Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Pourquoi je n’ai pas dépassé la page 50 : Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Vous le savez, j’ai souvent fait preuve d’une certaine indulgence à l’égard d’Amélie Nothomb sur ce blog. Indulgence coupable, me direz-vous peut-être, et je ne pourrais vous en vouloir ; mais c’est ainsi, l’excentrique romancière belge me fascine depuis longtemps et m’amuse assez souvent pour que je lui passe ses mauvaises manies.
Il faut néanmoins savoir lever le pied sur la complaisance et se montrer parfois plus rude – ou plus objectif. Vous l’aurez compris, ce sera le cas cette année, avec cet opus dont je n’ai vraiment pas pu dépasser la page 50 tant la perspective d’une purge se dessinait au fil des premiers chapitres. N’ayant pas de temps à perdre, j’ai préféré couper court.

Nothomb - Riquet à la houppe2Qu’est-ce qui cloche dans ce Riquet à la houppe ? Bon, déjà, le fait qu’Amélie Nothomb s’inspire à nouveau d’un texte préexistant pour pondre son roman. Elle avait déjà adapté un conte en 2012 (Barbe Bleue) et un roman d’Oscar Wilde l’année dernière (Le Crime du Comte Neville). En panne d’inspiration ? Étant donné le résultat, la réponse est oui, sans aucun doute.
En effet, non contente de pomper les intrigues des autres pour structurer sa propre histoire, voici que la romancière belge se plagie elle-même. Dès le début de ces cinquante premières pages, j’ai eu le sentiment désagréable de relire sans le vouloir certains de ses livres précédents – en particulier Attentat. Riquet à la houppe s’ouvre en dressant les portraits croisés de Déodat, jeune garçon dont la laideur repoussante est compensée par une intelligence exceptionnelle, et de Trémière, jeune fille au physique aussi délicieux que son esprit est limité. Leur rencontre est bien sûr inévitable…

Bon, que Nothomb ressasse depuis longtemps les mêmes thématiques, ce n’est pas un scoop. Mais qu’elle le fasse d’une manière aussi désinvolte et dénuée d’inspiration, c’est insupportable. Honnêtement, j’imagine que quelqu’un découvrant son œuvre par ce roman pourrait peut-être y trouver de l’intérêt et y prendre du plaisir. Et encore… Car le rythme est poussif, les situations convenues et les personnages finalement superficiels derrière leurs caractères extrêmes. On est loin de la sincérité avec laquelle Amélie Nothomb campait des personnages au-delà des limites dans ses premiers romans ; encore une fois, la romancière déroule sa recette avec les mêmes ingrédients, sans génie ni folie.

Résultat : je me suis ennuyé. Et je suis vite passé à autre chose – en songeant que, de toute façon, je ne passais pas à côté d’une pépite de la rentrée littéraire. Mais en étant bien triste de constater une fois de plus quel gâchis de talent représentait la carrière d’Amélie Nothomb.

Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2016
ISBN 978-2-226-32877-9
198 p., 16,90€

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13 Réponses

  1. Sandrinelit

    Bonjour, J’ai lu avec intérêt votre chronique. Les avis et les goûts ne sont pas universels, mais intéressants à comparer. C’est la raison pour laquelle je me permets de vous interpeler. Lorsque vous indiquez « on » s’ennuie cela me gêne. Vous vous êtes ennuyées ! Cela me semble plus Juste. Car pour ma part j’ai passé un très bon moment avec le dernier roman d’Amelie Nothom. J’ai été une nouvelle fois saisie par son écriture talentueuse.
    Je continuerai à vous lire mais je vous remercie d’écrire en vote nom.
    A bientôt sur votre Blog. 😀

    28 septembre 2016 à 08:54

    • Bonjour Sandrine,
      Merci pour votre réponse, dont j’apprécie la modération en dépit du fait que nous ne sommes pas d’accord sur le fond du sujet.
      Votre remarque est tout à fait justifiée. Néanmoins, cette tournure généralisante du « on » reste bien entendu l’expression d’un sentiment personnel, une tournure de phrase dont j’admets qu’elle n’est pas forcément pas très heureuse.
      Je m’en vais corriger cette conclusion, car je m’en voudrais de heurter d’autres sensibilités ;-) Mais de manière générale, tout ce qui se dit sur ce blog est systématiquement un avis personnel, discutable certes (et encore heureux !), mais à ne jamais prendre comme l’affirmation d’un goût universel :)
      Bonne continuation, et merci de votre fidélité !

      28 septembre 2016 à 09:23

      • Sandrinelit

        📚Merci beaucoup de votre réponse que j’apprécie sincèrement.
        Je lis toutes vos chroniques avec grand intérêt et j’apprécie la controverse enrichissante. Je lis actuellement « L’homme qui voyait à travers les visages. »
        Je vous souhaite de belles lectures que je suiverai avec plaisir sur votre Blog.😀

        28 septembre 2016 à 10:08

      • C’est toujours un plaisir de discuter bouquins, même – surtout ? – si on n’est pas d’accord !
        Merci donc à vous, et à bientôt :)

        28 septembre 2016 à 22:17

  2. j’hésitais à le lire, et voilà sur la même page un avis négatif et un positif!! Mais bon c’est refreshing de lre quelqu’un qui n’a pas peur de mâcher ses mots, lol. Si je devais lire UN livre de Nothomb, lequel me recommmenderiez-vous?

    28 septembre 2016 à 16:41

    • Merci ! Hé bien, tant qu’à faire un blog, autant qu’il soit le lieu d’un échange, parce que les avis énoncés n’appartiennent qu’à nous, et qu’ils peuvent être discutés sans problème. Du moment que tout le monde reste poli et argumente sa position, c’est chouette :)
      De Nothomb, j’ai une nette préférence pour « Les Catilinaires », qui doit être son quatrième roman. Pas forcément le plus connu, mais pour moi le mieux écrit, le plus réfléchi, troublant, dérangeant de belle manière…
      Sinon, il y a les « classiques » de la dame : « Hygiène de l’assassin », son premier roman, festival de dialogues virtuoses au service d’une intrigue sombre et perturbante ; ou « Stupeur et tremblements », dans lequel Nothomb relate avec un beau mélange d’humour et d’autodérision une expérience professionnelle très violente au Japon.
      A mon avis, l’un de ces trois-là est parfait pour découvrir son univers, qu’ils présentent sous son meilleur jour, sans les facilités que je déplore dans son dernier opus (ou dans d’autres précédents).

      28 septembre 2016 à 22:23

      • j’ai lu son 1er, et aussi Ni d’Eve ni d’Adam, mais je ne connaissais pas du tout Les Catilinaires, alors merci!

        28 septembre 2016 à 22:49

      • Avec plaisir ! C’est un souvenir lointain, mais je reste attaché à ces « Catilinaires ». Il faudrait peut-être que je le relise, pour voir si j’en pense toujours autant de bien aujourd’hui… Juste par curiosité !

        3 octobre 2016 à 21:46

  3. Je n’ai encore jamais franchi le pas avec ma compatriote ! Pourtant, on m’a dit le plus grand bien d’hygiène de l’assassin et de stupeur, mais je sais pas pourquoi, je n’ai pas envie de la lire ! Rien à voir avec le personnage excentrique, ou une lubie de ma part. C’est comme ça, ses romans ne m’attirent pas.

    C’est grave docteur ?? :lol:

    29 septembre 2016 à 09:42

    • Pas plus que de ne pas lire Proust :-P

      3 octobre 2016 à 21:45

      • Alors je survivrai ! :D

        4 octobre 2016 à 21:39

    • Crispy

      De passage ici, je n’ai pu m’empêcher de répondre, je crois bien q’il s’agit de mon tout premier commentaire sur un blog!

      Je connais ce sentiment je n’ai jamais était attirée par la dame au chapeau, bien au contraire, je crois qu’on entend trop parler d’elle. J’ai bien vu le film Stupeur et tremblement une fois par hasard du temps où j’avais la télé, c’était pas désagréable mais je ne l’ai pas lu pour autant alors que je l’avais sous la main. Vraiment quelque chose m’a toujours repoussé, ça ne vient ni d’elle ni de ses livres, seulement de sa notoriété, par esprit de contradiction je suppose.

      Et puis un jour au travail, dans un moment d’ennui intersidéral, je suis tombée sur le seul livre en français qui se trouvait là: Mercure d’Amélie Nothomb. Une heure plus tard je fouillais toute la bibliothèque comme une junkie en manque pour en trouver un autre. Le lendemain je sortais de chez un libraire avec 7 de ses bouquins. Aujourd’hui il m’en reste très peu à lire, je m’en suis presque gavée. Je commence à avoir peur de l’avoir trop lu et c’est là que je tombe sur cette page, par hasard s’il en est.
      Sans aucune raison apparente je n’étais pas tentée par Riquet à la houppe, il est temps de faire une pause d’Amélie. La rechute n’en sera que meilleure.
      En tout cas belette je te souhaite de tomber dessus de grès ou de force !

      4 mai 2017 à 11:09

      • Bonjour et merci pour ce petit commentaire chez mon cousin germain ! mdr

        J’ai toujours entendu que pour les romans d’Amélie, soit on adorait et on les dévorait, soit on détestait ! Je me dis toujours que je devrais au moins essayer, pour pouvoir dire « j’aime » ou « je n’aime pas et je sais pourquoi ».

        Le temps n’étant pas mon allié, ma PAL augmentant plus que la dette de nos deux pays réuni (sauf si tu viens du pays de la frite et de la bière). Tu vois le bazar ? C’est énorme et je me dis que ce ne serait pas raisonnable d’en ajouter, surtout si par bonheur – ou malheur – j’adorais l’auteure !!

        J’aime vivre dangereusement, mais tout de même… PTDR

        Voilà, je sens déjà les sirènes du challenge et de la dangerosité de la chose qui m’appellent et je sens que je vais avoir du mal à résister !

        Crispy, si un jour j’ouvre un roman de la dame Amélie, tu pourras dire que c’est à cause de toi et de ton premier commentaire sur le blog du cousin Cannibales Lecteurs !

        Merci ;-))

        7 juillet 2017 à 21:56

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