Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

L’Intrus, de Paul Harper

Signé Bookfalo Kill

Vera List, célèbre psychothérapeute pour le beau linge de San Francisco, se rend compte que deux de ses patientes ont, sans le savoir ni se connaître, le même amant. Plus grave : celui-ci exerce une pression psychologique redoutable sur les deux jeunes femmes, en faisant référence à des secrets qu’elles n’ont confiés à personne – hormis Vera List. L’homme a donc forcément accès aux dossiers professionnels, pourtant soigneusement gardés à l’abri, de la psy…
Pour mettre un terme à une situation aussi inconfortable que périlleuse, Vera List fait appel aux services de Marten Fane, privé d’un genre très spécial, de ceux qui sont capables de résoudre en toute discrétion les problèmes les plus embarrassants. Par tous les moyens s’il le faut.

Sur le papier, certains romans sont très prometteurs : une bonne idée, la possibilité de rebondissements et de surprises, un contexte psychologique riche, des personnages intéressants. Et puis, une fois lus, il ne reste pas grand-chose de tout ceci, sinon la sensation d’être passé à côté de quelque chose de beaucoup mieux.
C’est le cas de cet Intrus, un thriller à classer dans la catégorie « il y a avait tout pour, mais… »

Il y avait tout pour rencontrer des personnages forts et incarnés : des blessures, des fêlures psychologiques, des doutes, de la peur, de la détermination… Mais jamais les premiers rôles ne quittent leurs deux dimensions de papier. Ni Fane, ni Vera List, ni les deux femmes victimes ne sont assez attachants pour que l’on tremble ou soit ému pour eux. Quant aux seconds couteaux, ils sont le plus souvent limités à un nom, parfois à une fonction, à tel point qu’on les mélange tous et qu’on se moque totalement de leur existence.

Il y avait tout pour évoluer dans un cadre formidable : San Francisco est une ville exceptionnelle, un décor de roman idéal. Mais de ce point de vue, le guide du Routard est sans doute plus palpitant que les maigres descriptions sans imagination abandonnées ça et là par Paul Harper, quand son récit l’oblige à s’y plier.
Art de la description que le romancier ne maîtrise d’ailleurs pas du tout de manière générale. Les bons auteurs savent meubler leurs arrière-plans de menus détails – une tasse, une plante verte, une enseigne clignotante – qui donnent un charme, une personnalité unique au roman. Chez Harper, cela n’arrive jamais ou quasi. Et cela manque.

Il y avait tout pour happer le lecteur et le tenir en haleine : une intrigue psychologique, à base de manipulation, quoi de mieux ? Mais jamais le rythme n’accélère, jamais Harper ne prend de chemin inattendu ni n’élève la tension, pas même à la fin, d’ailleurs assez plate, voire curieusement elliptique, comme si l’auteur avait eu peur d’aller au bout de son sujet et d’énoncer quelques vérités moches à entendre.
Car il y avait également tout pour élever le débat et nourrir le roman d’un regard et d’un engagement d’auteur : dans l’Intrus, il est notamment question des tortures sordides que les États-Unis se sont « autorisés » à accomplir après le 11 septembre. Mais Harper ne fait qu’effleurer le sujet, l’utilise comme un rapide élément d’explication psychologique, sans aller plus loin.

Cet Intrus m’a donc déçu. Certes, je l’ai lu sans ennui, parce que Paul Harper a plutôt bien construit son histoire, et qu’on a envie de savoir comment cela va se terminer (malheureusement sans relief). Mais le tout manque si cruellement de chair, d’intensité, de vérité qu’à aucun moment je ne me suis senti véritablement impliqué dans l’histoire. Dommage.

L’Intrus, de Paul Harper
Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 2012
ISBN 978-2-07-013363-5
296 p., 19,50€

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