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La Colère de Fantômas t.2 : tout l’or de Paris, de Bocquet & Rocheleau

Signé Bookfalo Kill

Septembre 1911. Un mois après s’être relevé de l’échafaud, plus insaisissable et furieux que jamais, Fantômas sonne la charge contre Paris. En une nuit, ses complices arrachent des monuments de la capitale tout l’or qu’ils arborent fièrement. Coupole des Invalides, statues de l’Opéra, du pont Alexandre III ou de Jeanne d’Arc, tout disparaît ! Pendant ce temps, le terrifiant criminel continue sa vengeance contre ceux qui ont cru le condamner à mort, à peine un mois plus tôt.
Impuissant, l’inspecteur Juve est désavoué et condamné à rester enfermé chez lui, le temps de faire oublier ses échecs. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à lutter, avec l’aide du journaliste Fandor, et de chercher à deviner le prochain coup de son adversaire…

Bocquet & Rocheleau - La Colère de Fantômas t.2 - Tout l'or de ParisLe premier tome de la trilogie m’avait emballé, le second ne m’a pas déçu, bien au contraire ! Dans Tout l’or de Paris, Olivier Bocquet donne toute la mesure de son imagination en tirant les traits d’une véritable intrigue, là où le volume précédent posait « seulement » le cadre général de l’histoire et campait avec talent les personnages, en particulier la figure épouvantable (et jouissive) de Fantômas. Mieux, le scénariste donne plus de corps aux adversaires de ce dernier, en particulier Juve, bien décidé à employer les grands moyens à présent qu’il n’est plus en charge de l’affaire.
On voit aussi apparaître de nouveaux personnages, par exemple un certain Georges Méliès, dont les célèbres capacités d’invention visuelle pourraient bien s’avérer utiles à l’inspecteur déchu…

Toujours mené tambour battant, le récit mêle action, humour, violence et suspense avec fluidité. Au dessin, Julie Rocheleau conserve la même grâce inventive que dans les Bois de Justice, ajoutant de nouvelles couleurs à sa palette initiale – les dominantes d’orange et de rouge sanglant, attachées à Fantômas, s’accommodent désormais du vert méphitique qui baigne la couverture, ainsi que d’éclats d’autres teintes plus pétillantes (rose, bleu…), notamment lorsque Méliès entre en scène.
Les traits, les personnages gardent leur caractère tranchant et leur superbe expressivité ; quant au décor parisien, il est tout simplement somptueux, à la fois reconnaissable et revisité, travail d’appropriation virtuose aussi réussi que celui mené par le scénariste sur les romans de Souvestre et Allain.

Bref, ce deuxième tome de la Colère de Fantômas est magnifique, aussi inspiré que le premier, et je ne me demande plus qu’une chose à présent : comment Bocquet et Rocheleau vont-ils réussir à boucler leur histoire au terme du prochain et dernier volume ? Suspense, mais j’ai hâte de voir ça !

La Colère de Fantômas t.2 : tout l’or de Paris
Dessin : Julie Rocheleau / Scénario : Olivier Bocquet
Éditions Dargaud, 2014
ISBN 978-2-205-07172-6
51 p., 13,99€


La Grande Odalisque, de Vivès, Ruppert & Mulot

Signé Bookfalo Kill

Carole, la blonde, et Alex, la rousse, sont des cambrioleuses de haut vol, prêtes à tout pour réussir les coups les plus audacieux – comme voler « Le Déjeuner sur l’herbe » au Musée d’Orsay, par exemple. Leur réputation est telle qu’un commanditaire très riche, et tout aussi dénué de scrupules qu’elles, leur demande de récupérer « la Grande Odalisque », un immense tableau d’Ingres présenté au musée du Louvre.
Devant la complexité de la tâche, les deux amies décident d’embaucher un troisième comparse. Encore une fille : Sam, la brune, une championne de moto qui n’a pas froid aux yeux…

Ruppert & Mulot constituent l’un des duos emblématiques de la B.D. indépendante française. Ils élaborent à quatre mains des univers où le découpage, le mouvement et les corps en noir et blanc sont plus importants que l’expression des visages, le plus souvent non dessinée. Bastien Vivès se fait connaître à la fois par son blog – où il aligne des strips thématiques méchamment drôles et pertinents – et par des œuvres plus exigeantes (Polina, Le Goût du chlore).

Si l’annonce de leur association a pu surprendre, elle fait néanmoins des étincelles. La superbe couverture de la Grande Odalisque résume parfaitement l’esprit de leur travail : action, suspense, grand spectacle et sensualité.
Comme leurs héroïnes, les trois auteurs s’autorisent tout, y compris et surtout l’improbable. Poursuites en moto à l’intérieur du Louvre, braquage sanglant d’un cartel de la drogue au Mexique, cambriolages en tous genres… Loin de leurs univers respectifs, Vivès, Ruppert & Mulot s’éclatent visiblement à tirer à grands traits une histoire rocambolesque, pleine de légèreté et d’humour second degré mêlés à un suspense échevelé – surtout dans le dernier tiers, explosif.

Les clins d’œil à la série animée japonaise Cat’s Eye, qui a inspiré cette histoire, sont multiples : les deltaplanes, les cannettes fumigènes, l’allusion au surnom du gang, les cartes de visite… Pour autant, on a l’impression que le trio nous invite à découvrir l’envers d’un décor jusqu’à alors policé pour ne pas choquer les chères têtes blondes téléspectatrices que nous étions : d’une part en explicitant une violence graphique (les coups laissent des traces, on tire à balles réelles et les morts tombent) ; d’autre part, en mettant en avant la sensualité exacerbée des trois filles, déjà objets de fantasme lorsque nous regardions la série télé. (Ne dites pas le contraire, les mecs !) Ici, on parle de sexe ouvertement : Carole multiplie les conquêtes sans lendemain, Alex est une indécrottable romantique, et Sam est lesbienne.

Ce qui n’aurait pu n’être qu’un coup marketing est donc au contraire une bande dessinée fun, inventive, à la fois sous influence et originale, où l’on sent bien la patte des trois auteurs, dont l’association est une réussite. Une réappropriation intelligente et excitante, dont on espère d’autres aventures – une hypothèse que la fin de cet opus n’interdit pas… A suivre ?

La Grande Odalisque, de Bastien Vivès, Florent Ruppert & Jérôme Mulot
Éditions Dupuis, collection Aire Libre, 2012
ISBN 978-2-800-15573-9
122 p., 20,50€