DÉBUTS D’UN LECTEUR #1
Il faut un début à tout.
En l’occurrence, cette première chronique des Livres qui Comptent est biaisée (ça commence bien), car les livres dont je vais parler ici ne sont pas mes premiers livres, et pas même les premiers qui m’auraient marqué.
Comme beaucoup d’enfants lecteurs, j’ai d’abord été un enfant auditeur, des albums et des histoires que ma mère me lisait à l’heure du coucher – un souvenir que nombre de lecteurs, grands ou petits, ont sans doute en commun.


Je me souviens avec netteté de ces premières histoires. Certaines, publiées par le Père Castor, ont imprimé leur marque dans ma mémoire : La Vache orange, La Chèvre et les biquets, Perlette goutte d’eau… Petit Ours Brun aussi, dont j’avais le droit de choisir un album quand nous passions à la FNAC des Halles, à Paris.
(Depuis, j’ai lu des Petit Ours Brun à mes enfants. Franchement, c’est insupportable. Les parents sont de véritables héros quand il s’agit de faire plaisir à leurs enfants. Ou des inconscients complets. Sans doute un mélange des deux.)
Je me rappelle aussi aller régulièrement à la bibliothèque, vers la mairie du Xème arrondissement où nous habitions (où était-ce dans la mairie même ? Ces souvenirs-là sont confus.) Et notre appartement était rempli de livres, depuis l’entrée jusqu’à la chambre de mes frères, au fond, en passant par toutes les autres pièces sauf la salle de bains et les toilettes (où certains apportaient leur propre lecture, faisant enrager les autres qui attendaient leur tour).
Bref, j’étais prédestiné à être un gros lecteur. Du moins, toutes les conditions étaient réunies pour que j’en devienne un, et ça n’a pas loupé.
Les livres avec lesquels je souhaite commencer sont néanmoins des lectures un peu plus tardives, de celles que j’ai faites tout seul. Trois séries en particulier, qui avaient comme point commun d’avoir le même éditeur, Hachette, et d’être publiées dans les deux collections majeures de romans pour la jeunesse de l’époque : la Bibliothèque Rose (pour les plus jeunes) et la Bibliothèque Verte (pour les plus aguerris).



Pour en avoir beaucoup discuté avec des parents de la même génération que moi, clients dans les librairies où j’ai travaillé, les gamins d’aujourd’hui ne mesurent pas leur chance d’avoir autant de choix de lecture. Quand on était enfant dans les années 80, on avait l’impression qu’il y avait la Rose, la Verte, et pas grand-chose autour.
C’est probablement faux, ou inexact. Il existait d’autres collections, d’autres propositions. Mais mon histoire de lecteur est façonnée par cette certitude, tout comme il me paraissait inévitable de lire, dans l’ordre : Oui-Oui, Le Club des Cinq, et Les Six Compagnons. Il y avait d’autres séries, dont Le Clan des Sept (oui, on apprenait aussi à compter avec ces collections), Fantômette, Alice, Langelot… mais je les ai peu ou pas fréquentées, sans raison particulière. Sûrement parce que nous avions à la maison plusieurs volumes des trois premières citées, lus avant moi par mes frères, et que j’ai naturellement suivi cette voie.





Des trois séries citées ci-dessus, ma préférée a toujours été Les Six Compagnons. Aujourd’hui encore, je me demande quelle part elle a pris dans mon envie de quitter Paris pour venir m’installer à Lyon, il y a dix ans de cela…
En tout cas, je me souviens très bien de mon excitation, juvénilement disproportionnée, lorsque je visitai pour la première fois le quartier de la Croix-Rousse, dont le nom était totalement mythique à mes yeux en raison des heures que j’y avais passées par procuration, dans le sillage de la Guille, le Tondu, Bistèque, Gnafron, Corget, Mady (la seule fille de la bande), Tidou et son chien-loup Kafi.
Ces histoires, je les ai lues, relues, rerelues, avec une passion intacte à chaque fois. Je leur dois sans doute une part de mon goût prononcé pour les romans d’aventure, les suspenses, et les histoires d’amitié. Et Tidou est sans doute le premier héros auquel je me suis fortement identifié. Peut-être qu’il était souvent le narrateur de ces enquêtes, et que son « je » devenait facilement mon « je ». Peut-être aussi parce que mon père me surnommait Titou, et que cela sonnait presque pareil à mes oreilles… Allez savoir.
Pour bâtir une maison qui tient debout, il faut des fondations solides. Ma maison de lecteur est ancrée dans ces fondations, et je leur dois beaucoup, quoi qu’on puisse penser de ces textes aujourd’hui.
Mais ce n’est qu’un début…
Et vous, quels sont vos premiers souvenirs de lecture ?
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