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p’tits cannibales lecteurs

J’en ai causé sur les réseaux sociaux, mais pas ici, c’est quand même le comble : depuis quelques jours, ce blog a un petit frère ! Un nouvel espace entièrement réservé à la littérature enfantine, depuis les livres pour les tout-petits jusqu’aux romans pour ados, en passant par les documentaires, les bandes dessinées et les albums musicaux.

Et ça s’appelle tout bêtement :

Pour savoir le pourquoi du comment de ce nouveau blog, je vous invite à vous reporter à sa présentation ici : https://ptitscannibaleslecteurs.com/about/

J’y reprendrai peu à peu la plupart des chroniques déjà publiées par ici, essentiellement sur des romans. Celles consacrées à mon chouchou Timothée de Fombelle y sont déjà largement reportées (comme par hasard).
Et j’y ajouterai plein de nouveaux articles, surtout sur des albums pour petits.

Belle découverte à ceux que ce nouveau projet intéressera !
Et, au passage, merci pour votre fidélité de manière générale :)


À première vue, la revanche du retour de la vengeance

À l’origine, avant ce texte, j’avais l’intention d’en publier un autre, qui expliquait en détail les raisons pour lesquelles Cannibales Lecteurs a progressivement ralenti, puis arrêté son activité, ainsi que celles me poussant à remettre le blog en route, pour la deuxième fois cette année, à l’occasion de la rentrée littéraire qui s’annonce.
Ce n’était peut-être pas si inintéressant, mais c’était trop long, et inhabituellement bavard sur ma petite personne, ce qui n’est foncièrement ni à mon goût ni dans mes habitudes. Après réflexion, il me semble préférable de vous épargner tout ceci, et d’en faire le bref résumé que voici.

Après avoir longuement hésité, réfléchi, tâté le terrain de mes envies et de ma curiosité, j’ai décidé de relancer cette année la rubrique « à première vue », dont le principe est de vous offrir un aperçu de la prochaine rentrée littéraire, barnum annuel qui devrait ouvrir ses portes cette année à la mi-août, comme d’habitude. À condition, bien entendu, que l’ami Covid ne revienne pas foutre en l’air notre désir légitime de retour à la vie normale.

Tout d’abord, je tiens à préciser que cette présentation de rentrée littéraire sera sans doute la plus incertaine de toutes celles que j’ai publiées sur Cannibales Lecteurs. Il est possible que certaines de mes informations soient lacunaires, et que je manque certains titres, rajoutés tardivement ou absents des sites de référence qui m’ont servi de sources.
Si c’est le cas, toutes mes excuses à l’avance, et sachez qu’il n’y a évidemment aucune volonté de censure de ma part.

Ensuite, étant donné la fragilité de la situation dans laquelle nous nous trouvons toujours, rien ne dit que tous les titres dont je vais vous parler sortiront effectivement. Là encore, il faut composer avec l’incertitude, et espérer que tout se passe pour le mieux.

Cette année, j’ai décidé d’élargir la liste des éditeurs, en laissant notamment une place (méritée, au moins pour l’ensemble de leur travail, si ce n’est pour ce qu’ils vont publier en août et septembre) aux petites structures proposant un ou deux titres seulement. Par manque de temps, par flemme aussi, un peu, je ne les évoquais pas les années précédentes. Il est temps de démontrer l’étendue du champ des possibles dans l’édition française, au-delà des grosses cavaleries dont l’offre, par ailleurs, a tendance à devenir déprimante tant elle charrie de stéréotypes, de plumes sans grand intérêt et de sujets trop souvent rebattus.
Évidemment, je ne parlerai pas de tout le monde non plus. Je ne dispose pas de liste exhaustive des parutions de la rentrée, et puis, honnêtement, je n’aurai pas le temps.
Si je t’oublie, éditeur, auteur, pardonne-moi, ce n’est pas par snobisme ou pour être méchant. Et une possibilité de rattrapage sera toujours possible.

Pour simplifier les choses, je publierai les chroniques dans l’ordre alphabétique des maisons d’édition. Pas de favoritisme donc envers Actes Sud, qui ouvrira le bal, ni de dédain à l’encontre de mes chères amies de Zulma, qui le clôtureront.
Par ailleurs, certains jours, il y aura plusieurs articles à la suite, lorsqu’ils concerneront des éditeurs publiant peu de titres, histoire que tout ceci ne dure pas pendant des plombes.

Enfin, je rappelle, à toutes fins utiles, que ces présentations sont l’expression de ma plus profonde subjectivité, et n’hésitent pas à véhiculer, quand l’occasion se présente, une bonne dose de mauvaise foi, d’ironie ou d’agacement.
Je vous en prie, chers amis, relevez-le si cela vous sied, mais ne prenez pas la mouche. Non, je n’aurai lu pratiquement aucun des livres dont je parlerai au moment où je les présenterai. Ces articles ne sont pas des critiques. Ils peuvent, en revanche, devenir parfois des billets d’humeur, l’humeur en question étant plus ou moins mauvaise suivant la qualité apparente de ce qu’on me présente. C’est le jeu de la rubrique « à première vue », et il faut faire avec. N’hésitez pas à discuter, à commenter, à contester, à m’ouvrir des horizons que je croyais à tort sans intérêt. Mais ne vous énervez pas, je vous en conjure.

Tout ceci n’est qu’un jeu, un vaste spectacle. Pas la peine de se prendre la tête pour ça.
Et maintenant, accrochez vos ceintures littéraires, préparez vos listes de rentrée, faites de la place dans vos bibliothèques : c’est parti !


Deux ans !

gateau01Hé oui, les Cannibales Lecteurs ont déjà deux ans ! Quand WordPress nous a annoncé la nouvelle ce matin, nous en avons été les premiers surpris… Le temps passe !
C’est l’occasion de donner un petit coup d’œil dans le rétro – vite fait, parce qu’on est surtout là pour parler livres, et que les statistiques, ce n’est pas notre fort ni notre truc ni notre raison d’être. Mais tout de même, pour le fun :

– Sans compter celui-ci, nous en sommes à 265 articles, soit environ 260 chroniques, si on enlève nos rares articles annexes (annonces de vacances, explications de disputes avec des auteurs énervés…)
– Vous nous avez laissé 390 commentaires, qui nous ont tous fait chaud au cœur – même quand vous n’étiez pas d’accord avec nous ;-)
– Le blog a été vu 61126 fois depuis sa naissance, dont 39572 fois en 2012, et déjà 12914 en 2013.
– Le premier article était consacré à la revue Collection.

Les trois chroniques les plus lues sont à ce jour :
1. L’Art de Tim Burton (catalogue de l’exposition de la Cinémathèque)
2. Tuer le père, d’Amélie Nothomb, éd. Albin Michel
3. Prison avec piscine, de Luigi Carletti, éd. Liana Lévi

Pour rigoler un peu maintenant, passons aux critères de recherche
– Les cinq plus populaires :
1. delphine de vigan (593)
2. prison avec piscine (352)
3. lucile de vigan (309)
4. cannibales lecteurs (262)
5. l’art de tim burton (256)

– Les plus flippants :
« torture chinoise » (41 fois quand même !!!), « camp de concentration cannibalisme » (1 fois seulement, mais ça suffit !), « soumise comment bien choisir sa maîtresse » (hum)…
– Quelques inattendus, pris au hasard (il y en a un paquet…) :
« chaise sur le pont », « des corps de femme en lévitation », « orgie dans un monastère », « slip trash bd » (!!!), « pierrot l’idiot », « guerite de surveillance elysée » (il prépare un sale coup, celui-là, ou quoi ???)
Dont quelques-uns liés au nom du blog :
« questions droles sur cannibale », « pourquoi devient on cannibal psychologiquement » (les fautes sont d’origine), « le cannibale corse », « dessins de cannibale », « pourquoi et comment utiliser la fiction pour révéler une histoire vérédique dans cannibale » (compliqué !!!)
– Celui qui reprend carrément au mot près une phrase d’un de nos articles :
« esteban s’ennuie tout seul dans son immeuble »… Chapeau :-)
– LA bonne question :
« pourquoi des pese personne jardins du luxembourg »…

gateau02Nous avons chroniqué 69 romans français, 57 polars, 37 romans étrangers, 29 romans jeunesse, 24 B.D., 10 livres d’histoire et 10 livres d’art, 6 livres de cinéma, 3 de théâtre.
17 articles nous ont paru hors catégorie, alors nous les avons appelé les « inclassables ».

Merci à tous ceux qui nous suivent depuis longtemps, à ceux qui passent et qui s’arrêtent quelques minutes, à ceux qui nous aiment bien et à ceux que nous énervons.
Merci aux auteurs qui nous écrivent parce qu’ils sont heureux de la bonne critique que nous avons faite de leur livre, mais aussi à ceux à qui nous avons réservé une chronique plus mitigée et qui viennent – courtoisement – en parler avec nous.
Merci à ceux qui font vivre la littérature quoi qu’il arrive : éditeurs, lecteurs, blogueurs… Quels que soient nos goûts, nos affinités, nos différences, nous partageons et faisons partager la même passion – un combat commun pour la singularité et la culture auquel nous ne devons jamais renoncer.

De notre côté, nous entrons dans la troisième année de notre blog avec la même envie de vous faire partager nos découvertes et nos coups de coeur comme nos coups de griffe. Les Cannibales ont toujours les crocs, alors rendez-vous à la prochaine chronique, puis à la suivante, et encore à la suivante…

Bookfalo Kill & Clarice Darling


La Bande dessinée, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Bon, maintenant, vous connaissez le principe, je ne vais donc pas m’étendre pendant des heures sur ce sixième et dernier opus de la série tirée du blog de Bastien Vivès. Sinon pour dire que je l’ai trouvée beaucoup plus sympathique et plus cohérent que le précédent sur La Guerre, constituant une conclusion logique et amusante à cette suite de publications.

Vivès - La Bande dessinéeÉvidemment, le sujet est davantage fait pour lui également, même si je craignais de le voir tomber trop souvent dans la private joke. Dans l’ensemble, il n’en est rien, et le premier strip donne d’ailleurs le ton : une mère consulte un médecin car elle craint que son fils soit retardé ; le praticien la rassure plus ou moins en lui apprenant que sa maladie consiste à faire de la B.D., activité sans danger même si elle peut avoir de sérieuses conséquences sociales…
On est bien dans le ton Vivès, sarcastique et distancié, mais accessible à tous, y compris aux gens qui ne sont pas familiers avec les codes du petit monde de la bande dessinée. Les connaisseurs seront peut-être plus sensibles que les autres aux parodies de séances de dédicaces (« Dédicace 20 ans », « Belgique »), et encore, cela reste drôle sans connaître le contexte.

La Bande dessinée contient en outre plusieurs strips qui caricaturent joyeusement certains aspects du Neuvième Art. Ainsi des comics, dans les conseils d’écriture de Brad (« Comics » et « Le gag »), qui trouvent un écho irrésistible à la dernière page du livre (« Festiblog »), ou dans les aventures délirantes de Flashman. Même chose avec les obsessions thématiques de certains auteurs (« Guerre mondiale ») et la maniaquerie forcenée des collectionneurs (« Astérix »).

Le plus frappant dans ce volume, c’est le sens de l’auto-parodie dont fait preuve Bastien Vivès. Il se met régulièrement en scène, et souvent en horrible personnage, arrogant et méprisant (« Lausanne », « Littérature », « Interview blog »), quand il ne se moque pas carrément de son œuvre (« Dédicace 20 ans », « Ciné »). Il joue ainsi de son image de sale gosse, ce qui ne manquera pas d’exacerber l’agacement de ceux qui le détestent déjà, autant que le soutien de ses fans de plus en plus nombreux.
Bref, le garçon est malin !

La Bande dessinée, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2013
ISBN 978-2-7560-2992-4
188 p., 9,95€


La Guerre, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

C’est peut-être le sujet. Ou bien alors c’est qu’on finit par se lasser du dispositif. Toujours est-il que ce cinquième volume des strips tirés du blog de Bastien Vivès est celui qui m’a le moins convaincu. Ou, pour le dire autrement, qui m’a le moins fait rire. En fait, c’est à peine s’il m’a fait sourire de temps en temps.

Certains strips ne sont carrément pas drôles, comme « Gens de la rue », où trois amis discutent de la misère – quel rapport avec la guerre, d’ailleurs ? Ou encore « I-Phone », où les bavardages superficielles, dans un restaurant, de deux filles sur Facebook sont interrompus par des militaires qui attaquent et tuent tout le monde (???)
Et je passe rapidement sur « GIGN » (un agent essaie de convaincre son chef de partir à l’assaut déguisé en femme) ou « Guerre des femmes » (les femmes prennent le pouvoir et les hommes ripostent par une guerre à grande échelle qui tourne au fiasco), qui jouent trop avec des clichés homophobes ou misogynes pour ne pas faire plus grincer des dents que rire.

Bien sûr, c’est Vivès, le sale gosse de la BD indé, et il y a avant tout dans ces choix de la provocation plus ou moins gratuite, pas du tout un discours. Je le trouve néanmoins plus intéressant et plus amusant dans des strips mieux pensés sur le plan dramaturgique, dont la série « César », où ces dignes et historiques personnages que sont César, Cléopâtre et Marc-Antoine ont tendance à parler d’une manière résolument moderne – décalage humoristique assuré.
Même dans le trash, certains strips sortent du lot, comme « Bambi » ou « ONU ». Et « Général » (un général veut repartir en guerre comme dans le temps et se cherche des ennemis) fait sourire également.

Néanmoins, si vous voulez découvrir l’art du strip humoristique à la sauce Vivès, je vous conseille plutôt La Famille ou L’Amour, qui restent nettement pour moi au-dessus du lot.

La Guerre, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2991-7
192 p., 9,95€


La Blogosphère, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Bastien Vivès, quatrième !
Le sale gosse de la blogosphère B.D. revient avec un quatrième petit volume tiré de son blog, consacré cette fois à… la Blogosphère – ou comment le serpent se mord joyeusement la queue.

Sans aucun respect (apparent) pour un exercice où il s’est fait connaître et où il est excelle, Vivès tire à boulets rouges sur les codes de la blogosphère, ses dérives, ses maniérismes et sa vanité occasionnelle. Pas très gentil, il ne rate pas une occasion de taquiner certains de ses collègues, dont Boulet, et surtout les filles (Margaux Motin dans « Vador 2 », Motin et Bagieu dans « Sorbonne »). Un strip complet, hilarant, présente d’ailleurs le mode d’emploi – hautement moqueur – pour réussir un bon « blog de fille ».
Le sommet du genre est atteint dans la suite de strips « Vador », où Bastien Vivès met en scène le Dark du même nom bien décidé à détruire la planète Festiblog… Il n’y a pas à dire, les parodies de Star Wars, ça marche quand même à tous les coups !

Sinon, le dessinateur passe à nouveau la thématique du livre sous le scan de son oeil critique : incompréhension entre générations (« Blog BD », « Facebook », « Fauteuil »), décalage avec les impératifs de la vie professionnelle (« Jimmy »)… Il évoque aussi les affres de la création (« Idée »), parfois sur le mode très ironique (« Chaussure », où Margaux Motin en prend encore pour son grade) ; ou encore, il part dans des délires certifiés Vivès, mettant en scène la Police des Blogs B.D. ou imaginant l’anéantissement futur de tout le Neuvième Art à cause de la blogosphère (« Sorbonne »).

Seule restriction éventuelle : comme dans le premier volume de la série, le Jeu vidéo, le discours est souvent référencé, et il faut sûrement connaître assez bien, soit le monde de l’édition, soit celui de la B.D., soit la blogosphère en elle-même, pour apprécier pleinement l’humour corrosif de Bastien Vivès.
Mais sinon, encore une fois, c’est du bon !

La Blogosphère, de Bastien Vivès
Éditions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2990-0
192 p., 9,95€


La Famille, de Bastien Vivès

Signé Bookfalo Kill

Same player, shoot again !

Après un très bon premier volume sur les jeux vidéo et surtout sur les joueurs (voir ma chronique), Bastien Vivès revient comme prévu avec un deuxième tome consacré à la famille. Je ne sais pas vous, mais pour ma part, la couverture m’a tout de suite fait tilter :

Cette bannière bleu-blanc-rouge encadrant le titre : la famille, serait-elle un pur hasard, ou bien une allusion extrêmement ironique à certaine devise du gouvernement français en d’autres temps (nauséabonds), le tristement célèbre « travail-famille-patrie » ?

Après lecture, j’ai tendance à croire que la deuxième option l’emporte. Car la famille de Vivès est tout sauf angélique, très éloignée du modèle de perfection rêvée par le sinistre Maréchal. D’entrée de jeu, un petit garçon demande à son père ce que c’est qu’une turlutte, et le géniteur de répondre sans détours, tout en proposant clopes et bières à son rejeton. Plus loin, une grand-mère pourrit littéralement d’insultes son petit-fils qui a le malheur de trouver les filles nulles.
Et tout est à l’avenant : discussions sexuelles trashs, pères machos ou qui s’emmerdent en famille, cadeaux d’anniversaire inattendus, problèmes de communication entre générations…

Vivès est parfois méchant mais souvent drôle ; féroce mais très observateur. Les dialogues, impeccables, font tout l’intérêt de ses strips, tandis que son dessin reste elliptique, minimaliste. Cela peut déplaire à certains lecteurs, qui trouvent l’auteur limite feignant sur le coup, mais moi, j’adhère et j’adore.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de dessins tirés d’un blog – et que dans ce registre, très représenté depuis quelque temps par les éditeurs de B.D. allant chercher sur le Net l’originalité qu’ils ne trouvent peut-être plus ailleurs, Bastien Vivès est largement au-dessus du lot.

Si vous avez fait du politiquement correct votre mode de pensée, ou bien si vous pensez que Jean-Marie Le Pen avait bien raison de vouloir renvoyer les femmes à leur place, c’est-à-dire à la cuisine, alors passez votre chemin. Sinon, foncez !

La Famille, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2859-0
189 p., 9,95€