Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Carter contre le Diable, de Glen David Gold

Signé Bookfalo Kill

Alors là, attention : Carter contre le Diable, c’est du lourd, du genre dont il n’est pas facile de parler, parce qu’il mêle beaucoup de choses très différentes, mille-feuilles littéraire qui emprunte autant au roman historique qu’au polar et à la littérature de genre, l’aventure, le fantastique… sans jamais imposer une tendance plutôt qu’une autre.

Gold - Carter contre le DiableTout commence en 1923, à San Francisco. Le Président américain, Warren Harding, alors en tournée dans le pays pour expliquer sa politique, assiste au spectacle de magie de Charles Carter, dit « Carter le Grand ». Il participe même à l’impressionnant final, en dépit des réserves des services secrets chargés de le protéger, mais tout se déroule sans problème. Sauf que, durant la nuit suivante, Harding meurt brutalement dans sa chambre d’hôtel.
Comment le Président est-il mort ? Carter est-il impliqué ? Alors que le magicien s’évapore soudain, l’agent Griffin, membre du Service Secret qui a déjà vu mourir deux présidents qu’il devait défendre, est persuadé de sa culpabilité. Mais lorsqu’il est question d’illusionnisme, rien n’est évidemment aussi simple qu’il n’y paraît…

Comme je l’évoquais en préambule, le premier livre de Glen David Gold est d’une richesse folle. Parfaitement documenté, il plante le décor de l’Amérique entre la toute fin du XIXème siècle et les années 1920, sans tomber non plus dans le cours d’histoire rasoir. Ce sont des éléments, des détails, des décors, toujours évoqués avec finesse, qui donnent de la vie à l’arrière-plan du roman.

Il y est aussi beaucoup question, forcément, du monde du spectacle, en particulier celui de l’illusionnisme, alors en pleine gloire, avec de véritables stars mondiales comme Harry Houdini, le plus célèbre de tous. Charles Carter, qui a véritablement existé, a connu ses heures fastes lui aussi ; mais Glen David Gold a largement romancé sa vie pour en faire un grand personnage de roman, complexe, ambitieux mais intègre, facétieux mais triste, brillant mais torturé, marqué par des drames terribles mais capable de se relever à chaque fois pour créer des spectacles toujours plus fous, toujours plus audacieux, empruntant aux technologies les plus virtuoses de son temps (le rapport aux nouveaux médias qui naissent à l’époque est au cœur du livre), suscitant les émotions les plus fortes, de l’euphorie à la terreur en passant par l’ébahissement le plus enfantin.
Gold - Carter contre le Diable - affiche d'époqueCes numéros, le romancier parvient à les rendre visuels, à les faire vivre au lecteur comme s’il était assis dans la salle face à la scène. L’exploit n’est pas mince, et il le reproduit à plusieurs reprises dans le livre, notamment lors du saisissant prologue ou de l’époustouflant final – 150 pages de suspense et d’inventivité à couper le souffle, qui m’ont happé, enchanté ou terrifié sans coup férir.

Je m’aperçois que j’ai déjà bien tartiné dans cette chronique, et il y aurait pourtant encore beaucoup à dire… Il faudrait évoquer les personnages, car Charles Carter est loin d’être seul sur la scène du roman. Ses parents, son frère James, son odieux rival Mysterioso, ce loser magnifique qu’est l’agent Griffin, la flamboyante Annabelle qui est la première à embraser le coeur du magicien, la délicieuse et mystérieuse Phoebe qui le ranime des années plus tard… et Ledocq, l’ombre fidèle de Carter, Philo le petit inventeur, Borax Smith l’entrepreneur tortueux, Harding le Président perdu… Figures véridiques ou créations de l’auteur, ils habitent ces pages et peuplent l’imaginaire du lecteur pour mieux marquer sa mémoire.

Bon, je m’arrête là, le monde foisonnant de Carter contre le Diable vous attend, là, juste derrière le rideau. Installez-vous confortablement dans votre fauteuil et laissez-vous hypnotiser par la magie littéraire de Glen David Gold. Vous ravirez l’âme d’enfant qui sommeille en vous et régalerez l’amateur de belle littérature que vous êtes. Abracadabra !

Carter contre le Diable, de Glen David Gold
Traduit de l’américain par Olivier de Broca
  Éditions Super 8, 2014
ISBN 978-2-37056-010-0
810 p., 22€

P.S. : Je paie ici ma dette à Frédéric « 4 de couv » Fontès, qui me parle avec passion de ce roman depuis des années, et qui n’a eu de cesse de le défendre depuis sa première parution chez Michel Lafon en 2002, rapidement suivie d’une trop longue indisponibilité. Merci Fredo – et merci aux toutes nouvelles éditions Super 8, déclinaison pour une littérature de genre ambitieuse des éditions Sonatine, d’avoir ramené ce livre sur les tables des librairies !

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9 Réponses

  1. J’ai vécu une expérience littéraire inoubliable avec ce roman, comme rarement. J’ai eu des frissons durant cette lecture.
    En lisant ton avis, revoilà les frissons qui m’assaillent, preuve que tu as parfaitement décrit ce livre magnifique et tes émotions.
    Juste merci

    3 mai 2014 à 10:27

  2. et merci à Fredo d’avoir tant insisté ;-)

    3 mai 2014 à 11:22

  3. J’avoue mon ignorance sur ce bouquin là… :( Jamais lu ni même vu ! Mais si Yvan nous parle d’une expérience littéraire inoubliable, là, ça devient encore plus sérieux. Je devrais peut-être me pencher sur ce livre ;)

    5 mai 2014 à 12:39

  4. Pingback: Carter contre le diable – Glen David Gold | EmOtionS – Blog littéraire et musical

  5. Ta chronique est tellement juste que je me suis permis de mettre son lien sous la mienne ;-)

    11 mai 2014 à 21:35

    • Rhôôôôôôô !!!!!! Merci Yvan :)

      Comme d’habitude, tu t’es plus que bien débrouillé aussi (j’avais pensé aussi à un moment écrire ma chronique sur un ton de bateleur ;-) ) – et tant mieux, parce qu’il faut défendre ce livre qui en a grand besoin. J’ai du mal à le vendre à la librairie en dépit de tout mon enthousiasme, et je constate que je ne suis pas le seul en regardant les chiffres de mes petits camarades un peu partout ailleurs…

      Donc il faut dire, redire et reredire que ce roman est formidablement exceptionnel !!!

      22 mai 2014 à 08:01

      • ça me désole ce que tu me dis là…. passer à coté d’une telle merveille, malgré les conseils avisés d’un bon libraire, mais c’est une honte ! ;-)
        Non sérieux, c’est triste, donc continuons à en parler TRES FORT !

        22 mai 2014 à 18:55

  6. Collectif Polar

    Magique cet article miss Cannibal Belette. :)

    19 décembre 2014 à 04:41

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