Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Le Triangle d’hiver, de Julia Deck

Signé Bookfalo Kill

Il y a deux ans, Viviane Elisabeth Fauville, le premier roman de Julia Deck, m’avait conquis par son audace formelle, son ton déjà singulier, et je vous avais donné rendez-vous pour son second livre, cap traditionnellement difficile à franchir, surtout quand la romancière s’est distinguée par son coup d’essai.
Le Triangle d’hiver est-il donc la confirmation attendue ? Eh bien oui !

Puvoirs_N° 119Sur le fond comme sur la forme, Julia Deck réussit à se renouveler tout en affirmant ce qu’elle avait ébauché dans Viviane… Qu’est-ce qu’on retrouve ? Une héroïne en errance, ici une jeune femme, Mademoiselle, blonde évaporée qui se rêve chic et nonchalante alors qu’elle traîne au Havre ses envies de rien en baskets et anorak argent doublé de fourrure synthétique. Elle décide alors de changer d’identité et de devenir Bérénice Beaurivage, personnage d’écrivain incarné dans un film d’Eric Rohmer par Arielle Dombasle, avec qui Mademoiselle entretient d’ailleurs une certaine ressemblance.
C’est ainsi qu’elle se présente à l’Inspecteur, rencontré par hasard, et qui tombe très vite amoureux d’elle, au point de la traîner derrière lui au gré des chantiers navals, Saint-Nazaire, Marseille, qu’il visite pour son travail. Mais la journaliste Blandine Lenoir, amie de l’Inspecteur, se méfie d’elle…

Bien qu’elle adopte une voix, une structure et un style différents – j’y reviendrai plus loin -, la romancière s’amuse à brouiller nos repères, comme elle le faisait si bien dans son premier opus, pour mieux nous cueillir au final, notre garde mentale abaissée et ouverte à toutes les surprises.
Puis on retrouve le goût de Julia Deck pour les descriptions précises, le nom des rues, les bâtiments, les décors que l’on découvre au gré des pérégrinations de son héroïne. Un cadre dont le réalisme contraste avec le flou qui, de plus en plus au fil des pages, trouble le parcours de Mademoiselle autant que sa recherche d’identité – autre point commun avec Viviane Elisabeth Fauville.

Le ton du Triangle d’hiver cependant n’est pas le même, dans l’ensemble plus léger, souvent délicieusement ironique, aussi vaporeux que son héroïne, sans pour autant exclure une mélancolie insidieuse. Le mélange est délicat, il fait beaucoup pour la grâce du roman. Certaines scènes sont d’une drôlerie exquise (voir le récit des expériences professionnelles de Mademoiselle), d’autres touchantes, ou troublantes.
Quant à la forme, elle paraît de prime abord plus sage, abordant une narration omnisciente à la troisième personne « classique », même si le style inspiré de Julia Deck (son jeu occasionnel sur les parenthèses et les phrases non terminées est superbe) vaut à lui seul le détour littéraire. Sage ? Classique ? C’est pour mieux vous surprendre le moment venu, mes enfants… mais je ne vous en dis pas plus !

Le Triangle d’hiver, de Julia Deck
  Éditions de Minuit, 2014
ISBN 978-2-7073-2399-6
175 p., 14€

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Une Réponse

  1. alexmotamots

    Le second roman est souvent casse-figure, en effet.

    6 septembre 2014 à 17:45

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