Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Jusqu’à la folie, de Jesse Kellerman

Signé Bookfalo Kill

L’année dernière, les éditions Sonatine publiaient avec succès la première traduction d’un roman de Jesse Kellerman (fils de Jonathan et Faye, eux-mêmes auteurs de polars). Je n’avais cependant pas partagé l’enthousiasme parfois délirant de certains pour Les visages (Grand Prix des Lectrices de Elle, qui a souvent récompensé d’excellents polars par le passé). Il y avait de belles pages, notamment sur le monde de l’art new yorkais, une écriture soignée, mais aussi de vraies longueurs et une fin beaucoup moins spectaculaire que promise par l’éditeur. Le tout m’avait forcément laissé sur ma faim.

Faute d’en attendre monts et merveilles, j’ai donc été plutôt agréablement surpris par Jusqu’à la folie, écrit juste avant les Visages, et que viennent de publier les Editions des Deux Terres.
La vie de Jonah, étudiant en médecine de 26 ans, bascule le jour où il intervient pour sauver une jeune femme victime d’une agression dans la rue. Il tue accidentellement l’agresseur et devient, durant quelques jours, un héros – au moins pour la presse et pour ses amis. Mais le procureur en charge de l’affaire se montre suspicieux, la famille de l’agresseur porte plainte ; et Eve, la victime, se montre particulièrement empressée à lui manifester sa reconnaissance. C’est le début d’une spirale infernale, de celles qui mènent jusqu’à la folie…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jesse Kellerman ne craint pas de prendre son temps pour raconter ses histoires. C’était déjà le cas dans les Visages, ça l’est encore ici – avec encore quelques longueurs, mais moins nombreuses et moins ennuyeuses dans celui-ci. L’immersion dans le monde hospitalier s’avère aussi réaliste et passionnant que celle dans le monde de l’art du précédent opus. L’auteur nourrit son roman de micro-intrigues qui enveloppent le fil conducteur du récit et, occasionnellement, le font avancer ; dans le même registre, les personnages secondaires sont très réussis, en particulier Lance, le colotaire de Jonah, ou bien Kate, la soeur du héros.

L’intrigue principale n’est cependant pas en reste, qui permet à Kellerman de tisser la toile étouffante d’un thriller psychologique redoutable. Si Jusqu’à la folie n’est pas un page turner au sens classique du terme, on ne peut s’empêcher d’y revenir aussi vite que possible pour savoir si – et comment – le malheureux Jonah va s’en sortir… Difficile d’en dire plus sans gâcher le travail minutieux du romancier, la manière dont il instaure petit à petit le malaise, dont il enferme son héros dans un piège d’autant plus effroyable qu’il est crédible. J’ajouterai juste que certaines scènes s’avèrent très éprouvantes, et qu’il vaut mieux être un lecteur averti pour s’engager dans ce roman.

Un petit bémol néanmoins pour la fin, moins intense que ce que le reste du polar pouvait laisser espérer, même si elle tient bien en haleine jusqu’au bout. Bref, rien de grave… Et voici confirmé que Jesse Kellerman, à défaut d’être déjà incontournable, est un auteur à suivre dans les années à venir.

Jusqu’à la folie, de Jesse Kellerman
Editions des Deux Terres, 2011
ISBN 978-2-84893-101-2
375 p., 22,50€

A découvrir aussi en poche :
Les Visages
Editions Points Thriller, 2011
ISBN 978-2-7578-1413-0
474 p., 7,80€

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