Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Archives de avril, 2012

Vacances

Après des semaines de lectures acharnées,
Bookfalo Kill et Clarice Darling s’offrent des vacances bien méritées.
Ils emportent avec eux des ouvrages pour lézarder
sous le soleil et les cocotiers.

Retour le 1er mai!
(Ne vous en faites pas, on a fait notre procuration!)

A très vite.
CD

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Sales caractères (petite histoire de la typograhie) de Simon Garfield

Rien de plus banal qu’une lettre. C’est tellement évident de lire qu’on ne se rend même plus compte ou presque des prouesses que notre cerveau peut faire. Sauf quand on n’arrive pas à lire à cause de la typo.

Vous aussi, vous avez sûrement dû un jour, dans votre vie, reposer un livre parce que vous ne supportiez pas le caractère d’imprimerie. Non au Comic Sans.

Sales caractères est un ouvrage épatant. D’une richesse incommensurable. Vous saurez tout sur les mystères des lettres. Pourquoi Tiger Woods est-il associé systématiquement à la police de caractère Bodoni? Quelle typographie est plus vendeur pour un parfum? Simon Garfield nous offre ici un panorama complet, exhaustif et formidablement bien écrit (non, ce n’est pas barbant!) de la typographie.

Vous saurez désormais tout des lettres des stations de métro, le crime du Comic Sans et enfin, et surtout!, pourquoi Calibri est devenue la nouvelle police par défaut des logiciels Word, reléguant ainsi Times New Roman aux oubliettes du Windows 97.

Pour les publicitaires, les éditeurs, les libraires, mais surtout, les curieux et les amoureux des livres!

Sales caractères de Simon Garfield
Editions du Seuil
9782021038651
327p., 25€

Un article de Clarice Darling.


Luz, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

C’est le début de l’été. Un dimanche caniculaire, Luz, 14 ans, profite de la première occasion qui se présente pour fausser compagnie à sa famille, surtout aux adultes confits dans la paresse et les excès de table. Et surtout à Frédéric Vanier, le meilleur ami de son père, qui s’intéresse soudain de trop près à elle…
Descendue au bord de la Volte, la rivière voisine, pour s’y baigner, Luz rencontre Thomas, un garçon qui lui plaît beaucoup, accompagnée de Manon, l’une de ses camarades de classe, beaucoup plus populaire qu’elle. Les deux filles ne s’apprécient guère, mais le trio décide tout de même de se rendre ensemble dans un coin sauvage et préservé car difficile d’accès, pour s’y baigner en toute tranquillité. Mais des copains de Thomas débarquent bientôt, menaçant un après-midi d’été qui avait pourtant tout pour être parfait…

Avec Zone Est, superbe roman d’anticipation dans la veine de Philip K. Dick, et Les visages écrasés, intraitable roman noir sur la déshumanisation du travail, Marin Ledun a marqué l’année 2011. Auteur engagé comme on n’en fait – hélas – plus guère, écrivain protéiforme à la plume acérée, il a clairement franchi un cap, que son incursion dans le genre du roman pour ados confirme. Aussi surprenant que cela puisse paraître.
On retrouve dans Luz son style acéré, qui nous permet dès le début du roman de nous plonger dans une atmosphère estivale à la fois familière et douce-amère :

« Des éclats de rire et des bruits de pas résonnent quelque part dans la maison. Premier dimanche des vacances d’été. Fenêtres et portes entrouvertes laissent filtrer un léger courant d’air qui apporte une illusion de fraîcheur. (…) Il est presque quatre heures de l’après-midi et les adultes sont encore affalés à table, à l’ombre du mûrier. La plupart des hommes sont ivres, les femmes feignent de trouver ça normal et contemplent les cadavres de bouteilles d’un œil vide de toute expression. »

Sous couvert d’un bref suspense au parfum d’aventure (l’histoire se déroule sur quelques heures), Marin Ledun imbrique avec finesse plusieurs thématiques majeures de l’adolescence : découverte de soi, de son corps, du désir – le sien et celui des autres ; rapports familiaux complexes ; difficulté de se faire entendre et comprendre ; expérimentation des limites, jeu avec les interdits…
Auteur tout sauf angélique, Marin traite ces sujets sans compromission, avec un réalisme parfois cruel mais jamais excessif. On croit à ses personnages, ados un peu perdus et bouleversés. On s’attache à Luz, gamine animée d’une rébellion très pure. On tremble pour elle lorsque le péril survient, brutal et inattendu.

Un roman bref mais riche et intense. Une belle réussite, à partir de 13 ans.

Luz, de Marin Ledun
Éditions Syros, collection Rat Noir, 2012
ISBN 978-2-7485-1180-2
117 p., 14€


Tempête au haras de Chris Donner

Autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas le titre « cul-cul » qui m’a attiré. On dirait un titre des bouquins Barbie.

C’est ma collègue responsable du rayon jeunesse qui m’a collé le livre entre les mains et m’a dit texto « tu vas voir, c’est vachement bien. Et tu n’as pas besoin d’aimer les chevaux. »

Ouf! Parce que les bidets et moi… ça fait douze.

Jean-Philippe est né dans une famille passionnée. Son père est jockey et sa mère est lad (je ne sais pas s’il existe un terme féminin pour cette appellation!) Il est né le même jour qu’un poulain, à même l’étable, dans la paille.

Dès lors, la vie du petit garçon sera inextricablement mêlée à celle de l’écurie et d’une jument en particulier.

Je ne peux rien dire de plus sous peine de gâcher le plaisir de lire ce livre qui est un petit bijou. Chris Donner nous offre un texte où l’on ne prend pas les enfants pour des imbéciles, truffé de verbes au passé simple et d’expressions au second degré (que les enfants de 9-10 ans peuvent aisément comprendre).

Voilà un roman pour enfants que même les adultes peuvent lire (je me suis laissée piéger) et même si la fin peut paraître convenue (il fallait bien un happy end!), le personnage de Jean-Philippe est extrêmement attachant, tout en questionnements et en dépassement de soi.

En bref, un roman intelligent, inventif et bien écrit! Un régal.

Tempête au haras de Chris Donner
Ecole des Loisirs, 2012
9782211207935
119p., 8€50

Un article de Clarice Darling.

 


Sérum : Saison 1 Episode 1, de Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza

Signé Bookfalo Kill

Parce qu’elle a dû rester un peu trop tard au commissariat au lieu de rentrer chez elle pour s’occuper de son fils Adam, qu’elle élève seule, la détective Lola Gallagher hérite d’une drôle d’affaire : la tentative d’assassinat sur une jeune femme, atteinte d’une balle dans la tête dans le parc de Fort Greene, après avoir été poursuivie et prise pour cible dans le musée de Brooklyn.
Avec l’aide de son collègue Philip Detroit, as de l’informatique, et de son ami le psychiatre Arthur Draken, Lola débute une enquête qui risque de l’emmener beaucoup plus qu’elle ne l’imagine…

« Saison 1, Episode 1« . Le sous-titre annonce la couleur : voici le premier volume d’une série romanesque d’un nouveau genre, construite sur le modèle des séries télé policières à la mode depuis plusieurs années. Surtout les séries américaines, modèles évidents auxquels Sérum fait référence, ne serait-ce parce que l’intrigue se déroule à New York.
Tous les ingrédients et codes sont donc au rendez-vous, adaptés à la sauce romanesque : début tonitruant, rythme rapide assuré par une suite effrénée de chapitres courts, héros plantés d’entrée en quelques traits reconnaissables, méchants très méchants, personnages aux agissements troubles ou mystérieux, suspense, action, paranoïa…

Comme toute bonne série, l’ensemble est hautement addictif et fait tourner les pages à toute vitesse. L’association entre Fabrice Mazza, grand maître es-énigmes, et Henri Loevenbruck, l’un des meilleurs auteurs de thrillers intelligents made in France, est prometteuse – mais pour l’instant, JUSTE prometteuse. Car ce premier tome est forcément très frustrant : les deux auteurs y ouvrent nombre de portes qui restent toutes – ou presque – ouvertes à la fin du livre.
Fin du livre où l’on entre à peine dans le vif du sujet : le fameux sérum du titre…

Petit bémol : côté caractérisation, on n’est jamais très loin des clichés (l’héroïne d’origine irlandaise, donc rousse aux yeux verts et dotée d’un sacré caractère) ou de l’improbable (la victime qui sort du coma quelques heures après avoir pris une balle dans la tête, sur pieds le lendemain du drame).
Mais là encore, il faut prendre en compte le fait qu’il ne s’agit que d’un premier tome – sur six attendus pour la première saison, avant peut-être au moins deux autres saisons à suivre -, et que Loevenbruck et Mazza nous réservent sans doute beaucoup de surprises, cachées sous cette apparente facilité…

Un petit mot, enfin, sur le caractère participatif du projet Sérum : des flashcodes sont intégrés à chaque fin de chapitre, qui renvoient les possesseurs de Smartphones à un extrait de la bande originale du livre composée par Henri Loevenbruck himself. B.O. que les rétifs aux méga-téléphones peuvent également retrouver sur le site Internet de la série, ainsi que divers éléments multimédia (bande-annonce, plan interactif des lieux de l’action, fiches biographiques des personnages…) proposés en complément de la série.
Si le premier roman se suffit heureusement à lui-même, cette belle idée souligne l’aspect fun et inventif d’un projet dont on espère une envolée significative dans les prochains épisodes. A suivre le 25 avril prochain !

Sérum : Saison 1 Episode 1, de Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza
Éditions J’ai Lu, 2012
ISBN 978-2-290-04174-1
192 p., 6€