Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

La Grande Odalisque, de Vivès, Ruppert & Mulot

Signé Bookfalo Kill

Carole, la blonde, et Alex, la rousse, sont des cambrioleuses de haut vol, prêtes à tout pour réussir les coups les plus audacieux – comme voler « Le Déjeuner sur l’herbe » au Musée d’Orsay, par exemple. Leur réputation est telle qu’un commanditaire très riche, et tout aussi dénué de scrupules qu’elles, leur demande de récupérer « la Grande Odalisque », un immense tableau d’Ingres présenté au musée du Louvre.
Devant la complexité de la tâche, les deux amies décident d’embaucher un troisième comparse. Encore une fille : Sam, la brune, une championne de moto qui n’a pas froid aux yeux…

Ruppert & Mulot constituent l’un des duos emblématiques de la B.D. indépendante française. Ils élaborent à quatre mains des univers où le découpage, le mouvement et les corps en noir et blanc sont plus importants que l’expression des visages, le plus souvent non dessinée. Bastien Vivès se fait connaître à la fois par son blog – où il aligne des strips thématiques méchamment drôles et pertinents – et par des œuvres plus exigeantes (Polina, Le Goût du chlore).

Si l’annonce de leur association a pu surprendre, elle fait néanmoins des étincelles. La superbe couverture de la Grande Odalisque résume parfaitement l’esprit de leur travail : action, suspense, grand spectacle et sensualité.
Comme leurs héroïnes, les trois auteurs s’autorisent tout, y compris et surtout l’improbable. Poursuites en moto à l’intérieur du Louvre, braquage sanglant d’un cartel de la drogue au Mexique, cambriolages en tous genres… Loin de leurs univers respectifs, Vivès, Ruppert & Mulot s’éclatent visiblement à tirer à grands traits une histoire rocambolesque, pleine de légèreté et d’humour second degré mêlés à un suspense échevelé – surtout dans le dernier tiers, explosif.

Les clins d’œil à la série animée japonaise Cat’s Eye, qui a inspiré cette histoire, sont multiples : les deltaplanes, les cannettes fumigènes, l’allusion au surnom du gang, les cartes de visite… Pour autant, on a l’impression que le trio nous invite à découvrir l’envers d’un décor jusqu’à alors policé pour ne pas choquer les chères têtes blondes téléspectatrices que nous étions : d’une part en explicitant une violence graphique (les coups laissent des traces, on tire à balles réelles et les morts tombent) ; d’autre part, en mettant en avant la sensualité exacerbée des trois filles, déjà objets de fantasme lorsque nous regardions la série télé. (Ne dites pas le contraire, les mecs !) Ici, on parle de sexe ouvertement : Carole multiplie les conquêtes sans lendemain, Alex est une indécrottable romantique, et Sam est lesbienne.

Ce qui n’aurait pu n’être qu’un coup marketing est donc au contraire une bande dessinée fun, inventive, à la fois sous influence et originale, où l’on sent bien la patte des trois auteurs, dont l’association est une réussite. Une réappropriation intelligente et excitante, dont on espère d’autres aventures – une hypothèse que la fin de cet opus n’interdit pas… A suivre ?

La Grande Odalisque, de Bastien Vivès, Florent Ruppert & Jérôme Mulot
Éditions Dupuis, collection Aire Libre, 2012
ISBN 978-2-800-15573-9
122 p., 20,50€

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s