Archives de juillet, 2015

A première vue : la rentrée Seuil 2015

Les éditions du Seuil font partie des grosses écuries dont nous n’avons pas encore parlé cette année. Qu’à cela ne tienne, c’est parti ! Néanmoins, pas de quoi sauter au plafond non plus… Du côté des francophones, à part Alain Mabanckou, qu’on voit mal nous décevoir, les titres annoncés ne nous excitent pas plus que cela (constat entièrement personnel, évidemment). Ca pourrait être mieux du côté des étrangers – ça pourrait. Et dans le meilleur des mondes, nous pourrions aussi nous tromper complètement. Réponse(s) à la rentrée.

Mabanckou - Petit PimentÇA PIQUE, ÇA LANCE ET ÇA REPIQUE DERRIÈRE : Petit Piment, d’Alain Mabanckou
Petit Piment est un orphelin de Pointe-Noire dont la vie est pour le moins agitée. Pensionnaire d’une institution catholique dirigée par le tyrannique et corrompu Dieudonné Ngoulmoumako, il profite de la révolution socialiste pour s’évader, faire les quatre cent coups, puis se réfugier dans la maison close de Maman Fiat 500. Il y coule enfin des jours paisibles, jusqu’au au jour où le maire décide de s’attaquer à la prostitution. Ulcéré, Petit Piment passe en mode vengeance…

Desbiolles - Le Beau tempsON EN A GROS : Le Beau temps, de Marilyne Desbiolles (lu)
Roman biographique ou biographie romancée, roman documentaire, exofiction : les noms flous ne manquent pas pour tenter de définir ce genre très (trop ?) à la mode mêlant travail littéraire et personnages ou faits réels. Si Patrick Deville, Jean Echenoz et Eric Vuillard, entre autres, s’y sont brillamment illustrés, Marilyne Desbiolles aurait mieux de s’abstenir. Sa tentative, consacrée à Maurice Jaubert (compositeur de musique de films du début XXème) n’a définitivement rien d’un roman ; pas sublimée par un style, c’est une biographie assez pauvre et sans intérêt, ses rares incursions dans le texte pour ajouter de la matière littéraire s’avérant souvent ratées.

Delerm - Les eaux troubles du mojitoY’A DE LA RELANCE SUR LE DEJA-VU : Les eaux troubles du mojito, de Philippe Delerm
Sous-titré « et autres belles raisons d’habiter sur terre », ce petit livre ramène Delerm sur le chemin balisé qu’il avait ouvert avec La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, celui de textes courts et poétiques sur les petites choses qui font le sel de la vie quotidienne. C’était il y a dix-huit ans et rien n’a changé ou presque.

Holder - La Saison des BijouxUN ROI A LA TAVERNE : La Saison des Bijoux, d’Eric Holder
Écrivain de l’intime, Eric Holder revient avec une immersion dans le monde des marchands ambulants. Le temps d’un été, Jeanne, Bruno et leur tribu s’installent dans une petite ville de la côte Atlantique et tiennent un stand sur le marché. Entre les différents artisans et maraîchers présents autour d’eux, Forgeaud, le patron des lieux, est subjugué par Jeanne et se promet de la posséder avant la fin de la saison… Un huis-clos au grand air, passionnel et intimiste, qui sert de prétexte à une galerie de personnages hauts en couleur.

Kebabdjian - Les désoeuvrésUNAGI : Les Désœuvrés, d’Aram Kebabdjian
La Cité est une résidence où se côtoient de nombreux artistes, uniquement préoccupés de créer en ce lieu pensé pour eux. Chaque chapitre de ce long premier roman s’intéresse à une œuvre et à un artiste imaginés de toutes pièces par l’auteur, composant une vision de l’art contemporain. L’idée est intéressante, mais sur 512 pages, j’espère qu’on verra évoluer les personnages et que le livre ne se résumera pas à une longue énumération, sous peine de finir par manquer d’intérêt…

Majdalani - Villa des femmesELLE EST OÙ LA POULETTE ? : Villa des femmes, de Charif Majdalani
Le romancier libanais (qui écrit en français) met en parallèle, dans le Liban des années 60, la guerre de succession suivant le décès de Skandar Hayek, un homme d’affaires prospère dont la famille se déchire, et la guerre civile qui ébranle le pays. L’occasion pour les femmes de la famille de prendre le pouvoir…

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Grossman - Un cheval entre dans un barLA PENTE FATALE : Un cheval entre dans un bar, de David Grossman
(traduit de l’hébreu par Nicolas Weill)
Sous les yeux du juge Avishaï Lazar, un ancien ami d’école, un comédien monte sur la scène d’un club miteux d’Israël, où son numéro de comique vulgaire dérape soudain vers une confession inattendue et terrible. Depuis Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis étranger 2011, le romancier israélien est très suivi.

Kapoor - Un mauvais garçonIL TABASSE LE ROUQUIN : Un mauvais garçon, de Deepti Kapoor
(traduit de l’anglais (Inde) par Michèle Albaret-Maatsch)
Sa mère est morte, son père est parti, elle a vingt ans à New Delhi. Elle voudrait brûler sa vie mais se plie aux conventions sociales, pas le choix. Jusqu’au jour où elle rencontre ce mauvais garçon qui l’attire irrésistiblement. Sexe, drogue, alcool, elle plonge corps et âme avec lui dans une ville beaucoup plus dangereuse et palpitante qu’elle ne l’imaginait.

Cuenca Sandoval - Les hémisphèresJ’AI UN PIVERT DANS LA TÊTE, C’EST NORMAL ? : Les hémisphères, de Mario Cuenca Sandoval
(traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)
En vacances à Ibiza, deux amis s’adonnent à tous les plaisirs, abusant notamment de dantéine, une drogue en forme de poudre orange. Sous son emprise, ils tuent accidentellement une jeune femme au volant de leur voiture. Des années plus tard, ils restent obsédés par l’image de celle qu’ils nomment « la Première Femme », croyant la voir réincarnée dans d’autres silhouettes féminines qu’ils pourchassent sans relâche.

(Merci à Alexandre Astier pour les titres introduisant chaque présentation !)


A première vue : la rentrée Rivages 2015

Pour leur troisième rentrée littéraire automnale (après avoir notamment lancé l’extraordinaire Faillir être flingué de Céline Minard il y a deux ans), les éditions Rivages ont le bon goût de ne pas surcharger de travail les libraires en ne proposant que deux romans français et deux étrangers. Ouf !
Il faut doublement les saluer, car elles ont de plus le courage de sortir côté français deux premiers romans, ce qui représente tout de même un drôle de pari de nos jours…

les loups a leurs portes.inddSHYAMALANESQUE : Les loups à leur porte, de Jérémy Fel (en cours de lecture)
Les premières pages de ce roman m’ont irrésistiblement fait penser au Village, le film poisseux de M. Night Shyamalan (mais si, vous savez, l’ancien réalisateur prodige de Sixième Sens transformé en tâcheron épouvantable depuis quelques nanars affligeants) : atmosphère rurale, menace sourde lorsque la nuit tombe, créature angoissante… Ce n’est que le début et cela ne présage en rien de la suite, que l’éditeur présente comme une exploration de « la face monstrueuse du self made man américain ». À mi-lecture désormais, le pari semble tenu, et ce livre s’annonce bluffant, moins pour son style que pour sa construction très élaborée et sa réflexion sur la violence et les zones d’ombre que chaque être humain porte en lui.

mary.inddNEW YORK, NEW YORK : Mary, d’Emily Barnett
Comme son petit camarade de rentrée, cet autre premier roman prend les États-Unis pour cadre, et la Grosse Pomme en particulier, puisque c’est là, dans le New York d’après-guerre, qu’évolue l’héroïne. Enfance, adultère, maternité et filiation sont les thèmes annoncés du livre.

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rush_corps_def.inddRÉTROVISEUR : Corps subtils, de Norman Rush
(traduit de l’américain par Hélène Papot)
Norman Rush, né en 1933, est un écrivain tardif, puisqu’il a commencé à écrire alors qu’il allait sur ses soixante ans. On le retrouve ici mettant en scène un groupe d’amis quinquagénaires qui, à l’occasion de la mort de l’un d’eux et découvrant de lui une part d’ombre inconnue, ce qui les pousse à repenser leurs 20 ans. Rien d’original sur le papier, certes.

sheers_homme_def.inddDOUBLE FACE : J’ai vu un homme, d’Owen Sheers
(traduit de l’anglais par Mathilde Bach)
Qui est réellement Michael ? Un homme brisé par la mort de sa femme, reporter de guerre tuée au Pakistan ? Ou un personnage beaucoup moins recommandable, capable de s’introduire chez ses voisins londoniens un jour où ils sont absents ? Un pitch intriguant pour ce deuxième roman d’Owen Sheers.


A première vue : la rentrée P.O.L. 2015

L’année dernière, les éditions P.O.L. avaient « écrasé » médiatiquement la rentrée avec Emmanuel Carrère et son Royaume. Le programme 2015 n’a évidemment rien d’aussi imposant, mais propose néanmoins une diversité comme cette maison singulière sait en offrir, entre des romans « abordables » et d’autres plus élaborés.

Dorsan - Le Présent infini s'arrêteMALADIES DE SACHS : Le Présent infini s’arrête, de Mary Dorsan
Un premier roman choc, autant par son volume (720 pages) que par son sujet, largement autobiographique : comme Mary Dorsan, la narratrice est infirmière dans un appartement thérapeutique rattaché à un hôpital psychiatrique, spécialiste de l’accueil d’adolescents atteints de pathologies du lien. En une succession de chapitres courts, réalistes, parfois crus, la romancière donne à voir le quotidien de cet établissement atypique et cherche à nous rendre accessibles ces jeunes gens qui sont tout sauf fous.

Fargues - Au pays du p'titZEMMOURLAND : Au pays du p’tit, de Nicolas Fargues
Enseignant la sociologie à l’université, le héros de ce roman vient de publier un essai violemment anti-français. Le succès du livre lui vaut d’être invité à l’étranger, ce qui lui permet de profiter éhontément de ses deux passions : les voyages et les femmes, qu’il collectionne en prédateur… Un beau portrait de salopard en perspective.

Azoulai - Titus n'aimait pas Bérénice (pt)RETROUVER SON RACINE : Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai
De nos jours, une jeune femme bouleversée par un chagrin d’amour se penche sur Bérénice, la pièce de Racine, et sur la vie de son auteur, pour tenter de comprendre comment ce dernier a pu aussi bien décrire la passion amoureuse. Une transposition contemporaine doublée d’une mise en abyme de l’histoire de Titus et Bérénice.

Charles - Comme UlysseA FAIT UN LONG VOYAGE : Comme Ulysse, de Lise Charles
Enfant, Rebecca a servi de modèle à Norman Rockwell. Devenue adulte, elle épouse John Milton, un autre peintre qui rencontre un certain succès, et avec qui elle a deux enfants. Un jour, John décide d’embaucher Lou, une jeune Française, à la fois comme fille au pair et comme modèle. Mais qui est vraiment Lou ? Deuxième roman de cette jeune auteure (28 ans).


A première vue : la rentrée Julliard 2015

Du côté des éditions Julliard, on est plutôt en mode poids lourds pour cette rentrée 2015, puisque deux des trois auteurs présentant un roman dès le 20 août s’appellent Yasmina Khadra et Philippe Jaenada , grands noms de la maison. Anne Akrich, leur comparse féminine, née en 1986 et dont c’est le premier roman, ne sera pas de trop pour amener un peu de fraîcheur, même si les romans de ses illustres collègues présentent de solides arguments pour qu’on s’y intéresse.

Khadra - La Dernière nuit du RaïsLE CHANT DU BOURREAU : La Dernière nuit du Raïs, de Yasmina Khadra
On parlera forcément beaucoup de ce roman à la rentrée. D’abord parce que c’est Khadra, suivi par un large public. Ensuite pour son sujet, les dernières heures de Kadhafi, relatées dans un roman qui est l’occasion d’un retour sur la vie du dictateur libyen. Comme dans l’Attentat ou les Hirondelles de Kaboul, Khadra attaque à nouveau de front un sujet politique brûlant. On l’espère aussi brillant.

Jaenada - La Petite femelleJE VOUS RÉÉCRIS DANS LE NOIR : La Petite femelle, de Philippe Jaenada
Fait rare, le même fait divers lointain aura été traité par deux écrivains différents la même année. Après Jean-Luc Seigle en janvier dans Je vous écris dans le noir, Jaenada s’intéresse à Pauline Dubuisson, coupable du meurtre de son amant en 1953, et dont l’histoire inspira un film de Clouzot, La Vérité. Seigle ayant réussi un roman beau et sobre sur le sujet, on attend le plus fantaisiste Jaenada au tournant.

Akrich - Un mot sur IrèneLATEX : Un mot sur Irène, d’Anne Akrich
Premier roman d’une jeune femme de 29 ans, ce livre part de la mort d’une universitaire renommée, ayant tendance à emmener ses étudiantes dans son lit, et que l’on retrouve morte dans une chambre d’hôtel de New York à côté d’une poupée gonflable. Le mari d’Irène, frustré et gagné par la folie, raconte cette histoire. Ca va être chaud bouillant.


A première vue : la rentrée Stock 2015

Pour sa troisième année à la tête de Stock, l’éditeur Manuel Carcassonnne propose une rentrée solide quoique un peu trop riche (onze romans, neuf français et deux étrangers), où des valeurs sûres de la maison accueillent deux premiers romans, dont un aura sûrement la faveur des médias, et quelques transfuges aux noms prestigieux, dont le Britannique Nick Hornby et le romancier-psychanalyste Tobie Nathan.

Boltanski - La CacheDANS MON ARBRE IL Y A… : La Cache, de Christophe Boltanski
Si son nom vous est familier, ce n’est pas un hasard. Grand reporter au Nouvel Obs, Christophe Boltanski est aussi le fils du sociologue Luc Boltanski et le neveu de l’artiste Christian Boltanski. Ces précisions ont un sens, puisque c’est l’histoire de sa drôle de famille que livre ici le néo-romancier, en articulant son récit autour des pièces de la maision familiale à Paris. Le point de départ : la cache, un réduit minuscule où son grand-père s’est caché des Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, et qui est devenu par la suite le point névralgique de la demeure. La presse sera probablement au rendez-vous de ce gros premier roman.

Giraud - Nous serons des hérosRACINES : Nous serons des héros, de Brigitte Giraud
Joli titre pour le nouvel opus de la romancière lyonnaise, qui relate l’arrivée en France d’une femme et de son jeune fils, Olivio, tous deux ayant fui la dictature portugaise. Recueillis par un rapatrié d’Algérie, ils espèrent un nouveau départ mais l’homme ne supporte pas l’adolescent. Celui-ci se lie d’amitié avec Ahmed, un immigré algérien de son âge… Un roman où amours, tensions et quêtes de soi et de son identité seront au cœur du récit.

Liberati - EvaPOMME TOMBÉE DE L’ARBRE : Eva, de Simon Liberati
Enfant, elle a posé nue pour sa mère, la photographe Irina Ionesco, souvent dans des poses érotiques qui ont fait scandale. Une expérience traumatisante qui a laissé des traces et a marqué durablement sa vie, entre jeunesse tumultueuse et procès retentissant contre sa génitrice. Depuis, récemment, elle est devenue la femme de Simon Liberati, qui lui consacre donc ce récit intime, après l’avoir croisé plusieurs fois au fil des années, et s’en être inspiré pour son premier roman alors qu’il ne la connaissait pas encore. Là aussi, presse attendue… pour de bonnes raisons, on espère.

Faye - Il faut tenter de vivreBRANCHES : Il faut tenter de vivre, d’Eric Faye
Sandrine Broussard non plus n’a pas eu la vie facile. De son enfance maltraitée, elle a eu l’idée de se venger en séduisant à la chaîne qu’elle arnaquait ensuite avant de disparaître, multipliant identités, vies et fuites. Depuis longtemps fasciné par cet femme insaisissable, le narrateur finit par la rencontrer et se lier à elle. Un roman autobiographique auquel Eric Faye tient beaucoup.

Frèche - un homme dangereuxINCENDIAIRE : Un homme dangereux, d’Emilie Frèche
Attention, sujet sensible. Ce roman met en scène un homme convainquant une femme de tout quitter, son mari et ses filles partis en Israël, pour vivre avec lui. Mais son véritable projet est de la détruire, pour la seule raison qu’elle est juive… Une œuvre post-Charlie qui pourrait faire grincer des dents.

Noiville - L'Illusion délirante d'être aiméPETIT POUCET PERDU DANS LA FORÊT DES SENTIMENTS : L’illusion délirante d’être aimé, de Florence Noiville
L’illusion délirante d’être aimé est une véritable maladie, potentiellement dangereuse, connue sous le nom de « syndrome de Clérambault », du nom du psychiatre qui l’a diagnostiquée. L’héroïne de ce roman, Laura, en souffre, accusant une ancienne amie de la harceler. Sauf que personne dans son entourage n’est témoin de rien…

Nathan - Ce pays qui te ressembleCANOPÉE : Ce pays qui te ressemble, de Tobie Nathan
Une grande fresque historique prenant pour cadre l’Egypte, dont est originaire Tobie Nathan. Suivant depuis longtemps une double carrière de psychanalyste réputé et de romancier, l’écrivain retrace à travers le parcours extraordinaire de Zohar, né dans le ghetto juif du Caire, l’histoire récente de son pays, depuis le roi Farouk jusqu’à l’islamisation grandissante de ces dernières années.

DÉRACINÉE : Sœurs de miséricorde, de Colombe Schneck
Une Bolivienne quitte son pays et sa pauvreté pour Paris, où elle espère gagner sa vie. Elle se heurte à une autre vision du monde, froide et désincarnée, notamment chez les riches qui l’emploient. Si ce roman est inspirée d’une rencontre qu’elle a faite, pour une fois Colombe Schneck ne parle pas d’elle. C’est déjà ça.

DÉRACINÉS : Les bannis, de Laurent Carpentier
C’est l’autre premier roman de la rentrée Stock. Inspiré de faits réels, il relate le bannissement, l’excommunication, l’exil et l’exploitation des membres d’une famille dans le tumulte du XXe siècle dans un texte qui oscille entre vie et mort, entre horreur et humour.

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Hornby - Funny GirlBOURGEONS : Funny Girl, de Nick Hornby
(traduit de l’anglais par Christine Barbaste)
Un grand nom de la littérature anglaise contemporaine rejoint Stock ! L’auteur de Carton jaune, Pour un garçon, Haute fidélité ou Juliet, Naked évoque les Swinging Sixties, à travers l’histoire d’une actrice, Sophie Straw, star d’une comédie à succès de la BBC dans les années 60. Un roman que l’on attend comme toujours enlevé, humain, chaleureux et drôle.

Stanisic - Avant la fêteRADICELLES : Avant la fête, de Sasa Stanisic
(traduit de l’allemand par Françoise Toraille)
Ce n’est que le second roman de Sasa Stanisic, romancier d’origine yougoslave qui vit en Allemagne, et connut un gros succès avec son premier titre, Le Soldat et le Gramophone – c’était en 2008, déjà. Cette fois, il raconte un village et ses habitants, le temps d’une nuit, avant la fête de la Sainte-Anne, moment important de la communauté.


A première vue : la rentrée L’Iconoclaste 2015

Faisons un peu de place cette année pour une nouvelle venue dans le grand cirque de la rentrée : la maison d’édition l’Iconoclaste, plutôt spécialisée dans le domaine des essais (notamment des livres de Christophe André, Alexandre Jollien, François Cheng, ou l’autobiographie à succès de l’artiste Gérard Garouste), se lance dans la mêlée avec quatre titres qui, ma foi, ressemblent à quelque chose. Et c’est bien pour cela que nous en parlons !

Perrignon - Victor Hugo vient de mourir (pt)2DERNIERS JOURS ILLUSTRES (I) : Victor Hugo vient de mourir, de Judith Perrignon (lu)
Auteur phare de l’Iconoclaste, auteure d’entretiens avec Sonia Rykiel, de L’Intranquille avec Gérard Garouste ou d’un livre sur les frères Van Gogh, Judith Perrignon publie ici son premier roman dans lequel, comme le titre l’indique, elle relate les dernières heures de Victor Hugo, puis l’état de fébrilité inouïe qui a saisi la France dans les jours suivant la mort du grand homme. Un livre fiévreux, dans lequel on sent bouillonner la rue, les différentes factions qui cherchent à accaparer l’ombre de Hugo, les tiraillements politiques extraordinaires opposés à l’intimité familiale de la mort. Remarquable !

Castro - Nous, Louis, RoiDERNIERS JOURS ILLUSTRES (II) : Nous, Louis, Roi, d’Eve de Castro
Là encore, un grand homme s’éteint, mais plus d’un siècle et demi plus tôt, puisque Eve de Castro raconte les dix-sept derniers jours de Louis XIV. Un souverain vieillissant, malade, loin de l’image flamboyante du Roi-Soleil.

Rahimi - La Ballade du calameCHANSON DU DÉRACINÉ : La Ballade du calame, d’Atiq Rahimi
Pour accompagner cette première rentrée littéraire, l’Iconoclaste s’offre la plume d’un Prix Goncourt, rien de moins (Syngué Sabour, pierre de patience, en 2008). Le sous-titre, Portrait intime, éclaire le contenu personnel de ce récit dans lequel Rahimi, d’origine afghane, évoque notamment l’exil. Le texte est accompagné de poèmes et de calligraphies.

Ribes - Mille et un morceauxTHÉÂTRE SANS AUTOBIO : Mille et un morceaux, de Jean-Michel Ribes
Autre nom célèbre à offrir ici sa plume, le dramaturge, metteur en scène et directeur du théâtre du Rond-Point Jean-Michel Ribes, auteur des fameux Palace, Musée haut, musée bas ou Théâtre sans animaux, livre un gros pavé où il collecte en vrac et avec enthousiasme ses souvenirs, l’évocation des gens qu’il a côtoyés, des lieux, des moments…


A première vue : la rentrée Actes Sud 2015

À première vue, en 2015, les éditions Actes Sud ne perdront pas le nord (ah ah) grâce à Mathias Enard, dont Boussole devrait aimanter leur rentrée vers la pôle position (voire jusqu’à un prix ?)
Pour le reste, entre ces dames et ces messieurs, il y a du solide, du curieux, de l’original, du moins séduisant – et le plus gros événement médiatique de la rentrée, pas forcément pour les meilleures raisons… (Rendez-vous en fin d’article pour découvrir de quoi il s’agit !)

Enard - BoussoleUN PEU PLUS À L’OUEST : Boussole, de Mathias Enard
A travers les réflexions et souvenirs fiévreux d’un homme frappé d’insomnie le temps d’une nuit, Enard revisite l’histoire des relations entre Orient et Occident. Tout simplement ! Un voyage érudit, sans doute puissamment littéraire connaissant l’auteur, fruit d’un long travail, qui devrait marquer la rentrée et semble un candidat sérieux à un prix (pour autant qu’un prix ait l’ambition cette année de couronner une véritable œuvre).

Larnaudie - Notre désir est sans remèdeÉCRAN CREVÉ : Notre désir est sans remède, de Mathieu Larnaudie
Grandeur et décadence à Hollywood d’une actrice trop belle, trop libre pour ne pas déranger les bonnes consciences : à travers le portrait de Frances Farmer, star déchue du cinéma américain dans les années 30, Larnaudie interroge la perversion de la célébrité et du poids de l’image.

Benameur - Otages intimesRETOUR DU FRONT : Otages intimes, de Jeanne Benameur
Enfin libéré après avoir longuement été retenu en otage, un photographe de guerre revient chez lui, dans le village de sa jeunesse, pour se remettre et affronter, sereinement si possible, les souvenirs du chaos qu’il a vécu. Un parcours qu’il accomplit auprès de deux amis d’enfance, tous trois cherchant à comprendre ce qui nous rend tous plus ou moins otages de moments de notre vie.

Claro - Crash-TestCORPS SAUVAGES : Crash-Test, de Claro
Trois personnages sont à la croisée d’une réflexion poétique sur le corps et la violence : un homme chargé de réaliser des crash-tests avec des cadavres, une strip-teaseuse exposée chaque soir aux regards incandescents des hommes, un adolescent s’adonnant au sexe solitaire dans sa chambre avec des bandes dessinées pour adultes. Sur le papier, quelque chose du Crash de J.G. Ballard, bien sûr, mais avec Claro, il ne faut pas s’attendre à un simple décalque.

Lachaud - Ah ! Ca iraTHOMAS MORE RELOADED : Ah ! Ca ira…, de Denis Lachaud
Avec ce gros roman (432 pages), Lachaud esquisse une utopie politique, dans laquelle la révolte contre les dérives de la société passe, non plus par la violence, mais par le passage à l’acte citoyen. Au cœur du livre, un père et sa fille. Le premier, en 2016, accomplit un geste qui l’envoie en prison. En 2037, lorsqu’il recouvre la liberté, c’est sa fille qui prend la relève et mène le combat à sa manière, dans un mouvement visant à rejeter la démocratie telle que nous la subissons.

Garat - La SourceÀ LA CLAIRE FONTAINE : La Source, d’Anne-Marie Garat
Dans un domaine reculé de Franche-Comté, une vieille femme raconte à la narratrice qu’elle accueille pour quelques jours l’histoire de la maison et de ses habitants. Mais ses récits sont-ils véridiques, ou tisse-t-elle la toile d’une étrange fiction ? Et que vient chercher ici la narratrice, dont le passé familial recèle de sombres secrets ? Un gros roman romanesque comme les aime Anne-Marie Garat.

SIM CITY : Bâtisseurs de l’oubli, de Nathalie Démoulin
Dans la région de Sète, l’architecte Marc Barca s’est échiné durant des années à repenser le paysage urbain, confrontant ses rêves de béton aux vestiges romains antiques qui émergent régulièrement de la terre. Face à lui, la Méditerranée, personnage à part entière du roman.

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Côté étrangers, nous avons un peu de mal à délimiter les contours du programme pour le moment, aussi nous concentrerons-nous sur deux titres en particulier, ce qui sera déjà pas mal…

MENTEUR MENTEUR : L’Imposteur, de Javier Cercas
(traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic)
Le gros morceau de la rentrée étrangère chez Actes Sud, c’est lui. Et ce roman évoquant le dévoilement de la supercherie d’un nonagénaire barcelonais, porte-parole des survivants espagnols de l’Holocauste pendant des années, qui s’avère n’avoir jamais connu lui-même l’horreur des camps contrairement à ce qu’il prétendait, ne manquera pas de faire parler. D’après les premiers retours, en (très) bien !

Gilbert - & filsAU REVOIR LES ENFANTS : & fils, de David Gilbert
(traduit de l’américain par Clément Baude)
Décidément, ces dernières années, l’écrivain culte est à la mode dans les romans. Après notamment Joël Dicker (La Vérité sur l’affaire Harry Quebert) et cette année Alice Zeniter (Juste avant l’oubli), voici l’Américain David Gilbert, qui raconte les tentatives du dit écrivain pour renouer avec ses fils.

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Et enfin, nous l’annoncions en préambule, LE titre médiatique de la rentrée, le rouleau compresseur qui va faire saigner les stylos des critiques et s’énerver fans et détracteurs à partir du 26 août :

Lagercrantz - Millenium 4, Ce qui ne me tue pasLA SUITE QUI N’AURAIT JAMAIS DÛ ÊTRE ÉCRITE : Millénium 4 – Ce qui ne me tue pas, de David Lagercrantz
(traduit du suédois par Hege Roel Rousson)
Tout a été et sera encore dit au sujet de ce roman, résumons donc le plus possible : un aimable (et ma foi courageux) faiseur, auteur notamment de l’autobiographie de Zlatan Ibrahimovic (si si), a été mandaté pour écrire la suite de la trilogie mythique de Stieg Larsson, interrompue pour cause de décès prématuré de ce dernier. Lagercrantz a ainsi la lourde tâche de ressusciter Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, dans une nouvelle enquête sur un complot impliquant les services secrets américains. On tâchera de juger la bête avec autant d’objectivité que possible…


A première vue : la rentrée Zulma 2015

L’année dernière, les éditions Zulma nous avaient mis K.O. de bonheur avec L’Île du Point Némo, l’extraordinaire roman d’aventures de Jean-Marie Blas de Roblès. Rien d’aussi affolant en perspective (quoique…) dans cette rentrée 2015, mais de possibles jolies choses tout de même, avec deux romans français – signés du même auteur – et trois étrangers.

LaSolutionEsquimauAWCOUP DOUBLE : Corps désirable et Ma, d’Hubert Haddad
Écrivain fort productif, Hubert Haddad truste à lui seul la rentrée française Zulma avec deux textes très différents. Corps désirable envisage les conséquences morales et éthiques d’une greffe de tête, tout en plongeant à corps perdu dans les sensations de ses personnages.
Quant à Ma, il ramène Haddad sur le territoire familier, japonais et spirituel, du Peintre d’éventail, l’un de ses plus gros succès : après une histoire d’amour brève et intense avec une universitaire spécialiste du poète haïkiste Santoka, Shoichi se lance dans les pas de trois grands maîtres du haïku, dont Basho.

LeVieuxJardinAW+CONTES DES SEPT JOURS ET SEPT NUITS : Le Jardin des Sept Crépuscules, de Miquel de Palol
(traduit du catalan par François-Michel Durazzo)
Si un roman Zulma pouvait cette année égaler l’extase procurée par L’Ile du Point Némo, ce pourrait être ce somptueux pavé de 1152 pages ! Construit sur un principe de narration connu mais virtuose (quelques personnages réunis par une nécessité majeure dans un lieu clos se racontent des histoires pendant sept jours et sept nuits), il permet à Miquel de Palol un enchâssement de récits extraordinaires menant à la révélation d’un mystère final… Pour la taille de la bête et sa construction, une sacrée aventure de lecture en perspective !
(en librairie le 1er octobre)

LaSolutionEsquimauAWMICROCOSMOS : Les nuits de laitue, de Vanessa Barbara
(traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec)
Le premier livre de cette jeune romancière brésilienne nous plonge dans une communauté de délicieux doux-dingues, entre le facteur qui échange les courriers pour favoriser le lien social, un centenaire japonais convaincu que la Seconde Guerre mondiale n’est pas terminée, un passionné de romans noir paranoïaque ou une propriétaire de chihuahuas hystériques… Un petit roman que l’on attend plein de chaleur, d’humour et d’humanité.

love-is-power-ou-quelque-chose-comme-caLAGOS CLUB : Love is Power, ou quelque chose comme ça, de A. Igoni Barrett
(traduit de l’anglais (Nigeria) par Sika Fakambi)
Zulma est aussi l’une des rares maisons à proposer régulièrement des auteurs africains contemporains. Démonstration avec ce roman qui, à travers l’histoire d’un policier abusif et de sa famille, donne à voir le Lagos d’aujourd’hui.


A première vue : la rentrée Albin Michel 2015

Ils sont dix cette année à se présenter sous les couleurs des éditions Albin Michel : sept romans français et trois étrangers. A première vue, pas forcément de quoi bouleverser la rentrée littéraire (comme chez l’ensemble des éditeurs), mais quelques rendez-vous intéressants sont à espérer néanmoins, entre arrivées de transfuges prestigieux, incontournables (coucou Amélie !), projets inattendus et gros morceaux, avec une nette prédominance de sujets de société.

Nothomb - Le Crime du comte NevilleAMÉLIE WILDE : Le Crime du comte Neville, d’Amélie Nothomb (lu)
Vieil aristocrate belge sur le point de vendre son château familial, le comte Neville apprend qu’il va tuer l’un de ses invités au cours de la fête qu’il s’apprête à y donner. Sa fille adolescente, prénommée Sérieuse, lui propose une solution aussi audacieuse que terrible… Inspirée par le Crime de Lord Arthur Savile d’Oscar Wilde, Amélie Nothomb signe une fantaisie pétillante, bien dans son style quoique assez sage au final.

Rutés & Hernandez Luna - MonarquesQUATRE-MAINS TRANS-MARITIME : Monarques, de Sébastien Rutés & Juan Hernandez Luna
En 1935, Augusto, un affichiste mexicain, entame une correspondance involontaire avec Jules Daumier, jeune Français coursier à L’Humanité. Le second entreprend alors de rechercher Loreleï, jeune femme dont le premier est éperdument amoureux, et qui semble avoir disparu. Quelques dizaines d’années plus tard, les petits-fils d’Augusto et Jules poursuivent l’échange… Après la mort précoce en 2010 de Juan Hernandez Luna, Sébastien Rutés a poursuivi et achevé seul ce projet original de roman épistolaire à quatre mains.

Viguier - Ressources inhumainesVIOLENCE DES ÉCHANGES EN MILIEU TEMPÉRÉ : Ressources inhumaines, de Frédéric Viguier
Ce premier roman d’un auteur de théâtre suit le parcours d’une jeune femme quelconque au sein d’un hypermarché, qui gravit les échelons de simple stagiaire à chef de secteur, donnant ainsi un sens à sa vie. Jusqu’au jour où son statut est menacé par l’arrivée d’une nouvelle stagiaire…

Mordillat - La Brigade du rireVIVE LA SOCIALE : La Brigade du rire, de Gérard Mordillat
Une petite bande de chômeurs kidnappe un journaliste de Valeurs françaises pour le forcer à travailler selon ses propres idées extrémistes (semaine de 48h, smic en berne, travail le dimanche…) Transfuge de Calmann-Lévy, Mordillat propose une comédie sociale féroce et engagée, bien dans son style.

PETIT POUCET CHINOIS : Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, d’Olivier Bleys
En Chine, un homme économise assez d’argent pour racheter la maison familiale, dans le jardin de laquelle sont enterrés ses parents. Mais une compagnie minière essaie de les expulser pour exploiter la richesse du sous-sol.

LIGHT MY FIRE : L’Envers du feu, d’Anne Dufourmontelle
Premier roman d’une psychanalyste réputée, qui met en scène… une psychanalyste (on ne se refait pas). Cette dernière écoute le récit d’un Américain d’origine russe, qui tente de retrouver une femme disparue, tout en luttant contre un rêve obsédant de feu qui parasite ses souvenirs.

NICOLE GARCIA : Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, de Claire Delannoy
En découvrant à la mort de son mari que ce dernier avait une fille cachée, une femme s’entoure de ses amies proches pour questionner leurs amitiés et leurs amours. Vous le voyez venir, le film choral avec toutes les actrices françaises qu’on voit toujours à l’affiche dans ce genre d’histoire ?

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Mari - Les folles espérancesDICKENS ITALIEN : Les folles espérances, d’Alessandro Mari
(traduit de l’italien par Anna Colao)
Pour son premier roman, Mari balance un pavé de 1000 pages qui suit quatre personnages, parmi lesquels Garibaldi, dans une quête de liberté et d’amour dans l’Italie du XIXème siècle. On l’attend comme l’une des révélations étrangères de cette rentrée.

Mengestu - Tous nos nomsTEARS FOR FEARS : Tous nos noms, de Dinaw Mengestu
(traduit de l’américain par Michèle Albaret-Maatsch)
Un jeune Africain fuit l’Ouganda en proie à la guerre civile, y abandonnant son meilleur ami, pour rallier l’Amérique des années 70, où il trouve l’amour. Entre Afrique et Amérique, un roman du déchirement et de la quête d’identité dans des pays qui se cherchent.

INISHOWEN : La Neige noire, de Paul Lynch
(traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso)
Après avoir vécu aux États-Unis, un Irlandais revient s’installer en 1945 dans une ferme de son pays avec femme et enfant. La mort accidentelle d’un ouvrier dans l’incendie de son étable le confronte à l’hostilité des autochtones, qui se confond avec la rudesse de la région.


A première vue : la rentrée Minuit 2015

Deux romans (dont un premier) et un OLNI d’un grand nom de la maison, voilà le programme des éditions de Minuit, comme toujours économes en parution – et on les en remercie.

Ravey - Sans état d'âmeMAIGRET AMATEUR : Sans état d’âme, d’Yves Ravey (lu)
Nous sommes, comme souvent, dans une petite ville anonyme de province. Gustave Leroy y a grandi, il y exerce aujourd’hui la profession de chauffeur routier. Un jour, Stéphanie, son amie d’enfance dont il est toujours amoureux, vient lui demander de rechercher son fiancé américain, John Lloyd, qui a disparu sans laisser de traces. Incapable de rien lui refuser, Gu accepte et se met à fouiner. Mais est-il réellement le mieux placé pour mener cette enquête ? Et que faire de Mike Lloyd qui débarque sans crier gare pour retrouver son frère ?
Ce faux polar rural, prétexte à une étude de moeurs poisseuse et implacable, est une nouvelle réussite d’Yves Ravey, plus que jamais héritier de Simenon et Claude Chabrol.

Guillot - Changer d'airC’EST LA VIE QUI FAIT PLOUF : Changer d’air, de Marion Guillot
Marié, père de deux enfants, un professeur décide de tout plaquer après avoir été témoin d’un incident sans conséquence – sauf pour lui : cette vision perturbante le pousse à essayer de recommencer sa vie à zéro, même si son existence jusqu’alors lui convenait très bien.
Un premier roman dont on attend, comme souvent chez Minuit, un travail littéraire particulier qui transcendera son sujet.

Toussaint - FootballENFANT DE LA BABALLE : Football, de Jean-Philippe Toussaint (lu)
Amateur de ballon rond, Toussaint avait déjà commis La Mélancolie de Zidane en 2006, récit très bref et poétique en réaction au fameux coup de boule de Zizou en finale de la Coupe du Monde. Il récidive avec un texte plus long, articulé autour de la Coupe du Monde de 2002 en Corée et au Japon, faisant de ses réflexions sur le sport le plus populaire du monde un objet littéraire et intime, élégant et profond.


A première vue : la rentrée Flammarion 2015

Flammarion continue à jouer la carte de la sobriété en 2015, avec seulement sept titres français et un étranger (comme l’année dernière). Et, à première vue, la qualité s’en ressent, puisque le panel est assez intéressant et varié cette année.

Reverdy - Il était une villeSIX FEET UNDER : Il était une ville, de Thomas B. Reverdy (en cours de lecture)
L’auteur des Évaporés campe son nouveau roman dans les rues abandonnées de Detroit, capitale emblématique de la crise aux Etats-Unis. Tout en dressant le tableau effarant d’une ville en faillite, désertée et quasi rendue à l’état sauvage, Reverdy suit les destins parallèles d’Eugène, un ingénieur automobile français parachuté là pour un projet bidon ; Charlie, jeune garçon qui décide d’accompagner un de ses amis maltraité par sa mère dans une escapade à la Stephen King ; et le lieutenant Brown, policier usé mais tenace qui enquête sur le nombre très élevé de disparitions d’enfant en ville… Soit un mélange étonnant, qui met un peu de temps à prendre mais finit par très bien fonctionner.

Marienské - Les ennemis de la vie ordinaireBREAKING BAD : Les ennemis de la vie ordinaire, d’Héléna Marienské (lu)
Les ennemis du titre, ce sont les patients de Clarisse, tous atteints d’addictions sévères, que ce soit au jeu, à la drogue, au sexe et autres réjouissances. Persuadée d’avoir l’idée du siècle, la psychiatre décide de les réunir pour une thérapie du groupe qui devrait, selon elle, leur permettre de résoudre collectivement leurs problèmes. Mais au contraire, loin de se soigner, les sept accros finissent par se refiler leurs addictions… Une comédie trash et malpolie (voire olé-olé par moments), de plus en plus drôle et attachante jusqu’à un final complètement délirant. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais Marienské assume son idée avec une gouaille réjouissante.

Zeniter - Juste avant l'oubliCASTLE : Juste avant l’oubli, d’Alice Zeniter
Changement de registre pour l’auteure du salué Sombre dimanche, histoire d’une famille hongroise au XXe siècle. Cette fois, elle met en scène un couple, Franck et Emilie : lui est très amoureux d’elle, elle n’en a que pour un auteur de polar culte, disparu mystérieusement en 1985, dont elle est une spécialiste. A l’occasion d’un colloque qu’Emilie organise sur une île, Franck décide de la suivre et de la demander en mariage. Mais tout va vite déraper… Très tentant pour nous, notamment pour la mise en scène apparemment très réussie d’un romancier qui n’existe pas, on en reparlera à coup sûr !

HOUSE OF CARDS : Vladimir Vladimirovitch, de Bernard Chambaz
Il l’ignore sûrement, mais Poutine a un parfait homonyme prénommé Vladimir Vladimirovitch. Lequel Vladimir Vladimirovitch, après avoir surpris une once d’émotion sur le visage de marbre du Président, se passionne pour la vie de son célèbre homonyme (vous suivez ?) Portrait en creux de l’un des hommes les plus puissants et dangereux de la planète, ce roman vaudra ou non le coup d’oeil selon la profondeur du regard de l’auteur.

Seksik - L'exercice de la médecineGREY’S ANATOMY : L’Exercice de la médecine, de Laurent Seksik
Une femme femme, cancérologue à Paris, tente d’échapper à l’héritage d’une famille pratiquant la médecine à chaque génération. Un roman généalogique qui sert de prétexte à une balade dans le siècle, de la Russie tsariste ou stalinienne au Berlin des années 20.

Angot - Un amour impossibleDESPERATE HOUSEWIFE : Un amour impossible, de Christine Angot
Il paraitrait à ce qu’il paraît que l’Angot nouveau est supportable, voire appréciable. Revenant une fois encore sur son histoire familiale (pour ceux qui l’ignoreraient, elle a été violée par son père lorsqu’elle était adolescente), la délicieuse Christine se focalise cette fois, mais gentiment, sur sa mère. D’où le côté plus aimable, plus apaisé, de ce roman.

SEPT A LA MAISON : Le Renversement des pôles, de Nathalie Côte
Deux couples partent en vacances sur la Côte d’Azur dans deux appartements voisins. Ils espèrent en profiter, mais la période estivale va être surtout l’occasion d’exprimer non-dits et rancoeurs. Des faux airs de Vacances anglaises, le roman de Joseph Connolly, dans ce pitch. A voir si ce sera aussi méchant ! (Premier roman)

Harrison - Péchés capitauxPEAKY BLINDERS : Péchés capitaux, de Jim Harrison
Retour sous la plume de l’illustre romancier américain de l’inspecteur Sunderson, apparu dans Grand Maître. Désormais retraité, Sunderson s’installe dans le Michigan et s’accommode de voisins quelques peu violents, le clan Ames, dont il aide même l’un des membres à écrire un polar. Mais le jour où Lily Ames, sa femme de ménage, est tuée, rien ne va plus…


A première vue : la rentrée Sabine Wespieser 2015

L’éditrice Sabine Wespieser a pris l’habitude de publier peu mais bien – une coutume qui lui a valu ces derniers mois un prix Fémina pour Yanick Lahens, et le Prix des Libraires pour les formidables Amours de Léonor de Récondo. Elle aborde cette rentrée 2015 avec un seul roman français, à paraître en août, et deux étrangers très dépaysants, l’un pour septembre, l’autre pour octobre. Qui dit mieux ?

Meur - La Carte des MendelssohnCARTOGRAPHIE FAMILIALE : La Carte des Mendelssohn, de Diane Meur
Dans la famille Mendelssohn, on connaît Moses, le philosophe, et Félix, le compositeur. Mais quid de l’homme né entre eux, fils du premier et père du second, que l’Histoire a laissé dans l’ombre ? En s’intéressant à Abraham Mendelssohn, Diane Meur ne se doutait pas qu’elle allait dérouler un arbre généalogique de plus en plus vaste, découvrant des ramifications insoupçonnées qui finissent par faire du roman des Mendelssohn le roman d’une enquête – infinie, comme la vie.
Sur le papier, l’un des livres les plus ambitieux de la rentrée française.

Kurniawan - L'Homme-TigreGROAR : L’Homme-Tigre, d’Eka Kurniawan
(traduit de l’indonésien par Etienne Naveau)
Si vous avez envie de lire un roman indonésien (ce n’est pas si courant), en voici l’occasion. L’histoire d’un homme, Margio, coupable du meurtre d’un notable inoffensif dénommé Anwar Sadat, et qui prétend être possédé par un tigre. Entre tragédie sociale et conte animiste, une curiosité, sans aucun doute.

Seethaler - Une vie entière (pt)ÉTOILE DES NEIGES : Une vie entière, de Robert Seethaler
(traduit de l’autrichien par Elisabeth Landes)
Remarqué l’année dernière avec Le Tabac Tresniek, l’Autrichien Robert Seethaler revient avec le roman d’un homme ordinaire, Andreas Egger, menant sa vie en regardant toujours vers l’avant, qu’il s’agisse de combattre sur le Front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale, d’échapper à la coupe d’un homme brutal l’ayant élevé à la dure enfant, ou d’accompagner le développement des téléphériques dans les montagnes où il vit. Un livre qui sera sûrement plus gratifiant à lire qu’à résumer (surtout sans l’avoir lu !)


A première vue : la rentrée Grasset 2015

Apparemment, l’exercice vous plaît bien depuis deux ans que nous le pratiquons… alors on y retourne ! Pour ce retour de la rubrique « à première vue », dans laquelle nous présentons la rentrée littéraire qui déferlera à partir du 19 août prochain, nous ouvrons cette année le bal avec les éditions Grasset, dont deux titres se détachent nettement, tandis que d’autres pourraient s’avérer surprenants et intéressants.

Avant de commencer, nous rappelons la règle : n’ayant encore lu que peu de ces innombrables livres, ces présentations sont subjectives – et parfois taquines… Le véritable travail d’analyse ne commencera que dans un mois et demi. Pas la peine donc de nous agresser, tout ceci n’est qu’un jeu !

Chalandon - Profession du pèreRÉSILIENCE D’AUTEUR : Profession du père, de Sorj Chalandon (lu)
Emile a treize ans. Il vit dans l’admiration et dans la crainte de son père, homme aux mille histoires qui séduit par ses récits improbables autant qu’il terrorise ses proches par sa brutalité. Parmi ses rengaines favorites, il prétend être un vieux compagnon de route du Général de Gaulle, dont il a été le conseiller de l’ombre ; hélas, le jour où de Gaulle renonce à l’Algérie française, le père se sent trahi, et il embarque son fils dans son univers délirant, fomentant un complot pour éliminer le Président qui l’a si lâchement abandonné…
Difficile d’être plus subjectif qu’avec un de ses auteurs favoris. Mais bon, je le dis : le nouveau Chalandon est formidable. Différent de ses précédents livres cependant, car le sujet cette fois le touche de si près qu’il y perd en lyrisme littéraire ce qu’il gagne en émotion contenue. Sous couvert de fiction, c’est en effet sa propre enfance et son propre père qu’il évoque – un père mythomane au dernier degré, tyran domestique violent et insaisissable. Des traits d’humour contrebalancent des moments terribles, tandis que l’émotion surgit souvent, notamment dans une fin superbe et déchirante.

Binet - La Septième fonction du langageBARATINEURS DE PREMIÈRE : La Septième fonction du langage, de Laurent Binet (lu)
Ce livre-là, on va en parler, croyez-moi. Parce qu’il touche avec insolence à certains mythes littéraires qu’il est de bon ton en France de révérer sans discuter. Point de départ de l’histoire : la mort (authentique) de Roland Barthes, professeur au Collège de France, éminent critique et sémiologue, qui meurt bêtement après avoir été renversé en plein Paris par une camionnette de blanchisserie. Un accident ? Pas si simple. Un policier épais et un jeune universitaire naïf font équipe pour tenter de retrouver un mystérieux document expliquant la septième fonction du langage (les six premières ayant été définies par un linguiste américain nommé Roman Jakobson), laquelle permettrait de convaincre n’importe qui de n’importe quoi. Autrement dit, une arme de destruction massive entre de mauvaises mains…
Sous couvert d’un faux polar, l’auteur de HHhH flingue à tout-va certains courants de pensée très en vogue dans les années 70-80, et s’en paie de bonnes tranches sur le dos de Michel Foucault, Julia Kristeva, Derrida, Deleuze, BHL ou l’insupportable Philippe Sollers. Un roman malin, roublard, qui rend très accessibles une époque et des notions complexes grâce à un style efficace, des personnages habilement construits, du rythme et beaucoup d’humour.

Roegiers - L'autre SimenonOMBRAGEUX FRÈRE DE L’OMBRE : L’Autre Simenon, de Patrick Roegiers
Chez les Simenon, il y eut Georges bien sûr, l’éminent romancier, créateur entre autres de Maigret et auteur de dizaines de romans noirs mythiques. Mais il y eut aussi Christian, son frère, homme de moindre envergure qui finit par se laisser séduire par les idées fascistes, au point d’être considéré comme l’un des instigateurs de la tuerie de Courcelles, sinistre page d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Avec ce roman moins manichéen qu’il n’y paraît, le romancier belge Patrick Roegiers révèle un Georges Simenon pas si glorieux, ce qui pourrait également faire causer dans le Landernau littéraire.

Limongi - Anomalie des zones profondes du cerveauDOLIPRANE : Anomalie des zones profondes du cerveau, de Laure Limongi
Éditrice réputée, écrivain, Laure Limongi souffre depuis quelques années de la forme la plus aiguë de migraine – si douloureuse qu’on la surnomme sans équivoque « migraine du suicide ». Plutôt que de livrer un témoignage pathétique ou nombriliste, la romancière en tire un récit plein d’énergie, d’humour et de finesse, qui promet d’être une des curiosités de cette rentrée.

RENTRÉE LITTÉRAIRE POUR TOUS : Histoire de l’amour et de la haine, de Charles Dantzig
Sept personnages vivent le tumulte de manifestations contre le Mariage pour tous en France. Le risque d’opportunisme couve grandement dans ce roman placé sous l’étendard commode de la réflexion sociologique. Nous ne nous précipiterons pas dessus, pour tout vous dire.

HÉLAS TRIOLISTE : L’Amour à trois, d’Olivier Poivre d’Arvor
(Un jeu de mots débile se cache dans la ligne ci-dessus. Sauras-tu le trouver ?)
Bon, désolé d’avoir des a priori, mais la famille Poivre ne m’intéresse guère en littérature (ni en dehors). Et ce n’est pas avec ce roman que le « Frère De » risque de me retourner : l’histoire de Léo, atteint d’amnésie, qui se rappelle tout de même avoir partagé une intense histoire d’amour avec son ami Frédéric et leur professeur de philosophie, Hélène. Celle-ci venant de décéder, Léo décide de partir en Guyane à la recherche de Frédéric pour lui annoncer la nouvelle et tenter de remettre la main sur ses souvenirs… Je vous laisse bien volontiers la forêt équatoriale et la quête de sens pseudo-conradienne, si ça vous dit.

FILE-MOI UNE CORDE QU’ON EN FINISSE : Les promesses, d’Amanda Sthers
Alors là, attendez, ça rigole franchement. Voici le destin d’un homme qui, à partir de la mort de son père qu’il voit se noyer sous ses yeux alors qu’il a dix ans, va systématiquement tout rater, oubliant de vivre au jour le jour pour être tiraillé entre ses échecs passés et ses fantasmes d’avenir qui ne se réaliseront jamais. Il aurait dû regarder Le Cercle des poètes disparus, Carpe Diem, tout ça, au lieu de nous casser les pieds, ce loser.
Bref, non merci, sans nous.

TUE-MOUCHES : La Logique de l’ammanite, de Catherine Dousteyssier-Khoze
Drôle de titre pour un drôle de premier roman, où l’on voit un érudit quasi centenaire, mycologue éclairé, retourner dans le château de son enfance, où il ressasse des souvenirs de plus en plus inquiétants, évoquant notamment sa haine pour sa sœur. Ambiance.

Saintonge - Le métier de vivantSOUFFLÉ : Le Métier de vivant, de François Saintonge
François Saintonge est le pseudonyme, nous dit l’éditeur, d’un romancier célèbre qui a décidé de ne plus jouer à visage découvert le jeu de la rentrée littéraire, pour retrouver toute sa liberté. Pourquoi pas ? Il signe ici un roman d’aventures qui suit trois amis à partir de la Première Guerre mondiale, notamment le parcours de l’un d’eux, animateur du mouvement surréaliste et amoureux d’une grand reporter dont il est le sosie parfait. Romanesque à prévoir, ce qui peut être fort sympathique.

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Deux auteurs étrangers complètent le tableau, un sérieux et l’autre beaucoup moins.

SÉRIEUX : La Fiancée de Bruno Schulz, d’Agata Tuszynska
(traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski)
L’histoire de celle qui fut la compagne et la muse du romancier et peintre polonais Bruno Schulz, assassiné en 1942 dans sa ville de Drohobycz transformée en ghetto sous le joug nazi. Après l’avoir quitté avant la guerre car il était trop tourmenté pour assumer leur relation, elle fait découvrir son oeuvre et en assure la protection après avoir appris sa mort à l’issue du conflit.

Barlow - BabayagaPAS SÉRIEUX : Babayaga, de Toby Barlow
(traduit de l’américain par Emmanuelle et Philippe Aronson)
Un policier enquête sur la mort d’un homme retrouvé empalé sur la grille d’un jardin à Paris. Mais sa route croise celle de Zoya, sorcière russe qui le transforme illico en puce. Ce qui n’empêche pas le tenace inspecteur de poursuivre ses investigations, suivant la piste de ces babayagas à la recherche de leur Reine… Oui oui, tout ça.


Jackie, de Kelly Dowland

Signé Bookfalo Kill

Voilà un drôle de petit livre. D’abord parce qu’il fait partie des titres inaugurant la collection de poche des éditions Sabine Wespieser, et qu’il en est le seul inédit – un texte d’ailleurs extrêmement atypique chez cette éditrice, on y reviendra un peu plus loin.
Ensuite parce que c’est un journal, tenu en français par une Américaine new yorkaise jusqu’au bout des ongles. Kelly Dowland est une « grande blonde extrêmement bien proportionnée qui joue du tuba », compagne d’un acteur shakespearien et maman d’un petit Elton à la langue bien pendue (comme sa mère). Elle fait corps avec Gros Doré, son instrument fétiche, impose son physique avantageux au milieu des hommes qui l’entourent sans jamais en abuser, élève son fils avec patience et humour, a une ribambelle de copines lesbiennes… Bref, une new yorkaise de cinéma.

Dowland - JackieRien ne la prédisposait à écrire. Sauf que Jackie, sa Grand’Ma adorée, tout juste centenaire, tombe gravement malade. Embolie pulmonaire. A son âge, cela n’annonce rien de bon. Alors Kelly décide de tenir ce journal. Pour évoquer sa grand-mère, bien sûr, belle figure qui lui a transmis beaucoup de sa fougue, peut-être pour conjurer le sort et le retarder un peu ; mais aussi pour raconter sa propre vie et celle de ses proches alors que l’ombre de la mort d’un être cher pèse sur leur existence.

Jackie est tiraillé par ce déchirement fondateur entre la vie et la mort. D’un côté, c’est un petit livre malicieux, coquin, amusant, vivace, rempli de cet optimisme compact dont les Américains ont le secret. On sourit souvent, on s’attendrit, et on s’amuse du ton presque naïf de cette jeune femme dont le français, tout à fait correct, est toutefois loin d’être châtié – et c’est aussi ce qui fait son charme, même si, pour cette raison, la parution de ce livre chez Sabine Wespieser, habituée à publier des romans dont la langue est travaillée, maîtrisée, est assez inattendue.
D’un autre côté, passé l’étonnement des premières pages, on comprend assez vite ce qui a pu toucher l’éditrice dans ce journal. L’émotion très vite s’impose, au détour de quelques mots, esquissée avec sincérité et sobriété, notamment lorsque la mort s’approche à grands pas. Les dernières pages, bien sûr, sont bouleversantes, d’une dignité qui sera familière à tous ceux qui ont perdu des proches, et l’on regrette de quitter Kelly si vite, aussi sûrement qu’elle a regretté de voir partir sa Grand’Ma.

Portrait en creux d’une femme libre, Jackie est un livre plein de force et d’une beauté brute assez rare. Un témoignage de vie à déguster entre rires et larmes.

Jackie, de Kelly Dowland
Éditions Sabine Wespieser, coll. SW Poche, 2015
ISBN 978-2-84805-189-5
94 p., 7€