Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

COUP DE COEUR : Les fantômes d’Eden, de Patrick Bauwen

Dévasté par le désastre qu’il a vécu quelques années auparavant, désormais seul (sa famille est partie en Europe), dépressif, obèse et ruiné, Paul Becker traîne son mal-être et sa solitude morbide au fin fond des États-Unis. Il décide pourtant de se reprendre et, se réfugiant dans la tranquillité du parc de Yellowstone, il entreprend son long retour à la vie.
Jusqu’au jour où il assiste à son propre meurtre.
Oh non, il ne s’agit pas d’une expérience de dédoublement ni d’un épisode de X-Files – mais juste d’un malentendu. De loin, Paul surprend le geste d’un assassin abattant dans son refuge un homme ressemblant à celui qu’avait été Paul Becker lorsqu’il était au fond du trou : adipeux, hirsute, négligé jusqu’au pathétique. Comprenant qu’il s’agit d’une méprise, Paul décide de profiter de cet anonymat inattendu pour soigner son retour, et tenter d’identifier le commanditaire du crime. Une enquête qui va le ramener dans son passé, vers la petite ville d’Eden, en Floride, où il a grandi et vécu durant les années 70 d’extraordinaires aventures avec ses amis Jerry, Cameron, Stan et Sarah…

Bauwen - Les fantômes d'Eden - LGFEntre le moyen Seul à savoir et Les fantômes d’Eden, il s’écoule quatre ans. Quatre ans durant lesquels Patrick Bauwen peaufine son nouveau roman, avec un soin inédit qui enveloppe chaque mot, chaque scène, chaque détail, chaque pensée du héros – Paul Becker, de retour après sa plongée en enfer racontée dans Monster.

Pour moi, sans hésitation, il s’agit du polar le plus réussi de Patrick Bauwen à ce jour. La métamorphose est même stupéfiante par rapport aux trois précédents, surtout du point de vue du style. Ici, l’écriture est totalement maîtrisée, d’une sobriété magnifique qui permet à l’auteur d’aller au cœur des émotions, ce qui ressort particulièrement dans les superbes chapitres racontant l’enfance de Paul Becker et ses amis ; l’ombre du Stephen King de Ça ou Stand by me, référence absolue du roman d’enfance, plane avec bienveillance sur le livre, intégrant joyeusement le lecteur dans la petite bande de copains dès les premières pages qui leur sont consacrées.
L’écrivain passe clairement un cap dans les Fantômes d’Eden, puisant sans doute au plus profond de son histoire personnelle une matière brute qu’il polit avec un soin jaloux, jusqu’à lui donner l’élégance évidente du diamant le plus pur. Ce roman est sincère, presque intime, ce qui le rend infiniment juste et touchant.

Bauwen - Les fantômes d'Eden - Albin MichelMais la partie contemporaine, davantage thriller, fonctionne également très bien, car on s’attache tout aussi vite au parcours chaotique de Becker, à sa rédemption désespérée, à sa quête d’amour et de vengeance, en même temps que l’on suit avec fascination la trajectoire effrayante d’un tueur en série qui sort du lot. Le tout, planté dans un décor américain que Bauwen rend totalement crédible (superbe Eden, petite ville du sud à laquelle on croit de bout en bout), tout sauf un gadget d’auteur français réfugiant son intrigue aux States parce que ça ferait « cool ». Patrick Bauwen connaît les États-Unis, il sait en parler avec sincérité et user des particularismes de ce pays à nul autre pareil pour nourrir son intrigue.

S’il faut nuancer cette partition majeure d’un petit bémol, c’est en raison de la fin, un peu trop spectaculaire et en même temps convenue, pas à la hauteur des montagnes russes émotionnelles qui la précédent. Mais pas non plus de quoi gâcher le plaisir de l’ensemble, ni atténuer l’impact durable des Fantômes d’Eden sur un lecteur conquis par la puissance, l’efficacité et la sincérité d’un Patrick Bauwen au-dessus du lot, au point de faire passer en un éclair 740 pages dont aucune ne paraît de trop. On en redemande !

Les fantômes d’Eden, de Patrick Bauwen
Éditions Livre de Poche, 2016
ISBN 9782253112006
739 p., 8,90€

Première édition : Albin Michel, 2014
ISBN 9782226312310
634 p., 22,50€

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10 Réponses

  1. 740 pages dont aucune ne parait de trop, c’est un réel exploit.

    8 juin 2018 à 11:50

  2. Pour moi aussi il est en mode presque parfait avec ce thriller-là ! Et oui, quel bel hommage au King tout en gardant sa singularité !

    9 juin 2018 à 11:49

  3. Géraldine

    Hé ! Ho ! Tu va sarrêter, oui, de me donner envie de TOUT lire ??? Comme si j’avais le temps… Quand je pense que tu avais arrêté de poster pendant des semaines et que ça me manquait… et maintenant, je note chaque titre pour le lire quand j’aurai deux minutes… Tu ne me facilites pas la vie, tu sais ? (en même temps… c’est chouette, et merci pour tout ça!!!)

    11 juin 2018 à 11:26

    • Mon retour est un peu de ta faute, aussi, fallait pas réclamer à tout bout de champ et remettre toutes les sauces sur le tapis :p
      Bon, tant que cet exercice m’amusera encore un peu, je continuerai, même de manière épisodique… et tant mieux si ça rajoute plein de livres sur ta liste de lecture, gniark gniark gniark !!!

      3 juillet 2018 à 21:22

  4. Mon dieu, je ne l’ai pas encore lu alors qu’il était placé dans les « urgentissimes à lire »…. je suis pitoyable, heureusement que tu es là pour me donner un coup de griffe :)

    12 juin 2018 à 22:12

    • Alors là oui, je veux bien être sympa, compréhensif, toussa toussa, mais ne pas avoir encore lu celui-ci, c’est à la limite du crime contre la lecture !!!
      (Et sinon, tu as quoi comme pile plus urgente encore qu’urgentissime ? :p )

      2 juillet 2018 à 07:13

      • J’ai péché, pardonnez-moi…. j’ai des piles plus urgentes qu’urgentes et des piles où je sens venir les coups de coeur, des piles nouveautés…. bref, des tas de piles !

        2 juillet 2018 à 22:02

      • Ouais, tu as des piles éclectiques, quoi :p

        3 juillet 2018 à 21:13

      • Des Duracell…. ça va me constiper ! :lol:

        4 juillet 2018 à 15:14

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