Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Une proie trop facile, de Yishaï Sarid

Signé Bookfalo Kill

Après avoir quitté un cabinet prestigieux pour monter sa propre affaire, un avocat de Tel-Aviv, empêtré dans les problèmes insolubles de son unique client et ses soucis personnels, décide de profiter de sa période de réserve militaire pour se changer les idées, en acceptant de diriger une enquête pourtant difficile : une jeune soldate accuse en effet de viol un officier brillant et respecté de tous, qui combat en poste avancé au Liban. Le témoignage trouble et l’attitude déconcertante de la jeune femme le perturbent autant que l’assurance et l’aura du militaire, et démêler le vrai du faux va s’avérer extrêmement compliqué…

Mise en page 1J’avoue avoir eu du mal entrer dans ce premier roman de Yishaï Sarid (le deuxième publié en France après Le Poète de Gaza). Tempo lent, digressions nombreuses, personnages velléitaires, réalisme déprimant des situations et du contexte de l’intrigue, l’Israël du début des années 2000… Autant d’éléments qui, une fois domptés le rythme et le ton particulier du récit, constituent la singularité d’Une proie trop facile.
Car on finit par apprécier de se heurter avec autant d’insistance aux errements des personnages, à commencer par ceux du héros-narrateur, tellement incertain qu’il n’a pas même de nom. Yishaï Sarid ne sacrifie rien à la facilité, et s’attache à dépeindre avec une précision dénuée de romanesque une enquête qui traîne et s’enlise, une victime peu fiable mais qu’on a envie d’aider, un suspect si rayonnant et défendu par tout le monde qu’on a envie de le croire sans preuve, un extrémisme religieux latent mais jamais loin d’entraver la bonne marche des événements, un patriotisme qui flirte volontiers avec le nationalisme, la guerre qui gronde aux frontières du pays…

Si Sarid repousse jusqu’à la fin le dévoilement de la vérité sur l’enquête, assurant ainsi l’intérêt du lecteur, il captive surtout par sa manière de croquer un monde sous tension permanente, à la recherche d’une stabilité que l’on sent impossible à obtenir. Il faut s’accrocher pour supporter son héros, comme la plupart des autres personnages d’ailleurs, assez antipathiques dans l’ensemble, mais le jeu en vaut finalement la chandelle et confirme, après les livres de Dror Mishani ou Liad Shoham, que les auteurs de polar israéliens ont autant de choses à dire qu’un ton particulier pour le faire.

Une proie trop facile, de Yishaï Sarid
(Teref Kal, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz)
Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2015
ISBN 978-2-330-05662-9
341 p., 22,50€

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2 Réponses

  1. Pas encore eu l’occasion de lire cet auteur, mais j’avoue que je suis attiré par ces écrivains venus de cette partie du monde si agitée. Malgré tes réticences du début je crois que je me laisserai tenter, surtout qu’au final tu as apprécié ce roman ! rendez vous est pris !

    12 décembre 2015 à 10:57

    • Je serai curieux d’avoir ton avis, d’autant que je n’en ai pas trouvé tant que cela sur Internet ;-) Bonne future lecture !

      14 décembre 2015 à 09:25

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