Il faut donc avoir de l'âme pour avoir du goût (Vauvenargues)

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Mais qui veut la peau des ours nains ?, d’Emile Bravo

Signé Bookfalo Kill

J’ai déjà eu le plaisir de vous le dire ICI (et aussi ), Émile Bravo fait des bandes dessinées pour les enfants et il les fait bien. Destinée à de très jeunes lecteurs (à partir de 7 ans, voire avant pour les bons lecteurs dès le CP), la saga des ours nains est une autre preuve de son talent. Avec l’humour et l’intelligence qui le caractérise, Bravo y recycle de nombreux contes célèbres, dont il nourrit les intrigues de ses albums pour en tirer une histoire originale.

Par exemple, dans Mais qui veut la peau des ours nains ?, quatrième opus de la série, les sept ours nains sont tellement hypnotisés par la « boîte magique » (la télévision, qu’ils ont découverte dans l’épisode précédent) qu’ils en oublient de faire quoi que ce soit, surtout d’aller chercher à manger dans la forêt. Du coup, Blanche-Neige, qui vit avec eux, en a marre de faire la bonniche, et décide d’aller voir ailleurs si le Prince Charmant y est.
Un peu plus loin, on croise Peau d’Âne, Barbe Bleue, le Loup et l’un des trois petits cochons, les animaux musiciens de Brême, et même le Diable… Tous, personnages, références et ingrédients, sont ensuite passés à la moulinette irrévérencieuse d’Émile Bravo, dans une histoire vive et hilarante. On ne s’en lasse pas !

A partir de 6-7 ans (avec décodeur parental pour comprendre les références, éventuellement…)

Mais qui veut la peau des ours nains ?, d’Émile Bravo
Éditions du Seuil Jeunesse, 2012
ISBN  978-2-02-102082-3
40 p., 12€


Barbe Bleue, d’Amélie Nothomb

Signé Bookfalo Kill

Tiens, c’est le début de la rentrée littéraire 2012 ! Vous savez comment je le sais ? Hé oui, gagné.
Il y a un nouveau Amélie Nothomb.
Barbe bleue, ça s’appelle. Et comme vous vous en doutez, c’est une variation nothombienne et contemporaine sur le conte de Charles Perrault.

Il était une fois (donc) Don Elemirio Nibal y Milcar. Il avait 44 ans et vivait seul dans sa grande maison de maître du VIIe arrondissement de Paris, ce qui l’arrangeait parce qu’il n’appréciait pas la compagnie des hommes. Mais cela l’embêtait quand même un peu parce qu’il aimait beaucoup la compagnie des femmes. Surtout les jeunes. Il passait donc des petites annonces pour proposer de partager ses appartements en colocation. Bon, il devait en passer souvent parce que ses colocataires avaient une fâcheuse tendance à disparaître.
Saturnine Puissant, elle, ignorait tout de cette histoire. Jeune Belge en exil à Paris (hum), elle voulait juste déserter le canapé que lui prêtait une amie à Marne-la-Vallée depuis des mois. Cette offre trop belle pour être honnête lui convenait donc parfaitement.
Don Elemirio et Saturnine commencèrent donc à cohabiter, plus ou moins harmonieusement. Sauf qu’entre eux se dressait un secret. celui que Don Elemirio dissimulait dans une chambre noire, la seule pièce à laquelle Saturnine n’avait pas le droit d’accéder et qui n’était pourtant pas fermée à clef…

Bon, j’arrête là, vous connaissez tous plus ou moins l’histoire de Barbe-Bleue. Amélie Nothomb l’adapte tout de même à sa sauce, faisant de Don Elemirio un Barbe Bleue désacralisé, avec des motivations et une forme de « morale », comme tous ses « monstres » habituels, pour lesquels elle garde toujours la même affection. On pourrait même lui en faire une sorte de devise.
Le freak, c’est chic, le glauque, c’est choc.
Quant à Saturnine, c’est une jeune femme d’aujourd’hui, indépendante, forte tête, loin de la cruche trop curieuse du conte original. Et les deux vont s’affronter, dans un mélange familier d’admiration et de répulsion . Le schéma est connu, il était déjà en place dans le premier roman de Nothomb, Hygiène de l’assassin. C’était il y a vingt ans. Cela n’a guère varié depuis.

Pour le reste, c’est du Nothomb sans surprise. Une fois passée l’exposition, le roman se résume à une suite de dialogues plutôt brillants (hormis quelques facilités occasionnelles), articulés autour de dîners à fleurets mouchetés. Au menu, provocation, séduction, champagne et discussions érudites sur des sujets aussi divers que le féminisme, les origines espagnoles du Christ ou la photographie.
Ça fait 170 pages, ça se lit en deux heures maxi et ça s’oublie aussitôt. Comme d’habitude depuis quelques années, quoi.

Et sinon, la rentrée littéraire commence. Avec des vrais morceaux de littérature dedans. On vous en reparle bientôt !

Barbe bleue, d’Amélie Nothomb
  Éditions Albin Michel, 2012
ISBN 978-2-226-24296-9
170 p., 16.50€