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Les nuits d’été, de Thomas Flahaut

Éditions de l’Olivier, 2020

ISBN 9782823616026

224 p.

18 €


RENTRÉE LITTÉRAIRE 2020


Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance. À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
L’usine, au centre de la thèse que Louise, la soeur jumelle de Thomas, prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse.
Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.


Dans Ostwald, son premier roman, Thomas Flahaut imaginait un scénario-catastrophe, un accident nucléaire majeur touchant la centrale de Fessenheim, pour raconter le parcours de deux frères en quête de leur père disparu, et tiraillés par leur mère les pressant de la rejoindre au plus vite dans le sud de la France.
Ce cadre post-apocalyptique servait avant tout d’éclairage neuf sur des problématiques familières : la quête de soi, les rapports familiaux, le difficile passage à l’âge adulte.

On reconnaît en partie un bon écrivain à la persistance de ses obsessions. Dans Les nuits d’été, pas de drame hors normes, mais celui, quotidien et tristement ordinaire, qui touche des milliers de gens partout en France. Le délaissement social et politique, le déclassement professionnel menant à l’errance personnelle, l’absence d’horizon et de joie, que l’on soit jeune ou vieux.
Et, au milieu de tout cela, la fragilité des liens au cœur des familles, la difficulté de se parler et de se comprendre de père à fils, de frère à sœur. Autant de sujets qui, déjà, animaient l’esprit d’Ostwald, et font à nouveau battre le cœur de ces Nuits d’été.

En se dépouillant du contexte extraordinaire de la catastrophe qu’il avait choisi comme « paravent » dans son premier roman, Thomas Flahaut ne perd rien de sa pertinence. Il s’approche au contraire au plus près du nu de l’humain. Par petites touches, en plongeant directement dans le quotidien de ses personnages, sans longues explications ni portraits interminables visant à les visser solidement dans leurs chaussures de fiction.

Le roman est indéniablement vecteur d’un regard sociologique fort. Son choix de faire de son héroïne, Louise, une étudiante-chercheuse dans ce domaine n’est évidemment pas anodin, et permet d’aborder en particulier le sort des travailleurs frontaliers, ces Français du Jura qui partent chercher du travail (et se faire joyeusement exploiter) en Suisse. C’est aussi une étude de la vie en usine, des mutations que ce monde professionnel a connues, du rapport de l’homme à son outil de travail.

Pas d’inquiétude ni de soupir blasé néanmoins, Les nuits d’été n’est pas non plus une démonstration intellectuelle. C’est avant tout un roman, le parcours de trois personnages, trois jeunes gens qui cherchent leur place dans la vie, un sens à leur existence.
Le sujet est on ne peut plus classique, tout repose dès lors sur le travail littéraire de l’écrivain. Sans effort apparent, d’un style étudié qui a le bon goût de ne pas rouler des mécaniques, Thomas Flahaut nous embarque dès le départ, et s’il parvient à captiver de bout en bout, c’est par la force de ses personnages, la proximité que l’on ressent envers eux, dans ces décors jurassiens que le romancier connaît parfaitement et restitue à merveille puisqu’il est de là-bas.

Puis il y a la nuit, entité imposée dès le titre du roman. Elle est là, omniprésente, tendant l’essentiel du récit entre le crépuscule et l’aube, obsédant les personnages, que ce soit ceux dont elle est le quotidien, les travailleurs de la nuit, Mehdi, Thomas et les autres ; ou les autres, qui attendent ces fantômes de lune, qui attendent le retour de l’amour, l’aide du fils, des manifestations d’existence normale.
Métaphore ? La nuit comme long tunnel obscur pour des personnages en quête d’une lumière pour guider leur vie ? Non, ce serait trop simple. Les nuits d’été sont intenses parce qu’elles sont plus longues à brûler. Certains travaillent, mais on peut aussi y faire la fête, se perdre encore plus. Les nuits d’été sont le feu de la jeunesse, qui cherchent à s’y consumer avant d’être condamnés à être ordinaires, rangés. Parents, simples opérateurs réduits à leur boulot, futurs retraités de l’ennui télé.
Les nuits d’été sont des révélateurs, dont Thomas Flahaut se sert des ombres et contrastes pour mieux donner la vérité de ses protagonistes. L’idée est fort belle et, là encore, exploitée avec subtilité, sans étalage ni surlignage balourd.

Il est toujours intéressant, presque gratifiant, de découvrir qu’un auteur prometteur dès son premier roman se montre solide dès son deuxième. Avec Les nuits d’été, Thomas Flahaut confirme sa voix, son regard, et donne une fois de plus rendez-vous pour le prochain. À même pas trente ans, il fait sa place, tranquillement. Tant mieux.


Un jour ce sera vide, d’Hugo Lindenberg

Éditions Christian Bourgois, 2020

ISBN 9782267032673

250 p.

16,50 €


RENTRÉE LITTÉRAIRE 2020 – PREMIER ROMAN


C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est ni où commence son corps, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces.
Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : la famille de Baptiste est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui.


« Tu vois petit, parfois quand on est trop seul on finit par ne plus savoir comment parler aux autres. Mais dis-toi bien que les autres, ils ont aussi peur de toi que toi d’eux. Et plus ils parlent, plus ça veut dire qu’ils ont les chocottes. »


Pour développer ce genre d’histoire, il y a plusieurs moyens.
Soit on raconte ses propres souvenirs d’enfance et, à moins d’avoir vécu quelque chose d’absolument exceptionnel qui justifie un témoignage littéraire, on aurait mieux fait de les garder pour soi.
Soit on se cantonne à du narratif classique et, à moins d’un talent exceptionnel, on a toutes les chances de glisser très vite dans les limbes de l’indifférence et de l’oubli.
Soit on cherche autre chose, une troisième voie, une manière neuve de poser des mots sur des sensations très familières, des évocations qui appartiennent presque à tout le monde. Et là, l’étincelle de la curiosité peut crépiter.

Vous me voyez venir, c’est bel et bien dans cette troisième voie que Hugo Lindenberg s’est engagé. Sans toucher à la perfection, ce qui eût été d’autant plus fabuleux qu’il s’agit de son premier roman. Mais avec un point de vue réellement singulier, et une capacité à lancer des fulgurances qui donne tout son intérêt à son texte en dépit de ses défauts.

Minimalisme bavard

Si le récit suit un cours linéaire au fil de l’été, il est dégagé de tout repère chronologique précis. Et, s’il y a continuité entre les événements relatés par le narrateur, elle reste à peu près invisible.
Hugo Lindenberg choisit en réalité de focaliser chaque chapitre sur un point précis. Un moment, un petit événement, une observation. Les titres sont évocateurs : contemplation du milieu animal (« les méduses », « la mouche », « les fourmis ») ou familial (« la tante », « le fils »), resserrement géographique (« la chambre », « la plage », « Omaha Beach »)…
À chaque fois, le romancier braque la loupe grossissante sur un micro-sujet ; et, de là, il laisse couler à foison le flot apparemment intarissable des sensations sentiments, ressentis, qui agitent son protagoniste. Un tumulte intérieur phénoménal, à l’étroit dans la tête en vrac et dans le corps trop menu d’un petit garçon au bord de l’implosion.

Là est le véritable sujet d’Un jour ce sera vide : le mal-être immense d’un enfant malmené par la vie, trop sensible pour la violence du quotidien, en questionnement permanent sur sa place dans le monde, parmi les autres.
Incapable de débrancher le cerveau et de se laisser aller, incapable d’ignorer qu’il est si différent des autres. Canalisant en permanence une violence et une colère qui, à défaut de s’exprimer dans la réalité, vont exploser dans le texte.

Ce questionnement métaphysique occasionne nombre de moments parfaitement saisis, les fameuses fulgurances que j’évoquais plus haut.

« Rien ne m’est plus étranger qu’un garçon de mon âge. À cause sans doute de cette ressemblance supposée. Baptiste par exemple a toujours l’air de faire partie du décor. À tel point qu’à force de plage, sa peau semble faite du même grain que le sable. Les vacances lui vont bien. Il en épouse si aisément l’onde, qu’il me faut toujours un temps pour distinguer sa silhouette lorsque je le cherche dans la cohue. Il est le mouvement. Son corps met le monde en mouvement, alors que tout semble buter sur le mien. Il y a quelque chose en moi de pétrifié. (…) Ce qui fait de Baptiste un vrai garçon, un garçon exceptionnel, c’est qu’il n’a besoin de rien pour en être un. A moi, cela demande une concentration permanente. » (chp.12, « les garçons »)

Notez au passage que le style de Hugo Lindenberg est très tenu, évitant avec soin le piège de la fausse naïveté censée faire de la voix d’un enfant un « style » littéraire, tout en parvenant à conserver sans cesse le point de vue d’un garçon de dix ans. Les enfants ne sont pas bêtes ni ne parlent bêtement, surtout à dix ans, merci pour eux.

Du trop-plein pour conjurer le vide

Pour autant, le procédé narratif choisi par le romancier a son revers. Il est quelquefois répétitif – on commence toujours par aborder le nouveau sujet choisi, en rupture avec les chapitres précédents, avant d’élargir le propos.
Et surtout, il provoque autant de longueurs qu’il peut susciter de moments remarquables. Pour le dire autrement, on peut s’ennuyer autant qu’on peut, parfois, être renversé par l’acuité du regard de l’auteur.
Certains chapitres relèvent plus de la logorrhée que de l’exploration psychologique, et je me suis plusieurs fois surpris à dériver dans un mol ennui, avant d’accélérer ma lecture pour y trouver quelque chose de plus accrocheur.

Plus embêtant, soit je n’ai pas compris la fin du roman, soit elle est ratée – à tout le moins expédiée. Durant quelques chapitres, semble se dessiner une issue possible, que Lindenberg choisit de contourner, histoire de ne pas se montrer trop prévisible. Je pense qu’il a bien fait, mais cela me laisse aussi le sentiment gênant qu’il ne savait pas réellement comment conclure l’affaire. D’où d’ultimes pages un peu flottantes, et un dernier chapitre qui m’a laissé le bec dans l’eau.

Je ne regrette néanmoins pas ma lecture, car plusieurs passages ou chapitres particulièrement bien tournés ont éveillé de profonds échos en moi.
Et Hugo Lindenberg fait montre d’une manière tout à fait personnelle de saisir les personnages, dans leur mal-être consubstantiel comme dans leur apparente perfection – le personnage de Baptiste rayonne littéralement du début à la fin du roman, incarnation de l’enfance idéale, magnifiée par le regard éperdu du narrateur.

Un auteur dont je range le nom dans le tiroir des écrivains à suivre.


À première vue : la rentrée Seuil 2020

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Intérêt global :

ironie


Avec onze titres au programme, les éditions du Seuil font presque jeu égal avec Gallimard en terme de quantité. Pour ce qui est de la qualité, il faudra lire, bien sûr. Cependant, à première vue, le schéma est en dents de scie. Il y aura des trucs dont on va causer, d’autres qui peuvent valoir le coup, et des bricoles sans lesquelles on vivrait tout aussi bien.
Une vraie rentrée littéraire de grosse maison, décidée à continuer comme si de rien n’était.


VIOLENCES DE L’HUMAIN


Sandra Lucbert - Personne ne sort les fusilsPersonne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

On devrait parler de ce livre. Il faudrait qu’on en parle. De mai à juillet 2019, Sandra Lucbert a couvert le procès France Télécom, dont sept dirigeants ont été envoyés devant le tribunal pour des faits de maltraitance, de harcèlement moral, ayant entraîné le suicide de plusieurs employés. Les débats ont permis de faire étalage de l’arrogance sans limite de Didier Lombard et de ses acolytes, de leur cynisme assumé, celui de gens parfaitement conscients qu’ils n’ont pas grand-chose à craindre de la justice, parce que la justice parle la même langue qu’eux. Que peut-on attendre d’un homme qui affirme à la barre, sans trembler : « Finalement, cette histoire de suicides, c’est terrible, ils ont gâché la fête » ?
En 156 pages, Sandra Lucbert ramasse toute la colère légitime que l’on peut (que l’on doit) éprouver à l’encontre de cette barbarie moderne qu’est l’exercice du capitalisme débridé. C’est en écrivain, et non en journaliste, qu’elle empoigne les mots comme des fusils pour tirer en rafale sur l’effroyable machinerie du libéralisme et de la logique économique, négation absolue de l’humain.

Irène Frain - Un crime sans importanceUn crime sans importance, d’Irène Frain

Le mur du silence, Irène Frain s’y heurte sans trêve depuis l’assassinat d’une vieille dame, tuée dans sa maison au fond d’une impasse, en banlieue parisienne, dont on peine à connaître les motivations et encore plus l’auteur. Cette vieille dame, c’était sa sœur. Et le mur, c’est celui de la police, de la justice, qui traitent l’affaire comme un dossier, au mépris de l’humain. C’est aussi le silence de la famille, contre lequel la romancière s’élève dans ce récit-enquête.

Xabi Molia - Des jours sauvagesDes jours sauvages, de Xabi Molia

Les hasards de l’actualité percutent parfois la littérature… Quand on connaît le temps nécessaire à la maturation et à l’écriture d’un roman, on ne pourra pas soupçonner Xabi Molia d’opportunisme avec son nouveau roman, pourtant étrangement en phase avec ce que nous vivons depuis le début de l’année. Il imagine, en effet, qu’une grippe foudroyante ravage l’Europe. Pour fuir l’épidémie, une centaine de personnes embarque à bord d’un ferry, mais une tempête fait naufrager le navire sur une île inconnue. Vient alors le temps des choix. Certains veulent repartir, d’autres profiter de l’aubaine pour construire une société nouvelle sur l’île et en garder jalousement le secret… Un dilemme digne de Sa Majesté des mouches, sauf que les enfants ont grandi.


LA VOIX DES FEMMES


Lucy Ellmann - Les lionnesLes lionnes, de Lucy Ellmann
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro)

C’est une femme, mère au foyer, seule dans sa cuisine. Elle pense aux tâches ménagères qui l’attendent, mais aussi à la folie de la politique qui a conduit un Trump à la présidence du pays, aux fusillades dans les lycées qui deviennent routine, au patriarcat, à la précarité causée par des logiques économiques effarantes, à la maladie… Tous les sujets y passent, ratissant large le monde tel qu’il va, du plus intime au plus large.
Le tout en une seule phrase longue de 1152 pages.
Le bazar est traduit par Claro, qui ne sort plus de sa retraite de traducteur que pour des projets hors norme. Le précédent, c’était Jérusalem, d’Alan Moore. Ça vous donne une idée du livre de Lucy Ellmann, finaliste du Booker Prize et, évidemment, phénomène littéraire chez nos amis anglo-saxons.

Chloé Delaume - Le coeur synthétiqueLe Cœur synthétique, de Chloé Delaume

Rompre à quarante-six ans et entreprendre de refaire sa vie est, pour une femme (beaucoup plus que pour un homme), un parcours du combattant. C’est ce que découvre Adélaïde, l’héroïne du nouveau roman de Chloé Delaume, dont le regard féministe est plus acéré que jamais, en y mêlant l’humour nécessaire pour garder de la hauteur sur le sujet.

Rachid Benzine - Dans les yeux du cielDans les yeux du ciel, de Rachid Benzine

C’est le temps des révolutions. Une femme interpelle le monde. Elle incarne le corps du monde arabe. En elle sont inscrits tous les combats, toutes les mémoires douloureuses, toutes les espérances, toutes les avancées et tous les reculs des sociétés. Plongée lumineuse dans l’univers d’une prostituée qui se raconte, récit d’une femme emportée par les tourments de la grande Histoire, Dans les yeux du ciel pose une question fondamentale : toute révolution mène-t-elle à la liberté ? Et qu’est-ce finalement qu’une révolution réussie ? (résumé de l’éditeur)


EN VRAC (faute d’inspiration…)


Antonio Munoz Molina - Un promeneur solitaire dans la fouleUn promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina
(Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)

Grand romancier espagnol, l’auteur se fait cette fois observateur des petites scènes du quotidien, ces détails infimes qui font le monde tel qu’il est. À Paris, New York, Madrid ou Lisbonne, il arpente les rues armé d’un crayon, d’un carnet, d’un enregistreur et d’une paire de ciseaux, et collecte au hasard bruits volés, bouts de papier, affiches…
Un projet original, par un très écrivain espagnol, dont la finesse d’analyse et d’observation pourrait s’épanouir dans cet exercice singulier.

Sarah Chiche - SaturneSaturne, de Sarah Chiche

La narratrice reconstitue le portrait d’un père mort si jeune, à 34 ans, qu’elle n’en garde aucun souvenir. En rencontrant une femme qui l’a connu enfant, en Algérie, elle tire un fil noueux qui découvre un homme amoureux des étoiles, exilé d’Algérie au moment de l’indépendance, contribuant à rebâtir l’empire médical que sa famille de médecins avait édifié de l’autre côté de la Méditerranée, puis cédant à une passion furieuse qui va tout faire voler en éclats…

Vinca Van Eecke - Des kilomètres à la rondeDes kilomètres à la ronde, de Vinca Van Eecke

Dans un village perdu de la campagne française, rencontre à 14 ans entre des gamins qui grandissent là tant bien que mal, et une fille qui vient juste y passer ses vacances. Elle, « la bourge », eux, « les autres ». Vient le premier amour, les amitiés brûlantes de l’adolescence, et les tragédies qui les accompagnent inévitablement.
(Voilà voilà.)

Mary Costello - La captureLa Capture, de Mary Costello
(Traduit de l’anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik)

Un professeur de lettres spécialiste de Joyce (forcément, il est irlandais) n’arrive pas à écrire le livre dont il rêve sur son mentor littéraire. Et en plus, il est malheureux en amour. Réfugié au fin fond de la campagne (mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec la campagne ?!?), il a un coup de foudre pour sa voisine. Hélas, lorsqu’il la présente à sa tatie, celle-ci se fâche tout rouge et lui interdit de la revoir. Ah, tiens, il y a anguille sous roche.

Stéphane Malandrin - Je suis le fils de BeethovenJe suis le fils de Beethoven, de Stéphane Malandrin

Confession épique d’un vieil homme enfermé dans sa bibliothèque, d’où il entend révéler qu’il est le fils caché d’un Ludwig qu’on a toujours cru mort sans descendance. Une fantaisie littéraire, hymne à la joie héroïque et pastoral.
(Oui, bon, on fait ce qu’on peut.)


BILAN


Lecture probable :
Personne ne sort les fusils, de Sandra Lucbert

Lecture hypothétique :
Des jours sauvages, de Xabi Molia
Un promeneur solitaire dans la foule, d’Antonio Muñoz Molina


À première vue : la rentrée de l’Olivier 2020

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Intérêt global :

joyeux


À bord du navire l’Olivier, on aborde la rentrée littéraire 2020 avec une nouvelle vice-capitaine à bord, l’excellente éditrice Nathalie Zberro, déjà passée sous les branches de l’arbre avant un long et fructueux crochet à la tête du département étranger des éditions Rivages.
Du côté des auteurs en lice, on reste aussi largement en famille, puisque trois d’entre eux (sur cinq) sont des noms familiers de la maison. Au programme : quatre romans, et un essai d’un grand nom des lettres américaines qui devrait avoir les faveurs de la presse.


Florence Seyvos - Une bête aux aguetsUne bête aux aguets, de Florence Seyvos

Le Garçon incassable reste un très grand souvenir de lecture, poignant, créatif et d’une profonde justesse. Le titre du nouveau roman de Florence Seyvos annonce une intrigue marquée par l’étrangeté et l’inquiétude, qui ne devrait pas être dénuée d’émotion et d’empathie, qualités dont l’auteure est naturellement vibrante. Elle narre ici l’histoire d’Anna, une jeune fille cantonnée dans la peur, et convaincue de voir et d’entendre des choses que personne d’autre ne perçoit. Des voix, des lumières aux fenêtres, des ombres dans les couloirs… Suivie et traitée depuis des années par un mystérieux médecin, Anna s’interroge sur ce qu’elle est réellement, et sur ce qu’elle pourrait devenir.

Thomas Flahaut - Les nuits d'étéLes nuits d’été, de Thomas Flahaut

Ostwald, son singulier premier roman, a commencé à distinguer Thomas Flahaut comme auteur à surveiller. Voici son deuxième, encore une fois ancré dans l’est – à tel point qu’on franchit la frontière pour passer en Suisse et découvrir les Verrières, petite ville frontalière où ont grandi Thomas, Mehdi et Louise, les trois héros du livre. De formidable terrain de jeux pour gamins, l’endroit devient, le temps d’un été, laboratoire d’entrée dans l’âge adulte. Comme leurs pères avant eux, les deux garçons entrent à l’usine, centre névralgique de la région, tandis que Louise utilise l’endroit comme lieu d’étude pour sa thèse sur les ouvriers frontaliers. Chacun à sa manière, ils confrontent leurs espoirs de vies meilleures et d’évasions sociales à un univers professionnel plus violent que jamais.

Jean-Pierre Martin - Mes fousMes fous, de Jean-Pierre Martin

Auteur d’essais et de fictions chez différents éditeurs (Seuil, Gallimard, Autrement entre autres), Jean-Pierre Martin rejoint les éditions de l’Olivier pour présenter ses Fous – ou, plus exactement, les fous de son héros, Sandor, persuadé d’attirer les personnalités atypiques et décrochées du réel dès qu’il met un pied dehors. De quoi se demander si lui-même ne serait pas un peu fou…

Robin Robertson - WalkerWalker, de Robin Robertson
(traduit de l’anglais par Josée Kamoun)

Premier roman d’un éditeur et poète britannique, Walker nous transporte de l’autre côté de l’Atlantique, dans les pas d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui tente de trouver sa place dans un monde qu’il voit désormais comme un gigantesque film noir – à la manière de tous ces longs métrages hollywoodiens dans lesquels il se réfugie lorsque la fuite est trop dure. De New York à Los Angeles, en quête d’un emploi et d’un sens à sa vie, Walker arpente un monde vaste et fascinant où tout reste danger. Fidèle aux origines de sa plume, Robertson déploie sa fiction sous la forme d’un poème épique, faisant de son roman une odyssée moderne.

Jonathan Franzen - Et si on arrêtait de faire semblantEt si on arrêtait de faire semblant ?, de Jonathan Franzen
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Deparis)

À la manière de l’autre Jonathan publié en France par les éditions de l’Olivier (Safran Foer), Franzen est un romancier qui a des idées et des opinions, et qui les exprime avec talent sous d’autres formes que la fiction. Démonstration avec ce recueil d’essais et d’articles, rédigés entre 2001 et 2019, qui développe des réflexions diverses sur la littérature, les nouvelles technologies, le monde dans lequel nous vivons ou l’écologie. Le texte qui donne son titre au livre, publié l’année dernière dans le New Yorker et consacré au réchauffement climatique, avait créé la polémique. Signe que, face à l’intelligence, nul ne peut rester insensible, pour le meilleur ou pour le pire.


BILAN


Lecture certaine :
Une bête aux aguets, de Florence Seyvos

Lectures potentielles :
Les nuits d’été, de Thomas Flahaut
Walker, de Robin Robertson


À première vue : la rentrée Grasset 2020

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À première vue, en survolant la rentrée Grasset, mon vilain petit génie intérieur m’a soufflé qu’il y avait enfin moyen de montrer les crocs avec lesquels les Cannibales, à l’occasion, aiment à déchiqueter la viande pas fraîche. Il faut dire que c’est une année sans Sorj Chalandon donc, déjà, l’enthousiasme est modéré. (Même si le dernier roman en date de l’ami Sorj, paru en 2019, ne m’a pas totalement convaincu. Comme quoi…)
Et puis, en y regardant de plus près, j’ai eu l’impression qu’il y avait peut-être matière à curiosité. Pas forcément pour moi, mais sûrement pour plein de gens et, en restant aussi objectif que possible, à raison.
Je garde donc la bride au cou de ma mauvaise foi, en attendant de dérouler le programme titre à titre.

Allez, c’est parti !


Intérêt global :

ironie


LE MAÎTRE DES FJORDS, DE LA MER ET DES LANDES


Jon Kalman Stefansson - Lumière d'été puis vient la nuitLumière d’été, puis vient la nuit, de Jón Kalman Stefánsson
(traduit de l’islandais par Eric Boury)

Depuis quelques années, Jón Kalman Stefánsson est devenu un incontournable de la littérature islandaise. En France, ses romans rencontrent un succès qui ne se dément pas, et semble même s’accroître à chaque nouvelle parution. Le résumé de ce nouvel opus devrait confirmer la tendance, et ses lecteurs retrouver ce qu’ils aiment chez lui : un sens délicat de l’humain dans les décors singuliers de l’Islande, où la nature est un personnage à part entière de l’intrigue.
Cette fois, Stefánsson pose son regard limpide sur un village niché dans les fjords de l’ouest, où il suit le ballet quotidien de la vie de ses habitants. L’existence y semble sage et bien réglée, mais l’inattendu peut surgir de nulle part et semer le trouble. Un retour imprévu, une petite robe en velours sombre, l’attraction des astres ou des oiseaux, voire le murmure des fantômes…


(RE)CROIRE À L’AVENIR


Nicolas Deleau - Des rêves à tenirDes rêves à tenir, de Nicolas Deleau

Rêvons un peu, rêvons grand large et solidarité humaine contre la marche impitoyable du monde. C’est, semble-t-il, le mantra de Nicolas Deleau pour son deuxième roman après Les rois d’ailleurs (Rivages, 2012). Il nous accueille dans un petit port de pêche, où se réunit une joyeuse communauté de doux dingues, les Partisans de la Langouste, dont l’objectif avoué est de sauver l’humanité en protégeant les langoustes de l’extinction. L’un d’eux entend parler d’un capitaine de porte-conteneurs, qui aurait détourné son propre navire pour en faire une Arche de Noé moderne, sorte de ZAD flottante pour les réfugiés maritimes…
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ce résumé m’amuse assez – et me fait un peu penser à l’univers chaleureux et décalé de Gilles Marchand. De quoi avoir envie d’y jeter un œil, en tout cas.

Grégoire Delacourt - Un jour viendra couleur d'orangeUn jour viendra couleur d’orange, de Grégoire Delacourt

D’auteur de best-seller grand public, Delacourt est devenu valeur sûre des rentrées littéraires de Grasset. Un statut qui n’a pas rendu sa plume virtuose pour autant, mais reconnaissons que le monsieur sait mener une histoire et captiver son lecteur – ce qui est déjà pas mal.
Cette fois, c’est le climat incendiaire de la France qui l’a inspiré. À la révolte et à la colère qui agitent de plus en plus le pays, un jeune garçon de 13 ans oppose son imaginaire, régi par un système complexe de chiffres et de couleurs. De quoi en faire un inadapté dans un monde plus que jamais violent et cruel pour les gentils… à moins que sa différence en fasse le porteur d’un nouvel espoir ?
Delacourt semble promettre un conte optimiste, histoire de mettre un peu de légèreté dans notre quotidien qui en a bien besoin. Avec un tel programme, il devrait une nouvelle fois rencontrer son public. (Moi ? Beaucoup moins sûr.)

Isabelle Carré - Du côté des IndiensDu côté des Indiens, d’Isabelle Carré

Décidément, Grasset table sur l’imagination et l’espoir en cette rentrée, et la comédienne Isabelle Carré – dont le premier roman, Les rêveurs (encore !), avait créé la surprise en 2018 avec 200 000 exemplaires vendus – paraît s’inscrire dans cette idée avec son deuxième opus. Le point de départ, pourtant, n’incite guère à la joie béate. Ziad, un garçon de 10 ans, est persuadé que son père trompe sa mère avec Muriel, leur voisine, une ancienne comédienne qui a renoncé à sa carrière après avoir été victime d’abus. L’enfant supplie la supposée amante de mettre fin à cette relation et de sauver sa famille… Tous, alors, chacun à sa manière, cherchent à résister à leurs tempêtes et à trouver le bon sens de leur existence.


LA MARQUE DE L’HISTOIRE


Jean-René Van Der Plaetsen - Le métier de mourirLe Métier de mourir, de Jean-René Van der Plaetsen

Belleface, tel est le nom du héros du premier roman de Jean-René Van der Plaetsen. Un nom aussi mystérieux que le parcours de cet homme, rescapé de Treblinka devenu légionnaire en Indochine, puis légende de l’armée israélienne. C’est dans cette peau qu’on le découvre, en 1985, chargé de veiller à la sécurité d’Israël en commandant un avant-poste au Liban. L’irruption d’un jeune Français idéaliste dans la petite troupe, composé de miliciens libanais, va agir comme un révélateur et lever le voile sur la véritable histoire de Belleface…
Inspiré d’un personnage réel, si jamais ce détail a son importance.
Jean-René Van der Plaetsen a reçu le prix Interallié en 2017 pour La Nostalgie de l’honneur, récit consacré à son grand-père, héros de la Seconde Guerre mondiale et compagnon du général de Gaulle.

Metin Arditi - Rachel et les siensRachel et les siens, de Metin Arditi

Le romanesque et prolifique Metin Arditi fait de Rachel son héroïne flamboyante, et raconte sa vie, depuis son enfance à Jaffa, fille de Juifs palestiniens qui partagent leur maison avec des Arabes chrétiens, jusqu’à son accomplissement en tant que dramaturge reconnue dans le monde entier. Un parcours de femme libre et intrépide au XXème siècle.

Maël Renouard - L'Historiographe du royaumeL’Historiographe du royaume, de Maël Renouard

L’ambition de l’auteur est, tout simplement, de transposer à la fois les Mille et Une Nuits et les Mémoires de Saint-Simon en un récit contemporain, ancré dans le Maroc du roi Hassan II. Le tout en 336 pages… Ouf ! Le protagoniste est un un fin lettré, ancien camarade du futur souverain, que ce dernier décide de nommer historiographe du royaume. Il s’investit dans sa tâche avec loyauté, jusqu’à sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme, dont les accointances avec les milieux révolutionnaires vont menacer l’érudit…

Oriane Jeancourt-Galignani - La Femme-écrevisseLa Femme-Écrevisse, d’Oriane Jeancourt-Galignani

Trois époques, deux siècles, une même famille, les Von Hauser. Et une obsession pour la gravure d’une femme-écrevisse qui, traversant les époques, hante le destin de différents personnages qui ne sauraient, sans risque, s’affranchir de sa mystérieuse tutelle. De Margot, maîtresse à Amsterdam en 1642 du célèbre artiste qui crée la fameuse gravure, à Grégoire, qui rêve de s’émanciper du joug familial à l’aube du XXIème siècle, en passant par Ferdinand, acteur de cinéma à Berlin dans les années 1920, ces trois destins traquent le désordre et la folie que les âmes en quête de liberté peuvent semer sur leur chemin.


ET SINON


Jean-Paul Enthoven - Ce qui plaisait à BlancheCe qui plaisait à Blanche, de Jean-Paul Enthoven

Le narrateur anonyme raconte vingt ans plus tard sa rencontre avec Blanche, une femme audacieuse, érudite, libre et à la sexualité complexe.
(Vous comprenez pourquoi je l’ai posé à la fin, celui-là ?)


BILAN


Lecture potentielle :
Des rêves à tenir, de Nicolas Deleau


À première vue : la rentrée Christian Bourgois 2020

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Intérêt global :

réfléchi


La prestigieuse maison Christian Bourgois n’a plus de Bourgois que le nom, depuis que la veuve du fondateur, Dominique, a dû abandonner les lieux en avril 2019. Elle n’en reste pas moins une marque réputée, qui se trouve à un moment charnière de son histoire, poussée par la nécessité de se renouveler tout en respectant son imposant catalogue d’origine (on y trouve des auteurs aussi différents que Tolkien, Annie Dillard, Martin Suter, Laura Kasischke, Antonio Lobo Antunes, John Fante, Angela Carter, Fernando Pessoa, Richard Brautigan – en j’en oublie plein d’autres).
Christian Bourgois avait construit la renommée de sa maison sur le domaine étranger. La rentrée 2020 joue la carte du contre-pied en mettant en avant deux auteurs français sur les trois parutions annoncées. À voir si c’est une bonne stratégie…


Hugo Lindenberg - Un jour ce sera videUn jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg

Premier roman. L’histoire d’une amitié forte entre deux garçons lors d’un été en Normandie. D’autant plus forte et influente que, pour le narrateur, la famille de son ami Baptiste représente l’idéal qu’il croit chercher de toutes ses forces…
Classique sur le papier. Dans ces cas-là, c’est l’écriture et la finesse des sentiments qui doivent faire la différence.

Grégory Le Floch - De parcourir le monde et d'y rôderDe parcourir le monde et d’y rôder, de Grégory Le Floch

Après Dans la forêt du hameau de Hardt, premier roman paru aux éditions de l’Ogre en 2019, Grégory Le Floch amène son deuxième opus chez Bourgois, nanti d’une couverture et d’un titre intrigants. Le résumé ne l’est pas moins : le narrateur trouve par terre un objet non identifiable. Ses recherches pour comprendre de quoi il s’agit le conduisent à des rencontres improbables, chaque personne interrogée ayant un avis différent sur la question qui l’obsède.
Indéniablement, à première vue, le plus barré des trois titres proposés.

Laila Lalami - les autres américainsLes autres Américains, de Laila Lalami
(traduit de l’anglais (États-Unis) par Aurélie Tronchet)

Un sans-papier mexicain est témoin d’un accident mortel dans une petite ville de Californie, en plein désert de Mojave. Sa situation l’empêche de témoigner, d’autant que le drame est peut-être plus complexe qu’il n’y paraît.
Un roman polyphonique où plusieurs habitants de la ville prennent tour à tour la parole, offrant en creux une réflexion sur l’immigration.
Là encore, un roman américain qui semble assez classique, même si son sujet, éternellement préoccupant, peut toujours mériter de nouveaux éclairages. Reste à vérifier, par la lecture, s’il apporte vraiment quelque chose de neuf dans la production pléthorique venue des États-Unis.


BILAN



Lecture vaguement potentielle :

Un jour ce sera vide, de Hugo Lindenberg
(parce que, banal ou non, si c’est bien fait, j’aime beaucoup ce genre d’histoire)


A première vue : la rentrée Christian Bourgois 2017

Cette année, chez les éditions Christian Bourgois, on voit des éléphants roses partout. Et derrière, surtout des auteurs étrangers, comme souvent chez cet éditeur représentant davantage ce qui s’écrit hors de nos frontières. Il y aura tout de même un auteur français – un Mouton. Comme quoi.
Bon, à part ces plaisanteries douteuses, j’avoue que ce programme ne me fait guère rêver, à la différence de l’année dernière où Bourgois nous avait permis de découvrir l’extraordinaire premier roman de Harry Parker, Anatomie d’un soldat.

Mouton - Imitation de la vieMENSONGES SUR LE DIVAN : Imitation de la vie, d’Antoine Mouton
Deux psychanalystes en couple réalisent qu’ils ont le même patient. Ce dernier venant de disparaître, ils enquêtent et découvrent un manuscrit qu’il a laissé derrière lui, intitulé Imitation de la vie.

Suter - EléphantLA DROGUE C’EST MAL : Eléphant, de Martin Suter
(traduit de l’allemand par Olivier Mannoni)
Un sans-abri découvre un petit éléphant rose dans une grotte de Zurich. L’animal est le fruit de manipulations génétiques menées par un chercheur cupide qui souhaite en faire une sensation mondiale ; mais Kaung, un Birman qui sait parler à l’oreille des éléphants et a accompagné la naissance de cet animal extraordinaire, décide de le soustraire au savant pour le protéger.

Kureishi - L'Air de rienCOME ON UP FOR THE NOTHING : L’Air de rien, de Hanif Kureishi
(traduit de l’anglais par Florence Cabaret)
Cloîtré chez lui pour raison de santé, un réalisateur londonien soupçonne sa jeune femme d’avoir une liaison avec l’un de ses amis. Ça le rend fumasse, alors il entreprend de prouver l’adultère et songe à se venger. Bon, c’est Kureishi, ça pourrait être bien voire plus que ça. Et ça fait 170 pages, donc ça peut se tenter sans perdre trop de temps.

Hadley - Le PasséESPRIT D’ÉTÉ : Le Passé, de Tessa Hadley
(traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet)
Trois sœurs et leur frère se retrouvent un été dans la maison familiale avec leurs conjoints et enfants. Et bim, souvenirs, secrets, tensions, vas-y que ça tabasse. C’est vrai, sur le papier ça a l’air déjà lu, mais Bourgois ne publie pas n’importe quoi non plus (même si on n’est pas obligé d’être excité par tout ce que sort cette respectable maison). Alors, pourquoi pas. Ça pourrait même être une bonne surprise.

Cisneros - La Distance qui nous séparePAPAOUTAI : La Distance qui nous sépare, de Renato Cisneros
(traduit de l’espagnol (Pérou) par Serge Mestre)
Né à Lima en 1976, Renato Cisneros est le fils de Luis Cisneros Vizquerra, dit El Gaucho, ancien ministre péruvien qui cultiva des amitiés sulfureuses avec des dictateurs tels Pinochet. L’écrivain confronte l’image intime du père et celle du politicien.

Ile - Avenue Yakubu, des années plus tardSAGA AFRICA : Avenue Yakubu, des années plus tard, de Jowhor Ile
(traduit de l’anglais (Nigeria) par Catherine Richard-Mas)
Puisqu’on cause dictature, allons au Nigeria en 1995, où la vie de la famille Utu bascule lorsque le fils aîné, âgé de 17 ans, disparaît un soir pour ne plus donner signe de vie ensuite.
(Ouais, non, en fait, à part l’éléphant rose et le Mouton, pas de quoi rire dans cette rentrée, j’avoue.)


La Diamanterie, de Laure Monloubou

Signé Bookfalo Kill

Atteinte d’une légère malformation d’une jambe qui la rend un peu bancale, élevée seule par sa mère, Pénélope n’a pas forcément la vie facile, mais elle s’en sort plutôt bien. Jusqu’à cette soirée funeste où sa mère lui prépare des lasagnes, son plat préféré… Ca sent la mauvaise nouvelle !!! Et effectivement, cette dernière est au rendez-vous : l’adolescente apprend qu’elle va devoir passer ses vacances d’été chez son oncle et sa tante à la montagne – et qui dit oncle et tante dit aussi cousin et cousine, ceux-là même qui avaient trouvé très drôle de balancer Pénélope dans une fourmilière géante quelques années auparavant, entre autres moqueries qui avaient ruiné ses vacances d’alors.
Bref, c’est la tuile. Sauf que les années ont passé, que les gens peuvent changer, et que de belles rencontres peuvent tout remettre en cause, y compris pour le meilleur…

monloubou-la-diamanterieAutant être sincère, cette chronique sera sans doute l’une des moins objectives de ce blog. Et pour cause, il se trouve que je connais fort bien Laure Monloubou, l’auteure de la Diamanterie, puisque je la côtoie professionnellement (et amicalement) tous les jours. Comme c’est l’une des plus belles personnes que je connaisse – si la gentillesse devait être incarnée au cinéma, il faudrait embaucher Laure sans hésiter une seconde -, cela rend la tâche d’écrire cet article beaucoup plus difficile qu’autre chose, paradoxalement. A tel point que je me suis interrogé sur la pertinence de le faire ou non.
D’un autre côté, comme j’ai beaucoup aimé ce livre, je tiens à le défendre et donc à vous en parler. Étant dûment avertis, à vous de juger si cette visite de la Diamanterie peut vous plaire ou séduire un enfant de votre entourage !

Tiens, d’ailleurs, ce titre, la Diamanterie, vous aura peut-être intrigué, mais je vous laisserai le soin de découvrir à quoi il fait référence en lisant le livre (hé oui, ho hein, sinon ce serait trop facile !) Que vous dire donc ? Qu’il s’agit d’un très beau roman, tout en simplicité, en tendresse, en humour, en drôlerie, en chaleur humaine. Qu’il convient à de jeunes lecteurs dès 11 ans et bien sûr au-delà. Qu’il parle joliment d’adolescence, de la fragilité de cet âge de la vie où chaque seconde vécue peut constituer une remise en question primordiale. Qu’il parle aussi d’amitié, d’amour, d’art, de différence. Qu’il fait resurgir en chacun des souvenirs précieux de vacances d’été, ces moments hors du temps où tant de choses se passent dans nos jeunes existences…

La Diamanterie a aussi le parfum des lectures d’enfance, où l’aventure se mêlait au quotidien entre les pages, et où plus rien n’avait d’importance que de résoudre des mystères et de vivre des amitiés par procuration littéraire. Ce livre a pour moi le charme de mes chers vieux Club des Cinq, par exemple. Et retrouver ces sensations m’a fait un bien fou !

La Diamanterie, ou les vacances d’une fille bancale, de Laure Monloubou (illustrations de Robin)
Éditions Amaterra, 2017
ISBN 978-2-36856-105-8
183 p., 12,50€


A première vue : la rentrée Seuil 2015

Les éditions du Seuil font partie des grosses écuries dont nous n’avons pas encore parlé cette année. Qu’à cela ne tienne, c’est parti ! Néanmoins, pas de quoi sauter au plafond non plus… Du côté des francophones, à part Alain Mabanckou, qu’on voit mal nous décevoir, les titres annoncés ne nous excitent pas plus que cela (constat entièrement personnel, évidemment). Ca pourrait être mieux du côté des étrangers – ça pourrait. Et dans le meilleur des mondes, nous pourrions aussi nous tromper complètement. Réponse(s) à la rentrée.

Mabanckou - Petit PimentÇA PIQUE, ÇA LANCE ET ÇA REPIQUE DERRIÈRE : Petit Piment, d’Alain Mabanckou
Petit Piment est un orphelin de Pointe-Noire dont la vie est pour le moins agitée. Pensionnaire d’une institution catholique dirigée par le tyrannique et corrompu Dieudonné Ngoulmoumako, il profite de la révolution socialiste pour s’évader, faire les quatre cent coups, puis se réfugier dans la maison close de Maman Fiat 500. Il y coule enfin des jours paisibles, jusqu’au au jour où le maire décide de s’attaquer à la prostitution. Ulcéré, Petit Piment passe en mode vengeance…

Desbiolles - Le Beau tempsON EN A GROS : Le Beau temps, de Marilyne Desbiolles (lu)
Roman biographique ou biographie romancée, roman documentaire, exofiction : les noms flous ne manquent pas pour tenter de définir ce genre très (trop ?) à la mode mêlant travail littéraire et personnages ou faits réels. Si Patrick Deville, Jean Echenoz et Eric Vuillard, entre autres, s’y sont brillamment illustrés, Marilyne Desbiolles aurait mieux de s’abstenir. Sa tentative, consacrée à Maurice Jaubert (compositeur de musique de films du début XXème) n’a définitivement rien d’un roman ; pas sublimée par un style, c’est une biographie assez pauvre et sans intérêt, ses rares incursions dans le texte pour ajouter de la matière littéraire s’avérant souvent ratées.

Delerm - Les eaux troubles du mojitoY’A DE LA RELANCE SUR LE DEJA-VU : Les eaux troubles du mojito, de Philippe Delerm
Sous-titré « et autres belles raisons d’habiter sur terre », ce petit livre ramène Delerm sur le chemin balisé qu’il avait ouvert avec La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, celui de textes courts et poétiques sur les petites choses qui font le sel de la vie quotidienne. C’était il y a dix-huit ans et rien n’a changé ou presque.

Holder - La Saison des BijouxUN ROI A LA TAVERNE : La Saison des Bijoux, d’Eric Holder
Écrivain de l’intime, Eric Holder revient avec une immersion dans le monde des marchands ambulants. Le temps d’un été, Jeanne, Bruno et leur tribu s’installent dans une petite ville de la côte Atlantique et tiennent un stand sur le marché. Entre les différents artisans et maraîchers présents autour d’eux, Forgeaud, le patron des lieux, est subjugué par Jeanne et se promet de la posséder avant la fin de la saison… Un huis-clos au grand air, passionnel et intimiste, qui sert de prétexte à une galerie de personnages hauts en couleur.

Kebabdjian - Les désoeuvrésUNAGI : Les Désœuvrés, d’Aram Kebabdjian
La Cité est une résidence où se côtoient de nombreux artistes, uniquement préoccupés de créer en ce lieu pensé pour eux. Chaque chapitre de ce long premier roman s’intéresse à une œuvre et à un artiste imaginés de toutes pièces par l’auteur, composant une vision de l’art contemporain. L’idée est intéressante, mais sur 512 pages, j’espère qu’on verra évoluer les personnages et que le livre ne se résumera pas à une longue énumération, sous peine de finir par manquer d’intérêt…

Majdalani - Villa des femmesELLE EST OÙ LA POULETTE ? : Villa des femmes, de Charif Majdalani
Le romancier libanais (qui écrit en français) met en parallèle, dans le Liban des années 60, la guerre de succession suivant le décès de Skandar Hayek, un homme d’affaires prospère dont la famille se déchire, et la guerre civile qui ébranle le pays. L’occasion pour les femmes de la famille de prendre le pouvoir…

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Grossman - Un cheval entre dans un barLA PENTE FATALE : Un cheval entre dans un bar, de David Grossman
(traduit de l’hébreu par Nicolas Weill)
Sous les yeux du juge Avishaï Lazar, un ancien ami d’école, un comédien monte sur la scène d’un club miteux d’Israël, où son numéro de comique vulgaire dérape soudain vers une confession inattendue et terrible. Depuis Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis étranger 2011, le romancier israélien est très suivi.

Kapoor - Un mauvais garçonIL TABASSE LE ROUQUIN : Un mauvais garçon, de Deepti Kapoor
(traduit de l’anglais (Inde) par Michèle Albaret-Maatsch)
Sa mère est morte, son père est parti, elle a vingt ans à New Delhi. Elle voudrait brûler sa vie mais se plie aux conventions sociales, pas le choix. Jusqu’au jour où elle rencontre ce mauvais garçon qui l’attire irrésistiblement. Sexe, drogue, alcool, elle plonge corps et âme avec lui dans une ville beaucoup plus dangereuse et palpitante qu’elle ne l’imaginait.

Cuenca Sandoval - Les hémisphèresJ’AI UN PIVERT DANS LA TÊTE, C’EST NORMAL ? : Les hémisphères, de Mario Cuenca Sandoval
(traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon)
En vacances à Ibiza, deux amis s’adonnent à tous les plaisirs, abusant notamment de dantéine, une drogue en forme de poudre orange. Sous son emprise, ils tuent accidentellement une jeune femme au volant de leur voiture. Des années plus tard, ils restent obsédés par l’image de celle qu’ils nomment « la Première Femme », croyant la voir réincarnée dans d’autres silhouettes féminines qu’ils pourchassent sans relâche.

(Merci à Alexandre Astier pour les titres introduisant chaque présentation !)


Les genoux écorchés, de Philippe Vourch

Signé Bookfalo Kill

« Mon père n’était pas un héros, il était juste mon père. Un homme qui sentait le tabac, portait casquette, aimait me prendre dans ses bras pour m’embrasser et me piquer les joues de sa barbe dure, à la couleur poivre et sol. »

Vourch - Les genoux écorchésLe narrateur avait onze ans lorsque son père est mort, trop vite. Désormais il a vécu plus vieux que celui qui lui a donné le jour. C’est l’occasion, alors, de se remémorer. Les souvenirs d’enfance. Les odeurs, les décors, les sons de la Bretagne. La mer, le vent, un jardin, des cousins, et surtout, une voiture, une Simca, passeport pour la plage, qui plus que tout le reste est synonyme de cette époque lointaine, lorsque l’enfance était puis lorsqu’elle ne fut plus, brutalement.

Bien sûr, le sujet n’est pas neuf. Philippe Vourch, dont il s’agit peut-être de l’histoire personnelle (mais rien ne l’indique), n’invente rien ici, il ajoute juste une petite pierre de plus au long mur des romans d’enfance, de paternité et de deuil. Mais il le fait avec une réelle délicatesse, une poésie sobre et légère qui condamne le pathos et rend service à l’émotion en l’exprimant avec réserve et douceur.

Les genoux écorchés sont un roman sensoriel, à la manière de Philippe Delerm. Les parfums, les objets, les paysages, les menus détails ont plus d’importance que les souvenirs eux-mêmes ; ils sont la chair et la réalité du roman. Il n’y a pas d’intrigue, pas d’histoire à proprement parler, mais un entrelacs d’instantanés qui mêlent moments joyeux et récit de la mort du père, vus à hauteur d’enfant.

Un joli texte, pudique, sensible et émouvant.

Les genoux écorchés, de Philippe Vourch
  Éditions Christophe Lucquin, 2015
ISBN 978-2-36626-028-1
116 p., 14€


Un été, de Vincent Almendros

Signé Bookfalo Kill

Deux frères, Pierre (le narrateur) et Jean, se retrouvent pour une croisière en voilier au départ de Naples. Leurs compagnes respectives, Lone et Jeanne, sont également de l’aventure. De menues péripéties rythment le voyage : mal de mer, apprentissage des manœuvres, baignades improvisées, petits bobos et promiscuité de la vie à bord.
Jusqu’au jour où…

Almendros - Un étéNe comptez pas sur moi pour en dire davantage. En fait, il faut vraiment limiter l’approche de ce roman au maximum ; et, autant que possible, le lire d’une traite. Ce qui est largement possible, puisqu’il ne fait que 95 pages, et que le style est fluide et minimaliste, contenu dans des phrases courtes qui emballent la lecture.
A cette condition, vous pourrez apprécier à sa juste valeur la manière dont Vincent Almendros, dont c’est le deuxième livre, distille au fil des pages un malaise léger, insidieux mais poisseux, tandis qu’il sème ici et là quelques indices sur les relations complexes qu’entretiennent les personnages. La surprise de la chute, nichée au creux des tous derniers mots, n’en sera que plus forte, et dégagera ainsi Un été de son apparence anecdotique.

Un drôle de petit roman, qui laisse durablement un drôle de souvenir.

Un été, de Vincent Almendros
  Éditions de Minuit, 2015
ISBN 978-2-7073-2812-0
95 p., 11,50€


A première vue : la rentrée Seuil 2014

Deville, Salvayre, Volodine : sur les seulement six romans présentés par les éditions du Seuil pour cette rentrée littéraire 2014, trois sont de solides références dont on est en droit d’attendre beaucoup. Comme quoi, ne pas s’éparpiller et resserrer sa production peut être une bonne solution (n’est-ce pas, Gallimard ?)…

Deville - VivaMEXICO, MEXICO-OOO : Viva, de Patrick Deville
Il y a deux ans, Peste & Choléra n’avait pu que frôler le prix Goncourt, mais il avait rencontré un large public. Désormais bien installé dans le cœur des lecteurs, Patrick Deville revient avec un nouveau roman documentaire (un peu dans le même esprit que ceux d’Eric Vuillard  d’ailleurs, même si leurs styles diffèrent) qui nous emmène cette fois dans le Mexique des années 30, à la suite de deux personnages historiques principaux : Léon Trotsky et Malcolm Lowry. L’esprit révolutionnaire de l’époque devrait faire bouillonner ce livre très attendu.

Volodine - Terminus RadieuxNA ZDOROVE : Terminus radieux, d’Antoine Volodine
Inclassable, c’est le terme qui revient volontiers pour qualifier Volodine, et ce n’est pas avec ce nouveau roman que les choses vont changer. Après l’écroulement de la deuxième Union Soviétique et l’irradiation nucléaire de la Sibérie, une petite troupe d’étranges résistants continue d’essayer de faire vivre l’utopie soviétique dans le village de Terminus Radieux, sous la coupe du président Solovieï et de l’immortelle Mémé Oudgoul. (Et là, je vous fais la version simple.)

Salvayre - Pas pleurerQUE VIVA ESPANA : Pas pleurer, de Lydie Salvayre
La guerre civile espagnole est au cœur du nouveau roman de l’auteure de La Compagnie des spectres, en s’appuyant sur deux voix distinctes : celle de l’écrivain Georges Bernanos, qui en fut le témoin direct et en tira un pamphlet polémique, et celle de Montse qui, 75 ans après les faits, se souvient de son adolescence exaltée, pleine d’espoir que l’esprit libertaire soufflant sur l’insurrection débouche sur des lendemains qui chantent.

Delrue - Un été en famillePREMIER ROMAN : Un été en famille, d’Arnaud Delrue
Après le suicide de sa sœur, Philippe, le narrateur, reprend sa vie. Normalement ? En apparence seulement, et on sait que, dans les affaires de famille, les apparences sont souvent plus que trompeuses. Au fil d’une confession qu’il adresse à Marie, son autre sœur encore collégienne, le malaise s’installe insidieusement…

TRAFIC TRÈS PERTURBÉ : Incident voyageurs, de Dalibor Frioux
Cela fait des jours, ou des semaines, on ne sait plus, on perd le fil, que la rame du RER A est immobilisée sous ce tunnel.  A son bord, deux mille voyageurs, qui se demandent ce qui se passe. Paris a-t-elle été ravagée par une catastrophe dont ils seraient les rescapés involontaires ? Est-ce un exercice, un test ? Un roman à ne pas lire dans les transports sous peine de sombrer dans une paranoïa aigüe au moindre arrêt !

KEY WEST : Aux Jardins des Acacias, de Marie-Claire Blais
Une œuvre polyphonique par l’une des grandes romancières québécoises contemporaines. Tandis que le travesti Petites Cendres court le long de l’océan Atlantique, différents personnages malades du sida s’évertuent à vivre leurs vies aux Jardins des Acacias, un refuge médicalisé dirigé par le docteur Dieudonné. Pas le sujet le plus fendard sur le papier, c’est sûr, mais l’éditeur promet de l’espoir et de la rédemption.


L’Equation de plein été, de Keigo Higashino

Signé Bookfalo Kill

Hari-Plage, station balnéaire de la côte japonaise un peu vieillotte et délaissée par les touristes, est soudain le théâtre de bien des agitations. Une réunion houleuse y oppose écologistes et tenants d’un projet d’exploitation des fonds sous-marins locaux. Puis l’un des deux pensionnaires de l’auberge Kawahata disparaît à la nuit tombée ; on ne retrouve son corps que le lendemain matin, sur des rochers au bord de la mer.
Si ce drame ressemble à un accident, l’affaire se complique lorsqu’on découvre qu’il s’agit d’un certain Tsukahara, ancien policier de Tokyo. Présent sur place pour apporter son éclairage professionnel, le professeur Yukama, aidé par Kyohei, le neveu âgé de dix ans des Kawahata en vacances chez son oncle et sa tante, commence à mener une enquête parallèle à celles que mènent la police locale à Hari-Plage et la nationale à Tokyo…

Higashino - L'Equation de plein étéCe résumé – très simplifié – vous donne le tournis ? Ce n’est rien par rapport à ce qui vous attend à la lecture du nouveau roman de Keigo Higashino. A moins d’être très familier avec la culture nippone, il faut bien avouer que les noms japonais paraissent à la fois exotiques et compliqués au lecteur occidental, et qu’on ne tarde pas à tous les mélanger joyeusement.
Alors, quand il y a pléthore de personnages, comme c’est le cas dans l’Equation de plein été, on s’y perd rapidement. Surtout que Higashino, hormis pour les principaux protagonistes, ne se fatigue pas trop à caractériser. Certains personnages n’ont pas de nom, juste une fonction (et quand il y a des policiers partout dans le livre, on renonce très vite à savoir qui fait quoi) ; et beaucoup d’autres n’ont que leur nom pour exister, ce qui les rend au mieux inintéressants, au pire antipathiques.

J’avais déjà relevé ce défaut dans La Prophétie de l’abeille, publié l’année dernière par Actes Sud, qui m’avait par ailleurs beaucoup déçu. Si l’on met de côté ce problème de caractérisation, L’Equation de plein été est beaucoup plus plaisant à lire, Higashino revenant à ce genre de roman d’investigation tortueux où il s’est déjà illustré avec le Dévouement du suspect X et Un café maison, dans lesquels apparaissaient déjà certains personnages, dont le physicien Yukawa.
En dépit d’un empilement d’histoires plus ou moins utiles, l’intrigue principale se dégage assez vite pour se focaliser sur des problématiques très humaines, assez simples au bout du compte, mais que Higashino excelle à rendre touchantes et profondes – la résolution de l’enquête finissant presque par paraître anecdotique, même si elle clôt ici logiquement un livre étrangement partagé entre naïveté, noirceur et mélancolie. Un croisement improbable entre Agatha Christie et L’Eté de Kikujiro, en quelque sorte !

De fait, les livres de Keigo Higashino ont un drôle de charme, un peu suranné, mêlant modernité des sujets ou du cadre et traditionalisme du récit ou des valeurs (on s’y engueule ainsi souvent, mais toujours poliment). Ce qui fait sans doute de lui un romancier totalement japonais et un authentique objet de curiosité pour les lecteurs de polar.

L’Equation de plein été, de Keigo Higashino
Traduit du japonais par Sophie Refle
  Éditions Actes Sud, coll. Actes Noirs, 2014
ISBN 978-2-330-03199-2
365 p., 22,80€


Je n’ai pas peur, de Niccolo Ammaniti

Signé Bookfalo Kill

Assommé par la canicule de l’été 1978, un petit village perdu dans les Pouilles somnole. Seuls les enfants ont le courage d’affronter la chaleur pour sortir jouer dans la campagne. Un après-midi, en fouillant une maison abandonnée, Michele, neuf ans, tombe par hasard sur un trou, au fond duquel est enchaîné un enfant blond, affamé, et si sale qu’il paraît sauvage.
Intrigué, Michele va à la fois tenter d’aider le garçon, de s’en faire un ami, et de découvrir ce qu’il fait là. Une enquête qui risque de le conduire à de bien sombres découvertes, et bouleverser à jamais son enfance…

Tandis que paraît Moi et toi, le nouvel opus de Niccolo Ammaniti, les éditions Robert Laffont, qui publient désormais l’auteur italien, ont l’excellente idée de ressortir Je n’ai pas peur, le roman qui l’a révélé au grand public – y compris en France, où Ammaniti reste cependant encore assez peu connu, en tout cas pas à la hauteur de son talent.

Pour commencer, on est saisi par l’atmosphère du livre, chaude, étouffante et poussiéreuse. En quelques mots, le romancier croque à grands traits ce petit coin d’Italie presque oublié, rustre et sauvage, où le soleil écrase tout. D’entrée, on est embarqué, captif de ce huis-clos à ciel ouvert, dont Ammaniti nous empêche de nous échapper jusqu’à la dernière page.

Inspiré de faits divers italiens de l’époque, Je n’ai pas peur est avant tout un superbe roman initiatique, loin de tout angélisme. Avec un art rare des dialogues réalistes et une sobriété narrative admirable, Ammaniti va à l’essentiel pour réussir un équilibre complexe entre cruauté, mystère, émotion, horreur et tendresse. Le suspense et la violence (surtout psychologique) vont crescendo, jusqu’à un final saisissant, bouleversant.

Je n’ai pas peur est sans doute la meilleure clef pour entrer dans l’œuvre de Niccolo Ammaniti, très riche et diverse par ailleurs. Ne passez pas à côté !

Je n’ai pas peur, de Niccolo Ammaniti
Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher
Éditions Robert Laffont, 2012 (première édition : Grasset, 2002)
ISBN 978-2-221-13213-5
256 p., 20€


Luz, de Marin Ledun

Signé Bookfalo Kill

C’est le début de l’été. Un dimanche caniculaire, Luz, 14 ans, profite de la première occasion qui se présente pour fausser compagnie à sa famille, surtout aux adultes confits dans la paresse et les excès de table. Et surtout à Frédéric Vanier, le meilleur ami de son père, qui s’intéresse soudain de trop près à elle…
Descendue au bord de la Volte, la rivière voisine, pour s’y baigner, Luz rencontre Thomas, un garçon qui lui plaît beaucoup, accompagnée de Manon, l’une de ses camarades de classe, beaucoup plus populaire qu’elle. Les deux filles ne s’apprécient guère, mais le trio décide tout de même de se rendre ensemble dans un coin sauvage et préservé car difficile d’accès, pour s’y baigner en toute tranquillité. Mais des copains de Thomas débarquent bientôt, menaçant un après-midi d’été qui avait pourtant tout pour être parfait…

Avec Zone Est, superbe roman d’anticipation dans la veine de Philip K. Dick, et Les visages écrasés, intraitable roman noir sur la déshumanisation du travail, Marin Ledun a marqué l’année 2011. Auteur engagé comme on n’en fait – hélas – plus guère, écrivain protéiforme à la plume acérée, il a clairement franchi un cap, que son incursion dans le genre du roman pour ados confirme. Aussi surprenant que cela puisse paraître.
On retrouve dans Luz son style acéré, qui nous permet dès le début du roman de nous plonger dans une atmosphère estivale à la fois familière et douce-amère :

« Des éclats de rire et des bruits de pas résonnent quelque part dans la maison. Premier dimanche des vacances d’été. Fenêtres et portes entrouvertes laissent filtrer un léger courant d’air qui apporte une illusion de fraîcheur. (…) Il est presque quatre heures de l’après-midi et les adultes sont encore affalés à table, à l’ombre du mûrier. La plupart des hommes sont ivres, les femmes feignent de trouver ça normal et contemplent les cadavres de bouteilles d’un œil vide de toute expression. »

Sous couvert d’un bref suspense au parfum d’aventure (l’histoire se déroule sur quelques heures), Marin Ledun imbrique avec finesse plusieurs thématiques majeures de l’adolescence : découverte de soi, de son corps, du désir – le sien et celui des autres ; rapports familiaux complexes ; difficulté de se faire entendre et comprendre ; expérimentation des limites, jeu avec les interdits…
Auteur tout sauf angélique, Marin traite ces sujets sans compromission, avec un réalisme parfois cruel mais jamais excessif. On croit à ses personnages, ados un peu perdus et bouleversés. On s’attache à Luz, gamine animée d’une rébellion très pure. On tremble pour elle lorsque le péril survient, brutal et inattendu.

Un roman bref mais riche et intense. Une belle réussite, à partir de 13 ans.

Luz, de Marin Ledun
Éditions Syros, collection Rat Noir, 2012
ISBN 978-2-7485-1180-2
117 p., 14€