Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Plein hiver d’Hélène Gaudy

Plein-Hiver-de-Helene-Gaudy_visuel_article2A Lisbon, petite ville de l’immensité américaine, tout est calme et limpide. La cité ronronne depuis des décennies  dans sa torpeur. Le seul fait notable de ces dernières années est la disparition, quatre ans plus tôt, de David Horn, ado de quatorze ans. Au cours d’une soirée avec ses amis, il ne revient pas. Fugue? Enlèvement? Personne ne sait. Et Lisbon en est traumatisée.

Et puis un jour, David Horn revient. L’ouvrage d’Hélène Gaudy débute avec la rumeur, qui enfle de plus en plus et réveille la ville, tel un monstre qui revient à la vie. David Horn est revenu. Et la ville se jette sur lui pour avoir des explications. Parents, amis, police, journalistes, tout le monde veut savoir ce qui s’est passé durant quatre ans. Mais David ne dit rien. Et après tout, est-ce vraiment David? Peut-on changer à ce point en quatre ans? Se souvenait-on de David avant?

Hélène Gaudy décrit avec contemplation et décrypte avec délectation les vicissitudes de la société et de l’individu. De la fugacité de la nature humaine, des on-dit. On ressent à chaque page un malaise. Le désespoir de la mère de David, qui veut absolument reconnaître son fils dans l’inconnu débarqué un matin d’hiver. L’embarras des amis qui avaient abandonné David dans la forêt, après l’avoir vu une dernière auprès du lac. On sent qu’ils gardent un secret, que cette histoire les ronge et qu’ils ont tous, tous les gamins de cette bande, filé un mauvais coton. Sauf peut-être Sam, le meilleur ami, qui garde l’espoir fou de retrouver son copain, mais qui ne reconnait pas David dans celui qui débarque.

Je ne suis pas fan des longues descriptions contemplatives et pourtant, dans cet ouvrage, elles sont essentielles pour décrire le personne principal, immatériel et déstructuré, Lisbon. Personnage à part entière, Lisbon est à elle-seule un être vivant, une bête immonde qui avale et recrache ceux qui ne s’adaptent pas. Plein hiver est un ouvrage étrange, inspiré des grands auteurs américains tels Richard Ford, un roman qui laisse un arrière-goût de malaise, comme ce qu’ont pu ressentir les habitants de Lisbon au retour de « David Horn ».

Plein hiver d’Hélène Gaudy
Editions Actes Sud, 2014
9782330027063
200p., 20€

Un article de Clarice Darling.

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Une Réponse

  1. Ce livre a un effet très étrange. J’ai à la fois envie de le lire, et à la fois non. Trop dérangeant, peut-être est-ce de l’autoprotection :) Toujours est-il qu’il a l’air bien construit. A l’occasion, peut-être que je me laisserai tenter.

    3 février 2014 à 10:11

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