Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Reflex, de Maud Mayeras

Signé Bookfalo Kill

Photographe pour l’Identité judiciaire, Iris Baudry a la désagréable surprise d’être appelée sur une scène de crime dans la ville de son enfance, où vit encore sa mère qu’elle déteste et avec qui elle n’a plus de contacts ; la ville, également, où gît son traumatisme le plus profond, la mort de son fils Swan, assassiné onze ans auparavant. En découvrant le cadavre, celui d’un autre jeune garçon, elle est persuadée de trouver sur son corps la signature du meurtrier de Swan, qui dépeçait partiellement ses victimes – alors qu’un homme a été arrêté à l’époque et croupit toujours en prison.
Bloquée en ville suite à une panne de sa moto, Iris découvre que d’autres enfants ont disparu récemment. Elle décide alors de mener l’enquête, pour se confronter avant tout à son terrifiant passé, à sa mère, et à tous les fantômes qui peuplent la région…

Mayeras - ReflexAutant vous le dire tout de suite : en dépit de ce que pourrait laisser penser ce résumé, et plus encore celui de la quatrième de couverture, Reflex n’est pas DU TOUT un thriller, pas au sens où on doit entendre ce terme, soit une mécanique vivace et implacable de suspense, hérissée de rebondissements et de cliffhangers qui poussent à tourner les pages à toute vitesse. Si une enquête policière dans les règles semble s’amorcer dans les premières pages, avec découverte d’un cadavre, descriptions des procédures réglementaires, entrée en scène d’un flic haut en couleur et de l’héroïne, ce n’est qu’une fausse piste, un pétard mouillé.
Ce n’est surtout pas là que Maud Mayeras souhaite emmener son lecteur. Au contraire, son deuxième roman prend son temps pour arpenter en tous sens ses territoires hantés, géographiques et mentaux.

Car Reflex n’est pas non plus un livre aimable. Il est dur, plein de souffrance, de cruauté et de désespoir. D’une noirceur étouffante, jusqu’à la fin. Autrement dit, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Je l’ai souvent lu le cœur au bord des lèvres, non pas en raison de scènes particulièrement horribles ou sanglantes, mais parce que l’acharnement qui frappe ses personnages est éreintant.
C’est le cas d’Iris bien sûr, plombée de chagrin suite à la mort de son fils, prisonnière de la violence psychologique que lui inflige sa mère. Mais cet acharnement frappe aussi les personnages d’une autre histoire que Maud Mayeras développe en parallèle, celle d’une lignée de femmes à qui rien n’est épargnée : violées, battues, maltraitées, humiliées, et qui débouche sur la naissance d’un ultime monstre, que l’on voit grandir au fil des pages, depuis sa naissance jusqu’au moment où il rejoint le présent d’Iris de la manière la plus inattendue qui soit.

Très maîtrisé, remarquablement écrit, Reflex me laisse une impression trouble. Je suis incapable de dire si j’ai aimé ce livre, tant les sensations physiques épuisantes qu’il procure m’empêchent de le penser. Mais c’est un roman implacable, et il faut admirer l’obstination de Maud Mayeras à l’avoir mené aussi loin sans fléchir dans son propos. Le temps, peut-être, me permettra d’éclaircir mon sentiment final…

Reflex, de Maud Mayeras
Éditions Anne Carrière, 2013
ISBN 978-2-8433-7719-8
365 p., 21€

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6 Réponses

  1. Ce roman m’attire, tu confirmes ici que cette lecture laisse des traces et n’est pas si facile à appréhender. Merci pour cet avis éclairé

    10 octobre 2013 à 05:30

    • Bien que connaissant « Hématome », j’avoue que j’ai été surpris par la rudesse de ce roman – sans doute à cause de ce que le résumé laissait entendre, et qui n’est pas exactement conforme au contenu réel du livre.
      Mais cela vaut le déplacement, à coup sûr, ne serait-ce que pour apprécier la voix unique de Maud Mayeras dans le paysage du polar français.

      13 octobre 2013 à 10:50

  2. alexmotamots

    Des territoires mentaux hantes, brrrr……

    13 octobre 2013 à 18:18

  3. Reflex (e) qui n’est que celui de tenter de reprendre sa respiration… Tout comme vous, je ne savais pas si j’avais aimé ou non. En fait c’était d’une telle évidence ! Alors oui je le dis, j’ai aimé

    7 avril 2016 à 14:40

    • Avec le recul – beaucoup de recul -, oui, on peut davantage dire qu’on a aimé… mais sur le coup, quelle claque ! Ce n’est pas le genre de bouquin que je lirais tous les jours, mais se faire remuer comme ça de temps en temps, ça fait du bien.

      3 mai 2016 à 10:00

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