Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

A première vue : la rentrée littéraire Gallimard 2013

Dans la catégorie « poids super lourds » de la rentrée littéraire, je demande cette fois Gallimard. L’éditeur historique de la rue Sébastien-Bottin envahissant les tables des librairies avec pas loin d’une vingtaine nouveautés, toutes collections confondues, vous nous autoriserez à faire un peu de ménage et à ne pas parler que des titres qui nous semblent les plus intéressants. Du coup, on va gagner du temps…

Haenel - Les renards pâlesLE CHOC : Les Renards pâles, de Yannick Haenel (coll. L’Infini)
Le narrateur du roman décide de renoncer à la vie commune. Il habite dans sa voiture et erre dans les rues du XXème arrondissement de Paris. Un symbole peint sur un mur attire un jour son attention et le met sur la piste des Renards Pâles, un groupe de sans-papiers masqués qui attend la nouvelle Révolution. Un livre étonnant, dont la deuxième partie, brûlot social et politique, va forcément faire parler d’elle.

Et peut-être dans le même esprit (mais pas encore lu) : Faber le destructeur, de Tristan Garcia
Trois amis, inséparables durant leur enfance dans les années 80, se retrouvent en 2011. L’un est professeur, l’autre pharmacienne ; le troisième, Faber, est devenu clochard, incarnant les espoirs déçus d’une génération que finit par tenter la radicalité.

YOUGOSLAVES :
Hatzfeld - Robert Mitchum ne revient pas Robert Mitchum ne revient pas, de Jean Hatzfeld : encensé pour ses livres terribles sur le Rwanda, le romancier s’intéresse cette fois à une autre guerre, celle qui a déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 90. L’histoire de deux athlètes, un homme et une femme, de l’équipe de tir yougoslave, qui s’entraînent ensemble à Sarajevo lorsque le conflit éclate. L’un est musulman, l’autre pas. Chacun pour son camp devient sniper…

La Route du salut, d’Étienne de Montety : deux fils d’immigrés, l’un de Polonais communistes, l’autre de Yougoslaves, se rencontrent alors qu’ils s’engagent tous les deux dans la guerre, l’un dans les rangs bosniaques, l’autre dans la Légion Etrangère.

PROVOCATEUR ? : La Première pierre, de Pierre Jourde
En 2005 paraît Pays perdu, un roman où l’auteur raconte le village de son enfance, en Auvergne, la rudesse de la vie mais aussi la force brute des relations entre ses habitants. Le livre y est très mal reçu, au point que Jourde et sa famille y manquent d’être lynchés. Le romancier revient sur ses événements pour essayer de les comprendre.

Pourchet - Rome en un jourCOMÉDIE : Rome en un jour, de Maria Pourchet
Marguerite tente de convaincre son mari, pour qui elle a organisé un anniversaire surprise, de sortir, sans évidemment lui dire où et pourquoi ; Paul n’a pas envie, une dispute éclate. Pendant ce temps, les convives attendent à l’autre bout de la ville – jusqu’au moment où, tentés par le buffet et ne voyant pas le couple arriver, ils décident de se laisser aller…

PREMIERS ROMANS :
Arden, de Frédéric Verger : dans les années 1940, en Marsovie. Alexandre, directeur du palace d’Arden, et son ami Salomon, un tailleur juif, écrivent des opérettes qu’ils n’achèvent jamais, faute de trouver une fin harmonieuse. La menace nazie les pousse à composer une dernière oeuvre, et cette fois jusqu’au bout, en espérant conjurer le péril qui pèse sur Salomon et sur sa fille Esther, dont Alexandre tombe amoureux… (Le plus tentant des deux premiers romans, alors pourquoi pas.)

Comme Baptiste, de Patrick Laurent : un homme apprend que son père n’est pas son géniteur. Il part sur les traces du Bio, son père génétique. (Sans nous.)

APOCALYPTIQUE : American Landing, de Benjamin Hoffmann
Sur fond de gigantesque attaque terroriste contre les Etats-Unis, Colin part à la recherche de son frère, en compagnie de Marc, un écrivain décidé à décrire les événements. En chemin, ils sont enlevés par un groupe terroriste qui entend prendre le contrôle du pays… Après un premier livre intimiste sur la mort de son père, Hoffmann change radicalement de registre avec ce gros roman ambitieux. A voir.

Ne pouvant être partout dans une rentrée aussi indigeste, nous vous faisons grâce pour l’instant des nouveaux romans de Christophe Ono-Dit-Biot (Plonger), Nelly Alard (Moment d’un couple), Laura Alcoba (Le Bleu des abeilles), Pierre Péju (L’État du ciel), Antonia Kerr (Le Désamour), François Sureau (Le Chemin des morts), David Di Nota (Ta femme me trompe) et Thomas Clerc (Intérieur).

On notera quand même que, dans une rentrée affichant globalement cent parutions de moins que l’année dernière – un recul marquant et bienvenu, même si cela fait encore 555 nouveautés à paraître en un gros mois -, Gallimard est l’un des rares éditeurs à ne pas avoir encore compris que quantité rime rarement avec qualité…
Une politique de surplus irréaliste par les temps qui courent, et qui sera préjudiciable avant tout à ses auteurs, dont peu émergeront – et vendront – au final.

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