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La nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

C’est la troisième rentrée littéraire des Cannibales, et vous savez désormais que chaque rentrée digne de ce nom commence par la lecture du nouveau roman d’Amélie Nothomb, aussi inévitable qu’une gueule de bois après une soirée au Beaujolais nouveau.
En 2013 néanmoins, trêve de persiflage, je mets le holà à l’hallali : le cru est excellent. Mieux, La Nostalgie heureuse est peut-être l’un des meilleurs romans de Nothomb – en tout cas son meilleur depuis longtemps.

La raison de cette résurrection tient en un mot : Japon. Oui, encore. Encore, et tant mieux, si cela doit autant inspirer notre Belge préférée.
Nothomb - La Nostalgie heureuseL’argument de départ est véridique : Amélie Nothomb est sollicitée par une équipe de télévision qui, dans le cadre d’une série documentaire diffusée par France 5, Empreintes, souhaite partir avec elle sur les traces de son enfance japonaise. Persuadée que le projet ne se fera jamais, la romancière accepte – et c’est ainsi que, fin mars 2012, elle foule à nouveau le sol nippon, seize ans après l’avoir quitté.
Plus récit autobiographique que roman, La Nostalgie heureuse retrace les différentes étapes de son périple, de ses retrouvailles chaleureuses avec son ex-amant Rinri (Ni d’Eve ni d’Adam racontait leur liaison) à celles, bouleversantes, avec sa vieille nourrice Nishio-San ; évoque aussi son retour sur certains lieux de son enfance, comme l’école maternelle où elle était la seule Occidentale au milieu des petits Japonais, ou sa visite troublante à Fukushima, un an après le tsunami.

Je disais que le point de départ était véridique, mais c’est tout le livre qui s’imprègne de cette véracité. Intime et intimiste, le texte est heureusement dépouillé des affèteries habituelles dont Nothomb ornementait lourdement ses précédents romans. Ici, pas de noms ridicules ni d’excès de Champagne ; pas non de festival langagier aussi brillant que vain. Les dialogues, pour lesquels la romancière a une facilité (trop) manifeste, se font rares ; à l’exception de quelques phrases exécutées avec une familiarité regrettable, son véritable talent de plume peut donc enfin s’épanouir, déroulant une élégance simple et fluide, ainsi que de subtiles réflexions sur l’identité, l’écriture ou le passé.
L’humour cher à Amélie trouve aussi sa place, dans des scènes (la traductrice qui engueule l’éditeur japonais devant Nothomb bien embarrassée) d’autant plus amusantes qu’elles sont justes.

La Nostalgie heureuse porte bien son titre paradoxal. A la fois émouvant et apaisé, ce roman-miroir offre une réflexion sobre et touchante d’Amélie Nothomb sur ce qu’elle fut et sur ce qu’elle est devenue, suffisamment éloignée de l’image de phénomène médiatique que la déferlante littéraire nous renvoie chaque année en septembre pour que, enfin, on puisse apprécier sans arrière-pensée la sincérité de sa démarche d’écriture. Une très belle surprise, qui donne le coup d’envoi d’une prometteuse rentrée 2013.

La Nostalgie heureuse, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2013
ISBN 978-2-226-24968-5
152 p., 16,50€


Envies d’enfance, de Stéphanie Rigogne-Lafranque

Signé Bookfalo Kill

Rigogne-Lafranque - Envies d'enfanceUne fois n’est pas coutume sur ce blog, je vais aujourd’hui vous parler cuisine. Ne vous inquiétez pas, cela ne devrait pas se reproduire très souvent, d’abord parce qu’en général, j’ai du mal à distinguer une casserole et un fait-tout ; ensuite parce qu’un blog à dominante littéraire n’est sûrement pas le lieu le plus approprié pour chanter les louanges d’une recette, aussi appétissante soit-elle, ni pour encenser tel ou tel livre de cuisine, même s’il en existe beaucoup qui sont magnifiques, bien conçus, superbement mis en page, etc.

Envies d’enfance sort donc de l’ordinaire, précisément parce qu’il joint le littéraire au culinaire, ainsi qu’à l’artistique, de la plus jolie des manières. Entre les 55 recettes, originales ou non, qu’elle a imaginées, recréées, remaniées, Stéphanie Rigogne-Lafranque a choisi de glisser des petits textes, très bien tournés, souvent drôles ou émouvants ; des encarts qui tirent de beaux souvenirs de la mémoire du temps, jouant sur la nostalgie à petites touches, dans des évocations personnelles qui touchent pourtant tout le monde, tant il est facile de partager ces instants d’enfance que l’on peut tous avoir connus.

Cerise sur le gâteau (celle-ci était facile mais je ne pouvais pas m’en priver), Stéphanie Rigogne-Lafranque s’est associée à Junko Nakamura pour le graphisme du livre. Au lieu des traditionnelles photos qui présentent le plat terminé – dont l’image élégante et attrayante n’a en général pas grand-chose à voir avec ce que vous avez vous-même réalisé… -, l’illustratrice japonaise a imaginé des dessins pastel, poétiques et délicats, réalisés par « empreintes de papiers découpés » (dixit l’éditeur). Des petits cailloux visuels comme autant de doux clichés échappés de l’enfance : un chat qui dort près d’un vieux poële, une chasse aux coquillages sur la plage, un tricot abandonné, des jeux dans le jardin…

Quant aux recettes, dont les saveurs et les ingrédients jouent bien sûr sur le contexte enfantin voulu par leur auteur – gâteau au citron, croquettes de fromage, pancakes aux herbes, madeleines miel-amande, flans au saumon ou riz au lait… -, elles sont nombreuses à mettre l’eau à la bouche et, pour la plupart, paraissent faisables – même pour quelqu’un qui a du mal à distinguer une petite cuillère d’une fourchette à escargot.
Alors, faites-vous plaisir, plongez dans ce très beau petit livre plein de douceur et de tendresse… et régalez-vous !

Envies d’enfance, de Stéphanie Rigogne-Lafranque
Illustrations de Junko Nakamura
Éditions du Rouergue, 2013
ISBN 978-2-8126-0477-5
79 p., 18€

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