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Le Royaume de Pierre d’Angle t.4 : Courage, de Pascale Quiviger

COUP DE CŒUR

Un nouveau jour se lève sur le royaume de Pierre d’Angle et avec lui arrive la certitude que rien ne sera plus comme avant. Tous les habitants de l’île s’apprêtent à affronter le plus grand changement qu’ils n’aient jamais connu. Un bouleversement, aussi sanglant que brutal, mettant un terme au fonctionnement utopique du royaume.
Mais tandis que certains se résignent déjà, d’autres organisent la résistance. La forêt de la Catastrophe, elle, surplombe cette tempête et s’apprête à délivrer ses ultimes secrets…


Pour bien poser un point final à cette longue histoire, Pascale Quiviger a pris son temps : 688 pages pour ce quatrième et dernier volume du Royaume de Pierre d’Angle, c’était le plus beau cadeau à offrir aux fans de cette magnifique saga.
Il fallait bien cela, également, pour tenter de se remettre du choc servant de conclusion au troisième tome, et comprendre comment les choses allaient bien pouvoir se dérouler désormais, alors que tout semblait perdu et que le mal avait mis la main sur l’île – personnifié, entre autres, par le Prince Jacquard enfin parvenu à ses fins.

Si la romancière québécoise a pris son temps, c’est parce qu’il en fallait pour panser les nombreuses blessures ayant frappé nos héros favoris, et aider le lecteur à remonter la pente avec eux. Courage, le très bien titré, est un roman à la fois terrassé par le chagrin et porteur de consolation, un roman d’épreuve et de résilience. Pesant, étouffant parfois, mais qui porte en lui, à chaque nouvelle page tournée, les germes de l’espoir.
Il accorde aussi beaucoup d’espace à la psyché des personnages, tout en fabriquant peu à peu, discrètement mais efficacement, une redoutable machine de résistance et de réparation. Car c’est de cela dont il est question dans ce tome conclusif (mais aussi dans toute la saga, si on y réfléchit bien) : d’une réflexion poussée et profonde sur la responsabilité du pouvoir, de l’affrontement éternel entre justice et tyrannie, de morale, des valeurs, des forces et des faiblesses de chacun dans l’adversité.

Tous les personnages connaissent une apogée éblouissante. Tous, oui, même Jacquard.
J’ai insisté, dans mes chroniques précédentes, sur l’aspect presque manichéen de cette grande figure de méchant, tout en brutalité, en égoïsme et en cruauté. Le « presque » était important ; car voici que dans ce quatrième tome, plus rien ne paraît si évident. Jacquard ne s’adoucit pas, non ; tyran un jour, tyran toujours. Mais lui aussi doit affronter des épreuves, lui aussi finit par se trouver des adversaires à sa hauteur ; lui aussi révèle ses failles, son humanité, achève son parcours de personnage beaucoup plus subtil qu’il n’y paraissait, totalement fascinant, essentiel au grand souffle de la saga.
Les autres sont également au rendez-vous, plus épais et riches que jamais, plus émouvants à chaque page, nourris sans cesse par leur créatrice qui, fort généreuse elle-même, nous gratifie en plus de nouvelles têtes inoubliables, dont un certain Mercenaire qui provoque une jubilation de plus en plus joyeuse à chacune de ses apparitions.

Enfin, tous les fils tendus depuis le début de la tétralogie trouvent leur issue, et lèvent le voile sur les nombreux mystères du Royaume de Pierre d’Angle, en particulier sur les secrets de la Catastrophe, dans laquelle on finit par pénétrer profondément pour en saisir la redoutable magie.
Quand on songe à l’incroyable degré d’intensité que Pascale Quiviger place dans l’expression des sentiments, dans la souffrance, dans la violence et la cruauté, dans la lâcheté, mais aussi dans la solidarité, dans le courage, dans l’amour malgré tout, dans la fidélité à un idéal, à un héritage ou à un souvenir, on ne peut que rester sidéré en se rappelant soudain qu’il s’agit d’une œuvre à destination de la jeunesse. Pour des ados, certes, ou des préados particulièrement sensibles et éveillés, mais tout de même, quelle merveilleuse et salutaire ambition à l’œuvre ici !

Alors, merci, Pascale Quiviger, mille mercis pour ce cadeau littéraire bouleversant, inoubliable, dans lequel je prendrai plaisir à me replonger, pour des relectures dont je suis certain qu’elles m’emporteront et me combleront autant que la première fois. Et j’espère que, si vous sautez le pas à cause de mes bafouilles, vous vibrerez autant que moi.

À partir de 13 ans.

Le Royaume de Pierre d’Angle t.4 : Courage, de Pascale Quiviger
Éditions du Rouergue, 2021
ISBN 9782812620867
688 p., 20€

À paraître en Folio Fantasy le 14 septembre 2024 :
ISBN 9782072999277
784 p., 11,70€

8 réponses à « Le Royaume de Pierre d’Angle t.4 : Courage, de Pascale Quiviger »

  1. moi qui n’aime pas lire les séries (oui, je suis une cas particulier, visiblement), tu me donnes envie de faire une exception !

  2. Allez, j’en ai un autre à lire (emprunt) et ensuite, je sors cette saga et je m’y attaque ! Et si je n’aime pas cette série, il ne restera plus qu’à faire pénitence en écoutant les discours de Mac Rond, de notre roi et de recopier 666 fois une phrase absurde :P

    1. On pourrait faire une double peine avec ton programme : écouter les discours d’Emmanuel II de Macronie, et recopier 666 fois l’une des innombrables phrases absurdes dont il est l’auteur. Par exemple : c’est le Covid, « nous sommes en guerre » :P

      1. Oh putain, oui, je me souviens de cette phrase horrible ! Je m’étais demandée ce qu’il voulait sous-entendre… la covid, ok ! Purée, je lui ai préféré notre première ministre, parce que même en double langage (français, flamand), c’était moins violent !

        Lu et apprécié le tome 2 :)

      2. Ce discours de Macron… On l’avait regardé en direct, comme beaucoup de Français, histoire de savoir ce qui allait nous arriver, et on avait été sidérés par son hallucinante tonalité guerrière, totalement hors sol par rapport à l’événement. Mes enfants m’en parlent encore ! (Depuis, elles l’appellent « le monsieur qui dit n’importe quoi ») :D )

      3. J’en avais eu la mâchoire décrochée, en l’entendant et j’avais vite fui ce discours anxiogène, lui préférant encore celui de chez nous, même énoncé en allemand (troisième langue du pays). C’était plus doux… C’est te dire !

      4. Un discours en allemand plus doux que celui de Macron, ça rend la comparaison encore plus effrayante !!!

      5. N’est-il pas ? :lol:

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