Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

Articles tagués “condamnation à mort

Vacher l’éventreur de Régis Descott

Joseph Vacher était un bel homme. L’œil sombre et le regard dur, les sourcils en bataille, la mâchoire carrée. Mais Joseph Vacher était aussi timbré. Un véritable fou qui, au XIXème siècle, tua et dépeça pendant des années bergères et bergers, vieilles femmes et enfants, avant d’être arrêté, jugé, condamné à mort et exécuté.

Descott - Vacher l'éventreurDe cet homme aussi fascinant qu’effrayant, Régis Descott cherche à faire un personnage de roman, sans en écrire une seule ligne. Comment? En faisant des copiés-collés des articles parus à l’époque, des comptes-rendus d’audience, des rapports d’autopsie et des lettres écrites par l’assassin. Il a passé un temps assez incroyable à collecter les traces laissées par Joseph Vacher pour nous raconter l’histoire de ce vagabond fou.

Peut-on dire que recopier des textes trouvés dans les archives est un roman? Ce que l’auteur appelle, dans son introduction, un « roman-vrai ». Très honnêtement, je ne pense pas. Certes, il a ordonné les archives dans un sens qui lui appartient mais sans ajouter la moindre ligne pour nous donner sa vision, son ressenti. Pour moi, cet ouvrage consiste en un agencement d’archives qui, même si elles sont très intéressantes et retracent bien les atrocités commises et la folie du personnage, ne constitue pas un roman.

Mais rien ne sert d’épiloguer plus longtemps là-dessus, si vous souhaitez vous plonger dans des rapports d’autopsie (qui par définition sont parfois assez gores) et découvrir l’un des tous premiers serial killers français, n’hésitez pas, Vacher l’Éventreur se lit d’une traite.

Vacher l’Éventreur de Régis Descott
Éditions Grasset, 2015
9782246809920
274p., 19€

Un article de Clarice Darling.

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Ultra Violette de Raphaëlle Riol

Violette Nozière, c’est l’histoire d’une ado qui rêve d’Hollywood quand elle vit dans un 30m2 avec ses parents, un vieux libidineux limite incestueux et une mère inexistante, si ce n’est pour râler quand Violette rentre tard. La petite se prostitue et vole pour s’affranchir de ses parents et rêver à une autre destinée. Une histoire qui défraya la chronique dans les années 30 car Violette va empoisonner ses parents. Son père en mourra. La presse va se déchaîner sur cette gamine un peu folle, mais d’une beauté fatale, qui enchaîna les hommes comme les séances au tribunal. Muse des Surréalistes, condamnée à mort à 18 ans, le cas Violette Nozière fera couler beaucoup d’encre. Et cet ouvrage vient confirmer une fois de plus que le nom de Violette est passé à la postérité.

Riol - Ultra VioletteRaphaëlle Riol est une jeune écrivain talentueuse et offre avec Ultra Violette son troisième roman. Ce livre, c’est la rencontre entre Violette et Raphaëlle. L’auteur décide d’enquêter sur cette jeune parricide, quatre-vingt ans après les faits. C’est alors qu’elle voit une ombre sortir de l’immeuble où le crime s’est déroulé. C’est Violette elle-même, qui cherche quelqu’un pour lui raconter sa version des faits.

La bonne idée de ce roman est d’expliquer les difficultés de l’écrivain à raconter son histoire quand il est tourmenté par le héros. Violette squatte l’appartement et les pensées de Raphaëlle et la petite sournoise et pernicieuse (telle qu’elle fut décrite dans les journaux d’époque) va instiller sa version de l’histoire pour se donner le beau rôle. Raphaëlle tentera de résister mais va se rendre malade, perdra ses amis et ses amants, dévorée qu’elle est par son héroïne, qui la surveille et la toise.

Cette idée de convier son personnage principal dans son salon est une brillante idée et on avance à pas de loup aux côtés de Raphaëlle dans la vie de Violette. Un roman intriguant, très bien écrit et qu’on regrette de quitter une fois la dernière page tournée.

« En invitant une morte à s’installer chez moi, je savais que j’allais devoir régler des comptes avec la vie et avec l’écriture. »

Ultra Violette de Raphaëlle Riol
Édition Le Rouergue, collection la Brune, 2015
9782812607486
186p., 18€

Un article de Clarice Darling.


La pendue de Londres de Didier Decoin

londresAlbert Pierrepoint n’est pas un homme comme les autres. A sa femme, il dit qu’il est livreur à l’épicerie du coin. En vérité, il fait partie de la célèbre famille de bourreaux anglais. Nous sommes en 1945 et en cette fin d’année, Albert Pierrepoint est sollicité par les pays alliés pour exécuter les criminels nazis, à commencer par Irma Grese, l’une des plus célèbres Aufseherin d’Auschwitz. Mais Albert n’aime pas exécuter des femmes. Ca l’a toujours dégouté. A son retour à Londres, il se jure de déléguer à son adjoint les tâches ingrates comme exécuter une femme. Mais seulement…

Ruth Ellis est, en 1945, une très belle jeune femme. Fille-mère de 18 ans, elle est contrainte, pour survivre, de travailler dans un bar à hôtesses. C’est là qu’elle tombe dans la prostitution et son lot de personnages interlopes. Elle épouse en 1950 un dentiste avec qui elle aura une fille. Mais son mari, comme autrefois son père, la bat et elle demande le divorce rapidement. En 1954, elle croise le regard de David Blakely et en tombe follement amoureuse, mais seulement…

Albert Pierrepoint et Ruth Ellis ne se seraient jamais croisés si cette dernière n’avait pas assassiné son amant. En 1955, elle fut la dernière femme condamnée à mort et pendue. Albert Pierrepoint prendra sa retraite le lendemain. 

Didier Decoin met en parallèle la descente aux enfers d’une jeune fille qui croyait en l’amour et en la vie et la petite vie rangée et tranquille du bourreau. C’est remarquablement écrit, il n’y a aucun temps mort. On s’attache à cette jeune fille dont on imagine à chaque page le terrible destin. Et pourtant, on se prend au jeu d’une remise de peine. On aimerait que sa peine soit commuée, voire annulée. Mais dès les premières pages du roman, Didier Decoin a mis en marche la terrible machine de la justice. 

La pendue de Londres de Didier Decoin
Editions Grasset, 2013
9782246783909
333p., 18€

Un article de Clarice Darling