaire Lohmann lancé à ses trousses. Les références culturelles, notamment cinématographiques (M le Maudit donc, et bien sûr Métropolis de Fritz Lang), loin d’être des gadgets, nourrissent autant la trame que le cadre de l’histoire, donnant à la cité imaginée par Serge Lehman, dessinée par Stéphane de Caneva et colorisée par Dimitris Martinos, une apparence à la fois historique et moderne, entre l’intemporel et le futuriste, labyrinthe qui crève le ciel et trempe profondément ses racines dans un mal encore indéfini mais très inquiétant.

Seule petite réserve personnelle, si les teintes un peu froides ou pastel des couleurs m’ont beaucoup plu, j’ai trouvé l’expressivité des personnages parfois un peu limitées, notamment sur certains gros plans. Rien de choquant néanmoins, cela relève plutôt du détail et c’est une remarque totalement subjective, pas technique.
Pour le reste, le récit est porté par un dynamisme discret mais intelligent, qui transparaît dans les nombreuses variations sur la taille et la disposition des cases, allant de suites « classiques » (six cases carrées par page) à des doubles pages envahies par une seule image en passant par des diagonales ou le passage en grisé pour des cases de souvenirs aux bords estompés. Du mouvement sans tomber dans la frénésie : le récit prend son temps pour avancer et laisse toute leur place aux détails.

Ce premier tome ayant posé beaucoup de questions et s’achevant sur un cliffhanger intriguant, j’attends donc la suite avec impatience ! Sans parler d’une envie toute neuve de m’intéresser aux autres projets scénarisés par Lehman, notamment Masqué et la Brigade Chimérique… à suivre !

Métropolis t.1
Scénario : Serge Lehman / Dessin : Stéphane de Caneva
Couleurs : Dimitris Martinos / Couverture : Benjamin Carré
Éditions Delcourt, 2014
ISBN 978-2-7560-4024-0
96p., 15,95€


L’homme qui a vu l’homme, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

Début janvier 2009, Jokin Sasco disparaît brutalement de la circulation. En l’absence de toute nouvelle, les proches de ce militant basque finissent par convoquer la presse pour alerter les pouvoirs publics de cette situation pour le moins inquiétante. Présent à la conférence, Iban Urtiz, du journal local Lurrama, particulièrement touché par la détresse et la colère d’Etzia, la soeur du disparu, s’intéresse de près à cette histoire. Enquêter s’avère très difficile pour ce jeune reporter qui, s’il est basque par son père, n’a pas grandi dans la région et la connaît donc assez mal – en tout cas, pas assez pour les habitants du coin, peu enclins à se confier à un « étranger ».
Opiniâtre, plus ou moins aidé par son vieux routard de collègue, Marko Elizabe, Iban s’acharne néanmoins, et plonge dans les méandres d’une affaire extrêmement complexe, où la vérité et la mémoire des victimes ne comptent pas pour grand-chose…

J’ai eu la chance de découvrir Marin Ledun dès son premier livre, Modus Operandi, en 2007. J’ai suivi son œuvre avec passion, un peu plus convaincu à chaque nouvel opus du talent rare et singulier de celui qui est sans doute l’auteur français le plus engagé de sa génération, l’un des plus intéressants aussi par la diversité et la précision des sujets qu’il aborde, des dérives potentielles de la technologie (Zone Est, Dans le Ventre des mères) au commerce à outrance des âmes et des corps (Marketing Viral, La Vie marchandise), de la souffrance au travail (Les visages écrasés et son essai correspondant, Pendant qu’ils comptent les morts) à celle de la jeunesse livrée à elle-même (La Guerre des vanités).

Ledun - L'homme qui a vu l'hommeS’il aborde dans L’homme qui a vu l’homme un nouveau thème, la question basque, Marin reste proche pourtant de certaines de ses préoccupations, à savoir la place de l’humain au cœur d’enjeux politiques et/ou financiers démesurés, le mensonge érigé en système ou, plus largement, la folie très ordinaire des hommes. Pas de tueur en série spectaculaire ni de superflic torturé, ici le quotidien prédomine, les protagonistes du drame (quel que soit leur « camp ») se trompent, hésitent, commettent des erreurs tragiques, mais aussi s’acharnent, vont au bout de leurs idées ou de leurs objectifs, par fidélité à leurs convictions.

Inspirée d’un fait divers bien réel, l’affaire Jon Anza, l’intrigue du roman se permet avec sobriété les artifices du thriller pour mieux nous immerger dans les problématiques contemporaines du Pays Basque. Si cette région à cheval sur deux pays, poudrière politique depuis des décennies, fait moins parler d’elle dans les médias nationaux depuis quelque temps, elle n’en a pas terminé avec ses vieux démons. En témoigne un certain nombre d’enlèvements punitifs et parfois mortels, comme celui qui a justement provoqué la mort de Jon Anza. C’est à cette réalité d’aujourd’hui que Marin Ledun se (et nous) confronte, avec une énergie et une détermination qui emportent l’adhésion dès les premières lignes.

Sans chercher à prendre parti pour quelque cause que ce soit, L’homme qui a vu l’homme plonge dans un maelström inextricable de mensonges, de trahisons, de tortures et de secrets honteux. Pas la peine d’être familier avec les arcanes tortueux ni avec la longue histoire du cas basque, ce n’est pas le sujet du livre ; et, par ailleurs, le romancier prend soin de son lecteur béotien en lui faisant adopter le point de vue d’un jeune journaliste raisonnablement idéaliste et peu rompu aux subtilités de la région – intermédiaire parfait qui découvre en même temps que nous ce qui se trame, sans jamais avoir un coup d’avance, au contraire.
Autour d’Iban, tous les personnages sont superbement campés, des têtes pensantes aux exécutants, des journalistes aux militants, hommes et femmes dont on suit avec anxiété les trajectoires, y compris les criminelles. Parce qu’ils ont tous leurs raisons d’agir, même lorsque leurs motivations sont hautement répréhensibles, et que rien ne peut les en détourner, pas même la menace d’une mort certaine.

Passionnant sans être démonstratif, le polar fonctionne aussi et avant tout parce qu’il est formidablement écrit : plus acéré et nerveux que jamais, débarrassé des excès qui parfois alourdissaient certains des précédents romans de Marin Ledun, son style taille dans la chair du verbe pour saisir au mieux les mots de la colère, approcher au plus près la folie, exprimer au plus juste la violence. A la fois puissant, précis, rageur et d’une sincérité admirable, il est au service d’un récit au rythme haletant, preuve que le romancier plie aujourd’hui mieux que jamais la forme addictive du polar à la densité et à l’intelligence de son sujet.

A chaud, j’ai envie de dire que L’homme qui a vu l’homme est le meilleur roman de Marin Ledun à ce jour. Pas parce que c’est le dernier paru (tentation toujours facile lorsqu’on découvre le nouveau titre d’un de ses auteurs favoris), mais parce qu’il est redoutablement abouti, susceptible de captiver un grand nombre de lecteurs sur un sujet qui ne les aurait pas forcément attirés de prime abord, et qu’il est totalement maîtrisé du début à la fin.
En tout cas, c’est mon premier très gros coup de cœur de l’année. Tout simplement immanquable !

L’Homme qui a vu l’homme, de Marin Ledun
Éditions Ombres Noires, 2014
ISBN 978-2-08-130808-4
463 p., 18€

On en dit déjà beaucoup de bien un peu partout : Encore du noir, 4 de couv, le blog du polar de Velda, Des choses à dire, Un dernier livre avant la fin du monde
Retrouvez également une interview passionnante de Marin Ledun sur le site de Fondu au noir.
Et, enfin, un article élogieux sur un blog basque, Eklektika, sans doute une des plus belles reconnaissances dont puisse rêver le romancier…


Yeruldelgger, de Ian Manook

Signé Bookfalo Kill

Tandis que le commissaire Yeruldelgger est effaré de découvrir, en plein milieu d’une steppe, le cadavre d’une fillette enterrée avec son vélo, ses adjoints Oyun et Chuluum s’affairent à Oulan-Bator sur deux scènes de crime particulièrement atroces : d’un côté, trois Chinois retrouvés émasculés dans une usine, de l’autre deux prostituées massacrées et pendues dans un container, leurs corps ornés des sexes des gentlemen précédents.
Rongé par le chagrin l’ayant frappé après la mort de sa petite fille et la ruine de sa famille qui s’en est suivie, Yeruldelgger s’emploie à résoudre ces énigmes avec son énergie sans limite. Mais ses méthodes expéditives et sa personnalité dangereuse finissent par l’isoler, alors que les affaires se corsent en renvoyant à des figures haut placées…

Partagé je suis, autant le dire tout de suite. Il y a dans ce premier polar signé Ian Manook de belles qualités comme des défauts et des fragilités qui m’empêchent de crier au chef d’œuvre, ainsi que certains le font déjà (et tant mieux pour l’auteur !)
Commençons par les qualités, elles sont d’ailleurs évidentes. Avec Yeruldelgger, Manook nous donne à découvrir un pays méconnu, la Mongolie, dont il dévoile avec richesse et précision les tiraillements entre tradition et tentation de la modernité. La scène d’ouverture, où des nomades de la steppe prennent le commissaire pour Horacio Caine, le héros des Experts : Miami, est à ce titre aussi drôle qu’éloquente. On se plonge également avec fascination dans Oulan-Bator, capitale anarchique, grouillante, hérissée de buildings qui s’opposent à des quartiers de yourtes traditionnelles et à des bas-fonds misérables.

Manook - YeruldelggerIan Manook s’inscrit ainsi dans la lignée du polar dit « ethnologique », dont Caryl Ferey (Zulu, Mapuche) est le plus digne représentant français, et où Olivier Truc s’est également illustré l’année dernière avec le Dernier Lapon. Je cite ces deux romanciers parce qu’il y a quelque chose d’eux chez notre nouvel auteur : comme le second, il exprime une belle passion pour les traditions culturelles et spirituelles du pays, livrant quelques pages mémorables dans les steppes ou dans un vieux monastère caché ; et de Ferey, il hérite d’une énergie dingue, d’une puissance de narration impressionnante, sans renoncer, comme lui, devant des scènes de violence parfois insoutenables.

C’est là que je dois évoquer ce qui, pour moi, constitue la petite faiblesse de Yeruldelgger : il est trop, justement. Un peu trop long, la faute à un trop plein de rebondissements (dont certains sont téléphonés, à force) qui font s’égarer artificiellement l’intrigue dans toutes les directions pour ne pas arriver trop vite à des solutions qui, parfois, sont trop vite évidentes.
Là où Ferey parvient toujours à canaliser la folie du récit par un réalisme obsessionnel, Ian Manook s’abandonne au fil des pages à un excès de naïveté, à vrai dire plus touchant qu’irritant, mais néanmoins dommage.

C’est surtout flagrant dans les dialogues, trop souvent excessifs par leurs emportements (voir l’utilisation quasi systématique des points d’exclamation).
Flagrant aussi dans la caractérisation des personnages, qui finissent par manquer de crédibilité à force de les pousser systématiquement au-delà de leurs limites – je pense notamment à Gantulga, jeune garçon des rues qui s’allie avec Oyun et dont certaines actions et certains raisonnements sont vraiment too much, même pour un gamin malin et débrouillard, très attachant par ailleurs. J’avais parfois l’impression de lire un manga, de revoir les Chevaliers du Zodiaque de mon enfance, avec leurs provocations verbales, leurs attitudes (trop) héroïques, l’opposition radicale entre des gentils très gentils et des méchants très méchants… Un comble, alors que les protagonistes de ce roman ne sont, dans l’ensemble, pas manichéens, surtout pas Yeruldelgger.

Thriller haletant, parfois violent (attention à une scène de viol plutôt difficile), Yeruldelgger est un premier polar prometteur, même s’il manque de maîtrise et souffre paradoxalement d’un excès d’enthousiasme. Ian Manook annonçant une suite pour l’année prochaine sans doute, on sera donc au rendez-vous !

Yeruldelgger, de Ian Manook
Éditions Albin Michel, 2013
ISBN 978-2-226-25194-7
542 p., 22€


Ecrit en lettres de sang, de Sharon Bolton

Signé Bookfalo Kill

Un 31 août au soir, la jeune policière Lacey Flint voit mourir dans ses bras une femme frappée de multiples coups de couteau, en plein milieu d’une cité populaire de Londres. Tandis que l’enquête commence sous la direction de la commissaire Dana Tulloch et de Mark Joesbury, Lacey est alertée quelques jours plus tard par une journaliste, Emma Boston : celle-ci a reçu une lettre écrit à l’encre rouge, qui fait allusion au crime – mais qui rappelle surtout les célèbres courriers d’un certain Jack l’Eventreur…
Au deuxième meurtre similaire, commis comme le précédent à la date anniversaire du deuxième crime de Jack, le doute n’est plus permis : la police a affaire à un imitateur. Fine connaisseuse du fameux tueur en série, Lacey est associée à l’enquête, ce qui ne va pas sans lui poser des problèmes, car cette affaire singulière semble également la ramener à son passé, un détail qui éveille la perspicacité de l’étrange commandant Joesbury…

Bolton - Ecrit en lettres de sangRecourir à la figure de Jack l’Eventreur pour alimenter un suspense, qu’il soit d’époque ou contemporain de notre temps, est forcément risqué. D’abord parce que de nombreux auteurs s’y sont déjà frottés, au point que, pour un auteur anglais, cela finisse par ressembler à un cliché. Ensuite parce que le mystère n’a jamais été résolu (et devrait rester insoluble, selon toute vraisemblance), mais il a déjà suscité tant de théories, allant des plus solides aux plus fumeuses, qu’il devient délicat de se montrer original sans courir le risque du ridicule.

C’est là que Sharon Bolton se montre à la fois humble et intelligente. Autant le dire tout de suite, et ce n’est pas porter atteinte à l’intérêt du livre, Écrit en lettres de sang ne cherche pas à apporter une nouvelle solution au mystère. Tout juste la romancière évoque-t-elle une hypothèse moins courante que d’autres, mais sans donner de nom ; ce n’est pas son sujet.
Le roman suit la trame des meurtres de Jack, mais s’attache avant tout à ses personnages et à des enjeux contemporains. S’il faut trouver une passerelle entre les crimes du passé et ceux du présent, ce sont les atteintes faites aux femmes qui intéressent Bolton, et encore le fait-elle avec subtilité, sans volonté de démonstration.

Pour le reste, Écrit en lettres de sang est un très bon thriller anglais, alliant efficacité d’une intrigue qui prend tout de même son temps pour se dérouler, sens de l’atmosphère (certaines scènes sont angoissantes à souhait) et profondeur de personnages riches de nombreuses strates et peu avares en surprises.
Ou pour le dire autrement, un page-turner impeccablement conçu, qui tient la route du début à la fin, réaliste sans tomber dans le sordide. Bref, c’est un bon polar, du genre qui assure quelques bonnes soirées de frissons sans décevoir !

Écrit en lettres de sang, de Sharon Bolton
Traduit de l’anglais par Marianne Bertrand
Éditions Fleuve Noir, 2013
ISBN 978-2-265-09624-0
553 p., 21,90€



Le Testament des siècles, de Henri Loevenbruck

Signé Bookfalo Kill

S’il n’y avait pas eu Da Vinci Code et son succès phénoménal, on aurait sans doute davantage parlé du Testament des siècles et ça n’aurait été que justice. Car, là où Dan Brown, habile raconteur d’histoire mais très médiocre écrivain (s’il était cinéaste à Hollywood, on dirait de lui que c’est un faiseur, avec tout ce que cela comporte de péjoratif), Henri Loevenbruck n’hésite pas à mobiliser l’intelligence de ses lecteurs, tout en les embarquant dans un polar au style aussi maîtrisé qu’efficace, dont le récit s’intéresse entre autres au mystérieux dernier message du Christ, à la non moins étrange Pierre de iorden, et croise la route des Templiers ou de Léonard de Vinci…

Loevenbruck - Le Testament des sièclesLoin des mixtures mystico-ésotériques de l’auteur américain, qui mélange sans complexe théorie du complot de bas étage, hypothèses fumeuses et extravagances historiques sans aucun fondement, Loevenbruck aborde l’Histoire en général – et en particulier l’histoire des religions et l’histoire de l’art –, avec une rigueur qui dénote des recherches sérieuses et approfondies. Avec talent et audace, il tord ses trouvailles pour les mettre au service de son intrigue, prenant le temps de développements longs mais nécessaires, et rendus parfaitement digestes par leur insertion dans des dialogues dynamiques entre les personnages.

La dimension thriller n’est pas pour autant sacrifiée à la complexité de l’intrigue. Aux passages explicatifs succèdent régulièrement des scènes d’action et de suspense trépidantes, ce qui donne de bout en bout au roman ce genre de rythme haletant qui garantit une lecture enlevée et une immersion totale dans les événements. Loevenbruck se montre particulièrement doué dans les scènes de traque et de poursuite, et on se retrouve souvent à bout de souffle, à force de courir dans les pas de Damien Louvel, héros malgré lui de cette étrange enquête.

Après avoir œuvré dans la fantasy (Gallica, La Moïra), Henri Loevenbruck a donc effectué un virage plus que convaincant vers le thriller grâce à ce premier essai totalement transformé – même si, emporté par l’élan d’un final spectaculaire, on pourra trouver la chute un peu courte.
Depuis, avec ses quatre romans suivants et la très addictive série Sérum, Loevenbruck a fait ses preuves et inscrit son nom parmi ceux des grands du thriller français. On attend avec impatience son Mystère Fulcanelli, suite des enquêtes d’Ari Mackenzie après Le Rasoir d’Ockham et Les cathédrales du vide, en octobre prochain.

Le Testament des siècles, de Henri Loevenbruck
Éditions J’ai Lu, 2007
(Édition originale : Flammarion, 2003)
ISBN 978-2-290-00151-6
378 p., 7,30€


A première vue – la rentrée polar (2) : les promesses

Suite de la rentrée polar de l’automne 2013, avec, comme annoncé précédemment, l’auteur qu’on n’attendait pas dans ce registre (en tout cas pas si vite, et pas de cette manière…), et d’autres dont on espère une confirmation ou une belle découverte.

(Rappel : l’annonce, les visuels et les dates de ces sorties, précisées entre parenthèses, s’appuient sur le programme du logiciel professionnel Electre, et peuvent donc être soumis à variation.)

L’INVITÉ(E) SURPRISE

Galbraith - The Cuckoo's CallingIl nous vient d’Angleterre et se présente sous le nom de Robert Galbraith, militaire à la retraite et auteur d’un premier roman policier intitulé The Cuckoo’s Calling (qui devrait être logiquement traduit par L’Appel du coucou). Une oeuvre très bien reçue par les critiques outre-Manche, certains s’avouant même confondus par la maîtrise exceptionnelle du romancier pour ses débuts littéraires.

Et pour cause : Robert Galbraith n’est autre que… J.K. Rowling. La maman de Harry Potter a mystifié tout le monde en s’offrant le plaisir de sortir un roman sans aucune pression médiatique et de voir son travail apprécié sans arrière-pensée. Vendu modestement à 1500 exemplaires entre avril et juillet, son premier polar a exlosé les compteurs et épuisé son premier tirage en quelques heures dès la supercherie révélée. Après Une place à prendre, soufflé médiatique retombé bien vite sous le feu nourri de critiques acerbes (souvent exagérées), voici l’occasion de mesurer plus sereinement le talent de la romancière britannique, qui crée encore et toujours la sensation, qu’elle le veuille ou non.
La traduction française est attendue chez Grasset en octobre.

LES PROMESSES

Ne me cherche pas, de Megan Abbott : nous avions adoré La Fin de l’innocence, bonne nouvelle : Megan Abbott revient à l’époque contemporaine – entre deux romans ancrés au début du XXème, sa spécialité – avec l’histoire d’une équipe de pom-pom girls qui tombent sous la charme de leur nouvelle coach. Fascination et plongée dans les extrêmes au programme… (Lattès, 1/11)

Del Arbol - La Maison des chagrinsLa Maison des chagrins, de Victor del Arbol : sur le papier, des airs de fantastique espagnol mâtiné d’Oscar Wilde… Une violoniste demande à un peintre de réaliser le portrait de l’assassin de son fils afin d’y déceler la marque de l’infamie. Deuxième roman de l’auteur de la Tristesse du samouraï, polar remarqué sur l’Espagne franquiste. (Actes Sud, 4/09)

Bayard - A l'école de la nuitA l’école de la nuit, de Louis Bayard : après avoir mis en scène Edgar Poe dans Un oeil bleu pâle et Vidocq dans La Tour Noire, l’auteur américain au plus français des noms s’intéresse à Thomas Harriot, mathématicien anglais du XVIe siècle, précurseur en algèbre et en astronomie, brièvement arrêté dans l’affaire de la Conspiration des poudres (rendue célèbre par la figure de Guy Fawkes) et soupçonné d’avoir participé à l’École de la nuit, un complot visant à établir l’athéisme en Angleterre… En ajoutant une deuxième intrigue contemporaine, Bayard signe un nouveau roman historique très prometteur. (Cherche-Midi, 24/10)

Bolton - Ecrit en lettres de sangÉcrit en lettres de sang, de Sharon Bolton : de nos jours en plein Londres, une jeune policière voit mourir dans ses bras une femme sauvagement poignardée. Nous sommes le jour anniversaire du premier meurtre avéré de Jack l’Eventreur, et les similitudes entre les crimes est frappante… Nouvelle variation sur le mythe du tueur le plus légendaire d’Angleterre, un pari toujours risqué mais qui peut donner un bon thriller s’il est bien mené. (Fleuve Noir, 12/09)

Une certaine vérité, de David Corbett : la nouvelle révélation Sonatine ? Fils d’un flic mystérieusement disparu dix ans plus tôt, un jeune homme se voit obligé d’affronter le passé qui ressurgit… (Sonatine, 14/08)

Pyromanie, de Bruce DeSilva : un journaliste de la vieille école enquête sur une épidémie d’incendies qui ravagent son quartier de Providence, Rhode Island. Un premier roman lancé dans la collection Actes Noirs, cela justifie de rester attentif. (Actes Sud, 4/09)

L’Été des jouets morts, de Toni Hill : enquête dans la haute société de Barcelone. Premier roman également, dont le titre attire l’œil. (Flammarion, 23/10)

Holbert - Animaux solitairesAnimaux solitaires, de Bruce Holbert : le polar de la rentrée Gallmeister s’annonce noir de chez noir. Dans le comté de l’Okanogan, Washington, en 1932, un vieux flic reprend du service pour tenter d’arrêter un tueur d’Indiens, et poursuit sa traque jusque dans les vallées sauvages de l’OUest, tandis qu’il croise de vieilles connaissances et que son passé ténébreux se dévoile peu à peu… (Gallmeister, 29/08)

May - Scène de crime virtuelleScène de crime virtuelle, de Peter May : alors, oui, j’aurais pu, j’aurais même dû classer ce polar parmi les poids lourds, Peter May étant déjà un nom plus que confirmé du genre. Mais j’avoue que sa série chinoise ne m’a jamais inspiré, et que je n’ai jamais dépassé le premier tome de sa trilogie écossaise… Avec ce thriller étonnant qui se déroule à moitié dans Second Life, l’univers virtuel parallèle au nôtre, May surprend – et pas qu’un peu, puisque je suis en train de le lire et que, pour l’instant, c’est très réussi… Coup de cœur à prévoir ! (Éditions du Rouergue, 4/09)

Reflex, de Maud Mayeras : voilà une jeune femme qui sait prendre son temps ! Son premier roman, Hématome, avait été l’une des sensations du thriller français en 2006 ; depuis, rien… Autant dire que Maud Mayeras est très attendue. Elle nous promet une confrontation effroyable entre une photographe de l’Identité Judiciaire, en deuil de son fils assassiné onze ans plus tôt, et un tueur en série qui écorche ses victimes et collectionne leurs odeurs. Cela devrait être intense ! (Anne Carrière, 3/10)

Roy - Bent RoadBent Road, de Lori Roy : un pitch qui a des faux airs de Seul le silence, de R.J. Ellory, pour le premier roman de cette romancière du Kansas. Effrayée par les émeutes raciales qui agitent Detroit en 1967, la famille Scott décide de retourner à Bent Road, Kansas, où a grandi Arthur, le père. Il s’y retrouve confronté au plus sombre de ses secrets, celui entourant la mort de sa soeur lorsqu’il était enfant, alors qu’une autre fillette disparaît dans les environs… (Éditions du Masque, 21/08)

La Reine de la Baltique, de Viveca Sten : une nouvelle romancière suédoise – eh oui, tous les auteurs du Grand Nord n’ont pas encore été traduits… Avec son intrigue communautaire, son ambiance locale typique et la relative discrétion de ses meurtres, on la compare à Camilla Läckberg, grande prêtresse actuelle du polar grand public. (Albin Michel, 2/09)

Tyler - Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de LoireHomicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire, de L.C. Tyler : après Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage, L.C. Tyler confirme son goût des longs titres délirants, un moyen plutôt rigolo de se distinguer de la concurrence. Rigolo et différent, c’est d’ailleurs le ton attendu de ce deuxième roman, entre Agatha Christie et L’Assassin habite au 21 de Steeman : un auteur de polars en pleine crise de la quarantaine se réfugie dans un hôtel au bord de la Loire, mais son agent l’y débusque. Lorsque l’un des autres pensionnaires est assassiné, le duo décide d’enquêter… (Sonatine, 19/09)

Waites - Né sous les coupsNé sous les coups, de Martyn Waites : pour finir, un premier roman qui a l’air beaucoup moins fendard que le précédent, avec son ancienne cité minière anglaise désormais sinistrée et devenue un haut lieu de la criminalité… Les Anglais n’en ont pas fini avec cette part douloureuse de leur histoire récente. (Rivages, 21/08)

Un beau paquet de romans à découvrir et à surveiller, donc… en sachant qu’il ne s’agit que d’une sélection, et que tout n’est pas encore annoncé.
L’automne polar s’annonce en tout cas plus excitant qu’un premier semestre plutôt fade.
A l’avance, bonnes lectures à tous !


A première vue – la rentrée polar (1) : les poids lourds

A leur manière, sans compétition autre que celle de s’imposer entre les mains des lecteurs, les polars aussi font leur rentrée à partir de septembre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du beau monde et des promesses intéressantes parmi les parutions annoncées.
Comme il est impossible de tout présenter, sous peine de faire exploser ce blog par un surplus d’informations, nous nous contenterons des sorties principales que nous avons repérées. A charge pour vous d’en ajouter !

(Attention : l’annonce, les visuels et les dates de ces sorties, précisées entre parenthèses, s’appuient sur le programme du logiciel professionnel Electre, et peuvent donc être soumis à variation.)

LES POIDS LOURDS

Psycho Killer, d’Anonyme : l’auteur de la tétralogie jubilatoire du Bourbon Kid (Le Livre Sans Nom, ses deux suites et son préquel), revient avec une histoire de crimes en série dans une ville du nom de B. Movie Hell… Atrocités joyeuses et références cinématographiques attendues ! (Sonatine, 10/10)

Sur la tombe, de Ken Bruen : une nouvelle enquête du sombre privé Jack Taylor, confronté à une bande décidée à nettoyer Galway de ceux qu’ils considèrent comme nuisibles. (Fayard, 16/10)

Burke - Déposer glaive et bouclierDéposer glaive et bouclier, de James Lee Burke : les éditions Rivages n’en finissent plus de nous faire lire Burke, au risque de l’overdose. Paru en 1971 et jamais traduit, ce roman est le premier d’une série consacrée aux Holland, une famille du Texas, dont les titres suivants sont sortis à la fin des années 2000. Ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées. (Rivages, 30/10)

Carrisi - L'EcorchéeL’Ecorchée, de Donato Carrisi : à la différence de beaucoup de lecteurs, je n’avais pas accroché au Chuchoteur, le premier titre du romancier italien dont celui-ci est la suite. On y retrouve donc Mila Vazquez, affectée au bureau des personnes disparues, et qui voit certaines d’entre elles réapparaître pour commettre des meurtres. (Calmann-Lévy, 16/10)

Chainas - PurPur, d’Antoine Chainas : l’auteur du terrifiant Versus n’avait rien publié depuis 2010, et sa dernière sortie, Une histoire d’amour radioactive, avait été décevante. On attend donc d’autant plus son retour. (Gallimard, Série Noire, 12/09)

A quelques secondes près, de Harlan Coben : une nouvelle histoire de Mickey Bolitar, le neveu de Myron, qui enquête à la fois sur la mort de son père et sur un crime dans lequel est impliquée son amie Rachel. Fleuve Noir décline dans sa collection pour adultes cette série destinée aux ados. (Fleuve Noir, 5/09)

Crews - Né dans le jardin d'EdenNu dans le jardin d’Eden, de Harry Crews : le deuxième roman de l’auteur américain disparu en 2012 n’avait jamais été traduit, alors qu’il le considérait comme son meilleur livre. Il se déroule à Garden Hill, un village abandonné à une douzaine de familles depuis la fermeture de la mine de phosphate qui avait assuré sa prospérité des années auparavant. Tandis que Fat Man, le propriétaire des terres, se laisse aller, quelques habitants envisagent une résurrection singulière des lieux grâce à Dolly, belle, débauchée et prête à tout… (Sonatine, 14/11)

Ellory - Mauvaise étoileMauvaise étoile, de R.J. Ellory : le nouveau roman du brillantissime Britannique s’annonce comme un thriller encore différent du magnifique Seul le silence, ou de sa trilogie « institutionnelle » (Vendetta et la Mafia, Les anonymes et la CIA, Les Anges de New York et le NYPD) : pour échapper à la peine de mort, un psychopathe prend en otage deux adolescents guère plus recommandables que lui, et le trio se lance dans une cavale sanglante à travers le Texas des années 60… (Sonatine, 17/10)

Une vérité si délicate, de John Le Carré : un nouveau roman du maître de l’espionnage littéraire est toujours un événement. Toujours en phase avec son temps, il nous emmène cette fois dans une histoire d’enlèvement de djihadiste à Gibraltar en 2008… (Seuil, 17/10)

Le Mystère Fulcanelli, de Henri Loevenbruck : après Le Rasoir d’Ockham et les Cathédrales du vide, suite des aventures d’Ari Mackenzie. Avec ses thrillers haletants et intelligents sur l’ésotérisme, Loevenbruck écrase sans peine les gloubiboulgas insipides de Dan Brown. Au public, déjà nombreux à le suivre, de continuer à lui donner raison. (Flammarion, 2/10)

Rankin - Les guetteursLes guetteurs, de Ian Rankin : après avoir mis à la retraite John Rebus, son enquêteur emblématique, le romancier suit Malcolm Fox, membre de la police des polices écossaise. D’une banale enquête sur l’abus de pouvoir d’un détective, Fox met au jour une affaire beaucoup plus sensible, qui touche aux plus hautes sphères du pouvoir… (Éditions du Masque, 11/09)

Puzzle, de Franck Thilliez : le mister Best-Seller du Nord délaisse Sharko et Lucie Hennebelle, ses héros récurrents, pour un one shot autour d’un jeu diabolique à échelle réelle, qui enferme ses candidats dans un asile psychiatrique désaffecté. Séduisant sur le papier, hélas décevant. (Fleuve Noir, 3/10)

couv rivireThe Main, de Trevanian : les éditions Gallmeister poursuivent la réédition des œuvres de cet écrivain aussi immense que mystérieux, disparu en 2005. Le titre fait référence à un boulevard de Montréal où se croisent prostituées, clochards, ouvriers et nouveaux immigrés. Le lieutenant Claude La Pointe, qui y officie depuis trente ans, enquête sur un meurtre commis au fond d’une ruelle. (Gallmeister, 3/10)

Winslow - Dernier verre à ManhattanDernier verre à Manhattan, de Don Winslow : le fantasque romancier américain délaisse plages et surfeurs de ses derniers romans pour nous ramener à New York en 1958 ; Walter Whiters, un ancien de la CIA devenu détective privé, se retrouve pris au piège d’une machination impliquant un sénateur et la fille de ce dernier, assassinée alors que Whiters était son garde du corps… (Seuil, 3/10)

Voilà pour les noms confirmés que nous avons retenus, rendez-vous dans un prochain post où nous nous intéresserons à un invité surprise de cette rentrée polar, ainsi qu’à quelques jolies promesses…


Six femmes au foot, de Luigi Carletti

Signé Bookfalo Kill

C’est jour de match à haute tension à Milan. Les deux prestigieuses équipes de la ville s’affrontent, le Milan AC d’un côté, l’Inter Milan de l’autre. En plus de l’honneur à chaque fois engagé lorsque survient le derby, cette fois le titre est en jeu. L’ambiance dans l’énorme paquebot du stade San Siro est plus électrique que jamais, et les 80 000 spectateurs prêts à en découdre.
Dans le public largement masculin, comme toujours, six femmes sont présentes. Certaines sont là pour le spectacle, d’autres non. Le temps des deux heures de la rencontre, chacune va jouer sa partition et dénouer des problèmes bien supérieurs au simple enjeu d’un match de football…

Carletti - Six femmes au footJe sais, je sais : sur le papier, ce roman part avec des handicaps quasi insurmontables. La couverture est assez moche, le titre peu engageant, et il est question de football, sport qui véhicule trop de messages négatifs (excès d’argent, sportifs portés au pinacle alors qu’ils sont souvent bêtes comme leurs crampons, attitudes déplorables et mauvais exemples souvent donnés dans les stades ou autour, que ce soit par les dirigeants, les staffs ou certains « supporters » encore plus stupides que les crampons des joueurs susmentionnés…)

Justement, et si tous ces arguments faisaient du stade un cadre parfait pour un bon roman ? Luigi Carletti l’a bien compris, qui offre avec Six femmes au foot un roman très complet en exploitant à fond le microcosme du lieu et de ses acteurs.
Pour commencer, voilà un suspense conduit à la perfection, qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé dans une collection policière. Unité de temps (la durée d’un match), de lieu (le stade), multiplicité des points de vue (les six femmes et les personnages qui gravitent autour) et des enjeux (chacune des femmes a un rôle bien différent à jouer) : autant d’éléments qui, combinés avec art par l’auteur, assurent un rythme élevé à un récit nerveux, et une envie irrésistible de tourner les pages.

Pas besoin d’être amateur de foot non plus pour apprécier la manière dont Carletti restitue l’atmosphère très particulière d’un stade : arène des temps modernes, conglomérat d’individus très différents mais qui, le temps d’un match, se créent de nouvelles affinités ou de nouveaux antagonismes, se métamorphosent. Un peu comme un homme doux et affable dans la vie, qui devient fou furieux lorsqu’il se met au volant de sa voiture. Là, c’est la même chose, sauf qu’ils sont 80 000 à conduire.
Le romancier raconte superbement le bruit, les couleurs, les chants, les passions, nous immerge dans le chaudron. Et en même temps il ne cache rien des violences qui s’y déroulent. Il évoque le racisme latent, la brutalité des commentaires et des mentalités, le machisme ordinaire, dans des scènes qui font grincer des dents de colère. Par les détours que prend son récit, il parle aussi de la corruption omniprésente, des arrangements mafieux qui gangrènent l’Italie, dessinant un tableau global qui dépasse largement le cadre du football.

Roman haletant au(x) dénouement(s) habile(s), Six femmes au foot s’inscrit finalement dans la veine sociale et critique de la littérature italienne contemporaine, avec un sens du tragique mais aussi un humour diffus qui font penser à Niccolo Ammaniti, l’un des auteurs transalpins les plus importants d’aujourd’hui.
Un compliment pour Luigi Carletti, qui m’avait déjà enchanté l’année dernière avec Prison avec piscine, et qui me surprend d’autant plus agréablement ici que je croyais moins à cette histoire. Bellissimo !

Six femmes au foot, de Luigi Carletti
Traduit de l’italien par Marianne Faurobert
Éditions Liana Levi, 2013
ISBN 978-2-86746-677-9
276 p., 18€

Ils sont nombreux à s’enthousiasmer pour Six femmes au foot : Le monde de Mirontaine, Seren Dipity, Moi, Clara et les mots, Lepetitjournal.com (rien à voir avec Yann Barthès)…


Article 122-1, de David Messager

Signé Bookfalo Kill

Commandant à la brigade criminelle de Paris, Estelle Lacroix voit son passé ressurgir comme un boomerang lorsqu’elle apprend la découverte d’un cadavre atrocement mutilé dans les catacombes. Tous les indices évoquent la signature de Mygale, un tueur en série terrifiant sur lequel Estelle a réalisé son mémoire de fin d’études des années auparavant, et qui n’avait plus donné signe de vie depuis longtemps.
Associée au capitaine Gordinsky de la Brigade Spéciale d’Intervention, l’enquêtrice se retrouve confrontée autant à la menace du meurtrier qu’à ses propres démons, cruellement réveillés par cette affaire hors du commun…

Messager - Article 122-1Article 122-1 : ce titre intrigant renvoie à l’article du code pénal qui définit l’absence de responsabilité pénale d’une personne atteinte de troubles mentaux avérés au moment où elle commet un crime. Si l’on sait en plus que sous le pseudonyme de David Messager se cache (plus ou moins) un juge anti-terroriste en activité, on a la teneur de ce roman : un polar parisien tendu, hyper carré dans ses descriptions du monde de la police et de la justice (sans tomber non plus dans l’excès), et axé sur la psyché perturbée de ses personnages.

David Messager signe de fait un premier thriller plutôt réussi, même si les lecteurs aguerris auront peut-être des soupçons assez tôt… Thriller à la française, donc dans la lignée de Grangé, Thilliez et consorts, avec ses qualités – rythme soutenu, efficacité, noirceur et violence assumées, connaissances documentaires importantes – et, malheureusement, ses défauts. Vous me connaissez, je suis tatillon, c’est donc là-dessus que je vais insister.
Chez Messager, cela se traduit par des excès récurrents de psychologie, qui obligent l’auteur à raccrocher les wagons du récit de manière artificielle un peu trop souvent. Il faudrait compter le nombre de fois où l’on voit Estelle Lacroix partir dans ses pensées, avant d’en être extirpée par son interlocuteur pour revenir aux dialogues en cours. Ce n’est pas grave, et cela peut même être justifié par l’état mental de l’héroïne, mais cela en dit long sur cette volonté parfois peu subtile d’asséner des réflexions sur tout et n’importe quoi, même quand le moment de l’intrigue ne s’y prête pas.

Autre petit défaut, la tendance de David Messager à sur-écrire, à rechercher systématiquement la comparaison qui tue ou la métaphore absolue – encore une séquelle héritée de Jean-Christophe Grangé… Parfois cela fonctionne, surtout dans la deuxième partie du roman, quand la folie s’y installe (je n’en dis pas plus !) Mais la plupart du temps, soit les images convoquées sont ridicules, soit le texte se teinte d’un lyrisme pompier balayant toute possibilité de finesse. Dommage, mais franchement pas rédhibitoire.

Car bon, voilà, je pinaille, toujours est-il que j’ai lu Article 122-1 avec plaisir, et je suis sûr que les amateurs du genre (et ils sont nombreux) sauront réserver à David Messager un bon accueil, tant son thriller, bien fichu, angoissant et lesté des rebondissements adéquats, s’inscrit sans rougir parmi les bons titres sortis ces derniers temps en France.

Article 122-1, de David Messager
Éditions les Escales, 2013
ISBN 978-2-36569-009-6
281 p., 19,90€