Archives de janvier, 2014

L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier

Signé Bookfalo Kill

Au Paradise, le palace parisien, des destins se croisent durant une semaine. Celui de Craig, professeur anglais de littérature française aux Etats-Unis, à Paris pour des recherches ; d’Elena, Italienne travaillant dans la mode, en mission dans la capitale ; et de Sébastien, concierge de nuit.
Lorsqu’un autre client est assassiné dans sa suite, leurs trajectoires prennent un détour inattendu…

Carlier - L'Assassin à la pomme verteL’Assassin à la pomme verte n’est pas un polar, plutôt une comédie de mœurs à suspense. L’intrigue criminelle n’est qu’un moteur de l’histoire, pas son sujet ; d’ailleurs on sait très vite qui a tué et pourquoi. Ce qui intéresse Christophe Carlier, c’est le parcours de ses trois personnages principaux, à qui il donne la parole à tour de rôle, dans des paragraphes courts qui dynamisent le récit.

La lecture de ce bref roman est plaisante, d’autant que le romancier a une jolie plume, bien qu’un peu riche en lipides littéraires par moments. Pas étonnant d’ailleurs qu’elle ait séduit Amélie Nothomb (cf. le blurb sur le bandeau et en quatrième de couverture…), tant le style de Christophe Carlier et son propos finalement léger durant l’essentiel du roman, tirant vers le marivaudage, ont des affinités avec les manières de la romancière belge.
Certaines scènes d’ailleurs sont plutôt amusantes, notamment une visite de Craig à la B.N.F. qui parlera sans doute à nombre de lecteurs ayant tenté de fréquenter l’endroit… D’autres saisissent avec finesse l’atmosphère si particulière des hôtels (et le fait que celui du roman soit un palace n’y change pas grand-chose), l’état d’esprit entre parenthèses de ceux qui y séjournent. C’est sensible et bien vu.

Rien d’inoubliable néanmoins au final, si ce n’est justement une fin inattendue, qui tire le roman vers une chute plus sombre et désenchantée que prévu, et entraîne une dernière fois le parcours de tous les personnages dans la même direction, par un joli jeu de circonstances et de hasards. Carlier autorise enfin un peu d’émotion à s’immiscer dans un récit plutôt froid auparavant, à l’image de ses personnages observant le monde à distance, dans le miroir déformant du grand hôtel.

Pour son premier roman (couronné du prix du même nom), Christophe Carlier montre donc qu’il est un habile tricoteur, aisance qu’il a depuis retrouvée dans son deuxième, L’Euphorie des places de marché, sans décoller toutefois de l’anecdotique. Un auteur à surveiller, au cas où.

L’Assassin à la pomme verte, de Christophe Carlier
Éditions Pocket, 2014
(Première édition : Serge Safran, 2012)
ISBN 978-2-266-23785-7
157 p., 5,70€


En finir avec Eddy Bellegueule, d’Edouard Louis

Signé Bookfalo Kill

On a coutume de dire que la première phrase d’un roman est la plus importante de toutes. Parce que c’est la clef de l’ensemble, celle qui donne le ton, la couleur, la première impression, celle qui doit embarquer le lecteur et l’empêcher de lâcher prise. Elle a tous les droits, cette première phrase. Elle peut surprendre, faire rire, révulser, intriguer – tout ce qu’elle veut, du moment qu’elle attrape la main du lecteur et la tient fermement.
Dans la plupart des romans contemporains, la première phrase est pourtant rarement aussi marquante. Elle ne ferme pas la porte, mais se contente de l’entrebâiller ; au lecteur de voir si, au fil de toutes les phrases qui suivent, il a vraiment envie de pousser plus loin.

Louis - En finir avec Eddy BellegueuleParfois cependant, elle est là, elle surgit :
« De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. »

Dans toute sa simplicité apparente – et pourtant, en une tournure élégante, un choix de mots parcimonieux mais d’une justesse totale, elle dit déjà tout. Crochet du droit, lecteur sonné, c’est match gagné.

Voilà. Dès la première phrase de son premier roman, Édouard Louis s’impose en authentique écrivain malgré ses 21 ans, et balance la terrible réalité autobiographique d’En finir avec Eddy Bellegueule à la figure de son lecteur. L’histoire d’un gosse né dans les années 90 en Picardie, famille nombreuse, père au chômage parce qu’il s’est bousillé le dos à force de trimer à l’usine, mère cantonnée à torcher le cul des petits vieux du coin, frère aîné violent, grande sœur déjà soumise aux coups de son mec. Valeurs viriles, trop d’alcool, gloire au foot, petits boulots merdiques, vie plantée à vide dans un village à l’agonie.

Et au milieu de tout ça, Eddy, sa voix trop haut perchée, ses manières efféminées dès gamin, avant même d’être en âge de comprendre qu’il préfère les garçons. Le verdict tombe très vite, sans grâce, primaire : pédé, tantouze. Il faut faire avec, tenter de donner le change, sortir avec des filles, les embrasser alors que ça vous dégoûte. Se laisser martyriser par des petites brutes qui prennent leur pied à cracher sur une victime expiatoire parce que c’est tout ce que leur maigre éducation et leur faible intelligence leur soufflent ; se laisser humilier par son père qui voudrait un fils, un vrai, un dur.
Avant, enfin, de trouver l’occasion de fuir – et, à distance, d’essayer de comprendre.

Il y a tout cela dans En finir avec Eddy Bellegueule, mais sans misérabilisme ni complaisance. Avec, au contraire, encore, de la tendresse parfois pour ceux qu’aujourd’hui Édouard Louis ne voit plus, et qui restent sa famille, ses proches. Le jeune romancier raconte tout, le malaise, le mal-être, la quête de reconnaissance et d’amour, l’incompréhension du corps qui trahit ; il raconte, sans pitié mais avec un sens certain de la justice, autant envers lui-même qu’envers les autres.

Il écrit bien surtout, et c’est là que son récit, que l’on pourrait croire déjà vu, déjà lu, sort de l’ordinaire, se singularise. Parce qu’Édouard Louis y met les formes, le met en forme, jouant habilement avec les niveaux de langue – le sien, celui du narrateur, soigneux, affirmé, contrastant avec les dialogues, la voix des autres, intégrés à la narration, juste mis en évidence par des italiques et par leur pauvreté verbale, leurs scories de tournures, leurs écorchures de grammaire.

Le plus frappant, finalement, c’est de penser, en lecteur éduqué, que tout ceci s’est passé hier, juste à côté, à quelques kilomètres. Une évidence, porte ouverte enfoncée ? Voire. Se souvenir, réaliser que, partout dans notre pays, d’autres gens pensent de la même manière que les proches d’Eddy – le mépris érigé en modèle, la différence moquée, rejetée, écrasée – c’est aussi un peu comprendre la France d’aujourd’hui, ses difficultés, ses aigreurs, sa violence.

Une réalité qui échappe sans doute à trop de ceux pour qui la vie est facile, et qui n’ont jamais l’élégance de s’en rendre compte et de s’en féliciter. Pour s’en convaincre, une anecdote, rapportée par Édouard Louis dans la Grande Librairie : certains éditeurs parisiens, à qui il avait adressé son manuscrit, ont refusé de le publier parce qu’ils le jugeaient caricatural, irréaliste. Tout est dit ?

Non. Une dernière chose : lisez En finir avec Eddy Bellegueule, ça pourrait vous faire du bien là où ça vous fera du mal.

En finir avec Eddy Bellegueule, d’Édouard Louis
Éditions du Seuil, 2014
ISBN 978-2-02-111770-7
220 p., 17€


Le Guide du mauvais père t.2, de Guy Delisle

Signé Bookfalo Kill

Delisle - Le guide du mauvais père t.2Quelques mots, rapidement, pour signaler la parution de la suite du Guide du mauvais père, toujours dans la collection Shampooing des éditions Delcourt.

Quelques mots, oui, cela suffira, car en fait, il n’y a pas grand-chose à dire de neuf sur ce deuxième volume. Guy Delisle retrouve son papa (plus ou moins) indigne, toujours aussi débordé, de mauvaise foi, à côté de ses pompes, toujours prêt à transférer ses propres angoisses ou à faire subir son imagination débordante à sa naïve progéniture.

N’ayant pas le premier tome sous la main, je ne peux vérifier, mais il me semble que les situations sont cette fois beaucoup plus gentillettes, moins hilarantes. Si tout est toujours réaliste et susceptible de parler à de nombreux parents, le décalage humoristique est moins fort ; du coup, on se contente de sourire tranquillement de temps en temps, mais on est sevré de véritables éclats de rire.

Un petit recueil léger sans surprise, donc, mais sympathique, cadeau clin d’œil toujours efficace pour les papas de tous âges !

Le Guide du mauvais père t.2, de Guy Delisle
Éditions Delcourt, coll. Shampooing, 2014
ISBN 978-2-7560-4777-5
190 p., 9,95€


La Madone de Notre-Dame, d’Alexis Ragougneau

Signé Bookfalo Kill

Pétrifiée dans une posture de prière, telle est cette mystérieuse jeune femme en blanc dont on retrouve le cadavre en plein coeur de Notre-Dame de Paris, le lendemain du 15 août et des grandes célébrations de l’Assomption. Assassinée, sans aucun doute : les marques de strangulation sur son cou et, pire, le fait que son vagin ait été bouché à la cire, sont sans équivoque.
Chargés de l’enquête, le commandant Landard, son adjoint Gombrowicz et Claire Kauffmann, substitut du procureur, doivent plonger dans les secrets de la vénérable cathédrale parisienne…

Ragougneau - La Madone de Notre-DameLes premiers romans débarquent en force pour cette rentrée d’hiver 2014, dont cette Madone de Notre-Dame qui, pour être honnête, ne figurera pas parmi mes inoubliables, en dépit de qualités prometteuses pour la suite.
Le plus intéressant tient à la connaissance qu’a Alexis Ragougneau de la vie et de certains aspects méconnus de la cathédrale. Il nous guide donc avec aisance dans les coulisses de Notre-Dame, faisant du célèbre monument un personnage à part entière du roman, avec ses rites, ses décors somptueux et son étrange faune, mélange improbable de fidèles plus ou moins nombreux, de touristes plus ou moins respectueux et d’habitués plus ou moins allumés.

Dans ces conditions, pas étonnant de voir l’enquête passer rapidement entre les mains du père Kern, un prêtre y officiant, et évoluer vers des problématiques plus morales que policières et judiciaires – et du même coup, de constater que l’intrigue fait rapidement long feu. De ce fait, le roman souffre d’une construction un peu bancale, hésitant entre la piste policière classique (avec des personnages de flics bien esquissés, mais au final pas assez exploités, surtout l’ignoble Landard) et une voie psychologique teintée de mysticisme qui tourne vite en rond.

En ce sens, la Madone de Notre-Dame est bien un polar estampillé Viviane Hamy, dont les auteurs affiliés au genre – au premier rang desquels Fred Vargas et Dominique Sylvain – font souvent preuve d’un mépris joyeusement assumé pour les procédures, au bénéfice de personnages forts et originaux, de dialogues inspirés et de situations inattendues qui font le sel de leurs œuvres.
Un parti pris vers lequel tend Alexis Ragougneau, sans m’avoir tout à fait convaincu, hélas. Néanmoins, la belle plume de ce dramaturge et l’originalité de son premier roman, ainsi que de bons passages (notamment amusants, même s’ils sont trop rares), me donnent envie de prendre rendez-vous pour la suite.

La Madone de Notre-Dame, d’Alexis Ragougneau
Éditions Viviane Hamy, 2014
ISBN 978-2-87858-591-9
202 p., 17€


L’homme qui a vu l’homme, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

Début janvier 2009, Jokin Sasco disparaît brutalement de la circulation. En l’absence de toute nouvelle, les proches de ce militant basque finissent par convoquer la presse pour alerter les pouvoirs publics de cette situation pour le moins inquiétante. Présent à la conférence, Iban Urtiz, du journal local Lurrama, particulièrement touché par la détresse et la colère d’Etzia, la soeur du disparu, s’intéresse de près à cette histoire. Enquêter s’avère très difficile pour ce jeune reporter qui, s’il est basque par son père, n’a pas grandi dans la région et la connaît donc assez mal – en tout cas, pas assez pour les habitants du coin, peu enclins à se confier à un « étranger ».
Opiniâtre, plus ou moins aidé par son vieux routard de collègue, Marko Elizabe, Iban s’acharne néanmoins, et plonge dans les méandres d’une affaire extrêmement complexe, où la vérité et la mémoire des victimes ne comptent pas pour grand-chose…

J’ai eu la chance de découvrir Marin Ledun dès son premier livre, Modus Operandi, en 2007. J’ai suivi son œuvre avec passion, un peu plus convaincu à chaque nouvel opus du talent rare et singulier de celui qui est sans doute l’auteur français le plus engagé de sa génération, l’un des plus intéressants aussi par la diversité et la précision des sujets qu’il aborde, des dérives potentielles de la technologie (Zone Est, Dans le Ventre des mères) au commerce à outrance des âmes et des corps (Marketing Viral, La Vie marchandise), de la souffrance au travail (Les visages écrasés et son essai correspondant, Pendant qu’ils comptent les morts) à celle de la jeunesse livrée à elle-même (La Guerre des vanités).

Ledun - L'homme qui a vu l'hommeS’il aborde dans L’homme qui a vu l’homme un nouveau thème, la question basque, Marin reste proche pourtant de certaines de ses préoccupations, à savoir la place de l’humain au cœur d’enjeux politiques et/ou financiers démesurés, le mensonge érigé en système ou, plus largement, la folie très ordinaire des hommes. Pas de tueur en série spectaculaire ni de superflic torturé, ici le quotidien prédomine, les protagonistes du drame (quel que soit leur « camp ») se trompent, hésitent, commettent des erreurs tragiques, mais aussi s’acharnent, vont au bout de leurs idées ou de leurs objectifs, par fidélité à leurs convictions.

Inspirée d’un fait divers bien réel, l’affaire Jon Anza, l’intrigue du roman se permet avec sobriété les artifices du thriller pour mieux nous immerger dans les problématiques contemporaines du Pays Basque. Si cette région à cheval sur deux pays, poudrière politique depuis des décennies, fait moins parler d’elle dans les médias nationaux depuis quelque temps, elle n’en a pas terminé avec ses vieux démons. En témoigne un certain nombre d’enlèvements punitifs et parfois mortels, comme celui qui a justement provoqué la mort de Jon Anza. C’est à cette réalité d’aujourd’hui que Marin Ledun se (et nous) confronte, avec une énergie et une détermination qui emportent l’adhésion dès les premières lignes.

Sans chercher à prendre parti pour quelque cause que ce soit, L’homme qui a vu l’homme plonge dans un maelström inextricable de mensonges, de trahisons, de tortures et de secrets honteux. Pas la peine d’être familier avec les arcanes tortueux ni avec la longue histoire du cas basque, ce n’est pas le sujet du livre ; et, par ailleurs, le romancier prend soin de son lecteur béotien en lui faisant adopter le point de vue d’un jeune journaliste raisonnablement idéaliste et peu rompu aux subtilités de la région – intermédiaire parfait qui découvre en même temps que nous ce qui se trame, sans jamais avoir un coup d’avance, au contraire.
Autour d’Iban, tous les personnages sont superbement campés, des têtes pensantes aux exécutants, des journalistes aux militants, hommes et femmes dont on suit avec anxiété les trajectoires, y compris les criminelles. Parce qu’ils ont tous leurs raisons d’agir, même lorsque leurs motivations sont hautement répréhensibles, et que rien ne peut les en détourner, pas même la menace d’une mort certaine.

Passionnant sans être démonstratif, le polar fonctionne aussi et avant tout parce qu’il est formidablement écrit : plus acéré et nerveux que jamais, débarrassé des excès qui parfois alourdissaient certains des précédents romans de Marin Ledun, son style taille dans la chair du verbe pour saisir au mieux les mots de la colère, approcher au plus près la folie, exprimer au plus juste la violence. A la fois puissant, précis, rageur et d’une sincérité admirable, il est au service d’un récit au rythme haletant, preuve que le romancier plie aujourd’hui mieux que jamais la forme addictive du polar à la densité et à l’intelligence de son sujet.

A chaud, j’ai envie de dire que L’homme qui a vu l’homme est le meilleur roman de Marin Ledun à ce jour. Pas parce que c’est le dernier paru (tentation toujours facile lorsqu’on découvre le nouveau titre d’un de ses auteurs favoris), mais parce qu’il est redoutablement abouti, susceptible de captiver un grand nombre de lecteurs sur un sujet qui ne les aurait pas forcément attirés de prime abord, et qu’il est totalement maîtrisé du début à la fin.
En tout cas, c’est mon premier très gros coup de cœur de l’année. Tout simplement immanquable !

L’Homme qui a vu l’homme, de Marin Ledun
Éditions Ombres Noires, 2014
ISBN 978-2-08-130808-4
463 p., 18€

On en dit déjà beaucoup de bien un peu partout : Encore du noir, 4 de couv, le blog du polar de Velda, Des choses à dire, Un dernier livre avant la fin du monde
Retrouvez également une interview passionnante de Marin Ledun sur le site de Fondu au noir.
Et, enfin, un article élogieux sur un blog basque, Eklektika, sans doute une des plus belles reconnaissances dont puisse rêver le romancier…


Terminus Belz, d’Emmanuel Grand

Signé Bookfalo Kill

Après avoir fui clandestinement son Ukraine natale, Marko Voronine arrive par hasard sur l’île de Belz, au large de Lorient. Joël Caradec, patron de pêche local, l’embauche sur son chalutier, ce qui ne plaît pas à tout de monde sur ce petit bout de terre où le métier se fait de plus en plus dur et rare.
Bien que refroidi par cet accueil hostile, Marko a cependant d’autres soucis. La Mafia roumaine est à ses trousses, et de vieilles superstitions se réveillent bientôt à Belz lorsque l’Ankou, sinistre spectre breton, commence à se manifester par des signes morbides qui ne trompent pas. D’ailleurs, la mort ne tarde pas à frapper…

Grand - Terminus BelzAu rayon des premiers romans policiers qui pointent le bout de leur nez en ce début 2014, Terminus Belz est sans doute, pour le moment, le plus intéressant et le plus original. Emmanuel Grand se distingue ainsi grâce à ce polar qui mêle plusieurs genres avec une aisance déconcertante : poursuite et traque, suspense, roman d’atmosphère ET roman de mafia, huis clos insulaire, une pincée de fantastique parfaitement dosée (allergiques à l’étrange en littérature, ne passez pas votre chemin, on n’est pas chez Stephen King non plus)… Tout s’emboîte  et se complète sans donner une impression de trop-plein (péché mignon de beaucoup d’auteurs de premiers romans), pour donner à ce thriller maritime une allure unique, au coup de patte singulier.

Preuve de sa richesse, Terminus Belz ne se contente pas de jouer avec les nerfs de ses lecteurs, en bon polar qu’il est (également). Il fournit de belles réflexions sur les superstitions et les croyances – pas seulement les légendes locales, mais aussi la religion.
Puis Emmanuel Grand nous invite à bord des chalutiers avec une familiarité et une précision documentaire qui nous permettent de côtoyer un peu la rudesse et l’exigence du métier de pêcheur, d’une manière d’autant plus juste que Marko, son héros, n’a pas le pied marin. Il nous plonge dans ce monde d’hommes où les femmes tiennent leur place, à distance mais présentes, en retrait mais émouvantes. Si les personnages féminins sont peu nombreux dans le roman, ils apportent un contrepoint bienvenu à un univers rendu brutal par l’intransigeance de la mer, les difficultés économiques et, pour certains, les excès alcooliques.

Bref, Terminus Belz, c’est du tout bon, et Emmanuel Grand, une révélation. Vous êtes prévenus, votre billet pour le prochain bateau au départ de Lorient est dans toutes les bonnes librairies !

Terminus Belz, d’Emmanuel Grand
Éditions Liana Levi, 2014
ISBN 978-2-86746-706-6
365 p., 19€


L’Appel du coucou, de Robert Galbraith (alias J.K. Rowling)

Signé Bookfalo Kill

Ancien lieutenant de l’armée anglaise, où il exerçait dans la police militaire, Cormoran Strike est revenu d’Afghanistan avec une jambe en moins. Reconverti en détective privé, récemment séparé de l’amour de sa vie, il peine à se maintenir à flots, dans tous les sens du terme.
Lorsque l’avocat John Bristow se présente dans son bureau avec un très gros chèque pour lui demander d’enquêter sur la mort de sa jeune soeur, la célèbre top-model Lula Landry, qui s’est défenestrée quelques semaines plus tôt, Cormoran pense trouver là l’occasion de se changer les idées. Sauf que tout, des témoignages aux indices en passant par l’enquête de police, laisse penser à un suicide ; et que frayer dans les milieux rutilants de la mode ou des grandes familles fortunées de Londres n’a rien d’une partie de plaisir…

Rowling - L'Appel du coucouPour évoquer ce polar, il y a deux solutions. Soit garder le postulat qu’il s’agit du premier roman de Robert Galbraith, retraité de l’armée et agent de sécurité privé devenu auteur sur le tard ; soit partir tout de suite du principe qu’il s’agit du nouveau livre de J.K. Rowling, son deuxième pour adultes après Une place à prendre. Mais en fait, l’un ne va pas sans l’autre. Honnêtement, aurais-je lu L’Appel du coucou si le pseudonyme de l’auteur de Harry Potter avait tenu son secret plus longtemps ? Sur la foi du seul résumé de l’intrigue, probablement pas. Et Grasset, ou un autre éditeur français, aurait-il seulement publié ce roman ?

C’est tout le problème avec Rowling, que l’on avait déjà connu avec Une place à prendre. Il est très difficile de faire l’impasse sur son nom, tant a été grand son impact sur la littérature mondiale avec sa saga de sorciers. Je vais tâcher cependant de me montrer aussi objectif que possible.
Que vaut donc ce polar ? D’emblée, on constate qu’il présente une facture parfaitement classique, tant par son style, très sage, que sur le fond, où Galbraith-Rowling recycle les codes du roman de détective, habilement mais la moindre révolution. S’il se distingue par son physique de colosse et sa prothèse de jambe, Cormoran Strike épouse l’archétype du détective fauché, borderline (mais pas trop) et malheureux en amour. Doté d’un passé solide, le personnage offre des nuances intéressantes qui le rendent immédiatement attachant, d’autant plus que la romancière a l’intelligence de lui adjoindre en contrepoint une partenaire, Robin, sa secrétaire par intérim, au charme rafraîchissant.

Quant à l’histoire, elle permet à Rowling d’aborder un sujet qu’elle connaît très bien : les aléas de l’hyper-célébrité, tout en allant fouiller dans les dessous peu ragoûtants des milieux londoniens où l’argent coule à flots et où l’apparence compte plus que tout. Là encore, l’auteur maîtrise thèmes et construction du début à la fin, mais sans bouleverser le genre. Comme Une place à prendre, le roman souffre de quelques longueurs, alors que son classicisme général le laisse se fondre gentiment dans la masse.

L’Appel du coucou est donc un polar honnête, agréable à lire mais loin d’être incontournable, pour amateurs d’enquêtes paisibles (le roman est dénué de toute violence), avant tout psychologiques. Lorsque la deuxième enquête de Cormoran Strike paraîtra (elle est déjà en chantier), j’irai sans doute vérifier si J.K. Rowling élève son niveau de jeu, plus en souvenir du bon vieux temps de Harry Potter que par réelle curiosité…

L’Appel du coucou, de J.K. Rowling
Traduit de l’anglais par François Rosso
Éditions Grasset, 2013
ISBN 978-2-246-80904-3
572 p., 21,50€


L’Euphorie des places de marché, de Christophe Carlier

Signé Bookfalo Kill

Norbert Langlois dirige Buronex, une entreprise spécialisée en livraisons de bureaux à des entreprises étrangères. Agathe Pichenard, sa terrible secrétaire, était là bien avant Norbert, lorsque la boîte s’appelait Pattoni et s’occupait de plomberie ; des patrons, elle en a vu d’autres depuis le merveilleux Ernesto Pattoni, et ce n’est pas un Langlois qui va l’intimider – pas plus qu’une jeune stagiaire prénommée Ludivine, même si elle est extrêmement sage et travailleuse.
Mais quand un gros client américain arrive, avec à la clef la promesse d’un contrat très juteux, la donne pourrait sérieusement changer…

Carlier - L'Euphorie des places de marchéS’amuser avec l’économie, c’est possible ? Oui, la preuve avec Christophe Carlier. L’Euphorie des places de marché est une comédie pétillante sur le monde de l’entreprise, cadre prétexte à un affrontement comique, quasi théâtral, entre un jeune patron dont les dents longues n’ont pas beaucoup de chance de rayer le parquet, faute d’avoir l’agressivité de les y planter, et une secrétaire épouvantable, cauchemar ambulant pour tout employeur digne de ce nom.

Car toute l’énergie du livre repose sur l’hilarante Agathe Pichenard, montagne de mauvaise foi, quinquagénaire charnue prête à tout pour ne pas travailler, autant que pour arriver à ses fins – et parfois, plus ou moins volontairement, à celle des autres…
Adepte de formules définitives qui clouent le bec à quiconque envisage de lui confier la moindre tâche – des phrases toutes faites dont le sommet est l’imparable « Doucement, nous sommes pressés » -, le personnage d’Agathe est un festival, régalant le lecteur par son caractère épouvantable et sa capacité innée à en faire le moins possible tout en se faisant craindre et respecter de tous. Clairement le genre de collègue qu’on ne voudrait pas avoir, mais qu’on a tous plus ou moins rencontré un jour – d’où la joie presque sadique que l’on trouve à lire ses inventions permanentes pour se dérober à ses responsabilités professionnelles.

Le roman tient essentiellement à cela, ainsi qu’au face-à-face entre Agathe et Norbert, patron falot et inquiet, qui se réjouit des bulletins économiques à la radio lorsqu’ils se complaisent dans l’alarmisme, mais s’inquiète lorsque les nouvelles en provenance des bourses et des marchés sont bonnes.
Pour le reste, l’intrigue du roman s’avère limitée, et le ton général reste d’une grande légèreté, Christophe Carlier ne prétendant jamais développer une profonde réflexion sociologique sur l’entreprise ou l’économie contemporaine. L’évolution et la conclusion du roman sont assez prévisibles, mais le style alerte et joyeusement ironique de l’auteur garantit jusqu’au bout le plaisir que l’on prend à dévorer ce livre bref et bien vu.

L’intérêt de L’Euphorie des places de marché réside donc dans cette réjouissante comédie de mœurs moderne, où l’on peut tous, sans doute, se retrouver un peu.

L’Euphorie des places de marché, de Christophe Carlier
Éditions Serge Safran, 2014
ISBN 979-10-90175-15-0
190 p., 16€


Baignade surveillée de Guillaume Guéraud

baignadeIl fait beau, il faut chaud, c’est près de Bordeaux qu’est venu se ressourcer Arnaud. Avec femme et enfant, il espère souffler un peu. Sauf que… sa femme est aussi fermée qu’une huître. La communication entre les deux est impossible. On sent, et Arnaud doit être le seul à ne rien vouloir voir, qu’elle a un amant et qu’elle va quitter son mari avant la fin des vacances.

Sur ces engueulades permanentes déboule Max, le frangin d’Arnaud, un jeune chien fou que personne n’arrive à contrôler. Après plusieurs années de taule, Max décide de faire une formation de grutier pour travailler sur les chantiers. Mais pas pour se ranger, au contraire…

Baignade surveillée, c’est l’histoire d’une vie qui vole en éclat comme les parois d’une vitre de camion blindé. D’une vie qui s’écoule aussi vite que les grains de sable dans la main d’un enfant. D’une envie folle de recoller les morceaux quand on sait pourtant pertinemment qu’on ne peut plus rien faire. Guillaume Guéraud écrit d’une manière incisive, sans répit pour ses personnages. Un roman trop court à mon goût, mais qui se laisse lire avec plaisir.

Baignade surveillée de Guillaume Guéraud
Editions du Rouergue, 2014
9782812606151
125p., 13€80

Un article de Clarice Darling.


Mes débuts dans l’art de Chris Donner

Mise en page 1Chris Donner m’avait agréablement surpris l’an dernier avec son Tempête au haras, aussi étais-je ravie de voir son dernier livre apparaître sur ma table de chevet.

David Belting vit en Californie avec ses parents. Il doit avoir 5 ou 6 ans lorsqu’on se rend compte qu’il a un don. Il dessine merveilleusement. A tel point que les voisins sont prêts à donner 100$ pour un de ses dessins. Son père va alors placer en lui de formidables espoirs, bien vite envolés puisque David ne souhaite pas devenir artiste. Son père va donc lui forcer la main et l’inscrire à des cours particuliers avant de lui faire intégrer une école d’art flambante neuve dans la ville de Reno, Nevada, où sa famille vient de s’installer.

Reno, je parle d’expérience pour y avoir passé plusieurs jours, est le summum du kitsch. Le Las Vegas du pauvre. Tout tombe en décrépitude et les lumières des casinos ne font pas oublier la misère, économique et intellectuelle, de la ville. David n’a qu’une envie. Quitter cette ville. Quitter sa famille qui l’oblige à être artiste. Partir et tout plaquer.

Adulé par le prof d’art moderne, détesté par son prof d’art contemporain, David tente tant bien que mal de comprendre ce qu’il fait là, dans cette école qui ne lui plaît pas, dans cette ville qu’il déteste. Jusqu’à ce qu’arrive en cours, la belle Rocio Mendes, qui lui fait chavirer le cœur…

Mes débuts dans l’art est beaucoup moins bien que Tempête au haras. Soyons honnêtes. C’est toujours très bien écrit, mais on ne s’identifie pas du tout au personnage. J’ai l’impression que le bouquin a été écrit à la va-vite et je ressors un peu déçue. Si la forme est toujours très bien, le fond est plus pauvre. La fin est convenue et légèrement cul-cul. Bref, un bouquin pour ado (à partir de 12 ans) pas mal, mais sans plus.

Mes débuts dans l’art de Chris Donner
Éditions École des Loisirs, 2013
9782211214094
172p., 14€50

Un article de Clarice Darling.


In God we trust de Winshluss

godComme pour Golgotha Picnic de Rodrigo Garcia, j’imaginais déjà les extrémistes faire des manifs dans les librairies pour interdire la vente d’In God we trust. Finalement, il n’en est rien, heureusement.

J’avais aimé, bien que trouvé parfois un peu gore, le Pinocchio que Winshluss nous avait servi il y a quelques années de cela. Et il remet le couvert avec Dieu, sa nouvelle idole déchue.

Dans la Bible version Winshluss, Dieu est un type alcoolique, un brin timide avec les filles, mais qui séduira tout de même la plus canon des demoiselles, Marie. Leur rejeton, Jésus, est un pauvre type totalement dépressif qui voue un culte à son père. Le meilleur ami de Dieu, c’est Gabriel, un ange baba-cool qui ne fume pas que des nuages. Saint-Pierre est le vigile du night-club Paradise et Lourdes, un parc d’attraction high-tech avec son spectacle « Bernadette on ice » (j’avoue, j’ai ri)

Personnellement, je n’aime pas trop le dessin de Winshluss, qui me fait penser à celui de Crumb. Mais j’ai aimé les différents formats (notamment, le détournement des images pieuses), l’univers religieux-déconnant et les extraits choisis (certes, ultra-connu, mais parce que s’il avait fallu dessiner toute la Bible, 5 ans de travail n’aurait pas suffit!)

Bref, un ouvrage radicalement anti-clérical, parfois un peu gras et potache, mais qui saura faire rire et qui marquera bien plus que la Genèse, revisitée par Crumb

In God we trust de Winshluss
Editions Les Requins Marteaux, 2013
9782849611494
105p., 25€

Un article de Clarice Darling.


Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus d’Ivan Jablonka

jablonkaEn février 1943, Idesa et Matès Jablonka ont pressenti quelque chose. Depuis plusieurs nuits, ils emmenaient leurs enfants, Suzanne, 4 ans, et Marcel, 3 ans, dormir chez leur voisin, un Polonais non juif.

Le 25 février 1943, ils ont été raflés à l’aube et déportés quelques jours plus tard vers Auschwitz. Ils n’en sont jamais revenus.

Aujourd’hui, Ivan Jablonka, leur petit-fils, retrace la vie de ses grands-parents qu’il n’a jamais connu. Il mène une véritable enquête pour tenter de comprendre qui étaient ses deux ancêtres. Ils ont fait de la prison dans leurs jeunes années en Pologne pour propagande communiste, ils ont fuit un pays qui les rejetait et traversé une Allemagne qui leur déclarait la guerre. Ils sont arrivés à Paris, quand le reste de la famille s’est sauvée en Amérique Latine ou en URSS.

Ivan Jablonka suit les traces de ses grands-parents, de Parczew à l’est de la Pologne à Paris, de la prison de Lublin au camp de Drancy, de Belleville à Auschwitz, en mars 1943.

Enquête digne d’un polar, ouvrage d’historien, œuvre d’un écrivain, je n’ai pas de terme pour déterminer ce formidable ouvrage qui vous entraîne dans la course folle d’une Europe qui perd la tête.

A la façon de Modiano dans Dora Bruder, Jablonka réalise une enquête minutieuse et nous fait part de ses recherches, avec toujours de la distance entre lui et son sujet. De la pudeur peut-être, la rigueur d’historien sûrement. Jusqu’à l’instant crucial, les deux dernières preuves de vie de ses grands-parents, les lettres jetées depuis le camp de Drancy et que des passants ont eu la gentillesse d’adresser à leur destinataire. Deux courtes lettres-testament où on lit tout le désespoir du monde.

Un livre captivant qui remue la mémoire pour ne pas oublier.

Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus d’Ivan Jablonka
Editions du Seuil, 2012 (En poche en 2013)
9782757836699
376p., 9€50

Un article de Clarice Darling.


Code 93, d’Olivier Norek

Signé Bookfalo Kill

Le cadavre d’un gigantesque Noir prénommé Bébé, émasculé et flingué, est retrouvé dans un entrepôt désaffecté. Envoyé à la morgue, il se réveille juste au moment où le médecin légiste commence son autopsie.
Quelques jours plus tard, on retrouve dans une maison abandonnée le corps d’un autre homme, apparemment victime d’autocombustion.
Capitaine de police criminelle au SDPJ 93 depuis quinze ans, Victor Coste connaît la Seine Saint-Denis comme sa poche. C’est son territoire, il en maîtrise les rouages complexes et la violence mieux que quiconque. Mais en lui tombant sur les bras, ces deux affaires étranges risquent d’ébranler tout ce qu’il croyait savoir. Et ce ne sont pas les lettres anonymes qu’il reçoit en prime qui vont le rassurer…

Norek - Code 93Un flic qui se met à la fiction, ce n’est pas nouveau, et il n’y a pas qu’Olivier Marchal à avoir franchi ce pas. Certains s’y illustrent joliment, d’autres moins – on ne peut pas être doué pour tout, et avoir une carte de police et du vécu ne fait pas de vous un bon romancier, scénariste ou cinéaste.
Nouveau venu dans ce club de moins en moins fermé, Olivier Norek appartient déjà à la première catégorie, et son Code 93 est une vraie réussite à tous points de vue.

Sur le terrain depuis une quinzaine d’années, Norek sait précisément tirer de son expérience une matière passionnante. Les relations des flics entre eux, avec leur hiérarchie ou avec tous ceux (témoins, suspects, victimes) qui croisent leur chemin, sont d’une parfaite véracité, et on ne tarde pas à trouver notre place parmi ses personnages ni spécialement géniaux, ni spécialement tourmentés – juste ce qu’il faut des deux pour en faire des bons héros de papier, creusés et attachants.
C’est la même chose pour les lieux et décors qu’ils arpentent, ce 93 que Norek connaît lui aussi comme sa poche et dont il raconte sans volonté de démonstration politique ou sociale les difficultés et les contrastes. Tout sonne réel, concret, comme les faits et anecdotes dont le romancier émaille son livre – même si certains, pourtant totalement crédibles, sont le pur fruit de son imagination !

Cependant, comme je le disais plus haut, ce contenu ne serait pas grand-chose s’il n’était pas mis en scène avec talent. Dès les premières lignes, Olivier Norek montre une grande facilité à happer son lecteur avec son style fluide, efficace, nerveux ce qu’il faut sans abuser de tachycardie artificielle ou d’effets grandiloquents. Il trouve un excellent équilibre entre les temps de développement psychologique, les passages de suspense et de tension, de petites scènes de comédie bienvenues (la mémé aux baby-phones) et des dialogues percutants.
Bref, la bonne recette pour un thriller réussi, qu’il applique avec intelligence et sobriété, grâce à un style maîtrisé et une volonté permanente de rester dans les clous du réalisme, ce qui lui permet de fuir les pièges du grand-guignol dont trop de ses collègues français usent et abusent.

La suite des enquêtes du capitaine Coste et de son équipe étant déjà en chantier, on l’attend donc avec intérêt et curiosité, mais sans trop d’inquiétude. Olivier Norek est doué, il a la tête sur les épaules et, visiblement, de bonnes histoires à raconter. Un auteur plus que prometteur, donc !

Code 93, d’Olivier Norek
Éditions Michel Lafon, 2013
ISBN 978-2-7499-1778-8
360 p., 18,95€