Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Baby Leg, de Brian Evenson

Signé Bookfalo Kill

Kraus se réveille un matin dans une cabane isolée au milieu d’une forêt. Il ne se rappelle pas comment il est arrivé là, qui il est vraiment, ni pourquoi il lui manque une main. Il sait encore moins pourquoi il rêve de manière obsessionnelle d’une femme munie d’une hache et dont l’une des jambes, incomplète, se termine sous le genou par une jambe de bébé.
Quand, à court de vivres, il est forcé de rejoindre le village le plus proche, Kraus découvre qu’il est activement recherché par un certain docteur Varner.
Et tout ceci n’est que le début du long cauchemar auquel semble désormais réduite sa vie…

Cauchemar. C’est le maître-mot de ce roman à nul autre pareil. Brian Evenson était déjà l’auteur de livres bien barrés  – notamment la Confréfie des mutilés, où les membres d’une secte de fous furieux gagnaient du galon au fur et à mesure qu’ils sacrifiaient volontairement et de leur propre main des morceaux de leurs corps. Mais là, il va beaucoup plus loin. Beaucoup trop ? Sûrement, en tout cas pour moi (alors que j’avais beaucoup aimé La Confrérie.)

J’avoue que j’ai du mal à comprendre le sens de cette histoire, ni même si elle en a un. Peut-être est-ce l’idée, en fait. J’ai le sentiment qu’Evenson a écrit Baby Leg comme on traverse un cauchemar interminable, où les événements s’enchaînent avec la logique implacable qui préside à la folie des rêves.
Il y trouve en tout cas l’occasion de recycler un certain nombre de ses obsessions, notamment la perte de repères, la remise en cause du réel tel que nous le percevons ordinairement, et bien sûr les mutilations, les amputations. Ca tranche, ça découpe et ça explose à tout va, à coups de hache, de revolver ou de tout ce qui peut gravement nuire à l’intégrité de la chair humaine. C’est parfois bien gore et, globalement, ça peut donner envie assez vite de virer végératien tendance dure, même si ce n’est heureusement pas l’essentiel du roman.

En dépit de sa brièveté, j’ai eu du mal à en venir à bout. C’est sans doute voulu de la part d’Evenson, mais il m’a paru étouffant jusqu’au vertige et au malaise. Glauque, sans espoir de lumière, et dérangeant parce qu’échappant à toute logique, à toute possibilité d’explication ou de transposition. Certes, Evenson maîtrise totalement son univers décalé et inquiétant, mais cette fois, il ne m’a pas embarqué. Je n’ai pas compris.
Voyez-y si vous voulez une faiblesse d’intelligence de ma part, je ne vous en voudrai pas. Et si jamais vous avez une théorie, des explications à me fournir, n’hésitez pas à repasser par ici, je les découvrirai avec intérêt.

Baby Leg, de Brian Evenson
Editions Cherche Midi, collection Lot 49, 2012
ISBN 978-2-7491-2302-8
99 p., 12,80€

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7 Réponses

  1. Personnellement j’avais adoré  » La confrérie des mutilés », et j’attendais avec impatience celui ci. Je suis inquiet d’être déçu car ton avis mitigé vient de quelqu’un qui avait aimé  » la confrérie… » ! Je suis surpris qu’on y retrouve encore une histoire de mutilation, ça fait un peu  » réchauffé », mais bon je le lierai quand même car j’adore cet auteur, mais pas sûr que je sois aussi emballé que ma précédente lecture. Ceci dit, le bon côté des choses, c’est que je découvre ton blog et que hop je le mets dans mes favoris et que je le rajouterai dans la journée dans mes liens. A bientôt donc !

    7 janvier 2012 à 12:43

    • Bonjour Petite Souris,

      et merci pour ton commentaire. J’espère que tu vas tout de même lire Baby Leg, car je suis curieux de connaître d’autres avis, notamment d’amateurs de cet auteur par ailleurs très intéressant. As-tu d’ailleurs lu Inversion ? C’est pour moi un roman très supérieur, ambitieux et abouti, vertigineux également mais dans le bon sens du terme.

      Juste retour des choses, je découvre également ton blog sur lequel je n’étais encore jamais tombé. Très sympa, je vais prendre le temps de m’y promener davantage, mais le premier coup d’œil m’a bien plu.

      A plus, et bonne(s) lecture(s) !
      Cannibalement,
      B.K.

      7 janvier 2012 à 13:02

  2. Hervé Durieux

    Salut Bookfalo,

    Comme tu es un spécialiste du polar, j’aimerais te soumettre deux bouquins (j’aimerais les offrir et ne pas me tromper). Je ne sais pas si tu accepteras de répondre. Ca me ferait plaisir d’avoir ton avis sur le roman de Paul Cleave, « Un père idéal » (Sonatine) et surtout sur « Miséricorde » de Jussi Adler Olsen (Albin Michel). J’en ai également un autre, le dernier Christine Orban « Virginia et Vita » (Albin Michel), c’est peut-être plutôt du ressort de Clarice.

    Ca serait super si tu pouvais me donner ton avis.

    Je te joins au passage les deux e-mails que je t’ai envoyés de ma messagerie privée et que tu n’as sans doute pas reçus.

    Bien à toi,

    Hervé

    Ps : ton commentaire sur « Baby Leg » me motive à aller l’acheter ; je te laisserai un commentaire plus tard

    Voici mes deux e-mails :

    « Salut Bookfalo,

    Merci pour ta réponse rapide. C’est vraiment cool ! Comme tu me le proposes, tu peux me laisser les coordonnées de la librairie où tu travailles (c’est mon mail privé). Ce serait vraiment sympa si tu pouvais me conseiller quand je passerai te voir. J’ai un paquet de bouquins en tête que j’aimerais te soumettre.

    Bonnes fêtes à toi aussi.

    Hervé

    Ps : et désolé également d’avoir mis un peu de temps à te répondre »

    « Meilleurs voeux à toi Bookfalo, ainsi qu’à Clarice !
    Et à Cannibales Lecteurs !

    A très bientôt,

    Hervé »

    15 janvier 2012 à 16:21

    • Salut Hervé,

      En effet, je n’ai pas reçu tes e-mails… Les as-tu bien envoyés à l’adresse cannibaleslecteurs@gmail.com ?
      Quoi qu’il en soit, j’ai fait en sorte d’avoir un accès direct aux mails que nous recevons sur le blog, j’espère ne plus en manquer à l’avenir.

      Excellente année à toi aussi, de la part de Clarice et de la mienne. Et merci pour ton enthousiasme et ta fidélité !
      Dès que j’aurai conclu cette réponse, je t’enverrai un mail, comme convenu.

      Sinon, pour te répondre sur le reste, je vais me montrer mauvais élève car je n’ai lu aucun des livres pour lesquels tu me sollicites – honte à moi !
      J’avais lu le premier roman de Paul Cleave, que j’avais trouvé pas mal mais parfois un peu répétitif. Néanmoins, l’idée de départ du roman et certaines scènes – dont une, inoubliable, au milieu du livre – valaient largement le coup d’oeil. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de voir si sa deuxième parution française confirmait ou non cette première impression.
      Quant à Miséricorde, pas d’avis personnel donc, mais j’ai vu plutôt de bons retours dans l’ensemble. Je ne sais pas si tu connais le site et le forum Polars Pourpres (où j’officie sous le pseudo de Dodger), il y a été déposé des avis assez intéressants. Tu peux les lire ici : Miséricorde, sur PP

      En espérant ainsi avoir tout de même un petit peu répondu à ta demande…

      Si tu lis Baby Leg, je serai très curieux d’avoir ton avis. As-tu lu d’autres romans de Brian Evenson ?

      A bientôt pour d’autres aventures littéraires,
      B.K.

      16 janvier 2012 à 01:08

  3. Hervé Durieux

    Salut Bookfalo,

    Merci pour ta réponse, j’attends donc ton e-mail.

    En ce qui concerne Brian Evenson, justement je n’ai encore rien lu de lui, mais comme j’aime beaucoup ce qui est dérangeant… Et puis, j’ai hâte qu’on confronte nos avis !

    J’ai également été sur « Polars Pourpres » et j’ai vu des critiques très positives sur « Miséricorde ». Merci pour le tuyau !

    A très bientôt,

    Hervé

    22 janvier 2012 à 17:55

  4. Hervé Durieux

    Salut Bookfalo,

    Ca y est, j’ai fini Baby Leg. Ouf ! Oui je dis ouf car finalement je partage ton avis. J’aime bien le gore et le sang, mais il faut que ce soit justifié. Et là finalement je me suis rendu compte que, plus j’avançais dans l’histoire, plus je tournais en rond et plus je me demandais où l’auteur voulait en venir… Dans ces cas-là, je compte un peu sur la fin car une fin surprenante peut justifier l’histoire et même me faire changer d’avis. Et bien, je suis resté sur ma faim… Bref, je ne sais pas trop comment l’expliquer (je n’ai pas l’habitude d’écrire et je ne m’exprime pas aussi bien que toi), mais c’est pas sur ce bouquin qu’on confrontera nos avis divergents !

    En revanche, j’ai plus qu’entamé « Miséricorde » et celui-là me botte bien ! L’intrigue est entraînante et j’adore le personnage de Carl Morck. En plus, il y a des pointes d’humour… Je pense le finir demain, je serai en congé.

    Je ne sais pas si tu travailles ce samedi. Dans l’affirmative, crois-tu que je pourrai passer te saluer ? Si tu es d’accord, donne-moi tes disponibilités. Je te dirai ce que j’aurai pensé de Miséricorde et tu pourras me conseiller de vive voix sur les polars les plus croustillants…

    A te lire,
    bien à toi.

    Hervé

    2 février 2012 à 17:17

    • Salut Hervé,

      Merci pour ton retour de lecture, très clair et auquel je souscris totalement. Surtout en ce qui concerne la fin : c’est vrai qu’une bonne peut tout changer et donner une autre perspective à un livre, au point parfois de donner envie de le relire. Mais pas ici, malheureusement…

      Je ne serai pas à la librairie demain… Je t’en dis plus par mail tout de suite.
      J’attends ton retour détaillé sur Miséricorde avec intérêt !

      Cannibalement,
      B.K.

      3 février 2012 à 20:47

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