Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Monarques, de Sébastien Rutés & Juan Hernàndez Luna

Signé Bookfalo Kill

Autant que le roman d’une histoire, Monarques est l’histoire d’un roman. Celle d’un auteur français, Sébastien Rutés, imaginant un jour de 2008 (ou plutôt un soir bien arrosé) un livre à quatre mains avec son ami mexicain Juan Hernàndez Luna. Comme leurs futurs héros Augusto et Jules, ils entament de chaque côté de l’Atlantique l’écriture d’un roman épistolaire, dont ils achèvent la première partie et commencent la deuxième avant qu’en 2010, la maladie emporte Juan trop tôt, à 48 ans. Le choc et le chagrin absorbés, Sébastien se remet à l’ouvrage et termine seul ce livre au destin singulier, à la fois vivace et triste, ce livre survivant, à l’image des aventures qu’il raconte.

Rutés & Hernandez Luna - MonarquesCar Monarques est un roman d’aventures, un vrai, un grand, un beau ! Tout commence pourtant d’une manière presque paisible. Augusto Solis, affichiste mexicain, écrit lettre sur lettre à Loreleï, son grand amour rencontré dans son pays et trop tôt reparti pour d’obscures raisons. La seule adresse dont il dispose est à Paris, mais Loreleï n’y habite plus. C’est un jeune homme, Jules Daumier, coursier pour l’Humanité, qui y vit désormais avec sa mère. Par politesse, Jules répond néanmoins à Augusto pour l’avertir de sa méprise – et se noue alors entre eux, involontairement, une amitié épistolaire nourrie par la recherche de Loreleï.
Quelques décennies plus tard, dénichant les lettres de son grand-père Jules, Daniel retrouve et contacte Nieves, petite-fille d’Augusto. Ils renouent le fil d’une correspondance et d’une amitié interrompues par la Seconde Guerre mondiale…

Quelle(s) histoire(s) !!! Nombre d’écrivains auraient tiré 250 pages d’une seule des péripéties qui peuplent Monarques. En bons héritiers de Jules Verne, Garcia Marquez et consorts, Luna et Rutés aiment les intrigues foisonnantes, les personnages hauts en couleur, les rebondissements insensés, les grands méchants et les belles histoires d’amour. Mêlant la France du Front Populaire et l’histoire mexicaine, le Paris bégueule et populaire des années 30 et Hollywood, réservant un drôle de sort au film Blanche-Neige (!!!), mettant en scène Walt Disney, Aragon, Léni Riefenstahl et même Hitler, entre autres personnages réels glissés entre les superbes figures imaginaires créées par les deux auteurs, le roman ne recule devant rien pour lancer ses lecteurs sur la route de l’aventure et de l’évasion, des frissons et des passions.

Les conditions particulières d’écriture du livre font beaucoup pour sa singularité. La première partie est un roman épistolaire, calqué sur les échanges entre Augusto et Jules. La disparition de Juan Hernàndez Luna contraint ensuite Sébastien Rutés à changer le dispositif prévu, optant dans la deuxième partie pour un récit classique qui prend tout à fait des accents verniens, avec quête d’un trésor caché, poursuites en bateau, séquestrations de héros, îles mystérieuses, retrouvailles et pertes éperdues… avant de revenir dans la troisième partie à un échange de missives, cette fois électroniques, modernité oblige, puisque les héritiers de Jules et Augusto sont nos contemporains.
Étonnamment, les deux premiers segments s’enchaînent à merveille. La technique épistolaire est exploitée au maximum ; le retour ensuite à la forme classique du récit permet d’expliquer nombre de mystères et, en changeant de rythme, de relancer la curiosité et l’intérêt du lecteur. Après une telle débauche de péripéties et d’émotions, la troisième partie patine légèrement. Un peu trop bavarde, elle ralentit le récit, avant de se redresser grâce à une fin émouvante, heureusement à la hauteur du reste, ce qui permet de conclure l’ensemble du roman sur une très bonne note.

Brillant par sa construction, Monarques rejoint les plus belles pages littéraires alliant évasion et invention, jouant de l’Histoire pour dérouler une superbe histoire. Ce roman fait souffler sur la rentrée un vent de liberté plus que bienvenu, ne le ratez pas !

Monarques, de Sébastien Rutés & Juan Hernandez Luna
  Éditions Albin Michel, 2015
ISBN 978-2-226-31810-7
375 p., 21,50€

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2 Réponses

  1. L’histoire d’un roman, encore, pfffff…..

    2 septembre 2015 à 09:31

    • Me suis mal fait comprendre, on dirait. Je voulais dire que l’histoire du roman, son écriture, était déjà un roman en soi.
      Ça m’apprendra à vouloir faire des phrases :p

      2 septembre 2015 à 23:47

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