Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

L’Euphorie des places de marché, de Christophe Carlier

Signé Bookfalo Kill

Norbert Langlois dirige Buronex, une entreprise spécialisée en livraisons de bureaux à des entreprises étrangères. Agathe Pichenard, sa terrible secrétaire, était là bien avant Norbert, lorsque la boîte s’appelait Pattoni et s’occupait de plomberie ; des patrons, elle en a vu d’autres depuis le merveilleux Ernesto Pattoni, et ce n’est pas un Langlois qui va l’intimider – pas plus qu’une jeune stagiaire prénommée Ludivine, même si elle est extrêmement sage et travailleuse.
Mais quand un gros client américain arrive, avec à la clef la promesse d’un contrat très juteux, la donne pourrait sérieusement changer…

Carlier - L'Euphorie des places de marchéS’amuser avec l’économie, c’est possible ? Oui, la preuve avec Christophe Carlier. L’Euphorie des places de marché est une comédie pétillante sur le monde de l’entreprise, cadre prétexte à un affrontement comique, quasi théâtral, entre un jeune patron dont les dents longues n’ont pas beaucoup de chance de rayer le parquet, faute d’avoir l’agressivité de les y planter, et une secrétaire épouvantable, cauchemar ambulant pour tout employeur digne de ce nom.

Car toute l’énergie du livre repose sur l’hilarante Agathe Pichenard, montagne de mauvaise foi, quinquagénaire charnue prête à tout pour ne pas travailler, autant que pour arriver à ses fins – et parfois, plus ou moins volontairement, à celle des autres…
Adepte de formules définitives qui clouent le bec à quiconque envisage de lui confier la moindre tâche – des phrases toutes faites dont le sommet est l’imparable « Doucement, nous sommes pressés » -, le personnage d’Agathe est un festival, régalant le lecteur par son caractère épouvantable et sa capacité innée à en faire le moins possible tout en se faisant craindre et respecter de tous. Clairement le genre de collègue qu’on ne voudrait pas avoir, mais qu’on a tous plus ou moins rencontré un jour – d’où la joie presque sadique que l’on trouve à lire ses inventions permanentes pour se dérober à ses responsabilités professionnelles.

Le roman tient essentiellement à cela, ainsi qu’au face-à-face entre Agathe et Norbert, patron falot et inquiet, qui se réjouit des bulletins économiques à la radio lorsqu’ils se complaisent dans l’alarmisme, mais s’inquiète lorsque les nouvelles en provenance des bourses et des marchés sont bonnes.
Pour le reste, l’intrigue du roman s’avère limitée, et le ton général reste d’une grande légèreté, Christophe Carlier ne prétendant jamais développer une profonde réflexion sociologique sur l’entreprise ou l’économie contemporaine. L’évolution et la conclusion du roman sont assez prévisibles, mais le style alerte et joyeusement ironique de l’auteur garantit jusqu’au bout le plaisir que l’on prend à dévorer ce livre bref et bien vu.

L’intérêt de L’Euphorie des places de marché réside donc dans cette réjouissante comédie de mœurs moderne, où l’on peut tous, sans doute, se retrouver un peu.

L’Euphorie des places de marché, de Christophe Carlier
Éditions Serge Safran, 2014
ISBN 979-10-90175-15-0
190 p., 16€

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2 Réponses

  1. alexmotamots

    Il est vrai qu’avant ton billet, les places de marchés ne m’auraient pas mises en euphorie…..

    13 janvier 2014 à 13:59

    • Si ça peut te rassurer, à part grâce à la littérature, elles ne me font jamais cet effet-là non plus !

      13 janvier 2014 à 18:25

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