Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb

Marie est belle, très belle. Elle le sait très bien et s’en sert moins pour séduire que pour provoquer la jalousie et la haine chez les autres, sentiments dont elle se nourrit pour exister. Elle aurait pu en vivre longtemps, mais voilà qu’elle tombe amoureuse d’un jeune homme tout aussi radieux qu’elle, et surtout enceinte de lui. Elle a dix-neuf ans et son avenir qu’elle imaginait vertigineux s’arrête à une maternité ni imaginée ni désirée.
Lorsque sa fille Diane vient au monde, elle ne lui manifeste que mépris, jalousie ou indifférence – une fin de non-recevoir opposée sans répit à l’appel d’amour d’une fillette trop précoce pour ne pas en souffrir. Surtout lorsque naissent ensuite un frère, très choyé, puis une petite sœur, objet de toutes les affections par une Marie transfigurée. De cet affront, Diane décide alors de faire une force…

Nothomb - Frappe-toi le coeurComme cela lui arrive de temps à autre, Dame Amélie s’est creusée la tête pour son opus 2017. Résultat, des bonnes nouvelles en pagaille : dans Frappe-toi le cœur (titre emprunté à Musset), elle ne se met pas en scène ni ne cause d’elle, parvient à surprendre le lecteur au fil d’une histoire qui s’étire sur plusieurs années (c’est plutôt une spécialiste de l’intrigue sur temps court), et débarrasse globalement son écriture de ses scories habituelles – dialogues à l’emporte-pièce, facilités exaspérantes, patronymes invraisemblables et narration réduite à sa plus simple expression.
Pour une fois, Nothomb prend son temps. Pour approfondir ses personnages au-delà de quelques mots et clichés psychologiques vite emballés, et pour les faire évoluer tel qu’on évolue au cours d’une vie. Des personnages qui, donc, s’appellent simplement Marie, Diane, Elisabeth, Olivia ou Célia. Des femmes – mères, filles, sœurs, amies – qui s’affrontent dans un ballet réglé par une mécanique terrible mêlant cruauté, incompréhension, jalousie, regret, déception, dont Amélie Nothomb huile les rouages avec une rare finesse. Son regard clinique finit par serrer le cœur, tant le spectacle de ces enfants psychologiquement mutilées par leurs mères est navrant et douloureux.

Passées des premières pages familières (présentant une jeune fille d’une beauté stupéfiante inversement proportionnelle à son intelligence), Frappe-toi le cœur délaisse donc la bonne humeur factice et les fantaisies sans lendemain, usuelles chez la romancière, pour examiner la souffrance et l’amertume de vies abîmées par celles qui pourtant les fabriquent.
Inattendu, ce choix assumé jusqu’au bout d’un récit sombre et sans artifice superflu finit par constituer une excellente surprise, faisant de ce vingt-sixième roman d’Amélie Nothomb l’un de ses meilleurs, tout simplement. Et un signe supplémentaire que cette rentrée littéraire 2017 est placée sous le signe de la qualité, puisque même le Nothomb annuel sort du lot. Étonnant, non ?

Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel, 2017
ISBN 978-2-226-39916-8
180 p., 16,90€

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Aquarium, de David Vann

Signé Bookfalo Kill

Après Goat Mountain, David Vann l’avait juré, il en avait fini avec ses terribles histoires de père, de fils et d’armes à feu. Aquarium confirme son changement de registre : voici l’auteur américain au milieu des poissons, entre une petite fille et sa mère.
Et on s’en prend plein la gueule.
Ah oui, parce que Vann n’avait pas précisé qu’il passerait pour autant à la franche comédie ou à la légèreté… Aquarium est plein de comptes à régler, de rêves brisés, de cruauté et de violence. Bref, c’est un vrai roman de David Vann – et, ma foi, même si certains passages sont presque insoutenables, j’ai adoré ce nouveau livre.

Vann - AquariumTout commence donc au milieu des poissons, à l’aquarium de Seattle. C’est là que Caitlin, douze ans, aime se réfugier après l’école, en attendant que Sheri, sa mère, vienne la chercher en sortant de son travail – un boulot éreintant au port à conteneurs, où elle aide au chargement des grues. Mère et fille vivent seules, dans le dénuement mais très soudées. Jusqu’au jour où un vieil homme aborde Caitlin à l’aquarium. Chaque après-midi, il se trouve désormais là quand la fillette arrive de l’école, et celle-ci commence à apprécier ces moments passés en compagnie de cet inconnu affable, aussi fasciné qu’elle par les poissons. Mais quelles sont les intentions exactes du vieil homme ? Le jour où Sheri apprend ce qui se passe, tout bascule…

Bon, autant être honnête, le début de l’intrigue est cousu de fil blanc. Je l’ai résumé tel que David Vann voudrait sans doute qu’on le fasse, en préservant autant que possible l’aspect à la fois énigmatique et menaçant du vieil homme ; mais vous devinerez sans doute assez vite où le romancier veut en venir, surtout si vous connaissez déjà son œuvre.
Je n’insiste néanmoins pas, car la puissance dérangeante d’Aquarium réside avant tout dans la manière dont évolue la relation entre Caitlin et sa mère, vue par le prisme des rapports que la fillette développe en même temps avec le monde extérieur. Ce dernier est non seulement incarné par le vieil homme, mais aussi par Steve, le nouveau petit ami de Sheri, ainsi que par Shalini, la meilleure amie (et bientôt plus) de la fillette.

David Vann ose beaucoup dans ce nouveau roman, il choquera d’ailleurs sûrement. Aquarium frappe par sa violence, aussi bien physique que psychologique ; il étonne également par l’audace et par la liberté rafraîchissantes que le romancier prête à sa jeune héroïne. Et on ne peut qu’être admiratif devant la supériorité narrative de l’auteur, capable de donner une voix crédible à Caitlin, narratrice du roman ; capable de faire entendre la voix d’une petite fille de douze ans, avec ce que cela comporte de naïveté et d’ignorance, sans pour autant trahir la complexité de son personnage ni tomber dans le piège de la niaiserie.
Il y parvient grâce à la subtilité de la composition de son texte, construit sur une vaste métaphore marine et sous-marine, où les sentiments s’incarnent sous forme aquatique et où les personnages sont comme des poissons projetés hors de l’eau, cherchant à respirer malgré tout. Tour à tour, porté par la puissance du récit, on se laisse porter par les courants de l’éveil amoureux, doux et chauds, ou on souffre d’asphyxie, asséché par la dureté d’un combat inhumain opposant une mère à sa fille.

Aquarium est un roman initiatique au même titre que Sukkwan Island, en ce sens que l’apprentissage et la découverte se font dans la violence et la douleur. Chez David Vann, l’adolescence est un choc, un déchirement, le théâtre d’un affrontement sanglant et cruel avec les parents, qui renverse les perspectives et laisse des cicatrices. Le tableau familial prend encore ici un sacré coup de canif, déchirant la toile d’un bonheur illusoire – d’où peuvent naître, néanmoins, la possibilité d’un avenir meilleur et l’hypothèse de l’amour. Et c’est très beau.

Aquarium, de David Vann
(Aquarium, traduit de l’américain par Laura Derajinski)
Éditions Gallmeister, coll. Nature Writing, 2016
ISBN 978-2-35178-117-3
280 p., 23€


Reflex, de Maud Mayeras

Signé Bookfalo Kill

Photographe pour l’Identité judiciaire, Iris Baudry a la désagréable surprise d’être appelée sur une scène de crime dans la ville de son enfance, où vit encore sa mère qu’elle déteste et avec qui elle n’a plus de contacts ; la ville, également, où gît son traumatisme le plus profond, la mort de son fils Swan, assassiné onze ans auparavant. En découvrant le cadavre, celui d’un autre jeune garçon, elle est persuadée de trouver sur son corps la signature du meurtrier de Swan, qui dépeçait partiellement ses victimes – alors qu’un homme a été arrêté à l’époque et croupit toujours en prison.
Bloquée en ville suite à une panne de sa moto, Iris découvre que d’autres enfants ont disparu récemment. Elle décide alors de mener l’enquête, pour se confronter avant tout à son terrifiant passé, à sa mère, et à tous les fantômes qui peuplent la région…

Mayeras - ReflexAutant vous le dire tout de suite : en dépit de ce que pourrait laisser penser ce résumé, et plus encore celui de la quatrième de couverture, Reflex n’est pas DU TOUT un thriller, pas au sens où on doit entendre ce terme, soit une mécanique vivace et implacable de suspense, hérissée de rebondissements et de cliffhangers qui poussent à tourner les pages à toute vitesse. Si une enquête policière dans les règles semble s’amorcer dans les premières pages, avec découverte d’un cadavre, descriptions des procédures réglementaires, entrée en scène d’un flic haut en couleur et de l’héroïne, ce n’est qu’une fausse piste, un pétard mouillé.
Ce n’est surtout pas là que Maud Mayeras souhaite emmener son lecteur. Au contraire, son deuxième roman prend son temps pour arpenter en tous sens ses territoires hantés, géographiques et mentaux.

Car Reflex n’est pas non plus un livre aimable. Il est dur, plein de souffrance, de cruauté et de désespoir. D’une noirceur étouffante, jusqu’à la fin. Autrement dit, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Je l’ai souvent lu le cœur au bord des lèvres, non pas en raison de scènes particulièrement horribles ou sanglantes, mais parce que l’acharnement qui frappe ses personnages est éreintant.
C’est le cas d’Iris bien sûr, plombée de chagrin suite à la mort de son fils, prisonnière de la violence psychologique que lui inflige sa mère. Mais cet acharnement frappe aussi les personnages d’une autre histoire que Maud Mayeras développe en parallèle, celle d’une lignée de femmes à qui rien n’est épargnée : violées, battues, maltraitées, humiliées, et qui débouche sur la naissance d’un ultime monstre, que l’on voit grandir au fil des pages, depuis sa naissance jusqu’au moment où il rejoint le présent d’Iris de la manière la plus inattendue qui soit.

Très maîtrisé, remarquablement écrit, Reflex me laisse une impression trouble. Je suis incapable de dire si j’ai aimé ce livre, tant les sensations physiques épuisantes qu’il procure m’empêchent de le penser. Mais c’est un roman implacable, et il faut admirer l’obstination de Maud Mayeras à l’avoir mené aussi loin sans fléchir dans son propos. Le temps, peut-être, me permettra d’éclaircir mon sentiment final…

Reflex, de Maud Mayeras
Éditions Anne Carrière, 2013
ISBN 978-2-8433-7719-8
365 p., 21€


Les quatre fils du Docteur March, de Brigitte Aubert

SI VOUS AVEZ AIME… Qui ?, de Jacques Expert
VOUS AIMEREZ PEUT-ÊTRE AUSSI :

Les quatre fils du Docteur March, de Brigitte Aubert
Éditions Points, 1992
ISBN 978-2-0203-6715-8
241 p., 6€

Aubert - Les quatre fils du Docteur March

En s’amusant dans Qui ? à livrer au fil du récit les confidences anonymes du meurtrier, Jacques Expert n’a évidemment rien inventé, de nombreux romanciers usent régulièrement de cet artifice. Dans le même style Cluedo, j’ai repensé à un roman de Brigitte Aubert que j’avais beaucoup aimé, Les quatre fils du Docteur March (oui oui, vous avez bien lu le titre), dont je me souviens comme étant beaucoup plus réussi que Qui ?.

En voici l’intrigue : Jeanie est la bonne du docteur March, médecin respectable et père de quadruplés, quatre garçons de dix-huit ans aussi rigoureusement identiques que brillants. Un jour, Jeanie découvre par hasard un journal intime, dans lequel l’un des garçons (oui, mais qui ?) se révèle sous les traits d’un meurtrier sadique de la plus belle espèce.
Terrifiée mais ne pouvant prévenir la police, ayant elle-même des choses à se reprocher, Jeanie entreprend d’identifier seule le coupable, en livrant ses craintes et ses réflexions dans son propre journal. Problème : le coupable comprend que quelqu’un lit ses écrits en cachette. Commence alors entre les deux un terrifiant jeu du chat et de la souris…

Ramassé sur 240 pages (format poche), le roman de Brigitte Aubert a la qualité de sa concision : il reste focalisé sur son huis clos mental et ne se perd dans aucun chemin de traverse artificiel. Alternant le journal intime de l’assassin et celui de Jeanie, sous forme de paragraphes courts, le récit, très dynamique, nous plonge immédiatement dans le vif du sujet. La montée en tension est implacable jusqu’à la fin et le suspense, d’une cruauté jubilatoire.

Brigitte Aubert s’amuse également avec les niveaux de langue, faisant de Jeanie une fille fruste et limitée, mais obstinée, tandis que l’assassin change volontiers de registre pour brouiller les pistes.
Quant à la révélation finale, si l’on peut reprocher à Brigitte Aubert d’avoir dû employer la voix d’un tiers extérieur à l’intrigue pour la dévoiler (ce qui crée un effet étrange après le match de ping-pong serré qu’on a suivi depuis le début), elle est tirée par les cheveux juste ce qu’il faut pour ne pas frustrer le lecteur – du moins ne l’ai-je pas été, alors que j’ai été surpris par la vérité. D’après ce que j’ai pu lire sur Internet, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais c’est le jeu de ce genre de livre.

Pour ma part, je considère Les quatre fils du Docteur March comme un très bon duel épistolaire (une originalité qui mérite le détour), réjouissant et prenant, facile à aborder, que je recommande aux amateurs de polars ludiques et décalés.

Signé Bookfalo Kill


Une place à prendre, de J.K. Rowling

Signé Bookfalo Kill

OUBLIEZ TOUT.
Oubliez le nom de l’auteur. Oubliez Harry Potter. Oubliez cette couverture voyante et plutôt moche. Oubliez, surtout, les simagrées commercialo-médiatiques qui ont entouré la sortie d’Une place à prendre, pathétique et contre-productive mascarade paranoïaque dont la retombée majeure a été totalement à l’opposé de ce que souhaitaient auteur, agent et éditeurs, à savoir se faire désirer en suscitant la curiosité et le mystère. Au mieux, les gens ignoraient la sortie du livre deux jours avant sa parution. Au pire, cette vaine agitation les a profondément énervés, et persuadés que le « premier roman pour adultes » de J.K. Rowling n’était rien d’autre qu’un produit marketing sans âme, destiné à faire du fric. Une réaction compréhensible, hélas.

A présent, le roman est paru, et c’est sur son contenu, et son contenu seul, qu’il doit être jugé. Au diable les rumeurs et les critiques aveugles, parlons du fond, merci.
Parlons-en d’autant plus qu’il est excellent. OUI, Une place à prendre est un très bon roman ! Si si, c’est possible, je vous assure. Aux antipodes de Harry Potter, J.K. Rowling signe un pavé (680 pages) sombre, désenchanté, un roman de mœurs critique et cruel, souvent cru, qui dresse un état des lieux impitoyable de la petite bourgeoisie anglaise – un milieu que la romancière connaît bien pour y avoir grandi. La précision autobiographique est anecdotique, même si elle confère une authenticité indéniable aux innombrables morsures de la plume de Rowling à l’encontre de personnages tous plus sordides, tordus, déglingués les uns que les autres.

Tout commence par la mort brutale de Barry Fairbrother, figure éminente de la paroisse de Pagford. Apprécié de beaucoup (mais pas de tous, loin s’en faut), ce quarantenaire jovial et charismatique était membre du Conseil paroissial, l’instance dirigeante de la petite ville. Son décès libère sa place, et lance de fait une campagne implacable pour résoudre cette « vacance fortuite » (The Casual Vacancy, titre original du roman) et lui trouver un successeur.
L’enjeu est de taille ; Barry était tête de ligne dans un combat politique local : conserver dans le giron de Pagford la misérable cité des Champs, également convoitée par la ville voisine – et ennemie -, Yarvil. Sa disparition ouvre des perspectives nouvelles à Howard Mollison, président du Conseil paroissial et adversaire déclaré du projet de Barry, qui ne rêve que de se débarrasser des Champs. Le notable ventripotent est bien décidé à placer son fils Miles sur le siège de Fairbrother, tandis que les proches de ce dernier s’activent pour l’empêcher d’arriver à ses fins – sans réaliser que leur combat va entraîner des dizaines de personnages dans une spirale infernale et destructrice…

Autant vous dire tout de suite que ce résumé est très sommaire, axé sur le moteur principal de l’intrigue. Le contenu du roman est d’une richesse bien supérieure, concentré sur une large galerie de personnages qui permettent à Rowling d’aborder de manière exhaustive de multiples sujets : racisme et communautarisme, mal-être adolescent, sexualité, drogue, trafics en tous genres, clivages sociaux, maltraitance, lutte des classes, perversions, harcèlement, mécanisme et conséquences de la rumeur…
La romancière ratisse large et appuie partout là où ça fait mal, avec une précision chirurgicale proche de l’acharnement thérapeutique. Elle n’épargne personne, des enfants aux personnes âgées ; cible les mesquineries ordinaires qui font plus de mal que les pires accusations publiques ; joue des jalousies et des rancœurs pour déchiqueter le voile des faux-semblants minables.
Pourtant, loin de se contenter d’un jeu de massacre, Rowling cherche avant tout à raconter la souffrance fondamentale de chaque individu, à la recherche d’un rôle dans le tournoiement sans fin du monde. Le titre français du roman s’avère finalement plus subtil que l’original : chaque personnage cherche désespérément à prendre sa place dans la société, voire dans la vie. Un objectif qui obsède tout un chacun dans le monde, et empêche de cantonner le propos d’Une place à prendre à la seule sociologie anglaise pour le tirer vers l’universel – ce qui est le propre des grands livres.

Pour ce qui est de la forme, je n’irai pas crier au génie. Le style de J.K. Rowling est classique et efficace, même si elle joue avec habileté de nombreux niveaux de langue, n’hésitant pas à recourir à un vocabulaire très cru, allant du grossier au très vulgaire, notamment dans les dialogues. Une volonté de réalisme que la romancière a dû trouver assez jouissive à assumer, car là encore, elle ne nous épargne rien, à la limite parfois de la complaisance. Un détail avec lequel on peut cependant composer sans difficulté, à moins de jouer les parangons de vertu – franchement, on a quand même lu bien pire…
C’est surtout par la construction et la maîtrise du rythme que Rowling happe l’attention du lecteur, de la première à la dernière page. Ses nombreux personnages principaux et les intrigues personnelles qu’ils induisent lui permettent de faire progresser le récit sans heurt, passant de l’un à l’autre et d’un sujet à l’autre avec fluidité et finesse. Le début du roman est à ce titre exemplaire : Rowling nous présente tous ses personnages au fur et à mesure qu’ils apprennent la mort de Barry Fairbrother ; en une cinquantaine de pages, tous les caractères sont posés, les enjeux présentés, les décors plantés. Imparable.

Si Jonathan Coe avait signé ce roman, on aurait probablement crié au génie sans retenue. Le cousinage entre une certaine partie de son œuvre (Testament à l’anglaise en tête) et le roman de Rowling est assez frappant.
Tout n’étant peut-être qu’affaire de nom, oubliez donc, le temps de la lecture, que J.K. Rowling est l’auteur d’Une place à prendre. Et souvenez-vous-en en refermant le livre, histoire de réaliser que la maman de Harry Potter a d’autres cordes à son arc que la magie et le merveilleux. Et qu’elle est, tout simplement, une fabuleuse raconteuse d’histoires, qu’on a envie de lire, encore et encore.

Une place à prendre, de J.K. Rowling
Traduit de l’anglais par Pierre Demarty
Éditions Grasset, 2012
ISBN 978-2-246-80263-1
680 p., 24€