Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Parfums, de Philippe Claudel

Signé Bookfalo Kill

Après L’Enquête, tentative ratée de piétiner les plate-bandes paranoïaques de Kafka, Philippe Claudel nous revient heureusement avec un livre très différent, et beaucoup plus réussi. Tout est dans le titre : Parfums est une promenade alphabétique dans un vaste bouquet d’odeurs, spontanées (« Acacia », « Tilleul », « pluie d’orage »), prosaïques (« lard frit », « crème solaire », « torréfaction ») ou évocatrices (« Maison d’enfance », « réveil »).

Où situer ce livre si particulier ? Allez, osons les références qui tuent : quelque part entre Patrick Süskind et Philippe Delerm. Oui, l’attelage peut paraître saugrenu, il est surtout là pour la comparaison (parfois un peu trop) chère à la critique littéraire, mais il y a tout de même de cela.

De Süskind, Claudel retrouve l’art de raconter la fragrance, l’odeur dans tous ses états. Un exploit assez rare, car si l’on sait les reconnaître à la première inspiration, il est beaucoup plus difficile de raconter les odeurs ; de trouver les mots justes pour que chaque lecteur puisse extirper de sa mémoire les caractéristiques uniques d’un parfum. En quelques mots, en quelques phrases tournées dans le meilleur de son style, le romancier nous emmène dans un tourbillon sensitif et sensible qui nous parle régulièrement.

De Philippe Delerm, il reprend la technique de la miniature, condensée en un chapitre court et thématique. Mais là où Delerm prétend avec plus ou moins de bonheur à l’universalité, évoquant des situations dont certaines nous sont fatalement familières, Claudel puise dans son histoire, son enfance, ancre son sujet dans la référence personnelle. Et cela fonctionne aussi, différemment. L’impact est moins direct, moins personnel, mais l’on finit aussi par s’y retrouver, ou en tout cas par s’identifier aux émotions de l’auteur.

Si on est loin des grands romans de Philippe Claudel (Les âmes grises, La Petite fille de Monsieur Linh, Le Rapport de Brodeck), on retrouve néanmoins l’élégance de son écriture, et c’est un plaisir charmeur que de picorer au hasard dans ce recueil de textes subtils et souvent touchants. Une escapade singulière dans le flot romanesque de la rentrée littéraire.

Parfums, de Philippe Claudel
Éditions Stock, 2012
ISBN 978-2-234-07325-8
215 p., 18,50€

Publicités

2 Réponses

  1. J’aime beaucoup la plume de cet auteur. Je note.

    14 septembre 2012 à 21:49

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s