Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka

jablonkaS’il y a bien un livre terrifiant en cette rentrée littéraire, c’est celui-là. Tout le monde se souvient du meurtre de la jeune Laëtitia Perrais, 18 ans, au début de l’année 2011. On se souvient de l’horreur de sa mort, de l’emballement médiatique qui a suivi, du président de la République hystérique qui provoqua un séisme dans le monde pourtant si discret de la magistrature. On n’oublie pas l’abomination quand, quelques temps après sa mort, on apprend que Laëtitia était régulièrement violée par l’homme chez qui elle et sa sœur avaient été placées par l’Assistance Publique. En 18 ans de vie, Laëtitia Perrais n’a vécu que dans l’horreur, la douleur, l’angoisse, la peur. Pour mourir de la même façon. Dans l’horreur, la douleur, l’angoisse et la peur.

Ivan Jablonka, professeur d’université, a toujours été écrit sur les enfants perdus. Il a signé plusieurs ouvrages sur les enfants de l’Assistance Publique, mais aussi un ouvrage formidable que j’avais lu avec beaucoup d’intérêt, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, sur ses aïeux disparus à Auschwitz. L’auteur se fait la voix des enfants abandonnés, des laissés-pour-compte de la société, des destinées tragiques. La trajectoire de la comète Laëtitia, qui recoupe tous ces thèmes, était faite pour rencontrer Jablonka.

A la fois polar, essai sociologique et documentaire, Laëtitia ou la fin des hommes part d’un sordide fait divers. Jablonka suit les procès, rencontre ceux qui ont côtoyé la jeune fille et cherche à savoir qui elle était, ce qu’elle aimait et comment sa vie a été un drame permanent. Cet ouvrage retrace une vie cabossée et l’auteur rend à la victime toute la dignité qui lui  a été ôtée au fil des années. Ce livre m’a serré plusieurs fois le cœur car les mots sont durs, parfois crus. Mais il fallait en passer par là pour voir en face toute la violence faite aux femmes, verbale, physique, morale.

Je me demande si la sœur jumelle de Laëtitia et sa famille ont lu cette plongée au cœur de la misère et ce qu’ils en ont pensé. S’ils se sont reconnus. S’ils ont apprécié l’hommage rendu à cette jeune fille perdue dans ce livre-choc. Un livre qui aurait pu aussi s’intituler Laëtitia ou la folie des hommes

Laëtitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka
Éditions du Seuil, 2016
9782021291223
400 p., 21€

Un article de Clarice Darling.

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Une Réponse

  1. Merci pour cette découverte, ce doit etre un livre très dur à lire.

    13 novembre 2016 à 09:37

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