Archives de août, 2011

Le Passager, de J.-C. Grangé

Signé Bookfalo Kill

Pour une fois, je vais déroger à la règle tacite du blog et évoquer un grand nom du best-seller : Jean-Christophe Grangé, poids lourd du thriller français, à qui je dois en bonne partie d’avoir commencé à m’intéresser au polar contemporain.

Psychiatre à Bordeaux, Mathias Freire se voit confier un patient très particulier : un géant “de près de deux mètres pour plus de 130 kilos”, frappé d’une telle amnésie qu’il est incapable de donner jusqu’à son nom. L’homme a été retrouvé dans un cabanon de maintenance de la gare Saint-Jean, serrant dans ses mains une clef à molette et un annuaire de l’année 1996, tous deux tachés d’un sang inconnu.
Dans le même temps, Anaïs Chatelet, jeune et ambitieuse capitaine de police, hérite de ce qu’elle considère comme une affaire de rêve : “un vrai meurtre, dans les règles de l’art, avec rituel et mutilations.” Le corps d’un toxico a été retrouvé à la gare Saint-Jean, sévèrement abîmé – et coiffé d’une tête de taureau…

…et tout ceci n’est que le début. Le nouveau Grangé pèse en effet 749 pages. C’est son plus gros roman à ce jour – et, bon, allez, pas la peine de chercher à battre le record, c’est déjà bien suffisant comme ça.
En même temps, je ne vais pas faire la fine bouche. Ceux qui aiment le pape du thriller français seront, je pense, contents du neuvième opus de leur chouchou : c’est un bon Grangé, bien meilleur en tout cas que sa précédente production, La Forêt des Mânes, qui avait laissé nombre de ses lecteurs sur place, cloués de déception.

Cette fois, la brique s’effeuille vite et bien. Le romancier ne se révolutionne pas et compile les ingrédients qui ont fait son succès : chapitres courts, écriture sèche et dynamique, intrigues parallèles qui finissent par se croiser et se compléter, meurtres rituels (ici influencés par la mythologie), personnages torturés et en marge, qui n’hésitent pas à franchir les limites et à se mettre en danger pour découvrir le fin mot de l’histoire.
Tout y est et ça fonctionne, grâce notamment à une intrigue sur le phénomène psychologique des “voyageurs sans bagage”, des individus qui, à la suite d’un choc violent, oublient tout de leur vie passée et se reconstruisent une identité complètement neuve. Grangé l’exploite habilement – vous verrez comment, impossible d’en dire plus sans pourrir le plaisir de lecture.

On n’évite cependant pas les facilités usuelles, enfoncements de portes ouvertes et autres raccourcis improbables, propres à JCG. Rien de grave… à moins qu’à force, on y soit habitué ?
Quant à la fin – point faible récurrent de l’auteur –, si elle n’atteint pas le degré zéro de la résolution minant certains de ses romans précédents, elle traîne un peu en longueur avant de céder à l’ultra-spectaculaire… Pas de quoi non plus hurler à l’imposture (rien à voir avec Le Concile de pierre, par exemple.)

Sans égaler ses meilleurs romans (Les Rivières pourpres, L’Empire des Loups et Le Vol des cigognes – classement purement subjectif, bien entendu), voilà donc un Grangé de bonne facture, prenant et efficace.
Je dois avouer que, lassé par le thriller et ses (grosses) ficelles, j’attends désormais plus du polar, d’où mes légères réserves…
Mais, objectivement, amateurs du genre et fans de JCG, n’hésitez pas, ce Passager a tout pour vous embarquer !

Le Passager, de Jean-Christophe Grangé
Éditions Albin Michel
ISBN 978-2-226-22132-2
749 p., 24,90€


Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon

Signé Bookfalo Kill

Dans Mon traître, son troisième roman paru en 2008 (Grasset), Sorj Chalandon racontait l’histoire d’Antoine, un jeune luthier français qui, dans les années 70, découvrait l’Irlande du Nord, alors en résistance active contre la domination britannique. Tombé amoureux de la terre, de la langue, des hommes, il s’identifiait à leur lutte, se mettait à leur service et se faisait une petite place auprès des combattants de l’IRA. Il s’attirait notamment l’amitié de Tyrone Meehan, leader charismatique du mouvement nationaliste, devenu son mentor. Jusqu’à ce jour funeste de décembre 2006 où il apprenait, comme tout le monde, que Meehan travaillait pour les Britanniques depuis vingt-cinq ans.
L’histoire était largement autobiographique. Sous les traits modestes du “petit Français” se cachait Chalandon lui-même, alors journaliste à Libération et lauréat en 1989 du prix Albert-Londres pour ses reportages consacrés à l’Irlande du Nord. Quant à Tyrone Meehan, c’était Denis Donaldson, ami du romancier et traître révélé en 2005.

Sorj Chalandon n’en avait donc pas terminé avec cette histoire. Après avoir entrepris d’exorciser la blessure de son amitié trahie, il donne cette fois la parole à Meehan lui-même. L’occasion de dire que résumer sa vie à sa traîtrise est une injustice occultant l’intensité d’une existence offerte avec bravoure à la résistance armée.
En le nommant narrateur, l’écrivain permet à Meehan de se raconter, depuis son enfance misérable jusqu’au renoncement, en passant par son initiation au combat à l’adolescence, les premières armes, les premières actions, les victoires, les morts parmi les compagnons de lutte, les premières arrestations, et la prison. Les pages consacrées à ses longs mois d’internement, dans des conditions indignes, figurent parmi les plus marquantes du livre.
Il lui accorde également la chance de s’expliquer, de se justifier, d’éclairer les conditions d’un choix impossible autant qu’incontournable. Une opportunité purement littéraire, puisque dans la réalité, il n’a jamais pu reparler à Donaldson entre les aveux de ce dernier et son assassinat cinq mois plus tard.

Chalandon laisse ainsi le romancier prendre totalement le pas sur le journaliste, et son style lui-même est là pour le rappeler à chaque page. Dans la masse indigeste de scribouilleurs sans relief que nos chers éditeurs se croient obligés de nous infliger à chaque rentrée littéraire, voici enfin un auteur français, un vrai, au sens noble du terme. Doté d’une plume, d’une patte, d’une âme d’écrivain.
Ses phrases courtes et dépourvues de graisse, ses mots choisis pour aller à l’essentiel des idées, sont la chair de ses sensations et de ses sentiments. Ce qui n’empêche pas son écriture d’être empreinte d’un certain lyrisme, ses métaphores pleines d’intuition de frapper l’imaginaire et le cœur du lecteur. Juste et attachante, la voix de Meehan fait chanter l’Irlande qu’aime Chalandon, autant que la rage désespérée animant ceux qui se battaient pour elle.

“L’IRA. Soudain, je l’ai vue partout. Dans ce fumeur de pipe chargé de couvertures. Ces femmes en châle, qui nous entouraient de leur silence. Ce vieil homme, accroupi sur le trottoir, qui réparait notre lampe à huile. Je l’ai vue dans les gamins qui aidaient à notre exil. (…) Je l’ai vue dans l’air épais de la tourbe. Dans le jour qui se levait. Je l’ai sentie en moi. En moi, Tyrone Meehan, seize ans, fils de Patraig et de la terre d’Irlande. Chassé de mon village par la misère, banni de mon quartier par l’ennemi. L’IRA, moi.” (p.59)

Le Retour à Killybegs, c’est le retour aux sources. Celles de la vie de Meehan, bien sûr, mais aussi le retour, pour l’écrivain, aux sources de sa passion et de son admiration pour l’Irlande du Nord et ceux qui se sont battus pour elle. Lorsqu’un livre vibre d’une telle sincérité, comment ne pas l’aimer ?

Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon
Éditions Grasset, 2011
ISBN 978-2-246-78569-9
334 p., 20€

On en parle aussi ici : Rue89, Tournezlespages’s Blog, A lire au pays des merveilles


Le héron de Guernica d’Antoine Choplin

Je viens de terminer de lire ce court roman qui m’a pris deux heures. Et j’ai fait une chose que je ne fais jamais. Pardon, ô Dieux des livres. Je suis allée voir ce que disent les collègues blogueurs sur Le héron de Guernica. Pas bien. Attention lecteur, pas pour pomper honteusement ce qu’ils ont si patiemment écrit. Non. Pour savoir s’il y a vraiment des gens qui ont bien aimé ce livre. Pour de vrai.

Le livre raconte l’histoire de Basilio, jeune peintre amateur guerniqué (ou guernikar), pendant la Guerre d’Espagne. Le père Eusebio l’a encouragé à se rendre à Paris, afin de rencontrer Picasso et éventuellement lui présenter ses oeuvres. Mais… comment Picasso a-t-il pu peindre l’horreur du bombardement alors qu’il n’était pas là? 

Le roman commence et se termine au même endroit et a pour corps principal cette terrible journée du 26 avril 1937. La journée ensoleillée, les soldats présents un peu partout mais dont la population s’accommode tant bien que mal. Et puis… 16h30 arrive. Et en moins de trois heures, la ville est en flammes.  

L’idée est bonne, mais mon problème vient de l’écriture d’Antoine Choplin, qui m’a profondément ennuyée. Je n’ai jamais vu autant de virgules en une seule phrase. De plus, moi qui aime les dialogues assez marqués, j’avais l’impression de lire un synopsis griffonné d’un film à venir. Les personnages m’ont paru ternes, sans relief, comme dans une peinture de Philippe de Champaigne. Je n’ai pas du tout accroché à cette écriture. Le texte ne m’a pas émue. Les personnages non plus. Le seul passage que j’ai apprécié (parce qu’il y en a un, quand même, qui dure deux pages), c’est le moment où Basilio « entre » dans son tableau. Les lecteurs de ce livre me comprendront.

Voici un extrait pour vous faire votre propre opinion de l’écriture et du style de l’auteur.

p.84

T’as vu ça, fait Basilio, le regard toujours tendu vers la trouée par laquelle s’est envolé le héron.
Hein, t’as vu ça, il répète et cette fois, il se retourne vers Rafael et voit son air maussade.
Tu me fais marrer, grogne Rafael.
Pourquoi?
Et tu me demandes pourquoi. Alors celle-là.
Il force un éclat de rire.
T’as l’aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu’on s’émerveille devant un héron qui s’envole.
Basilio, bouche bée.
T’es vraiment dingue, continue Rafael.
Basilio, silencieux, le regard fixe.
A nouveau, le battement rapide et continue des cloches de Santa Maria.
Merde, fait Rafael.
Ca fait peur, dit Basilio. Ca me fait un drôle de truc aux cheveux.

Et sinon, on en parle en bien dans ces blogs: la lettre du libraire, les livres d’Agathe, Kezakooslo

Le héron de Guernica d’Antoine Choplin
éditions du Rouergue, Août 2011
ISBN 978-2-812-602-481
159 p., 16€

Un article de Clarice Darling.


Terezin Plage de Morten Brask

Je suis un peu une monomaniaque du sujet. La Seconde Guerre Mondiale me hante littéralement. Je me demande toujours comment des « êtres humains » ont pu en arriver à produire une atrocité pareille. La Shoah.

C’est aussi ce que se demande Daniel Faigel, le protagoniste du livre. Daniel, même s’il est déporté, vraisemblablement en 1943, a de la chance. Il est médecin. Il est Danois. Et surtout, il va être déporté à Theresienstadt. Explications.

Theresienstadt était un camp de concentration, autrefois situé en République Tchèque, qui servait de propagande pour le IIIè Reich. En gros, les Allemands entassaient là les prisonniers juifs qui pouvaient poser des problèmes (des personnalités connues dont on s’apercevrait de leur disparition et beaucoup de ressortissants danois. Car le gouvernement danois fut le seul pendant la guerre à se préoccuper de ses compatriotes. Les Allemands souhaitant garder de bonnes relations avec ce pays limitrophe, ils se sont donc engagés à « bien traiter » les Danois.) et avaient fait de cette ville une colonie juive « modèle ». Un journal était publié, les enfants scolarisés, les films de propagande hitlérienne étaient tournés là-bas, pour démontrer la bonté du Führer envers les Juifs, des clubs sportifs s’étaient développés, bref, une vitrine du nazisme.

Daniel est donc presque assuré, s’il survit à la faim, au froid, au typhus, à la scarlatine et autres maladies, de sortir un jour de ce ghetto. Il est médecin, et travaille à Hohen Elbe, l’hôpital du camp. Il soigne, aide, prévient, nourrit, guérit parfois, aide à mourir, travaille sans relâche. Pour oublier ce qui lui est arrivé dans sa jeunesse. Pour oublier sa condition. Pour oublier la maladie de Ludmilla, chère à son coeur, rencontrée dans le ghetto.

Terezin Plage se lit vite et est formidablement bien documenté. J’ai tout vérifié. Les noms des gens, les correspondances des dates. Morten Brask n’a pas fait le travail à moitié. Son premier roman est une oeuvre délicate sur une période sombre. Tout est dit, sans retenue, mais avec beaucoup de finesse dans les mots. Presque une oeuvre poétique sur l’horreur des camps. C’est froid comme les dortoirs de Theresienstadt, mais on ne peut s’empêcher de s’attacher à Daniel. Parce qu’en lisant ses aventures, on le fait vivre avec nous, un peu plus longtemps. Un très beau roman.

 

Terezin Plage de Morten Brask
Presses de la Cité, Août 2011
ISBN 978 2 258 085 190,
330 pages, 20€

Un article de Clarice Darling.


Scintillation, de John Burnside

Signé Bookfalo Kill

Perdue sur une presqu’île oubliée, à l’ombre de bois obscurs que l’on dit empoisonnés, l’Intraville est une cité en pleine déliquescence. L’usine chimique qui faisait vivre ses habitants est désormais abandonnée, sans doute responsable des nombreux cas de maladies inconnues qui déciment la population. À l’abri de leurs demeures somptueuses de l’Extraville, les gens de pouvoir promettent une vie meilleure, se cachent derrière le projet Terre d’Origine dont personne ne sait vraiment de quoi il s’agit.
Livrés à eux-mêmes, seuls ou en bandes, les adolescents du coin errent, traînent, fouinent, hantent l’ancienne usine. Des garçons se mettent à disparaître. Au nom des autorités, le policier Morrison affirme qu’il s’agit de fugueurs. Personne n’y croit, et surtout pas Leonard, dont le meilleur ami est le dernier disparu en date. Partagé entre son amour des livres, son père mourant, sa petite amie Elspeth qui l’entraîne dans des jeux sexuels incessants, la bande venimeuse de Jimmy Van Doren, Leonard se met à chercher la vérité.

« Je connais cette histoire. (…) C’est une histoire qui possède une vie propre, pour autant que je puisse le constater. Une vérité propre aussi, mais pas une vérité que l’on puisse énoncer. Elle ne cesse de fluctuer, de glisser hors d’atteinte. John le Bibliothécaire m’a parlé un jour de l’idée que quelqu’un avait conçue, celle du “narrateur-menteur”. (…) John le Bibliothécaire aimait dire qu’en matière de mensonge, ce n’est pas du narrateur qu’il fallait se soucier, mais de l’auteur. (…) À mon avis, c’est l’histoire qui ment, pas le narrateur – et je ne crois pas qu’il existe un quelconque “auteur”. »

Ami lecteur, toi qui veux te plonger dans Scintillation, te voilà prévenu : John Burnside n’a pas l’intention de te faciliter la tâche. Et, ma foi, c’est un peu le problème, puisque le nouveau opus du romancier et poète écossais pose plus de questions qu’il n’en résout.
Comme annoncé d’emblée, Burnside n’impose aucune vérité. Au fil du roman, il ouvre des portes qu’il ne referme pas, à dessein. Libre à nous et à notre imagination de concevoir tout ce qu’il y a derrière. Ainsi, n’allez pas croire, à la lecture du résumé ci-dessus, que vous lirez un roman policier : l’histoire des disparitions est un fil rouge, pas une intrigue majeure. Et s’il y a une résolution, elle est plutôt opaque  et laissée à la libre interprétation, encore une fois, du lecteur.

Le résultat, sombre et désenchanté, me laisse une bonne impression, bien que nuancée. Au premier degré, on peut relever de nombreux thèmes : violence gratuite, cruauté ou sexualité adolescentes, avidité financière des puissants, dangers industriels, amour de la littérature… Aucun ne constitue la trame majeure du roman, tous la nourrissent. C’est à la fois la force et la limite de l’œuvre, car au bout du compte, j’avoue ne pas avoir trop compris où voulait en venir Burnside ; ni même s’il souhaitait en venir quelque part, tant la fin, teintée de réalisme magique, m’a laissé perplexe.

Pour le reste, on retrouve l’immense qualité d’écriture de l’écrivain écossais, qui garantissent aux amateurs de littérature riche et ambitieuse de ne pas perdre leur temps. De toute façon, l’aventure vaut le détour. Quant à affirmer que l’on aime ou pas Scintillation, c’est une autre histoire. Peut-être est-ce une œuvre trop complexe pour se limiter à un jugement aussi simpliste.
Quoi qu’il en soit, John Burnside est un auteur impressionnant. Il mérite qu’on s’intéresse à son œuvre, même si, pour ma part, je recommanderais plutôt Les empreintes du diable en guise de prise de contact.

Scintillation (Glister), de John Burnside
Editions Métailié
ISBN 978-2-86424-838-5
290 p., 20€

On en parle aussi ici : La Passion des livresMobylivres, Evene


Héritage, de Nicholas Shakespeare

Un jeune fauché, larbin dans une maison d’édition pseudo-ésotérique, se fait larguer par sa superbe copine. Son mentor, Stuart Furnivall, est décédé quelques jours plus tôt. Andy Larkham est au fond du trou. Il se fait la promesse d’aller à l’enterrement de celui qui était comme un père pour lui. Mais un malheureux concours de circonstances fait qu’il se trompe de chapelle, assiste à l’enterrement d’un sinistre inconnu et hérite de la moitié de sa fortune. Car seuls ceux présents à la cérémonie hériteraient. Deux personnes se trouvaient là. Andy et une vieille dame. Andy hérite donc de 17 millions de £ de la part de Christopher Madigan.

C’est à partir de ce moment-là que tout commence vraiment. Si le début est un peu long à se mettre en place, la nouvelle vie d’Andy Larkham est assez réaliste. On s’intéresse d’autant plus à l’histoire quand il décide de connaître ce mystérieux Christopher Madigan, mort dans l’indifférence générale et pourtant richissime. Avait-il des enfants? Une femme? Comment est-il devenu aussi riche? D’où vient-il?

Héritage nous entraîne des terres arides de l’Arménie aux quartiers chics de Londres en passant par Perth, au fin fond de l’Australie. Vous verrez des plaines d’eucalyptus, une vieille dame malade, un homme borgne, un jeune paumé, des jolies filles… Si Héritage est très bien écrit, bien traduit et se lit rapidement, il n’en reste pas moins un livre un peu « cliché », où l’on perd des personnages au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture (que devient par exemple le meilleur ami d’Andy?). Le sujet est intéressant, la façon de le traiter aussi, mais Shakespeare s’embourbe un peu. C’est dommage, mais cela reste cependant un bon roman. En espérant qu’il puisse trouver son public.

Un article de Clarice Darling

Héritage, de Nicholas Shakespeare
  Éditions Grasset
ISBN 978-2-246-77201-9
420 p., 20,90€


J’apprends l’hébreu de Denis Lachaud

L’important quand on termine un livre, c’est de s’en souvenir le lendemain. Mon problème, avec J’apprends l’hébreu, c’est que je l’ai refermé il y a déjà au moins trois semaines et que je ne m’en rappelle plus. Ou alors, des bribes.

Frédéric, ado timide et visiblement perturbé, supporte mal les nombreux déménagements successifs liés au travail de son père. Son frère se moque sans cesse de lui, sa sœur le prend pour un gentil débile et sa mère ne le comprend pas. Sans parler du père, qui est quasi-inexistant.

Notre ado a un sérieux problème. Après avoir dû s’adapter à la vie à Paris, Oslo puis Berlin, il doit maintenant apprendre à vivre à Tel Aviv. Un pays dont il ignore tout. La culture, la civilisation, la langue. Ca l’angoisse notre Frédéric, mais ça l’attire particulièrement de vivre dans un pays où on lit de droite à gauche. Vu qu’il était incompris dans le monde occidental, peut-être le sera-t-il un peu plus dans cette langue sémitique? Il court alors après les gens, en quête d’un territoire qui serait le sien, d’une langue qui saurait exprimer ses angoisses, ses désirs, ses peurs. Sa vie.

Le postulat de départ est une très bonne idée. Comment s’adapter, comment survivre dans un pays dont on ne connait rien, si, en plus, on est légérement déphasé avec soi-même et avec les autres?

Mais au final, on s’ennuie. Frédéric n’est pas attachant du tout. Au moins, dans un autre registre, Mark Haddon avait réussi, dans le Bizarre Incident du Chien pendant la Nuit, à faire de l’enfant autiste, quelqu’un de froid, mais à qui on se trouve lié. Ici, Frédéric est très renfermé. Trop, puisqu’il est quasiment impossible de se lier à ce personnage.

Trois semaines après avoir refermé le bouquin, il ne m’en reste plus rien ou presque. Il paraît que « J’apprends l’allemand » du même auteur était beaucoup mieux. Je vais aller vérifier ça tout de suite.

J’apprends l’hébreu de Denis Lachaud
Actes Sud éditions  18€50
9782742799435  240pages

Un article de Clarice Darling